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un coeur solitaire

UN COEUR SOLITAIRE - V - Banqueroute .

17 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

La Ghirlandata ( 1871-1874 ) par Dante Gabriel Rossetti .

La Ghirlandata ( 1871-1874 ) par Dante Gabriel Rossetti .

 

 

 

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

V - Banqueroute

 

 

 

 

 

 

 

" Une âme qui en fait une autre , un corps qui nourrit un autre corps en lui de sa substance ... "

 

Le Soulier de Satin " ( 1929 ) , pièce de Paul Claudel

( 1868 - 1955 ) , Troisième Journée , Scène I .

 

 

 

 

     11 - La librairie que les parisiens et les touristes prenaient plaisir à visiter sous les arcanes majestueuses du Palais-Royal , et qui avait jadis abrité l'univers merveilleux de Lilian , véritable sanctuaire où celui-ci avait non seulement consacré toute sa vie à la reliure d'art , mais aussi à la restauration de livres anciens et précieux , cette petite boutique sans prétention , mais que l'on croyait éternelle , avait , depuis peu , définitivement fermé ses portes ! Financé par un groupe d'outre-Rhin qui , ayant ses entrées dans les commissions de Bruxelles , pouvait ainsi lui obtenir des dégrèvements illégaux , le propriétaire , qui avait exagérément puisé dans les fonds de sa société , avait été poursuivi ensuite pour abus de biens sociaux et manipulations financières , tout ceci n'étant , après tout , que la partie immergée d'un iceberg dissimulant des activités bien plus secrètes concernant la toile est-allemande qu'une puissance étrangère avait tissée à travers toute l'Europe ! Notre ami , qui par la suite s'était demandé si son voyage à Merzig avait été vraiment le fruit du hasard le plus pur , eut tout le temps d'y réfléchir dans sa cellule de la prison de la Santé , puisque c'est là qu'il fut incarcéré comme complice malgré l'action des avocats de la défense et ses plus vives et sincères protestations ! Le bel ouvrage que lui avait offert Liesel sur les légendes sarroises du 19è siècle en caractères gothiques , prétendirent les juges , contenait d'ailleurs des documents microfilmés de la plus haute importance !

 

12 - Pourtant , l'histoire du pauvre homme ne s'arrêta pas là . Déterminé à ne pas laisser l'héritage de son art disparaître , il décida , malgré tout , de poursuivre son travail chez lui . Transformant en atelier son modeste appartement de banlieue , Lilian poursuivit longtemps son travail d'écrivain , continuant à militer pour sa réhabilitation , mais aussi à relier des livres pour ses clients les plus fidèles . Cette passion pour son métier ne pouvait être éteinte par les épreuves , et même sans fonds de commerce , il trouva ainsi , malgré sa profonde amertume , une manière de maintenir son amour des livres , le seul qui lui restait , vivant . Mais si les clients venaient toujours d'aussi loin pour lui confier leurs précieux volumes , parce qu'ils appréciaient , disaient-ils , bien plus que son savoir-faire exceptionnel , sa grande expertise et son dévouement , lui restait maintenant sur la défensive , repensant , le soir , au mauvais accueil des habitants du village où , sur le monument aux morts , figuraient nombre de citoyens qui avaient été tués par les troupes de Louis XIV et de Napoléon !

  Tandis que , sous ses doigts habiles , renaissait d'incomparables chefs d'oeuvre grâce à la magie de la reliure transformant des pages usées en trésors de nouveau éclatants , l'artiste repensait sans cesse à la banqueroute de sa propre vie , se posant toujours les mêmes questions sur la nature de l'amour lorsqu'il avait découvert , fouillant dans un tiroir , la photo du père de sa fiancée en costume des jeunesses hitlériennes !

 

13 - Mais pire encore , ce fut lorsque Il s'était laissé aller tout doucement , près d'elle , vers ce rêve impossible de vouloir embellir sa triste

vie . Comment saisir le mystère de sa beauté , se demandait-il en lui-même , un peu plus

tard , tandis qu'elle lui parlait ? N'était-il pas , en effet , retombé soudain sous le charme de cette fille ,  une belle blonde qu'il trouvait si attirante , jadis ? Ne se retrouvait-il pas complètement ensorcelé par ses mêmes éclats de rire , fasciné par le son de sa voix 

si particulière , légèrement " exotique ", plaisante , comme lorsqu'elle s'était assise un soir d'hiver tout près de l'âtre , à côté de lui , jeune femme agile aux longues jambes effilées , voulant le questionner , d'abord , sur un ouvrage qu'il avait souhaité lui offrir , dont la couverture était décorée d'un ravissant ex-libris : le portrait d'une élégante qui , bizarrement , lui ressemblait un peu  , façon Burne-Jones ou Rossetti , avec sa chevelure de

miel , représentée dans le grand salon de l'hôtel Danieli . ( 11 )
           C'était elle , sans doute , pensa-t-il alors , vêtue d'un costume d'avant la " Belle

Epoque  " ! Elle croyait  , d'ailleurs ,  même s'il n'avait pourtant presque jamais rien peint , songea-t-il peu après , sinon de " petites choses  " ,

des " trucs  " sans  valeur qu'il jugeait sans complaisance , qu'il était devenu

professionnel !

          - Dansez-vous toujours , lui avait-elle ensuite demandé sans paraître attendre de réponse , d'un ton qui se voulait rempli d'indifférence à son égard ? Comme pendant cette nuit magique à la Fac ? , feignit-elle de s'enquérir auprès de lui avec une légère effronterie . N'était-ce pas votre anniversaireIl y a si longtemps !

          Ce souvenir , tel un incendie dans un ciel d'azur , fit davantage étinceler le bleu-vert de ses yeux :  les siens , lorsqu'il s'y fixèrent , ne résistèrent pas à leur force éclatante , magnétique !

          - Tu sais , se reprit-elle avec grâce , ayant enfin reconnu la force d'un véritable amour , nous étions jeunes dans ce temps-là .

          Sans réfléchir , elle avait mis sa joue contre le front de son ami . Elle lui tenait fortement le bras . Puis , d'une voix remplie de fièvre , d'émotion :

          - Je n'ai rien oublié de nos chaudes étreintes ... de cette soirée magnifique à la belle étoile , de notre longue promenade à travers le campus assoupi sous la neigeJ'avais même failli tomber , rappelle-toi !

          Un court moment , l'auditeur , les traits durcis , le visage devenu blême , avait fouillé sa mémoire , celle d'un homme n'ayant jamais fabriqué de ces tableaux sans âme ou pastels mornes qui n'ont que l'apparence d'une oeuvre , puisqu'ils n'expriment en rien la recherche d'un artiste qui n'a pas pris cette voie . Puis , suffoqué par la honte , le désespoir , il s'était mis à fondre en larmes , la suppliant de se taire d'un regard silencieux . Douloureusement , la mémoire des faits véritables remontait , comme une épave de sa désespérance , à la surface des flots impassibles . Ne doit-on pas lever l'ancre pour ouvrir la route aux navires

abandonnés ?

          C'est ainsi qu'il s'en alla , le lendemain ,  peut-être parce qu'il n'avait jamais rien compris du balancement des vagues dans les gerbes d'écume , et qu'elle aussi n'avait jamais tenu compte , sous la mer , au plus profond d'elle même , de leurs rendez-vous silencieux !

 

 

 

FIN

 

 

 

                          ___

 

 

DAN AR WERN - Un Coeur Solitaire - V - Banqueroute  - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Un Coeur Solitaire " , copyright 2024 .

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Notes :

 

11 - Sir Edward Burne-Jones ( 1833 - 1898 ) et Dante Gabriel Rossetti ( 1828 - 1882 ) , Peintres préraphaélites anglais .

     - Le " Danieli " , célèbre hôtel de Venise . 

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UN COEUR SOLITAIRE - IV - Etoile Bleue .

16 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

Liesel ( Franka Potente )

Liesel ( Franka Potente )

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - Etoile Bleue 

 

 

 

 

 

 

 

You opened the door
  And I stepped in
  Not knowing where I'm going
  But I know I'm gonna win
  A new merry go round
  Carnival begin
 ! "

Christine Mc Vie ( 1943 - 2022 ) *

 

 

 

 

       9 - " Ce que nous entendons des grands artistes , parfois , nous laisse rêveurs , pensait-il . Quand ils jouent , c'est aussi beau , peut-être plus , que la musique des sphères , mais lorsque leur amour s'envole avec le nôtre et que nous assistons , comme eux , remplis d'impuissance , au triomphe de la Mort ?

            Constatant que sa montre avait peut-être perdu l'une de ses aiguilles , le libraire voulut alors nouer à nouveau le fil disparu de sa rencontre avec celle qu'il nommait la fille du Rhin .                        Qu'avait-elle bien pu devenir après toutes ces années , cette belle germanique aux allures de Franka Potente ? Gardait-elle un lien , même fragile , avec sa propre histoire , ce chemin de solitude emprunté le jour de son départ ? ( 7 )

           Puis il y eut ce moment de désespoir un peu fou quand le libraire , ayant gardé en mémoire la plaque minéralogique de son copain venu la chercher un soir à " La Cigale " , caressa l'idée de partir à l'aventure pour essayer de la retrouver .

           Le temps , réfléchit-il en observant le cadran de sa pendule , n'a souvent plus de couleur , il ne fait que passer comme une ombre fugitive , entre nuit et jour . Il y a des gens qu'on aime , d'autres qu'on voudrait voir s'éloigner . Qui peut dire , en vérité , où vont nos pas , ce qu'étaient vraiment nos amours , nos vies ? 

           Poursuivant sa lecture , il nourrissait de sombres pensées , sa propre vie lui semblant " solitaire , assez insignifiante , fragile colonne dressée parmi les ruines des années perdues , ne supportant plus rien ... " ( 8 ) 

   

   10 Ce fut une tournée de promotion radiophonique demandée par l'éditeur pour l'un de ses ouvrages qui lui fournit le prétexte de se rendre en Sarre , pittoresque région frontalière franco-allemande où , fatigué par le voyage , il décida de s'arrêter dans un petit hôtel familial proche de Merzig : " Blauer Stern " . Après s'être installé , il descendit au restaurant pour y dîner .
À sa grande surprise , il avait tout de suite reconnu la voix qui lui parlait à l'oreille pour lui proposer le menu . ( 9 )

" C'est vous , n'est-ce pas ? , lui dit-il enfin . Surprise , la femme , l'air de celle qui a vu brusquement surgir un revenant accouru depuis l'au-delà , fronça le sourcil  .

" C'était il y a si longtemps , rappelez-vous ! , poursuivit-il à voix basse ... Vingt ans , peut-être ? Elle n'avait pas prononcé une parole , et , bizarrement , les dernières lignes de la nouvelle qu'il avait commencée à parcourir dans un bar parisien de la galerie Vivienne se mêlèrent encore aux images floues de ce passé révolu . 

           Il y eut ensuite un bref instant de reconnaissance et , pour lui , d'émerveillement

lorsque , lui parlant de Launay-Violette et de la fac de Nantes , le bleu de son regard finit au bout d'un long moment d'hésitation de sa part , par croiser le sien . Puis , elle parut presque ravie de le retrouver ainsi après toutes ces années . ( 10

Des décennies s'étaient écoulées , Lilian ayant publié depuis créé sa boutique et vendu quelques mauvais romans pour vivre . Mais , parce que sa vie sentimentale et professionnelle n'avait été qu'une suite d'échecs et de déceptions , jamais il n'avait oublié ces soirées muettes passées auprès de Liesel , dans l'innocence de leur jeunesse et le silence de ses sourires , de ses gestes , pendant qu'il admirait en secret son corps de déesse wagnérienne sous les lustres du fameux restaurant nantais ! 

          Plus tard , ce fut elle qu'il aperçut encore , à moitié assoupie , une belle écharpe de cachemire tombant sur ses épaules . Quand il eut l'audace de revenir à l'endroit où elle se trouvait assise au bar , se glissant près d'elle pour la retrouver , leurs yeux se croisèrent encore . Le visage blême , elle avait levé la tête , osant même une esquisse de

sourire . Durant la soirée , tous deux parlèrent de leurs histoires , tentant de rattraper un peu le temps perdu . Lilian apprit que Liesel avait fini par s'installer ici , où elle avait ouvert cet hôtel avec son mari , un jeune homme qu'elle avait rencontré jadis du côté de Bayreuth et dont il était jaloux , décédé quelques années auparavant . C'était avec elle , dans son village natal , qu'il avait réussi , lui précisa-t-elle , à réaliser son rêve d'ouvrir un lieu d'accueil au coeur de cette Europe sans guerre pour laquelle , en tant que maire , il s'était toute sa vie battu !
         Allongé sur son lit comme au dehors , dans les lointains d'un rêve crépusculaire étendu sur la campagne bleue-verte , une pâle lueur fit renaître , au petit matin , d'une manière incomparable , un timide , indicible espoir naissant de l'aube nouvelle comme d'une réponse depuis si longtemps guettée par le mystérieux

étranger !                        
         

 

         

          

( A Suivre )

 

 

 

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DAN AR WERN - Un Coeur Solitaire - IV - Etoile Bleue  - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Un Coeur Solitaire " , copyright 2024 .

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Notes :

 

- Franka Potente , actrice allemande née à Münster ( Rhénanie du Nord / Westphalie ) .

 

8 - " The Sojourner " ( Celui Qui Passe ) , nouvelle de Carson Mc Cullers ( 1917 - 1967 ) dans " The Ballad of The Sad Café " ( La Ballade du Café Triste , 1951 ) - All rights Reserved .

 

9 - Blauer Stern = Etoile Bleue . 

 

10 - Résidence universitaire Launay-Violette , à Nantes .

 

       





 

* " Carnival Begin " , chanson de Christine Mc Vie sur l'album " Lindsey Buckingham / Christine Mc Vie " ( 2017 , Atlantic Records )  , tous deux membres du groupe " Fleetwood Mac " - All rights reserved .

  " Tu as ouvert la porte

    Et je suis entré ,

   Ne sachant pas où je vais ,

   Mais je sais que je vais gagner

   Un nouveau tour de manège ,

   Le carnaval commence ! "

 

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UN COEUR SOLITAIRE - III - Doute .

14 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

UN COEUR SOLITAIRE - III - Doute .

 

 

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Doute

 

 

 

 

 

 

 

" Miranda : M 'aimez-vous ?   

Prince Ferdinand : Oui , plus que tout au monde , je vous aime , je vous estime , je vous honore . "

William Shakespeare - " La Tempête " , Acte III , Scène I .

 

 

 

 

       6 - Qui donc pouvait être cette nouvelle Madone ? , s'interrogeait-il au milieu de la nuit , se sentant défaillir , éclatant en sanglots . Qui était celle ayant su si bien lire en ses yeux la blessure démesurée du soleil couchant , cette petite tache rouge comme une aube nouvelle à sa tempe sanguinolente , signe en lui d'une douleur sans fin , souvenir d'une lutte féroce avec ces ombres cruelles qui l'avaient mortellement assailli , et dont il avait cru se défendre par un coup de révolver providentiel ?  

          Peut-être comprendrait-elle qu'il allait bientôt mourir avec ce bandeau posé sur les yeux de son esprit malade , mais tombant enfin dans les bras providentiels de cette pimpante infirmière ? 

          " Qu'aurais-je pu faire d'autre que

m'enfuir ? , se demandait-il parfois , tourmenté par cette rencontre , pendant que son âme prisonnière se voyait obligée de se rappeler , dans un terrible sentiment d'angoisse mêlé de culpabilité , sa petite étoile * abandonnée jadis au loin , restée en fin de compte si peu de temps blottie contre lui parmi les trésors de leur enfance bretonne où il s'était parfois réfugié , comme inexorablement échoué dans le pays de ses rêves , tels ces quelques arbres bordant de leurs sinistres silhouettes décharnées les allées sombres du Palais-Royal , ombres d'un autre vaisseau-fantôme , celui de l'ancienne monarchie ...

          Comment vivre sans elles ? , se torturait-il maintenant , fixant , pour s'endormir , l'horloge ancienne au visage impitoyable comme si elle ne parvenait qu'à lui rappeler le sien , pendule murale dont les aiguilles , " deux caravanes traversant un désert " , sonnaient le glas de sa solitude ... ( 5 ) 

          D'ailleurs , l'avaient-elles jamais aimé ? Le pire tourment , c'est le doute , finit-il par conclure à la fin d'un sommeil agité , se levant pour ,

ensuite , contempler l'oeil indifférent de la Lune tel un songe à la surface de l'onde

frémissante ... Le retour de la clarté se produit-il quand on revient du royaume invisible ? Quand il n'est pas partagé , l'amour peut-il jamais

mourir ? Tant de questions l'agitait dans tous les sens , l'empêchant de dormir au pied de l'âtre silencieux .

          Que de lettres pleines de fièvre avait-il aussi écrite à une adresse figurant sur le site officiel de Clara Stern , la pianiste , son âme remplie d'elle , pleine d'espoir aussi longtemps que sa foi naïve avait pu résister à l'étendue de son

chagrin ! Banale rencontre , certainement , dont il n'avait jamais eu de réponse . Tout ca semblait si loin , désormais ...  Ne s'était-il pas lui-même convaincu que cette histoire était impossible ? D'ailleurs , que pouvait bien signifier , au sens commun , la valeur d'une vraie passion ? Les souvenirs continuaient , de temps à autre , d'attrister son coeur . C'était tout . Fouiller dans le passé ne sert très souvent qu'à faire s'agiter des

fantômes . Découragé , sans force , il était devenu peu à peu insensible , presqu'indifférent . N'avait-il pas fait tout son possible , après tout , pour se débarrasser de son ancienne vie ? Même si le temps d'une balade , quelquefois , devant le spectacle d'amoureux se promenant , main dans la main , sur les quais de Seine , il croyait revivre les temps insouciants de son adolescence des bords de Loire  ... 

          Mais elle avait fui , profitant  , croyait-il , d'un simple prétexte pour mettre un terme définitif à leur éphémère duo . Alors guettait-il , sans

raison , le retour de son hirondelle comme on attend la venue du printemps ! Parfois Dieu calme la tempête , souvent , l'homme la laisse éclater ! 

          - Qui apaisera la mienne ? , implorait-il au matin de ses trente-neuf ans . J'ai beau rêver tel un prince de Shakespeare , mais ne l'aimer que sur scène , sans pouvoir l'approcher ! ( )

           Ces après-midis d'automne , l'orage hurlait sa plainte au coeur des grands arbres , et des nues d'épouvante , roulant à la surface des

toits , l'eau ruisselait de pluie sur les tuiles , pénétrante , comme elle  tombait  , infiniment , sur le bois vermoulu des charpentes : - Des blessures si profondes , gémissait-il , qu'elles ne doivent se murmurer qu'à l'oreille d'un ange , tel un brûlant secret !

     

      7 - Dans ses moments de fatigue ou lorsqu'il travaillait à la conception d'un nouveau livre , il lui arrivait d'oublier cette peine en pensant , sous les vieilles arcades du Palais-Royal , à l'avenir de sa boutique . Assez secret , tout de même , c'était un homme aux gestes lents , méticuleux , dissimulant son activité de bouquiniste derrière un regard sombre et des lunettes noires , qui lui donnaient un drôle d'air de conspirateur , quoique jeune

encore  , la quarantaine , malgré , quelquefois , des airs absents qu'on attribuait à l'emprise de son métier . Mais , dans le quartier , chacun pensait que la seule passion connue de cet homme dont nul ne connaissait la véritable origine , c'était ce travail qui , toute la journée , lui faisait

concevoir , au prix d'une d'une très solide

technique , de belles histoires lui permettant , par leur style ou leur décoration , de donner libre cours à ses talents cachés d'artiste-relieur et de bibliophile . Bref , sa renommée était établie , certes , mais bien trop discrète , et son style paraissant démodé , il était ignoré de la critique parisienne , celle-ci ne s'intéressant guère aux doux rêveurs comme lui ! 

 

       8Il se rappellerait encore longtemps cette nuit de pleine lune et les sensations bizarres qu'il avait éprouvées , resté seul avec le souvenir de cette fille qui l'avait toujours ignoré ! C'est ainsi que cette fièvre particulière l'avait atteint , ces idées de suicide !

            Quelle fantasmagorie ! , se souvint-il , au moment ou lui et Sterenn , la compagne de sa prime jeunesse , avaient pu , il s'en réjouissait maintenant , grâce à une clef qu'elle dissimulait sur elle , entrevoir une cachette où , disait-elle , se trouvait peut-être la fameuse

" Croix de la Grève " en aigue-marine et cristal de roche qui délivre les coeurs prisonniers !

           Mais le soleil avait décliné sur le parc , laissant ses derniers feux brûler le fronton des façades qu'un trio insoucieux de mannequins et photographes bravait encore de leurs sourires enjôleurs , snobant les rares passants pressés témoins de leurs poses d'Arlequins moqueurs ... 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

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Notes :

 

5 - " Les Vagues " ( The Waves , Virginia Woolf , 1931 ) .

6 - " La Tempête " ( The Tempest , 1610 - 1611 ) , l'une des dernières pièces de William Shakespeare .

     

* Etoile = Sterenn en langue bretonne . 

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UN COEUR SOLITAIRE - II - Liesel et Clara .

12 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

UN COEUR SOLITAIRE - II - Liesel et Clara .
UN COEUR SOLITAIRE - II - Liesel et Clara .

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Il se peut que vous soyez mort  et que j'erre encore parmi les vivants ... "

Anna de Noailles - "Exactitudes  "

- Méditation sur la Mort , III , Rupture .

( 1930

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - Liesel et Clara

 

 

 

 

" Pour ceux qui portent Son Feu dans le coeur et Sa Lumière dans les yeux ! "

Pape François

 

 

       4 - Qu'est-ce que l'Amour ? , se demandait Lilian , dissimulant avec peine le douloureux secret de son âme , quand il se mettait à suivre une ombre rêveuse et téméraire portant un masque dans ces ténèbres du crépuscule où il errait vers l'autre incognito , finissant par la rejoindre dans son rêve un peu plus tard quand il ne la cherchait plus , là où celle qu'il avait souhaité depuis longtemps connaître , mais dont il prenait peur , chaque jour , de découvrir l'identité , devenait son double !

            Dans les lointains brumeux d'un miroir

d'eau , il pouvait alors contempler la magnifique jeune fille vêtue d'une robe toute blanche : - Eh bien , mon cher ? , lui disait la belle provoquant le rire de ses compagnes qui telles des tourterelles prenaient leur envol ... Vous ne trouvez pas qu'il est trop tard pour des retrouvailles ? Mais déjà , une autre voix l'appelait à l'entrée majestueuse du Temple : - Entrez donc , il faut soigner vos blessures , vous avez bien trop souffert ! 
            Chaque être a son jumeau , se disait-il pour se consoler , comme l'éclat d'un faux sourire dissimulant la part d'ombre . Et malgré son chagrin , le promeneur s'efforçait d'imaginer qu'ils avaient été " deux  " , pourtant , sur la Terre , un moment réunis par la Providence , mais , comme la foudre d'un éclair jamais ne remplace la vraie lumière du Paradis ,  qu'ils ne pourraient peut-être plus désormais devenir " un seul être " afin de communier à cette indicible patrie de leur idéal ...

 

       5 - Revenu à Nantes , l'écrivain dîna , comme chaque mercredi soir , au restaurant " La Cigale " , un établissement célèbre pour son décor somptueux et son ambiance " Art nouveau " . Puis , vers vingt-deux heures trente , il se rendit au piano-bar voisin , " Le Melocotton " où il avait ses habitudes , lieu intimiste et feutré , jazzy , où régnait une atmosphère unique , propice à la rêverie et à la réflexion . ( 3 )
Là , il se montra plutôt captivé par le jeu de Clara , l'américaine , lorsque les doigts effilées de celle-ci dansaient sur les touches du piano avec une grâce presque surnaturelle , créant des mélodies qui transportaient l'auditoire dans des mondes oniriques . Lilian était fasciné non seulement par la virtuosité de l'artiste , mais aussi par son expression spirituelle , par la manière dont elle semblait communier avec la musique . À chaque performance , et plus il avait bu , plus il sentait qu'elle révélait un fragment de son âme , et cela le touchait profondément .
Cependant , tout en écoutant la musique , il ne pouvait s'empêcher de penser aussi à l'autre personne dont il venait de faire la rencontre , une serveuse aux cambrures félines dont le charme magnétique et le sourire radieux l'avait troublé bien plus que de raison !
C'est ainsi qu'il s'était soudain retrouvé tiraillé entre deux attractions , l'une davantage spirituelle et l'autre plutôt physique , et tandis que l'une faisait naître en lui des sentiments intensément poétiques , lui inspirant déjà des pages entières de prose délicate et émotive , l'autre éveillait en lui des désirs plus terrestres , plus immédiats , lui rappelant l'éphémère beauté de la jeunesse et de l'incarnation !

Le samedi d'après , comme il avait hardiment décidé de retourner plus tôt que prévu à la brasserie afin de croiser le beau regard de celle que ses collègues nommaient Liesel Müller , il fut déçu d'apprendre que , celle-ci ne travaillant pas ce jour-

là , l'impulsion soudaine qui l'avait poussé à l'inviter à prendre un café après son service , n'avait servi à rien .

Toutefois , le mercredi suivant , l'étudiante allemande , d'un petit accent mélodieusement exotique et d'un sourire charmeur , lui déclara que son copain venant la chercher en voiture depuis la banlieue , elle n'avait pas le temps .

Ce soir-là , le poète resta au bar plus longtemps que d'habitude après le concert , proposant un verre à la musicienne qui , souriante , s'approcha de lui et , l'alcool aidant , tous deux commencèrent à discuter .

Qu'êtes-vous venus faire parmi nous ? , finit-il par lui déclarer ,  que sommes-nous venus faire 

ici-bas , dans ce monde misérable , parmi tous ces gens qui ne comprendront jamais rien au mystère de la Beauté dont parlent Baudelaire ou Nerval ?

            Parlant de n'importe quoi et de rien , des mystères de la vie , de la musique ou de la Bretagne , il se mit peu à peu à délirer sur le sens improbable d'une existence aussi difficile à comprendre que le voile clair-obscur d'un destin 

qui , brutalement déchiré , comme un navire par le récif , se mettrait à ressurgir là , en lambeaux , parmi les vagues . 

- Sans doute était-il temps que je m'accroche au dernier débris du navire qui coule ? Et qui peut savoir si tous ses souvenirs vivant encore avec force dans l'intimité de nos coeurs , dont nous prenons conscience , ne peuvent servir de prétexte à cacher notre effroi devant un avenir dont nous avons plus peur encore , nous demandant si ce qu'il y a en

lui , mais aussi tout autour , aura jamais une quelconque signification

Découvrant avec surprise la simplicité de cette femme qu'il trouvait si originale par la profondeur mystique de son timbre , sans doute pleine de rêves d'harmonie et , comme lui , d'élévation mais aussi de tâtonnements esthétiques , dont , à l'égal de son art lui paraissant incomparable , il ressentait l'envoûtante complicité , il fut autant surpris ,

néanmoins , de sa brutale réaction que , par la suite enfin , de sa propre maladresse !

- J 'aurais préféré mambo à lambeaux , monsieur le philosophe ! Et merci de me comparer à un débris ! , rajouta-t-elle de sa voix grave new-yorkaise en lui jetant rageusement son verre de whisky à la figure . ( 4 )

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

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Notes :

 

- " La Cigale " et  " Le Melocotton " , deux établissements nantais proches de la place Graslin .

4 - Mambo = style de danse populaire inventé dans les années 1930 par le musicien et compositeur cubain Arsenio Rodriguez ( 1911 - 1970 ) .

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UN COEUR SOLITAIRE - I - Le Cygne Noir .

11 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

UN COEUR SOLITAIRE - I - Le Cygne Noir .

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Il se peut que vous soyez mort  et que j'erre encore parmi les vivants ... "

Anna de Noailles - "Exactitudes  "

- Méditation sur la Mort , III , Rupture .

( 1930

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - Le Cygne Noir 

 

 

 

 

" Ce rêve de partage , de complétude , d'une réponse trouvée dans la solitude de la plage n'était donc qu'un reflet dans un miroir ? Le miroir s'était brisé ... " 

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , II , 6 - Le Temps Passe . *

 

 

 

        1 - La pluie avait tambouriné toute la nuit dans sa tête et sur le toit . Le lendemain , la maison , pâle fantôme dans la grisaille , lui sembla aussi vide qu'un navire abandonné . A l'occasion d'une éclaircie , ne voulant voir personne , il partit sur la plage , se contentant d'un cheval pour seul compagnon de tristesse , et , le long de la

côte , du bruit de ses sabots dans les gerbes d'écume . Coeur à marée basse , il s'était revu pourtant , le long de la grève immensément déserte , galoper comme en rêve sur " Perceval ", ce beau pur-sang du temps de sa jeunesse ...

                Mais maintenant ?

" Tout est mouvement , tout est danse ... " , lui avait-elle encore expliqué la veille , le regardant avec peine , au milieu des brouillards de l'alcool , pendant cette soirée d'hier où elle avait réussi à l'entraîner pour fêter la parution de son nouvel opuscule , doutant si ce qu'il venait de vivre et d'entendre , ce qu'il avait écouté d'un air

si étrange , pouvait être vrai , ayant peut-être cherché la vérité de son cher visage au miroir impénétrable des mensonges de sa propre vie ... 

                Mais maintenant ?

Si irrépressible , un besoin soudain de vomir s'empara de lui qui se demandait soudain ce qu'il faisait là , dans ce pays de fête aux gens trop insensibles pour comprendre qu'après quatre siècles , le loup rouge ou l'hirondelle ne pouvaient simplement plus revenir chez eux , même discrètement , telle une ombre jetée sur la lande ... 

" Un Alarc'h , un alarc'h tramor ! , chantaient-ils naïvement .  ( 1

           Mais lui , qui n'était pas comme eux , qu'est-ce qui le séparait de l'oiseau palpitant , cygne ou aigle noir s'élevant désespéré de trouver la chaude intimité d'une âme d'outre-monde ? 

                Parvenu loin de la terre ferme du continent , le vent du large étant contraire , son frêle esquif , battu par les vagues noires couronnées de mousse , n'était plus qu'une petite goutte frémissante au coeur du golfe 

                Là-bas , le sémaphore mystérieux , planté comme un arbre au milieu des vagues , le dévisageait d'un oeil jaune ironique , paraissant douter qu'il se sente plus fort que lui pour découvrir son secret . Sa solitude , sans doute , était grande , songeait-il , autant que la sienne , mais l'Amour est parfois bien plus qu'un rêve , il ressemble à la Mort !   

               Le visiteur arrivant déjà près de la porte des éditions du Phare , n'eut guère , hélas , le temps d'explorer davantage l'escalier tournant grimpant jusqu'à sa mince plateforme !

 

         2 - Parlant un peu tout à l'heure avec Job Le Du , capitaine du bateau , il s'était mis , plus encore , à douter de son identité , " petite goutte frémissante au coeur de l'océan " , face à ce lumineux témoin marchant comme un patriarche au milieu des flots paisibles du jour . 

Homme en quête d'image idéale , n'as-tu pas peur de mes jaillissements d 'écume qui , avec de plus en plus de sel , rougiront sans mesure tes prunelles aveugles de pauvre apprenti-matelot ? , semblait lui murmurer sans cesse la chanson folle du vent de mer s'engouffrant pleine de furie depuis les grandes montagnes abyssales du large dans l'immense cage d'escalier du bâtiment ! Suis plutôt ton âme , elle connaît le chemin ! Pourquoi chercher ailleurs ton double , ô , Roi du mondequ'en ce délire étrange de ma vertigineuse immensitéEntends-tu bien , de mes profondeurs , le chant sacré

              Sterenn , curieuse , observait dans l'éclat d'un morceau de verre , cet homme bizarre qui revenait toujours vers elle comme son fils ou son amant . Ressentir de la tristesse , désormais , devant ce bel ermite qu'elle aimait en secret , lui semblait inutile .Toute vie , après tout , n'était pour elle , que flux et reflux , sève océane s'écoulant depuis l'immuable éternité jusqu'aux vagues mourantes reflétant , là-bas , sur le rivage , le continuum de l'inépuisable énergie d'un peuple , mystère du sang , mystère du sel où , créature éphémère parmi tant d'autres , fragile ondoiement de la pensée collective , inexorable conscience d'un inutile frémissement liquide , elle n'était , parmi eux , sans doute , que l'une d'entre elles ?

             Ne suis-je pas moi-même née de la

mer ? , demandait-elle à son image devenue floue qui , renvoyée par la grande vitre de la bibliothèque , se mettait à disparaître et se dissoudre dans l'instabilité du décor ? Et tous ces livres d'aventure soulevant en nous ces tempêtes surgies des profondeurs les plus abyssales de la conscience impétueuse dGrand Chef d 'Orchestre ne sont-ils pas capables d'aggraver , se disait-elle 

aussi , son imprévisible fantaisie symphonique inassouvie en explorant les gouffres de l'insondable partition venue se perdre dans ce labyrinthe inextricable de nos maladies d'enfance ? 

            Car ne l'avait-elle pas connu à l'école primaire ?

            " Auberive  " ? , l'interrogea-t-elle sur son dernier ouvrage , fixant le faisceau écarlate brûlant ses paupières Plutôt  " Psyché  " , beauté déchue d'un astre du crépuscule , soeur jumelle en train de mourir , la vraie Sterenn , qui avait juste cherché à vouloir vivre à la place , dans le rêve d'une autre ayant le pouvoir de le séduire , illusion de l'amour , un peu comme un coquillage se laisse caresser par le feu scintillant d'une étoile sous-marine avant d'être englouti ...

            Curieuse espèce , constatait-elle

attristée , saisissant celle qui se trouvait dans la vitrine , perpétuellement en recherche d'un contre-jour idéal ou d'une autre définition possible de sa changeante identité . Quant à sa rivale , cette Morgana Kerlann ,  elle n'avait certes pas la couleur grisâtre d'un nuage au milieu des cieux .

Mais qui était-elle vraiment , pâle reflet de l'esprit tourmenté de " son " grand créateur , songeait-elle avec pitié ? 

            Dès lors , l'artiste , à moitié ivre, lui avait répondu , la veille , balbutiant , comme

intimidé , que , de tout son possible , il s'efforcerait , dans cette Apocalypse des âmes ne commençant vraiment que lorsque la journée s'achève , d'écarter ce voile insidieux qui , nuit et jour , s'entremêlait à ses sentiments , ses pensées ,  ses rêves de beauté , voulant empêcher sa vraie nature de répondre à tous ses sens mais , des ténébreux confins de leur monde , au contraire , les encerclait d'octaves d'une profondeur et d'une hauteur tellement mystiques , lui permettant ainsi , avec maestria , lorsqu'il se mettait au travail , d'émerger majestueusement vers l'infini ! ( 2 )

            C'est alors qu'elle avait cru furieusement désirer , prononçant de tels mots , les lèvres sa bouche ! 

         

       3 - Le visiteur finit pourtant par trouver , sur son bureau , un vieil album , ainsi qu'une photo jaunie à l'intérieur , découvrant enfin la vérité sur une époque apparemment disparue de sa mémoire , et qui malgré ses dires , devait être aussi celle de son hôtesse . Car le cliché montrait effectivement une scène de jeu dans une vieille école . On y voyait bien les deux jeunes enfants s'embrasser , l'un vêtu d'un costume breton , l'autre étant une petite fille dont le sourire lumineux rayonnait sur l'assemblée comme après l'un de ces mémorables instants d'extase ! 

            Mais il n'y aurait certainement pas davantage de traces concernant l'origine de ce triomphe éclatant , réfléchit-il avec tristesse . Jamais

            Peut-être était-ce mieux ainsi ?

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

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DAN AR WERN - Un Coeur Solitaire - I - Le Cygne Noir - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Un Coeur Solitaire " , copyright 2024 .

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Notes :

 

1 - " Barzaz Breiz " , I , 31 - Le Cygne ou le Retour de Jean le Conquérant :

" Un cygne , un cygne d'outre-mer ... " La Bretagne acclame le retour de son libérateur , le duc Jean IV

( 1339 - 1399 ) .

 

2 - " La Littérature et le Verbe " , conférence de Charles du Bos ( 1882 - 1939 ) , écrivain français , critique littéraire , dans " Qu'Est-ce que la Littérature ? " ( Posth. 1945 ) . 

 

 

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .

 

 

UN COEUR SOLITAIRE - I - Le Cygne Noir .

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