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Dan Ar Wern Official Website

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XIV - Complot .

17 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XIV - Complot .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XIV - Complot

 

 

 

 


 

Il y avait dans tout cela l'ombre tenace et pénétrante

  D'un formidable secret et d'une révélation suspendue ... "

 

H.P Lovecraft ( 1890 - 1937 )

Les Montagnes Hallucinées " ( 1931 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     22 - Le lendemain , Gouvelioù embarqua sur son vol avec un étrange malaise au creux de l'estomac . Bien sûr , il lui avait encore fallu laisser s'enfuir trop vite celle qui  , l'espace d'un instant , avait su déchirer , transfigurant sa pauvre

vie , un coin du ciel sombre au-dessus de lui . Pareil à un coup de soleil , pensa-t-il de la marque laissée par cette nouvelle rencontre éphémère d'une heure passée ensemble ! 
- Je devrai bientôt te quitter , malheureusement , mon cher , s'était-elle mise à lui bredouiller , d'ailleurs , pour donner le change , sans prendre conscience des conséquences de cette formule machinale qui permettait souvent d'échapper plus vite aux obligations mondaines . Mais je suis sûre que tu viendras me voir un jour à l'opéra ! , avait-elle rajouté en saisissant avec chaleur sa main pour le remercier , lui précisant qu'elle y était étudiante , y pratiquant le chant choral en plus de son instrument préféré .

              Il se leva de son fauteuil avec l'intention de dégourdir un peu ses jambes , plutôt subjugué par le maquillage et le déguisement qu'elle avait , par précaution , prétendait-elle , empruntés . Regardant par le hublot , il remarqua quelques traces de l'orage nocturne ayant agité la veille , sous son crâne , un ouragan bien plus dévastateur , certainement , que celui frappant la campagne déserte survolée par l'avion . Dans son

délire , il avait presque tout oublié , sinon quelques bribes de la soirée d'hier , mais en voyant l'horizon mystérieux couronné de nuages toujours très menaçants , le voyageur chercha plus loin que le flot de verdure entourant la cité berlinoise . Il frissonna de plus belle en revivant les affreuses turbulences qui avaient précédé l'atterrissage ! 

 

23 - Ils sortirent bientôt de l'appareil ... Les joues de l'adolescente au teint diaphane s'étaient brusquement enflammées . Pour sûr , elle n'en menait pas large , ayant , sans doute , réalisé trop tard son audace et ne sachant plus maintenant comment se faire pardonner . Car pour lui , c'était vraiment la fin du voyage . À l'aéroport de Tegel , à la

douane , lors du contrôle des bagages , les choses tournèrent mal . D'un air de triomphe , un agent de sécurité , visiblement bien informé , sortit un objet de son sac , une sorte de petit écrin censé contenir , croyait le touriste , un simple souvenir pour son amie , mais qui , en réalité , abritait un bijou dont le voyageur clama par la suite avec force ignorer la présence , une broche ornée d’un rubis de pacotille , que l’on disait disparue des archives de la STASI * , et qui renfermait un minuscule compartiment secret cachant un microfilm .

Il fut donc interpelé , accusé de trafic et recel d’objets d’art , mais , tandis qu’il protestait en vain , Marina , qui l’attendait de l'autre côté des portiques , fit mine de ne rien voir . Et lorsque leurs regards se croisèrent , celle-ci , sous sa perruque noire et son chapeau bleu , lui lança un sourire énigmatique avant de disparaître soudain dans la foule !
On l'avait appréhendé , lui expliqua-t-on , parce que , travaillant en équipe avec Interpol sur une affaire de trafic de diamants , la police allemande avait à peu près réussi , alors qu'on venait juste d'arrêter un complice débarquant d'un autre appareil , à démanteler tout un réseau dont ils supposaient , selon certaines informations , qu'il était le chef .

       - Tout ce que je peux vous répondre , moi , c'est que je n 'ai rien fait de mal , je vous assure ! , tenta de se justifier le pauvre écrivain qui avait l'air de tomber des nues ! 


 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR- Troisième Partie - L'Enquête XIV - Complot - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

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* Police secrète de l'ancienne RDA .

 

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XIII - Détresse .

16 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Rue de l'Orme , à Paris ( XIXè )

Rue de l'Orme , à Paris ( XIXè )

 

 

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XIII - Détresse

 

 

 

 


 

Je me suis jeté à genoux devant elle ,

  Et l 'ombre du Paradis a enveloppé mon âme ... "

 Gustav Meyrink - " Le Golem " ( 1915 ) , 11 - Détresse .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     20 - Depuis l'année dernière , date de sa venue en France , lui confia-t-elle ,  sa famille ,  symbole honni de l'Establishment , avait coupé les ponts .
 - Vous savez , c'est mal vu , là-bas , de faire trop de vagues , d'être différente , et même de faire parler de soi " , avait-elle précisé d'une voix troublante et sourde , avec son léger accent germanique .
            Bientôt , la conversation fut lancée . Sa mère était en danger , traquée par les anciens du Parti parce que , disaient-ils , quelqu'un de sa famille avait trahi , mais surtout parce qu'ils pensaient qu'elle était un agent double , ayant livré le secret de la bombe nazie aux français ! Jusque là , elle n’avait pensé à personne d'autre que lui , prétendait-elle , pour faire appel de son innocence et leur expliquer , par l'intervention du maire de Plougorn , qu'elle n'avait rien à se reprocher . Mais il fallait venir vite à son secours car elle allait sans doute mourir , Grüber , son père adoptif la surveillait de près , n'étant qu'un affreux tortionnaire l'ayant faite enfermer jadis au pensionnat d'Halberstadt , au pied du Harz , dont elle n'avait pu s'enfuir que grâce à l'aide d'un complice . ( 14 )

Dans ce Paris post-Guerre froide , chacun , porteur d’une mémoire familiale compliquée , devait donc s’allier pour sauver Ilse , qui avait passé toute sa vie tiraillée entre deux mondes et deux identités . Par ce sauvetage , Anton allait sans doute , pensait-elle , découvrir une vérité brutale, mais peut-être aussi la nature véritable de son amour pour cette Allemande de l’Est devenue Alsacienne par la force de l’Histoire , une femme qu'il croyait perdue à jamais !

           Pourtant , comment pouvait-elle soupçonner que la pseudo organisation bretonne à laquelle il appartenait , cachait en fait une cellule de renseignement du contre-espionnage français ? N'était-ce pas complètement absurde ?

 

21 - Puis , il eut l'occasion de lui faire entrevoir ses propres problèmes , de lui avouer qu'il se sentait parfois très seul ici , loin de chez lui .
Bon , s'enquit-elle , à moitié ivre , et le tutoyant encore , penses-tu que tes Bretons soient meilleurs que les autres ? Qu'ils méritent tant de

sollicitude
Marina ...
Je dois me sauver , maintenant , coupa-t-elle , frissonnante . Je suis venue seulement pour ... pour te remercier , pour m'excuser de ma fuite , ce matin . Mais j'ai eu si peur , c'était bizarre ...
Elle avait la chair de poule .
       Tout était resté dans l'ombre , se dit-

il , n'étant pas parvenu à déchiffrer le moindre de ses mystères . L'alcool , pourtant , les avait rapprochés .
       Peut-être avait-il aussi pensé qu'elle lui mentait , que tout n'avait été préparé à l'avance , avant l'entretien , que pour le mettre sur une fausse

piste ?
Surtout lorsqu'elle lui avait parlé de ce Paol 

Kemener , constatant que son visage blêmissait davantage .
On doit se méfier de tout le monde ... Pas très chouettes , les relations paternelles
      Ce soir-là , il aurait juste voulu en savoir plus de ses insinuations , puisque , chez elle , on n'avait rien trouvé , aucun document significatif , aucune trace exploitable . Mais , tout de même , Il avait réussi à 
obtenir d'elle un furtif baiser , sans parler de l'assurance précieuse d'une prochaine visite .

 

 

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête XIII - Détresse - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

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Notes :

 

14 - Halbertstadt , ville allemande , chef-lieu de l'arrondissement de Harz , située dans l'ouest du land de Saxe-Anhalt .

 

 

 

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XII - Révélations .

14 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Reflet - David Peterson

Reflet - David Peterson

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XII - Révélations

 

 

 

 


 

" Nous voilà chargés de la transmutation , de la résurrection , de la transfiguration de toutes les choses ... "

Rainer Maria Rilke - " Correspondance " ( Lettre à Sophie Giauque du 26 novembre 1925 ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     18 - Alors , d'un coup d'oeil , elle lui montra la pochette d'un des vieux disques de sa mère , posé sur le piano , puis , imperturbable , se mit à chantonner le début de la fameuse " Urlicht " , composition de l'un de ses musiciens préférés , Gustav Mahler , qu'elle interpréta de sa voix de jeune déesse majestueuse :
 

" O Röschen rot !
  Der Mensch liegt in grösster Not ! " ( 12 )
       

            On aurait dit le chant divin d'une

Sylphide ! 

- Moi , mon truc , c'est plutôt le jazz ! , finit-il par lui avouer d'un sourire aguicheur , mas gêné ... 

            Tandis qu'elle s'efforçait de reprendre sa respiration , l'hôte se mit à fouiller dans le " frigo " pour cacher son trouble , à la recherche d'une improbable bouteille de whisky écossais , bafouillant avec peine quelques mots de circonstance :
" Vous avez trouvé facilement ? Je ne m'attendais pas ... 

            Le matin même , avant d'arriver au

bureau , il avait été prévenu par son ex-patron , qui avait été le représentant du réseau " Breizh Dieub " , caché en pleine capitale française , un petit cercle de bretons communistes farouchement attachés à leur identité , dont le chef suprême , avec qui il s'était fâché depuis , l'accusant de traîtrise , n'était autre que son père , ancien maire de Plougorn , pas très loin de la base de l'Île Longue . ( 13 )

Monsieur Kemener , chef de rayon de " L'Aiguille D'Or " , lui avait bien dit de se méfier de cette fille comme ils auraient dû le faire en 1971 , quand Odile était apparue , cette jeune étudiante raffinée , parlant un français presque parfait , légèrement connoté d'une pointe d'accent alsacien qui la rendait singulièrement attachante . Les membres du cercle s'étaient peu méfiés d’elle , et celle-ci avait réussi rapidement à s'intégrer , parlant de sa chère Alsace et des injustices dont elle se sentait si proche . Mais en fait , elle leur cachait un lourd secret , n’étant ni alsacienne , ni même française . Elle venait de

Leipzig , en Allemagne de l’Est , et ses réelles motivations s'avéraient plus obscures , car

son oncle , cadre influent du Parti communiste est-allemand , l’avait envoyée ici pour infiltrer ce cercle régionaliste , soupçonné d'entretenir des liens pouvant déstabiliser la République . Leur but était clair , il s'agissait de glaner des informations sur les réseaux indépendantistes régionaux tout en surveillant leurs alliances avec d'autres groupes politiques , mais aussi , plus concrètement , de faire parvenir , sous forme de microfilms , dans des livres ou partitions musicales , certains renseignements essentiels sur l'armement nucléaire .

Au fil des réunions , l'allemande avait attiré l’attention d'Anton , jeune homme à la fougue débordante , engagé et convaincu que sa Bretagne méritait d’être défendue à chaque instant . Fasciné par sa personnalité complexe , il finit patiemment par percer la carapace de froideur qu’elle s’efforçait de maintenir pour entamer avec elle une liaison passionnée , tandis qu' Odile , sous son masque , découvrait enfin , pour la première

fois , l'expression de sentiments sincères . Mais tout se compliqua très vite ! Elle était non seulement tombée enceinte , se sentant déchirée entre sa mission spéciale et cet amour naissant , mais encore , elle fut dénoncée à la police !

Le temps joua aussi contre elle . Des rumeurs d’une possible trahison commencèrent à circuler autour de sa famille . Quelqu'un , chez elle , étant mis en accusation pour avoir comploté contre le Parti , elle reçut un ordre strict : abandonner tout en France et retourner immédiatement en Allemagne de l’Est .Toutefois , les charges contre cette Madame Kempf furent bientôt suspendues , la plainte rapidement retirée sur intervention du Parquet , semblait-il , ou bien du Ministère des Affaires étrangères  , car l'accusée avait bizarrement disparue !

           C'était une affaire ultra-sensible , Il fallait faire profil bas . C'est ainsi que , sans laisser
d’explications , sans même un mot d’adieu , elle disparut de la vie d'Anton , emportant son lourd secret avec elle .

Puis , les années passèrent pendant qu'il poursuivait sa vie , hanté par ce départ inexplicable et n'étant même pas au courant de la naissance de sa fille . Quand le mur de Berlin tomba , il avait presque oublié cette histoire , l’ayant rangée parmi ses souvenirs douloureux !
 

    19 - Sirotant sa vodka orange , la jeune fille parut peu se soucier de ses angoisses .
" Vous comprendrez , lui expliqua-t-elle d'un

sourire , on ne doit pas trop s'étonner des frasques de ma mère ...

           A l'époque , il se rappelait qu'elle était souvent vêtue à la mode " Hippie " , d'un jean serré et d'une sorte de chemisier de soie blanche à fleurs brodées , qui laissait deviner le galbe de sa

poitrine , et coiffée d'un petit chapeau cloche , style 1920 .
           Il aurait souhaité connaître plus de détails , mais il se sentit perturbé par la pâleur de

ses traits . Ce n'est qu'au bout du deuxième verre qu'elle fit mine de s'épancher sur son épaule .
           Instinctivement , d'un geste brusque , il lui avait pris la main . Son audace la fit tressaillir .

 

 

 

( A Suivre )

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Notes :

 

12 - " Ô Petite rose rouge ! - Urlicht ( Lumière des Origines , 1893 ) , chant du recueil " Des Knaben Wunderhorn " ( Le Cor Enchanté de L'Enfant , 11 ) , par Gustav Mahler .

 

13 - L'Île Longue ( Enez Hir , en langue bretonne ) , presqu'île dans la rade de Brest servant de base aux sous-marins nucléaires de la marine française .

 

 

 

 

 

 

 

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XI - Une Curieuse Visite .

13 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XI - Une Curieuse Visite .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XI - Une Curieuse Visite

 

 

 

 


 

" Pour cet instant de trouble étrange

  Où 'on entend rire les anges ... "

Jean Ferrat - " Je Vous Aime "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     16 - Il la dévisagea, bouche bée , sur le seuil de sa porte , au sixième étage , ne sachant quoi

lui dire . Comment avait-elle pu trouver si vite son adresse ? Apprendre à l'écouter , d'abord , se raisonna-t-il , quand elle commençait déjà par séduire son âme . Après une journée d'enfer , il était en plein marasme lorsque retentit soudain

l'interphone , vers vingt heures trente .

'ai reconnu votre nom sur la boîte  ... Vous travaillez à la Chaussée d'Antin , comme moi , peut-être ? , lui demanda-t-elle , rougissante , lorsqu'il répondit à son petit signe en ce lundi soir de janvier 1992 .

           Elle lui parut si belle , avec son minois d'ange et ses fines lèvres d'où émanaient les plus purs accents d'un lied germanique . Malgré la pesanteur d'un premier silence , la jeune fille ,  comme si elle le connaissait depuis longtemps , tenta de lui cacher son trouble .
- Pourquoi êtes-vous partie si vite , ce matin ? , commença-t-il avec précaution , pensant à Clarisse , puis , retirant ses écouteurs , préoccupé par 
son attitude craintive , sa démarche gracieuse , qui lui évoquaient celles d'une biche apeurée .

           Elle , qui ne comprenait rien à ce qu'il disait , se mit à lui parler avec une certaine précipitation , de la timidité , ignorant son trouble lorsqu'il avait remarqué sa ressemblance avec la personne figurant sur la photo qui se trouvait au-dessus de son lit , celle de l'Odile de son roman . 

           Le visage de l'adolescente s'était brusquement empourpré . Elle n'en menait pas large , ayant réalisé trop tard son audace et ne sachant plus maintenant comment se faire pardonner .

- Je suis confuse , monsieur , se mit-elle à bredouiller , comme si elle venait de comprendre qu'elle avait un peu trop cédé à un impérieux désir de lui faire des confidences , négligeant de savoir qui il était vraiment , sans doute quelqu'un d'autre , en fait , que cet étudiant breton soigneusement choisi , à l'époque , par l'Institut de Berlin pour une rencontre " amicale " et privilégiée avec un représentant d'une minorité de l'Ouest décadent ?
          Sans doute avait-elle tenté d'atténuer sa maladresse , mais pouvait elle vraiment lui faire confiance ? Il était vrai , cependant , que tout avait changé depuis la chute du mur ...
Lui , s'il aimait bien , pourtant , l'exotisme de sa voix , se rendit compte avec dépit qu'absorbé par la routine de son travail et par la réclusion monacale de sa démarche créatrice , avait dû laisser de côté trop de belles " plantes " comme elle sans jamais pouvoir sérieusement goûter au charme de leur présence .

- Entrez , je vous en prie ... 

         Elle détourna légèrement la tête , et d'un geste gracile ensuite , ôta brièvement ses lunettes rondes qui cachaient deux grands yeux clairs comme l'azur .
Il était évident que cette fille venait de réussir à le libérer de certains remords inhibiteurs . Même s'il restait sur la défensive et n'avait plus l'âge des amours collégiennes , n'était-elle pas parvenue en quelques mots , par son charme , sa délicatesse , à réchauffer un peu son vieux coeur usé d'artiste , à comprendre sa solitude ? 

Aujourd'hui , c 'était un beau jour de congé , n'est-ce pas ?  , lui lança-t-il d'une mine réjouie , interrogative , pendant qu'il feignait de jeter un coup d'oeil par la fenêtre aux rares jeunes passantes de la chaussée nocturne dont l'allure pressée , exaltant toute la souplesse des corps d'adolescentes , provoquait , chez lui , un rare moment de bonheur ! 

- Vous savez que je vous connais ? , lui confia-t-elle enfin d'un air mystérieux , se glissant , à l'improviste , dans le minuscule appartement de fortune .


  17 L'idée de ce simple constat le laissa complètement abasourdi ! Pourrait-il , ensuite , laisser s'enfuir celle qui avait déchiré un coin du voile , cette jeune colombe , qui , après avoir frôlé de ses ailes graciles , juste un instant , ce lugubre royaume où il avait si longtemps tenté de survivre seul parmi les ombres , prendrait vite son envol en emportant son secret ?

         Qui était-elle , à vrai dire ? Il se leva de son fauteuil pour la retenir , avec la crainte qu'elle ne juge déplacé cet élan . Mais au contraire , elle saisit avec chaleur sa main pour le remercier .

         Ne sachant quoi lui répondre , il réalisa qu'elle avait dû confondre la porte de son minable pied-à-terre sans ascenseur avec celle d'un palais , n'ayant pas eu le courage de lui préciser qu'il était désolé d'habiter ce deux pièces dans un immeuble aussi vieillot du 19è , juste au-dessus d'un troquet minable lui servant parfois de

cantine , mais qu'aujourd'hui , c'était lundi , que tout était fermé !

- A qui ai-je l'honneur ? , demanda-t-il .

- Marina Grüber . Je suis venue parce que j'ai été intriguée par votre message , lui expliqua la visiteuse .

Qu 'entendait-elle par là ? Etait-ce un malentendu ?

              

 

 

 

 

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* " Je Vous Aime " , chanson de Jean Ferrat - Tous droits réservés .

1971 33 tours Barclay 80.427 Aimer à perdre la raison

         

           

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Deuxième Partie - Le Romancier ( Nouvel Espoir , Scénario d'Anton ) - X - Clarisse Kempf .

12 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Anny Wienbruch ( 1899 - 1976 ) avec deux inconnus .

Anny Wienbruch ( 1899 - 1976 ) avec deux inconnus .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Deuxième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE ROMANCIER

 ( " Nouvel Espoir " , Scénario d'Anton )

 

 

" Qui êtes-vous ? que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "

ALAIN-FOURNIER ( 1886 - 1914Le Grand Meaulnes " ,

I , 15 .

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

X - Clarisse Kempf

 

 

 

 


 

" 'ai dormi ,'ai dormi ,

  Je me suis réveillé d 'un rêve profond ... "

Nietzsche - " Ainsi parlait Zarathoustra "  *

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     13 - " Pourquoi donc était-il resté dans ce

" foutu " magasin qui , pour lui , ressemblait de plus en plus à la salle des pas perdus de la gare Saint-Lazare ? Son histoire avait commencé dans une petite ville bretonne où , jeune passionné de littérature , il avait rêvé de découvrir le monde et la vie parisienne avant de devenir écrivain . Mais la vie de famille est souvent trop compliquée , ses parents , petits bourgeois de province à l'esprit trop étroit , ne partageaient ni ses ambitions , ni sa passion pour les livres qu'ils jugeaient inutiles . C'est ainsi qu'après une dernière dispute , il avait , en refusant une carrière administrative ennuyeuse déjà préparée par son

père , maire de la ville , résolu de quitter sa Bretagne natale pour Paris , bien décidé à se débrouiller seul . Une fois dans la capitale , il s'était inscrit à la fac tout en cherchant , bien

sûr , un moyen de financer ses études . Peu

après , du côté d'Haussmann , il avait trouvé un emploi de vendeur à temps partiel dans un grand magasin , lieu qui l'éblouissait autant qu'il leffrayait avec ses lumières , ses allées interminables et ses clients pressés . Chaque jour , il jonglait entre les rayons et les caisses , tout en essayant de trouver un équilibre entre travail et cours . C'est alors qu'un après-midi , remplaçant un collègue au rayon des instruments et livres musicaux , le jeune homme avait croisé le regard d'Odile , une étudiante alsacienne qui , comme lui , rêvait de pouvoir , après un stage de piano à Berlin , parfaire ses connaissances tout en écrivant une thèse sur la vie de certains compositeurs germaniques dans la capitale française . Mais elle était venue là , lui avait-elle aussi confié , pour fuir sa propre réalité familiale qu'elle jugeait également décevante . Ils avaient alors longtemps discuté , d'ailleurs , dans un " pub " du boulevard de l'Opéra , parlant avec enthousiasme dauteurs de province , de René Schikele , d'Anny Wienbruch ou d'Adrienne Thomas , de Youenn

Drezen , Jakez Riou et de Xavier Grall , didéaux en commun , bref , de tout ce que la ville jacobine pourrait leur offrir afin d'exaucer ce même désir d'inventer , en Europe , cette nouvelle patrie fédérale dont ils rêvaient tant ! Leur complicité fut immédiate . Ils passèrent de plus en plus de temps ensemble , se donnant rendez-vous dans des cafés pour lire , écrire et refaire le monde . Peu à peu , leur amitié amoureuse laissa même place à une passion violente , et ils emménagèrent ensemble dans cette petite chambre de bonne où Anton vivait toujours . ( 11 )

Pendant six mois , leur vie parut un tourbillon de concerts , de belles-lettres et de

visites partagés , les deux amants passant leurs nuits à se lire des poèmes , déchiffrer des partitions , croire à un avenir imaginaire , mais aussi à se disputer , car leur amour était aussi tumultueux que parfois , le flot de circulation sous leur fenêtre , et leurs ambitions plus grandes ,

même , que la tour Eiffel ! Un jour , après une dispute plus violente que les autres , Anton , rentrant dans leur chambre , découvrit qu'Odile était partie sans laisser de note ou d'explication , seulement un vide immense !
Cette absence lébranla . Pendant des mois , le fauve arpenta les lieux quils fréquentaient ensemble , interrogeant leurs amis dans l'espoir de retrouver sa trace . Mais elle semblait sêtre évanouie pour de bon dans le tumulte de Paris
.

Peu à peu , il se résigna et comprit qu’elle lavait quitté sans retour possible , ce chagrin finissant , tout de même , par se transformer en un moteur puissant pour son écriture et sa créativité . Dans chaque mot de chaque page , il avait mis un peu de cet amour perdu , de sa douleur et de ses déceptions . Puis un jour , bien des années plus

tard , grâce à un collègue de l'université , un éditeur accepta de publier son histoire damour impossible avec une jeune étudiante alsacienne dans les lumières incertaines du Paris d 'hier :

" Nouvel Espoir "!

 

14Anton s'était senti vieillir d'un seul coup , dans une vie soudain redevenue morne . Il

espérait , sans y croire vraiment , qu'un jour l'inspiration reviendrait , peut-être avec le départ de la fugitive , mais il était aussi victime

d'insomnies , repensant à l'autre fille , Laura , cette américaine qu'il avait jadis connue , pour tenter de calmer sa douleur actuelle . De retour dans sa routine quotidienne , il avait découvert que celle-ci semblait avoir " disparu " des réseaux sociaux , notamment de cet ermitage en Californie , Santa-Rosa , où on la voyait , sur l'écran , s'occuper à soigner les bêtes , mais aussi danser au milieu d'une ribambelle joyeuse ! Elle qui y avait sans doute passée les dernières années de sa vie et qui , autrefois , partageait ses instants de fou-rire et de larmes de façon compulsive , semblait s'être effacée d'un coup , comme si elle avait décidé de mourir socialement . Lui , pris de curiosité , tentait de retrouver ses traces , mais c'était comme si elle n'avait jamais existé !

 

15 - Ce matin-là , il se rendit à son travail après avoir traîné le long du boulevard de l'Opéra avec ce besoin d'être ballotté par la foule tout en s'abandonnant à quelque sentiment de flânerie intérieure , de laisser refluer de son corps ce flot de mille hallucinations oppressives qui le hantaient pendant son sommeil , macérant au plus profond de ses entrailles , mêlées d'une colère sourde ,

qui , à la longue , s'était  transformée en désir de vengeance impitoyableA peine arrivé au bureau , il en vit partir , lui dit le directeur , une stagiaire , une certaine Clarisse Kempf dont il devrait , peut-être , assurer de temps à autre la

formationCela arrivait , surtout pendant les vacances , lorsque la clientèle étrangère affluait à la recherche des dernières pacotilles à bas prix de la mode parisienne . Mais , cette fois-ci , il fut complètement abasourdi , croyant brusquement la revoir , au-dessus des eaux sombres , traverser avec lui le Pont des Artsvêtue d'une robe blanche , d'un manteau noir , couleurs de la Bretagne , avec une écharpe toute rouge de l'espérance farouche d'un printemps renaissant sur sa gorge !
Pris d'un frisson de fièvre et sentant son coeur battre  violemment dans sa poitrine , il s'était élancé sans réfléchirtentant de la suivre , cherchant un signe d'elle , une parole , mais elle avait déjà disparu dans la foule . Dans sa tête , qui ressemblait à un volcan , d'innombrables pensées se précipitèrent , pleines de force et de vitesse , ravivées par cette nouvelle rencontre . Son coeur avait tressailli , frémissant comme la terre lorsqu'elle s'enflamme , ravivant en lui l'envie de puiser dans son passé pour essayer d'en recoller les morceaux , tel un " puzzle " de ses amours fantomatiques dont il avait , à cause de sa timidité maladive , laissé filer les pièces . Car elle aussi lavait marqué , mais dune manière différente , plus douce , plus tendre , et maintenant , c'était son sosie qui , soudain , surgissait devant lui ! Et plus le souvenir d'Odile s'intensifierait grâce à la présence de Clarisse , plus le visage masqué de Laura seffa-

cerait , sans doute , plus il serait tenté de poursuivre , pris dans un étrange triangle entre passé et présent , ce scénario qu'il avait déjà commencé d'écrire , la suite , enfin , du premier volume , qui , peu à peu , le délivrerait du brouillard où il avait , jusqu'ici , confondu la réalité avec l'imaginaire ! "

 

 

( Fin du Scénario d 'Anton )

 

 


 

 

 

      
                                                                                   

FIN DE LA DEUXIEME PARTIE

 

 

                               ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Deuxième Partie - Le Romancier ( " Nouvel

Espoir " , Scénario 'AntonX - Clarisse Kempf - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

Notes :

 

 

11 - René Schikele ( 1883 - 1940 ) essayiste , romancier , poète alsacien de langue allemande , membre de l'académie de Berlin - Anny Wienbruch ( 1899 , Metz - 1976 ) , femme de lettres mosellane de langue allemande de même que Adrienne Thomas ( Hertha Strauch , 1897 , Saint-Avold - 1980 ) , autrice de " Catherine Soldat " ( Die Katrin wird Soldat ,1930 ) - Youenn Drezen ( 1899 - 1972 ) , journaliste , auteur breton de " Itron Varia Garmez " ( Notre-Dame des Carmes , 1941 ) , ami de Jakez Riou ( 1899 - 1937 ) , auteur breton de

" Geotenn ar Werc'hez " ( L'Herbe de la Vierge , 1928 ) et Xavier Grall ( 1930 - 1981) , poète , écrivain , journaliste breton . 



 

 

 

* Friedrich Nietzsche  ( 1844 - 1900 ) - Ainsi Parlait Zarathoustra ( Also Sprach Zarathustra , 1883 / 1885 ) , IV , 19 , XII - Le Chant 'Ivresse .

" O Mensch ! Gib Acht ! " ( 4ème Mouvement de la 3ème Symphonie de Mahler , 1893 ) . 


     

   

 


               

 


 

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Deuxième Partie - Le Romancier ( Nouvel Espoir , Scénario d'Anton ) - IX - Laura .

11 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Deuxième Partie - Le Romancier ( Nouvel Espoir , Scénario d'Anton ) - IX - Laura .

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Deuxième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE ROMANCIER

( " Nouvel Espoir " , Scénario d'Anton )

 

 

" Qui êtes-vous ? que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "

ALAIN-FOURNIER ( 1886 - 1914Le Grand Meaulnes " ,

I , 15 .

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

IX - Laura

 

 

 

 


" Il y avait un pêcheur venu sur la terre ,

  Qui a veillé très longtemps

  Du haut d'une tour solitaire ... "

Leonard Cohen - " Suzanne " *

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     11 - " Il avait toujours désiré percer dans le monde des lettres . Mais la réalité s'était

montrée , peu à peu , bien terne : il avait dû , d'abord , certains jours , dans un grand magasin du centre-ville , vendre des chemises , pour payer ses études , pauvre garçon de Bretagne échoué sous les toits de la capitale dans une petite chambre de bonne où lair stagne , y étouffant parfois de chaleur ou transi de froid , sorte de cage où quelque rayon de soleil du nord venait parfois timidement jusqu'à lui , sans y croire , le réchauffer d'une lueur d'espérance tandis qu'au dehors , montait le brouhaha impersonnel de la rue troublant la vie d'un ermite au milieu de la grande ville .

Sur son lit , le livre de Julien Green , " Chaque Homme dans sa Nuit " , restait ouvert quand il s'absentait , phrases soulignées , pages à demi pliées de ce roman qu'il avait lu et relu jusqu'à en connaître par cœur les intrigues , celles d'un type aussi banal que lui , tourmenté , dont l'âme se cachait et se fourvoyait à la recherche de lui-même ou d'un autre introuvable , mais parvenant finalement à se sauver d'un univers dombres et de lumière qui ressemblait un peu au sien parce qu'il croyait qu'elles lui parlaient du profond silence bourdonnant à ses oreilles contre le mur de sa propre déréliction de locataire abandonnéÀ force de le relire , il en était venu à plonger dans une sorte de songe éveillé où il traversait des paysages indistincts , des salles obscures , des montagnes de rêves et de solitude .

Oui , c'était là qu'il se tenait à lécart , loin du

tumulte , une fois sa journée de travail finie , dans un espace où seulement quelques voix , celles de Simon & Garfunkel , " I Am a Rock " ** , venaient rompre le silence , chanson qu'il écoutait en boucle , car elle résonnait avec sa propre

réclusion , lui parlant en écho de choses qui lui échappaient mais qui lhabitaient : l'amour , la désillusion , lamitié , l'idée d'une fuite au loin ... Ses nuits , par contre , étaient hantées par d'étranges rêveries sentimentales , cauchemars obsessionnels nés de ses anciennes liaisons quand il entrevoyait parmi elles , croyait-il , caché par un voile mystérieux , les fragments d'un visage en particulier qui l'obsédait , celui de Laura , une étudiante américaine qu'il avait connue des années auparavant , mais qui avait disparu sans laisser de traces , réincarnée sous les traits d'une étrange danseuse sortie dun autre monde , évanescente et lointaine , qui , pourtant , réveillait en lui une chaleur familière . En panne d'inspiration depuis des mois , le jeune homme croyait pouvoir transformer cette histoire en roman , mais chaque matin , se levait avec un trou de mémoire . Tous les détails de son aventure avec cette mystérieuse fille masquée , lui échappaient . Seuls restaient un étrange vide et une fascination pour cette image floue . Dans la salle de bains , fermant alors les yeux devant sa glace , il se prenait un bref instant pour le personnage de Wilfred Ingram , cet américain d'un Sud qui va mourir , avançant à l 'aveuglette dans sa recherche d'un horizon supposé inexistant . Le monde était bien là brûlant , vibrant à quelques pas de sa porte , mais , dans le miroir des mots de son double , lui , préférait la chaleur enivrante du sanctuaire aux sons lointains des récits des autres .

 

12 - Mais ce jour-là , quelque chose avait changé Une note , un cri dehors , peut-être l'intensité d'un rayon de soleil qui , perçant ses paupières closes , lui avait donné l’idée quil pourrait peut-être , une fois , franchir le seuil de son refuge avec un nouvel espoir !

" On ne commande pas plus à ses émotions qu'on ne commande à l'amour ! , disait l'auteur .

       Sans doute était-il bouleversé , comme son héros , par la présence diffuse en lui de ces sentiments bizarres profondément dissimulés qui pouvaient bien ressurgir à l'improviste comme une tempête plus imprévisible que toutes les forces de la nature qui l'entourait !

" Jamais les hommes n'agissent d'une façon tout à fait étrange que lorsqu'ils sont seuls ...
Mais le sont-ils vraiment ? Peut-on comprendre ce qui les enferme et déchiffrer des signes qu'ils ne sauront jamais vraiment reconnaître ? "

C'est ce que , tendrement , lui murmurait Phoebé Knight à l'oreille . Après tout , ne ressemblait-elle pas un peu à la jeune fille de Saint-Louis croisée jadis dans une station de sport d'hiver des Alpes ? "

( 10 )

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

                               ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Deuxième Partie - Le Romancier ( " Nouvel

Espoir " , Scénario d'AntonIX - Laura - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved -

" LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

Notes :

 

 

10" Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 ) roman de Julien Green ( 1900 -1998 ) , de l'académie française . Le titre en est tiré d’un vers de Victor Hugo figurant dans un poème que l'auteur a relu par hasard après avoir fini l’écriture : " Chaque homme dans sa nuit sen va vers sa lumière " ( Les Contemplations , Livre 5è , " En Marche " , III - Ecrit en 1846 , II ) . 

 

 

 

* " Suzanne " ( 1967 ) , chanson de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) dans son album " Songs of Leonard Cohen " , copyright 1968 Leonard Cohen / Columbia - Sony Music Entertainment - All rights reserved - Traduite en français par Graeme Allwright ( 1926 - 2020 ) dans son album " Graeme Allwright chante Leonard Cohen " , copyright 1973 Graeme Allwright / Mercury Records- Phonogram - All rights reserved .

 

** " I Am A Rock " ( 1965 ) , chanson de Paul Simon sur son album " The Paul Simon Songbook " , copyright 1965 Paul Simon / Columbia Records et sur l'album " Sounds of Silence " , copyright 1966 Simon & Garfunkel / Columbia Records - Sony Music Entertainment - All rights reserved .

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - VIII - Soleil Levant .

9 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Claude Monet - Impression , Soleil Levant ( 1872 ) .

Claude Monet - Impression , Soleil Levant ( 1872 ) .

 

 

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hallucinations

 

 

 

" Vers le petit enfant , la mère s'est penchée .

  Je veux revoir ses yeux , 

  Leur regard est mon étoile ... " 

Hermann Hesse - " Le Dernier Eté de Klingsor "

 

       

 

 

 

 

 

 

 

VIII - Soleil Levant

 

 

 

 

 

" O moi qui veut croître ,
  Je regarde au-dehors ,
  Et c'est en moi que l'arbre croît
.
"

Rainer Maria Rilke  

( Poème d'août 1914 , traduit par Maurice Blanchot ) .

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     10 " ... Tu sais , lui avoua-t-elle un soir , celle dont tu m'avais parlé , la jeune fille de ton rêve , et bien , je l'ai peut-être rencontrée ...
- Où est-elle passée ? , lui avait-il répliqué avec rage , se mettant ensuite à sangloter tandis que de petites griffures de pluie dégoulinaient du visage de l'ange au masque noir , en face de lui , qui feignit alors de ne pas comprendre celui

qui , l'ayant appelée au plus profond de son être , se montrait sans doute encore plus effarouché qu'elle par l'irruption soudaine de cette fée aux mains diaphanes ...

            Fini de jouer ! , pensa la Reine Noire , bredouillant , elle aussi , quelques mots incompréhensibles , bien vite recouverts par un fracas de chevaux et de rires d'enfants qui passaient sur la route avec d'autres convives . Ne préparait-on pas une noce ? Etaient-ce des fiançailles ? 
- " Le temps que j'aille voir , la belle aura disparu au coeur de la fête ! , finit-il par se plaindre .           

           Mais en l'apercevant au loin , ce fut comme si un nouveau souffle spirituel avait pénétré son âme d'une force rayonnante : impression fugitive , car , depuis ce monde où il lui semblait parvenir , des scènes cruciales défilaient en lui par enchantement , tel un faisceau de lumière éclairant les épaisses frondaisons d'une obscure forêt .
          C'est alors qu'il crut la revoir en songe dans le même sous-bois par un beau clair de lune . Et , face à la nuit d'encre , la demoiselle dont la chevelure ondoyait , masquant sa mine radieuse , porta son regard d'azur vers le firmament constellé d'étoiles , tandis que
 ​​​​, ayant longtemps caché l'astre nocturne , s'y évaporait un gros nuage à la mine farouche et grandiose , et que les affres d'une mortifiante question , poussières de feuilles mortes balayées par le vent cruel , après cette nuit de sommeil agité , soudain réapparurent lorsque le visionnaire vint frapper à sa porte au lendemain de l'enlèvement de celle dont il n'avait , jusqu'ici osé parler à personne sans tourner la tête , l'air gêné , la pureté lumineuse de son âme jumelle , croyait-

il , cachant l'apparence de son double maintenant disparu derrière un  miroir à deux faces !   
          Qui la lui rendrait maintenant , se demanda-t-il ? Où était-elle ? Sinon , pensait-il à son ombre solennelle retombant toujours lourdement sur le lac ou sur lui , prisonniers d'une peine si ancienne , les effleurant comme cette branche morte où des libellules translucides glissaient sur des nénuphars blancs au coeur d'or ?
Et comment n'aurait-il pas pleuré à chaudes

larmes , croyant avoir à jamais perdu la trace de son amie chérie ?
         Plus il avançait dans cette illusoire marche au pays des songes , plus les souvenirs se pressaient dans son cerveau en feu , consumé par la rage d'une flamme impitoyable ! Alors , 

l'univers , transfiguré par la toute puissance de l'invisible Esprit , semblait peu à peu céder à sa lassitude , et l'empreindre à nouveau d'un ineffable sentiment d'amour et de paix . Le jour était revenu , avec un ciel serein , d'un bleu indescriptible , où la sourde colère de tout à l'heure , exprimant le poids de l'injustice , avait fui . 

        Il éprouvait l'extraordinaire impression d'un paysage immobile , figé par la chaleur , tel un canevas de tapisserie aux vieilles couleurs fanées d'autrefois . Par quel miracle était-il aujourd'hui de retour , dans ce décor à jamais disparu ?
        La sueur , inondant tout son corps , l'avait purifié des scories de sa douleur née le long du chemin , lorsqu'il avait cru se perdre à l'infini des landes , plus loin que la ligne d'horizon , celle-ci dominant le sombre massif où la torpeur méridienne écrasait toutes choses .
Plus loin , dans son délire , il lui avait semblé percevoir encore des voix de

moniales , pénétrées de cette joie insondable qui les unissait au Créateur , dans cette fusion cristalline où vibrent les choeurs angéliques , voies supérieures de l'éveil et de l'illumination . Transportés vers les hauteurs , ces chants célestes se fondirent dans une harmonie toujours plus grande . Sa petite chambre , plongée dans la pénombre ,  île noire sur l'océan de verdure aux multiples résonnances , fut illuminée de lumières multicolores striant le ciel , magnifiques feux d'artifice dans la splendeur indicible du soleil levant . 
        Le veilleur avait fini par s'y rendormir sur sa peine avant de partir en trombe de chez lui , se redressant tout à coup . Mais il était déjà trop tard .
         Le quartier tout entier se réveillait de sa somnolence , et , par la fenêtre , il ne vit plus rien qu'une fugitive créature s'échappant d'un

immeuble délabré ...
Rien , désormais , ne descendrait plus des entrailles du ciel , pas même un cri , pas même un murmure !

 

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

 

 

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DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations VIII - Soleil Levant - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

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* " Le Dernier Eté de Klingsor " ( Klingsors Letzter Sommer , 1919 ) - Soirée 'août , nouvelle de Hermann Hesse ( 1877 - 1962 )  , romancier , philosophe allemand .

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - VII - L'Aube du Jour ...

7 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Arlequin et Colombine par Jean-Baptiste Pater ( 1695 - 1736 )

Arlequin et Colombine par Jean-Baptiste Pater ( 1695 - 1736 )

 

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hallucinations

 

 

" Vers le petit enfant , la mère s'est penchée .

  Je veux revoir ses yeux , 

  Leur regard est mon étoile ... " 

Hermann Hesse - " Le Dernier Eté de Klingsor "

 

       

 

 

 

 

 

 

 

VII - L'Aube du Jour ...

 

 

" Parfois dans votre vie , vous ferez un voyage . Ce sera le plus long voyage que vous ayez jamais fait .

  Cest le voyage pour vous retrouver . "

Katharine Sharp ( 1865 - 1914 ) , philosophe américaine .

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     9 - Quand j'avais cru , ombre parmi les

ombres , la reconnaître en songe derrière son

voile , aussi présente que la vie peut l'être en se cachant , je ne m'attendais guère à revoir ce complice et lumineux sourire , né soudain de ses lèvres roses de jeune fille , papillonner vers moi qui croyais depuis longtemps bien mort cet éphémère instant de ma jeunesse , trace d'un souvenir lointain , vite évanoui ... 

           Etait-ce bien la même , d'ailleurs , cette beauté fragile pouvant seule vous sauver de l'insignifiance  

           - Peu importe les rêves , me dit-elle , quand l'Arlequin danse en ribambelle au milieu du Carnaval de la Mort Rouge " , soupirant , derrière un masque , après sa Colombine !   N'as-tu vu venir à toi aussi , du fond de l'espace , le rayon lumineux d'une étoile filante ? , me confia mon amie . Etait-ce pendant ton sommeil où , s'approchant au milieu des massifs de lys blancs au coeur violet , celle-ci devint un grand soleil où rayonnait une figure ayant parfois la force d'un homme , parfois la douceur d'une femme , être double , androgyne , changeant de manière imperceptible comme la surface d'un lac gelé que , loin de la rigueur de l'hiver , mille couleurs de joie printanière font revivre ?  

( 5 )

           - L'eau finira-t-elle par vaincre le rocher  ? , lui répondis-je alors , tandis que quelque chose en nous , noyé dans la douceur du clair-de-lune , brûlait d'un immense désir de l'Eternel , et

parfois , dans la frénésie de cette extase incendiaire , il m'arrivait , pressentant l'incompréhensible , de voir scintiller aussi dans le noir , comme des diamants merveilleux , les yeux d'une belle demoiselle à son image , irradiés de tous côtés par ceux d 'un insatiable amant , deux escarboucles de lumière dévorante ! 

Notre vie commence au berceau dans une certaine innocence , peut-être , au regard bienveillant d 'une mère et d'un père , puis , passé l'insouciance des jeux d'enfant , l'apprentissage enthousiaste de la jeunesse , on poursuit son voyage , traversé de choix plus ou moins difficiles , de multiples vicissitudes , jusqu'à essayer de survivre et d 'oeuvrer sur ce chemin des âmes que nos parents nous ont montré avant même de vouloir y construire une famille nouvelle , comme eux , dans un autre paysage désolant dont il ne restera bientôt plus rien que poussière jaunâtre dispersée aux quatre vents de vieilles photos-souvenirs , dans une maison disparue ...

Alors , que suis-je venu faire ici ? , lui demanda son image , reflétée dans le miroir . Et

que signifie , en ce bas monde , le passage de ton Eurydice morte à vingt ans

Chère amie , cette infinie douceur cachée en toi comme une rose délicieuse et légère de mon jardin de souffrance , la retrouverai-je un jourEt ce beau sourire de lumière arraché à l'Etoile de ta Mort , me le redonneras-tu ?

J 'ai la tête couverte de rosée , les cheveux trempés des gouttes de la nuit ...  Je dois m'en aller au loin , dit un jour l'enfant du Soleil à son fiancé . Je ne sais ce qu'il y a en moi , quelque chose me pousse en avant ... ( 6 )

- Mais pourquoi vouloir partir , la suppliait-il , et quitter celui qui , vraiment , vous ressemble et vous couvre de son ombre ?

- Chaque jour a une aube , un crépuscule ... Et ça me brûle comme un feu de l'enfer ! , lui répondit l'étrangère , voyageant au bout de ses forces . Je n'en peux plus ! ( 7 )

- Peut-être faudrait-il apprendre à trouver d'abord le désert de ta solitude , lui murmurait , pour la consoler , la voix de l'Ange , écho d'une rivière des larmes de la nuit , chapelet de gouttelettes fines tombant du flanc de la Montagne Sainte sur la Vallée Heureuse du bout du monde ? ! ( 8 )

- Alors le bonheur serait là ?

- Mon pauvre ami , n'entends-tu pas ce vent du crépuscule chassant au-dessus du lac les nuagesNe vois-tu pas l'errance de leur vie éphémère s'achever douloureusement sur le toit du Temple des Abîmes , tandis qu'un dernier rayon du Soleil triomphal , son amant , se joue de la masse sombre de la Lune au ténébreux sanctuaire , par un éclat sur l'eau de son regard , montrant leurs visages moqueurs , tout biscornus , leurs guenilles ridicules : " Les nuages , les merveilleux nuages ... " ? 

( 9 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

                               ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations VII - L'Aube du Jour - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

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Notes :

 

5 - " Le Masque de la Mort Rouge " The Mask of the Red Death , 1842 ) , nouvelle fantastique d'Edgar Allan Poe 1809 - 1849 ) , auteur américain .

   - " Mort à Venise " ( Der Tod in Venedig , 1911 ) , nouvelle de Thomas Mann 1875 - 1955 ) , prix Nobel de littérature ( 1929 ) , auteur allemand .

Colombine , Arlequin = personnage de la "Commedia dell 'arte " italienne .

 

6 - Cantique des Cantiques , V , 2 .

 

7 - La Mort en Perse " ( Tod in Persien , 1935 ) - L'Ange , par Annemarie Schwarzenbach ( 1908 - 1942 ) , écrivaine , aventurière suisse . 

 

- " La Vallée Heureuse " ( Das Glückliche Tal , 1940 ) , par Annemarie Schwarzenbach .

 

9 - "Petits Poèmes en prose ou le Spleen de Paris " ( 1869 ) - I - L'Etranger , par Charles Baudelaire

( 1821 - 1867 ) , poète français .

 

* " Le Dernier Eté de Klingsor " ( Klingsors Letzter Sommer , 1919 ) - Soirée 'août , nouvelle de Hermann Hesse ( 1877 - 1962 )  , romancier , philosophe allemand .

Image : " Journey " , de Katharine Sharp .

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - VII - L'Aube du Jour ...
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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - VI - Fugue .

4 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Girl Combing her Hair ( 1909 ) de William Mc Gregor Paxton ( 1869 - 1941 )

Girl Combing her Hair ( 1909 ) de William Mc Gregor Paxton ( 1869 - 1941 )

 

 

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hallucinations

 

 

 

" Vers le petit enfant , la mère s'est penchée .

  Je veux revoir ses yeux , 

  Leur regard est mon étoile ... " 

Hermann Hesse - " Le Dernier Eté de Klingsor "

 

       

 

 

 

 

 

 

 

VI - Fugue

 

 

 

  Que peut-on savoir même des gens avec qui on vit chaque jour ? questionna-t-elle .

    Ne sommes-  nous  pas tous des prisonniers ? "

Virginia Woolf - " Mrs Dalloway " ( 1925 )

 

 

 

     

 

 

     7 - Elle était partie un 4 juillet , jour de l'Indépendance , le laissant tout seul avec cette plaie béante qui , à l'époque , même si elle faisait semblant de ne pas la voir , dégoulinait du glaive sanglant qu'avait planté dans son coeur le charme de son sourire d'ingénue . La nuit dernière , alors qu’il se laissait emporter par le sommeil , il avait senti à nouveau l’écho de ce calvaire oublié . Le paysage , les personnages , les symboles se reformèrent , comme si ce monde enfoui depuis trop longtemps dans la douleur de son corps l’attendait patiemment pour renaître de l'oubli . Mais cette fois , il n'avait plus peur de raviver une blessure qui , ayant mis à peu prêt deux ans pour guérir , appartenait , jugeait-il , aux illusions maladives de sa jeunesse , et s’abandonnant complètement , prêt à tout pour saisir ce mystère , il ne voulut pas davantage y résister , s'apprêtant à céder à cette vision troublante d'une femme au visage masqué par un voile se tenant devant lui , immobile , dont les yeux , qu'il entrevoyait à travers de la dentelle fine , semblaient vouloir le percer de leur intensité , comme s'ils cherchaient à rouvrir en lui une cicatrice .
Elle lui tendait toujours le même livre , un ouvrage ancien , relié de cuir vermeil , épais de lourds secrets qui , à chaque mot , ses doigts se posant sur les pages , lui faisait revivre avec stupeur sa propre histoire , qu'il n'avait pourtant jamais écrite , chaque chapitre lui dévoilant un souvenir , une pensée intime , un sentiment , que des photos illustraient , résumant la trame même de toute son existence !

 

8 Et si , là-bas , vers l'ouest , au-delà de la ligne océane , son âme fiévreuse avait tenté de dessiner l'amour en un cercle plus large , s'était-il mis à délirer tout en sueur , pensant encore , sans doute , aux paysages tourmentés de sa presqu'île du Maine jusqu'où pouvait l'avoir conduite le vent de sa folie ? 

     Que s 'était-il donc passé ? , se demanda-t-il enfin , sa tête alourdie par une terrible migraine .

- Pardon , mais je devais noter plus vite le

" fugato " de ton oeuvre ! , tenta-t-elle de lui expliquer un peu plus tard , fâchée que son attitude lui paraisse équivoque et sa fuite irréfléchie , chuchotant à son oreille , après un dernier canon , des explications quelque peu embarrassées .

Que puis-je te dire de plus ? , ajoutait cette sirène mystérieuse lorsque , au début d'un nouveau jour , seul sur une route du bord de mer , il crut la retrouver .

Tu n 'entends pas cette immense voix qui hurle sa plainte étrange alentour dans une langue 

inconnue'ignorais peut-être où était notre vraie patrie avant de me mettre au piano l'autre soir , lui avait-elle confié , mais désormais , je crois que cela change ... Rappelle-toi notre romance !

" Il est un pays   Bien au-delà des étoiles ,     Mon âme   Où la Rose ne pourra se faner ... "

( 4 ) 

     Son angoisse avait disparu dans le souvenir de ce poème qu'elle aimait tant , sur une musique de Bach . Il aurait voulu s'en souvenir avant que la belle ne disparaisse comme les lumières de l'aube , rayon de Lune au bout de l'horizon !

 

( A Suivre )

 

 

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DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR- Première Partie - Hallucinations VI - Fugue - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

Notes :

 

4 - " My Soul , There is a Country " , poème de Henry Vaughan ( 1622 - 1695 ) , poète métaphysique gallois , dans son recueil intitulé " Silex Scintillans " ( Silex Flamboyant , 1650 ) .

 

* " Le Dernier Eté de Klingsor " ( Klingsors Letzter Sommer , 1919 ) - Soirée 'août , nouvelle de Hermann Hesse ( 1877 - 1962 )  , romancier , philosophe allemand .

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - V - Souvenirs .

4 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - V - Souvenirs .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hallucinations

 

" Vers le petit enfant , la mère s'est penchée .

  Je veux revoir ses yeux , 

  Leur regard est mon étoile ... " 

Hermann Hesse - " Le Dernier Eté de Klingsor "

 

       

 

 

 

 

 

V - Souvenirs

 

 

 

  " The ghosts of the dawn      Moving near ,      They pass through your sorrow      And leave you quite still ,      Sitting among souvenirs ... " **   

 Dan Fogelberg - " Souvenirs  

 

 

     3 - Assis chaque jour devant son bureau face à une feuille immaculée , il tentait de capter une étincelle d'imagination , mais les mots lui échappaient , rien ne venait jamais plus comme avant . Perdues quelque part entre la beauté de la mer et le mystère des landes , ses images s’évaporaient comme une empreinte persistante dont il sentait encore la trace sous les paupières , mais dont il ne pouvait plus vraiment saisir la substance . La vraie couleur et le sens des termes lui

manquaient , comme un goût qu’on a sur la langue mais qu’on ne peut pas nommer . Plus il cherchait à s’en rappeler , plus il perdait la moindre impression de ce rêve , comme du sable glissant entre ses doigts .
Fixant alors le blanc du papier devant lui , toujours vide malgré ses heures d'application , l’angoisse le gagnait peu à peu , une lourdeur s’accroissant à mesure qu’il réalisait qu’il ne retrouverait peut-être jamais celle qu’il avait entrevue . C'était bien là , néanmoins , qu'elle le défiait , se disait-il , muette , comme pour lui rappeler son incapacité à capturer la splendeur d'une telle évocation !

Jour après jour , il était revenu à son écritoire , hanté par ce fantôme caché derrière un voile sombre qu’il savait unique , mais qui lui échappait à chaque instant , le faisant douter de lui-même , et se demander s’il avait vraiment vu quelque chose ou s’il n’avait été que le jouet d’une illusion . Pourtant , ce chemin perdu au fond de lui , il restait convaincu qu’un jour , il finirait par le retrouver , cette brèche ouverte pendant la nuit vers un univers qu’il n’avait fait qu’effleurer .
Il avait ainsi passé des nuits , cherchant à faire naître à nouveau , entre espoir et frustration , celle qui , en lui , n’était plus qu’une ombre .

 

4 - Tiens , qu'est-ce que tu fous là , Anton ? , lui avait-elle jeté simplement , d'un air de défi , lorsque , au bout d'un long voyage , il était enfin parvenu à la retrouver du côté de Charlottesville , en Virginie . Allongé sur son lit , tout seul dans sa chambre du " Wellington " , à  New-York , il avait auparavant compris , quelques temps plus tôt , le sens caché de cette pêche miraculeuse née " 'éclats de verre dans le flot bleu frangé de pourpre " , et revu passer devant ses yeux l'étrange personne ensuite disparue dans la nuit comme s'envolent par milliers feuilles d'automne et flocons de neige , " memorabilia " d'autres photos jaunies dans cette sombre forêt de nos

souvenirs ... D'ailleurs , ce fut ce simple mot , sur une carte postale du tabac du coin , qui fut , pour lui , un déclic . Elle lui avait parlé d'une clé , celle d'une maison lointaine où , quelque part près de Monterey , elle avait vécu , seul vestige après qu'on ait détruit sa maison d'enfance ...

( 2 )

 

5 - Maintenant , la jeune femme lui laissait entrevoir , sans rien dire , que ce livre contenait une histoire d'amour entre eux non terminée . Au plus profond de lui , il ressentait son appel brûlant à la retrouver , à la croiser à nouveau , comme s’il s’agissait d’un amour perdu dans les ombres d’une jeunesse inavouée . Chaque matin , tentant de se rappeler son visage , le seul souvenir de son regard voilé lui revenait . Mais il se sentait envoûté par cette apparition , se mettant à errer dans les reliques du grenier , parti à la recherche de vieilles et rares lettres qu'il avait reçues d'elle autrefois , croyant que le hasard ou le destin les ramènerait jusqu'à elle . Puis , les jours passant , la frontière entre rêve et réalité s'estompait . Dévoré par cet espoir insensé de retrouver celle qui hantait ses nuits , cette inconnue qui semblait le connaître mieux que lui-même , il lui écrivit

enfin !

 

     6Mais où est la mort ce soir ? , lui avait-elle demandé tandis qu'un épais manteau blanc ,

dehors , couvrait le sol , où est " l'âme qui demeure en nous , vivante , et qui ouvre , grâce à l'Amour , toutes les portes du Royaume de Dieu ? " 

Qui connaît notre fin dernière , lancés du centre de l'univers dans le noir , dans l'éternel espace ? "

( 3 )

- Et n'étais-je vraiment pour toi que ce sourire d'ombre ? , bredouilla-t-il avec peine parmi les ailes brisées des mornes oiseaux déchus du papier peint flottant sur les fleurs verdâtres des tentures délavées .Tous deux s'étaient promenés dans le joli parc de Monticello , il n'avait cessé de revivre cette scène auprès d'elle brièvement retrouvée les jours suivants , dernières heures passées près d'elle depuis tant d'années ! Peut-être pour ça , réfléchit-il ensuite , qu'ayant pu lire en cachette avant son départ , le lendemain , cette phrase restée si mystérieuse et bien triste dans sa mémoire sur le journal de la demoiselle : " Dear inspector , and now my love ... / Cher inspecteur et maintenant , mon amour " , il était reparti le coeur brisé ?

 

 

( A Suivre )

 

 

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2024 .

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Notes :

 

2 - " Les Vagues " ( The Waves , 1931 ) par Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) . 

 

- " Un Lit de Ténèbres " ( Lie Down in Darkness , VII , 1951 ) par William Styron ( 1925 - 2006 ) , auteur , essayiste américain . 

 

* " Le Dernier Eté de Klingsor " ( Klingsors Letzter Sommer , 1919 ) - Soirée 'août , nouvelle de Hermann Hesse ( 1877 - 1962 )  , romancier , philosophe allemand .
** " Les fantômes de l'aube       S'approchent ,       Qui traversent ton chagrin ,       Te laissant tout à fait silencieux        Parmi les souvenirs ... "

Souvenirs " ( 1974 ) par Dan Fogelberg ( 1951 - 2007 ) sur son album du même nom - Copyright 1974 Dan Fogelberg / CBS Inc. - Epic Records - Full Moon productions - All rights reserved .

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