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Dan Ar Wern Official Website

LE VISITEUR - IV - Rue de L'Orme .

21 Juillet 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VISITEUR

Rue de l'Orme - Paris 19è.

Rue de l'Orme - Paris 19è.

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Le Visiteur

 

 

 

Le roi ma envoyé en mission et ma dit :

- Personne ne doit rien savoir de la mission pour laquelle je vous envoie . "

1 Samuel 21

 

 

IV - Rue de L'Orme

 

 

" Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe ... "

 
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "  

 

 

 

 

8 Aziliz , qui avait hésité pendant plusieurs jours , tentant de ne plus penser à sa curieuse aventure , monta , cependant , le 18 , avec un léger essoufflement , peu avant la tombée de la nuit , poussée par une curiosité qu’elle ne parvenait plus à combattre , ayant fini par accepter son invitation , les six étages sans ascenseur de celui qui lui avait dit  : " Certaines lumières ne montrent pas le monde ... elles montrent ce que nous avons oublié . "

La rue de l’Orme était une petite voie oubliée du dix-neuvième , étroite et silencieuse , où les réverbères diffusaient une lumière jaune , déjà presque ancienne , sur les façades qui semblaient se pencher les unes vers les autres comme pour échanger des confidences . Mais lorsqu’elle découvrit , ce soir-là , sur la boîte aux lettres du numéro 6 , le patronyme d’ALBIN ZILIZ , presque identique au sien , la jeune fille sentit un frisson la parcourir . Elle connaissait ce garçon depuis des semaines , partageant avec lui de longues journées derrière les rayons de chemises et de costumes de la boutique de son père , et pourtant , cette fois-ci , elle eut l’impression , devant ces quelques lettres griffonnées dans l'entrée de l'immeuble , de découvrir son véritable nom pour la première fois .

- Vous êtes venue tout de même , c'est gentil ! , lui dit simplement le jeune homme en guise de bienvenue .

Il avait l’air fatigué , presque fragile , sans sa veste de vendeur , en jean et vêtu d’une chemise plus claire aux manches retroussées , paraissant plus jeune encore que dans le magasin , les traits tirés par plusieurs nuits sans sommeil . Puis , il l'invita à gravir avec lui les six étages qu'il venait de dévaler à toute vitesse d’un escalier de bois qui craquait sous leurs pas . Tout en haut , se trouvait une petite porte basse donnant sur une chambre de bonne sous les toits 

L’air y sentait l'odeur d'un vieux  papier peint mêlé de poussière chauffée par la chaleur de l'été . La pièce , minuscule , était celle d’un étudiant sans argent : lit étroit , piles de livres , cartes du ciel punaisées sous la pente du toit , lunette astronomique près de la lucarne .

- Pardonnez le désordre , s'excusa-t-il avec un sourire . Les étoiles prennent plus de place que les meubles .

Il ouvrit un tiroir et en sortit un mouchoir soigneusement plié.

- Je voulais vous montrer ceciVous connaissez ce signe ? , demanda-t-il tout de suite à son invitée après lui avoir servi un verre d'accueil . En dépliant lentement le mouchoir taché de sang qui avait essuyé son visage au moment de l'éclipse , une croix noire enlacée d'une larme rouge étaient apparues dans sa main .

Celle-ci eut un mouvement de recul .

- Cest absurde , allons ! Je nai jamais vu ce symbole de ma vie !

Le regard compréhensif de son hôte se posa sur elle avec une douceur étrange , presque douloureuse .

- Il existe des souvenirs que la mémoire efface et que lâme conserve .

Un bruit léger se fit entendre alors derrière eux .

Par la haute fenêtre , à demi ouverte , venait de surgir un grand chat noir . Son pelage semblait absorber la lumière , et ses yeux d’ambre brillaient avec une intensité presque humaine .

- Je vous présente Amaury , dit Albin .

Aziliz avait sursauté .

- Oui . Je lai trouvé un soir près du cimetière de la chapelle expiatoire . Ce nom sest imposé à moi sans que je sache pourquoi .

L'animal s'était approché de la femme sans crainte , d'abord se frottant contre sa jambe avant de bondir avec audace dans ses bras ! Celle-ci , à peine eut-elle serré le chat contre elle , ressentit une douleur fulgurante lui traversant la poitrine . Le nom d’Amaury avait résonné en elle comme un souvenir oublié , faisant disparaître la chambre tandis qu'elle revoyait la forêt de Compiègne et ces cavaliers embusqués derrière les chênes guettant un homme en manteau sombre qui se retournait juste avant que le piège ne se referme . Pendant une seconde , la bretonne eut la sensation de sentir le battement du cœur de la bête comme s’il était le sien . Même solitude et même crainte , avec ce désir éperdu d'échapper à tous ceux qui , voulant mettre à mort ce  " gibier de potence " de royaliste , comme ils le surnommaient avec haine , avaient sonné l'halali ! Alors , quand le chat leva ses yeux vers elle en implorant pitié , elle eut l'impression troublante de se regarder dans un miroir vivant : le monde avait soudain basculé , une chaleur fulgurante avait traversé son corps , faisant apparaître , autour de la chambre , des murs de pierre , une chapelle éclairée par des cierges , bordée d'un  cloître noyé de pluie , où elle n’était plus Aziliz , mais sœur Judith Verdier sentant le poids du voile sur ses cheveux , l’odeur de cire froide , le froissement de l’habit lorsqu’elle courait dans un couloir pendant qu'une voix d’homme lui demandait , sans répit , des renseignements qu'elle ne voulait pas donner , terrorisée par les représailles contre sa famille ! 

Elle avait parlé , trahissant celle qui avait été sa plus intime compagne , soeur Blanche , Esther Le Goff ...

Quand elle leva les yeux vers l'ouverture de la fenêtre , Mars venait de surgir entre deux nuages , énorme et rouge au-dessus des toits , faisant jaillir ses larmes sans qu’elle puisse les retenir . Mais , ce n’était pas une tristesse ordinaire . C’était une douleur venue de très loin , qui ne portait qu'un seul nom , le sien , celui d'une personne abandonnée dans une grotte où elle ne pourrait longtemps survivre , et qui pourtant semblait supplier quelqu’un , ce chat noir bondissant sur le rebord de la fenêtre en la fixant comme si elle voyait à travers elle , une autre femme , vêtue d’un voile blanc , courant dans une forêt sous les arbres de Compiègne pour échapper aux tueurs ! ( 5 )

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - LE VISITEUR IV - Rue de L'Orme - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VISITEUR " , copyright 2026 .

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Notes :

5DAN AR WERN - Le Chevalier De Sainte-Croix - Première Partie - Les ConjurésVIII - Guet- Apens Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Chevalier De Sainte-Croix " , copyright 2026 .

* " Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 

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