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LE TRAIN - IV – Victim of Love .

9 Novembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE TRAIN

LE TRAIN - IV – Victim of Love .

 

 

 

LE TRAIN

 

 

 

 

 

IV - Victim of Love

 

 

 

 

La mort viendra et elle aura tes yeux / Verrà la morte e avrà i tuoi occhi "

Dernier texte de Cesare Pavese ( 19081950 ) , laissé sur une table dans une chambre d'hôtel de Turin , le jour de son suicide le 27 août 1950 .

 

 

 

 

 

8 - Au petit jour , la lumière entra par les rideaux de la chambre comme un filet d’or pâle .
En contrebas , la mer , lentement , respirait . Roméo n’avait presque pas dormi , revoyant la nuit folle et les rires , la danse et le regard de Juliette se fondre dans la roseur pâle du " Paradise " .
Tout cela semblait irréel , comme si ce n’était déjà plus qu’un souvenir . Après cette nuit passée à l’ " Hôtel California ", les premières lueurs grises de l'aube avaient doucement filtré à travers les persiennes entrouvertes , leurs gouttes , comme une rosée sur ses yeux sombres , dorant les draps défaits . Dans le silence , on entendait seulement le cri des mouettes couvrant le grondement de la circulation remontant , plus loin , la Promenade . Il se leva le premier , regardant son amie dormir , le visage encore apaisé par la fatigue et la douceur du vin de la veille . Tout en elle évoquait une innocence retrouvée . Pourtant , comme il s'en doutait déjà , le temps devrait bientôt les séparer . La veille , ils avaient déjà convenu de leur " adieu " temporaire : elle allait rejoindre son groupe à Gênes , lui se promettant d'achever son pèlerinage à Nice en retrouvant les lieux de son enfance , la colline de Cimiez , le vieux port , l'avenue de la Lanterne , avant , d'ici quelques jours , de reprendre son train pour Rome . ( 2 )

Alors , devant le miroir fêlé de la salle de bains , tout à coup , l’idée du départ devint insupportable à Juliette . Elle sortit , ses cheveux blonds humides , revêtue d'un peignoir , un léger sourire au coin des lèvres , dans les yeux cet éclat qui l'avait tant ébloui la veille , lorsque la musique des " Eagles " avait commencé à flotter dans la salle , comme une promesse impossible . 

Puis , ils descendirent l'escalier tous deux , main dans la main , jusqu’au parvis . La ville s’étirait dans la torpeur estivale .
- Et si on ne se quittait pas tout de suite ? , lui souffla timidement la jeune fille .
- Tu veux dire ...
- On pourrait y aller ensemble , à Gênes !

L’idée lui parut presque irréelle , et pourtant ... Le jeune homme se mit à trembler , n'hésitant pas une seconde , embrassant avec plus d'ardeur encore sa compagne . Ensuite , il fut étonné de voir la voiture qu'elle conduisait , une " Sunbeam " alpine MK bleu saphir métallisé de 1953 décapotable , comme celle de Grace Kelly , modèle assez ancien que lui avait prêté un ami du groupe ayant travaillé aux studios de la Victorine , lui expliqua-t-elle . Vers midi , ils quittèrent Nice par l’autoroute A8 , riant , chantant , emportés par le vent chaud de la Riviera . Dehors , le soleil montait sur la corniche , éclaboussant la roche d’une lumière presque aveuglante . Elle pensait à ce qu’il lui avait dit : " On n’échappe pas toujours à ce qu’on aime " . ( 3 )
Cette phrase , maintenant , lui revenait comme un refrain , dans le ressac lointain des vagues . La route s’élevait en lacets au-dessus de la mer . Le soleil frappait la tôle blanche de l'automobile . Sur la corniche , le bleu du ciel et celui de la Méditerranée se confondaient dans un vertige d’été . Elle conduisait , ses cheveux fous dans le vent , lui à côté d’elle , observant la mer et ses reflets argentés de cobalt où se mêlaient tous les souvenirs de son enfance .

- Tu vois , dit-il , c’est ici que j’ai appris à nager , sur la pointe sainte-Hospice . Mon père me tenait par la main , là-bas , près du cap Ferrat .

J’avais peur des méduses ...
La conductrice tourna légèrement la tête , le dévisageant d'une mine sérieuse .

- Et maintenant ? , sourit-elle .
- Maintenant , je crains tout ce qui passe trop vite .

- Alors ne laisse rien passer . Pas aujourd’hui !

Elle accéléra . La décapotable filait vite le long des falaises , frôlant les murets , le vent soulevant sa robe claire . On aurait dit une scène d’un autre temps , quelque part sur la route entre Monaco et San Remo .

Tu crois au destin ? , lui demanda-t-elle .
- Je ne sais pas . Peut-être qu'il ne te reste plus qu'à lui donner rendez-vous ? 

Juliette parut s'amuser de l'aventure ! Ils riaient comme deux enfants . Le moteur , complice , ronronnait régulièrement . Sur la radio , un vieux morceau passa , presque par hasard , " New Kid in Town " . Romeo baissa le son .
- Tu entends ? Ne dirait-on pas que la chanson nous suit depuis hier ? 
- Oui , répondit-il , comme un présage ... 

- Alors , cramponne-toi , mon cher ! On attend la " star " sur scène ! , rajouta-t-elle avec une certaine ironie , se voyant déjà , sans doute , jouer avec son groupe dans un théâtre où le public lui réclamant un dernier morceau , elle reprenait sa guitare et , sans savoir pourquoi , commençait à jouer les premières notes du fameux tube .

Ils passèrent la frontière , la mer à gauche , les collines couvertes d’oliviers à droite . Les panneaux changèrent de couleur , indiquant Savone . Le ciel devint plus lourd , la lumière plus dure . À mesure qu'ils approchaient du but , un vent étrange se leva , pas celui du large , mais un souffle sec venu de l’intérieur des terres .

La jeune femme fronça les sourcils .
- Tu sens comme lair a changé ?
- Oui ... cest plus orageux ...

Le silence s’installa . Elle regarda sa montre : 11 h 30 .
Encore quelques kilomètres , pensa-t-elle . À travers le pare-brise , le bleu azuréen s’éloignait peu à peu , remplacé par le gris des zones industrielles , puis , tandis que la voiture blanche filait sur l’autoroute , happée par la chaleur , grignoté par le damier des toits de la ville natale de Christophe Colomb .

Midi passa .

Juliette avait remonté ses lunettes de soleil , son bras gauche posé sur la portière .
- C’est donc ici que finit notre pèlerinage ? , demanda-t-elle .
- Oui , entre ciel et béton , soupira-t-il . On dirait que le nouveau monde a parfois des allures d’échangeur .

Elle rit d'un rire clair , plein d'insouciance et de jeunesse .
- Et dire qu’hier encore , on dansait sous les palmiers ...
- La vie est capricieuse , fit Romeo . Elle change de décor quand on commence à peine à y croire .

Ils approchaient du pont Morandi , surplombant la vallée du Polcevera . En ce 14 aôut 2018 ,  le ciel s’était chargé d’une lumière blanche , presque électrique . Un souffle chaud traversait la vallée . Juliette serra un peu plus fort le volant .
- Tu crois qu’il va pleuvoir ?

Non . C'est juste que le monde retient son souffle .

Ils montèrent sur la travée . En contrebas , la ville , autour du  lacis de ses rails bordé d'entrepôts , déroulait , au pied de verdoyantes collines , ses toits bigarrés . Romeo sortit son téléphone afin de prendre une photo .
- Regarde ça ! On dirait qu’on vole !

Ce furent ses derniers mots !
Dans un vacarme épouvantable , à 11h 36 précise , le monde parut soudain se déchirer .

Le pont s’était brusquement effondré , emportant avec lui des vies , des voitures , des promesses suspendues . Parmi elles , dans une décapotable blanche , entre les amas de béton , les secouristes découvrirent plus tard deux silhouettes immobiles couchées sur le flanc , sous la poussière , l’une contre l’autre , qui paraissaient dormir , encore enlacées , figées dans le vide . A la portière , une écharpe bleue était accrochée , un fragment de tissu qui dansait comme un dernier signe de leur jeune existence . Au-dessus d’eux , le ciel s’ouvrait d’un bleu si pur qu'on aurait dit que la lumière voulait vite les emporter ailleurs . ( 4 )
Quelqu'un ,  sur l’écran d’un téléphone brisé , reconnut la photo du pont , prise une seconde avant la chute . On y voyait la mer , la ville , et deux visages qui s'amusaient encore , mais dont la vie s'était tue tout à coup .
Le vent seul , désormais , ponctué du cri de quelques mouettes , remplissait le silence , ignorant encore tout de ce jeune parisien qui faisait route pour Rome , emportant dans sa valise un carnet , quelques poèmes , plus un nom griffonné à la hâte , celui de la jeune fille dormant à ses côtés ... 

 

9Juliette , elle , en s'envolant ,  se voyait jouer avec son groupe dans un bar de Gênes .
Le public , indifférent , lui réclamait un dernier morceau .
Alors , prenant à nouveau sa guitare et , sans savoir pourquoi , elle avait commencé à jouer machinalement les premières notes de " Victim of Love " . ( 5 )
Sa voix tremblait , puis , dans le brouhaha , s’éteignit soudain . Quand elle leva ensuite les yeux , croyant percevoir le reflet d’une jeune femme qui lui souriait dans le public , mais aussi par la vitre de la voiture , avant de disparaître , elle vit aussi scintiller dans le noir de la scène , à travers la frénésie de cette extase incendiaire , et pressentant l'incompréhensible , comme des diamants merveilleux , les yeux de cette belle demoiselle à son image , irradiés de tous côtés par ceux d'un insatiable amant , deux escarboucles de lumière dévorante !

- L'eau finira-t-elle par vaincre le rocher  , lui demandait celle-ci , pendant que quelque chose en nous , noyé dans la douceur du clair-de-lune , brûle d'un immense désir de l'Eternel ?

Alors , que suis-je venu faire ici ? , lui rétorquait son double , reflété dans le miroir de ce  paysage désolant dont il ne resterait bientôt plus que poussière jaunâtre dispersée aux quatre vents de vieilles photos-souvenirs d'une pauvre disparue .

Et que signifie , en ce bas monde , le passage d'Eurydice morte à vingt ans ? ( 6

Chère amie , cette infinie douceur cachée en toi comme une rose délicieuse et légère de mon jardin de souffrance , la retrouverai-je un jourEt ce beau sourire de lumière arraché à l'Etoile de ta Mort , me le redonneras-tu ?

J 'ai la tête couverte de rosée , les cheveux trempés des gouttes de la nuit ...  Je dois m'en aller au loin , dit un jour l'enfant du Soleil à son fiancé . Je ne sais ce qu'il y a en moi , quelque chose me pousse en avant ... ( 7 )

- Mais pourquoi vouloir partir , la suppliait-il , et quitter celui qui , vraiment , nous ressemble et nous couvre de son ombre ?

- Chaque jour a une aube , un crépuscule ...

- Mais ça me brûle comme un feu de l'enfer ! , lui répondit l'étrangère , voyageant au bout de ses forces . Je n'en puis plus ! ( 8 )

- Peut-être faudrait-il apprendre à trouver d'abord le désert de ta solitude , lui murmurait , pour la consoler , la voix de l'Ange , écho d'une rivière des larmes de la nuit , chapelet de gouttelettes fines tombant du flanc de la montagne sur cette vallée du bout du monde ? ! ( 9 )

- Alors le bonheur serait là ?

- Ma pauvre amie , n'entends-tu pas ce vent du crépuscule chassant au-dessus du lac les nuagesNe vois-tu pas l'errance de leur vie éphémère s'achever douloureusement sur le toit du Temple des Abîmes , tandis qu'un dernier rayon du Soleil triomphal , son amant , se joue de la masse sombre de la Lune au ténébreux sanctuaire , par un éclat sur l'eau de son regard , montrant leurs visages moqueurs , tout biscornus , leurs guenilles ridicules : " Les nuages , les merveilleux nuages ... " ? 

( 10 

10 - Le silence .
Puis une pluie fine , presque bienveillante , lavant la poussière du désastre .
Sur la vallée du Polcevera , la lumière revint , tremblée , dorée , comme si le ciel lui-même voulait panser la plaie ouverte de la terre . Entre les débris et les poutres tordues , l'auto reposait , à demi ensevelie . Rien ne bougeait plus . Pourtant , quelque chose flottait , comme une présence légère , un souffle , des formes humaines , translucides , qui se tenaient par la main , sans peur , comme si leur chute n’avait été qu’un passage , une porte ouverte sur un autre rivage . Leurs âmes s'étaient-elles levées de la poussière , montant lentement dans l’air tiède du midi , franchissant la brume , portées par le vent marin ?

Tout en bas , la ville s’effaçait , le bleu s’élargissant en haut vers l'infini . Plus loin , là où commençait la lumière , une silhouette , celle de Mona , calme et souriante , qui savait que rien ne finissait , que tout recommençait comme au premier jour , attendait le pauvre RoméoAlors ,  le regardant avec tendresse , elle lui fit franchir le seuil sans retour .
Et le monde terrestre s’éteignit derrière eux , dans un grand silence d’or !

 

 

 
 
FIN
 
                                                       ___
 
LE TRAIN - IV - Victim of Love - Pep gwir miret strizh -All rights reserved -Tous droits réservés - " LE TRAIN " - Copyright 2025 Dan Ar Wern .
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Notes :
 
2 - BALADE AU PAYS DES OMBRES ( Cycle de L'Etoile IV ) - I - 8 - Un Immeuble au Nom d'Etoile - Copyright 2018 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
3 - Sunbeam Alpine MK bleu saphir métallisé de 1953 utilisée dans le film d'Alfred Hitchcock ( La Main au Collet / To Catch a Thief , 1955 ) avec Grace Kelly et Cary Grant .
 
4 - Catastrophe du pont Morandi , à Gênes , le 14 aôut 2018 .
 
5Victim of Love ( 1976 ) , chanson du groupe " Eagles " figurant sur l'album " Hotel California " sorti le . Elle fut écrite par Don Henley , Glen Frey , Don Felder et J.D Souther - Tous droits réservés - Voir note 1 .
 
 
6 Légende d'Orphée et Eurydice ( Mythologie grecque ) .

 

7 - Cantique des Cantiques , V , 2 .

8 - La Mort en Perse " ( Tod in Persien , 1935 ) - L'Ange , par Annemarie Schwarzenbach ( 1908 - 1942 ) , écrivaine , aventurière suisse . 

- " La Vallée Heureuse " ( Das Glückliche Tal , 1940 ) , par Annemarie Schwarzenbach .

10 - " Petits Poèmes en prose ou le Spleen de Paris " ( 1869 ) - I - L'Etranger , par Charles Baudelaire

( 1821 - 1867 ) , poète français .

 

 

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LE TRAIN - III - Le " Paradise " .

8 Novembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE TRAIN

LE TRAIN - III - Le " Paradise " .

 

 

LE TRAIN

 

 

 

 

 

III - Le " Paradise "

 

 

 

 

" Parfois dans votre vie , vous ferez un voyage . Ce sera le plus long voyage que vous ayez jamais fait .

  Cest le voyage pour vous retrouver . "

Katharine Sharp ( 1865 - 1914 ) , philosophe américaine .

 

 

 

 

 

6 - Le " Paradise " portait bien mal son nom . Les couples venaient y danser mollement , repus des spécialités culinaires niçoises du chef , ivres d’ennui , d’espoir et de tout l'alcool qu'ils avaient pu boire pendant le dîner , certains dont le coeur était lourd , d'autres que la passion , sans doute pétillante comme une coupe de champagne , faisaient revivre par le miracle d'un sourire , celui d'une ondine au pouvoir magique , aube de nouveau monde après les ombres de la nuit .
Juliette se surprit à rire , à oublier le temps .

Ce soir , elle se sentait , malgré tout , si légère , n'ayant presque rien consommé , sinon quelques verres , presque heureuse , comme si ce garçon  sorti d’une erreur de porte , et qui lui ressemblait d'une manière étrange , avait entrouvert en elle un passage secret .

Sous les néons roses , feux miroitants d'un océan de pierres précieuse , l’air sentait le sel et la poussière , cocktail exotique de fleurs fanées et de rêves inachevés . Le bar , installé dans une ancienne salle de bal de l’hôtel , ouvrait sur une terrasse donnant directement sur la mer . À travers les baies vitrées , tournoyant dans la blancheur d'une fête onirique , les lueurs de la Promenade scintillaient sur les vitres comme dans les yeux des danseurs , corolles de fleurs et de constellations vacillantes que l'orchestre accompagnait d'une valse ou d'un rock endiablé !

Maintenant ,  celui-ci jouait un vieux morceau des " Eagles " - New Kid in Town - et les premières notes semblaient flotter entre eux comme un écho venu d’un autre siècle .
Ils souriaient , le regard brillant d’une joie fébrile , un peu nerveuse , quand , soudain , tous deux se sentirent complètement " aimantés " l'un par l'autre ! ( 1 )

Il la guida ensuite vers une table , près de la piste .

- Je devrais les retrouver demain dans le centre de Gênes pour une tournée un peu bohème en Italie , une série de concerts improvisés , tu vois , rien dofficiel , mais ça me suffit . Jai fui Toulouse , après tout , j'ai laissé tomber la capitale ... et , surtoutla banque !
Elle éclata de rire , ajoutant :
- Tu m'imagines ? Costumes gris , bureaux climatisés , les chiffres à longueur de journée ... un vrai cauchemarJai laissé un message sur le répondeur , pour mes parents . Peut-être croiront-ils que je suis devenu folle ?

Roméo l’écoutait , fasciné . Tout ce qu’elle disait résonnait en lui comme un aveu qu’il aurait pu prononcer lui-même .
Elle aussi avait décidé de tracer la route , sans trop savoir pourquoi , sinon pour retrouver ce souffle qu’elle croyait perdu !

Et soudain , tout en le dévisageant , pleine de curiosité , elle fut frappée par cette ressemblance : les mêmes yeux clairs , même pli au coin des lèvres , même façon de pencher la tête quand il écoutait . C’était troublant , presque inquiétant .
- Vous ... enfin , tu me fais penser à quelquun , murmura-t-elle .
- À qui ?
- À moi , je crois .

Quelque chose , en effet , les unissait par une force invisible dépassant la logique . Ils éclatèrent de rire , mais leur rire sonnait comme une reconnaissance , comme deux pôles contraires qui enfin se retrouvent , après mille détours , dans ce lieu improbable , à l'autre bout du monde ,  soumis à la force d'un irrésistible magnétisme animal !

Telle un feu couvant sous la braise , la musique langoureuse des " slows " parut s'éterniser , lente et douce , les faisant danser sans se parler , joue contre joue , corps enlacés par leurs mains qui , d'abord timidement , avaient hésité avant de se frôler , regards accrochés l'un à l'autre , comme à un fil de lumière .
Autour d’eux , les conversations s’effaçaient , le temps semblait suspendu .
Et quand la soirée prit fin , Juliette eut l’impression étrange que tout ce qu’elle avait quitté - sa vie d’avant , Paris , même elle-même - s’était dissous dans l’air salé du " Paradise " .

 

7 - Il n'imaginait guère , d'ailleurs , quand il crut la reconnaître en songe , ombre parmi les ombres ,  derrière un voile , aussi présente que la vie peut l'être en se cachant , revoir ce complice et lumineux sourire , né soudain de ses lèvres roses de jeune fille , papillonner vers lui qui croyait depuis longtemps bien mort cet éphémère instant de sa prime jeunesse , trace d'un souvenir lointain , vite évanoui ... 

Etait-ce bien la même , en vérité , cette beauté fragile pouvant seule vous sauver d'une vie insignifiante ? Se nommait-elle Mona ou Juliette ? Venait-elle vraiment du sud-ouest ? 

Peu importe les rêves , lui avait-elle dit , quand l'Arlequin danse en ribambelle au milieu du Carnaval de la Mort Rouge " , soupirant , derrière un masque , après sa Colombine !   

N'as-tu vu venir à toi aussi sur la baie des Anges , du fond de l'espace , pendant ces feux d'artifice de la semaine du 15 aôut  , le rayon lumineux d'une étoile filante ? , lui avait confié son amie après leur sommeil . N'était-ce qu'une illusion , quand elle s'est approchée de moi au milieu des massifs de fleurs , devenant un grand soleil où rayonnait une figure ayant parfois la force d'un homme , parfois la douceur d'une femme , être double , androgyne , changeant de manière imperceptible comme la surface d'une mer calme que mille couleurs de tempête font revivre ?  

 
 
( A Suivre )
 
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LE TRAIN - III - Le " Paradise " - Pep gwir miret strizh -All rights reserved -Tous droits réservés - " LE TRAIN " - Copyright 2025 Dan Ar Wern .
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Notes :
 
1 - " New Kid in Town " est une chanson du groupe " Eaglesfigurant sur l'album " Hotel California " sorti le . Elle fut écrite par Don Henley , Glen Frey et J.D Souther - Tous droits réservés .
 
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LE TRAIN - II - Hôtel California .

6 Novembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE TRAIN

Devant la Mer ( 2016 ) - Sylvie Bertrand .

Devant la Mer ( 2016 ) - Sylvie Bertrand .

 

 

 

 

LE TRAIN

 

 

 

 

 

II - Hôtel California

 

 

 

 

" ... Et que ne suis-je , à genoux devant vous ,

      Plus encore abandonné en vos cheveux défaits ? "

Rainer Maria Rilke ( 1875 - 1926 ) - " Elégies de Duino " , X ( Duineser Elegien , 1912 / 1923 ) 

 

 

 

 

3 - Juste pour se plonger à nouveau dans l'air de cette ville où il avait vécu une partie de son adolescence , il avait voulu passer à Nice une seule nuit , simple repos avant Rome , halte entre deux trains , pensait-il , et c'était , d'ailleurs , la raison pour laquelle il n'avait pas choisi une ligne plus directe . Mais dès qu’il eût poussé la porte vitrée du " California " , il comprit qu’il venait d’entrer dans un de ces lieux où les destins s’effleurent sans vraiment se connaître , où le temps semble s’arrêter quelque part sur le chemin du souvenir , entre deux étages .

Le hall sentait le tabac froid  , la cire et l'air marin . Sur les murs , des affiches défraîchies de la Côte d’Azur promettaient un soleil d’avant-guerre . Une femme blonde à la voix rauque lui tendit la clé avec un sourire las :
- Vous êtes au 212 , monsieur . Vue sur le port , si vous aimez les couchers de soleil .

Dans l’ascenseur , les miroirs lui renvoyèrent son image multipliée à l’infini , comme si , déjà , il pouvait se perdre , parmi d’autres versions de lui-même , dans cette autre vie possible du passé .
La chambre était modeste mais propre , avec ce charme un peu désuet des résidences d’autrefois : rideaux couleur miel , couvre-lit fané , ventilateur au plafond tournant lentement comme un vieux tourne-disque .
Il posa sa valise , ouvrit la fenêtre . Dehors , le soir tombait sur la baie . Le murmure régulier des vagues montait jusqu’à lui , apaisant et inquiétant à la fois .

C’est vers vingt heures qu’on frappa à la porte .
- Entrez ! , dit-il distraitement .
Mais la visiteuse resta immobile sur le seuil , l’air surpris . C’était une jeune femme aux cheveux  longs , qu'il avait déjà plus ou moins croisée , croyait-il , au wagon-bar , veste de lin clair sur l’épaule .
- Oh , pardon ... je me suis trompée ...
Sa voix avait cette hésitation sincère des gens timides . Rougissante , s’excusant encore , elle avait vite disparu dans le couloir avant qu’il ait eu même le temps de lui répondre .

Il crut d’abord qu'il s'agissait d'une maladresse banale , d'une scène sans importance . Pourtant , lorsqu'il descendit dîner au restaurant de l’établissement , c'est avec plaisir qu'il la retrouva assise toute seule à une table , face à la mer . Il leva les yeux , la reconnut , lui adressant ce sourire de connivence que partagent les voyageurs sans attaches .
- Vous permettez ? , demanda-t-il .
Elle hocha la tête .

Elle s’appelait Juliette , une toulousaine arrivant elle aussi de Paris , " sans raison précise " , lui affirma-t-elle , mais lassée comme lui d’un métier qui ne lui ressemblait pas , la jeune fille avait pris le premier train vers le sud , pour voir " si ailleurs il n'existait pas une autre façon de respirer " .
Sans gêne , comme s’ils s’étaient quittés la veille , ils discutèrent en sirotant un vin de Bellet , parlant des villes qu’ils n’avaient pas encore visitées , des livres qu’ils avaient lus trop tôt .
Dehors , les lumières de la promenade s’allumaient une à une , mais le flot des voitures , comme celui des promeneurs , semblaient se moquer de leur conversation . 
Ce fut bien plus tard qu'ils décidèrent de descendre au " Paradise " , la boîte-de-nuit de l'hôtel , où résonnaient de vieux morceaux de jazz mêlés à des chansons italiennes .

 

4 - Maintenant , presque immobile après cette soirée de fête , il était allongé dans le silence de la chambre , une silhouette douce et lumineuse lui souriant à ses côtés comme une sœur à travers les stores baissés . Jadis du même âge que lui , elle était restée cette jeune femme de vingt ans , partie bien trop tôt , qu'il avait connue autrefois , dans sa prime jeunesse , et qui , parfois , revenait à travers la flétrissure des rideaux et les fissures d'un temps révolu sans jamais lui parler , mais l’obligeant , cependant , à l'écouter remonter le fil de sa propre vie . Alors , fasciné par cette présence , il se revoyait croyant aux légendes des chevaliers , des fées et des druides , courir auprès d'elle , enfant , dans la lande et les fougères de Brocéliande qui les enveloppaient comme un manteau . Mais ce monde enchanté s’était brisé , un jour , lorsque son père , militaire , avait entraîné soudain sa famille vers l'Algérie . Là-bas , la poussière du sable et la violence remplacèrent la forêt . Les cris et les ordres résonnaient encore dans sa mémoire , avec la sensation d’avoir perdu une innocence qu’il n’avait jamais plus retrouvée .

Puis vint le temps de l’errance . Il avait traversé une terre de soleil et de pierres blondes , l’Occitanie , sans savoir que c’était aussi le pays de celle qui aujourd’hui lui était apparue telle une âme jumelle dans un train de hasard s'arrêtant dans sa ville d'adoption .Toute une vie semblait s’être bâtie sur ce rendez-vous de la dernière chance .

À Nice , il aurait cherché une autre lumière , autrement , peut-être celle de livres rares ou de souvenirs à la marge , invisibles , comme si sa destinée n'avait été que de mesurer l’étendue de ses échecs devant l’ange qui le visitait , de ses désillusions , de ses amours égarées , de ses rêves suspendus . Pourtant , c'était bien grâce au regard de cette enfant d'hier curieusement ressemblante à la femme du train , qu'il avait entrevu que son existence , même inaboutie , était reliée à une  sœur d’âme , comme deux lignes parallèles qui n'avaient pu encore se rejoindre sur cette terre mais qui , maintenant , se retrouvaient . C'est alors qu'il réalisa , au seuil de ce dernier voyage , que le sens de la vie n’était pas toujours facile à comprendre sans le reflet lumineux de la providence .

Il se rappelait avoir avoué alors naïvement à Mona , au creux de l'oreille , quand il avait de la peine à courir aussi vite que son ombre : 

" Tu es mon idéal , mais cet idéal , je ne peux pas latteindre . Il me semble que je nai pas ce quil faut ! Je suis comme un petit enfant qui na aucune notion de la distance , et que j'ai beau essayer d'aller vite , je n'arrive jamais à te rattraper !

C'est pourquoi elle se mettait à rire à gorge déployée quand , ensuite , elle constatait son épuisement à tenter de cavaler derrière elle , tandis que de vives hirondelles , tournoyant en bandes , paraissaient aussi lui répondre en trissant de leurs moqueries le bleu du ciel !

" Oui , mais au dernier jour , elle sapprochera de toi avec tout ce que tu avais désiré , et alors ... "

 

5 - Le dormeur , dans la clarté tamisée de la chambre , s’éveilla en sursaut . La respiration lui manquait , mais ce ne fut pas la douleur qui l’éveilla : c’était elle , cette jeune femme au visage doux , vêtue d’une chemise de soie flottant légèrement dans l’air d'été , et qui , lui souriant avec tendresse , portait sur lui ce regard bienveillant dont la ressemblance avec son âme jumelle était si troublante . Vingt ans à peine , et pourtant cette même gravité dans les yeux , l’éclat de ceux qui ont traversé la mort , songeait-il ...

Alors , l'embrassant avec fougue , il osa lui redemander :

- Pourquoi es-tu venue ?

Elle lui sourit encore , et sa voix résonna comme un souffle :

- Parce que tu mas cherchée toute ta vie ?

Un silence s’installa , doux et vertigineux . Refermant un instant les yeux , tous ses souvenirs se mêlèrent dans une même clarté . Ce qu’il croyait être une vie d’échecs n’avait été qu’une longue attente d’elle dans cet hôtel de passage , un peu décati , vibrant d'une étrange mélancolie ...

 
 
 
 
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LE TRAIN - I - Roméo .

4 Novembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE TRAIN

Lola ( Reflet ) David Peterson

Lola ( Reflet ) David Peterson

 

 

LE TRAIN

 

 

 

 

 

I - Roméo

 

 

" La route est longue , pour aller au bout du monde ... " 

J.M.G LE Clézio - " Alma " ( 2017 )

 

 

1 - Le wagon glissait le long de la plage , presque silencieux , rapide . Le nez collé au carreau , il contemplait la grande bleue , qui , au-delà d'un tunnel sombre , l'aveuglait d’une lueur argentée sous le soleil levant . Vingt ans à peine , une valise légère à ses pieds , le jeune homme ne savait pas encore ce que serait sa vie . Mais déjà , au fond de lui , une mélancolie , une impression étrange d’inachevé . La Côte d'Azur défilait devant ses yeux éblouis . Les façades pâles s’alignaient , les palmiers se balançaient sous la brise marine de l'aube . Il appuya son front contre la vitre froide . Était-ce l’ombre d’un pressentiment ? Dans cette ville , se trouvait peut-être quelqu’un qui lui ressemblait , se dit-il , quelqu’un qu’il aurait eu envie de connaître , mais qu'il ne pourrait jamais , sans doute ,  rencontrer . 

La gare de Nice lui apparut soudain dans la lumière du matin , carcasse noirâtre avec ses quais baignés d’un or presque irréel , qui grouillaient déjà de monde . Une heure plus tard , lorsqu'il put enfin s'asseoir à la table d'un salon de thé , il se mit , comme d'habitude , à regarder distraitement les silhouettes pressées des passants , des couples qui se prenaient la main . Mais quelque chose ou quelqu’un lui manquait tellement que son cœur se serra sans qu’il puisse dire vraiment pourquoi un aussi étrange sentiment l’avait envahi . Embrasant les façades ocre et crème de la ville ou reflétant sa clarté sauvage , la méditerranée , immense et calme ,  paraissait se moquer de lui comme d'elle-même et de l'agitation fébrile de sa houle de vagues matinales qui , telle un essaim de ruche , battaient régulièrement de leur lancinant roulis la Promenade des Anglais .

Dans le train qui était entré en gare , il s'était rappelé avoir fixé la lumière sur les fenêtres des immeubles . Les rues étroites , les terrasses bondées , le bruit des conversations familières qui montait jusqu'à son oreille , cette cité , pour lui , n'aurait dû être , après tout , qu’un point sur la carte . Parmi d'autres . Mais , au fond , plus fort qu'un coup de Mistral , quelque chose lui soufflait que ce passage sur la Riviera , décidé en dernière minute , avait un sens .
Des gens couraient sur le trottoir , ici et là , d'autres , plus immobiles , ne faisant qu'attendre , comme lui qui cherchait un visage précis , sans le connaître encore , comme si une voix intérieure lui murmurait déjà : " Elle est là , quelque part , celle que tu as vue dans l'express ... "
Mais ce visage n’apparaissait pas .

Plus d’une fois , d'ailleurs , comme aujourd'hui , il avait suivi par jeu ou en quête de sens ,  les pas d'une étudiante qui l’avaient mené vers ce genre de lieu anonyme où , un carnet ouvert devant elle , assise à la terrasse d'un café , elle paraissait griffonner des phrases inachevées tout en regardant , des heures , le flot de la foule hébétée scrutant vainement son ombre à travers la vitrine .

Dans un autre quartier , dans une pièce étroite donnant sur la mer , un autre jeune homme rêvait aussi , peut-être , solitaire , se disait-il , penché sur une table , à une inconnue . C’était Le Clézio , encore anonyme , dont il avait apprécié le dernier ouvrage . Eux deux respiraient le même air , sans doute , écoutaient le même balancement des vagues , rêvant aux mêmes échappées lointaines . Pourtant , jamais leurs chemins ne se croiseraient .

Double secret , frère ou soeur d’âme ... 

Il s'était souvent demandé ce qu'elle pouvait bien faire à ce même instant , si elle écoutait distraitement un cours dans un quelconque amphithéâtre , ou alors , livre ouvert , l’esprit tourné vers le large ou bien loin , dans la montagne , était étendu sur un lit comme le sien , dans sa petite chambre , ignorant que son destin passait si près de lui ?

Le train , dans sa tête , avait à peine ralenti , était aussitôt reparti , puis la gare , tel un rêve inachevé , s’était effacée peu à peu .

Il l'avait cherchée du regard , pourtant .

Comme une voix silencieuse qui , longtemps , l’appelait . Mais elle n’était plus là .

Alors , pour mieux la voir , il ferma les yeux , laissant défiler le paysage tandis qu'un léger sourire se dessinait sur ses lèvres .

Peut-être pressentait-il déjà que ce rendez-vous n’aurait jamais lieu , que leur rencontre future n’appartiendrait plus à cette terre , mais à un autre monde qu’ils rejoindraient en secret beaucoup trop tôt ?

 

2 - Comme à un songe effiloché dans le bruit des stations de métro , il repensa au matin de son départ . C'était le temps des vacances . Le jour se levait à peine sur cette capitale humide et grise qu’il avait tant aimée autrefois , mais qui , depuis quelques mois , lui semblait aussi étrangère qu’une salle de réunion sans fenêtres . Roméo n’en pouvait plus . Les campagnes de pub , les réunions interminables , les slogans creux ... Tout cela lui paraissait dérisoire , une mascarade où sa voix ,  ses mots , ses chers livres de jadis n’avaient plus leur place . Il se sentait prisonnier d’une image qu’il avait fabriquée pour leur plaire , ou juste pour survivre . 

Il se revoyait , ce matin-là , traversant le hall de l’agence avec un carton de dossiers sous le bras , saluant distraitement les visages fatigués de ses collègues lui parlant d’objectifs , de clients , de tendances , tandis que lui rêvait d’horizons ouverts , d’un lieu où l’on pourrait encore écouter le silence du zéphyr et le bruit de l'eau coulant d'une fontaine .
C’est alors qu’il y eut cette rencontre étrange , et sur le moment presque insignifiante , d'une cliente aux allures de Claudia Cardinale , une femme d’âge mûr assez sympathique , venue lui présenter un projet pour une marque italienne .

Elle avait remarqué , assurément, quelque lassitude dans son regard : " Vous devriez venir à Rome , lui avait-elle conseillé à la fin de la réunion , je crois qu'à la Villa Médicis ils cherchent quelquun . Ce serait différent , non ? "
Croyant à une plaisanterie , il s'était contenté de lui envoyer un sourire . Mais elle avait insisté , lui tendant sa carte . Et soudain , tout s’était mis à tourner autour de cette idée : partir !

Les jours suivants , l'employé de bureau avait bouclé sa vie comme on referme un bouquin lu trop vite .

Quelques fringues dans une valise , un carnet , son stylo préféré . Rien d’autre .
Le soir du départ , sous une pluie fine , il s’était rendu à la gare de Lyon . Des haut-parleurs tonitruants communiquaient les numéros des trains de nuit pour le sud et pour l’Italie , et dans le hall se mêlaient des parfums de cafés et de ferraille , de valises mouillées et de solitude .
Il se souvenait encore avoir hésité , observant , par la vitre , son voisin de cabine saluer une fille restée toute seule sous les lumières crues du quai . Une sensation l’avait traversé , cette bizarre impression que quelqu'un , là , d'un signe , lui disait aussi adieu avant qu’il ne comprenne pourquoi .

Puis la voiture s’était ébranlée avec lenteur , d'un balancement régulier qui endort les corps tout en éveillant les âmes . La ville reculait , puis disparaissait à travers la glace , avalée par la nuit , pendant que , dans ce noir convoi , il pensait à l'Italie , terre étrangère , mais aussi , sans pouvoir se l’expliquer , à cette Méditerranée lointaine qu’il n’avait plus jamais revue depuis l’adolescence .

 
 
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