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LE MYSTERE DU " KROAZ-AN-AOD " - Première Partie - IV - Failte Romhat !

16 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MYSTERE DU KROAZ-AN-AOD

Cranagh Castle

Cranagh Castle

Le Mystère du " Kroaz-an-Aod "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - Failte Romhat !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" I have spread my dreams under your feet ;

  Tread softly because you tread on my dreams . "

( J'ai répandu mes rêves sous tes pieds ;
  Marche avec douceur car tu marches sur mes rêves )

" He Wishes for the Cloths of Heaven " ( 1893 ) , poème de William Butler Yeats ( 1865 - 1939 ) inspiré par Maud Gonne .

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

     6 - Alors que le jour se levait , l'Irlande émergea , saluant le navire de la beauté farouche de ses verts pâturages qui , lentement , se dessinaient à l'horizon d'abruptes falaises .

La traversée touchait à sa fin , mais , pour certains , les souvenirs de cette aventure garderaient pour toujours la couleur de cette puissante voile ayant , d'un battement d'ailes de macareux ou

de goélands , porté le petit caboteur depuis la côte bretonne jusqu'à l'île d'émeraude !

- Moins glorieusement que le bateau pris par Tristan Lug , mon aïeul en mars 1920 , il y a presqu'un siècle , sur le port de Roscoff où il s'était embarqué pour trouver ici du boulot , fanfaronna MarigMais tu sais bien , mon cher , que de nombreux mots de chez nous , du fait de notre cousinage , ressemblent au gaélique , précisa encore la belle à l'intention de son invité . Alors , bien qu'il ne parlât pas , non plus , beaucoup l'anglais , le fier tonton ​​​​​jonig " , c'est ainsi qu'on l'avait surnommé , fut engagé comme garçon de ferme au château de Cranagh , du côté de Tipperary , dans le MunsterAujourd'hui , nous refaisons la route !

         Celle-ci , à bord d'une vieille guimbarde assez poussive où ils s'étaient tous entassés ,

les conduisit , à travers le comté de Wicklow , le jardin de l'Irlande , jusqu'au domaine en partie ruiné , mais dont les vestiges , fièrement dressés parmi les hautes herbes d'un vert profondément

intense , entre les croix celtiques du cimetière , au pied d'une tour ronde jouxtant une demeure seigneuriale du 18è , conservaient néanmoins , sous un ciel irlandais pommelé de nuages blanchâtres , le charme des temps romantiques . ( 5 )

 

   7  - Le vent , qui soufflait sur la clairière et les semences d'orge printanières , brusquement , se mit à tournoyer dans les arbres comme un fou , ses bourrasques de neige déclenchant un violent orage au-dessus des habitations , tandis que l'apparence d'une silhouette fantastique vêtue d'aigue-marine paraissait grandir peu à peu , se dessinant dans les nues blanches tourmentées ! 

- Failte romhat  ! , lança une voix forte dans l'ombre d'une voûte obscure d'où , en même temps , s'échappait un vol de colombes . Je vous en prie , ajouta-t-elle en s'engageant dans cette bâtisse imposante dont la masse noire , découpée sur un ciel de nuées ténébreuses , rayonnait aussi parfois de quelque éclat de soleil venant aussi , par moments , réfracter le clair-obscur des traits d'une Madone qui en était l'hôtesse , en surmontant le seuil avec une croix celtique pendant à son cou , gravée sur la pierre . Bienvenue ! , fit encore la dame d'un air dégoûté . Quel temps de chien ! ( 6 )

         C'était le 20 mars , veille d'équinoxe . La pluie glaçante venait juste , en effet , d'arrêter de tomber .

          Le lendemain de leur arrivée , il y eut une petite fête en l'absence de Yun parti explorer , pendant plusieurs jours , les eaux irlandaises dans le but d'y découvrir de nouvelles espèces de poissons .
          Dans la courette et le jardin fleuri protégés par une bâche , tels des papillons voletant sous les lampes , quelques couples de fortune avaient esquissé un pas de danse , tandis qu'à l'intérieur , Mark O'Reilly , fils de l'hôtesse , avec la conviction propre à l'âge mûr , avait entraîné Marig dans un cortège éblouissant de sets et de jigs , jouant de son charme envoûtant , semblant défier par jalousie le nouvel arrivant " français " , manège qui , d'ailleurs , fonctionnait à merveille , car il pouvait constater que ce spectacle magique d'une aussi jolie femme tourbillonnant au milieu de la salle en un ballet vertigineux de soie claire provoquait chez l'invité une attirance encore plus vive pour celle qui avait jadis illuminé sa jeunesse ! ( 7 ) 

          L'oreille aux aguets , ce dernier les entendit pourtant murmurer :

 - Tout ce temps perdu ! , soupirait-elle

tendrement , lui prenant la main . Me pardonneras-

tu ?

- Pourquoi ? , lui lança l'autre en réponse , avec un mélange de colère contenue , d'impatience et d'incompréhension .

         L'air embaumé , en ce soir de printemps 1994 , mélange d'iode et de tamaris anglais , portait lui aussi le chant de la campagne comme réponse mystérieuse à ces paroles  ...

- Même s'il n'y avait plus de lendemain ? , lui avait-il chuchoté en lui pressant le bras . Tu es mariée , n'est-ce pas , que vais-je devenir ?

- Vois-tu , ma famille , c'est important ! , s'était-elle mis à bredouiller ensuite sans conviction . 

- Je veux te revoir , m'entends-tu ? Je veux vivre avec toi ! , l'avait-il sèchement coupée .

         Quant à Morvan , ombre impuissante , il observait de loin son rival comme on assiste  au spectacle navrant de sa propre déchéance . Il semblait effondré .

 Peu avant , sous la tonnelle , on avait vu , dans l'enivrante odeur des syringas et du jasmin , des ombres masquées poursuivre un vol effarouché de tourterelles blanches ...

         Mark , son gardénia à la boutonnière , avait à peine achevé sa phrase qu'une lumière éclatante déchirait le ciel , précédée d'une terrible déflagration , musique , orchestre et valses lentes interrompues laissant les gens épouvantés par la guerre toute proche se précipiter en désordre vers l'unique sortie , effroyable torrent de malheur balayant sans pitié sous leurs cris les plus faibles du troupeau !

   

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                              ___

 

 

DAN AR WERN - LE MYSTERE DU  " KROAZ-AN-AOD " - Première Partie - IV - Failte Romhat - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved -

" Le Mystère du " Kroaz-An-Aod " , copyright 2024 .

                         ___

Notes :

 

- Château de Cranagh ( comté de Tipperary ) .

 

6 - Failte romhat = Bienvenue !

 

7Une Vie D'Artiste , IV , 5 - Nocturne - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - nov. 2023

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LE MYSTERE DU " KROAZ-AN-AOD " - Première Partie - III - Voyage .

16 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MYSTERE DU KROAZ-AN-AOD

Marin Marie et son bateau , l'Arielle .
Marin Marie et son bateau , l'Arielle .

Marin Marie et son bateau , l'Arielle .

Le Mystère du " Kroaz-an-Aod "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Voyage

 

 

 

 

 

 

 

 

Tel un navire qui parcourt l 'onde agitée ... "

Sagesse de Salomon , V , 10 . " 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

     5 - Yun était un homme robuste et courageux , pêcheur dont la passion pour la mer était aussi profonde que les eaux qu'il naviguait . Depuis sa jeunesse , il avait réussi à tirer des flots tumultueux d'Iroise et d'Atlantique , sa subsistance , et les trésors qu'il trouvait aussi bien sous la surface bleue-verte de Mor-Breizh qu'au bord des côtes , lui permettaient ainsi , grâce à son petit vraquier , de satisfaire une clientèle choisie sur toutes les rives des pays celtes . Les nouveaux horizons ne lui faisaient pas peur , cherchant toujours des débouchés pour son commerce de poissonnerie et de denrées plus rares , tournant son regard vers l'Irlande , terre aux légendes sauvages et si mystérieuses pour tant fasciner les gamins du village !

  Un vrai loup de mer que cet homme aguerri par l'expérience , cachant derrière de rudes manières sa sensibilité , solide gaillard , bon vivant , dont la cordiale franchise , la détermination , n'avaient jamais pu être entamées par une vie si âpre et difficile !

Ce jour-là , préparant son vieux bateau de pêche avec soin , sorte de caboteur inspiré à son père par l' "Arielle " des aventures du célèbre Marin-Marie , dans les années trente ,  Yun rassembla ses filets, ses appâts et ses provisions pour le voyage , saluant ses voisins , content d'amener avec lui , pour une semaine de balade , son épouse , de même que cet ami de jeunesse dont , la veille , il avait , grâce à elle , fait connaissance , leur promettant de revenir avec encore plus de souvenirs merveilleux ! ( 4 )

L'heure venue du départ , le village entier se rassembla sur le rivage pour voir s'éloigner le

" Kroaz-An-Aod " . Les vagues battaient contre la coque du bateau alors qu'il faisait voile ,déjà , pour attraper les vents qui le porteraient vers l'ouest . Les cris des cormorans , témoignant peut-être de façon plus ostensible des craintes et prières des villageois , résonnaient dans l'air salé alors qu'il disparaissait à l'horizon .

Le voyage vers l'Irlande ne fut , certes , pas très facile . On dut affronter des nuits sans lune et des vents contraires menaçant de pousser hors de sa route le navire . Mais avec une grande volonté s'ajoutant à une bonne connaissance des

courants , le capitaine , contournant Land's End après une petite escale à Plymouth , continua son périple .

Finalement , quelques jours de navigation suffirent à faire découvrir , se dessinant à l'horizon , les premières falaises de l'Île d'Emeraude aux voyageurs , qu'un mélange d'excitation et d'appréhension saisit alors qu'ils approchaient de cette terre jugée par eux tout aussi familière que plutôt fascinante .

À leur arrivée , ils furent accueilli par des gens venus à leur rencontre , assez intrigués , pourtant , par la présence de celui qu'ils nommèrent tout-de-suite l'étranger : Morvan !

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - LE MYSTERE DU  " KROAZ-AN-AOD " - Première PartieIII - Voyage - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved -

" Le Mystère du " Kroaz-An-Aod " , copyright 2024 .

                             ___

Notes :

 

 

- Marin-Marie ( 1901 - 1987 ) , pseudonyme de Marin de Saint-Front , écrivain , peintre de marine et navigateur français qui fit construire la vedette " Arielle " , équipée d’un moteur Baudoin de 60 cv , par le chantier Jouët de Sartrouville pour une traversée de l’Atlantique durant 20 jours .

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 
L’Arielle au mouillage à ChauseyL’Arielle au mouillage à Chausey
 

 

 

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LE MYSTERE DU " KROAZ-AN-AOD " - Première Partie - II - Hôtel de la Mer .

15 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MYSTERE DU KROAZ-AN-AOD

Hôtel de la Mer

Hôtel de la Mer

Le Mystère du " Kroaz-an-Aod "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - L'Hôtel de la Mer

 

 

 

" La vie n'est qu'une nuit à passer dans une mauvaise auberge ... " 

Thérèse d'Avila - " Chemin de la Perfection " *

 

 

 

 

     2 - Comme c'est drôle , je n'ai pas réalisé tout de suite que c'était toi , bredouilla-t-elle d'une petite voix fluette , cachant sa gêne devant une rencontre aussi inattendue . Lui , il ressentit tant de bonheur face à cette incroyable coïncidence qu'il ne pouvait plus prononcer un seul mot , même s'il lui tardait pourtant de parler à celle qu'il avait cru définitivement perdue pour tout lui dire enfin de ce qu'il avait douloureusement gardé en lui le temps de cette attente interminable lui paraissant maintenant si long qu'il n'en finissait plus de s'écouler !

          Là-bas , surgi du grand large , " du livide horizon des solitudes " , comme l'écrivait un poète français , des vents galopaient tels des chevaux sauvages contre la côte éclaboussée de fureur océane ! ( 1 )

Et les feux rougeoyants du phare balayant avec placidité l'espace avaient bien du mal à s'imposer sous l'averse , face aux convulsions frénétiques paraissant comme d'habitude , sous la surface , agiter de mille tremblements les flots bouleversés ! 

         Ce rafiot misérable s'efforçant de regagner le port les remarquerait-il ? , se demanda-t-il alors , fixant sa carène sombre dansant avec peine sur la crête immaculée des lames d'émeraude vertigineuses ! Notre trajectoire sur cette terre ... , se mit-il à réfléchir avec une sorte de tristesse contrecarrant sa joie retrouvée , le bruit de l'eau battant violemment contre le sol tandis qu'ils se réfugiaient dans sa voiture .

         Ils étaient partis vers la côte , prêts à défier les caprices du mauvais temps , la pluie s'étant mise à redoubler peu après leur départ . Lentement , de l'horizon , montait déjà une muraille d'ombre pendant que le ballet régulier des essuie-glace , rythmant le bruit des gouttes , s'efforçait de briser celle du silence qui les étreignait dans son étau de crainte ou de timidité . Il avait fini par lui déclarer peu à peu son trouble au fil de cette conversation si longue ayant d'ailleurs commencé bien avant dans le pick-up rouge fonçant à vive allure que , d'une voix

faible , elle avait tenté à son tour d'animer : 

- Tu te rappelles du mariage de ma soeur ? Je crois que c'est là que nous avions fait connaissance , n'est-ce pas ?

Dans l'album de photos qu'il sortait de temps à

autre , se trouvait un cliché jauni de la fiancée , Mona , la future madame Le Du , belle paysanne des environs de Guipavas .

     Mais le soir , se rappelait-il , après la longue veillée bretonne , dans le chemin qui s'enfonçait sous les ombrages depuis la ferme du hameau " Kerbili " , ce fut celle qui s'était tenue tout contre lui pendant la soirée , petite fée semblant boire ses paroles d'une oreille attentive et l'observant de ses yeux malicieux , Marig , la charmante soeur de la mariée , qu'il crut ainsi reconnaître comme s'ils étaient nés l'un pour l'autre , frémissant de peur , soudain , pour cette nouvelle amie silencieuse et fidèle depuis si longtemps désirée et qui , enfin venue , le comprendrait pour toujours ! ( 2 )

    La Ford roulait grand train vers la ville de Guissény , faisant défiler son décor de landes sauvages , de clôtures électriques protégeant le bétail , de rideaux d'arbres et de haies décharnés , de landes monotones balayées par le vent cruel hurlant sa triste chanson de mort .

    Elle lui parla encore de son mariage dans une petite bourgade toute proche dont la famille de son mari était originaire ... Mais tu vas faire bientôt sa connaissance , il rentre demain ! Du moins , c'est ce qu'il m'a assuré ... , soupira-t-elle , hésitante , avec une espèce de résignation , lui prenant la main , la serrant chaleureusement contre elle après une pause dans une station d'essence avant de redémarrer dans une flaque de lumière venue du soleil enfin réapparu tout là-haut dans un éclat derrière les nuées sombres , comme un clin d'oeil tardif du ciel , une lueur d'espoir ...

Mon pauvre , si tu savais ce qui m'arrive ! , fit-elle en sanglotant . Vois-tu , je crois que je voudrais divorcer ... , lui confia-t-elle encore étrangement face au mugissement des vagues échevelées de flocons d'écume s'envolant à perte de vue vers le large . 

 

3Peut-être faisons-nous partie d'une terre en harmonie parfaite avec notre nature profonde ? , lui répondit-elle avec un sourire triste quand il lui demanda pourquoi elle était resté dans ce lieu isolé de Bretagne . 

- Parfois , c'est en partant qu'on finit par mieux retrouver son âme , lui répondit-il à son tour , s'efforçant , pour la comprendre , de  se noyer corps et âme dans l'eau bleue de ses yeux clairs mouillés de larmes . N'était-ce pas de ça qu'en fait il s'agissait , de la raison pour laquelle il était revenu ici ?

- " Le Fil Rouge " , en quelque sorte ... , ajouta-t-il avec un peu d'ironie , car c'était , bien entendu , le nom du restaurant  dans la sombre bâtisse de l'hôtel faisant face à l'étendue marine , de l'autre côté de l'onde moirée de lune . Puis , il lui expliqua , tandis qu'il repensait , lui-même , aux vains efforts qu'il avait jadis tenté pour essayer de la reconquérir après quelques verres de Gros Plant du pays nantais , qu'il était venu donner un coup de main pour une enquête , car il y avait , outre un cadavre ayant disparu , à ce qu'il semblait , un trafic d'armes dans la région .

- Voyons , monsieur l'inspecteur, fit-elle en le vouvoyant d'un oeil inquiet , comme pour plaisanter , je ne sais pas vraiment si j'aurais été heureuse d'emprunter ce même chemin difficile que le vôtre  , vous savez

        Il était évident qu'ils avaient trop bu , qu'ils ne pouvaient plus reprendre la route . Il l'invita donc , en tout bien tout honneur , à partager sa chambre .

Elle finit par se rendre compte , même doutant de sa bonne foi qui , en cette occasion , s'avéra  aussi discutable que sa mémoire , qu'il n'y avait pas d'autre issue !

        Mais avant de monter à l'étage , elle s'était assise au piano un moment , dans le hall de l'auberge , et certains clients crurent même la reconnaître chantonnant la fameuse chanson de jazz :

" Love is a circle ,

  Take my hand , my friend ,

  Love is a circle ,

  Love will never end ... " ( 3 )

 

4 - Puis , avant de dormir , ils arpentèrent la plage déserte une nouvelle fois , se tenant par la main , la houle , montant du plus profond de leur conscience à vagues ininterrompues , ramenait à la surface de ses yeux bleu-vert quelque vision d'épave glissant en friselis d'écume soyeuse avant de s'échouer sur la rive , souvenir ancien d'une onde indicible née de l'île familière et lointaine des jours enfuis , persistant à les regarder courir encore à travers la grande vitrine de sa chambre comme on voit par le hublot d'une cabine le sillage cotonneux d'un navire s'effacer peu à peu devant l'appel inéluctable de la tempête ... 

Oh , sans doute seraient-ils réveillés par l'orage pendant la nuit qui , chaque fois s'assombrissant davantage , annonçait l'embrasement d'un ciel immense transpercé de toutes parts d'éclairs fulgurants !       

Passé le piano-bar jusqu'à " l'Aquarium " , ainsi nommait-on l'autre restaurant , plus gastronomique , la conversation s'était poursuivie  le long de la coursive illuminée de ce véritable paquebot terrestre où , conviée à la fête fleurie des sacro-saintes vacances de Pâques 1994 , de bruyants campagnards montraient leur marmaille et leur mauvais goût , flânant d'un oeil distrait devant les rares boutiques ...

       

         

 

 

 

( A Suivre )

 

                              ___

 

DAN AR WERN - LE MYSTERE DU  " KROAZ-AN-AOD " - Première PartieI - Balade au Bord de L'Eau - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved -

" Le Mystère du " Kroaz-An-Aod " , copyright 2024 .

                             ___

Notes :

 

- " Les Travailleurs de la Mer " ( 1866 ) , II , 3 - IV , par Victor Hugo ( 1802 - 1885 )

 

2 - LENA ( Cycle de l'Etoile XI ) , III -16 - La Vieille Cérémonie  - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

3 - " Love is a Circle " , paroles de Manny Feldman , musique de Graeme Allwright ( 1926 - 2020 ) dans l'album de ce dernier : " Tant de Joies , Graeme Allwright and the Glen Ferris Quartet " , copyright 2000 Graeme Allwright / EPM Musique - ADES - Tous droits réservés - All rights reserved .

" L'amour est un cercle ,

  Prends ma main , mon ami ,

  L'amour est un cercle ,

  L'amour ne finira jamais ... "

 

 

 * " Chemin de la Perfection " ( Camino de Perfeccion , 1566 ) , Chapitre 70 - Parle de l'amour de Dieu , livre de Thérèse d'Avila ( 1515 - 1582 ) , religieuse carmélite espagnole .

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LE MYSTERE DU " KROAZ-AN-AOD " - Première Partie - I - Balade au Bord de L'Eau .

14 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MYSTERE DU KROAZ-AN-AOD

LE MYSTERE DU " KROAZ-AN-AOD " - Première Partie - I - Balade au Bord de L'Eau .

 

 

 

 

Le Mystère du " Kroaz-an-Aod "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - Balade au Bord de L'Eau

 

 

 

" La mer ... ne fait pas penser à la vie des hommes , mais elle réjouit notre âme , parce qu'elle est , comme elle , aspiration infinie et impuissante , élan sans cesse brisé de chutes , plainte éternelle et douce . "

Marcel Proust - " Correspondance " , 1892 .

 

 

 

 

1 - Le vent soufflait si fort , ce matin-là , sur la

côte , rythmant de sa mélodie envoûtante , la danse des vagues , faisant s'agiter les hautes herbes des dunes dominant le large .

Le ciel était couvert , comme s'il se préparait , lui aussi , à jeter des trombes d'eau sur ce bout de terre sauvage , mystérieuse où , autour de son phare , sentinelle de pierre surveillant les flots tumultueux de l'atlantique , semblaient assoupies les quelques toits d'ardoise et de chaume d'un petit village de pêcheurs , blottis les uns contre les

autres pour mieux se défendre contre les

éléments , derrière les bras protecteurs de hautes parois de sable et de calcaire .

C'était là qu'une partie de sa famille vivait , dans ce lieu isolé du reste du monde où il n'avait pas mis les pieds depuis longtemps , mais qui , sans

doute , avait plus ou moins consciemment formé , disait-on , son caractère d'homme à l'esprit libre , de breton têtu au regard perçant comme celui de ces oiseaux de mer planant au-dessus de la colère océane !

  N'avait-il pas , d'ailleurs , depuis sa plus tendre enfance , été fasciné par la beauté grandiose de cette immensité , n'avait-il pas passé , hélas trop éloigné de ses rives , de longues heures d'exil à essayer de retrouver partout , même à l'autre bout de la terre , le chant des mouettes intrépides qui l'avaient toujours fait rêver d'aventures lointaines , d'insondables secrets ?

Ce jour-là , tandis qu'il marchait sur la plage déserte , le regard perdu vers l'horizon , Morvan sentit un frisson lui parcourir l'échine. Il avait l'étrange sensation que quelque chose allait changer , que le destin lui réservait une rencontre qui allait à jamais bouleverser sa vie .

Soudain , plissant les yeux pour mieux voir , il distingua une forme humaine au loin , comme une silhouette vêtue d'un ciré jaune qui , à travers la brume épaisse enveloppant le paysage , agitait désespérément les bras dans sa direction . Sans réfléchir , il se mit à courir alors , malgré l'embrun fouettant son visage et la lourdeur de ses bottes , pensant qu'il devrait , peut-être , aider un inconnu en détresse !

  Et c'est ainsi que commença toute cette histoire , par une simple balade au bord de l'eau !



 

 

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LA NEBULEUSE DU CRABE ( Cycle de L'Etoile XXVII et XXVIII ) - VI - Table des Matières .

13 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern

Nébuleuse du Crabe

Nébuleuse du Crabe

 LA NEBULEUSE DU CRABE

 Cycle de L'Etoile XXVII et XXVIII )

 

  

 

 

Table des Matières

 

    

 

I -  Préface / Dédicace      

         La Valise Bleue

      

 

   

II PREMIERE PARTIE Cycle de L'Etoile XXVII )

          LE PHOTOGRAPHE :

1 - Tempête- 2 - Mariage - 3 - Enlèvement - 4 - Valise Bleue - 5 - Île Vierge - - Mystère de la Chute ( Epilogue )

   

 

III SECONDE PARTIE Cycle de L'Etoile XXVIII )

        LE PIANISTE :

1 - Offrande Musicale - 2 - Fausse Note - 3 - Alibi - 4 - Piège - 5 - Fugue - - Le Repaire du Loup - 7 - Le Château de L'Orbe Noir - 8 - L'Orbe Blanche - 9 - L'Inconnue des Etoiles - 10 - La Serre - 11 - Incendie ( Epilogue )

   

 

IV -  Le Soleil de L'Apocalypse Cycle de L'Etoile XIX )

                Résumé

         

 

V - Chronologie des Oeuvres

      ( 4 , XXV à XXXII )

      Romans , Poèmes , Nouvelles        

 

 

 

VI - Table des Matières

 

 

 

 

 

 

 

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Carnets de Route - XVI - New-York - Décembre 1980 .

12 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CARNETS DE ROUTE

Mémorial Strawberry Fields à New York

Mémorial Strawberry Fields à New York

Carnets de Route

 

 

 

 

 

 

XVI - New-York

         ( 8 Décembre 1980 )

 

 

 

 

 

Pour Carson Mc Cullers

et pour John Lennon

 

 

 

 

" John Ferris s'éveilla dans la chambre d'un hôtel de New-York .

Il avait le sentiment qu 'une chose déplaisante l 'attendait - Quoi ?

Il n 'en savait rien ... " 

 

Carson Mc Cullers - " The Sojourner "  ( Celui Qui Passe ) *

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     1 - " L'avez-vous vue ? " , demandais-je les yeux remplis d'espoir , mais brillants de fatigue à cause du " jetlag " , arpentant les rues neigeuses de la " Grosse Pomme " avec une détermination difficilement renouvelée , ayant commencé à interroger les gens , leur montrant une vieille photo que je sortais parfois sans trop y croire de ma poche , certains secouant la tête , d'autres semblant vaguement se souvenir de son visage , mais personne ne sachant vraiment me dire où elle pouvait bien être ce jour-là .

          Il y avait deux ans , seulement , que m'étant trouvé tellement désarmé après le départ soudain de " mon " autre américaine venue là , aurait-on dit , pendant une semaine de ski , pour mettre le feu à mon coeur avant d'aussitôt repartir brutalement le 4 juillet , j'étais venue la voir , ayant lu une petite annonce dans un journal anglophone de la capitale , pour un cours d'anglais . ( 1 )

          Je me sentais très seul à l'époque , à Paris . La jeune fille m'avait parlé avec tant de gentillesse de son pays , de sa ville natale , c'était si étrange lorsqu'elle me décrivait ses cours de mime et de danse , que j'étais tombé sous le charme de son sourire d'étudiante ! Elle m'avait tendu les bras !

         Mais un jour , elle aussi avait disparu , le temps , pour moi , de me rappeler tant de nos éclats de rire , la belle s'était envolée vers d'autres cieux , ne me laissant que l'adresse de sa mère ...

         La soirée d'hier , pourtant , m'avait paru plutôt lumineuse et , malgré tout , remplie de promesses . J'avais cherché , ce matin , ma montre à tâtons sur la table de chevet du " Wellington " ,

remarquant , d'un rapide coup d'oeil , les aiguilles paresseuses qui tendaient , comme moi , à perdre la mesure du décalage horaire . ( 2 )

L'ayant enfin réglée , je m'étais habillé devant la fenêtre battue de neige où l'on pouvait voir encore , à travers , de pâles flocons tombant en silence du ciel cotonneux couvrir d'un matelas blanchâtre la ville engourdie , semblant défier ainsi mon courage et la grisaille du jour naissant . Dans les tourbillons venteux de Manhattan , au milieu des lumières scintillantes et du brouhaha incessant , ma recherche vait commencé !

      Je m'étais alors dirigé de l'autre côté du Parc , vers Bethesda Terrace , quand , au bout d'un long périple à travers les grandes allées glacées , j'avais repéré de loin l'imposante carrure émergeant d'un groupe de patineurs venus contempler la statue de l'Ange figée dans la glace . 

- Qu'importent les difficultés du chemin , mon vieux , semblaient-ils dire , faisant de grands signes affolés , pourvu que nous puissions nous rejoindre ! N'était-ce pas elle , d'ailleurs , Christie , que j'avais cru reconnaître , entraînée par le flux , dans la galerie souterraine ? ( 3 )

- Alors , ça t'étonne de me voir ici , n'est-ce pas  ? , m'apprêtais-je déjà , triomphant , à lui dire , que je ne me rendis pas compte qu'il s'agissait d'une autre , et qu'elle pleurait , tant mes pensées , tournées en ce jour de quête vers cette amie que je voulais tellement retrouver , mais perdue de vue depuis si longtemps , me cachait l'autre nouvelle de ce 8 décembre , plongeant toute la ville dans un mélange de choc et de tristesse pour quelqu'un qui emportait avec lui une partie de notre jeunesse et de la mélodie de notre époque ! Puis , sortant du choeur de la cathédrale Saint-Patrick où j'avais , à genoux devant une statue de Marie ornée d'un bouquet de roses rouges , longuement médité , je m'étais ensuite dirigé d'un pas rapide vers l'Hudson en ce jour de froidure , et précisément là , je m'étais mis à longtemps réfléchir , contemplant  le sombre miroir des eaux tumultueuses du fleuve , image de l'amour et de mon propre Destin ! 

      "'avais essayé de te dire que l 'amour n 'était ni dans l 'esprit , ni dans le coeur , ni dans la chair , mais qu 'il était quelque chose qui , aussi facilement que surgit 'aurore  , ne peut jamais s 'en aller ... " , lui avait souri la Vierge . ( 4 )

- Si , 'est vrai ! , avais-je pensé , s'efforçant de me convaincre , malgré tout , de son charmant sourire et de sa voix chaude et câline , tandis qu'aujourd'hui , sur le retour , contemplant au

crépuscule , solitaire au milieu des gratte-ciel de l'hiver , le spectacle d'un enfant jouant seul avec son cerf-volant sur les rives noires du lac gelé de Central Park , j'en percevais encore le son , celui d'une nostalgie d'outre-tombe , sans doute , remplie d'amertume après ce triste constat des années perdues , la mort ... 

    Des ruelles sombres de Greenwich Village aux artères animées de Midtown , tandis qu'au fil des heures , mes pas m'avaient en vain conduit dans les quartiers les plus divers de la ville , je scrutais chaque visage , chaque regard , à la recherche d'un signe familier .

   Mais le temps passait , mes espoirs commençaient à s'amenuiser . Pendant que le crépuscule enveloppait la ville de son manteau sombre , je m'étais retrouvé assis sur un banc , épuisé mais déterminé .

   C'est alors qu'un son familier attira mon attention , les accords mélancoliques d' " Imagine " flottant dans l'air , joués par un musicien de rue non loin de là .

( 5 )

   C'était comme un rappel , un message de Dieu ou de l'univers pour ne jamais abandonner !

 

 

 

 

                                  ___


 

DAN AR WERN - Carnets de Route - XVI - New-York ( Décembre 1980 ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Carnets de Route " , Copyright 2024 .

                            

 

                                     

                                               

                                  ___

Notes :

 

1AUBERIVE ( Cycle de L'Etoile III ) , 5 - " Villeneuve " - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

 

2 - BALADE AU PAYS DES OMBRES ( Cycle de L'Etoile IV ) , 3 - Histoire d'une Mystérieuse Inconnue , 3 - La Chambre du " Wellington " - Copyright Dan Ar Wern / Edilivre - septembre 2018 .

 

3Le Jongleur à L'Etoile ( 1 ) - MEIN DIWAR VA HENT ( Pierres sur mon Chemin ) , 9 - Christie - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - juin 2020 .

 

4 " Un Lit de Ténèbres " ( Lie Down in Darkness , 1951 ) , V , roman de William Styron

( 1925 - 2006 ) , auteur , essayiste américain .

 

5 - " Imagine " ( 1971 ) , chanson de John Lennon 

( 1940 - 1980 ) , assassiné le 8 décembre 1980 près de Central Park - Copyright 1971 John Lennon / Apple Records .




* Carson Mc Cullers ( 1917 - 1967 ) : " The Sojourner " ( Celui Qui Passe ) , nouvelle dans " La Balade du Café Triste " ( The Ballad of The Sad Café and Other Works , 1951 , Houghton Mifflin .

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Carnets de Route - XV - Monticello - Octobre 1978 .

11 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CARNETS DE ROUTE

Carnets de Route - XV - Monticello - Octobre 1978 .

 

Carnets de Route

 

 

 

 

 

 

XV - Monticello

        ( Octobre 1978 )

 

 

 

Pour William Styron

 

 

 

 

" Sachant qu'elle nous sera ôtée ,

  Je m'émerveille de croire en notre saison ,

  Que nos coeurs , chaque fois ,

  Refusent l'ultime naufrage ,

  Et que demain puisse compter

  Quand tout est abandon ... " 

 

  

Andrée Chédid ( 1920 - 2011 )

Extrait de " Saison des Hommes " ( Textes pour un

poème , 1949 -1970  ) .

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     1 - Tout cheminement , même onirique en apparence , toute oeuvre échappent-ils d'une manière ou d'une autre à leur créateur ?

C'est ainsi que Monsieur Auguste Bedloe , prenant froid lors d'une promenade dans les " Ragged Mountains " ( Montagnes Déchirées , branche des Montagnes Bleues des Alleghenys , ou Blue Ridge ) , est soigné par son "ami " , le docteur Templeton ( = Temple Town )  , mais celui-ci , utilisant " une sangsue venimeuse de Charlottesville " est en réalité venu tuer l'homme autrefois sauvé par lui sur le champ de bataille d'une vie antérieure ! ( 1 )

 

" O , Virginia ,

Is there a part of your heart

For a wounded love ? " ( 2 )

           

          J'évoquais dans ce poème une jeune fille rencontrée dans une petite station des

Alpes françaises , Villeneuve , puis retrouvée à Monticello quelques mois plus tard .

Vie réelle et signes de l'au-delà souvent nous échappent parce que nous nous montrons incapables de déchiffrer la partition d'un énigmatique chef d'orchestre ! ( 3 )

Ils se mélangent à l'oeuvre nouvelle , crête d'écume blanche aux gouttes scintillantes couronnant la vague surgie du gouffre noir insondable où , nous dit Paul Tillich , " le non-être est une puissance de négation au coeur même de l'être " , partie émergée d'un iceberg , au-delà de la Porte Océane où vit peut-être sous l'empire du Vide et du Néant cet affreux monstre neptunien que nous étions lentement devenus , comme un double karmique , une ombre ineffaçable de nous-même  ... ( 4 )

 

     2 - Mais l'Etoile de la Mer - Stella Maris - veille sur les abîmes sombres tandis que la Reine , depuis sa demeure enchanteresse , voit chatoyer couleurs d'or et d'onyx dans un oeil de diamant ...

C'est l'Île de la Fée qu'un arbre majestueux , brûlant près du Temple en sa moitié , délimite en deux parties égales : d'un côté , la contrée joyeuse du jour et des sources cristallines , de l'autre , celle de la mélancolie lugubre des nuits de désespoir et de remords ! ( 5 )

" O , fille de l'Aurore en ton " monde miroir en quête d'image idéale " , n'aurais-tu pas eu peur de céder à ma curiosité du mal , soeur élue de l'Esprit , quel est ce mystère autour de toi ? ( 6 )

          Pensées impures , geste d'amour

incroyable , Spencer imagine à sa façon l'amour de la créature de l'Enfer pour la belle Vierge :

" En la voyant , il fut grandement intimidé , et son âme basse fut frappée intérieurement de terreur et d'effroi . De même que celui qui a regardé fixement le soleil , sans y penser , se hâte de détourner ses faibles yeux éblouis de trop d'éclat , de même , l'ayant regardée , il resta longtemps ébahi . " ( 7 )

 

     3 - " Regarde ! , lui cria soudain la fée , tandis que l'Esprit balayait la surface immuable de l'immensité marine : chose merveilleuse que les passions , les préjugés , les intérêts qui dirigent le plus petit être ... Ce sont les palais en ruine de Palmyre ... Qu'en reste-t-il maintenant ? Le souvenir de l'ineptie et de la honte . Qu'y-a-t-il là d'immortel ? Rien ...

( 8 )

          Rien , sinon " l'improvisation de la vie

humaine " : c'est le constat désespéré d'un héros de Carson McCullers revenu enterrer son père au pays natal et qui , pour son anniversaire , a décidé de revoir son ex-femme à New-York .

Celle-ci , mariée , entourée des siens , lui joue au piano , croyant lui faire plaisir , une mélodie ancienne évocatrice de leur amour , mais dont il ne comprend plus , désormais , les notes , sinon qu'elles lui ravagent l'âme : " Le guignol est

fermé ! " , constate amèrement , pour conclure , l'enfant de sa nouvelle existence dans l'ancien monde , lorsqu'il regagne Paris !

( 9 )

          C'est là , en cette ville aussi , que Malte Laurids Brigge , se baladant parmi des démolitions d'immeubles , constate sur eux la persistance de traces , comme un rictus de vie sur le visage de l'homme qui a toujours besoin de se bercer d'illusions pour célébrer le triste carnaval de sa danse crépusculaire : " Car c'était le soir , et les  gens se frottaient les uns aux autres , et le rire suintait de leur bouche comme de blessures

purulentes ... " ( 10 )

 

     4 - Mais la quête d'un "autre monde " après une guerre totale peut prendre les couleurs d'un retour aveugle et destructeur vers le passé honni .

Comment en revenir , s'interroge alors le héros déchu , lorsque peut surgir à tout moment tel un "voleur de nuit " , l'être hideux sans visage du tréfonds des ténèbres humaines , que ce soit dans la Venise de Thomas Mann ou dans cette salle de velours noir où vont bientôt sonner , glas fantastique d'amour-propre , les douze coups d'une horloge d'ébène annonciatrice de notre jugement ? ( 11 )

"Le Masque de la Mort Rouge " , prix  à payer pour cette alchimie des âmes dont parle Jung , réconciliation salutaire entre ancienne et nouvelle conscience ? ( 12

" Elle était passée si vite dans l'allée , comme l'ombre de son propre Destin qui s'était mis à surgir là , brutalement dévoilé , des phrases de son

livre ... " ( 13 )

            

 

     5 - " Mais crois-tu donc , ami , que celui-là atteindra jamais la Sagesse qui s'achemine vers l'Esprit par la voie des sens ? ( 14 )

           Car certainement , tout commence par l'amour ...

Lorsque Celle dont la couronne de roses délicatement posée sur la tête est si belle et si brillante , fait sortir Dieu de son impassible cercle tracé sur l'abîme insondable , et , comme une princesse alanguie en son jardin stellaire sent l'idée de la mort venir en

Elle , porte son regard mouillé de rosée vers " les amas d'étoiles se mouvant dans l'onde d'une effroyable beauté ... " ( 15 )

           Tout commence par l'amour , un amour impossible , sans doute , que " le cosmos , plié en quatre comme le carré de soie noire d'un vulgaire illusionniste " transforme en terrain d'aventure ... "

( 16 )

           Et puis ne faut-il pas laisser derrière soi la maison-mère pour aimer , se mettre à l'écoute , et , par le miroir espace-temps , répondre à l'appel sensible d'autres vies , d'autres dimensions , franchir la Porte du Ciel ?

           Quant au Chef d'orchestre , artiste mélancolique , pourra-t-il encore jouer sa symphonie grandiose dans un univers désenchanté s'il ne se confronte lui-même à la Tempête , au Néant ? 

N'avait-il pas côtoyé déjà , en de sombres ruelles , vice et duplicité , à la recherche d'un amour perdu ?

( 17 )

 

" Une avalanche m'a emporté

  Et recouvert mon âme ,

  Ô , je ne suis pas ce bossu que tu vois ,

  Je dors sous la Montagne ... 

  Tu me dis que tu es loin de moi ,

  Mais je te sens comme tu respires ... " ( 18 )

 

 

 

                                    ___


 

DAN AR WERN - Carnets de Route - XV - Monticello ( Octobre 1978 ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Carnets de Route " , Copyright 2024 .

                            

 

                                     

                                               

                       ___

Notes :

 

1 - "Souvenirs de M. Auguste Bedloe " ( A Tale of the Ragged Mountains , 1844 ) , nouvelle d'Edgar Allan Poe ( 1809 - 1849 ) , parue en France dans "Les Histoires Extraordinaires " ( 1856 ) traduites par Charles Baudelaire .

 

2 - AUBERIVE ( Cycle de L'Etoile III ) , 6 -

Virginia " ( 1979 ) - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

 

3AUBERIVE ( Cycle de L'Etoile III ) , 11 - " Histoire d'un Chef d'Orchestre " .

 

4 - "Le Courage d'Être " ( The Courage to Be ,

1952 ) , par Paul Johannès Tillich ( 1886 - 1965 ) , écrivain germano-américain , théologien protestant .

 

5 - "L'Île de la Fée " ( The Island of the Fay ,

1841 ) , nouvelle de Poe parue en France dans "Les Nouvelles Histoires Extraordinaires " ( 1857 ) traduites par Baudelaire .

 

6 - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) , Première Partie , IV , 7 - L'Oeil - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

7 - "La Reine des Fées " ( The Faerie Queene , 1590 / 1596 , III et IV ) , par Edmund Spenser

( vers 1552 - 1599 ) , poète anglais de la période élisabéthaine .

 

8 - " La Reine Mab " ( Queen Mab , A Philosophical Poem with Notes , II , 1813 ) , par Percy Bysshe Shelley ( 1792 - 1822 ) , poète romantique anglais .

 

9 - " Celui qui Passe " ( The Sojourner , 1950 ) , nouvelle de Carson McCullers ( 1917 - 1967 ) dans son recueil intitulé "La Ballade du Café Triste " ( The Ballad of the Sad Café ) publié en 1951 .

 

10 - "Les Cahiers de Malte Laurids Brigge " ( Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge ,

1910 ) , roman autobiographique de l'écrivain autrichien Rainer Maria Rilke ( 1875 - 1926 ) .

 

11 - AUBERIVE ( Cycle de L'Etoile III ) , 9 - "La Troisième Arche " .

Mort à Venise " ( Der Tod in Venedig " , 1912 ) , par Thomas Mann ( 1875 - 1855 ) , prix Nobel

1929 .

12 - "Le Masque de la Mort Rouge " ( The Masque of the Red Death , 1842 ) , nouvelle de Poe parue en France dans "Les Nouvelles Histoires Extraordinaires " ( 1857 ) traduites par Baudelaire .

 

13 - AUBERIVE ( Cycle de L'Etoile III ) , 7 - " Celui Qui Passe " , I  .

 

14 - "Mort à Venise " ( Der Tod in Venedig , VI ) de Thomas Mann - Voir note 11 .

 

15 - "Retour à Salem " d'Hélène Grimaud , Albin Michel , 2013 - Tous droits réservés .

 

16 - "Leçons Particulières " , 7 , d'Hélène Grimaud , Robert Laffont , 2005 - Tous droits réservés .

 

17 AUBERIVE ( Cycle de L'Etoile III ) , 11 - "Histoire d'un Chef d'Orchestre " , II , 12 ( Balade à Berlin ) - 13 - " La Porte Océane ", II , 10 et 11 ( Le Village ) .

 

18 - "Avalanche " de Leonard Cohen ( 1934 -

2016 ) , poète , chanteur canadien , dans l'album "Songs of Love and Hate " , copyright Sony Entertainment Music. / Columbia 1971 - All rights

reserved .

 

 

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Carnets de Route - XIV - Bayreuth - Mars 1993 .

10 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CARNETS DE ROUTE

Wahnfried
Wahnfried

Wahnfried

Carnets de Route

 

 

 

 

 

XIV - Bayreuth

        ( Mars 1993 )

 

 

 

Pour Edgar Allan Poe

 

 

 

 

Qui songe à la mort de Perceval ?  "

Virginia Woolf - " Les Vagues " ( The Waves , 1931 )

 

" C'était un grand château , au parc lourd et sombre ,

  Tout propice aux esprits qui habitent les ombres ... "

Barbara - " Marienbad " *

 

 

 

 

 

     

 

 

     1 - Préparation : Si , pour ma part , l' "Annus Horribilis " de la reine d'Angleterre n'avait pas été aussi catastrophique , ayant eu l'honneur de fêter mon quarantième anniversaire dans la ville de Jaffa ( voir n°7 ) , comment , pensais-je , allait se dérouler la suivante , alors que nous venions de célébrer le bicentenaire de l'assassinat de Louis XVI Allais-je me souvenir de 93 avec un " plaisir inaltéré " ( undiluted pleasure ) , comme le soulignait sa majesté lors de son discours ? ( 1 )

     

     2 - Epreuve - Le Diable est à mes trousses ! , m'avait-elle prévenu , frissonnant de terreur lorsque je franchis le seuil de la cité franconienne , timide , car craignant de rompre , en approchant de trop près son sanctuaire , la beauté d'un rêve de lumière diaphane émanant de sa présence ... 

         - Es-tu es assez " fou " pour entrer dans un lieu aussi terrible ? , me lança la séductrice en guise de bienvenue , m'accueillant avec une sorte de volupté rageuse dans son misérable repaire de volupté de la rue du docteur Franz !

  - Je suis Klingsor , le  " cavalier " du crépuscule ! , aurais-je pu lui répondre d'un ton vengeur , portant sur mon manteau blanc de chevalier la croix noire et le masque de la mort sans visage ! Ou bien Parsifal , si tu veux , celui qui a été élevé dans le désert ( 2 )

  Qui donc pouvait être cette nouvelle Kundry ? , me demandais-je , la sentant défaillir , éclatant en sanglots ... Qui était-elle , cette fille , négligemment coiffée d'un chapeau de paille , ayant su si bien lire en mes yeux " les ombres démesurées " d'un soleil couchant , signe en moi d'une lutte féroce et d'une douleur inguérissable , petite tache rouge invisible comme une aube nouvelle à ma tempe sanguinolente ? ( 3 )

  - Oh ! si tu connaissais cette malédiction qui me chasse à travers la veille et le sommeil , la mort et la vie , la peine et le rire , qui me jette sans cesse à de nouvelles douleurs , me torturant sans fin  ...

        Descendant la " Königsallee " depuis le château de Wilhelmine à St Johannis , je l'avais aperçue arrivant d'un autre parc immense appelé

Hofgarten " dans les lointains brumeux d'un miroir d'eau avec une autre jeune fille vêtue d'une robe de bal toute blanche et poussant comme elle sa bicyclette .  

        - Alors , mon cher ? , fit la belle d'un air ironique provoquant le rire de sa compagne qui , discrètement , préféra s'éloigner  , laissant là son ombre de tourterelle ... Tu ne trouves pas qu'il est trop tard pour des retrouvailles

       Comment aurais-je d'ailleurs pu comprendre , lorsqu'elle me confia , sur un banc , sa triste vie , qu'elle avait en elle deux personnalités , deux âmes contraires lui faisant mener tour à tour deux existences , tantôt sous l’empire d'un mauvais magicien la faisant se livrer sauvagement à ses instincts les plus primaires de séductrice , tantôt à l'image de sa soeur Colombe qui , me confia-telle , ressemblait à une sainte ? 

      Pourtant , c'était grâce à l'amour véritable qu'elle aspirait à la délivrance , un amour pour quelqu'un qui saurait lui résister , qu'elle cherchait toujours sans jamais le trouver ! Car lorsqu'elle voyait les hommes sans force , épuisés à ses pieds , la belle était prise d’un fou rire de mépris !  Puis , venait le temps du remords , m'expliqua-t-elle , tandis qu'elle allait prier à la chapelle avec sa soeur !

      - Je t ai vu , toi , et jai pâli … Alors son regard m’atteignit , maintenant que je cherchais , de monde en monde , à la retrouver quand , au plus fort de sa détresse , je crus sentir ses horribles prunelles de feu se poser sur moi  !  

     Mais déjà , une autre voix de femme , à l'entrée majestueuse du palais Wahnfried qu'ensemble nous allions visiter , nous appela :

- Entrez donc , il faut guérir votre blessure ! Vous avez déjà beaucoup souffert ! Le docteur va bientôt revenir : il est à l'Asile ! ( 4 )

     Elle était mortellement touchée , elle allait mourir , peut-être le comprenait-elle , avec ce bandeau posé sur les yeux de son esprit malade , mais tombant enfin dans les bras providentiels de cette pimpante infirmière à l'étole en " blonde " sur son corsage de soie , et qui , avec tant de grâce , faisait gracieusement tourner devant elle sa jupe de tulle bleu à crinoline ? ( 5 )

    Elle irradiait le carrelage du vestibule , sorte d'échiquier sur lequel glissait , comme un cygne , un mystérieux fantôme parmi les statues de plâtre des dieux du nord !

    - Pitié rend sage le fou au coeur pur ! , lui dit alors la Demoiselle aux mains de fine blancheur , et dont le tendre visage de consolation n'était qu'un pâle reflet vivant de sa propre angoisse et de

son désespoir !

 

Sache attendre Celui que j'ai choisi ! ( 6 )

 

       

 

 

                                       ___


 

DAN AR WERN - Carnets de Route - XIV - Bayreuth ( Mars 1993 ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Carnets de Route " , Copyright 2024 .

                            

 

                                      ___

 

Notes :
 

- Discours de la reine Elisabeth II , prononcé le  à Guidlhall , quelques mois après le 40e anniversaire de son accession au trône .

 

2 - Klingsor , magicien de la littérature du haut moyen-âge allemand , personnage de " Parsifal " ,  opéra de Richard Wagner .

      " Une Vie D'Artiste " - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - nov. 2023 - VI - Postface - Klingsor - All rights reserved .

3 - Kundry , à la fois servante du Graal et servante tenue en servitude par Klingsor ( Parsifal ) .

     " AUBERIVE " ( Cycle de L'Etoile III ) - 13 , " La Porte Océane " , IV , 20 - La Fin du Voyage - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

4 - L'Asile : petite maison mise par Otto Von Wesendonk ( 1815 - 1896 , mari de Mathilde ) à disposition de Wagner dans sa propriété de la " Colline Verte " près de Zürich ( quartier d'Enge ) au printemps 1857 .

Prières d'un Exilé - 25Memorabilia ( Cycle de L'Etoile VIII ) - 6 - Parsifal Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - octobre 2018 - All rights reserved .

5 - Etole en " blonde " = dentelle de soie .

6 - " Parsifal " de Richard Wagner ( 1882 ) , Acte I , scène 2 : " Durch Mitleid wissend , der reine Tor " ( Pitié rend sage le Fou au coeur pur ) .

     

 

 

* " Marienbad " ( 1973 ) , chanson de Barbara dans son album " La Louve " , paroles de François Wertheimer - Copyright 1973 Mercury / Universal Music France - Tous droits réservés .

 

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Carnets de Route - XIII - Athlone - Mars 1994 .

9 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CARNETS DE ROUTE

Athlone

Athlone

Carnets de Route

 

 

 

 

 

XIII - Athlone

        ( 28 mars 1994 )

 

 

Comme de longs échos

  qui de loin se confondent

  Dans une ténébreuse et profonde unité ... "

 

Charles Baudelaire - " Correspondances " *

 

 

 

 

 

     

 

 

     Je m'en rappelle encore ... Athlone ( Bàile Atha Luian , " Le Gué de Luan " , en gaélique ) , au coeur de la verte Irlande , nous dînions ensemble , Géraldine et moi .

     Ce soir-là , il crachinait comme en Bretagne , et le vent , reprenant sa chanson bien connue ( " An avel-walarn a yud hag a groz ... / Le grand vent du nord s'est déchaîné en sa sombre fureur ! ) , soufflait sur nous les premiers vers du poème d 'AR

MOAL dont je me souvenais , les ayant souvent

lus , car ils concluaient en beauté un petit livre clairvoyant d 'histoire bretonne que ma mère m 'avait affectueusement légué en modeste héritage de son enfance douloureuse .

( 1 )

     Absorbant en même temps quelques frugales bouchées d'un misérable riz cantonais ( les chinois , décidément , sont partout ) , j 'eus la surprise d'apprendre que ma voisine était née un 10 février comme Nancy , l'inspiratrice du personnage de

" Virginia " , mais douze ans plus tard ( 1969 ) .

( 2 )

     Tout ceci n'a guère d 'importance , mais j 'allais quand même , par la suite , m'interroger

souvent , perplexe , au sujet de la synchronicité de toutes ces dates concernant ma modeste existence , repensant à celle du vrai personnage de 

" Marieke " , pseudonyme d'une ancienne amitié amoureuse , elle aussi née en 1969 , mais un 19 décembre , juste douze ans , jour pour jour , avant mon mariage raté avec C. , ma première épouse . Et je me dis parfois qu 'il me serait bien difficile de trouver une réponse claire à tout ça , que la plupart des gens , ne remarquant rien , sans doute , se moqueraient avec beaucoup de mépris de ce qu'ils nommeraient simplement des " coïncidences " !

     D 'ailleurs , n'auraient-ils pas raison ? Qu 'est-ce que cela signifie vraiment ?  

     Moi , j'ais peur , cependant , quand je constate , sans les comprendre , ces marques subtiles que je pressens d'une architecture divine inexplicable pour nos pauvres âmes que la fameuse parole du Christ , les regardant comme un trésor malgré tout , préserverait peut-être avec amour quelque part quand tout serait anéanti ? 

" Détruisez ce Temple , et je le rebâtirai en trois

jours ! " ( 3 )

 

 

 

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DAN AR WERN - Carnets de Route - XIII - Athlone ( Mars 1994 ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Carnets de Route " , Copyright 2024 .

                            

 

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Notes :
 

- " Fe , Spi , Karante ( Foi , Espérance , Amour , 20 février 1907 ) , poème d'Erwan Ar Moal ( Dir-Na-Dor , 1874 - 1957 ) , poète , écrivain breton .

2 - " Virginia " ( Auberive , 6 - Cycle de l'Etoile III ) , poème de Dan Ar Wern , copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

3 - Jean 2 , 19 .

 

* " Correspondances " , poème de Charles Baudelaire dans " Les Fleurs du Mal " , IV - Spleen et Idéal ( 1857 ) .

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Carnets de Route - XII - Chartres - Juin 2017 .

8 Avril 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CARNETS DE ROUTE

Chartres
Chartres

Chartres

 

Carnets de Route

 

 

 

 

 

XII - Chartres 

     ( 26 juin 2017 )

 

 

Ce visage est le mystère même de la divine beauté , cette incompréhensible splendeur qui nous enveloppe et nous pénètre , de la même manière que l 'air est pénétré par la clarté du soleil ... "

Christiane Rancé - " En Pleine Lumière " ( Carnets Spirituels , 2016 ) .

 

" Ne savez-vous pas que vous êtes un Temple de Dieu , et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? ... Le Temple de Dieu est sacré , et ce Temple , c'est vous ... " 
Saint Paul , 1ère Epître aux Corinthiens , 3 , 16 et 6 , 19 .

 

 

 

     

 

 

     1 - Cathédrale de  Chartres , portail sud-ouest : deux chevaliers font le signe du " Bon Pasteur " . Ils sont à l'image du Temple et partagent la même

règle , une seule monture , une écuelle

commune . Un rai d'escarboucle , sur l'écu , rappelle discrètement la nécessité du Grand-Oeuvre . Il évoque une Pierre tombée du ciel , cette " Lapsit exillis " , ou Saint-Graal , de Wolfram d'Eschenbach que Novalis compare à une rose rouge au coeur flamboyant comme une rosace alchimique évoquant la Passion . ( 1 )

          Sur le tableau du portail occidental , trois voies mènent au Sanctuaire . A droite , Marie ,  incarnant la Mère Divine , tient l'Enfant-Dieu sur Ses genoux . Près d'Elle , deux figures du Zodiaque isolées : les Gémeaux , les Poissons ( figure du Christ ) . C'est la Porte de la Naissance . A

gauche , la Porte des Temps , qui représente le cercle zodiacal amputé des deux signes ( Douze moins deux ) . Quant à la Porte de la Foi

Mystique , enfin , c'est celle qui occupe le

centre . On y trouve le Christ en Majesté bénissant les Quatre Vivants , symboles ailés du Livre d'Ezéchiel et des Evangiles : l'Homme de Saint

Matthieu , le Lion de Marc , le Taureau de Luc , et l'Aigle de Jean . Les 24 Vieillards de l'Apocalypse entourent le Sauveur , ainsi que douze Anges . Lui-même surmonte les douze Apôtres , rangés trois à trois . Mystère des Nombres , maison de  Dieu En détaillant les symboles gravés sur la pierre du somptueux édifice , on ne peut manquer de songer au fameux " mur des siècles " présenté par Victor Hugo dans " La Vision d'où est Sorti ce Livre " , sorte de préface à son oeuvre légendaire . (

          Ce phare majestueux , n'est-ce pas celui deviné au bout de l'horizon sans fin de Beauce par le narrateur enfant de " La Recherche " lorsque celui-ci se rend à Combray et que les cieux sur la plaine à " la mouvante écume " de lumière blanche et

bleutée , lui laissent entrevoir leurs mystères du temps perdu ? ( )  

 

Etoile de la Mer , voici la lourde nappe

  Et la profonde houle et l'océan des blés ... " ( 4 )

 

          Quant à son histoire aux motifs mystérieux et colorés de rêve , tapisseries magiques d'enluminures anciennes , robes de calcaire moirées d'azur diaphane inspirées de Fortuny et recouvrant ses pieds d'un blanc de neige , peut-être nous parlera-t-elle mieux que l'ombre grise voilant le visage trop pur d'un hiver de tristesse ? ...

" ... car tout doit revenir comme il est écrit aux voûtes de Saint Marc et comme le proclament , buvant aux urnes de marbre et de jaspe des chapiteaux byzantins , les oiseaux qui signifient à la fois la mort et la résurrection ... " ( 5 )

 

    2 - Préalablement , j'avais admiré , si proche de mon coeur , un autre jeune poète qui ,

ayant entrepris , tel un moderne Chevalier de la Table Ronde , sa propre quête initiatique , évoquait son pèlerinage à " Notre-Dame , la nuit ... Ses " voûtes indéfinies , comme dans une forêt " ... Ces " hommes qui s'entrecroisent " , cherchant avec leurs lanternes ... ( 6 )

         Dans une lettre datée du 1er janvier 1913 , adressée à celui qui , devant représenter plus qu'un frère , deviendrait le futur mari de sa soeur , il parlait d'un nouvel ami " seul capable de lui ouvrir les portes du surnaturel ", Charles Péguy , " venu , écrivait-il , me faire lire cet après-midi , la " Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres "  ... C'est plus émouvant et plus grand que tout le reste ... " ( 7 ) 

         Mais ces portes ne s'étaient-elles pas déjà entr'ouvertes pour lui , ce beau jour de l'Ascension 1905 , lorsqu'il avait rencontré , aux marches du Grand Palais , " sous une ombrelle blanche " , cette " âme frêle d'ancien satin "  qu'il essaiera désespérément de rejoindre au crépuscule de son bref passage sur Terre ? ( 8 )

         Elle avait les traits de la " Beata Beatrix " de Dante Gabriele Rossetti , faisant présager à l'auteur du " Grand Meaulnes " qu'il serait avec elle un jour " le nocturne Passeur des pauvres âmes , des pauvres vies . Je les passerais sur le rivage de mon pays où toutes choses sont vues dans leur secrète beauté . " , ajoutait-il . ( )

         Car tous deux , Péguy , Alain-Fournier , seront bientôt fauchés par la Grande Guerre , mais leur aventure mystique , cependant liée à cette courte mais nécessaire incarnation , devait , pour lors , naître à l'intérieur d'une cathédrale , celle-ci étant l'héritière du Tertre ou de l'Enclos dans la Forêt Sacrée des Druides , lieu saint représentant  l'Autre Monde , inaccessible et pourtant déjà là . C'est elle , image de l' " Athanor " , ou creuset des Alchimistes , que les Architectes-Chevaliers du Temple , à l'origine de la Révolution Gothique , avaient commencé à bâtir vers le douzième siècle , au retour de la Croisade ! 

( 10 )

    3 - Cette merveille , véritable instrument jouant la prodigieuse musique de forces telluriques percevant le Cosmos , est le vrai trésor des Templiers , dépôt spirituel dont la valeur non seulement ne se déprécie pas , mais s'accroît pour l'homme au fil des âges  

( 11 )

         L'enjeu de leur quête est ainsi parfaitement résumé : comme les pyramides , jadis , avaient été un " formulaire " de science cosmique , on pouvait , grâce aux Tables de la Loi issues d'Egypte , autre formule précieuse de l'univers , trouver à nouveau dans les proportions et les dimensions de l'oeuvre gothique , une connaissance du globe terrestre qui , à cette époque , ne correspondait en rien à ce que l'on était censé savoir . ( 12 )

         L'oeuvre nouvelle , ainsi héritée de la Sagesse de l'ancien monde , aurait soi-disant été réalisée par une Fraternité secrète de constructeurs religieux qui s'appuyait sur l'Ordre Cistercien de Saint Bernard : " Les Enfants de Salomon " .                      

         Peut-être , alors , faudra-t-il s'interroger davantage sur la mystérieuse figure de la Constellation de la Vierge , telle qu'elle se présente dans le

ciel ,  trouvée en reliant les grandes cathédrales entre elles ? De même , les vieilles abbayes bénédictines du pays de Caux reproduisent , sur le

terrain , l'image de la Grande Ourse . Et c'est saint Colomban , moine irlandais , qui les avait installées sur l'emplacement d'anciens dolmens dont il avait remarqué qu'ils reproduisaient sur le sol cette constellation boréale . ( 13 )

   

    4 - Pour conclure , imaginons maintenant ce vaisseau-cathédrale comme un symbole

de transcendance , de  transformation qui s'opère , peu à peu , en chacun de nous , véritable creuset d'alchimiste , sorte de Graal ou nef cosmique ayant échoué ici afin d'amener l'individu à s'interroger sur ses origines qui , selon certaines hypothèses gnostiques déconcertantes , pourraient ne pas être uniquement terriennes ! ( 14 )

         De cette façon , nous aurions les moyens de garder un contact avec ce peuple premier qui , d'après elles , désirait sans doute , se retirant dans son autre patrie céleste , fuir ici une terrible catastrophe . Ainsi , aurait été révélé le vrai secret de l'Apocalypse :

" ... Celui qui siège est comme une vision de jaspe et de cornaline ; un arc-en-ciel autour du Trône est comme une vision d'émeraude . " ( 15 )

        Car c'est durant ce bref passage d'une vie que doit s'opérer la transmutation d'un être . " Il faut qu'en nous s'accomplissent spirituellement les rites dont ces murailles ( celles de la cathédrale ) ont été l'objet matériellement ... ", disait saint Bernard , " sans doute l'homme le plus extraordinaire qu'ait connu l'Occident " , théologien fameux , confident des rois et des papes , grand prédicateur ayant su , en même temps qu'abreuvé aux pures sources de la tradition druidique , devenir une figure de l'Eglise et du monachisme cistercien , lui qui après avoir travaillé à l'établissement les règles de l'Ordre du Temple les fit adopter , par la suite , lors du Concile de Troyes , l'an de grâce 1128 , pour l'honneur de la très glorieuse Vierge Marie ! ( 12 )

        Mais selon cette thèse , on voit bien que leur mission véritable n'était pas seulement de protéger la veuve et l'orphelin , de garder les routes contre les incursions turques ou sarrasines , les neufs chevaliers fondateurs venant s'installer dans des bâtiments situés sur la place de l'ancien Temple de Salomon ,  l'actuel emplacement de la Mosquée El-Aqsa ( Dôme du Rocher ) , pour , sans doute , y retrouver l'Arche d'Alliance et les Pierres de la Loi .

       C'est ainsi que l'étude de la Genèse et celle de la Bible , en général , peuvent nous indiquer l'existence d'une loi physique régissant l'ensemble de l'univers , l'astronomie moderne en arrivant aux mêmes constatations . Car ce sont les Egyptiens

qui , à l'origine , auraient gardé cet antique savoir , transmis depuis les temps les plus anciens . Le nombre , le poids , la mesure , telles semblent s'affirmer les règles immuables qui nous

gouvernent . Cette science primordiale , développée peut-être à l'époque fabuleuse de l'Atlantide , aurait ainsi été confiée , par l'intermédiaire de Moïse aux Hébreux de l'Exode poursuivis , dans le désert , par les armées de Pharaon qui souhaitait récupérer son  précieux butin parti vers la terre promise et Jérusalem , cité divine où coexistent toujours les trois grandes religions monothéistes .

 

 

 

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Notes :
 

- Wolfram  Von Eschenbach ( 1170 - env. 1220 ) , poète germanique , auteur de " Parzival " , dont s'inspira Wagner .
    - " L'Escarboucle " , poème de Novalis ( 1772 - 1801 ) , figurant dans son ouvrage initiatique " Heinrich Von Ofterdingen " , posth. 1802 . 

2 - " La Légende des Siècles " ( 1855 - 1883 ) , I , 1 - La Vision d'où est Sorti ce Livre ( Guernesey , 1857 / 1859 ) par Victor Hugo ( 1802 - 1885 ) .

- " Contre Sainte-Beuve " ( 1954 , posth. ) , recueil de critique littéraire de Marcel Proust ( 1871 - 1922 ) .

- " Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres " , poème de Charles Péguy ( 1873 - 1914 ) dans son recueil intitulé " La Tapisserie de Notre-Dame " ( 1913 ) .

5 - " La Prisonnière " ( 1923 , posth. ) , 5è volume de " A la Recherche du Temps Perdu " de Marcel Proust Mariano Fortuny Y Madrazo ( 1871 -

1949 ) , peintre , graveur et styliste espagnol évoqué par Proust .

6 - Lettre d'Alain-Fournier à Jacques Rivière , 4 avril 1910 , in " Correspondance , 1904 - 1914  " , Gallimard , 1991 .
7 - " Alain-Fournier " , par Violaine Massenet , éditions Flammarion , Grandes Biographies , 2005 .
   - " Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres " , in " La Tapisserie de Notre-Dame " 

( Recueil poétique , 1913 ) , par Charles Péguy 

( 1873 - 1914 ) , écrivain français . 
   - Lettre d'Alain-Fournier à Jacques Rivière , 1er janvier 1913 , in " Correspondance , 1904 - 1914 " , voir ci-dessus , n°6 .
8 - Poème " A travers les étés " , d'Alain-Fournier , in " Miracles " , oeuvre posthume , Arthème Fayard 1913 et 1986 .
   - Lettre d'Alain-Fournier à Jacques Rivière , 17 février 1906 , in " Correspondance , 1904 -1914 " , voir ci-dessus , n° 6 .
9 -  " Beata Beatrix " , toile de Dante Gabriele Rossetti ( 1828 - 1882 ) , peintre et poète préraphaélite anglais .
   - " Le Grand Meaulnes " , d' Henri Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) , Emile-Paul Editeur , 1913 .
10 - Fourneau des alchimistes , de l'arabe " Al Tannur " .

11 - " L'Art Templier des Cathédrales " ( Celtisme et Tradition universelle ) , par Robert Graffin , éditions Jean-Michel Garnier , 1993 . 

12 - D'après " Les Mystères Templiers " , par Louis Charpentier , Robert Laffont , 1967 . 
13 - " La Tradition Celtique dans l'Art Roman " , par Marcel Moreau , Le Courrier du Livre , 1975 .  
14 - " Le Livre de la Tradition " , par Jean-Michel Angebert , Robert Laffont , Les Enigmes de l'Univers , 1972 . 
15 - Apocalypse de Saint Jean , 4 , 3 .

N'oublions pas l'essentiel Fulcanelli : " Les Mystères des Cathédrales " , éditions Fayard , Paris , 1925 et réédition  J. J Pauvert , 1973 et " La Cathédrale de Strasbourg et l'Astrologie " , par Ferdinand David , éditions du Rocher , l'Homme et l'Univers , 1992 .

Signalons l'excellent numéro des " Dossiers de l'Histoire " sur L'Astrologie , datant de mars 1986 .

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