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AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Première Partie - L'Etranger - II - Royaumes Perdus .

23 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #AU SEUIL DE L'INVISIBLE

AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Première Partie - L'Etranger - II - Royaumes Perdus .
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AU SEUIL DE L'INVISIBLE

 

Première Partie

L'Etranger

 

 

 

" Le rêve est une seconde vie

Gérad de Nerval - " Aurélia " *

Chapitre II - Royaumes Perdus

 

 

" C'est ici que ton sort s'allume ,

  On ne choisit pas son bûcher ... "

 

Louis Aragon ( Les Poètes , 1960 ) Jean Ferrat , " Les Feux de Paris " , in " Ferrat 95 " , Copyright TEME , 1994 - Alleluia Productions - Tous droits réservés .

 

" Je lis , jécris , mais quand même ,

  Qu'il est long , lautomne à Vienne ,
  Tout à coup j'ai le mal de toi ... "

Barbara - " Vienne "

 

 

 

3 - Nice demeura longtemps pour lui une terre étrangère .  Il y vivait comme dans un exil où la lumière , la splendeur méditerranéenne , que tant d’autres admiraient , produisait chez lui un sentiment d’étouffement presque physique . Le ciel trop bleu , les avenues bordées de palmiers , la mer immobile , écrasée sous un soleil de plomb , lui donnaient parfois l’impression d’un monde sans profondeur secrète . Tout semblait visible immédiatement , trop offert à la surface des choses . Lui qui avait besoin d’ombre , de distance intérieure , de repli , souffrait en même temps , de l’absence de grands espaces . Les vastes forêts lui manquaient , les terres plus rudes et les montagnes majestueuses , les chemins creux de Bretagne ou les vallées alpines de l'arrière-pays lui revenaient sans cesse à l’esprit .

Dans la ville , au contraire , il avait le sentiment d’être enfermé . Même la beauté du paysage finissait par lui paraître pesante , presque close sur elle-même , et paradoxalement ,  c'est dans l'isolement silencieux de sa petite chambre , accablé de chaleur et volets fermés sur l'exubérance alentour , montant des bruits étouffés de la rue , qu'étendu sur un tapis rempli de poussiére , il découvrit peu à peu que la littérature devenait sa véritable patrie , et que , les rideaux filtrant à peine quelques rais dorés dans la pénombre , la lecture de Julien Green , par exemple , produisait un jour sur lui une étrange impression , car il appréciait beaucoup cet écrivain capable de dépeindre la vie sociale d'un être en proie à ses gouffres intérieurs les plus secrets . " Chaque Homme dans sa Nuit " , les aventures de Wilfred au pays des chemises , lui parurent , comme chez lui , habitées par une inquiétude spirituelle permanente . Celle d'une conscience enfermée dans ses propres labyrinthes , désirs obscurs de chambres closes , telle une fracture cachée à l’intérieur même des sensibilités modernes , montrant que les royaumes disparus dont il sentait la trace lui être si proches , comme à l'auteur le Sud américain , devenaient son état d’âme . ( 3 )

4Au lycée du Parc Impérial , puis à la faculté des Lettres de Carlone , il demeura encore en retrait .

Non par orgueil , mais parce qu'il percevait déjà obscurément se dessiner une distance entre lui et son époque . Beaucoup , autour de lui , paraissaient avancer naturellement dans ce monde moderne , tandis que lui éprouvait au contraire une sensation de décalage permanent , comme si une partie de sa conscience demeurait tournée vers des paysages que les autres ne voyaient plus . C'est à quinze ans , dans un chalet de montagne perdu au milieu des Alpes , qu'il lut , pour la première fois , les " Mémoires d'Outre-Tombe " de François-René de Chateaubriand . La montagne fut pour lui une révélation comparable à celle de la Bretagne intérieure : un univers assez rude , minéral , éloigné des superficialités du littoral . Entre les sapins sombres , les torrents et les phrases du maître de Combourg , le jeune adolescent comprit que certains lieux façonnent métaphysiquement les âmes , réalisant alors qu’on peut appartenir profondément à une terre tout en étant condamné , comme on laisse un amour , à la quitter . Cette intuition ne le quitta plus . Puis vinrent Victor Hugo et les guerres de l’Ouest , les civilisations déchirées , la grandeur tragique des causes perdues , la " Révolution française

Là encore , s'il pouvait concevoir parfois , refusant les simplifications , le désir d'une plus grande justice sociale avec l’effondrement d’un monde ancien ressenti comme inégalitaire , il restait profondément marqué par le basculement vers la Terreur et les figures de Louis XVI et Marie-Antoinette , passant sous la guillotine , le hantaient moins comme symboles de pouvoir que comme incarnations tragiques de la fragilité d'une famille assassinée au nom d'une folle idéologie , et dont sa chère duchesse Anne , qui en était d'ailleurs l'aïeule , faisait partie , elle qui avait épousé jadis Maximilien d'Autriche . En admirant , avec un mélange de mélancolie et de fascination , des gravures du Château de Versailles représentant l’apogée d’une civilisation raffinée , il avait du mal à applaudir à l’irruption brutale d’une populace vindicative - en admettant même que celle-ci fût souffrante et laissée pour compte - , arrivée en armes pour tout détruire au nom de la vertu ! ( 4 )

Puis vinrent les Cathares , Montségur , le sacrifice des " Parfaits " descendant vers le bûcher sans renier leur foi , cette tension entre splendeur et destruction devenant peu à peu , chez lui , l’un des grands thèmes de sa dilection .

C'est en écoutant la " Troisième Symphonie " de Ludwig van Beethoven , un soir , qu'il ressentit , devant l’ombre solitaire de Napoléon Bonaparte sur une pochette de disque , son attirance pour les grandeurs condamnées par l’Histoire , et le destin tragique des civilisations . ( 5 )

5 - Mais il entrevoyait , plus que le bien-être des peuples , dans tous ces drames , des effondrements successifs , quelque chose qui , dépassant les débats politiques , générait la disparition progressive d’un monde symbolique et spirituel . Ainsi , gardait-il une même intuition : les civilisations meurent autant de la perte de leur âme que des violences de l’Histoire . Cette fascination pour les causes perdues trouva , plus tard , son prolongement naturel dans la découverte de la " Mitteleuropa " . Les livres de Stefan Zweig lui ouvrirent les salons crépusculaires de l’Empire austro-hongrois , les cafés viennois , les palaces raffinés déjà menacées , dans la pénombre des âmes , d’effondrement . Ce fut particulièrement la figure errante d'Élisabeth de Wittelsbach , prisonnière du cérémonial impérial , cherchant dans le voyage et la fuite une impossible délivrance intérieure , qui le bouleversa ! En elle , comme en la malheureuse reine de France , il reconnut , nouveau paradoxe , une inquiétude qui lui était familière , la trouvant profondément désespérée, prisonnière du cérémonial impérial , cherchant dans les voyages , comme sans doute , la duchesse Anne ou Antoinette au Trianon , la poésie et l’errance d'une impossible échappée . Et lui , qui avait la capacité de saisir instinctivement cette fuite intérieure , comme elle , éprouvait parfois l’impression d’être né dans un monde qui n’était pas le sien , la modernité lui apparaissant souvent mécanique , bavarde , sans profondeur symbolique , et les grandes tours d'ivoire et de verre , les bureaux climatisés , les écrans omniprésents produisaient en lui une sensation d’irréalité .

Tout semblait fonctionner , certes , communiquer , mais pourtant , presque plus rien ne paraissait habité spirituellement . ( 6 )

Lorsque , à l'université , il étudia le " Grand Meaulnes " , ce chef-d'oeuvre approfondit encore en lui cette fondamentale nostalgie . Entrevu puis perdu , le domaine mystérieux devint le symbole même de l’existence humaine , l’homme percevant parfois une vérité , une beauté ou une édénique unité originelle qu’il passerait ensuite sa vie entière à rechercher sans jamais pouvoir la retrouver complètement . ( 7 )

6 - Ce fut la porte ouverte à son intérêt pour l’ésotérisme , aux traditions initiatiques, aux théories de la mémoire des âmes . Certaines lectures le troublaient profondément . Devant les vieux palais monarchiques , les portraits du XVIIIe siècle , ou certaine musique assez ancienne ,  il éprouvait une familiarité inexplicable , comme si son âme demeurait liée à un monde disparu . Mais il ne savait pas si cette impression relevait d’une survivance mystérieuse ou simplement de son incapacité à adhérer pleinement à la modernité contemporaine . Car autour de lui , tout paraissait devenir plus rapide , plus technique , plus fonctionnel , mais aussi plus vide intérieurement . Même lorsqu'il retrouva plus tard la Bretagne , il fut frappé par l’indifférence de ses nombreux habitants devant leur propre langue , héritage culturel , et  mémoire historique . Ce qui le bouleversait n’était pas tant la transformation du monde que l’effacement progressif du désir de transmettre . Alors la littérature prit pour lui une signification presque sacrée . Elle devenait le refuge des civilisations disparues , des inquiétudes métaphysiques , des fidélités invisibles que le monde moderne cherchait à dissoudre . Grâce aux livres , le royaume des morts continuait à respirer secrètement à travers les siècles !

7 - Peu à peu , cependant , naquit en lui une autre nostalgie . Il se mit à éprouver le manque de Paris sans presque l’avoir encore réellement vécu . La grande ville devenait dans son imagination fertile un espace spirituel autant qu’urbain : lieux du mouvement , des rencontres intemporelles , des bibliothèques , des vies anonymes de l'histoire et des romans-feuilletons qui se croisaient dans les brouillards du passé et les feux du couchant . Cette vision s’approfondit lorsqu'il se mit à lire Georges Duhamel et sa " Chronique des Pasquier. S'identifiant à Laurent , certes , le docteur en médecine , il adorait surtout Cécile et Suzanne , les deux soeurs artistes , comme si cette romanesque famille contenait déjà en elle toutes les nuances d'une sensibilité moderne d'après-guerre : l’ambition , la tendresse , la mélancolie , la solitude intellectuelle , avec ce désir en elle de s’élever au-dessus de sa condition . Puis ce furent " Les Thibault " de Roger Martin du Gard . Là encore , il retrouvait la grandeur des destinées humaines traversées par l’histoire de Daniel et Jacques , les fractures morales d'Antoine , les fidélités impossibles de Jenny de Fontanin . ( 8 )

Mais il ne se contentait pas des grandes œuvres réalistes . Très vite , il se passionna aussi pour le Paris fantastique et souterrain des romans redevenus populaires grâce aux feuilletons télévisés : celui de " Rocambole " ou de " Belphégor " ,  des bas-fonds des " Mystères de Paris , des exploits d'Arsène Lupin , des enquêtes de Joseph Rouletabille , le jeune reporter , découvrant à  travers eux , le spectacle d'un Paris labyrinthique , peuplé de passages secrets , de conspirations , d’aristocrates ruinés , de voleurs élégants , de détectives mélancoliques . Cette ville encore imaginaire exerçait sur lui une immense et lointaine fascination , devenant peu à peu l’opposé symbolique de Nice .

Non plus la lumière immobile , mais , pressentant que sa véritable existence intellectuelle commencerait peut-être un jour là-bas , le mouvement , non plus la surface éclatante , mais la profondeur des rues , des bibliothèques , des cafés , des vies anonymes de siècles superposés . ( 9

8 - Concevant qu'à travers toutes ces lectures se dessinait finalement une même quête , qu’il s’agisse des " Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse " de Renan , des " Misérables " de Hugo ou de la Croisade contre les Cathares , de Sissi ou du " Grand Meaulnes " , de Julien Green ou des héros du vieux Paris , l'avide lecteur cherchait toujours la même chose : un passage en direction d' un monde plus dense spirituellement que celui dans lequel il vivait , poursuivant obscurément , derrière les livres , les palais détruits , les royaumes disparus , les figures tragiques de ses démons imaginaires , cette vérité intérieure que la modernité semblait incapable de lui offrir . Il comprenait , désormais , que cette quête elle-même constiturait aussi , peut-être , sa véritable vocation . La littérature était , pour lui , plus qu'un refuge . Elle devenait une manière de sauver de l’oubli les états d’âme et les fidélités secrètes qu'avaient , malheureusement , cessé de voir les générations modernes . ( 10 )

Parfois , la chaleur immobile derrière les volets donnait une densité presque irréelle au temps . Dans cette semi-obscurité , il avait l’impression de vivre hors du monde contemporain , suspendu entre plusieurs époques , plusieurs vies possibles . Les livres s’accumulaient autour de lui , tous lui parlant , chacun à sa manière , d’exil , de perte et de quête impossible . Et peu à peu , naissait en lui une intuition plus vaste encore .

Peut-être la littérature n’avait-elle jamais eu pour fonction principale de distraire ou d’instruire ? Peut-être , avant tout , servait-elle à préserver certaines vérités intérieures menacées par le monde moderne . Les livres devenaient alors des refuges spirituels , des lieux secrets où survivaient encore la mélancolie , le mystère , la transcendance et le tragique , toutes choses que la société contemporaine cherchait désormais à dissoudre dans le bruit , la consommation publicitaire et l’oubli ! Dans cette chambrette niçoise noyée de chaleur , il éprouvait pour la première fois le sentiment qu'il appartiendrait toujours davantage au monde des rêveurs et des consciences inquiètes qu’à celui des hommes parfaitement adaptés à leur temps . Pour lui , être breton , désormais , ne pourrait plus se réduire à une mémoire familiale . A un paysage , à une langue , peut-être ? Il lui semblait parfois que la Bretagne véritable commençait précisément lorsqu’on s'en était éloigné , dans la solitude verticale d’un gratte-ciel de Manhattan , dans les couloirs impersonnels d’une tour de la Défense , ou devant la vitre d’un train traversant les banlieues anonymes de l'Europe . Là, dépouillée du décor , demeurait une question plus nue : qu’est-ce qui survit lorsque tout l’environnement a disparu ?

Il en connaissait les signes extérieurs , bien sûr . Les pardons , les chants , les récits de marins transmis au café des villages , toute cette culture populaire à laquelle tant d’hommes s’accrochaient comme à une preuve rassurante d’appartenance .

Mais il appréhendait aussi ses limites . Car à force de vouloir préserver l'héritage , on l'avait figé . Ce folklore sincère mais rigide ressemblait à certaines vitrines pieuses trop bien en ordre , où la vie réelle finit par manquer d’air . Or , l’âme humaine ne peut se satisfaire de litanies répétées de manière mécanique . Elle exige des abîmes , des contradictions , des découvertes . C’est la littérature qui lui ouvrit cette brèche !

( A Suivre )

                                                    ___

 

DAN AR WERN - AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Première Partie - L'EtrangerII - Royaumes Perdus - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " AU SEUIL DE L'INVISIBLE " , copyright 2026 .

                                                    ___

Notes :

3 - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 ) roman de Julien Green ( 1900 -

1998 ) , de l'académie française . Le titre en est tiré d’un vers de Victor Hugo figurant dans un poème que l'auteur a relu par hasard après avoir fini l’écriture : " Chaque homme dans sa nuit sen va vers sa lumière " ( Les Contemplations , Livre 5è , " En Marche " , III - Ecrit en 1846 , II ) .

4 -  Le soir du mariage par procuration d'Anne de Bretagne , le maréchal Wolfgang Von Polheim ( 1458 - 1512 ) , chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or ( 1501 ) , conseiller de Maximilien 1er d'Autriche ( 1459 - 1519 ) et représentant l'empereur en armure complète , ce qui ne laissait que son bras et son pied droit libres , grimpa dans le lit nuptial , "glissant sa jambe nue " dans la couche ducale afin que , selon l'usage , le mariage soit juridiquement consommé , tandis qu'une épée tranchante séparait le couple marié - Voir " Lumière d'Hermine " , Acte III , scène 1 , pièce de Dan Ar Wern .

5 - " Symphonie n° 3 " , dite " Héroique " ( 1802 , publication 1806 ) , de Ludwig Van Beethoven ( Bonn , 1770 - Vienne , 1827 ) .

6Elisabeth de Wittelsbach ( 1837 - 1898 ) , dite " Sissi " , épouse de François-Joseph 1er ( 1830 - 1916 ) , empereur d'Autriche et roi de Hongrie .

7 - " Le Grand Meaulnes  " , d'Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) , roman , Emile-Paul , 1913 .

8 - " Chronique des Pasquier " ( 1933 / 1945 ) , cycle romanesque écrit par Georges Duhamel ( 1884 - 1966 ) , écrivain , médecin , membre de l'Académie française .

   - " Les Thibault " ( 1922 - 1940suite romanesque de Roger Martin du Gard ( 1881 - 1958, prix Nobel de littérature ( 1937 ) .

9" Rocambole " ( 1964 - 1965 ) , série télévisée de Jean-Pierre Decourt d'après les romans de Ponson du Terrail ( Les Drames de Paris1829 - 1871 ) , avec Jean Topart ( Sir Williams ) et Pierre Vernier ( Rocambole ) .

   - " Belphégor ou le Fantôme du Louvre " ( 1965 ) de Claude Barma , adapté par Jacques Armand du roman d'Arthur Bernède ( 1927 ) , avec Yves Rénier , Juliette Gréco , Sylvie , François Chaumette , René Dary , Christine Delaroche .

   - " Les Mystères de Paris " ( 1842 - 1843 ) , roman d'Eugène Sue ( 1804 - 1857 ) .

   - Arsène Lupin , célèbre gentleman-cambrioleur des romans de Maurice Leblanc ( -  .

   - Joseph Rouletabille , héros récurrent des romans de Gaston Leroux ( 1868 -

1927 ) .

10 - " Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse " ( 1883 ) , biographie d'Ernest Renan

( 1823 - 1892 ) , écrivain , philosophe breton .

     - " Les Misérables " ( 1862 ) , roman de Victor Hugo ( 1802 - 1885 ) .

 

* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

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