le vol des oies sauvages
LE VOL DES OIES SAUVAGES - III - Le Collier d'Or .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
III - Le Collier D'Or
" C'est l 'Anneau que je désire ,
Je n'ai que faire de ta vie ! "
Richard Wagner - " Das Rheingold " *
6 - Donc , cette soirée-là , une brise océane faisait ici ou là , résonner sur les nouveaux murs en schiste du manoir , les derniers rebondissements et potins confidentiels :
- Merci , chères amies ... Mais avant toute chose , avez-vous pu retrouver des traces de l'injustice frappant notre famille ? , demanda l'élu .
- Attendez ! Regardez ici ! , lui répondit nerveusement la jeune Maggie , étudiante passionnée d'histoire qui , au bout de ses longs doigts gracieux de guitariste , pointait l'un des feuillets jaunis qu'elle avait pu photocopier , sorti de son sac : " Interrogatoire du dénommé Corbillé , ex-prêtre réfractaire , 17 septembre 1793 " .
- C’est bien lui , n’est-ce pas ?
- Tout à fait ! Mon ancêtre , continua Jean-Baptiste , se raidissant .
La jeune fille poursuivit en chuchotant : " Le suspect refuse obstinément de révéler l'emplacement d'un dépôt d'or qu'il aurait dissimulé avant son arrestation . Selon certains témoignages , le ci-devant prêtre qui , malgré les menaces de mort , persiste en son silence , aurait été en possession d’un objet précieux , remis jadis à un certain P. R. , valet des anciens tyrans . "
Les regards se croisèrent au bout d'un long silence de la lectrice qui fit remarquer :
- P. R ?
Il doit s'agir de Pierre Raboceau , n'est-ce pas , le chancelier de François II ?
Le notable , tendu , détourna le regard :
- Rien ne prouve que ce soit lui . Ce pourrait être n’importe qui .
Bridget , charismatique et déterminée , observa le maire avec attention :
- C'est possible ! Mais pourquoi refusait-il de parler , même sous la menace ? Il devait savoir que le trésor valait plus que sa propre vie …"
Maître Le Gall , plissant les yeux derrière ses petites lunettes rondes , fit remarquer qu'il y avait une annotation en marge , presque effacée : ‘ Le dépôt reste sous la protection de …’
Puis l’encre était tachée , illisible .
Maggie , frappant la table avec le plat de sa main :
- Taratata , voyons , vous savez tous que ce n’est pas un mythe ! Il y avait bien un trésor ici , le fameux collier du duc dissimulé dans un coffre par son fidèle conseiller ! C'est pour ça , d'ailleurs , que la Commune voulait la peau du religieux qui avait sans doute volé l'argent !
La fiancée de Cormac O'Shiell tira encore de sa poche un autre papier témoignant de l'attendu du conseil du 13 avril 1459 , l'un des rares tenu en présence même du souverain breton , ce qui était exceptionnel et montrait son importance , où il était dit que son homme de confiance , devait revendre au plus tôt le collier d'or que son maître ne pouvait acquérir faute d'argent .
Certains prétendirent , alors , que le diadème avait été entreposé dans un coffre au logis de Bouvron , mais qu'ensuite on avait perdu sa trace . Avait-il été volé ?
Par qui ? Comment Raboceau avait-il pu se procurer la somme afin de rembourser le Duc ? Et les Irlandais , les " Oies Sauvages " , n'avaient-elles pu s'envoler , un jour , avec ce fabuleux trésor qui , par la suite , avait peut-être fondé la fortune de certains de leurs descendants américains ? Ceux-ci , justement , qui , revenant en Bretagne pour restaurer leur ancien Château , cherchaient peut-être encore le trésor ? Et que savait , au juste , le nouveau maire de la ville , descendant du prêtre réfractaire guillotiné pendant la Révolution ?
- Tu vas trop vite , ma chérie ! , la rabroua sa mère , qui craignait le parler trop abrupte de ses amis les " Yankees " .
- D'autant , soupira Le Gall , feuillant le registre une fois de plus , que ces documents de la Révolution sont rarement organisés ... Beaucoup ont disparu pendant les troubles de 1793 ! ( 6 )
- Et si c’était le cas ? , remarqua le maire avec une froide ironie . Pensez-vous sérieusement que , deux siècles plus tard , vous alliez le retrouver ?
Certaines choses sont faites pour rester enterrées !
Bridget , fidèle au peu de sang indien coulant dans ses veines , lui décocha l'un de ses sourires les plus ironiques , parti comme une flèche :
- Ou pour être redécouvertes , monsieur le Maire . Moi , je crois que quelqu'un , par ici , en sait plus qu'il ne voudrait l’admettre .
Il la fixa , un éclair de défi dans les yeux . La chasse au trésor venait de prendre une toute nouvelle dimension !
( A Suivre )
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Notes :
6 - Mardi 5 mars 1793 , Loire-Inférieure : Troubles à Bouvron . Pour rétablir l'ordre ,
on décide d'y envoyer un détachement de la Garde Nationale de Paimboeuf .
* ( Wotan ) : Scène IV de " L'Or du Rhin " ( Das Rheingold ) , opéra de
Richard Wagner ( création le 22 septembre 1869 ) constituant
le prologue de " L'Anneau du Nibelung " ( Tétralogie ) .
LE VOL DES OIES SAUVAGES - II - Les Fantômes de Quéhillac .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
II - Les Fantômes de Quéhillac
" Qu'est-ce qui peut subir la mort , sinon ce qui nous trouble et nous sépare ? "
Thomas Mann - " Tristan " ( 1903 )
3 - En ce jour de tempête sur la Bretagne , ce devait être l'oeil du cyclone , lorsqu'elle se mit à lui sourire pour le remercier , comme elle disait , de s'être occupé du " précieux trésor de sa vie " , celui dont elle n'avait entendu que trop peu parler , précisait-elle , dans de vieux livres familiaux venus d'Irlande , une histoire méconnue en Amérique où , grâce aux films d'Holywood , on ne voyait la France qu'en rêvant seulement de Paris la romantique ou de la " French Riviera ", peut-être ?
Aujourd'hui , le maire de la petite bourgade , Jean-Baptiste Corbillé , recevait les deux étrangères dans son bureau aux boiseries sombres , fixant avec intensité la plus âgée qui venait d’entrer la première , comme si un voile du passé venait soudain de se lever . Troublé , il se leva lentement , marchant vers elle tandis qu'une sensation étrange l’envahissait , cherchant ses mots :
- Madame … Clare , c’est bien cela ?
- Oui , monsieur le maire , fit Bridget , souriante , lui tendant la main . Je vous présente ma fille Maggie . Nous sommes enchantées de faire votre connaissance ! , rajouta-t-elle dans un français balbutiant .
L'élu leur serra la main , le regard fixé sur le visage de celle qui avait commencé à parler . L’écho d’un souvenir lointain s’imposait à lui . Cette femme ... Elle ressemblait tant à sa chère comtesse .
- Comme c’est troublant ... J'ai l'impression de vous avoir déjà vue .
- Oh ? Vous m’auriez rencontrée quelque part , lui répondit-elle en fronçant les sourcils . Pourtant , c'est la première fois , vous savez , que je voyage en Europe continentale .
Comme pour chasser une vague illusion , son vis-à-vis , dubitatif , secoua la tête .
- Non , madame ... ou plutôt , si . Vous ressemblez à quelqu’un dont j’ai retrouvé la trace à la bibliothèque municipale . C'était une " lady " qui venait en cachette , ici , autrefois , communier dans la crypte du château .
Sa fille , en entendant ce titre à l'anglaise , esquissa un petit rire amusé , ses yeux brillant d’une lueur d’intérêt , montrant que , pour une jeune américaine , cette histoire si exotique d'une noblesse clandestine l’intriguait !
Le notable hésita un instant . Devait-il réellement partager cette obsédante réminiscence à-propos d'une héritière de Caitlin Clare de Saint-Avaugour qui , à la fin du XVIIIe siècle , la Révolution battant son plein , venait en secret dans le manoir où un prêtre réfractaire lui donnait , au péril de sa vie , la communion , son ancêtre , Nicolas ?
La veuve resta silencieuse quelques instants , puis reprit d’une voix douce :
- Corbillé … Comme vous . C’était un de vos parents ?
L'autre hocha lentement la tête .
- Oui . Il a été guillotiné en 1794 . Depuis , son nom est gravé dans l’histoire de notre famille … et de cette ville . Certains disent que son esprit hante encore les lieux où il officiait , veillant sur les âmes égarées . ( 3 )
Lourd de sens , un tragique silence prit place , pendant que la visiteuse croisait les bras , pensive . - C'est étrange , en vous regardant , j'ai moi aussi l'impression de déjà-vu ! Comme si ces lieux , ces noms , résonnaient en moi . Parfois , je fais des rêves , j'ai des visions d'une femme en robe d'époque , priant dans l'ombre d'une chapelle .
Mais quand il plongea dans le sien son regard , naquit en lui une troublante évidence née d'une intuition qu’il n’osait encore formuler .
Si l’histoire se répétait , pensa-t-il . Peut-être que certaines âmes sont destinées à se retrouver , au-delà du temps ?
4 - Ce soir-là , dans sa chambre , Bridget sentit une présence . L’air semblait plus froid , comme chargé d’une énergie ancienne . Son regard fut attiré par un coin de la pièce où l’ombre paraissait plus dense . En un éclair , une silhouette fantomatique lui apparut en habit d’époque , un regard grave planté dans le sien , puis disparut tout à coup !
- Qui êtes-vous ? , murmura-t-elle , terrifiée !
Elle perçut une voix lointaine et grave résonnant à l'intérieur de sa conscience , ainsi que le dessin d'une main vengeresse levée en signe d’avertissement .
- Le passé réclame justice ! On a souillé mes terres … L’ancien maire a profané la mémoire du duc en détruisant ma demeure pour y bâtir un commerce vulgaire .
Elle recula contre le mur , le cœur battant à tout rompre.
De quoi parlez-vous ? Que dois-je faire ?
Le fantôme s’effaça peu à peu , ne laissant qu’un murmure suspendu dans l’air :
- Rendez-moi mon nom ! Rétablissez notre honneur perdu !
Elle resta figée , le souffle court . Qui était cet homme ? Et quel secret enfoui cherchait-il à lui révéler ?
5 - Un jour proche , elle se rendit à Nantes pour consulter les archives du Duché en compagnie de Maître Le Gall , traducteur bénévole et de sa fille , étudiante francophone . Après plusieurs heures de recherche , ils tombèrent sur un nom : celui du chancelier Pierre Raboceau , secrétaire , au XVè siècle , des ducs Pierre et François , dont la demeure , jadis un hôtel particulier , avait été rasée récemment pour laisser place à une superette . Pourquoi donc ? , se demanda-t-elle . ( 4 )
Mais un autre détail la frappa : il était également fait mention d'un certain Jehan de Kersaint , son adjoint , qui , en 1478 , avait mystérieusement comploté pour faire disparaître , sans qu'on en retrouve la trace , une partie du trésor ducal . Certains chroniqueurs de l’époque avaient murmuré même qu’il avait été assassiné pour avoir voulu " trop bien " protéger le secret d’État … L'américaine sentit un frisson lui parcourir le dos . Et si la " mafia " irlandaise était dans le coup ? Si cette histoire avait encore une importance aujourd’hui ?
Alors que les deux femmes , consciencieusement , avaient entrepris de superviser la rénovation du manoir , les ouvriers commencèrent aussi à murmurer . Certains prétendaient avoir vu des ombres mouvantes qui s'agitaient comme un voile entre les vieilles pierres , d’autres juraient avoir entendu , au crépuscule , des chuchotements en langue bretonne ou en gaélique .
Un soir , alors que Maggie inspectait les travaux dans l’aile ouest , elle ressentit un courant d'air glacial qui fit trembler la lueur de sa lampe torche , pendant qu'une voix d'épouvante lui fit perdre l’équilibre :
- Pourquoi êtes-vous revenus ?..
Les manifestations s’intensifièrent de plus belle quand , en déblayant l’ancienne cave du manoir , les ouvriers mirent à jour une vieille malle scellée dans laquelle ils découvrirent des vêtements d’époque tachés de sang séché et , plus troublant encore , deux vieux médaillons brisés provenant d'un collier d’or portant les noms de Barry et de sa soeur , Caitlin Clare , derniers maîtres du manoir avant la Grande Révolution .
Les annales du lieu et les lettres trouvées dans la malle révélèrent leur sombre histoire . On sait que les émigrés irlandais constituèrent des régiments de mercenaires dans de nombreux pays , qu'ils fussent catholiques ou non , le principal contingent formant celui qui s'était mis au service de la France en 1691 sous Louis XIV , alors que la Cour jacobite de Saint-Germain en Laye rassemblait des milliers d'émigrés . Sous Louis XV , les Irlandais s'étaient illustrés en particulier à la bataille de Fontenoy . Ils avaient pris part également pour le compte de la France sous Louis XVI à la guerre d'indépendance américaine avec deux régiments Berwick et Dillon . C'est l’Assemblée nationale qui avait ensuite prononcé la dissolution de ces régiments , parce qu'ils étaient suspects d'être fidèles au Roi en 1791 . Le comte de Provence , futur Louis XVIII , avait prononcé , en 1792 , un discours de remerciement pour honorer la très longue fidélité des émigrés irlandais dont le service avait au moins duré une centaine d'années ! Barry et Caitlin Clare D'Avaugour , fervents royalistes et soutiens des Chouans , avaient organisé , aux côtés des insurgés bretons , des sabotages et des embuscades contre les troupes républicaines . Mais en 1794 , dénoncés par un traître , ils furent capturés par les Bleus . Jugés à Nantes par un tribunal révolutionnaire , ils furent accusés de conspiration contre la République . Le 17 mars 1794 , conduits sur la place publique , ils furent exécutés par la guillotine , laissant une malédiction non résolue derrière eux , plus un manoir vidé de ses meubles et occupants . ( 5 )
Depuis , de temps à autre , on croyait voir leurs fantômes qui erraient entre les murs de Boisjourdan , attendant sans doute le retour de leurs descendants pour briser leur destin tragique .
Maggie , fascinée , voulut en savoir plus . Elle engagea une spécialiste bretonne qui lui expliqua que les âmes des morts injustement condamnés restaient prisonnières tant que leur vérité n’était pas reconnue .
La nuit suivante , Bridget fut réveillée en sursaut . Dans l’ombre de sa chambre , une silhouette féminine se tenait près de la fenêtre , vêtue d’une robe d’un autre âge . Etait-ce encore cette Caitlin ?
- Aidez-nous , ne laissez pas notre mémoire s’effacer ! , lui murmura-t-elle .
Pour libérer les âmes du couple maudit , Maggie et Bridget décidèrent d’organiser une cérémonie de mémoire en leur honneur . Elles firent graver leurs noms sur une plaque commémorative et réunirent les habitants de Bouvron pour raconter leur infortune .
Le soir de l’inauguration , tandis que la plaque fut dévoilée , comme le vent soufflait à travers les ruines du manoir , une dernière bourrasque agita violemment le feuillage des chênes centenaires !
Depuis ce jour , les manifestations cessèrent plus ou moins , Boisjourdan retrouvant un peu de paix . Mais parfois , au détour d’un couloir , un éclat d’or brisé scintille sous la lune …
( A Suivre )
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Notes :
3 - Nicolas Corbillé , ( 1755 - prêtre catholique ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé , il exerce clandestinement son ministère . Dénoncé , il est arrêté par un détachement militaire et fusillé à Bouvron , le long du mur de l'église . Premier maire de Bouvron .
4 - Pierre Raboceau , né vers 1395 au duché de Bretagne , secrétaire des ducs Pierre II et François II de Bretagne de 1459 à 1476 , Chancelier de Bretagne.
5 - Les régiments irlandais portaient le nom de leur colonel-propriétaire :
- Le régiment de Berwick , régiment d'infanterie irlandais au service du royaume de France créé le 1er mars 1698 pour Jacques Fitz-James ( 1670 - 1734 ) , duc de Berwick , fils naturel du roi Jacques II Stuart d'Angleterre , renforcé le 26 avril 1775 par incorporation du régiment de Clare , et renommé le 1er janvier 1791 , le 88e régiment d'infanterie de ligne .
- Le régiment de Dillon , régiment d'infanterie irlandais qui , après avoir servi l'Angleterre avant 1690 sous le nom de régiment " Shrewsberry-Dillon " , devint le 87e régiment d'infanterie de ligne lors de la réorganisation des corps d'infanterie français de 1791 .
LE VOL DES OIES SAUVAGES - I - Les Exilés de Boisjourdan
Essai de restitution de la demeure médiévale de Boisjourdan au XVe siècle qui fait apparaître l’ancienne église entourée du cimetière © Patrice Maillard
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
I - Les Exilés de Boisjourdan
" Longtemps , nous avons tenu le flanc de la colline ,
Au-dessus de nos têtes , les robustes branches de chêne ,
La nuit , dans un profond chagrin ,
Nous avons attendu notre navire ,
Là où montait la profonde Néra ,
L'eau claire et piquante de la rivière venait gonfler son sein
De tous nos adieux , de nos coeurs tristes et douloureux ... "
D'après la chanson de Niamh Parsons sur son album " Contradiction " ( 2003 )
" After Aughrim's great Disaster " ( Après le Grand Désastre d'Aughrim ) * - All rights reserved .
1 - Après la bataille de la Boyne en 1690 , celle d'Aughrim un an plus tard , suivie de la chute de Limerick fin 1691, l’Irlande fut perdue pour le catholique Jacques II qui se réfugia en France , bientôt suivi des troupes fidèles aux Stuart qui , ayant combattu pour sa cause , l'accompagnèrent dans son exil . Ce " Vol des Oies Sauvages " désigna par la suite tous les mercenaires de la verte Erin qui s’engagèrent dans les armées continentales , formant en France , la fameuse brigade irlandaise . ( 1 )
La famille Clare , des cambro-normands originaires du Pays de Galles , qui s'étaient ensuite établis dans le comté de Kilkenny au 12è siècle , et dont le chef conduisait ces courageux soldats , trouva ainsi refuge dans le duché de Bretagne , accueillie par Louis XIV qui lui accorda un domaine à Bouvron , lieu où fut bâti le manoir de Boisjourdan , s'intégrant ainsi peu à peu à la noblesse locale en préservant la foi catholique et les traditions de ses ancêtres . ( 2 )
Mais la Révolution française balaya leur monde . En 1793 , alors que les soulèvements vendéens et chouans embrasaient l’Ouest , le domaine fut pris pour cible par les sans-culottes qui les accusèrent de complicité avec les insurgés royalistes . Les derniers Wash de France furent contraints de s'enfuir , abandonnant à son sort Boisjourdan . Peu à peu , les pierres tombant , les tourelles s’effondrèrent , la forêt reprenant ses droits . L’histoire aurait pu s’arrêter là , mais elle s’écrivit ailleurs !
Au XXe siècle , un lointain descendant , Sean Clare , avait quitté l’Europe pour tenter sa chance en Amérique , s'installant à Detroit , la capitale de l’automobile , où il fit fortune en ouvrant un garage de réparation / vente de voitures de luxe . Innovateur et travailleur acharné , il transforma peu à peu son modeste atelier en un empire prospère . Le destin , cependant , le frappa de plein fouet lorsqu' un matin d’automne , alors qu’il testait le " horsecraft ", un prototype expérimental à coussin d’air , sur le lac Michigan , il eut un accident tragique et trouva la mort ! Sa veuve Bridget , une femme aussi déterminée que son défunt mari , refusa de voir l’entreprise familiale péricliter de la sorte . Aidée de sa fille Maggie , une brillante mécanicienne et gestionnaire avisée , elle prit les rênes du business et le développa encore plus . Puis , le fiancé de celle-ci , l'ingénieur Cormac O'Shiell , s'ajouta au duo .
2 - Cependant , le maire de Bouvron , qui , soucieux de redynamiser le tourisme de sa petite commune bretonne , avait entrepris des recherches concernant les héritiers de la prestigieuse demeure médiévale en ruine , décida de leur lancer une aimable et convaincante invitation , contactant la famille pour qu'elle accepte d'en relever l'héritage . Parvint donc un jour chez eux , les priant de revenir afin de restaurer le domaine familial , un courrier inattendu orné de jolis timbres bretons . D’abord sceptique , Bridget se laissa convaincre par sa fille , elle-même ne s'intéressant que très peu à l'histoire , mais fascinée par l’idée de retrouver des racines européennes qu'elle avait largement oubliées , malgré les confidences de son cher papa !
Débarquant en Bretagne , les deux américaines furent frappées par la beauté sauvage de l'endroit . Le bâtiment , réduit à un squelette de pierres envahi par la végétation , n’était plus que l’ombre de lui-même . Pourtant, quelque chose d’indéfinissable flottait encore dans l’air autour de sa splendeur passée : l’écho des générations perdues , la mémoire des exilés . Le restaurer constituerait sans doute un défi colossal , mais mère et fille étaient bien décidées à courageusement s’y atteler . Grâce à leur fortune , ainsi qu'à de maigres subventions touristiques , des artisans locaux se mirent à leur disposition , s'engageant auprès d'elles pour ce projet de réhabilitation mêlant histoire , artisanat et modernité d'un nouveau centre-ville à l'ancienne .
Peu à peu , sous les échafaudages , la résidence reprit vie . Mais alors que les travaux s'avançaient , d’anciens secrets refirent surface : un coffret scellé depuis plus de deux siècles fut découvert dans ses caves , contenant , à l’intérieur , des lettres signées par le dernier Clare ayant vécu en France , un mystérieux testament surgi du passé ...
Que révélait-il ? Un trésor caché ? Un secret d’État du dernier duc ? Une énigme familiale qui changerait à jamais leur destinée ? Ici , tout le monde savait qu'un couple venu d'Irlande , engagé du côté des Chouans contre les Bleus pendant la Terreur , avait été décapité et qu'il revenait hanter parfois le château !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - I - Les Exilés de Boisjourdan - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
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Notes :
1 - A l'issue du traité de Limerick ( 13 octobre 1691 ) , entérinant la défaite de Jacques II Stuart , un grand nombre d'irlandais , dont plus de 10.000 soldats que commandait le général Patrick Sarsfield , surnommés " Les Oies Sauvages " ( Wild Geese ) , quittèrent leur pays pour venir en France avec le vaincu . Les réfugiés jacobites , favorablement accueillis par le roi Louis XIV , formèrent la brigade irlandaise .
2 - Château de Quéhillac , sur la commune de Bouvron .
* Bataille d'Aughrim où plus de 7000 soldats trouvèrent la mort , qui opposa les Jacobites aux Orangistes ( forces de Guillaume III ) , le 22 juillet 1691 .
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