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MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature - I - Le Grand Meaulnes ( Deux Coeurs ) .

23 Octobre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MEMENTO - Impressions d'Enfance et Littérature

Marie Bashkirtseff

Marie Bashkirtseff

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MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature

 

 

 

 

 

I - Le Grand Meaulnes

( Deux Coeurs )

 

 

" Qu'importe le sillon que tu sèmes
  Sur les collines de la vie ... "

Glenmor - " Memento " *

 

 

 

 

 

 

1 - Cet étudiant breton que j'étais alors , d'allure discrète mais rêveuse , portait en lui , peut-être , des traces de ce vent salé du golfe de son morbihan natal , parvenant quand même , sous le soleil généreux de Nice , à balayer , sans le savoir , la " Riviera " méditerranéenne . Je vivais là-bas à l'ombre des palmiers en fleurs , les associant aux images d'une vie que je n'avais pourtant pas

vécue , humant leurs odeurs troublantes ,  mais songeant avec nostalgie aux fastes et malheurs d'un passé tout proche comme celui de Marie Bashkirtseff , par exemple , qu'elle exprimait dans son journal intime , publié peu après sa précoce disparition ,  dans une petite chambre mansardée d'un immeuble ancien de Paris , loin du port de cette chère côte d'azur où elle avait passé de si bons moments ! Ne dit-on pas qu'elle observait parfois la Lune de l'oeil gauche , se demandant , un peu comme moi , si elle n'avait pas deux coeurs en

elle ? ( 1 )

Chaque jour d'automne , alors que les journées raccourcissaient , que la lumière dorée baignait encore les ruelles de la vieille ville , je ressentais une étrange mélancolie , une sorte de " spleen " sans nom . Peut-être était-ce le souvenir des falaises de granite battues par la mer , ou bien l'attrait mystérieux de quelque idéal , à la manière du héros du roman qui hantait mes pensées .

Quand je me rendais à la fac de lettres , pourtant , ce n'était jamais par obligation . Non , j'y allais comme un pèlerin s'en va recherchant une révélation . L'amphithéâtre de Carlone , avec ses larges baies vitrées laissant entrer le jour mourant , devenait un sanctuaire pour cet étudiant solitaire que j'étais . Là , madame Labarrère , la belle professeure de lettres , captivait son auditoire de sa voix suave , caressante et sensuelle , nous racontant l'histoire du " Grand Meaulnes " , ce roman mystérieux d'Alain-Fournier qui parlait d'un envoûtant pays de cocagne où rêve et réalité se mêlaient dans un brouillard de mystère et d'inaccessible , tandis que
l'auditeur fasciné par ses gestes pleins de délicatesse et son regard pénétrant , voyait en elle une réincarnation d'Yvonne de Galais , figure féminine idéale et insaisissable , muse et mirage du poète . ( 2 )

Je l'écoutais , complètement absorbé , mon esprit flottant parmi les mots et les souvenirs . Parfois , dans le clair-obscur de la salle , une lueur se posait sur elle d'une façon particulière , et je me surprenais à la voir comme un personnage d'une autre époque , évanescente et pourtant si présente . Ces moments étaient précieux pour moi , comme des éclats de rêve dans la routine quotidienne . Mais d'autres fois , au lieu de me rendre à la fac , je sentais monter en moi une autre envie : celle de l'évasion , du grand air , de la liberté . Alors , je prenais ma vieille bicyclette , enfourchant mon vélo comme Meaulnes grimpait sur son cheval , prêt pour l'inconnu . Et je quittais l'avenue de la Lanterne , pédalant à toute allure en direction des monts de Bellet , laissant derrière moi , peu à peu , le tumulte de la grande ville . Ainsi , les collines de l'arrière-pays niçois m'appelaient , avec leurs paysages changeants , tantôt verdoyants , tantôt arides , baignés de ces éclats dorés de fin d'après-midi donnant au monde hivernal une touche presque irréelle .

Alors , là-bas , désireux de goûter à la solitude comme à la beauté brute de la nature , je me perdais volontairement , loin des gens et du bruit .

Ces échappées vers les hauteurs , comme un antidote à la mélancolie pesant parfois sur mon âme , étaient une sorte de voyage entre rêve et réalité , reflet de mon propre parcours personnel entre idéal et banalité journalière .

Entre les cours de Madame Labarrère et mes escapades à vélo , je paraissais vivre à la frontière entre deux mondes , toujours en quête de quelque chose de plus grand , de plus beau , sans jamais vraiment savoir quoi .

 

 

 

 

 

( A Suivre )

                                                   

 

 

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DAN AR WERN - MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature - I - Le Grand Meaulnes

( Deux Coeurs ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . "  MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature " , copyright

2024 .

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Notes :

 

1 - " Journal " de Marie Bashkirtseff ( 1858 -

1884 ) , peintre , écrivain russe  ( Ecrit de 1873 à 1884 ) .  Publié par le " Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff " .

 

2Christiane Labarrère , professeur de littérature à la Faculté des Lettres de Nice en 1971 , écrivain .

   - " Le Grand Meaulnes  " , d'Alain-Fournier

( 1886 - 1914 ) , roman , Emile-Paul , 1913 .

 

Version bretonne : " Meaulnes Veur  " , bet lakaet e brezhoneg ( traduit par ) Yann-Ber Thomin , Ar Skol Vrezoneg / Emgleo Breiz , 2000 .

 

 

* Chanson de Glenmor ( 1931 - 1996 ) dans son album " Vivre " , copyright Glenmor 1973 / Le Chant du Monde - Tous droits réservés .

 

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