trilogie 1 " le passeur des mondes "
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VII - L'Accomplissement - 6 - Confession de Roll / Roll's Confession / Diskuliadenn Roll ( 1 ) .

Premier Cercle : A la Pointe Du Jour ...

Le Passeur des Mondes ( VII )
Deuxième Partie
/ L'Accomplissement /
" Les idées qu'il s'était faites du voyage n'avaient pas été accompagnées de l'impression étrange qu'il ressentait à cette heure où , pour la première fois , le monde de son enfance lui était brusquement enlevé et où il semblait jeté par les flots sur une rive étrangère . "
Novalis - " Heinrich Von Ofterdingen " , I , 2 .
- Gaeltacht -
6 - Confession de Roll ( 1 )
( 17 juillet 1909 )
" If your life is a leaf ,
That the seasons tear off and condemn ... "
Leonard Cohen - " Sisters Of Mercy " *
" Krollet , krollet ,
O ! krollet troieu amoed ,
Peurkeh dél , krollet ! "
Yann-Ber Kalloc'h " Bleimor "
" Ar en Deulin " - " Kroll en Dél Maru " *
Bien des années plus tard , lorsque tout fut terminé de cette étrange et féérique cérémonie de l'enfance , Yann aurait dû recevoir une lettre émouvante où se cachait le désespoir d'un coeur brisé .
Frère disparu des premiers jours coincé à Paris dans sa petite chambre d'exil , Roll Dagorn lui parlait de sa rue Cassini et des vieux arbres de l'Observatoire " dont les feuilles s'envolent pour un autre monde si proche de moi , lui écrivait-il , et pourtant si mystérieux ... " ( 1 )
" De ma fenêtre , par-delà mon bureau encombré de toutes sortes de documents et de volumes , je laisse mon regard se perdre dans le feuillage d'un marronier , d'un sycomore , parfois dans celui des ormes , des peupliers blancs pleins de grâce et de légèreté ...
" Comment t'expliquer ? , poursuivait-il encore , je les compare à des êtres vivants dont la chevelure tourmentée , nourrie par les fines nervures des tiges , frémirait du frisson de nos peines ...
" Ce sont les témoins fidèles de mon imagination , catalyseurs de rêves sans fins , les seuls qui puissent me permettre , au terme d'une harassante journée de travail , de chercher refuge ailleurs , de dialoguer avec l'invisible ...
" Le soir , à la fin de ces chauds dimanches d'été , au moment où il va faire nuit , mes pensées s'envolent comme nuées d'oiseaux des grands arbres noirs , qu'un peu de lumière verdit d'espérance ...
Notre terre est si lointaine , tu sais , mais je m'en sens tout proche , blessure profonde , sanctuaire d'une amitié perdue ...
" Mon coeur n'est pas d'ici , mon coeur est en Bretagne " , chante le poète .
( 2 )
Depuis tout ce temps que je ne suis pas retourné chez nous !
Peut-être aurais-je trop peur , dirais-tu , d'un passé jugé trop lourd ?
J'imagine , en tout cas , que tu dois m'en vouloir , avec bien d'autres ...
" J'essaie cependant de t'écrire à la lueur pâle de ma lampe ...
De trop nombreuses nuits sans sommeil me font revivre , comme en cet horrible soir du 16 juillet , notre belle histoire de l'été quatre-vingt dix-neuf ...
Alors , s'installe en moi cette petite musique de nostalgie égrénant ses notes sombres , celles d'une ancienne source invisible aux eaux sans cesse renouvelées ...
" C'est elle qui me parle , je crois , depuis l'aube des temps .
Ma vie ressemble à cette fugue lancinante et grave qu'elle nous jouait dans la demeure de Brocéliande il y a tant de siècles !
Monocorde , insignifiante en apparence , mais dévorante et sourde comme un feu souterrain qui couve avec persévérance et lenteur sous la cendre avant le jaillissement final de sa flamme rédemptrice !
Je n'ose plus l'écouter , maintenant , de peur de raviver la plaie .
Désormais , je ne pourrai que fuir en entendant les accents plaintifs de " l'Offrande Musicale " , ou de l'envoûtante " Méditation de Thaïs " ! ( 3 )
Car Il m'est arrivé , avant de m'endormir et de rejoindre , comme Chateaubriand , " ma magicienne sur les nuages " , de revivre l'étrange aventure ... ( 4 )
Et je me suis revu tel un Chevalier de la Table Ronde à l'armure vermeille , ou comme ce jeune homme de Thuringe en route vers l'inaccessible , découvrir le secret du pays sans nom de notre jeunesse !... ( 5 )
Tu te rappelles ces rumeurs bizarres qui couraient alors dans le pays ?
Nous étions pleins de courage , tous les deux , ce matin-là !
L'entrain , la curiosité , comme la promesse d'une belle journée de soleil , tout nous poussait irrésistiblement vers les grilles du " Domaine Mystérieux " !
Quelqu'un t'avait parlé d'un passage providentiel , Yann ?
C'est par là , n'est-ce pas , qu'à l'aide d'une corde et d'un crochet , nous finîmes par franchir un peu désorientés l'obstacle après tant de recherches infructueuses tandis que la fraîcheur du soir tombait déjà sur nos épaules !
Nous étions perdus ...
Seule nous avait guidé la chanson du couchant , qui répétait , inlassable , sa petite phrase langoureuse et triste : " Mais venez , mes enfants , venez ! "
Nous avions peur de la suivre sans doute , et pourtant , malgré l'angoisse indicible qui nous étreignait , malgré la fatigue , rien n'aurait pu repousser la force de son appel !
Ne venait-elle pas de cette lointaine tache de lumière vespérale au fond du sous-bois ?
Le manoir d'Auberive !
Au-delà d'un étang tout noir où flottaient deux ou trois cygnes majestueux sur le reflet tourmenté des masses nuageuses , nous franchîmes quelques rideaux d'arbres dont le feuillage clair , celui des trembles , des hêtres , venait caresser le cours capricieux d'un ruisseau .
Des vases d'albâtre , un buste d'Apollon puis de Diane chasseresse , semblèrent nous dévisager d'un oeil curieux .
Nous nous faufilâmes comme deux ombres parmi les bosquets d'ajoncs , les buissons d'aubépine , jusqu'à une bordure de primevères parsemée de roses , parterre de façade , avant d'arriver devant la cour intérieure du château .
Au milieu du bâtiment , se trouvait un perron de trois marches , qu'une porte-fenêtre en ogive surmontait de son battant vermoulu .
Soudain , se reflétant dans un miroir au-dessus d'une cheminée de marbre adornée de guirlandes , le profil d'une jeune fille nous apparut à l'intérieur .
Vêtue d'une simple tunique bleue , elle tenait un violon de ses doigts effilés .
Dans l'âtre , unique source de lumière au fond d'une pièce aux tentures rouges , brûlait un feu de fagots et de bûches ...
Mais d'autres lueurs étranges transfiguraient le beau visage de la sylphide !
Nous n'eûmes hélas ni le temps , ni le loisir d'apprécier son jeu : des cris retentirent soudain , des aboiements , tandis qu'à toute vitesse un molosse courait vers nous , tirant sur sa laisse comme un diable , aussi mauvais que son maître le gardien Werner qui s'efforçait de le suivre tant bien que mal ! "
C'est alors que les deux enfants , nous expliquait le narrateur , se trouvèrent séparés .
Tandis que Yann s'engouffrait dans la chambre , Roll , instinctivement , préférait reprendre les traces laissées derrière eux .
Mais il ne réalisa pas , l'imminence du danger l'obligeant à fuir sans regarder par-dessus son épaule , que la poursuite avait très vite cessé .
Bientôt , s'étant caché derrière une sphynge portant deux amours , l'une des statues de l'allée , il remarqua sur la gauche de l'édifice un grand pan de ruine percé d'une ouverture à moitié recouverte de lierre et de mousse donnant sur la campagne ...
Quelque antique dépendance , pensa-t-il .
Sans plus réfléchir , il s'y précipita !
La flêche grise d'une chapelle au coeur d'un petit bosquet d'arbrisseaux noueux , pins et chênes-lièges recouverts de lichens , ronciers mangeant sols et murailles , dominait l'ensemble ...
Plus loin , c'était une longue cour servant de parc ou de cimetière à de vieilles berlines , voitures d'âge respectable , vestiges de chars à bancs ...
Puis , tout au bout , se trouvait une sorte de remise ou d'appentis ...
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VII - L'Accomplissement / Gaeltacht - Deuxième Partie - 6 - Confession de Roll ( 1 ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 SGDL / Dan Ar Wern . Copyright arbredor.com 2007 et 2008 ( Version Numérique ) .
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Notes :
1 - A Pâques 1910 , la famille d'Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) avait emménagé au 2 , rue Cassini , 4è étage ( 75014 - Paris ) .
2 - Yann-Ber Kalloc'h " Bleimor " , poète breton ( 1888 , Groix - Tué sur le Front , 1917 ) : " Kroll en Dél Maru " ( La Danse des Feuilles Mortes , 1905 ) et " Me Halon Zo é Breih-Izél " ( Mon Coeur est en Basse-Bretagne , Paris 1913 ) , in " Ar En Deulin / A Genoux " , Plon , 1921 , Kendalc'h , 1963 . Voir ci-dessous *
3 - " L'Offrande Musicale " ( Musikalisches Opfer , 1747 ) de Jean-Sébastien Bach ( 1685 - 1750 ) . " Méditation de Thaïs " ( extraite de l'opéra " Thaïs " , 1894 ) de Jules Massenet , compositeur français ( 1842 - 1912 ) .
4 - François-René de Chateaubriand ( 1768 , Saint-Malo - 1848 ) , écrivain breton , " Mémoires d'Outre-Tombe " , Première Partie , Livre 3 , ch.12 ( " Mes Joies de l'Automne " ) et 13 ( " Incantation " ) .
" Le Grand Meaulnes " ( 1913 ) , d'Alain-Fournier .
5 - Novalis - Friedrich Von Hardenberg ( 1772 - 1801 ) , " Heinrich Von Ofterdingen " ( 1802 ) .
" Correspondance Alain-Fournier / Jacques Rivière " ( 1904 - 1914 ) - Nouvelle édition , Gallimard 1991 - Lettre à Henri de Jacques ( 29 septembre 1908 ) .
* Leonard Cohen , " Sisters Of Mercy " , 1968 , Columbia / Project Seven Music / Sony Music Entertainment Inc. All rights reserved :
" Si ta vie est une feuille que les saisons arrachent et condamnent ... "
* " Dansez , dansez !
O , dansez des rondes insensées ,
Pauvres feuilles , dansez ! ( Yann-Ber Kalloc'h - " Ar en Deulin " )
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 5 - Tadig Tanguern .
Premier Cercle : A la Pointe du Jour ...

Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/ L'Attente /
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchékhov - " La Steppe , Histoire d'un Voyage "
- Les Sortilèges de Brocéliande - 
5 - Tadig Tanguern
" Buhé er Voraerion ... "
Yann-Ber Kalloc'h - Bleimor - " Ar en Deulin " *
" Toute ma vie , j'ai cherché les plus fabuleux trésors ! , nous avouait naguère Tadig de sa voix forte et prenante , riant dans sa barbe blanche et fleurie .
" Mais j'ai , sans doute , été trop loin ... " , concluait-il ensuite , plissant son front ridé d'un air étrange , clignant ses yeux bleus délavés dont l'éclat se ravivait parfois de celui d'un visage hâlé par le soleil et le vent , creusé par les atteintes si nombreuses du temps qui passe ...
Un vrai loup de mer que ce vieil homme aguerri par l'expérience , cachant derrière de rudes manières sa sensibilité , solide gaillard , bon vivant , dont la cordiale franchise , la détermination , n'avaient pu être entamées par une vie si âpre , difficile !
Et se mettant à la raconter aux jeunes bambins qui l'écoutaient sans même toujours bien le comprendre , ceux-ci s'émerveillaient toujours de tant d'invention , sinon d' une telle existence remplie d'aventures incroyables , de si grands dangers !
Ses contes féeriques leur donnaient envie , une fois rompues les amarres , de prendre le large et de mettre sous voiles pour enfin découvrir le secret du Monde !
A travers eux , tout semblait possible aux garçons !
Des carcasses de navires s'éventreraient au fin fond des Caraïbes , dans les îles du Pacifique , livrant à leurs regards pleins de convoitise des cargaisons de piécettes d'or et de bijoux éblouissants qui , depuis des siècles , remplissaient les coffres sertis de coquillages , de mousse et de lichen , dans le silence des étendues sous-marines ...
Les plus beaux archipels ressembleraient à des colliers de perles baignant dans l'immensité d'azur sous le scintillement du soleil , pur écrin d'océan nacré ...
Ils seraient Robinson Crusoé ... ( 21 )
Et de fières indigènes , libres encore , les observeraient d'une curiosité mêlée de crainte à l'abri du feuillage tropical , croyant au retour d'anciennes divinités .
Sans doute se prosterneraient-elles devant leurs nouveaux maîtres , leur offrant un sacrifice rituel et des couronnes de fleurs multicolores !
La fertilité particulière d'une imagination d'enfant rendait encore plus fantastiques les voyages de Surcouf , corsaire du Roi , comme les explorations mouvementées du fameux Jacques Cartier , remplies
d 'épouvantables périls ! ( 22 )
Parfois , d'autres fils malchanceux de Saint-Malo ou de Nantes , moins nobles , se changeaient en négriers pour l'appât du gain , devenant gens de flibuste ou pirates , finissant pillards sans vergogne , rançonneurs des mers pris dans l'engrenage d'une implacable destinée , naviguant en véritables bandits sous le pavillon noir à tête de mort !
Jambes de bois , crochets de fer et bandeaux faisaient alors trembler d'honorables marchands transportant , dans les soutes craquantes de leurs navires , du métal et des essences précieuses , des denrées rares , des épices , des ors venus du Pérou , du minerai d'Argentine et des tapis d'Orient ...
Ces tableaux de haute mer , si plaisantes descriptions de voilures et de cordages , ne pouvaient qu'inciter à la rêverie .
Peu importe , la morale n'y était pas toujours sauve , mais on y parlait de matelots pleins de vigueur hissant hardiment mâts de misaine ou d'artimon qui , sous focs et haubans , partaient ensuite courageusement à l'abordage du vaisseau ennemi !
Tout cela suffisait à éblouir un esprit juvénile !
Même " L'Île au Trésor " , le si populaire et captivant chef-d'oeuvre de Stevenson , paraissait un peu fade à côté des paroles du vieux bavard , celui-ci , grâce à la magie de son talent , pouvant ressusciter devant son auditoire , par exemple , l'illustre figure de Duguay-Trouin . ( 23 )
Vous aviez alors l'impression de revivre sa prise de Rio , au Brésil , sans parler d'un tas d'exploits plus passionnants les uns que les autres !
Mais le récit que préférait Tadig , c'était celui que fit le grand marin lorsqu'il s'évada d'Angleterre , avant de revenir en Bretagne à bord d'une chaloupe .
On ne pouvait que retenir son souffle à cette écoute , et frémir en silence , car les mots du bourlingueur vous ensorcelaient comme le chant envoûtant des sirènes ...
Parfois , nous revient l'inaccessible splendeur d'un âge révolu , la nostalgie de nos mémoires enfantines fait écho en nous d'un désir à jamais inassouvi .
Et nous croyons percevoir encore le son de sa grosse voix chaude , émouvante ... La sienne :
" ... Mes compagnons , qui dormaient , furent aussi bientôt réveillés , ayant de l'eau par-dessus la tête ; notre biscuit et notre baril de bière , dans lequel la mer entra , furent entièrement gâtés , et nous fûmes longtemps à vider l'eau avec nos chapeaux ...
A la fin , la chaloupe étant soulagée , je remis à route pendant le reste de la nuit ...
Le jour suivant , vers les huit heures du soir , nous abordâmes à la côte de Bretagne , à deux lieues de Tréguier ... " ( 24 )
Nous finissions alors tous par pousser un long soupir de soulagement !
N'avait-il pas su nous prendre au jeu , ce cher grand-père , en nous faisant craindre pour la vie de notre héros ?
D'abord , l'oeil réjoui de l'effet qu'il avait pu produire , il se mettait à calmer d'un air ironique nos angoisses : puis , se moquant de nous , le voilà qui éclatait d'un rire tonitruant !
C'était sa manière à lui de saluer le bon tour joué jadis par notre célèbre compatriote aux Anglais .
Quant à Yannig , fasciné par le bonhomme , il semblait boire chacune de ses phrases .
L'enfant , se rappelant ainsi ses rares escales par le souvenir d'histoires fabuleuses qu'il lui rapportait , l'avait vu jeter l'ancre , un temps , dans sa famille , avant de s'embarquer à nouveau pour courir l'aventure et les plus grands risques !
Cette fois , le crépitement du télégraphe avait , de son bruit sec , ramené l'aïeul au bercail :
- Revenez vite ! Les enfants sont arrivés !
" Tiens , tiens , réfléchit le capitaine . On dirait que la Prophétie se réalise plus vite que je ne l'avais prévu ...
( A Suivre )

DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 5 - Tadig Tanguern - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008
( Version numérique ) .
" Et tout marin , et tout homme qui navigue sur la mer ,
Et les navigateurs ,
Et tous ceux qui travaillent la mer ,
De loin ils se sont tenus ... "
Apocalypse , 18 , 17 .
Notes :
21 - Daniel De Foe ( 1660 - 1731 ) , écrivain anglais , l'auteur de " Robinson Crusoé " ( 1719 )
22 - Robert , baron Surcouf ( 1773 - 1827 ) , corsaire breton né à Saint-Malo .
Jacques Cartier ( 1491 - 1557 ) , navigateur breton né à Saint-Malo , découvreur du Canada .
23 - Robert Louis Balfour Stevenson ( 1850 - 1894 ) , écrivain écossais , l'auteur de " L'Île au Trésor " ( 1883 )
24 - René Duguay-Trouin ( 1673 - 1736 ) , corsaire et marin breton , né à Saint-Malo . " Mémoires " , Paris , Foucault , 1829 .
* " Ar en Deulin / War an Daoulin " ( A Genoux , 1913 ) par Yann-Ber Kalloc'h-Bleimor ( 1888 - 1917 ) , poète , écrivain breton né à Groix , mort pendant la Grande Guerre .
FIN DE LA PREMIERE PARTIE
1 - La Conteuse et L'Ebeniste
2 - Le Castel du Tertre
3 - Mouton noir , Mouton blanc
4 - Lugnasad ( I - Fest-Deiz , II - Pedenn )
5 - Tadig Tanguern

LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 4 - Lugnasad ( Fête des Moissons - Harvest Festival - Peurzorn ) - II - Pedenn .
Premier Cercle : A la Pointe du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/ L'Attente /
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchékhov - " La Steppe , Histoire d'un Voyage . "
- Les Sortilèges de Brocéliande -
4 - Lugnasad ( Fête des Moissons )
" Place ta faucille et moissonne ,
Car l'heure est venue de moissonner ,
Parce que la moisson de la Terre
Est bien mûre " .
Apocalypse de Saint-Jean - 14 , 15 .
II - Pedenn ( Prière )
Le seigneur de Brocéliande n'avait pas cette fois-ci présidé la fête à son habitude , et par conséquent , la noce n'avait pas eu lieu non plus .
Tout le village était très inquiet .
Des bruits couraient dans la région concernant l'existence d'une redoutable organisation dont on ne savait d'ailleurs pas grand chose :
les " Compagnons du Graal " !
Pour préparer le Pardon du quinze août , on alla , le lendemain dimanche , en procession jusqu'à la vieille chapelle de Notre-Dame de l'Epine-Fleurie , qui se dresse à quelques centaines de mètres seulement du manoir , dans un vallon bien abrité , le Val-Sainte-Marie ...
Là , se trouvaient les fleurs les plus rares de la contrée , comme la mandragore ou la digitale pourpre aux feuilles gauffrées et velues , dont la corolle , véritable doigt de gant , s'élance vers le ciel avec grâce ; mais aussi la renoncule des marais , qui se cache à demi sous l'herbe et la mousse , telle une " wouivre " ou un serpent ... 
Cette chapelle avait été construite au moyen-âge en l'honneur de la Vierge .
On raconte en effet qu'au temps des Croisades , la châtelaine , qui , par la suite , allait devenir Sainte ( " Santez " ) Onenn , était inconsolable depuis la mort de son mari en Palestine .
Un jour , tandis qu'elle se promenait aux alentours du château , elle vit en plein hiver un buisson déjà paré de belles couleurs printanières le couronnant d'étoiles blanches à rayons incarnats .
De ses doigts de fée , la noble dame en détacha alors soigneusement un rameau , l'offrant à l'image de Marie qu'elle vénérait enfant .
Comme elle n'avait jamais ressenti de bonheur plus ineffable , elle se promit donc de revenir très vite près du buisson .
Ce qu'elle fit , semble-t-il .
Mais un soir , s'attardant plus que de coutume au soin des pauvres et des malades , se trouva-t-elle surprise par l'opacité nocturne , croyant ne pouvoir s'approcher de l'arbuste sauvage .
Elle marchait à l'ombre effrayante des chênes , des sorbiers et des aulnes , redoutant une mauvaise rencontre , lorsqu'elle vit dans le lointain , briller une faible lueur , apaisante et douce comme l'annonce d'une aube nouvelle ...
C'était la Fleur Blanche irradiant du fond de son calice diaphane un sourire d'outre-monde ...
C'est ainsi que la chapelle fut construite , par dévotion , tout autour de cette plante magique ...
Et si des oies précédaient chaque été le cortège , au nombre de trois , c'était parce que la belle Onenn , soeur du Roi de Bretagne , en avait gardé du temps de sa jeunesse .
( 20 )
Comme à l'accoutumée , on chanta de vieux cantiques celtes sous la direction du Recteur habillé en noir et blanc , qui jouait sur un instrument d'ivoire à cordes d'or .
Des prières vibrantes s'élevèrent dans les nues ...
Quatre hommes portaient à bout de bras la lourde statue de la sainte , en orme massif .
L'un d'eux titubait , car il avait dû boire trop de cidre , ou de " chouchenn " .
Un bébé pleurait dans sa poussette . Deux matrones , coiffées de dentelle , armées de parapluies , parlaient fort .
Selon l'ancien rite , un des enfants de choeur arborait solennellement au bout d'une perche , un dragon de bois , pendant que l'autre tenait une lanterne : on aurait ainsi du feu à portée de la main , dans le cas où la lumière , qui se trouvait dans la gueule de la bête , viendrait à s'éteindre .
D'autres jeunes gens du village avaient la charge du reliquaire , ainsi que de la cloche ...

Quant à Mona , rien ne parvenait à la distraire de son recueillement .
Vêtue d'une robe grise , toute simple , et d'un imperméable noir , un foulard de soie noué sur la tête , elle marchait , pensive et taciturne , un cierge sans flamme à la main .
Dans l'assistance , dessous le velours rouge des vieilles bannières battues de pluie et de vent , croix d'argent dressées face aux menaces du ciel , chacun sentait que quelque chose d'insolite allait se passer .
Devant l'autel , on avait entonné le " Veni Creator " , ainsi que le " Je Vous salue , Marie ... "
De leurs lueurs vacillantes , les chandelles de cire faisaient à peine reculer la pénombre . Un brusque courant d'air avait éteint celle de Mona .
Puis , ce fut la marche vers la Fontaine Sacrée , cette source perdue qu'on invoquait par temps de sécheresse , et dont l'eau miraculeuse avait jadis guéri de la folie , au dix-septième siècle , des enfants pris de convulsions , qui poussaient des cris rauques comme ceux des chiens .

La triste nouvelle était parvenue chez l'ébéniste vers quinze heures trente .
Une lavandière avait retrouvé des lambeaux de vêtements du côté de la rivière d'Aff , posés sur quelque rocher .
La bonne femme avait même cru reconnaître le vieux chapeau rond du marquis , décoré d'un ruban de satin blanc , si caractéristique , selon ses dires , du gentilhomme . Pour d'autres , c'était plutôt celui de Sophie , la jeune châtelaine disparue , orné d'une plume noire .
On avait prévenu le maire de la commune .
Maintenant , le village semblait désert . L'inquiétude était si grande que chacun voulait suivre les gendarmes , battre avec eux la campagne , ou , au contraire , demeurer tout seul prostré chez lui à attendre .
Yannig se rappela longtemps cette journée de deuil , et le clair-obscur à travers les vitres de la salle-à-manger , faisant briller plus encore , tels des diamants , les yeux mouillés de sa mère ...
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 4 - Lugnasad ( II - Pedenn ) - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Le Passeur des Mondes " , Copyright SGDL 2005 . Copyright arbredor.com 2007 et 2008
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Notes :
20 - Sainte Onenne ( Santez Onenn ) , fille de Judaël , roi de Domnonée au 7è siècle , soeur de Judicaël honorée à Tréhorenteuc : c/f " Histoires et Légendes de la Bretagne Mystérieuse " ( 1968 ) , préface de Gwenc'hlan Le Scouëzec ( 1929 - 2008 ) , druide , écrivain breton .
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 4 - Lugnasad ( Fête des Moissons - Harvest Festival - Peurzorn ) - I - Fest-Deiz .
Premier Cercle : A la Pointe du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/ L'Attente /
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchékhov - " La Steppe , Histoire d'un Voyage " .
- Les Sortilèges de Brocéliande -
4 - Lugnasad ( Fête des Moissons )
" Place ta faucille et moissonne ,
Car l'heure est venue de moissonner ,
Parce que la moisson de la terre
Est bien mûre . "
Apocalypse de Saint Jean - 14 , 15 .
I - Fest-Deiz ( Fête de Jour )
On retrouva Roll de l'autre côté du Tertre , non loin du Val Sainte-Marie , qui est bordé d'une sapinière assez touffue .
Il errait dans la pénombre des bois , l'air " groggy " , au point de s'évanouir sur un tapis d'aiguilles jaunes , parsemé de branches mortes , parmi des buissons d'épines et de ronces .
La patrouille militaire , qui revenait du champ de Tir , découvrit vers six heures du soir le jeune homme sur sa route .
Sa famille fut prévenue , ne sachant plus très bien s'il fallait se réjouir ou , au contraire , gronder l'enfant .
Mona , quant à elle , s'effondra dans les bras du garçon , tous deux pleurant à chaudes larmes .
Plus inexplicable fut jugée l'absence de Yann .
On interrogea longuement le fugitif pour savoir ce qui ressortait vraiment de cette étrange disparition .
Mais il ne voulait rien dire , ayant sans doute peur de manquer à sa parole , s'obstinant à répéter qu'ils avaient dû se perdre , lui et son cousin , dans un genre de tunnel obscur , et qu'ensuite , leurs chemins s'étaient probablement séparés .
- C'est tout ? , s'énerva Monsieur le Maire , assisté du gendarme Ignace-Emile Fourachoux , tirant , impassible , sur sa grosse moustache couleur châtain clair aux pointes effilées .
- Je vous assure que je ne sais rien de plus , gémit le gamin d'un air triste et penaud , se contentant d'expliquer leur survie par l'emport de provisions pour plusieurs journées éventuelles d'éloignement .
Mais il était difficile aussi pour lui de situer avec précision les lieux du drame . Les grilles du domaine s'étant révélées tellement inaccessibles , nos jeunes explorateurs s'étaient mis dans la tête d'aller un peu plus loin pour contourner l'obstacle . Et , de fil en aiguille , à la nuit tombante , après quelques kilomètres de promenade à l'aventure , ils constatèrent qu'ils s'étaient perdus .
- Peut-être du côté des Forges , peut-être ailleurs ?
C'est alors qu'ils avaient remarqué , sous les frondaisons , la présence d'un passage mystérieux ...
Maintenant , l'angoisse était à son comble , et les édiles de la petite cité bretonne s'agitaient dans tous les sens !
Ils se torturaient l'esprit pour savoir s'ils devaient ou non remettre à l'année prochaine la grande fête prévue bientôt .
Car la comtesse de Brocéliande , châtelaine du lieu fraîchement débarquée des Etats-Unis , devait y paraître .
L'annonce de son proche mariage avec un milliardaire " Yankee " avait défrayé la chronique et fait jaser toute la contrée .
Cependant , tant qu'on n'aurait pas retrouvé l'autre foutu garnement , battues et recherches devaient reprendre !
Le pays tout entier serait fouillé , s'il le fallait !
Même la troupe du colonel de Nançay serait mise à contribution . L'officier , sur ce point , n'avait fait aucune réserves .
Mais la plus grande surprise de l'aube nouvelle , sans aucun doute , fut l'arrivée triomphale , inespérée , de Tadig Tanguern !
Il descendit cette fois-ci d'une roulotte avec Yann à son bras , provoquant la curiosité de tous , déclarant au milieu des forains qu'ils venaient de trouver celui-ci du côté de Plélan .
- Je crois que Roll s'était enfui pour aller rejoindre sa mère ! , s'exclamait en implorant le ciel notre vieux renard , tandis que le gosse pleurait .
Personne , à vrai dire , ne comprit rien à cette affaire .
En tout cas l'espoir pouvait renaître , puisque le marin des antipodes réapparaissait , comme de coutume , à l'improviste afin de célébrer , certifiait-il , dans la bonne humeur les douze ans de son petit-fils .
Et la joie des retrouvailles fut immense , néammoins , gommant le reste , poussant tout un chacun vers l'achèvement de la mise en place et des préparatifs de la grande célébration .
Des réponses viendraient plus tard , peut-être ?
Maintenant sonnait l'heure de se réjouir tous ensemble !
Plein de force pouvait briller l'espérance , comme un soleil d'été qui réchauffe le coeur , éclairant le regard de ceux qui vont sentir en lui le feu naissant des premiers rayons de leur amour !
" Les jeunes garçons n'y manquaient point , sachez-le ,
Ni les jolies filles non plus ... " ( 18 )
A cette époque , la moisson s'effectuait avec l'aide précieuse de la faucille et de la faux , du moins pour les parties les plus dures , sur le talus des champs comme autour des pommiers à cidre .
Il fallait dégager l'espace nécessaire au passage de la " machine " , une barre de coupe hissée sur deux roues , dont la conduite était assurée par deux hommes . L'un , pour guider les bêtes , faisait claquer au vent son fouet de cuir aux lanières sifflantes , tandis que l'autre javelait , c'est-à-dire , avec un rateau de fortune , rabattait les tiges .
Les autres moissonneurs disposaient les javelles sur des " harts " ( liens ) , puis ces gerbes formaient des " terziaux " : l'une au milieu , bien d'aplomb , six autres tout autour .
Le séchage était l'affaire d'une bonne semaine .
Aujourd'hui , les menaces du ciel offraient tout de même leur récompense .
De ravissantes jeunes filles portaient sur leur tête des vases remplis de lait crémeux ou de fleurs splendides comme elles .
Certaines menaient déjà une ronde endiablée !
Face aux sonorités impérieuses d'une fringante bombarde , la cour de "Penn-al-Lenn " , ferme de Laou Kamm où l'on avait choisi de dresser le banquet municipal , résonnait aussi des grincements du " biniou-kozh " .
Monsieur Corentin , le maire , trinquait avec le colonel .
Son discours de tout à l'heure avait calmé les esprits : " Plutôt que traîner n'importe où , avait-il dit , nos enfants doivent s'occuper d'abord de leurs devoirs d'école et de leurs parents ! "
Tadig Tanguern , à la place d'honneur , parlait avec truculence de son dernier périple dans les îles du Sud .
Quant à Peronnik , il semblait venir d'un autre monde .
Affublé d'un habit de carnaval aux couleurs chatoyantes s'harmonisant avec les nippes multicolores des gens du voyage , le bonhomme " Arlequin " prenait son air important , poussant , parmi d'autres bateleurs , sa chansonnette :
" Depuis c' matin que nous battons ,
Voici la gerbe que nous cherchons ,
Voici la gerbe , la jolie gerbe ... " ( 19 )
Vous brûlant d'un incendie que l'alcool attisait encore , ses yeux sauvages luisaient des quelques éclairs commençant à déchirer le ciel .
On aurait dit qu'ils scintillaient comme deux feux follets diaboliques , papillons insatiables venant frôler sans pudeur les jambes si fines des danseuses dans la pénombre . Malgré une sensation de malaise ressentie devant le spectacle de cette ridicule mascarade , sa présence donnait à la fête une allure fantastique .
A l'entendre , sa voix caverneuse pouvait venir des profondeurs de l'Hadès ou de la " Vallée des Eaux de l'Angoisse " . Qui aurait su le dire ? ( 18 )
On s'efforçait de rester à l'écart .
La femme Rojou , tirant sur sa pipe en cachette , le prenait pour Satan lui-même ou son " homme " de main Taranis , " diablotin de la Foudre " , ajoutait-elle !
Chose plus curieuse , on le vit s'éloigner soudain puis disparaître , grand escogriffe dégingandé , vers le fond de la prairie .
Le brouhaha sans pareil régnant depuis l'aube aurait , de toute façon , caché les paroles sibyllines prononcées là-bas par notre ami à l'oreille d'un maître fondeur :
- Tu peux dire au patron que ça se passe bien . Le vieux joue le jeu ...
Cependant , fêtées par de nombreux chiens qui aboyaient sans cesse en remuant la queue , des collines de gerbes jaunes s'entassaient .
La file des danseurs s'allongeait comme un serpent de mer autour de la grande table centrale , ondoyant au milieu des traînées de chaises vides se remplissant parfois de vieux ivrognes jouant aux cartes , crachant par terre et jurant que de leur temps , " c'était autre chose ! "
Ensuite , une autre ribambelle heurtait la première et s'y mélangeant , donnait naissance à une nouvelle chaîne joyeuse ...
" Alors , je vis danser une jeune fille
Aussi éveillée qu'une tourterelle ,
Ses yeux brillaient comme des gouttes de rosée sur une fleur d'épine blanche ,
 l'aurore ... " ( 18 ) .
Tendre aveu , qui aurait pu être celui de l'instituteur à Grida Lenn , bien que l'adolescente préférât , dans le rire et l'amusement de son âge , dissimuler son émotion devant les regards brûlants de convoitise que ce dernier , bouleversé par la beauté naissante d'une jeune femme , lui lançait furtivement !
Mais lorsque nécessité se fait sentir , le travail reprend ses droits , n'est-ce pas ?
De solides gaillards , les " saisonniers " , malgré une chaleur lourde , étouffante , s'employaient à monter les sacs de blé par l'échelle dans le " sollier " pour les mettre à l'abri .
C'est qu'il fallait faire vite , en vérité , à cause du mauvais temps !
Spectacle des apparences !
Pendant que Yann se morfondait dans sa petite chambre , Roll , à son habitude , rêvait à celle qui l'avait jadis abandonnée , le laissant seul face aux vents contraires .
D'autres groupes préféraient , loin de l'agitation fébrile , s'adonner aux joies plus paisibles de la boule bretonne ou du palet .
Le gros Kermadec , dont le " chupenn " de drap noir dégoulinait de sueur , vous toisait du haut de son mètre soixante en défiant celui qui pourrait le battre . Il s'esclaffait d'un rire gras , tirant sur son mégot de gros gris !
Dressé sur ses ergots pour mieux viser la cible , il gloussait comme un petit coq aux yeux ronds !
Des bambins couraient en tous sens , recréant , dans cet univers tumultueux , les conditions d'un western idéal .
Bruits de chevaux , de rires et de danses qui se mêlaient à ceux , lancinants , des accordéons , des vièles ou des violons , puis se noyaient dans le ronflement monotone de l'antique batteuse .
Des femmes venaient avec leurs fourches chercher la paille continuant d'être rejetée à l'arrière de la mécanique , des jeunes gens la répandaient sur la meule , autour du " pot de berne " , le poteau central .
Bientôt , peu après midi , il serait temps pour toute cette bande d'affamés de dévorer les galettes de blé noir et les saucisses , le " yod-kerc'h " et les crèpes , le tout arrosé d'un bon cidre et d'une petite " goutte " , avec de l'eau de réglisse pour les enfants .
Ce serait le " peurzorn " , ou repas de fin de battage ...
Et tout recommencerait jusqu'au soir . On danserait , les rires fuseraient à l'écoute d'histoires plus ou moins drôles , des bras musclés persisteraient même à travailler , les plus courageux , de ceux qui sont âpres au gain .
Viendrait enfin l'heure des veillées et des luttes .
Bernez Kamm , fils de Laou , marcherait en tête , portant la croix que domine un chapeau neuf orné de velours , de brillants et de chenille , et d'où flottent au vent des rubans et des ceintures de laine multicolores .
Ce serait le premier prix pour le vainqueur du combat final , champion des lutteurs , celui qui ne serait pas renversé sur le dos .
Le marquis de Brocéliande , en personne , féliciterait l'heureux élu !
Certains s'occuperaient de la kermesse du village avec monsieur le Recteur , d'autres , coeurs plus tendres , resteraient suspendus aux lèvres d'un conteur vous débitant ses billevesées inimaginables jusqu'à l'aube , à vous émouvoir , vous faire trembler de peur , ou même , croyant vous passionner par l'histoire de sa vie , vous endormir debout !
Jusqu'à l'aube , on sonnerait la bombarde et le biniou , on danserait la gavotte , et l' "an-dro " , et le " plinn " !
Cependant , depuis quatre heures , la pluie s'était mise à tomber à grosses gouttes .
Le roulement du tonnerre , d'abord timide et lointain , se rapprocha peu à peu , tapant ses coups secs de tambour . Il faisait sombre , et le déluge avait noyé les derniers flonflons de l'agape . On n'avait pas vu la comtesse .
Alors , dans la ferme et ses dépendances , tout le monde essaya de se mettre à l'abri . Des couples s'esquissèrent même dans la paille tandis que l'orage redoublait de force ...
On dut attendre que ça s'arrête en prenant un verre , en écoutant les derniers potins du bourg : que se passait-il vraiment derrière les murs du château ? Le Maître de forges paraissait bien soucieux ... Sophie était-elle rentrée des Amériques ? Pourquoi n'était-elle pas venue avec son mari , le richissime Boris Dagan ?
Peronnik , pantin ridicule en apparence , agitant son ossature démesurée dans tous les sens , parut donner ensuite le signal de la retraite .
Il avait peur , ce fanfaron !
Quoiqu'il en soit , le travail était fait .
Ce serait encore pour chacun l'essentiel , après tout . La persévérance et l'effort triompheraient aujourd'hui de l'inquiétude et de l'angoisse !
Yun et Mona étaient restés seuls dans leur triste maison pour s'occuper de Yann .
Rentré tôt , le jeune Roll ôta ses vêtements trempés , s'efforçant de penser au gâteau d'anniversaire aux bougies vacillantes qui , ce soir , pour lui et les siens , ponctueraient la grande fête de leurs flammes chaudes .
Pourtant , le coeur n'y était pas .
L'aventure avait tourné court , lui révélant un terrible secret !
Comme un phare , une lueur de soleil , espoir éphémère dans la tourmente , avait quand même daigné poindre avant de disparaître à l'horizon rougeâtre du couchant .
Les Kervern pressentaient un événement extraordinaire !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 4 - Lugnasad ( I - Fest-Deiz ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008
( Version numérique ) .
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Notes :
18 - Hadès , Dieu des Enfers dans la Mythologie grecque .
- " Barzaz Breiz " ( 1839 ) par Théodore Hersart de la Villemarqué ( 1815 - 1895 ) : " La Fiancée de Satan " ( Ar Plac'h Dimezet gant Satan , I , 21 ) - " La Chanson de l'Aire Neuve " ( Son al Leur Nevez , II , 3 ) .
19 - Chanson populaire Bretonne .
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 3 - Mouton Noir , Mouton Blanc - Black Sheep , White Sheep - Danvad Du , Danvad Gwenn .
Premier Cercle : A La Pointe du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/ L' Attente /
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchekhov - " La Steppe , Histoire d'un Voyage "
- Les Sortilèges de Brocéliande -
3 - Mouton Noir , Mouton Blanc
" Nous ceindrons à midi l'armure aux mailles d'or
Que le soleil martelle au ras des flots celtiques ... "
Robert Ambelain - " Au Pied des Menhirs " , Niclaus , 1945 .
Yannig , lui , n 'avait pas peur .
Avec son cousin Roll , n'avaient-ils pas décidé de franchir les clôtures du manoir d'Auberive , étrange propriété tapie de l'autre côté du lac de Diane , sous les ombrages de la forêt ?
Sans doute était venue pour lui l'heure de partir pour de nouvelles aventures , pensait-il . Ce soir-là , il se voyait devenir un valeureux chevalier , Lancelot du Lac ou Perceval , débarquant à l'improviste chez le Sire de Brocéliande , retenu par son hospitalité en la grande salle du château , à laquelle on accède par un perron de douze marches . ( 14 )
La parole de Mona vibrait en son coeur .
La veille au soir , de sa voix chaude et mélodieuse , elle avait parlé de cette pièce , " occupée par vingt-quatre jeunes filles qui brodaient du satin dans l'embrasure de la fenêtre ...
" Et la moins gracieuse , disait-elle , était plus gracieuse que Gwenniver , l'épouse d'Arthur , quand elle paraît , ornée de toutes ses grâces , à la messe , le jour de Noël ... " ( 15 )
C'est que des choses bizarres s'étaient produites dans la région depuis peu !
On racontait même que la femme Rojou , sabotière cherchant du petit bois pour son feu , avait vu se déplacer des ombres " comme celle d'un homme couvert d'un linceul , avec un masque effrayant sur le visage " !
" Tout noir ! " , devait-elle ensuite préciser , l'air penaud , s'efforçant d'effacer quelque trace de charbon de son long nez de maritorne .
A l'aube du vingt-neuf juillet 1899 , par une belle matinée d'été , se munissant chacun d'un havresac où se trouvaient des bougies de cire et des allumettes , chargés d'une lampe à pétrole ainsi que d'une longue corde , les deux garçons s'enfoncèrent dans le sous-bois mystérieux .
C'étaient les vacances , période bénie pour la jeunesse, et comme ils avaient toujours joué autour du parc , les enfants n'en ignoraient plus ses recoins cachés .
Mais , ce qu'il y avait au-delà des grilles , bien que le vieux marquis se montrât de temps à autre , leur semblait encore une énigme . On racontait tant de choses , plus ou moins troublantes , qu'il leur fallait faire vite ! Et puis , le mariage de Sophie , la jeune châtelaine , avait été annoncé un peu partout dans Brocéliande .
Il était temps , maintenant , d'en savoir plus !
Et tandis qu'en réponse aux roucoulements amoureux d'une tendre colombe , un rouge-gorge faisait entendre ses plus belles trilles , dans la fraîcheur de l'aube , ils s'étaient mis en marche avec , en tête , les dernières phrases de Mona :
" Peredur se dirigea vers la vallée , arrosée par une rivière . Les contours en étaient boisés ... Sur l'une des rives , il y avait un troupeau de moutons blancs et , sur l'autre , un troupeau de moutons noirs ... " ( 15 )
Il se souvinrent alors des feux du dernier couchant .
Ce départ vers l'inconnu marquait pour eux l'ouverture d'un nouveau chapitre , la conteuse , contrairement à l'habitude , ayant rangé la veille au soir son grimoire dans le vieux meuble de la famille .
Une étape différente allait s'ouvrir , ils en étaient conscients lorsqu'ils repensaient au livre de Mona offert par le patriarche , capitaine bourlingueur aux traits burinés qui avait navigué d'est en ouest , du sud au nord sur toutes les mers du globe , et passé sa vie dans les contrées les plus lointaines , les plus exotiques ...
Quand il faisait escale au village , hélas assez rarement , c'était une joie immense pour Yann , qui croyait aussitôt s'embarquer vers des endroits de légende aux noms bizarres , mais si évocateurs pour lui : les îles Fidji , Sandwich et Gambier , l'archipel des Marquises , Tahiti et Samoa , l'île de Pâques , la Nouvelle-Bretagne ...
A quoi ça pouvait ressembler , tout ça ? , se demandait l'enfant , qui rêvait d'un autre monde semblable au sien , mais différent .
Toutes ces terres parfumées de mille saveurs agréables , de senteurs épicées des Tropiques , défilaient à grande vitesse et force noeuds dans son imagination fertile où ces pays de cocagne n'existaient que par elle et par la puissance évocatrice du grand voyageur et de sa fille .
Eux seuls , d'ailleurs , pouvaient faire naître en lui cette sensation particulière de plaisir mêlée de nostalgie pour les immenses plages de sable d'or des mers chaudes , bercées de la danse infinie des vagues . Par-delà les récifs de corail , elles venaient y mourir pour la seconde fois , s'imaginait-il , dans le feuillage ombreux des cocotiers , des flamboyants et des bougainvillées ...
S'était-il battu sur l'Île Enchantée de Cùchulainn ? , songeait souvent le gosse , qui partageait par la pensée la vie tumultueuse du marin .
Mais Tadig Tanguern , comme on l'appelait , ne viendrait peut-être plus jamais raconter ses histoires merveilleuses .
Nul ne savait ce qu'il était devenu , car on n'avait plus de nouvelles depuis plusieurs mois . Plaise à Dieu qu'il n'ait rendu l'âme quelque part dans le monde ! , gémissait l'enfant .
... Non , ce n'était pas possible ! Manannan Mac Lir , le roi de la Terre de Promesse , debout sur son chariot d'or , ne voudrait pas encore de lui !
Ce serait bien trop triste ! ( 16 )
C'est que , tout au fond de son coeur , Yannig chérissait cet homme unique , portant de longs cheveux qu'on aurait dit blanchis de l'écume du grand large .
Il y demeurerait toujours vivant par son extraordinaire personnalité , sa bonté naturelle et sa profonde sagesse , par tous ces désirs de voyage qu'il avait fait naître aussi chez l'enfant .
D'ailleurs , la mort n'existe pas vraiment , lui confiait Mona , ce n'est qu'un déplacement de la vie , qui continue sous une autre forme .
N'était-ce pas sa leçon d'hier ?
" Sur le bord de la rivière , se dressait un grand arbre , lui avait raconté l'Enchanteresse . Une des moitiés de l'arbre brûlait , l'autre portait un feuillage vert ...
" Chaque fois que bêlait un mouton noir , c'était un mouton blanc qui traversait l'eau , devenant noir ... Mais chaque fois que bêlait un mouton blanc ... " ( 15 )
Les mots de cette ancienne légende , pourtant , n'avaient pu le rassurer .
Rien n'avait calmé son angoisse . Après tout , n'était-ce pas sa vraie raison d'aller fouiller dans chaque recoin du château pour lui venir en aide , et ne trouverait-il pas le vieillard maltraité , sans doute , au fond d'un trou , s'y tordant de douleur ?
L' attente commença ...
Chaque premier août , date à laquelle on célébrait la fête de "Lugnasad " , ou des Moissons , pendant l'anniversaire de Yann - cette fois , le douzième - Tadig rentrait chez lui .
Comment oublier la date de sa naissance ?
Comment ignorer qu'on va apprendre à devenir un homme peu à peu , une fois dissipées les brumes de l'enfance , lorsque celles-ci retourneront se perdre dans l'immensité du ciel ?
Cependant , les deux aventuriers n'avaient pas reparu .
Le village tout entier se mourait d'inquiétude . Le garde champêtre , le maire , et même Péronnik , tout le monde était sur le pied de guerre !
Il aurait souhaité , celui-là , prendre le manoir d'assaut , " ce qui avait déjà été fait pendant la Révolution ! " , claironnait-il d'un air méchant .
Mais , là-bas , les premières recherches n'avaient rien donné .
Mona , elle aussi , craignait qu'il ne soit arrivé quelque chose de grave . La chouette n'avait-elle pas frappé trois coups d'aile sur la fenêtre , et le chien Taran , pourquoi s'était-il mis à hurler longuement sur le pas de la porte , la veille au soir ?
Yun était sorti toute la journée du lendemain , fouillant chaque hallier , cherchant des indices dans chaque buisson .
Rentrant bredouille et désespéré , il avait vu l'étoile filante sillonnant de sa trace lumineuse le clair-obscur des plaines célestes , comme une âme s'envole soudain vers le Paradis .
" Quelqu'un d'ici a rejoint l'autre rive " , semblait lui répondre l'écho de sa peine .
Et pourtant , la fête de " l'Aire Neuve " est un jour de liesse qui célèbre traditionnellement l'Agriculture . C'est aussi , pour les galants , l'occasion de se promener au bras de leur tendre amie , d'aller cueillir avec elle au verger les " Pommes d'Amour " enveloppées d'un papier d'argent qui renferme le nom de l'être aimé . ( 17 )
Quand le soleil brille , ce qui arrive assez souvent en Bretagne , comme chacun sait , celui-ci doit en graver le fruit de ses lettres de feu !
Mais , ce soir-là , tout semblait triste .
L'océan des nuages s'était mis à grossir depuis l'aube , pommelant de ses flots noirâtres et tumultueux l'impassibilité précaire de l'azur .
On avait vu voler l'orfraie grise et , pour beaucoup , c'était mauvais signe ...
( A Suivre ... )
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DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 3 - Mouton Noir , Mouton Blanc - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008
( Version numérique ) .
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Notes :
14 - Lancelot du Lac / Perceval : chevaliers de la Table Ronde dans la légende arthurienne .
15 - " Mabinogion " , II , 95 , Contes gallois du Moyen-âge ( Peredur Ab Evrawc ) . Cité par Jean Markale dans son livre : " L'Epopée Celtique d'Irlande " ( 1971 ) .
16 - Manannan Mac Lir , fils de l'océan , roi du " Sidh " ( L'Autre Monde ) . L'Île de Man lui doit son nom .
17 - La Fête de " l'Aire Neuve " célébrait l'agriculture en Bretagne : " La Chanson de l'Aire Neuve " ( Son al Leur-Nevez ) , Barzaz-Breiz , II , 5 - III ( 1845 ) .
Les " Pommes d'Amour " : Introduction Barzaz-Breiz , IV .
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 2 - Le Castel du Tertre - Mound Castle Ruins - Kastellig an Duchenn .


Premier Cercle : A la Pointe du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/ L'Attente /
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchékov - " La Steppe , histoire d'un voyage "
- Les Sortilèges de Brocéliande -
2 - Le Castel du Tertre
" ... Une colombe , traversant l'espace ,
Vient tous les ans lui rendre sa splendeur ... "
Richard Wagner - " Lohengrin " , Acte 3 .
Quant à lui , ne serait-il pas délaissé comme le fils de Riwanon , ou devrait-il se changer en poisson , tel Dylan à la recherche d'Arianrod ? ( 8 )
Il y pensait chaque fois qu'il trouvait une friture de sardines dans son assiette , ou qu'il avalait un filet de merlan .
La nuit , c'était un vrai cauchemar , surtout depuis qu'il avait reçu la lettre incompréhensible d'un cousin , commis de bord sur un paquebot de luxe , dans laquelle ce dernier lui expliquait , bizarrement , qu'il servait " du caviar à des têtes de merluche et des faces d'anchois " !
Ces légendes ravissaient le jeune Yannig .
En parcourant la grande forêt qui ceignait de toutes parts le village , il sentait l'ombre de Viviane effleurer les ramures d'un aulne mélancolique ou se confondre avec celle du chêne au gui de lumière flamboyante !
Alors , quel bonheur c'était , caressé par le vent léger , de courir à l'appel de la source perdue dont la claire chanson , vivante au coeur des arbres , fait danser la sitelle et ramager le pinson ...
De contempler l'image inversée du château dans les eaux grises du lac , à la tombée du jour , alors que la biche blanche aux bois de cerf vient craintivement s'y désaltérer , suivie de son faon ...
Voir enfin la métamorphose des cygnes majestueux en jeunes princesses qui pourraient vous conduire , à tire d'aile , au palais resplendissant de pierres précieuses , retenu par quatre chaînes d'or , très haut , bien au-dessus du reflet mouvant des nuages dans l'onde verdâtre ... ( 9 )
Mais , pour l'enfant , n'était-ce qu'un rêve ?
Et n'y avait-il pas un ogre pour vivre encore derrière ces hauts pans de murailles à l'abandon , ruines toutes décharnées , recouvertes de lierre et de brume , balayées parfois par la bruine , dont les fenêtres depuis longtemps fermées et muettes cachaient peut-être , selon la fable , des trésors incomparables , diadèmes sertis de jaspe ou de calcédoine , rivières de perles , dans des écrins d'émeraude ?
Et là-bas dans la dernière chambre , la plus secrète , parée de tentures de pourpre et de tapis magiques venus d'Orient , le garçon ne trouverait-il pas enfermé dans un coffre miroitant de lueurs divines , le plus gros joyau jamais vu , celui qui réaliserait tous ses désirs , lui permettant même , un jour , d'épouser la fille du Roi ?
Le castel du tertre !
Une construction sévère , pitoyable , à l'aspect fantastique , tel un navire fantôme échoué sur le miroir des fées ...
Un promeneur curieux l'aurait pris pour un bijou sans éclat , terni depuis des lustres , qu'une nuit de pleine lune ravivait parfois .
L'été , un soleil incendiaire éclairait la masse noire des bâtiments , flanqués de quatre bastions d'angle crénélés de grosseur différente , en éteignoir , accolés à une tourelle ou une échauguette et recouverts d'une couronne de toits tout défoncés d'ardoise grise .
De naissance moyenâgeuse , l'austère bâtisse de schiste rouge , à moitié dévastée , avait été remaniée peu à peu au cours des siècles .
Sa façade à rangs de fenêtres maillées de plomb présentait une seule courtine , mal étayée de contreforts ajourés , qui parvenait à relier plus ou moins deux tours entre elles , malgré les ravages du temps sur la pierre , avec ce qui restait de sa galerie couverte à mâchicoulis dont les denticules se déchaussaient lentement .
Sombre , imposante , l'enceinte fortifiée , proche du délabrement , dominait un massif de hêtres et de chênes séculaires plantés sur un minuscule plateau .
Celui-ci , d'un côté , bordait le lac de Diane , et de l'autre , au nord-ouest , pour qui aurait tenté de sortir , par bravade , en traversant la plateforme toute vermoulue du pont-levis , se mettait à descendre en pente assez raide vers une petite combe cernée de grands sapins et de mélèzes .
Le paysage avait une allure grandiose !
Malgré tout , le marcheur était envahi d'un sentiment de paix profonde lorsqu 'il s'aventurait à travers ces bois mystérieux .
La riante nature et la pureté de l'air l'énivraient tant qu'il ne percevait plus qu'à peine le bruit du marteau des Forges montant de la vallée .
Le toît nervuré des hautes futaies , dôme de feuillage décoré de fines ramures , venait assourdir en son cercle protecteur , celui d'une cathédrale parfumée d'herbes et de fleurs sauvages , le joyeux gazouillis d'un merle ou le chant cristallin d'un ruisseau finissant par se perdre en ce monde gracile où s'élançait un écureuil à la recherche de glands ou de noisettes .
Vers midi , l'astre du jour perçait quelques nuages lourds et menaçants de ses flèches éblouissantes . La bretèche du donjon central était inondée , puis frappée en plein coeur la chapelle attenante à l'une des ailes du château . Parfois , l'on entendait sa cloche branler dans le campanile de façon sinistre . Alors , toute illusion de quiétude se dissipait !
Mais le spectacle changeait encore à la brune .
Selon cette vieille sorcière de Marivonig , il ne fallait pas venir troubler l'âme des druides qui sommeillait au houppier des arbres chenus .
Pauvre femme que cette charbonnière vivant au coeur de la forêt dans " sa " loge pour y couper tous les jours son bois !
" Vous serez bien téméraires si vous bravez les " kornikaned " , jeunes gens , vous lançait-elle en ricanant d'une bouche édentée lorsque vous passiez la voir !
Surtout quand ils soufflent la nuit dans leurs petites cornes !
" Quant aux " kourils " , rajoutait-elle dans son délire pour vous dissuader , ce sont les habitants de la lande et des rochers ! Leur ronde peut vous rendre fous ! "
" L'Ange de la Mort lui-même , avec sa faux , descendra de sa charrette grinçante tirée par trois chevaux sans tête pour vous prendre ! " ( 10 )
Il valait mieux rester à la maison , songeait le gosse en entendant les douze coups du battant de bronze dans le clocheton lui annoncer le départ d'une âme qui s'envole au ciel comme une tourterelle blanche .
Nul " karzprenn " , en vérité , n'aurait pu le stopper ! ( 11 )
C'est pourquoi les villageois tremblaient , aux mois noirs , quand le chant plaintif du vent faisait sonner l'angelus , martelant un glas sépulcral où résonnait , dans le lointain , le rire lugubre des trépassés !
" La cloche est pourtant fêlée ! " , répondaient avec bravoure ceux qui osaient , au crépuscule , se hasarder dans ces lieux , pour ensuite médire de la crédulité de leurs voisins .
Mais ces esprits forts croyant tout savoir , comme l'instituteur monsieur Mauron , méconnaissaient , sans doute par chance , le pouvoir des génies , l'espièglerie des nains noirs , le charme des dryades ou des sorcières , la séduction des lavandières de nuit , l'effroi provoqué par les " Spontaioù ", sans oublier les ricanements sardoniques des " Bugale-Noz " qui , tels des striges , vous glaçaient le sang ! ( 12 )
Vivaient encore , en ce manoir , ancienne demeure des Lohéac si désolée en apparence , d'autres démons nocturnes , les fameux " moines rouges " , spectres des Templiers , qui surgissaient d'un seul coup , vêtus d'un linceul , portant une grande croix de couleur écarlate sur leurs poitrines ! ( 13 )
Du moins , selon les dires de Peronnik le Bossu , surnommé " Peau d'Ours " , braconnier du village couchant parfois dans la Tour d'Artus , au bord de l'étang .
Celle-ci , jadis coiffée d'une toiture en poivrière , s'efforçait de garder fière allure malgré ses pans de murs délabrés !
Sur sa gauche , le porche d'entrée , avec , au-dessus , son châtelet flanqué de deux tourelles réunies par un chemin de ronde , supportait des vantaux de bois gauchis et fendus persistant tant bien que mal à s'ouvrir , à vos risques et périls , sur une cour intérieure d'aspect funèbre aux trois quarts dépavée ...
La herse , quant à elle , avait dû disparaître il y a longtemps .
N'en subsistait que l'air glacial venu du haut de son logis sur le crâne du visiteur imprudent ...
( A Suivre ... )
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DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 2 - Le Castel Du Tertre - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008
( Version numérique ) .
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Notes :
8 - Saint Hervé ( + 568 ) , fils de Riwanon .
- Arianrhod ( " Roue d'Argent " ) , déesse de la mythologie galloise qui apparaît dans le 4è conte des " Mabinogion " : " Math , Fils de Mathonwy " .
9 - " La Fille du Magicien " , légende ouessantine collectée par Luzel ( Fanch An Uhel , 1821 - 1895 ) , citée par Jean Markale ( 1928 - 2008 ) dans son livre , " La Femme Celte " ( 1972 ) .
10 - Les " Kornikaned " et les " Kourils " sont des lutins : c/f " Les Korils de Flaudren " , in " Le Foyer Breton " ( 1845 ) par Emile Souvestre ( 1806 - 1854 ) , écrivain breton .
11 - " Karzhprenn " = fourche des paysans .
12 - " Spontailhoù ", " Bugale-Noz " : créatures fantomatiques de la nuit .
13 - " Les Trois Moines Rouges " ( An Tri Manac'h Ruz ) , chanson populaire du " Barzaz-Breiz " évoquant les Templiers .
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 1 - La Conteuse et L'Ebéniste - Konterez hag Ebenour - The Storyteller and the Cabinetmaker .
Premier Cercle : A La Pointe Du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/L'Attente/
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchékhov - " La Steppe , Histoire d'un Voyage " .
- Les Sortilèges de Brocéliande -
1 - La Conteuse et l'Ebéniste
" Les conteuses , par les sentiers , dans les nuits noires ,
Descendent vers les bourgs , leurs fuseaux dans les doigts ... "
Anatole Le Braz - " Les Légendes de la Mort " .

Ur gaerenn a vaouez ' oa mamm Yannig , Mona hec'h anv ... La mère de Yannig était une belle femme qui s'appelait Mona .
Elle aimait la flamme dansante et vive du feu en hiver , mordant la bûche vigoureuse , puis les braises rougeoyantes qui , dans un dernier sursaut , crépitent au coeur de l'âtre , avant de mourir en cendres .
Après le repas du soir , Mona se laissait séduire par l'étrange fascination de ce spectacle donnant à son regard clair des reflets magiques . Comme inspirée , elle vous racontait alors des histoires merveilleuses , de celles qui enchantaient le petit Yann .

On y découvrait un monde enflammé et violent , peuplé de héros celtes , celui de Cùchulainn , défenseur de l'Ulster , fils du Dieu Lug et de la princesse Dechtire , ou bien encore l'histoire fabuleuse de Nominoë , roi Breton , vainqueur des Francs . ( 1 )
La vérité , sans doute , y rejoignait la fiction légendaire quand la conteuse , emportée par son récit , vous parlait d'îles étranges , de royaumes sous la mer , avec leurs fées envoûtantes , sirènes échevelées séduisant les marins . Passant d'un registre à l'autre , elle traçait chaque fois de nouvelles perspectives, s'appliquant , tel un peintre à la riche palette qui essaie d'apporter de chatoyantes couleurs pour animer son tableau : y résonnait ici le rire perçant de Gradlon comme celui d'un facétieux " Korrigan " à la cour de Konomor , comte de Poher ; là , celles de Salomon , de la duchesse Anne y étaient souvent peuplées de nains cruels et d'espiègles sorcières ; la ronde des " Esprits de la Nuit " vous y guettait parfois dans le feuillage du mystérieux " Bois Noir " , et le charroi grinçant de l'Ankou sur le rivage des Trépassés ... ( 2 )
Sans parler de l'abîme infernal des profondeurs océanes dans lesquelles d'affreux dragons surgissaient soudain , sortis tout droit du cerveau bouillonnant de sa mère , ou - qui aurait vraiment su le dire ? - du Chaudron magique de la déesse Koridwen , peut-être cette vieille marmite en fonte chantant , les soirs d'hiver , au coin de la cheminée !
Cependant , l'idéal de tous ces héros , pensait l'enfant , qui , dans son sommeil , mêlait à sa fantaisie les trésors de la Tradition , n'était-ce pas une contrée de rêve où personne n'a plus besoin de parler pour se comprendre , où seules se réalisent les choses qu'on a , de tout coeur , désirées ?
Pour dissiper ses terreurs nocturnes , comme s'effacent quelques mirages de brume à la surface d'un lac endormi , Mona entraînait son fils dans ce paradis diapré des différentes couleurs de l'arc-en-ciel où s'unissaient les chants les plus doux , les fleurs les plus belles , trésors scintillant d'une féerie sans fin !
Sur le chemin de l'école , suçotant , distrait , les bonbons qu'il avait trouvés dans la boutique de madame Le Cornec , la mercière , Yann languissait d'entendre encore sa voix fièvreuse , devenue par la suite apaisante , et qui faisait s'émouvoir et tressaillir son âme juvénile aux sortilèges de Brocéliande !
Yun arrivait souvent tard le soir .
Assez secret , c'était un homme aux gestes lents , méticuleux .
Dissimulant une grande douceur derrière un regard sombre , il semblait percevoir , quoique jeune encore , la subtilité des choses , passant pour un sage dont le jugement , même s'il pouvait faillir , était très apprécié des villageois .
Malgré des airs absents qu'on attribuait à l'emprise de son métier , l'artisan savait montrer sa bienveillance .
Toutefois , sa seule passion connue , en dehors des siens , c'était son travail d'ébéniste .
Toute la journée , il fabriquait des meubles qui , au prix d'une réalisation très achevée dûe à une technique solide , lui permettaient , par leur style ou leur décoration , de donner libre cours à ses talents de créateur et d'artiste .
Sa renommée était établie un peu partout dans le pays .
De grands noms faisaient appel à sa compétence , une clientèle choisie appréciait sans réserve l'étendue de ses facultés .
Pourtant , si l'on vantait l'habileté précieuse de cet oiseau rare , peu savaient qu'il vouait à d'autres tâches " plus nobles " , leur confiait-il , ses brefs instants perdus : quand il se métamorphosait en facteur de harpes , " le meilleur luthier alentour " , avouaient d'un sourire convenu ces quelques initiés ; car selon eux , le secret de sa vie , fruit de tant de labeur acharné , d'application minutieuse , et d'une recherche jamais satisfaite qui tend à la perfection , ce devait être une pièce , commencée il y avait fort longtemps , son " Grand-Oeuvre " , une harpe vue par personne et qu'il aurait souhaitée plus belle que celles de Brian Boru ou de Merlin l'Enchanteur !

Dans la pureté de son coeur , il croyait qu'avec l'aide du Dieu Primordial , empreint de bonté ( ce " Dagda " dont lui parlait sa femme ) , il arriverait à fabriquer l'instrument de musique idéal , si beau et si finement sculpté , au bois précieux d'une essence tellement rare que celui qui en jouerait pourrait certainement , par les vibrations incantatoires de sa caisse ou la sonorité cristalline et la souplesse des cordes , parvenir à entrevoir certains mystères d'Outre-Monde , et , grâce à ses harmonies délicates , se mettre au diapason du Ciel ! ( 3 )
Les plus grincheux , sans doute , en seraient émus , ceux qui n'ont d'intérêt que pour l'argent , pensait-il sans cesse avant de se remettre à l'ouvrage .
En effet , dès qu'il avait un moment , laissant de côté sa tâche habituelle , il se reprenait à contempler l'objet de sa hantise .
Alors , la qualité du bois le décevait , l'ornementation lui en paraissait grossière , de mauvais goût , les ciselures mal travaillées .
S'ensuivaient de longues phases de doute où il tentait de calmer un peu son angoisse pour parfaire les rainures d'un tiroir , l'arrondi d'un pied de commode .
Une autre harpe , destinée à un ami , lui montrait de façon criante les défauts de la sienne .
" Que faire ? " , soupirait-il avec rage .
L'oubli , seul , aurait pu le guérir , qui vient à bout des tourments les plus vifs .
Mais il ne tardait jamais à retrouver , dans un coin de l'atelier , l'objet de cette passion dévorante le consumant peu à peu .
Il se mettait même à lui parler , baissant les yeux : serait-il jugé assez digne pour en exprimer la transcendance recherchée , cette musicalité des sphères devant faire vibrer son moi le plus profond , lui donnant dimensions et mesures inconnues ?
Dans le village, on se demandait alors ce que cachait vraiment le menuisier .
Ce pays de légendes , n'était-il pas celui des sorciers , des magiciens ?
D'un autre côté , n'avait-on pas perdu les secrets de fabrication du métal qui , jadis , avait fait la fortune des Forges ?
Chacun se posait mille questions !
Pourtant , l'ébéniste montrait tant de gentillesse et vous éclairait de conseils si clairvoyants qu'on savait oublier ensuite ce qu'on avait dit de " ses côtés étranges d'inventeur illuminé " .
Il n'hésitait pas à vous rabaisser le prix d'un buffet . Parfois , la mère de l'élève devant se lever très tôt pour gagner l'usine , il conduisait lui-même la jeune Hervine Riou à l'école , aidant au passage Marie-Job Helari , quasi aveugle , et qui ne comprenait que le breton ...
Bien sûr , il n'y avait que Mona pour percer l'énigme de cette âme inquiète , car elle seule pouvait franchir les frontières du royaume tant recherché par Yun , celui de la transparence et de l'accomplissement !
Le soir , quand il arrivait tôt , le spectacle de sa femme au coin du feu , racontant à Yannig des histoires d'un monde idéal , calmait un peu sa souffrance . La chaleur du foyer mettait un baume à son coeur meurtri .
Il restait là , s'asseyant à la grande table de chêne qu'il avait assemblée lui-même , feignant de parcourir son journal en dînant .
Mais , levant la tête , il lançait un coup d'oeil furtif et passionné sur cette créature magnifique à la longue chevelure brune , aux yeux verts , couleur d'émeraude , avec des reflets de feu !
Dans ces moments de grâce , il croyait avoir deviné le secret de sa harpe ...
Comme elle savait bien raconter , Mona !
Tantôt elle parlait d'une église invisible , au sommet d'une montagne du lointain sud , avec son trésor caché ...
Elle ressuscitait les mille et une légendes des fabuleuses contrées de l'ouest , englouties par les eaux .
Tantôt , c'était un voyage en caravane vers les cités féeriques de l'Orient dont les mosquées rutilaient d'innombrables pierres précieuses , tandis que leurs marchands vénitiens , venus du désert , vous initiaient au mystère des oasis .
Puis , la conteuse vous emmenait boire à la Fontaine de Jouvence , au pied de l'Arbre de Vie où jaillissait la source d'immortalité ... ( 4 )
Elle retraçait ensuite l'histoire du roi Poseïdon et de son Sceptre à trois branches , vous poussant sur le navire de Bran , ou sur celui de Maelduin , jusqu'au Royaume-sous-les-Ondes , cette Île des Fées qui nargue depuis l'aube les lois du temps ... ( 5 )
Peut-être iraient-ils vers ce Pays des Hommes de Cristal , au Pôle Nord , se demandait Yannig , dans cette patrie étrange où l'on croit revenir , alors qu'on est seulement parti loin de chez soi ? ( 6 )
... Ne lui arrivait-il pas , d'ailleurs , de comparer sa mère à cette Mona Kerbili , jeune ouessantine s'étant laissée séduire par un " morgan " , fils des Dieux de la mer ? ( 7 )
Viendrait un jour , se disait-il avec crainte , où elle retrouverait sans doute , elle aussi , son palais de corail nacré de perles , sous les flots ténébreux ...
( A Suivre )

DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 1 - La Conteuse et L'Ebéniste - Tous droits réservés / All rights reserved / Pep gwir miret strizh - " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008 ( Version numérique ) .
Tableau : Bouguereau , " L'Attente " ( 1902 )
Droits réservés .
Notes :
1 - Cuchulainn ( " Chien de Culann " ) , héros de la mythologie irlandaise , fils de Lug et de Eithne , mère de tous les dieux .
- Lug , dieu suprême du panthéon celtique .
- Dechtire ( Deichtire ) , mère terrestre de Cuchulainn .
- Nominoë ( Nevenoe ) , roi de Bretagne ( 845 - 851 ) , père de la Patrie ( Tad ar Vro ) , vainqueur des Francs à Ballon ( 845 ) .
2 - Gradlon le Grand , roi légendaire de Cornouaille bretonne habitant la ville d'Ys avec sa fille Ahès ( Dahut ) .
- " Korrigan " = Créature légendaire comparable au lutin .
- Konomor , souverain du Poher et de la Domnonée ( Nord-Bretagne ) au 6è siècle .
- Salomon ( Salaün ) , roi de Bretagne ( 857 - 874 ) , successeur d'Erispoë .
- " Ankoù " , passeur des âmes qui emporte les morts sur son char .
3 - Dagda , dieu le plus important des " Tuatha Dé Danann " après Lug ( Mythologie irlandaise ) .
4 - La Fontaine de Jouvence guérissait après la bataille les guerriers de la princesse Dana .
- L'Arbre de Vie : c/f " Le Passeur des Mondes " , I , 3 . Mabinogion , Légendes galloises , Peredur Ab Evrawc .
5 - Poséidon , dieu grec de la mer , souverain de l'Atlantide .
- Bran le béni , héros des Bretons dans la mythologie galloise ( Mabinogi de Branwen ) .
- Maelduin , navigateur irlandais dont les voyages sont contés dans un texte du 11è siècle ( Imram Mael Duin ) .
- Royaume-Sous-les-Ondes ( Histoire de Diarmaid ) : c/f " Popular Tales of the West Highlands " ( 1860 / 1862 ) , par John-Francis Campbell ( 1821 - 1885 ) , auteur écossais .
6 - Hyperborée ( Voyage de Pythéas ) - c/f : " Quand l'Atlantide Resurgira " ( 1978 ) par Roger Facon .
7 - Légende ouessantine .

LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - IV - Table Des Matières - Taolenn - Table Of Contents .
Premier Cercle
A La Pointe Du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( IV )
/ Table Des Matières /
I Préface
II Note Liminaire
III Dédicaces
IV Table Des Matières
V Résumé / Synopsis
VI Première Partie : L'Attente /
Les Sortilèges de Brocéliande
Prologue
1 - La Conteuse Et L'Ebéniste
2 - Le Castel Du Tertre
3 - Mouton Noir , Mouton Blanc
4 - Lugnasad ( Fête Des Moissons )
* Fest-Deiz ( Fête De Jour )
* Pedenn ( Prière )
5 - Tadig Tanguern
VII Deuxième Partie :
L' Accomplissement /
Gaeltacht
6 - Confession De Roll ( 1 et 2 )
7 - La Jeune Fille Et La Licorne
8 - Mari-Morgane
* Bleimor
* Sur Toutes Les Mers De Lune ...
9 - Gaeltacht ( Voyage Dans Les Îles )
* Sous Le Roof De La Timonerie
* Détresse De Diarmaid
* Arbor Mirabilis ( 1 )
- Rêverie
- Venez-vous chercher un signe ?
* Iona ( Journal de Roll )
VIII Troisième Partie : La Croisade /
La Croisade
10 - Au Temps Des Chevaliers De L' An Mil
( Récit du Grand-Père )
11 - Messire De Brocéliande
Prologue : L'Eclat d'un Diamant
1 : Comme la Rose Naissante ... ( Lettre de Roll / Manuscrit du Maître )
L'Histoire de Riou de Lohéac
2 à 7 : Le Départ ( Lettre De Roll / Manuscrit du Maître )
8 à 17 : L'Expédition ( Lettre de Roll / Manuscrit du Maître )
IX Troisième Partie : La Croisade /
Myriam
L'Histoire de Riou de Lohéac
18 à 22 : La Quête ( Lettre de Roll / Manuscrit du Maître )
Le Bois des Chevaliers
X Epilogue :
12 - Le Secret d' Eon De L'Etoile /
Une Eblouissante Clarté ( Livre de Yann )
La Grotte Fantastique ( Manuscrit de Loïc Tanguern )
I - L'Île Mystérieuse
II - Dans Le Palais De Cristal
III - Derrière Le Voile D'Astarté
XI Epilogue :
12 - Le Secret d'Eon de L'Etoile /
Le Grimoire Magique
IV - Le Grimoire Magique ( Fin du Manuscrit de Loïc Tanguern )
XII Epilogue :
12 - Le Secret d'Eon de L'Etoile /
Arbor Mirabilis ( 2 )
V - Le Secret
XIII Epilogue :
12 - Le Secret d'Eon de L'Etoile /
L'Enfance d'Eon de L'Etoile
I ) En Palestine
* Le Graal ( Récit De Yann )
II ) En Bretagne
* L'Escarboucle de Feu
* Aziliz
* Eon De L'Etoile
Dernière Page
XIV - Sources Principales
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Premier Cercle
A la Pointe du Jour ...

LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - III - Dédicaces - Dedioù - Dedications .

Premier Cercle : A La Pointe Du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( III )
/ Dédicaces / Dedioù / Dedications /
Le Passeur des Mondes / An Erbeder /
The Intercessor
Un conte fantastique aux pays de la littérature et des légendes celtes ...
" Va , Daniel , car les paroles sont rendues secrètes et scellées jusqu'au temps de la fin . "
Daniel , 12 , 9 .
" En lisant Daniel une grande clarté s'est faite en moi ... "
Maria Valtorta - " L'Evangile , tel qu'il m'a été révélé " ( Il Poema dell'Uomo-Dio , I , 16 ) .
Au capitaine Nemo ...
A Novalis ,
Dont je ne suis que l'humble disciple ,
Et pour Alan Stivell ,
Son admirateur ...
Pour Yann et Gaël , mes fils ...
Ce livre est , à la fois , récit d'aventures , conte initiatique , anthologie .
Il se veut un hommage à Dante , Novalis , Alain-Fournier , Jules Verne , Chateaubriand , Charles Nodier , Victor Hugo , Yann-Ber Kalloc'h , pour ne citer que les plus grands .
Merci à eux , merci à tous les autres : c'est à leur source que je puise mon inspiration , comme le miroir d'un lac aux eaux sans cesse renouvelées ...
" Notre vie ressemble à ces bâtisses fragiles , étayées dans le ciel par des arcs-boutants : ils ne s'écroulent pas à la fois , mais se détachent successivement ; ils appuient encore quelque galerie , quand déjà ils manquent au sanctuaire ou au berceau de l'édifice . "
Chateaubriand - Mémoires d'Outre-Tombe , Livre 17 , Chapitre 6 .
" ... Et ne me suis-je pas montré à moi-même que tout mon livre aboutissait à quelque grand triomphe de la Vierge ?
Alain-Fournier - Correspondance .
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LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - II - Rakskrid - Note Liminaire - Introductory Remarks ( 5 ) Le Temple Des Etoiles .
Premier Cercle : A La Pointe Du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( II )
/ Rakskrid - Note Liminaire -
Introductory Remarks / ( 5 )
Diskleriadennoù - Eclaircissements - Clarifications
V - Le Temple des Etoiles
1 - La Vraie Religion
Nous trouvons trace , un peu partout , de cette Tradition laissée par les siècles , lorsque nous étudions le langage des pierres .
Dans le Somerset , à l'ouest de l'Angleterre , le Temple des Etoiles , prodigieux Zodiaque lui aussi formé de dix signes , mesure avec exactitude la place de l'homme dans la construction de l'univers . ( 28 )
" L'Homme est la mesure de toutes choses " , pense le philosophe grec Protagoras , voulant ainsi souligner ce lien qui unit deux mondes . ( 29 )
L'harmonie des nombres , c'est le signe éternel de la Divinité : celui qui s'inscrit , par exemple , dans la Grande Pyramide , sur le Plateau de Gizeh , ou bien encore dans la grande horloge astrologique de la Cathédrale de Strasbourg .
D'ailleurs , ne se pourrait-il que les Pharaons soient redevables d'une civilisation disparue leur ayant transmis des clefs ?
Ces nombres , révélateurs d'une " Parole Perdue " , quels sont-ils vraiment ?
Nous savons que l'homme vit , en moyenne , 72 ans sur la Terre , son pouls pouvant battre également 72 coups dans la minute .
La vie comprend 360 x 72 ans = 25920 jours .
Cette durée correspond au temps que met le point vernal pour franchir un degré du Zodiaque , en raison de la précession des équinoxes .
Quant au soleil , il mettra " 25920 ans pour parcourir le Zodiaque en son entier , et , de ce fait , après ces 260 siècles , revenir au lieu précis de son départ " . ( 30 )
Nous restons profondément stupéfaits devant de telles similitudes .
Saint Augustin fut un adepte du manichéisme , avant de se convertir , bon connaisseur de la philosophie hellénique , autant du néoplatonisme de Plotin que de l'Oeuvre du Grand Maître , Platon , ( 31 ) lui-même initié aux " mystères " d'Héliopolis , en Egypte . ( 32 )
Ces mots surprenants , prononcés par l'un des Pères Fondateurs de l'Eglise , nous touchent d'autant plus :
" Ce qu'on appelle aujourd'hui religion chrétienne existait chez les anciens , et n'a jamais cessé d'exister depuis l'origine du genre humain , jusqu'à ce que le Christ lui-même étant venu , l'on a commencé d'appeler chrétienne la vraie religion qui existait déjà auparavant . " ( 33 )
2 - Orphée , Eurydice
Selon lui encore , les " Sages Gaulois " furent au nombre de ceux qui avaient reconnu " le Dieu Suprême et Véritable comme l'Auteur de la Création , la Lumière de la Connaissance " . ( 33 )
Pomponius Mela , géographe latin du 1er siècle , définissait les Druides comme " des Maîtres de la Sagesse qui prétendent connaître la grandeur et la forme de la Terre et du Monde , le mouvement du Ciel et des Astres , et la volonté des Dieux " ( 34 ) .
Mais d'où tenaient-ils cet ancien savoir ?
Certaines thèses font état de sources grecques , la philosophie pythagoricienne , elle-même influencée par l'Orphisme , courant mystique s'opposant à la doctrine " officielle " ( 35 ) .
" Ce qui , dès l'Antiquité , a rendu légitime la comparaison entre Druides et Pythagore , ce sont , à l'évidence , un certain nombre de croyances métaphysiques " ( 36 ) .
Notamment , cette foi en l'immortalité de l'âme .
Celle-ci , par son mouvement perpétuel , " justifie la théorie de la Métempsycose , un retour cyclique à la vie à travers différentes enveloppes corporelles " . ( 36 )
Les Grecs , cependant , disaient avoir été instruits par les Druides .
" La Philosophie a commencé chez les Celtes , et la Gaule a été l'institutrice de la Grèce " , signale Aristote . (37 )
" De son côté , Diogène Laerce écrit que la philosophie celtique a été le principal soutien de la philosophie grecque . Jamblique affirmait que Pythagore s'était instruit à leur contact . Ce dernier les considérait comme les plus savants des hommes . Il les appelait Semnothées , ou Saints . " ( 38 )
La légende d'Orphée et d'Eurydice , magnifiquement illustrée par Cocteau ( 39 ) , traduit la préexistence d'une forme de " Religion Primordiale " ( indo-européenne ? ) .
Eurydice , mordue par un serpent , disparaît dans le Royaume des Ombres .
L'âme est tombée du Ciel après une faute .
Elle est condamnée à vivre dans un corps comme dans un tombeau .
Son immortalité l'oblige à une purification progressive : d'où cette necessité d'une discipline " initiatique " susceptible de la réintégrer peu à peu dans son Royaume de Lumière . ( 40 )
3 - Divine Comédie
L'oeuvre de Dante , par son architecture , montre que le Nombre Divin régit toute chose .
Une construction géométrique la divise en 3 parties : L'Enfer , le Purgatoire , et le Paradis .
Chacune comporte 33 chants , plus un seul prologue pour tout l'ensemble . L'Unité produite par 100 se révèle un symbole de l'union parfaite entre Univers et Totalité .
Evidemment , le chiffre 3 nous renvoie à la Trinité .
Son rythme poétique en est le tercet : c'est un ensemble de 3 vers de 11 syllabes chacun , soit 33 syllabes pour un tercet .
Borne majeure sur le cheminement spirituel de l'humanité , ce poème , inspiré secrètement par la personnalité de Saint Bernard , patron des Templiers , fournit la preuve de la transmission de l'héritage primordial au cours des siècles .
Ceci , malgré de nombreuses vicissitudes , par exemple , les bûchers de l'Inquisition : la Connaissance étant jugée dangereuse pour l'ordre établi .
Pourquoi ?
" J'élevai les mains assemblées
En regardant le feu , et j'imaginai vivement
Des corps humains que j'avais déjà vu brûler .
Les bons gardiens se tournèrent vers moi ,
Et Virgile me dit : " Mon fils ,
Il peut y avoir supplice , ami , non pas mort ...
Souviens-toi , souviens-toi ... " ( 41 )
4 - Une Précieuse Escarboucle
Par sa Bible poétique inachevée , " Henri d'Ofterdingen " , le poète et penseur allemand Novalis ( 42 ) veut convaincre que " l'Univers est un grand organisme , une unité vivante où bat la pulsation de la Force Divine ; l'Esprit anime toutes choses et oriente la Nature et l'Homme vers un même Destin : le retour progressif vers Dieu . " ( 43 )
Il s'agit là , plus ou moins , dans cet exceptionnel ouvrage , d'une forme d'initiation druidique ou templière , avec son langage codé , d'un véritable manuel de théologie indo-européenne .
Les histoires merveilleuses de fabuleux conteurs vous font revenir au temps des " Légendes Sacrées " , celui des origines de l'Humanité pendant l'Age d'Or de l'Atlantide .
La Quête du Graal est évoquée sous la forme d'une précieuse Escarboucle , Pierre Magique de la Connaissance cachée , de la Vision intérieure .
Nous parcourons le Harz , berceau des Celtes , mais aussi la Forêt mythique de Thuringe , patrie du Chevalier .
Nous chevauchons vers le Pays de la Croisade , la Terre Sainte , afin d'en ramener le fameux " Manuscrit de Jérusalem ".
La fille d'Arthur , elle-même , ( Déesse des Sept Etoiles ? ) , nous rappelle à la fois l'épopée de La Table Ronde , mais aussi le " problème " du Double ( Janus ) , que nous développerons ci-après .
Quant à l'amour de Mathilde , ou celui de l'écrivain pour Sophie Von Kühn , il en évoque un autre dans le cycle dantesque .
" S'agit-il donc de Béatrice comme femme ? Est-ce sa présence que tous les Saints implorent , et qui serait " l'Espérance des Bienheureux " ?
Ou s'agit-il plutôt de l'Esprit Saint soutenant Son Eglise par la Charité du Christ - ( la Pitié ) - jusqu'à ce que tous aient pu recevoir la Vie Nouvelle ? " ( 44 )
La pluralité des existences , concept originel , nous indique là aussi qu' " une Idée éternelle ne parvient pas à se réaliser dans un seul individu " .
" Il n'est pas étonnant que cette " palingénésie " , comme on l'appelait alors , mette au fond de notre âme des souvenirs lointains d'une autre vie , ni que Zulima reconnaisse son frère dans les traits d'Ofterdingen , ou que celui-ci retrouve son image dans les enluminures qui illustrent la vie d'un poète provençal " . ( 45 )
Autre thème ( cher à Benoit XVI ) , l'indissolubilité du lien qui existe entre Foi et Quête de la Raison humaine .
" Mais alors , ce qu'on nommait autrefois , me semble-t-il , la Morale , ne serait autre chose que la Religion en tant que Science , c'est-à-dire ce qu'on appelle la Théologie au sens propre du mot ? "
" Rien d'autre qu'un Code , qui est à l'Adoration Divine ce que la Nature est à Dieu ? " ( 46 )
5 - Le Portier Céleste
Henri Le Saux , moine catholique breton de Kergonan , missionnaire en Inde , passionné par l'étude des Veda et des Upanishads , définit ainsi le Graal : " Il est le Soi que l'on cherche à travers tout . " ( 47 )
La démarche spirituelle de ce pionnier du dialogue interreligieux , que Marie-Madeleine Davy surnomme " Le Passeur entre deux rives ", souligne , comme le souhaitait d'ailleurs Guénon , la nécessité de reconstruire une voie ésotérique personnelle qui puisse favoriser le développement de l'individu en chemin vers Dieu . ( 48 )
Ce fut le rôle attribué au Dieu Janus dans la mythologie romaine . Il était gardien des Portes .
Jésus , Maître du Temps , Christ Rédempteur , occupe la même fonction . " Le Verbe s'incarne , agit , parle , souffre , meurt , puis ressuscite à nouveau " . ( 49 )
Janus a fini par incarner l'Eglise cachée , celle de Jean qu'on persécute , figurée par le symbole des Gémeaux .
Dans son livre , " Symboles fondamentaux de la Science Sacrée " ( NRF , 1962 ) , Guénon nous présente une gravure provenant d'un manuscrit du XVe siècle . Celle-ci représente la divinité au visage double : une partie féminine tient la clé du pouvoir sacerdotal , une autre , masculine , celle du pouvoir royal .
Les deux colonnes du Temple de Salomon , sanctuaire de l'Esprit , symbolisent aussi l'union du Ciel et de la Terre , là où la Vierge-Mère , nommée Gardienne , enfante le Logos , le Sauveur de l'Humanité toute entière .
Merveilleuse histoire que celle de la Sainte Famille , inscrite , semble-t-il , depuis toujours , dans le Grand Livre des Astres !
Sur une colonne de Vezelay , s'affrontent deux ours . Ils incarnent la filiation Druidisme-Christianisme .
La Grande Ourse , nous l'avons vue dessinée sur le sol par la disposition de certaines églises .
Jadis , elle désignait le Char du Roi Arthur . Une Commanderie Templière aurait même porté le nom de Chariot d'Or , par analogie au Grand Chariot .
Devrions-nous croire alors qu'il s'agissait du véhicule des Elohim , nos jumeaux , créatures célestes visitant leurs frères de la Terre afin de les aider ? ( 50 )
Mais n'étaient-ce pas plutôt des Anges déchus , découvreurs d'un nouveau monde , qui allaient pervertir l'Homme en lui apprenant ce qu'il n'aurait pas dû connaître , entraînant ainsi la Grande Catastrophe de l'Atlantide ?
Il n'est certes pas défendu de laisser une place au rêve . De s'interroger encore sur l'origine du Bien et du Mal ...
Mais , revenons à Janus , et , pour conclure cette longue introduction , laissons la parole à Jean Phaure à propos de la gravure de Guénon .
" On voit ainsi matérialisé ici au bénéfice du Christ la signification ésotérique fondamentale de Janus , commune à l'Orient et à l'Occident . Janus , porteur du Christ , est le Maître du Triple Temps .
Au-dessus de la dualité Présent-Avenir , qui est une dialectique déchirante , il superpose l'insaisissable , irreprésentable et pourtant " Eternel Présent " , qui comprend toute la réalité , tous les aspects de la manifestation .
C'est la fonction divine du Trois qui transcende le Deux , l'oeil frontal de Shiva qui figure le " sens de l'Eternité " , le " moteur immobile " d'Aristote , et ici le Verbe Co-Eternel avec le Père , Celui qui a dit :
" Je suis l'Alpha et l'Oméga , le Principe et la Fin " .
Apocalypse , XXI , 6 . ( 49 )
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DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( Premier Cercle ) - II - Note Liminaire ( 5 ) Le Temple Des Etoiles - Pep gwir miret strizh / Tous doits réservés / All rights reserved - 25 Octobre 2006 - " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008 ( Version numérique ) .
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Fin de la Note Liminaire
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Notes :
( 28 ) " Les Géants venus du Ciel " ( Men Among Mankind ) , Brinsley Le Poer Trench , 1962 - Editions J'Ai Lu , L'Aventure Mystérieuse , 1973 .
( 29 ) Protagoras , sophiste grec ( Abdère , auj. Adra , v. 485 - 410 av. J.C )
( 30 ) " La Fin des Temps " , Raoul Auclair , Arthème Fayard , 1973 , et Stella , 1993 .
( 31 ) Platon , philosophe grec ( Athènes , 428 - id. 348 ou 47 av. J.C )
( 32 ) Héliopolis , Centre Initiatique , école théologique égyptienne fréquentée par de nombreux philosophes , dont Platon . Grand Temple de Râ .
( 33 ) Saint Augustin , Evêque , Docteur et Père de l'Eglise ( Thagaste , auj. Soukh-Ahras , 354 - Hippone , auj. Annaba , 430 ) , auteur de " La Cité de Dieu " ( 413 - 424 ) .
Passage cité : in " La Cité de Dieu " , VIII , 9 .
( 34 ) Pomponius Mela , le plus ancien géographe romain . Né en Espagne à Tingentera - Ecrivait vers 43 .
( 35 ) Orphisme : doctrine théologique et philosophique développée en Grèce entre le 7e et le 4e siècle av. J.C.
( 36 ) " Les Druides , des Philosophes chez les Barbares " , Jean-Louis Bruneaux , Seuil , 2006 .
( 37 ) Aristote , philosophe grec , précepteur d'Alexandre Le Grand ( Stagire , Macédoine , 384 - Chalcis , 322 av. J.C )
( 38 ) " La Tradition Celtique dans l'Art Roman " , Marcel Moreau , Le Courrier du Livre , 1975 . Déjà cité . Voir note 13 , liminaire 2 .
( 39 ) Jean Cocteau , poète français ( Maisons-Laffitte , 1889 - Milly-La-Forêt , 1963 ) . Cinéaste , auteur d' " Orphée " ( 1949 ) .
( 40 ) C'est ainsi qu'il faut lire : " ... Aller d'île en île au Pays d'Ys ... " , dans mon poème " Finistère " ( Dan Ar Wern - 1973 , in " Le Chemin Perdu " , Copyright 1992 ) Tous droits réservés .
( 41 ) " La Divine Comédie " de Dante Alighieri , poète italien (Florence , 1265 - Ravenne , 1321 ) . Ecrivit cette oeuvre entre 1307 et 1321 . Passage cité : Purgatoire , ch. 27, v. 16 - 23 .
( 42 ) Novalis , Friedrich Von Hardenberg , dit ( Wiederstedt , 1772 - Weissenfels , 1801 ) . Chantre du Romantisme Allemand . Sa Bible poétique , " Heinrich Von Ofterdingen " est posthume , 1802 .
( 43 ) Lettre de Novalis à Friedrich Schlegel , datée du 20 juillet 1798 .
( 44 ) " L' Amour et l' Occident " , par Denis de Rougemont , Plon , 1972 .
( 45 ) Préface de Marcel Camus à l'édition bilingue Aubier / Montaigne d' " Henri d' Ofterdingen " .
( 46 ) " Henri d'Ofterdingen " , 2e Partie , " L' Accomplissement " ( Die Erfüllung ) - Le Cloître ou Le Parvis ( Das Kloster oder der Vorhof ) .
( 47 ) Henri Le Saux , né à Saint-Briac , moine à l'Abbaye bénédictine de Kergonan , missionnaire en Inde . ( 1910 - 1973 ) . Considéré comme un hindouiste-catholique , ou l'inverse .
( 48 ) " Henri Le Saux , le Passeur entre Deux Rives " , Marie-Madeleine Davy , Albin-Michel , 1981 et 1997 .
( 49 ) " Le Cycle de l'Humanité Adamique " , Jean Phaure , Dervy-Livres , " Histoire et Tradition " , 1988 .
( 50 ) Thème de ma nouvelle : " La Troisième Arche / An Trede Arc'h " - Auberive 9 ( 3e Cercle ) - Dan Ar Wern - 2006 ( en cours de publication dans la revue culturelle bretonne NIDIAD ) . Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh .