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Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - VIII - Les Kerjean de Nantes .

20 Juillet 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Marie-Séraphique , bateau négrier nantais .

Marie-Séraphique , bateau négrier nantais .

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Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Le Cercle des " Gardiens " )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII - Les Kerjean de Nantes

 

 

 

 

 

 

 

" Ted Holworth était un notable

  Dont l'argent venait de la mer ... "  "

 

Graeme Allwright / John Napper - " La Ligne Holworth " *

 

 

 

 

 

16 - Il y avait , dans la haute société nantaise , une famille dont le nom , prononcé à mi-voix dans les dîners en ville ou sur les quais du port , faisait frissonner les plus avertis : les Kerjean .

Ceux-ci , installés depuis le XVIIe siècle dans un hôtel particulier de la rue Kervégan , s’étaient d’abord fait connaître comme armateurs , propriétaires de plusieurs navires qui sillonnaient les mers du sud , les Antilles , les comptoirs de l’Océan Indien , parfois jusqu’à Goa ou Madagascar . Leurs bateaux portaient des noms de constellations : L'Orion , le Sirius , L’Andromède , La Cassiopée . On disait qu’ils transportaient des épices , des étoffes , du sucre ... Mais ce n’était là que la façade légale .

Car derrière ces cargaisons licites se cachaient des caisses de bois à double fond , chargées de pierres précieuses , de bijoux rituels , d’objets sacrés arrachés à des temples , volés à des tombes anciennes , à des chefs vaincus . Les Kerjean , sous couvert de commerce , s’étaient transformés en pilleurs d'empires disparus , n'hésitant pas à revendre leurs populations terrifiées comme esclaves dans les quatre coins de la planète ! C'est ainsi que , sur le vol organisé de ce qui brillait dans les ténèbres des terres les plus lointaines , leur immense fortune s'était bâtie ! 

Mais , la maison Kerjean , vers 1820 , cessa de faire naviguer ses navires pour ouvrir à Nantes une bijouterie discrète , puis une seconde à Genève , une autre à Bruxelles , juste avant la succursale d'Alexandrie .

Ce n’était pas tant des échoppes discrètes que des antichambres de trafic où passaient des pierres non déclarées , retaillées , rechiffrées et vendues à des collectionneurs fortunés ou des mafias d’Europe de l’Est .

Le plus célèbre de leurs héritiers , Jakez Kerjean , dans les années 1960 , avait joué un rôle obscur dans la disparition de plusieurs artefacts lors de fouilles officielles en Égypte .

Il connaissait personnellement un certain docteur suisse , antiquaire du Caire , dont les collections ne figuraient dans aucun catalogue public . C'est lui qui , enfin , décida d'ouvrir une antenne à Paris , proche de l'opéra , pour son fils Yann , le mari de la danseuse .

Mais le secret le plus dérangeant restait celui lié à une opale noire non classée , d’origine inconnue , qu’un ancêtre des Kerjean , Mathurin , vieux navigateur à la barbe blanche , aurait rapportée d’une île du Pacifique , dans une statuette sculptée représentant une femme ailée tombant du ciel . Cette pierre aux couleurs d'obsidienne , pourtant , n’était jamais restée en leur possession très longtemps . Transmise , échangée , volée , reprise , elle semblait porter un sort à tous ceux qui la possédaient . Plusieurs morts brutales , des suicides , même une disparition brutale en mer inexpliquée du découvreur ! ...

Malgré tout , dans le coffre secret de la bijouterie nantaise , enfouie , derrière un miroir à double fond , dans une boîte de bois de rose , elle s'y cachait encore , accompagnée d’un mot manuscrit :

" Cette étoile-là ne se vend pas , qui ne brille que pour les âmes perdues "

 
17 - De son côté , Elise avait appris la danse traditionnelle avec sa grand-mère du Finistère , puis s'était dirigée vers la capitale nantaise où elle avait entrepris l'étude de la danse classique . C'est là , lors d'une soirée à l'opéra , qu'elle avait fait la connaissance de Yann Kerjean , comme si le morceau d'opale qu'elle possédait aussi , par un phénomène d'aimantation , l'attirait vers celui qui en possédait une autre , également mystérieuse , et dont l’aspect presque magnétique ouvrait la porte à une symbolique encore plus profonde : l’appel d'anciennes cultures , liées par un secret oublié . La jeune fille n’avait pas tout de suite compris ce qui l’avait poussée à quitter les grèves du Finistère pour les pavés élégants de la cité ducale . Sa grand-mère , femme discrète mais très ardente , l’avait initiée dès l’enfance à la danse bretonne , non pas comme s'il s'agissait de perpétuer la tradition d'un folklore , mais plutôt comme s'il fallait retrouver l'usage d'une langue plus ancienne , presque effacée . Il y avait des soirs d’été , dans la lande , où , sous la voûte céleste illuminée de diamants incendiaires , toutes deux , les yeux fermés , dansaient autour d’un feu de joie , au rythme d’un tambour invisible . C’est là qu’Élise avait reçu un petit fragment d'opale , monté sur un simple fil de cuir , sa grand-mère lui ayant dit  :
 
 
" C'est une pierre du ciel . Elle te montrera ce que les autres ne voient pas . "

 

Des années plus tard , ce bijou fut oublié , rangé dans un tiroir , puis repris presque machinalement quand la cornouaillaise partit pour Nantes . Là-bas , elle avait troqué les rondes ancrées dans la terre pour l’exigeante élévation de la danse classique . Elle fréquentait le Conservatoire , les coulisses du Théâtre Graslin , les cafés feutrés du passage Pommeraye . Et c’est lors d’un gala à l'opéra qu’elle le vit pour la première fois .

Yann Kerjean , lui , était seul , ce soir-là , dans une loge latérale , vêtu d’un costume sombre et presque démodé , avec le port altier de ceux qui , ayant reçu une éducation bourgeoise à l’ancienne , doivent paraître à tout prix en société , même si l'art du ballet ne les enthousiasme guère . Mais ce n’était pas cela qui le troubla . C’était l’impression , soudaine , d’être tiré vers elle , comme par un fil invisible ! 

Quand il la vit depuis le balcon , celle-ci posa instinctivement la main sur sa poitrine , là où reposait l'opale blanche qu’elle portait discrètement sous son justaucorps . C'est à ce moment précis qu'elle se tourna vers lui , le dévisageant depuis la scène , croyant voir une reconnaissance muette au fond de ses yeux , comme si , à une autre époque ou dans un rêve , ils s’étaient déjà croisés .

Peu après , quand ils se revirent au foyer pour un verre , le bijoutier lui révéla qu’il possédait une pierre étrange qu’il gardait dans un coffre hérité de son grand-père , ignorant tout de sa nature , mais affirmant qu’il rêvait d’elle certaines nuits : 

Elle ressemble à une étoile tombée du ciel . Parfois , j’entends une musique ensorcelante , quand je la regarde trop longtemps … "

Ce soir-là , Élise comprit qu’il y avait là plus qu'un hasard . Leurs deux pierres semblaient se répondre , comme deux fragments d’un tout brisé , séparé depuis des siècles . Quelque chose , ou quelqu’un , les avait mis sur le chemin l’un de l’autre .

Mais ce qu’elle ignorait encore , c’est que la famille Kerjean s'efforçait de dissimuler un passé bien plus obscur qu’il n’y paraissait . Malgré lui , Yann était l'héritier d'une dette honteuse contractée sous le regard de divinités courroucées vivant sur des terres lointaines .

La pierre d'opale de sa femme repoussait inconsciemment sa pierre noire , et c'est ce qui devait , peu à peu , aboutir un jour à leur divorce , malgré la naissance d'Izold , sa mère fuyant vers l'opéra de Paris , tandis que sa fille , elle , prise entre deux mondes , restait à Nantes , proche de son père !

 

 

( A Suivre )

 

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