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Dan Ar Wern Official Website

LE VISITEUR - II - Aziliz .

18 Juillet 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VISITEUR

Aziliz / Soeur Clare Crockett ( 1982 - 2016 )

Aziliz / Soeur Clare Crockett ( 1982 - 2016 )

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Le Visiteur

 

 

 

Le roi ma envoyé en mission et ma dit :

- Personne ne doit rien savoir de la mission pour laquelle je vous envoie . "

1 Samuel 21

 

 

II - Aziliz

 

" La vie d'un homme est une île lointaine où l'on n'accède qu'après une traversée plus ou moins périlleuse . "

Henri Queffelec - " Un Recteur de l'Île de Sein " , III , 1 ( 1952 )   

 

 

 

2 - Le lendemain matin , redevenant un homme presque ordinaire , Albin se rendait dans un grand magasin du boulevard Haussmann où il travaillait au rayon des chemises . Toute la journée , il dépliait des étoffes , conseillait des clients , rangeait des piles de coton parfaitement alignées . Dans une existence aussi routinière qu'elle pouvait en paraître presque banale , ses proches collègues le trouvaient discret , poli , quasi transparent . Pourtant , quelque chose les mettait souvent mal à l'aise . Lorsqu' il regardait quelqu'un , ce n'était pas le visage qu'il semblait observer . 

C'était autre chose , comme si les pensées les plus secrètes devenaient soudain , pour lui , visibles . Quand une cliente lui souriait , par exemple , il percevait la peur qui , depuis des années , la rongeait en secret malgré sa gentillesse . Etait-ce un cadre essayant une chemise , il pouvait lire le remords qui l'empêchait de dormir malgré son élégance et la diplomatie de son attitude . Quant à la vieille dame cherchant un cadeau , derrière sa voix calme , il entendait sa profonde solitude . Il ne faisait jamais aucun commentaire . Il savait seulement . Parmi les saisonniers recrutés pour l'été , se trouvait une jeune Bretonne assez enjouée , plutôt rigolote , arrivée de Quimper quelques jours auparavant . 

Celle-ci , cependant , contrairement aux autres , ne se détourna pas lorsqu'il la regarda , s'efforçant plutôt de soutenir elle-même ,  avec une brave curiosité mêlée d'inquiétude , la froide clarté de ses beaux yeux de cristal . Un matin , tandis qu'ils rangeaient ensemble des cartons dans la réserve , Aziliz , doucement , lui demanda :

- Excusez-moi ... est-ce qu'on se connaît ?

Il demeura silencieux .

- Chaque fois que vous me regardez ... j'ai l'impression que ... elle hésita avant d'esquisser , dans un rire , une grimace de clown : vous savez quelque chose de moi que je n'ai jamais avoué à personne .

Le visiteur , levant lentement la tête , se mit , avec une infinie douceur , à lui murmurer d'une voix presque imperceptible :

- Ce n'est pas à cause de moi , seulement vous savez ...

Ce fut à cet instant précis qu'elle eut la certitude troublante que cet étrange vendeur n'était pas là par hasard ...

3 - Chaque soir , lorsque la nuit recouvrait la capitale de son manteau sombre pailleté d'étoiles d'or , il ouvrait la petite malle en bois qu'il gardait sous son lit . Son contenu paraissait banal : une pierre rouge, lisse comme du verre , un carnet recouvert de signes incompréhensibles , de même qu'une étrange lunette d'observation dont nul astronome terrestre n'aurait pu connaître la fabrication d'origine , et dont le métal semblait n'appartenir à aucun alliage recensé sur leur planète .

Il ne brillait pas , mais absorbait la lumière . Aucun verre n'en équipait les lentilles , qui paraissaient pourtant traversées d'une profondeur infinie . L'observateur , alors , montait sur la chaise placée devant la lucarne et dirigeait lentement l'instrument vers l'est , attendant qu'au-dessus des toits de Paris n'apparaisse une minuscule étincelle rouge : Mars ! À cet instant , son visage changeait imperceptiblement , car il semblait écouter davantage qu'observer . C'était l'heure où le chat noir se mettait à le fixer de ses prunelles scintillantes , poussant un long miaulement grave et plaintif ... Il ne se quittaient plus des yeux , parfois pendant quelques minutes , parfois pendant une heure . Regardaient-ils , tous deux , réellement la planète rouge ? Ou contemplaient-ils , tel un vestige de l'espace , un temps révolu , inaccessible aux hommes ? Lui-même ne l'aurait sans doute pas su . Car chaque fois que son regard croisait cette faible lumière , comme un reflet perdu au fond des yeux luisants de l'animal , une même voix montait du silence ... Une respiration haletante , puis un appel , toujours le même , toujours plus faible ... Comme si quelqu'un attendait depuis une éternité qu'on lui réponde enfin !

 

 

( A Suivre )

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