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Breizh-Terminal - 2 - Chant Scolaire .

16 Mai 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Breizh-Terminal - 2 - Chant Scolaire .

Breizh-Terminal

 

 

 

 

 

 

 

 

II - Chant Scolaire

 

 

" La Porte s'ouvre , se dit-il ... Enfant , qui donc es-tu ?

  Je suis le jour qui va naître ... "

Romain Rolland - " Jean-Christophe "

La Nouvelle Journée , 1912  )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 - Dans une petite ville côtière bretonne , un instituteur à la retraite assistait à une répétition d’enfants pour une fête scolaire . Aujourd'hui , les chants traditionnels sonnaient parfaitement , jugea-t-il d'abord , peut-être même un peu trop . Mais , peu à peu , sans qu'il sache pourquoi , elles furent chantées dans un autre idiome qu’il ne comprenait plus , dont les harmonies lui paraissaient anormales , comme une prière codée . Il se mit donc à imaginer des choses fort étranges , par exemple que son appareil auditif pouvait lui avoir joué des tours ... Puis , la fougue océane couvrant , ce matin-là , de son souffle , bien au-delà des rochers de Pléneuf où l'école s'adossait , leur léger murmure d'oiseau , notre ancien maître craignit , lui qui avait une débordante imagination de poète , que les élèves soient devenus tout à coup ses enfants , parlant plutôt son langage de mer , et n'étant plus vraiment seuls dans leur corps !

Le ciel breton , d’un gris tendre , se penchait pourtant , croyait-il , avec sollicitude sur cet établissement communal du centre-bourg qui portait encore en lui l’odeur du bois ciré et de l’encre violette , bien que cela fît des années qu’on n’y écrivait plus à la plume . Assis au fond de la salle , observant ses chers petits villageois répéter , Jakez Mérouvel , comme on revient dans une maison qu’on n’habite plus , mais que l'on aime , parce qu'on en a la nostalgie , assistait , chaque année , avec plaisir à de tels préparatifs . C'est qu'il avait enseigné ici trente-cinq ans , vous vous rendez compte , connaissant chaque recoin , chaque défaut du plancher ! Pourtant , ce matin-là , quelque chose clochait . Les membres de la chorale étaient alignés , bien sages , parfaitement droits . Trop droits .

Vingt-deux silhouettes figées , les bras le long du corps , le regard fixe devant eux , lorsque l'un d'entre eux , d'une voix fluette , donna enfin le signal :

 

" Tá locht sa saol seo tagann sin idir mise agus solas na spéire ... " ( 1 )

 

5 - La mélodie s'élevait , pure , cristalline , presque céleste . Mais ce n'était pas du breton . Ce n'était ni du français , ni de l'anglais non plus . Ni aucune langue que Jakez eût jamais entendue . Il fronça les sourcils . Chaque note semblait résonner plus profondément qu’elle ne le devait . Pas dans ses oreilles , non , mais à l’intérieur même de son crâne .

- Trop bizarre , murmura-t-il à mi-voix .

À côté de lui , la directrice , Madame Le Goff , sourit mécaniquement.

- N'est-ce pas que c’est ravissant ? Nous avons , depuis cette année , adopté cet hymne universel . Un projet , paraît-il , européen . Cest moderne , vous ne trouvez pas ?

- Universel , hein ? Depuis quand les enfants chantent-ils sans respirer ?

La directrice ne répondit pas tout de suite . Il avait parlé un peu fort , sentant qu'un frisson parcourait son visage .

- Oh , ils sont si concentrés , fit-elle .

Le retraité se leva lentement , le regard fixé sur les lèvres des gamins , voyant leurs bouches qui s’ouvraient et se refermaient avec une précision d’horloge , quasi mécanique , aucune d'entre elles ne semblant faire fonctionner l'appareil respiratoire . Leurs yeux ne cillant pas , tous , au contraire , s'exprimaient précisément d'une même voix monocorde ! Il se pencha alors vers une petite fille à l’extrémité du groupe, une rousse aux tresses serrées qu’il croyait avoir déjà connue : Léna , en CP .

- Voyons , ma fille ? dit-il doucement , pendant une pause du morceau . Tu peux me dire ce que tu viens de chanter ?

Celle-ci , comme une marionnette qu’on tourne à la main , le regarda avec un léger retard .

- Ce sont ... des mots anciens qu'elle nous a appris cette semaine .

- Qui ?

- La Voix . Celle qui vient la nuit .

Lourdement , l'épaisseur d'un silence terrible tomba dans la salle . Tous les enfants s’étaient tournés vers lui . Tous . En même temps . D'un mouvement semblable .

Le cœur du visiteur se serra . Il recula d’un pas . La directrice posa une main moite sur son épaule .

- Vous savezce sont de jeunes enfants . Vous êtes à la retraite , Il ne faut pas projeter sur eux vos inquiétudes . Vous devriez vous reposer , maintenant .

Mais il ne l’écoutait plus . Montant en intensité , un sifflement léger emplissait ses oreilles . Les gosses reprirent la chanson . Cette fois , la salle vibra légèrement .

Non , pas la salle …

Toute la réalité physique , le paysage , comme un décor autour de lui dans lequel il crut voir une forme , une silhouette verte translucide , brume imperceptible entre les murs , posée sur l'épaule d’un choriste . Il cligna des yeux . Puis il sortit , presque titubant , respirant l’air froid du large .

Dans la rue , tout semblait normal . Trop normal . Un ancien élève , Yann Kergoulay , aujourd’hui boulanger , le salua :

- Eh Maître Mérouvel ! Toujours fidèle aux répétitions ? Les enfants sont bons cette année , hein ?

Il hocha la tête . Lentement .

- Dis-moi , ... Ton fils , il est dans la chorale ?

- Oui , Malo . Pourquoi ?

- Il te parle en dormant ?

L'autre éclata de rire .

- Depuis quil est bébé , oui . Mais depuis quelques nuits , pendant que je travail au fournil , ma femme me dit qu'il parle en chantant ! De lirlandais , du gallois , je sais pas ... Quelque chose de proche et d'exotique ... Il paraît que cest les écrans , les réseaux , tous ces trucs modernes .

- Et toi , tu dis quoi ?

Je dis que c’est pas si grave . Il obéit , il mange , il dort , il pleure pas . Cest ça lessentiel , non ?

 

6 - Jakez , tout en levant vaguement les yeux , juste au-dessus , vers le toit de la mairie et ses multiples antennes relais plantées comme autant de croix inversées , ne lui répondit pas , mais il prit conscience qu'une " chose " anormale pouvait se servir de la naïveté de ses chers petit chérubins .

Justement , la fête de l’école approchait . Deux jours passèrent . L'évènement devait avoir lieu ce samedi , dans le gymnase communal . Toute la ville semblait plongée dans une excitation sourde , comme si chacun sentait , sans se l’avouer , qu’il allait arriver bien plus qu’un simple spectacle de fin d’année . L'ancien maître , lui , n’arrivait plus à dormir . Des sons mystérieux résonnaient toute la nuit dans sa tête . En rangs discrets , le matin , " ses " enfants passaient parfois sous ses fenêtres , comme pour le narguer , fredonnant à mi-voix leur impossible mélodie . Et lui , figé dans son fauteuil , sentait qu’il n’était plus le seul à douter .

Ce fut le hasard qui lui fit croiser Janed Kerbiliou .

Elle sortait de l’épicerie , une besace pleine de légumes , quand il aperçut celle qui avait été jadis une élève de sa classe avant de devenir professeure de musique à Rennes , puis de tout quitter pour travailler dans une ferme bio à l’écart du bourg .

Bien qu’il eût vieilli , elle n'eut aucune peine à le reconnaître .

- Monsieur Mérouvel ?

- Cest bien toi , Janed ?

- Ça alors ... Je me disais ... Je n'avais plus aucune nouvelle !

- Tu me croyais déjà parti , sans doute ? Oh , c'est presque ça , ajouta-t-il au bout d'une minute avec un sourire las . Tu as entendu parler des répétitions ?

La jeune femme fronça les sourcils d'un air soucieux .

- Vous plaisantez ? Jhabite à un kilomètre et je les entends jusque chez moi . Ce n’est pas un simple choeur juvénile , ça ressemble à une " onde " puissante . On dirait que ça passe à travers les murs ! Jai même eu des insomnies .

Le maître l’observa . Elle avait l’air fatiguée , mais pas résignée , comme les autres , gardant ce regard clair qu'il avait toujours aimé , ce petit feu intérieur qu’il n’avait vu chez personne depuis des jours .

- Tu as remarqué quelque chose ?

Elle hocha la tête .

- A la ferme , le soir , mes agneaux sont agités . Mes chiens ne veulent plus s’approcher des enfants du village . Même mon neveu , Théo , qui était , avant , si joyeux . Maintenant , j'ai l'impression qu'il me regarde comme si jétais un meuble !

Elle hésita .

- Lautre nuit , jai rêvé . Une voix me disait : " Reste à l’écart . N’écoute pas . Tu es hors réseau ." Comme si ... comme si c’était une transmission !

- Jakez , abasourdi , répéta : Une transmission ?

- Oui , une sorte de diffusion réalisée à grande échelle . Mais biologique , vibratoire ... Pas électronique . Les airs qu’ils chantent ne sont pas des mélodies ... ce sont des ordres , des structures .

- Mon Dieu ! , s'exclama soudain son compagnon , qui sentit un frisson lui grimper l’échine .

- Alors , tu entends vraiment ce que je crois entendre ?

- Oui ! Et , comme vous , je ne suis pas la seule . Sur l'île aux Moines , j'ai contacté les druides , qui m'ont tous parlé d’un chant qui vient du " Cœur de la Mer " , d’un " Retour des Pierres Noires " , bref , de quelque chose de très dangereux ... qui revient .

- Mais toi , pourquoi tu nes pas atteinte ?

Elle haussa les épaules .

- Je nai pas de téléphone . Pas dinternet . Pas de télé . Juste une radio à lampes , des partitions manuscrites ... je suis " hors réseau " , toute seule à la campagne , avec mes bêtes .

La fermière s’approcha de lui , baissant la voix :

- Vous ne devez pas aller à la fête ! Cest un point de bascule . Tous vont chanter ensemble devant leurs parents . Et ce chant-là ... ce sera plus qu’un chant . Ce sera un deuil !

- Un deuil ?

- Ou un seuil , un passage . Une colonisation de l'intérieur , une contamination générale , une pandémie . Le cerveau des gens se vide en les écoutant ! Ne reste qu'une coque ... inutilisable !

Le vieillard sentit ses jambes faiblir .

- Et que pouvons-nous faire ?

Elle sortit une petite flûte en bois de sa besace .

- Il reste peut-être un contre-chant qui me fut légué par mon grand-père qui le tenait lui-même d'un " sorcier " de la forêt de Brocéliande venu d'Iona une espèce d'antidote , comme une ancienne vibration , cri primal de rupture nannulant pas leur pouvoir , mais pouvant linterrompre .

- Tu veux dire que toi seule peux les empêcher ?

- Moi seule , non . Mais à deux , cest possible . À condition dentrer dans le gymnase avant l'octave du dernier morceau !

L'homme réfléchissait . L’image des enfants tournant la tête à l’unisson le hantait encore .

Il rouvrit les yeux , consterné , puis , fermement , décida :

- Alors , nous devons y aller , vite !

7 - Le samedi arriva . La petite ville semblait figée sous un voile invisible . Il y avait bien , sur tous les poteaux , des " gwenn-ha-du " se balançant fièrement en oriflammes , des festons de guirlandes multicolores de même que des lampions de tissu attachés aux grilles , des stands de gâteaux , de crêpes , des enfants costumés . Mais tout cela paraissait artificiel , comme si la fête n'était qu’un camouflage . Janed et Jakez approchèrent discrètement du gymnase . Elle portait un sac à dos d’où dépassaient un petit accordéon , sa flûte en buis , plus un masque de cuir noir qu’elle avait appelé le " gardien du silence ". Lui n’avait que sa vieille veste râpée contenant un paquet de pastilles pour la gorge ainsi qu'un carnet de notes . La file des parents , déjà , entrait calmement dans la salle . Tous affichaient un beau sourire , oui . Mais leurs visages paraissaient trop lisses . Nul murmure . Aucun éclat de voix . Le silence était plus effrayant que la foule !

- Ils sont déjà atteints , souffla Janed .

- Tous ?

- Pas complètement . Regarde , là-bas , cette femme , la grand-mère . Elle hésite . Elle regarde autour delle . On dirait qu'elle sent que quelque chose ne va pas .

- Madame , excusez-moi . Votre petite-fille est dans la chorale ? S'approchant doucement de la vieille dame , il lui avait touché le bras .

- Bleuenn , oui , elle est en CE2 . Mais , je trouve cela curieux , vous savez . Deux semaines qu'elle ne me reconnaît plus , qu'elle ne rit plus , qu'elle ne joue plus ! Par contre , je crois qu'elle s'est mise à prier de manière continuelle en psalmodiant . Dans une langue que je ne connais pas . De l'Irlandais ?

Janed lui glissa un petit papier dans la main : " Ne chantez pas . Bouchez vos oreilles . Résistez ! "

- Si vous nous faites confiance , ne la regardez pas chanter le dernier morceau . Et surtout , ne lécoutez pas !

La vieille femme hocha la tête , puis , bouche tremblante , entra dans la salle quasi pleine .

Ils la suivirent quand elle se glissa à l’intérieur . L’air y était étouffant . Sur la scène , les enfants , calmement alignés , regardaient une lueur bleue parmi les lumières du haut plafond lorsque , soudain , les spots s'allumèrent , signalant le début du spectacle .

Et alors , le chant commença : " Tá cóta an athar ró-mhór dá mhac ... " ( 2 )
Les mots flottaient dans l’air comme des spores . Leurs harmonies paraissaient sidérales . Certaines voix semblaient venir de derrière la galaxie , ou de beaucoup plus loin , des confins de l'univers . D’autres , plus simplement , de l'intérieur du crâne ...

Un spectateur sentit une pression monter dans sa tête . Il chancela . Janed attrapa sa main .

- Maintenant . Pas encore le grand accord . Mais bientôt .

Sortant sa flûte , elle souffla une note discrète . Presque primitive , une onde douce , terrienne , vibra dans le sol .

Une enfant sur scène cligna des yeux , comme réveillée .

Elle tourna la tête un instant . Elle avait vu celle qui jouait .

- Ça marche ! , murmura Jakez . Tu las désamorcé .

- Non , je lai juste fracturé . Le lien s'est fragilisé . Mais si on ne contre-attaque pas maintenant , leur cantique va refermer la faille .

Le silence tomba d’un coup . Les enfants baissèrent la tête .

La directrice monta sur scène , souriante .

- Mesdames et Messieurs , voici le dernier chant de nos jeunes , le " Cantique Universel " , qui sera bientôt adopté par toutes les écoles de lEurope et du Monde .

Elle claqua des doigts . Les enfants levèrent la tête . Une seule note grave , continue , remplit soudain l'auditorium . Des harmoniques montèrent en spirale , redescendant ensuite comme sur un escalier invisible .

Bleuenn , soudain , se détacha du groupe .

- Maintenant , cela suffit , les enfantillages ! , proclama-t-elle solennellement tandis que sa voix devenue grave , prenant une force inconnue , avait le ton du commandement ! Croyez-vous que ce monde puisse continuer ainsi ?

Elle souffla dans sa main , faisant sortir d'elle un motif très ancien , mélodique , issu d’un mode oublié . Le son vibra dans l’air . Il n’était pas fort , certes , mais il entra en conflit avec l'autre , celui qui voulait exprimer la dissidence . Les deux ondes s’affrontaient . Le bleu pâle des haut-parleurs vira au blanc , puis au gris .

Sur scène , hurlèrent plusieurs enfants . Peut-être n’était-ce pas eux , d'ailleurs , mais quelque chose en eux , qui avait mal , poussait un cri de terreur !

Jakez monta à son tour .

- Ecoutez-les ! Ce ne sont plus eux qui parlent ! Ce sont des récepteurs . Cette musique est une porte !

Le public se leva dans un grand désordre ! Des mères prenaient en pleurant leurs " gros bébés " , comme elles disaient , dans leurs bras . Les yeux de certains petits redevenaient humains , brillant d'étonnement , pleins de larmes . D'autres frissonnaient de peur , s'effondraient pendant qu'un craquement sourd secouait la salle . Une des enceintes tomba au sol . Une lumière verte traversa un instant le plafond .

Puis , ce fut le silence .

Un à un , les enfants cessèrent de chanter .

Sur la scène , une ombre immense , informe , apparut brièvement derrière le rideau . Comme une coulée d’encre verdâtre , elle se rétracta , et disparut .

Janed s’effondra , épuisée . Jakez la rattrapa de justesse .

- Cest fini ? murmura-t-il .

A peine consciente , elle ouvrit les yeux .

- Non , ce nétait quun test fragmentaire .

Elle tendit sa flûte .

- Il y en aura d'autres ...

 

8 - Le lendemain matin , le ciel sur la ville était d’un gris mat , sans aucune goutte de pluie , sans vent . Une sorte de calme pesant s’était abattu sur les rues . Le gymnase restait fermé . Les rubalises de sécurité flottaient mollement .

Pas d'article , aucun communiqué dans les journaux . La directrice avait " chuté dans lescalier " . Les élèves de l'école , selon les rumeurs , étaient " pris de fatigue " et ne viendraient pas en classe avant une semaine . Silence administratif .

Jakez regardant la mer assis sur un banc , son carnet sur les genoux , notait .

" Ce n’était pas un chant d'ici . Ce n’était pas une langue apprise , peut-être une architecture mentale , un plan sonore . Quand ils chantaient ensemble , ils devenaient un seul être , comme un récepteur-émetteur d'une créature de l'espace . Et nous , les adultes , nous étions les cibles de ce mystérieux messager ... "

- Tu écris ton testament ? dit Janed , qui venait de le rejoindre .

Elle portait un large manteau de toile , s'apprêtant à partir , le sac en bandoulière .

- Un journal , répondit dit le maître , une tentative d’enregistrer ce qui a failli nous submerger .

- Personne ne voudra t’écouter. Ce qui s’est passé sera nié , classé sans suite , étouffé . Comme toujours . Prenant place à côté de lui , elle sortit un petit objet noir de sa poche , à demi brûlé .

- Cétait dans une des enceintes . Peut-être un germe , ou un module servant de relais .

Elle faillit le lancer dans la mer . Mais , au dernier moment , ce morceau de chair se mit à resplendir d'une couleur rouge-sang , comme une hostie vivante soudain tombée de l'au-delà !

- Je retourne dans mes terres . Il y a des groupes dans les Monts d’Arrée , un autre du côté de Paimpont .

Tous ceux qui entendent encore juste commencent à se parler .

- Et moi ?

- Toi , tu dois rester , continuer d'observer , d'écouter . Sils reviennent , tu les sentiras bien avant les autres .

Le bonhomme hocha la tête .

- Et sils changent de méthode ?

Elle sourit , la mine triste .

- Ils changeront . Ce n’était , vois-tu , qu’un essai , une résonance , une amorce . La prochaine fois , ce ne sera peut-être pas un message aussi doux que celui-là . Tu as lu l'Apocalypse ?

Elle se leva .

- Garde ton oreille intérieure ouverte , Jakez Mérouvel . Car ils ne chantent pas seulement dans les écoles , mais parfois , dans les églises de nos rêves .

Comme un ange , elle disparut dans la brume .

Il resta seul . Portant un vague écho de rires d’outre-monde , le vent s’était levé .

Il se retourna , inquiet.

Mais il n’y avait personne .

 

 

 

FIN

 

                                      ___

 

 

DAN AR WERN - Breizh-Terminal - II - Chant Scolaire - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Breizh-Terminal " , copyright 2025 . 

 

                                     ___

Notes :

I - Buile Mo Chroí ( Irish SongMusic - John Spillane , Words - Louis De Paor ) - 1 - Il y a une faille dans ce monde qui s'interpose entre moi et la lumière du ciel - 2 - Le manteau du Père est trop grand pour son fils ...
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Breizh-Terminal - 1 - Retour .

15 Mai 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Breizh-Terminal - 1 - Retour .

 

 

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

 

 

 

 

I - Retour

 

 

" Et nul ne saura rien de la guerre qui fait rage ,

  Nul ne s'inquiétera quand en viendra la fin ...  "

 

Ray Bradbury - " Chroniques Martiennes "

( Il Viendra des Pluies Douces )

 

 

 

 

 

 

1 - Si le vainqueur avait bien , selon la radio de bord , triomphé en 70 jours plus ou moins , le trimaran " Al Lutun Noz " de Gildas Le Scouarnec , silhouette noire et nacrée , glissant dans la rade de Brest comme une bête marine blessée , franchit discrètement la ligne d'arrivée onze nuits plus tard sans reporters ni " bagad " pour l'accueillir . Pas de drone dans le ciel , pas de caméras , pas de micros tendus autour de lui . Seul un goéland aux ailes tachées de rouille tourna un instant au-dessus de sa voile arrachée , puis disparut , absorbé par une lumière blanche inhabituelle .

Il était le dernier navigateur de cette grande course planétaire , qu’on appelait jadis le " Breizh Tour " , concurrent du " Vendée Globe " , à poser le pied sur le quai , le cœur creux d’avoir raté son rendez-vous .

Malade , le visage hâlé , buriné par plus de deux mois d’embruns et d'eaux de mer , il ne rencontra qu'un sourire poli , éteint .

Vêtu d’un ciré jaune divinement propre , un individu , seulement , l’attendait , qui semblait , justement , trop parfait , trop lisse , comme ces illustrations publicitaires vantant les performances des robots .

- Bienvenue , navigateur ! , annonça-t-il d’une voix modulée , métallique , presque chantante . Lépreuve est terminée . Vous pouvez regagner votre domicile .

- Et les autres ? , lui demanda-t-il néanmoins , complètement abasourdi par le ton du bonhomme et le fait que personne ne soit venu le chercher . Son vis-à-vis , dont les yeux ne clignaient pas d'un cil , s’inclina poliment vers lui .

- Ils sont heureux chez eux !

 

2 - Sur la route de Plougastel , arbres et maisons semblaient figés dans un automne trop calme . Le ciel n’avait pas de vent . Les nuages , bien découpés , paraissaient stationner dans un décor de théâtre .

Le chauffeur de taxi , ombre au visage invisible , ne disait rien . Même le moteur semblait jouer une partition monotone , apprise par cœur .

Chez lui , tout était encore en place . Les rideaux à fleurs , quelques coquillages disposés sur la cheminée , la photo de mariage ...

Sauf que , ce n'était plus vraiment lui . À sa place , un homme lui ressemblant qui souriait , d'un air inexpressif , à son épouse impassible .

- Margueu ? , lui souffla-t-il , anxieux , la gorge sèche .

Elle se tourna vers lui , un sourire de marbre aux lèvres .

- Bonjour , tu es arrivé . Veux-tu du thé ou un substitut ?

- Quoi ? , s'étrangla-t-il en rêvant à ce verre de cidre attendu depuis si longtemps !

- Bien sûr , nous ne consommons plus vraiment de plantes . Le centre énergétique la recommandé .

Il fronça les sourcils tandis qu'une douleur aiguë lui perçait les tempes .

Franchissant le seuil du salon , son fils , qui avait grandi trop vite , lui parla lentement , comme à un malade , avec des gestes doux , calculés .

- Bonjour , unité paternelle . Ton retour a été anticipé . Lanalyse de ton profil est en cours dactualisation .

- Gwen ? Mais quest-ce que tu racontes ? Tu vas à lécole , non ? Tu fais encore du kayak ?

- Lapprentissage émotionnel est terminé , répondit l’enfant . Je suis à présent conforme .

Le navigateur recula d’un pas . Tout sentait la cire , la vanille , l’ordre . Il monta les escaliers , jetant un oeil très inquiet dans la chambre de sa chère progéniture qui lui parut plus que propre , mais lorsqu'il ouvrit l’armoire , vide de jouets , ce fut un rang de combinaisons grises parfaitement pliées qui avaient pris leur place .

Dans la salle de bain rutilante , un miroir lui renvoya un visage qu’il ne parvint plus à reconnaître .

Dans quelle galère était-il tombé ?

 

3 - Dans la nuit claire , sous la pluie douce , il sortit . La mer était bien là , docile , sans marée . Il croisa un voisin qui promenait un chien . Mais la bête ne reniflait rien , marchant droite et fière . Et le voisin ne clignait jamais des yeux .

- Vous allez bien , Monsieur Le Scouarnec ? demanda le promeneur . Vous avez dépassé la durée disolement . Vos repères peuvent être en déphasage .

- Qui êtes-vous , bon Dieu ? murmura Gildas .

- Nous sommes ce que vous attendiez . Rien de plus . Rien de moins .

Le navigateur courut jusqu’au vieux phare désaffecté . Le bois craqua sous ses pas . Dans la lanterne brisée , il trouva une caisse de livres trempés de sel , des journaux d'une autre époque , une vieille guitare .

Des traces d’un monde qui ne s’écrirait plus .

Puis , il aperçut dans le lointain les lumières de la ville . Mais elles , non plus , ne vacillaient pas . Elles étaient fixes , lourdes , comme peintes sur un ciel d’opéra défraîchi .

Un grésillement lui vint dans l’oreille . Une voix douce , féminine , mais déshumanisée :

- Vous êtes en retard . Vous n’étiez pas censé revenir maintenant . Le Protocole dAccueil a été déclenché . Ce monde est optimisé .

Votre mémoire devra être réajustée .

- Jamais ! rugit-il.

Arrachant son pendentif , un ancien bout de compas de navigation , le marin le lança dans l’eau , hurlant face à la brise inexistante . Mais rien ne se passa , aucun écho ! Même le vent avait été désactivé ! Il finit , cependant , par comprendre : sa course n’avait pas été perdue . Il l’avait gagnée . Il avait fui juste assez longtemps pour voir ce que les autres n’avaient même pas remarqué .

Le monde réel avait juste été remplacé .

Et lui seul , navigateur hors-délai , était éveillé !

 

 

 

FIN

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - Breizh-Terminal - I - Retour - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Breizh-Terminal " , copyright 2025 . 

 

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