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LE VISITEUR - III - Eclipse .

19 Juillet 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VISITEUR

Prise du Palais des Tuileries , cour du Carrousel , 10 août 1792 , par  Jacques Bertaux ( 1741–1813 )

Prise du Palais des Tuileries , cour du Carrousel , 10 août 1792 , par Jacques Bertaux ( 1741–1813 )

Le Visiteur

 

 

 

Le roi ma envoyé en mission et ma dit :

- Personne ne doit rien savoir de la mission pour laquelle je vous envoie . "

1 Samuel 21

 

 

III - Eclipse

 

 

" Comme les anges à l'oeil fauve ,

  Je reviendrai dans ton alcôve ... " 

Charles Baudelaire - " Les Fleurs du Mal " -

Spleen et Idéal " - LXIII , " Le Revenant " .

 

 

 

4 - Quelques semaines plus tard , la jeune stagiaire , alors qu'ils quittaient ensemble , un soir , le grand magasin proche de l'Opéra dirigé par son oncle , osa lui poser une question qui lui brûlait les lèvres .

- Vous avez suivi quelles études , m'aviez-vous dit ?

L'autre hésita un peu .

- Comme vous , ma chère , un " cursus " assez scientifique .

Vous voulez être aussi ingénieur , alors ?

Pas exactement , lui répondit-il avec un sourire .

Ils marchaient en silence sous les platanes du boulevard quand , avec le plus grand naturel , il ajouta :

- En réalité , je voudrais devenir astronaute .

Aziliz éclata doucement de rire .

- Astronaute ? Comme Armstrong ? ( 1 )

- Oui ...

Il leva les yeux vers le firmament , déjà teinté des premières étoiles .

- Comme lui ... mais pour aller beaucoup plus loin .

Sa compagne l'observait avec amusement .

- Vous êtes sérieux ?

Ne lui disant rien de plus , Albin fixa son regard sur une faible lueur qui venait d'apparaître au-dessus de l'horizon .

- Je crois , dit-il enfin , que quelqu'un m'attend là-bas .

La bretonne suivit son geste , mais ,  dans l'immensité de la nuit , là où il prétendait reconnaître un visage , ne distingua rien d'autre qu'un simple point rouge .

Pourtant , sans savoir pourquoi , un frisson lui parcourut l'échine . Pour la première fois de sa vie , elle eut l'impression que le ciel regardait la Terre .

- Curieux que nous nous trouvions ici ensemble ! , se mit-elle encore à plaisanter . Peut-être aurez-vous l'honneur de piloter un jour le vaisseau qui amènera sur cette planète la future brillante géologue devant vous ?

5 - Le 11 août 1999 , à l’heure du déjeuner , Paris semblait suspendue à une attente irréelle .  Venus assister à la dernière éclipse totale du siècle comme des centaines d’autres curieux , les employés du grand magasin d'Haussmann avaient envahi les allées des Tuileries . Deux d'entre eux marchaient côte à côte en silence . Depuis leur rencontre , Aziliz ne parvenait pas à définir ce qu’elle éprouvait pour Albin . Il ne cherchait , d'ailleurs , ni à la convaincre , ni à la séduire . Il semblait seulement présent près d'elle , avec une douceur grave qui donnait parfois l’impression qu’il observait le monde depuis un lieu très éloigné . ( 2 )

- Tu verras , lui avait-il dit en entrant dans le jardin . Parfois , des choses quon ne peut pas prévoir se passent ...

Déjà dense sur les allées , la foule s’était ensuite installée sur les pelouses . La lumière changeait déjà , un vent léger traversait les arbres comme un souffle venu d’ailleurs , les fontaines devenaient sombres ... Le jardin , baigné d’une lumière blanche , écrasante , quelques minutes plus tôt , commençait à changer imperceptiblement de couleur .

Les statues semblaient perdre leur éclat , leur chaleur de pierre , les bassins reflétant un ciel devenu métallique . Puis , la nuit tomba en plein jour , on aurait dit que l’ombre recouvrait complètement le Soleil . Un frisson parcourut la foule , et même si des enfants pleuraient , leurs voix paraissaient lointaines , comme absorbées par une immense voûte invisible avant que les conversations ne cessent presque entièrement .

Levant les yeux vers la couronne blanche qui flamboyait autour du disque noir , la jeune fille , protégée par les lunettes qu’on distribuait un peu partout , fut saisie d'une angoisse inexplicable lui serrant le cœur .

- Regarde ! , fit-elle tout de même avec cette espèce de forfanterie qui la caractérisait d'habitude , On dirait quon lui en enlève un morceau ! C'est alors qu'elle entendit un cri , expliqua-t-elle ensuite à son collègue , un hurlement lointain , déchirant, suivi d’autres voix , de clameurs , de coups de feu , du tumulte d’une foule enragée , un peu comme si une autre réalité , bien plus funeste , avait succédé à l'actuelle sur l'écran noir d'un cruel film de cape et d'épées , les Tuileries , tout autour d’eux , semblaient maintenant se changer en arène sanglante où la pauvre étudiante vendeuse croyait voir les silhouettes des arbres courir dans tous les sens en agitant leurs branches de spectres rougissants , pour échapper à un terrible massacre , depuis les couloirs du palais jusque dans les allées du parc .

C’est alors qu’Aziliz poussa un cri ! Elle porta les mains à ses oreilles , reculant comme si une douleur aiguë venait de la traverser .

- Tu entends ? ... Mon Dieu , tu entends ?

- Quoi donc ? , lui répondit Albin , stupéfait , qui se tourna vers elle .

- Mais les cris ... , les cris des suppliciés !

Tandis que son visage avait perdu toute couleur , ses yeux fixaient l’extrémité du jardin , vers la place de la Concorde , où elle voyait déjà , par anticipation , le couperet rougi de la guillotine , invisible derrière les arbres , faire son oeuvre ... ( 3 )

- Ils arrivent ... Les voilà qui traversent le jardin ... Des hommes , des femmes qu'on tue en ce 10 août , aux Tuileries ...

Cependant , elle comprit aussi , soudain , que les vociférations qu’elle croyait percevoir n’étaient pas seulement ceux des gardes suisses dans leurs habits de laine écarlate qu'on assassinait en ce beau mois d'août . Il y avait , plus profondément étouffé dans l'alcôve d'une chambre lointaine , un gémissement d’homme seul , perdu dans une obscurité de pierre ! Elle vit alors , par éclairs , le dessin d'une chambre aux parois rouge sombre , éclairée par une lueur vacillante dans laquelle était étendu un homme blessé , sur un lit , l'uniforme déchiré . Autour de lui , il n’y avait ni foule ni bourreaux , seulement le silence immense d’un monde sans pitié ! Néanmoins , lorsqu’il ouvrit la bouche pour appeler à l’aide , le même cri se mêlant aux clameurs de 1792 comme si les deux agonies ne faisaient plus qu’une , avait traversé en un quart de seconde le cours des siècles ! 

- Voyons , ce nest pas possibleLe 10 août est passé depuis plus de deux cents ans ! ( 4 )

La jeune femme chancela , tentant de se boucher les oreilles , pendant que les voix continuaient de monter en elle , et soudain , tout se concentra en une seule douleur au milieu du tumulte !

6 - Au même instant , mal éclairée d’une lueur vacillante , elle vit une grotte rouge où un homme  était étendu sur la pierre , comme abandonné au fond d’un monde désertique , souffrant avec une intensité insoutenable . Elle ne distinguait pas son visage , seulement cette atroce blessure qui semblait appeler quiconque à travers le temps ! Le rapport entre cette agonie et le massacre des Tuileries lui échappait complètement . Rien n’avait de sens . Et pourtant , comme une brûlure dans l'âme , elle sentait obscurément qu’il existait un lien , tel un météore , à travers ces souvenirs qu’aucune raison ne pouvait rapprocher . Lui déchirant les yeux . Des larmes chaudes coulèrent même sur ses joues . Mais quand elle voulut instinctivement les essuyer , ses doigts se remplirent de sang !

La jeune fille resta pétrifiée :

- Albin ... , gémit-elle d'une voix tremblante .

Celui-ci ne répondit pas tout de suite . Il cherchait à savoir si , dans le ciel obscurci , une petite lueur rouge venait d’apparaître , invisible au regard ordinaire , perdue entre les planètes . Ne trahissant aucune surprise , le visage de l'observateur affichait seulement le calme d'une infinie attention . Sa voisine , au contraire , sentit la panique monter .

- Je ne comprends pas ... Pourquoi est-ce que je vois cela ? Qui est cet homme ? Pourquoi ai-je mal comme si cétait moi qui ...

Les rires se changèrent en larmes , les mots se brisèrent dans un sanglot . Se tournant sans rien dire , Albin sortit alors de sa poche un mouchoir de lin blanc pour sécher avec délicatesse les traces de sang qui coulaient de ses yeux . La douleur se retira instantanément lorsque le tissu effleura sa peau . Ce ne fut pas une guérison brutale , mais un apaisement profond , comme une vague de silence descendant au fond de son être . Les cris des Tuileries s’éloignèrent .

L’agonie de l’homme dans la grotte devint une présence lointaine , toujours réelle , mais désormais supportable . Aziliz , comme une petite chatte , se blottit contre son ange gardien , levant vers lui un regard mouillé de peine . Il ne lui donna aucune explication , posant ses mains juste un instant sur ses joues , sources d'une chaleur intense apaisant le mal des pieds à la tête , avec cette tendresse grave qui ne ressemblait ni à celle d’un amant ni à celle d’un frère . C’était , au contraire , la compassion d’un être qui connaissait la souffrance humaine sans chercher à la commenter .

- Ça va passer , lui dit-il simplement .

Elle voulut lui poser d’autres questions , mais quelque chose dans son regard l’en empêcha . Il n’y avait ni secret jalousement gardé ni volonté de dissimuler la vérité , seulement la certitude que les mots deviendraient inutiles . Peu à peu , d'ailleurs , la lumière du Soleil recommença à croître autour d’eux . La foule applaudissait déjà le retour du jour .

7 - Elle respira plus librement , n’ayant , certes , pas tout compris , mais ressentant qu’une porte venait de s’ouvrir en elle et que le monde visible , pareil à la surface de l'iceberg , n’était qu’une partie du problème . Albin replia lentement le mouchoir taché . Puis il leva une dernière fois les yeux vers le ciel redevenu bleu , comme s’il avait reconnu , l’espace d’un instant , cette patrie que lui seul pouvait encore défendre au-delà des étoiles , goutte de lumière presque vivante , suspendue entre les points pâles de Mercure et de Vénus !

- Qui était donc cet homme ? , lui demanda-t-elle encore .

Léclipse dévoile parfois des secrets que Mars ouvre en grand Tu vois à travers une mémoire qui nest plus seulement la tienne .

Elle referma un bref instant ses paupières , comme si elle devait lutter contre une vérité devenue bien trop lourde pour une pauvre gamine insouciante comme elle , et , pour la première fois , elle eut aussi peur de l’homme qu’elle avait choisi de suivre ici , non parce qu’il lui voulait du mal , mais parce qu’il semblait appartenir à un ailleurs dont elle venait , malgré elle , de recevoir l’appel . Alors , naquit en elle une pensée lente et vertigineuse : sa vie quotidienne , les rayons du grand magasin , les horaires , les conversations sans importance , les gestes répétés jour après jour , tout cela lui parut soudain comme une lumière trop vive qui avait éclipsé autre chose d'essentiel , quelque chose de plus ancien , de plus profond , qu’elle avait toujours porté en elle sans le savoir , et qui n’était sans doute encore qu’une sensation , fragile , insaisissable , comme un souvenir dont on ne retrouve jamais les images , mais seulement l’émotion . Si ce n’était pas le Soleil qui avait été éclipsé quelques minutes plus tôt , se questionna-t-elle à nouveau . Si c’était sa vie présente elle-même qui constituait l’éclipse , une ombre passagère projetée sur quelque chose d’infiniment plus grand , plus réel et plus ancien qu’elle n’avait jamais osé l’imaginer ? Silencieux comme un voyageur qui connaît le chemin sans jamais le décrire , Albin marchait devant elle . Aziliz le suivait avec le sentiment qu’au-delà du cosmos venait de naître un espace immense dont elle n’avait encore aperçu que l’ombre . Elle regarda longtemps le ciel bleu , avec cette étrange impression de revenir d’un lieu où elle n’était jamais allée . Et pour la première fois depuis des années , elle se demanda si sa vie véritable n’avait pas commencé quelques minutes plus tôt , dans cette nuit tombée en plein midi , lorsque l’éclipse avait effacé le monde ordinaire pour laisser passer , l’espace d’un instant , l’appel d’une conscience oubliée .

 

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - LE VISITEUR III - Eclipse - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VISITEUR " , copyright 2026 .

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Notes :

1 - Neil Alden Armstrong ( 1930 - 2012, astronaute américain , pilote d'essai , aviateur de l'United States Navy , professeur , premier homme à avoir posé le pied sur la Lune le 21 juillet 1969 ( Mission Apollo 11 ) . 

2 - Eclipse solaire totale du 11 août 1999 à Paris , mais aussi dans le reste de l'Europe et même sur une bonne partie du continent asiatique . La Lune est venue éclipser totalement le Soleil à l'heure du déjeuner ( dernière éclipse totale du 20 è sièclemais aussi du deuxième millénaire ) .

3 - Sur la place de la Concorde , ancienne place Louis XV alors nommée place de la Révolution , la guillotine fut opérationnelle du 11 mai 1793 au 8 juin 1794 .

4 - 10 août 1792 : prise d'assaut du Palais des Tuileries , qui entraîna la chute de la Monarchie et le massacre de 300 gardes suisses , par une foule d'insurgés révolutionnaires . 

Plaque sur la Place de la Concorde

Plaque sur la Place de la Concorde

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LE VISITEUR - II - Aziliz .

18 Juillet 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VISITEUR

Aziliz / Soeur Clare Crockett ( 1982 - 2016 )

Aziliz / Soeur Clare Crockett ( 1982 - 2016 )

 

Le Visiteur

 

 

 

Le roi ma envoyé en mission et ma dit :

- Personne ne doit rien savoir de la mission pour laquelle je vous envoie . "

1 Samuel 21

 

 

II - Aziliz

 

" La vie d'un homme est une île lointaine où l'on n'accède qu'après une traversée plus ou moins périlleuse . "

Henri Queffelec - " Un Recteur de l'Île de Sein " , III , 1 ( 1952 )   

 

 

 

2 - Le lendemain matin , redevenant un homme presque ordinaire , Albin se rendait dans un grand magasin du boulevard Haussmann où il travaillait au rayon des chemises . Toute la journée , il dépliait des étoffes , conseillait des clients , rangeait des piles de coton parfaitement alignées . Dans une existence aussi routinière qu'elle pouvait en paraître presque banale , ses proches collègues le trouvaient discret , poli , quasi transparent . Pourtant , quelque chose les mettait souvent mal à l'aise . Lorsqu' il regardait quelqu'un , ce n'était pas le visage qu'il semblait observer . 

C'était autre chose , comme si les pensées les plus secrètes devenaient soudain , pour lui , visibles . Quand une cliente lui souriait , par exemple , il percevait la peur qui , depuis des années , la rongeait en secret malgré sa gentillesse . Etait-ce un cadre essayant une chemise , il pouvait lire le remords qui l'empêchait de dormir malgré son élégance et la diplomatie de son attitude . Quant à la vieille dame cherchant un cadeau , derrière sa voix calme , il entendait sa profonde solitude . Il ne faisait jamais aucun commentaire . Il savait seulement . Parmi les saisonniers recrutés pour l'été , se trouvait une jeune Bretonne assez enjouée , plutôt rigolote , arrivée de Quimper quelques jours auparavant . 

Celle-ci , cependant , contrairement aux autres , ne se détourna pas lorsqu'il la regarda , s'efforçant plutôt de soutenir elle-même ,  avec une brave curiosité mêlée d'inquiétude , la froide clarté de ses beaux yeux de cristal . Un matin , tandis qu'ils rangeaient ensemble des cartons dans la réserve , Aziliz , doucement , lui demanda :

- Excusez-moi ... est-ce qu'on se connaît ?

Il demeura silencieux .

- Chaque fois que vous me regardez ... j'ai l'impression que ... elle hésita avant d'esquisser , dans un rire , une grimace de clown : vous savez quelque chose de moi que je n'ai jamais avoué à personne .

Le visiteur , levant lentement la tête , se mit , avec une infinie douceur , à lui murmurer d'une voix presque imperceptible :

- Ce n'est pas à cause de moi , seulement vous savez ...

Ce fut à cet instant précis qu'elle eut la certitude troublante que cet étrange vendeur n'était pas là par hasard ...

3 - Chaque soir , lorsque la nuit recouvrait la capitale de son manteau sombre pailleté d'étoiles d'or , il ouvrait la petite malle en bois qu'il gardait sous son lit . Son contenu paraissait banal : une pierre rouge, lisse comme du verre , un carnet recouvert de signes incompréhensibles , de même qu'une étrange lunette d'observation dont nul astronome terrestre n'aurait pu connaître la fabrication d'origine , et dont le métal semblait n'appartenir à aucun alliage recensé sur leur planète .

Il ne brillait pas , mais absorbait la lumière . Aucun verre n'en équipait les lentilles , qui paraissaient pourtant traversées d'une profondeur infinie . L'observateur , alors , montait sur la chaise placée devant la lucarne et dirigeait lentement l'instrument vers l'est , attendant qu'au-dessus des toits de Paris n'apparaisse une minuscule étincelle rouge : Mars ! À cet instant , son visage changeait imperceptiblement , car il semblait écouter davantage qu'observer . C'était l'heure où le chat noir se mettait à le fixer de ses prunelles scintillantes , poussant un long miaulement grave et plaintif ... Il ne se quittaient plus des yeux , parfois pendant quelques minutes , parfois pendant une heure . Regardaient-ils , tous deux , réellement la planète rouge ? Ou contemplaient-ils , tel un vestige de l'espace , un temps révolu , inaccessible aux hommes ? Lui-même ne l'aurait sans doute pas su . Car chaque fois que son regard croisait cette faible lumière , comme un reflet perdu au fond des yeux luisants de l'animal , une même voix montait du silence ... Une respiration haletante , puis un appel , toujours le même , toujours plus faible ... Comme si quelqu'un attendait depuis une éternité qu'on lui réponde enfin !

 

 

( A Suivre )

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LE VISITEUR - I - Le Chat Noir .

17 Juillet 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VISITEUR

LE VISITEUR - I - Le Chat Noir .

 

Le Visiteur

 

 

 

Le roi ma envoyé en mission et ma dit :

- Personne ne doit rien savoir de la mission pour laquelle je vous envoie . "

1 Samuel 21

 

 

- Le Chat Noir

 

" You know who I am ,
  You ' ve stared at the Sun ,
  Well , I 'm the one who loves changing
  From nothing to one
... "

 

Leonard Cohen - " You Know Who I Am " *

 

 

1 - Lorsque les derniers rayons du soleil glissèrent derrière les toits de zinc , la chambrette parut s'emplir d'une lumière venue d'outre-monde . Les murs blanchis à la chaux prirent une teinte d'ambre , puis de cendre . À travers la lucarne , Paris s'effaça lentement dans une mer de cheminées où montaient les fumées du soir . Il vivait là seulement depuis quelques semaines , dans cette chambre de bonne oubliée sous les combles , qui , avec son lit de fer , sa petite table et sa chaise était , en vérité , si étroite qu'un homme pouvait presque toucher les deux murs tout en écartant les bras . Rien qui révélât une histoire , une famille , une origine . Les voisins de l'immeuble ignoraient jusqu'à son nom . Parfois , quand on le croisait dans l'escalier , le nouveau locataire opinait d'un léger sourire , sans jamais prolonger la conversation.

Personne , d'ailleurs , ne savait vraiment qui il était.

Était-ce un jeune homme ? Une jeune femme ? Son visage possédait une douceur qui échappait aux catégories ordinaires . Certains jours , son regard paraissait infiniment ancien , comme s'il avait contemplé des horizons que nul être humain ne pouvait connaître . Au contraire , d'autres fois , c'était celui d'un enfant découvrant le monde à qui il arrivait de se regarder longtemps dans le miroir terni suspendu au-dessus du lavabo .

- Tu sais qui je suis ? murmurait-il à son propre reflet .

Chaque soir , lorsque le crépuscule tombait sur la ville , un léger bruit de griffes , discrètement , se faisait entendre sur les ardoises . L'étranger n'avait pas besoin de lever les yeux . C'était l'heure où un chat noir , se glissant par l'ouverture avec une souplesse silencieuse , venait s'installer sur le rebord de l'imposte . Jamais il ne miaulait , se contentant , avec une gravité presque humaine , d'observer simplement son étrange acolyte avant de disparaître à nouveau dans l'ombre . Mais , quelques secondes plus tard , son pelage semblant absorber les dernières lueurs du jour , il s'arrêtait au milieu de la chambre , fixant le jeune homme de ses yeux d'or , puis poussant un long miaulement , grave et presque plaintif , se laissait caresser par lui pendant qu'il refermait doucement le livre qu'il tenait entre les mains . Le visiteur avait fini par attendre cette présence silencieuse comme on attend un ami .

- L'heure est déjà venue , murmurait-il alors , tandis que l'animal remuait lentement la queue , comme s'il comprenait chacun de ses mots . 

Puis la seconde précise arriva , où le soleil entièrement disparu fit resurgir une voix faible , déchirée par des parasites , lointaine , qui , avant de parvenir jusqu'à lui , presque effacée par l'immensité , semblait avoir traversé un océan de vide et franchi des millions de kilomètres ! Le visiteur ferma ses yeux mouillés de tristesse et de rage . Une fois encore , ayant ouvert la vieille malle placée sous son lit pour en sortir une étrange lunette dont le métal semblait avoir été poli par les siècles plutôt que façonné par une main humaine , il aperçut mieux alors la caverne aux parois rouge sombre , éclairée par une faible lampe vacillante où  reposait un homme qui se savait condamné , revêtu d'une combinaison spatiale couverte de poussière ocre , et dont le casque fissuré ne protégeait plus qu'un visage complètement épuisé .

Il voulut lui répondre , mais , comme chaque soir , aucun son ne put franchir ses lèvres . L'oxygène lui manquait . C'était évident , puisque lui-même , ressentant que chaque souffle de sa respiration devenait plus difficile que le précédent , comprit qu'il allait mourir , là-bas , dans ce désert sans fin , tandis qu'ici , le ciel prenant la transparence profonde des soirées brûlantes d'été , une à une , s'allumaient les étoiles clignotant comme cette timide lueur d'espoir au-dessus de l'horizon de Mars , la planète rouge !

- Aidez-moi ! , suppliait la voix .

Mais , chaque soir , la vision s'interrompait avant qu'il ne puisse répondre .

Alors , le silence retombait sur Paris ... 

 

 

( A Suivre )

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" You Know Who I Am " , Copyright 1967 , 1969 by Stranger Music Inc . - All rights reserved - From the album " Songs From a Room " , Copyright 1966 - Sony Music Entertainment Inc. / Columbia - All rights reserved .

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