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Dan Ar Wern Official Website

trilogie 3 " auberive " - nouvelles

AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 7 - Celui Qui Passe / An Tremeniad / The Sojourner - Version Française / E Galleg ( 3 ) .

31 Mai 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

 

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AUBERIVE ( 7 )   

 

                    

 

 

 

 

 

 

 

Celui Qui Passe 
( suite )



Dédié à Carson McCullers 

" Mais comme la seconde moitié de la vie est une longue opération au cours de laquelle on se défait des choses , cet aspect de l'expérience n'avait probablement pas d'importance . "
Francis Scott Fitzgerald - " Trois Heures Entre Deux Avions " ( Three Hours Between Planes ) 

 

                                - V -

 

                                Peu après , blotti sur son siège , où il avait pensé trouver refuge , il constata que sa montre avait perdu l'une de ses aiguilles .

Souvent , réfléchit-il en observant le cadran , le temps n'a plus de couleur ... Il ne fait que passer comme une ombre fugitive , entre nuit et jour ...

Il y a des gens qu'on aime , d'autres qu'on voudrait voir s'éloigner ...

Qui peut dire , en vérité , où vont nos pas ?

Ce qu'étaient vraiment nos amours , nos vies ?

                                Légèrement plus tard , lorsqu'elle fut revenue à l'endroit où il se trouvait , se glissant à nouveau près de lui sans aucune intention , leurs yeux se croisèrent .

Poursuivant sa lecture , il nourrissait de sombres pensées .

" ... Sa propre vie lui semblait solitaire , assez insignifiante , fragile colonne dressée parmi les ruines des années perdues , ne supportant plus rien ... " ( 1 )

Le visage blême , il avait levé la tête .


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Il fit une esquisse de sourire .                                

                                " C'est vous , n'est-ce pas ? , crut-il soudain lui dire . 

Surprise , la femme s'était arrêtée  brusquement ; l'air de celle qui a vu surgir un fantôme accouru depuis l'au-delà .

" Il y a si longtemps , poursuivit le voyageur à voix basse ... Vingt ans , peut-être ?

Elle n'avait pas prononcé une parole .

                                ... Ce qu'il venait de lire s'était bizarrement mêlé aux images floues d'un passé révolu .

Accablé de tristesse , il courba l'échine .

Il avait fait une erreur , il en payait le prix .

                               C'était une belle fille , sans doute , que celle qui se trouvait devant lui .

Encore jeune .

Avait-elle un lien , cependant , même fragile , avec sa propre histoire , ce chemin de solitude emprunté le jour de son départ ?

Pourrait-elle nourrir , comme elle , sa conscience , rassembler tout son être , et faire de son âme un seul dessein des multiples impressions ressenties depuis l'aube des jours ?

                                "Sa " Virginia , qu'il invoquait souvent au pays des limbes , ne vivrait-elle pas pour  toujours dans le désert de son coeur meurtri , dans la soif d'un idéal inaccessible , cachée dans la grande désespérance des amours sacrifiés ?

Maintenant que tout était mort .

                                Ne l'avait-il pas cherchée en vain dans toutes les villes dont elle lui avait parlé ?

Dans tous les livres , toutes les musiques ?

Mais , " quand nous sommes perdus , quelle image invoquer ? " ( 3 )

" Comment faire que mon âme ne soit éveillée par la tienne ? " ( 4 ) 

Questions lancinantes qu'inlassablement semblait poser  l' immensité toute noire de la masse océane , imperceptible présence d'un mystère infini , tout en bas , lui répétant sans cesse la célèbre "Chanson d' Amour " de Rilke .  

                                Au dehors , dans les lointains d'une aube crépusculaire , étendue sur la mer bleue-verte , une pâle lueur fit renaître en lui , d'une manière incomparable , un timide et fol espoir .  

Elle scintilla dans la nuit , comme une réponse tant attendue !

                                Un vers de Victor Hugo , réminiscence des jours insouciants de l'école , traversa rapidement son esprit tourmenté :          

 

" O ciel , ainsi que toi le coeur est un abîme ." ( 5 )

Il soupira , comprenant trop tard ce qu'il signifiait .

                                Mais lorqu'il essaya de bredouiller enfin quelques mots d'excuse , la passagère avait disparu ...

 

 

                                  
FIN

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                                 ___

 Notes
:

 

 1 - Carson McCullers , The Sojourner / Celui Qui Passe ( 1950 ) , in " The Ballad of The Sad Café " ( 1951 ) .

 2 - Nietszche

 3 - Carson McCullers , " Poème " .

 4 - Rilke , "Chanson d'Amour " .

 5 - Victor Hugo , " Le Tas de Pierres , Amour  " .
 

                                 ___  
 

 

DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 7 - Celui Qui Passe / An Tremeniad / The Sojourner ( 3 ) - 1994 et 2001 / 2002 - Nouvelle publiée dans AL LIAMM 340 - Octobre 2003 - Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh / All rights reserved - Traduit du Breton par l'auteur - Version Française / E Galleg - " Auberive " , Copyright 2006 .

                              

 

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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 7 - Celui Qui Passe / An Tremeniad / The Sojourner - Version Française / E Galleg ( 2 ) .

31 Mai 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

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AUBERIVE ( 7 ) 

 

                    

 

 Celui Qui Passe 
                               suite )

 

  Dédié à Carson McCullers

  

" ... Mais comme la seconde moitié de la vie est une longue opération au cours de laquelle on se défait des choses , cet aspect de l'expérience n'avait probablement pas d'importance . "
Francis Scott Fitzgerald - " Trois Heures Entre Deux Avions " ( Three Hours Between Planes )

 

 

                                - III -
 

 

 

 

                                " ... Again , the terror , the acknowledgment of wasted years and death ". L'effroi , de nouveau , le constat des années perdues , la mort . ( 1 )

Sans y prendre garde , l'air absent , son regard s'était porté sur cette phrase , mais il n'était plus très sûr d'avoir envie de la comprendre pour de bon .

Devant lui , défilaient , si nombreuses , des villes remplies de regrets ; partout , des filles nouvelles , des gens égarés qui attendent , craintifs , la petite lueur d'un sourire , quelques mots d'espoir .

                                Il vivait à New-York avec une danseuse russe et son petit garçon .

C'était dans une sorte de "night-club " , un cabaret "français " , qu'il l'avait rencontrée : "La Belle Epoque " , son lieu de travail .

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                                Aujourd'hui , il revenait de " l'autre monde  " : les obsèques d'un grand-père maternel trop méconnu , qui avaient été célébrées la semaine dernière en Bretagne . ( 2 )
 

Il avait visité cette tranquille bourgade où avaient pu naître , au tournant du siècle passé , les vaines illusions d'une période révolue .

                                " ... Le choc de cette mort l'avait tellement secoué , qu'il avait senti que sa jeunesse était finie " . ( 1 )

                                Il réalisa aussi que défilaient sous ses yeux des fragments de son existence cahoteuse .

C'était inscrit là , sur la feuille de papier , dans les lignes de cette nouvelle si fascinante .

Il n'osait plus se demander pourquoi .

Il frissonna .
 

 

  undefined               - IV -
 

 

 

 

                                    Se levant  lourdement de son siège , il eut cette sensation terrible de mourir .

Un teint livide fardait son visage , un grand poids d'angoisse lui nouait maintenant l'estomac .

Il était temps , jugea-t-il , d'oser lui parler , d'aller , sans défaillir , dévoiler quelque chose de son âme souffrante à la passagère .

Il essaya de l'approcher , de la chercher avec lenteur dans l'obscurité .

Mais quel problème , se dit-il , avec tous ces gens qui , tout autour , ne comprendront jamais rien au "Mystère de la Beauté " , celui dont parle Gérard de Nerval ...

                                 Et puis , ce fut elle , à moitié assoupie , une belle chevelure blonde ruisselant sur ses épaules . 

Mais ce n'était pas la sienne : il y avait une autre fille plus jeune à ses côtés , d'une ravissante apparence , ressemblant davantage à un homme , à un ange aux traits juvéniles d'adolescent .  undefined                     

 

                                Quelle ne fut pas sa surprise : il crut reconnaître Sibylle !

Bon sang , ce n'était pas possible ! A peine l'avait-il aperçue , d'ailleurs , qu'il souhaita disparaître aussitôt sans laisser de trace .

En même temps , son erreur lui sembla évidente : Il y avait tant d'années qu'elle s'était échappée de l'enfer ! ( 3 )

N'avait-il pas , comme d'habitude , pris ses désirs pour des réalités ?

Celle qu'il avait connue jadis , et qui le poursuivait jusqu'au plus profond de sa trouble personnalité , était-ce vraiment la même ? Ressemblait-elle encore à son obsession maladive ?

                                Il sentit vaciller ses deux jambes .

 

( A suivre )

                                      ___

 


DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 7 - Celui Qui Passe / An Tremeniad ( 2 ) - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Traduit du breton par l'auteur - First published in AL LIAMM 340 -October 2003 . Version Française / E Galleg - "Auberive " , Copyright 2006 .

                                      ___

  Notes :

1 - " The Sojourner  " , nouvelle de Carson McCullers dans " La Balade du Café Triste " ( The Ballad of the Sad Café , and other works ) , 1951 , Houghton Mifflin .

2 - Yann Kervern I ( C/f : " Le Passeur des Mondes  " ) 

3 - C/f : " La Lettre  " ( Journal , Souvenirs , II ) .

 

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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 7 - Celui Qui Passe / An Tremeniad / The Sojourner - Version française / E Galleg ( 1 ) .

31 Mai 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

AUBERIVE  ( 7 )

 

            Celui Qui Passe

( Suite de " Villeneuve " )

 

                                

Pour Carson MCCullers 

 

                                " ... Mais , comme la seconde moitié de la vie est une longue route pour se débarrasser des choses , cette partie de l'expérience n'avait probablement pas d'importance . / ... But since the second half of life is a long process of getting rid of things , that part of the experience probably didn't matter . "

Francis Scott Fitzgerald - " Three Hours Between Planes  " - Trois heures entre deux avions - Teir eur etre daou garr-nij , in " The Lost Decade and Other Stories ", Robert Laffont .

 

 

                                - I -  

 

                                  
                                " ... Ce matin-là , dès l'aube , la ville de Rome apparut comme un fantôme à travers les contrées intemporelles du rêve , quand les années se confondent , entre l'endormissement et l'éveil ...

John Ferris s'éveilla dans la chambre d'un hôtel de New-York .

Il avait le sentiment qu'une chose déplaisante l'attendait - Quoi ?

Il n'en savait rien ... " ( 1 )

                                Le film était fini , et beaucoup de gens dormaient , plus ou moins , dans l'avion .

D'autres luttaient peut-être , comme lui , sous un quelconque lumignon , dans l'obscurité de cette cabine , celle d'un 747 " Jumbo " , s'essayant avec peine , par la lecture , à oublier leur fatigue .

Il relisait une fois de plus , mais cette fois-ci en anglais , la brève nouvelle d'une américaine , écrivain qui lui plaisait depuis longtemps .

C'est alors qu'il avait cru soudain la revoir !

                                La vie semble étrange , parfois , difficile à comprendre .

Présage , ou coïncidence ?

Elle était passée si vite dans l'allée , comme l'ombre de son propre Destin  , qui s'était mis à surgir là , brutalement dévoilé , des phrases de son livre .

Sans doute était-il temps ? Qui peut savoir ?

                               Avec attention , dans une angoisse grandissante , il tourna les pages . Tous ses souvenirs vivaient encore avec force , aussi vieux que lui , dans l'intimité de son coeur .

Il en prit conscience , ne pouvant cacher son émoi devant l'avenir .

Il eut peur . Il la craignait , peut-être ?

" ... Betty Wills , racontait l'histoire , un amour très bref , aujourd'hui mariée ... ( 1 )

 

 

                                - II -

 

                                  Elle était passée à l' instant précis de sa lecture où il était encore à se demander si ce qu'il y avait en lui , mais aussi tout autour , aurait jamais une quelconque signification .

Virginia !

Il se souvint ... Que de lettres enflammées lui avait-il écrit !

Son âme était remplie d'elle , alors , pleine de rêves si clairs et purs , pleine d'espoir !

Il y avait si longtemps ... Sa foi naïve en l'avenir lui avait masqué l'étendue de son chagrin .

                                Mais il ne reçut jamais de réponse . 
Un jeune travailleur breton , venu à Paris pour y gagner son pain , rencontre là une américaine , plus jeune encore , apprenant la danse .
Quoi de plus banal ?

Tout ca semblait si loin , maintenant ...

Pourtant , rien n'aurait  jamais pu effacer de son esprit la présence d'un  amour aussi fort .

Sans doute l'avait-il fait beaucoup souffrir , il le savait , mais c'était aussi de sa propre faute à lui , car elle lui avait tendrement assuré que leur histoire serait " impossible " pour eux deux sur la Terre .

D'ailleurs , que pouvait bien signifier , au sens commun , la valeur d' "une vraie passion " ?

Les souvenirs continuaient d'attrister son coeur , de temps à autre ... C'était tout .

                                Découragé , sans force , il était devenu peu à peu insensible , indifférent .

N'avait-elle pas tout détruit de sa vie ?

Il fréquentait maintenant d'étranges lieux , des hôtels presque déserts .

C'est là qu'il rencontrait des inconnus , des originaux , qu'il couchait avec des filles de passage , plaisir éphémère d'une existence devenue terne et vide .

D'ailleurs , quelle importance pour les autres , que cette vaine agitation , ce " happening " durable ? Et pour lui , songea-t-il ?   

Qui lui avait dit , déjà , ou bien  l'avait-il lu quelque part  ?  

N'était-il pas de " ceux qui ne savent vivre qu'en sombrant , car ils passent au-delà " ?

( 2 ) 

Et puis , n'en avait-il pas trop rencontré , de ces soi-disant "bons chrétiens " , dont le coeur était aussi froid , même plus dur qu'une pierre ?

                               Il voulut se lever , courir vite vers elle , comme un fou ,  peut-être comme un sauvage aux allures d'arriéré .

Qui aurait su le dire ?

Et puis tout lui confier , dans le creux de l'oreille , de l'insignifiance de toutes ces années , du silence de sa solitude .

Lui parler de son dernier mariage , de son divorce .

De sa fuite vers les Etats-Unis .

Comprendrait-elle vraiment ce désir en lui de changer ses façons de vivre , cet immense besoin de liberté ?

                              Ne demeurait-elle pas à New-York ?

Il avait eu souvent l'envie de l'y chercher , sans être bien sûr .

Les regrets sont toujours tardifs , certes .

Mais fouiller dans le passé ne sert très souvent qu'à faire s'agiter des ombres ...

                              Sa curiosité , cependant , le poussa .

N'avait-elle rien oublié de ses sentiments pour elle ?

Une seconde , il revit le temps de leur " insouciance " : deux étudiants qui se promenaient à Paris , main dans la main , sur les quais  ...

 

( A Suivre )

 

                                     ___

 


DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 7 - Celui Qui passe  / An Tremeniad ( 1 ) - Nouvelle parue dans la revue AL LIAMM 340 , oct. 2003 - Version Française / E Galleg - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh - All rights reserved . 1994 et 2001/2002 . "Auberive " , Copyright 2006 .

                                    
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 " Amity " ( 1933 )

 Bernard Fleetwood-Walker ( 1893 - 1965 )                                                                                 

 

 

 

 

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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez - Mammennoù / Sources.

28 Avril 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Official Website Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

 
         AUBERIVE ( 5 )

 

 

 

 Villeneuve / Kernevez 

        - Mammennoù / Sources - 

 

 

 Songs by :
 
DAN FOGELBERG :
 - " Nether Lands ", " Dancing Shoes " , " There's a Place in the World for a Gambler  " - Epic Records , Full Moon / All rights reserved .

SIMON AND GARFUNKEL :
 - " April Come She Will  " , CBS Records / All rights reserved .

 
 

 Some books : 

 

CARSON MCCULLERS
 
- " The Sojourner " ( An Tremeniad ) , danevell e-barzh " The Ballad Of The Sad Café  " ( Gwerz Ar C'hafedi Trist ) ha " Who Has Seen The Wind ? " ( Piv En Deus Gwelet An Avel ?) e-barzh " The Mortgaged Heart  " ( Ar Galon Ouestlet Warni ) , Houghton Mifflin Ed.


NOVALIS ( Friedrich Von Hardenberg : 1772-1801 )


- " Heinrich Von Ofterdingen ", oberenn veur ar Romantelezh . Romant lourennek , intret a varzhoniezh , a brederouriezh , brudet-kaer .

   Sophie Von Kühn , danvez-gwreg Novalis , a varvas yaouank-tre . Nec'het-bras e oa bet ar barzh gant ar gwalldaol-se .  
Evit Sophie , e savas goude :
 -  " Hymnen an die Nacht " ( Meulganoù d'an Noz) ha " Geistliche Lieder " ( Kantikoù ) .

                                    
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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve , Sources - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . "Auberive " , Copyright 2006 .

                                     
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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez - Version Française / E Galleg ( 2 ) .

27 Avril 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Official Website Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

AUBERIVE ( 5 )                           

 

 

Villeneuve 
( suite )

 

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                                                                               (...)                           

                     Nous sommes redescendus .

J'avais retrouvé les collègues , la vie de bureau .

Heureusement qu'elle m'avait confié son adresse , pensais-je avec angoisse .

Par chance , elle demeurait dans la région parisienne .

" Je suis au pair , à Neuilly , pour deux mois encore ...

                        Je tremblais d'entendre ces paroles , qui semblaient définitives . Je lui écrivais de longues déclarations d'amour , avec ce désir en moi , chaque soir , de l'appeler au téléphone .

Aimablement , de son calme imperturbable et de sa logique toute américaine , elle se moquait de mes avances .

                        Nous convînmes d'un rendez-vous .

Je me rappelle ... Je la pris devant son école de danse , place des Invalides . Le mois d'avril était en fleurs , je la trouvais plus ravissante que jamais . Nous traversâmes les Tuileries sans dire une parole .

Tu m'avais prévenu : " Essaie juste d'entendre ce refrain , - La vie , je t'aime !

En moi pourtant , cet autre couplet psalmodiait sa réponse , au milieu des feuilles déjà flétries par une caresse mortelle d'un vent d'automne :

" Avril , elle viendra ... Septembre , je me souviendrai ."

                        Tu respirais la douceur de l'air à pleins poumons .

" Je suis si heureuse d'être ici ... Quelle  journée magnifique !

Le soleil resplendissant illuminait tes yeux d'émeraude , à moins que ce ne fût ton sourire qui monta vers lui .

                        Je n'oublierais jamais ce restaurant , vers Saint-Michel , où tu m'avais entraîné : " La Petite Hostellerie ".

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C'est devenu un lieu de pèlerinage .

" Tu m'aimes bien ?... J'ai coupé mes cheveux , murmura-t-elle d'un air ingénu qui me donnait encore plus envie de l'embrasser comme un fou !

Je lui tendis son cadeau : de nouvelles chaussures de ballerine , dont elle m'avait fait l'éloge enthousiaste à la devanture d'un grand magasin .

Sa main toucha mon bras , furtivement .

" Merci , Yann ... Je ne les mérite pas , tu n'aurais pas dû ...

Elle hésita un peu , confuse , rougissante :  "... Elles sont trop belles ...

J'allais lui répondre , saisi d'émotion .

Non , ne parle pas , je t'en prie ... Qui peut dire le faux et le réel ?

Après un silence  :  " Tu sais , je vais partir bientôt ... Je vais en Grèce avec ma copine Julie ... Tu la connais déjà , non ?

C'était celle qui vivait en Angleterre . Elles skiaient toujours ensemble .

                        Je n'eus la force que de répondre très lentement , comme anéanti déjà par l'idée de cet avenir sans elle que j'avais pressenti sans avoir le courage d'y faire face .

Et mon humour lui parut glacial , sans doute : " Je crois que je vais me jeter dans la Seine , fanfaronnai-je pour tenter de lui masquer la violence de ce deuil avec pudeur .

Elle fit semblant de ne pas vouloir comprendre , ou plutôt s'efforça de rire :

" Ouah ! Ces français , toujours romantiques !

 

                                                         

 

                        Je n'avais pas encore touché le fond .

La ramenant à l'entrée majestueuse de ce palais qu'elle habitait encore , je me sentis effondré d'y laisser ma jeune princesse , comme devant la porte infranchissable de l'absence .

Elle voulut m'encourager , disant qu'elle reviendrait pour quelques jours .

Ces derniers mots ne firent qu'aggraver ma douleur . Je la tenais tout contre moi , des larmes plein les yeux .

" Je dois rentrer ... So long , Yann !

 

                        Longtemps j'ai pleuré , longtemps j'ai souffert .

Nul n'a senti , plus fort que moi , l'inéluctable contingence de l' homme . J'aurais voulu te suivre au bout du monde , même à travers les mers , sur le dos de mon vieil et fidèle coursier .

Si j'avais pu ...

                    Je t'aimais , Virginia .

Comme l'eau dormante du lac enflammée soudain d'une inaccessible étoile .

Je t'aimais . Tu étais mon rayon de soleil .

                       Mais dis-moi , où faut-il aller lorsqu'on arrive à la fin de son rêve ?

             

                                    ___
 

 

 Dan Ar Wern - Auberive ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez ( 2 ) - Mars 1986 - Traduit du Breton par l'auteur - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved - Publié dans Al Liamm n° 336 ( Février 2003 ) . "Auberive " , Copyright 2006 .
 

                                    ___ 
                                       

" Elle est si belle que la regarder touche à la souffrance ; c'est comme une âme visible ...

 Isabelle Rivière - " Images d'Alain-Fournier " - La Belle Histoire .

                                    
                                    ___

                                          

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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez - Version Française / E Galleg ( 1 ) .

27 Avril 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Official Website Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

 

 AUBERIVE ( 5 )

 

 

                              Villeneuve

 

Pour Vefa de Bellaing


" And where do you go when you get to the end of your dream
Où allez-vous quand vous touchez à la fin de votre rêve ? "

Dan Fogelberg

 

 

                                              

                                Il faut monter pour atteindre Villeneuve .

On a quitté la grande ville, anonyme et tentaculaire, à l'aspect grisâtre , pluvieux , laissé au loin la Gare de Lyon , ses fumées , ses enchevêtrements de rails et de destinées innombrables.

Gens pressés , qui courent dans tous les sens , et  se bousculent , comme des fourmis . Crissements de roues sur le fer , déchirant l' immense plainte humaine au langage incompréhensible , et là-bas , se diluant dans la foule , comme absorbée par elle , une main tendue sans espoir vers cette silhouette fugitive , l'ombre d'un sourire cherchant le visage rayonnant d'une jeune fille , vite disparue , qui , l'espace d'une seconde , vous a montré le chemin d'une vie renaissante...

                                Vous essayez de vous endormir , allongé sur votre couchette , malgré le bruit , la chaleur , la gêne provoquée par la promiscuité de six personnes , dont l'une ronfle , entassées dans cet étroit compartiment .

Les rires étouffés , le chuchotement ininterrompu de deux d'entre elles , tout là-haut , vous font croire que Laura ou Muriel vous invitent , sans toutefois les connaître , à intervenir et donner  votre avis sur leurs problèmes intimes , dont vous n'ignorez plus rien .

Puis , finalement , vous êtes vaincu par le sommeil , le roulis lancinant du wagon parvient à vous bercer ...

                                Les dernières images de la journée s'accélèrent , tandis que le train fonce à toute allure dans ce tunnel opaque des rêves inachevés : décor de bureau , poussiéreux , jaunâtre de lumière artificielle , avec ses visages glâbres , ses mains molles d'autosatisfaction .

Dossiers qu'on expédie entre deux bavardages dont l'intérêt se limite à celui de vouloir faire avancer la pendule paresseuse , clients récalcitrants , promesses d'hypocrite à une fille qu'on oubliera , parce qu'elle trompe seulement votre ennui ...

                                Toute une morne existence défile , sans nécessité , uniquement par le génie d'une mécanique absurde , incontrôlable , celle d'un jeune fonctionnaire assez seul , qui veut échapper à la monotonie quotidienne , et se retrouve englué dans la routine ...

Ce moment tant attendu de partir enfin , mais qu'aujourd'hui on avance un peu , sur le coup de six heures , car l'ivresse de la liberté , depuis la veille , vous oppresse  le coeur ,  vous noue l'estomac , vous donne envie de vomir. Cigarette sur cigarette , les minutes passent ...

Puis l'on s'enfuit comme un voleur ! 

                           D'autres visions surgissent , plus lointaines , plus imprécises , maintenant , dans la torpeur grandissante , berceau de la nuit : je me revois galopant sur un cheval fougueux , lorsque j'avais quinze ans , le long de cette grève immense et déserte , à Plestin , face à la mer déchaînée de mon enfance et de ma jeunesse .

Mon premier amour inaccessible , à la longue chevelure de miel , et que je regardais à peine ...

Elle rougissait de crainte , et nous n'osions rien dire ...

La lande était parfumée de boutons d'or et de genêts en fleur tapissant le sol des hautes falaises ; touffes printanières que le vent matinal effeuille , posées sur l'océan de toile écrue , et dont les couleurs , si tendres , viennent se perdre dans les nuages d'un ciel rosissant d'espérance .

                           " Que reste-t-il de tout cela ? , me dis-je , à mesure que l'aube toute blanchie de neige immaculée découvre les grands sapins noirs montant la garde au pied des cimes grandioses .

Seulement de "petits riens ", que le spectacle des apparences fait naître , comme un désir inassouvi flottant dans l'air et qui , parfois , voudrait tourmenter le coeur d'un jeune homme en quête d'une autre réalité, d'un autre "lui-même " ?

" Une illusion passagère " , qui dessinerait les contours imprécis d'un Ange de l'Eternel à l'ineffable destinée ?

L'impression pénible d'avoir entendu , déjà , ces paroles évanescentes que l'on retrouve au détour d'un après-midi tranquille , et qui s'envoleraient des lèvres d'une Enchanteresse vers des contrées mystérieuses ?...

Rien , peut-être, sinon que poussière au pays des songes ... De vieilles photographies ?

 

                  

                                De temps en temps je les regarde , lorsque j'ai la nostalgie d'anciens jours .

Ton visage m'entraîne encore vers ces moments de grâce et de souffrance , à la recherche d'une époque disparue .

                                Ce n'était pourtant qu'une semaine de vacances , parmi tant d'autres , dans une station de ski des Alpes .

Mais il régnait , dans ce grand chalet de montagne , une ambiance de jeunesse en fête , et moi , j'attendais quelque chose de miraculeux , sans doute , voire même "d'impossible " , ajouteras-tu plus tard , toi , la fille de Saint-Louis * , sur un ton pragmatique .

" Vous , les Français , vous êtes rêveurs , comme Chateaubriand ... J'ai étudié le Romantisme ! , annonçais-tu fièrement dans un rire aguicheur où affleurait le son de ta voix délicieusement exotique , et derrière ce constat médical un peu froid , méprisant , se cachait , j'en suis sûr , l'envie inavouée d'en savoir plus et de jouer de ton charme , de faire souffrir ...

" O Virginia , y a-t-il une place dans ton coeur pour un amour blessé  ? "

                              En relisant ce poème d'autrefois , j'essaie d'imaginer ta vie présente , si étrangère désormais , de vaincre l'indifférence , mais aussi cette calme lucidité que seul le temps destructeur peut apporter  malgré nous .

Longtemps j'ai pleuré , longtemps j'ai souffert .

Nul n'a crié plus fort que cette douleur en moi , bâtie sur du vide , écrasante et silencieuse .

Comment saisir l'insaisissable ? Comment se perdre dans les caprice du vent qui vous entraîne , et qui change , et soudain s'enfuit dans les nues ?

" Qui a vu le vent ?... Devais-je suivre l'hirondelle au-dessus de l'immense plaine marine , ou simplement me cacher à l'intérieur d'une lettre ?

Jamais je ne reçus de réponses ...

                           Tu n'écrivis qu'une fois , pour me remercier à-propos d'une valise oubliée par mégarde , et que j'avais réexpédiée à mes frais . Ce fut tout .

                               Chez toi , il n'y avait pas de place pour le passé , pas d'avenir pour ces folles descentes sur les pistes de Villeneuve , et nos crises de fou-rire , nos batailles dans la neige avec Patrick et Bernard .

Que sont-elles devenues , nos discussions passionnées sur l'oeuvre de Novalis , ou celle de Carson Mc Cullers ?

" Je suis The Sojourner , celle qui passe , lançais-tu par bravade , et toi tu es Heinrich !"

" Pauvre Henri, il pleure encore, il a perdu sa Sophie , ajoutais-tu sur le ton d'une ironie gentille et condescendante .

Je te parlais de ma Bretagne , de sa langue oubliée , méprisée , de sa culture .

" C'est drôle , vous , les Français ... Je n'ai connu ici qu'un révolutionnaire basque , et maintenant , toi !

                                Et cette soirée au piano-bar ?

Tu avais chanté ta chanson fétiche , celle de Dan Fogelberg , la nôtre :

" There's a place in the world for a gambler " , il y a une place dans le monde pour un flambeur ...

Et nous dansâmes , nous avions un peu trop bu , irish-coffee , sangria ...

" Vois-tu , Yann , il faut penser au moment présent , si tu veux être heureux .

 Je te serrais la taille , reposant ma tête sur tes longs cheveux d'or 

 Un visage d'ange effleurait le mien ...

 C'est alors que , sans crier gare , tu m'embrassas violemment !

 

( A Suivre )

                                                                    

                                    
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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez ( 1 ) - Traduit du Breton par l'auteur - Mars 1986 - Publié dans N° 336 AL LIAMM , février 2003 - Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh / All rights reserved .
"Auberive " , Copyright 2006 .

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 " Etude " , par William Bouguereau ( 1898 )

 

 

* Saint-Louis ( Missouri ) .

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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 4 - A-propos de Villeneuve / About Villeneuve .

27 Avril 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Official Website Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

 

AUBERIVE ( 4 )

 

 

 

About " Villeneuve " ( Au Sujet de " Villeneuve " )


 


I , sometimes , have a look back to this time, march 1978 . I decided to go on a skiing holiday for a week . So , I got into a night-train from Paris and arrived in the morning to the Alps , near Serre-Chevalier.

As they say there are none so distant that fate cannot bring them together , I had sure to meet there , in a small village named Villeneuve-La-Salle , an american young woman student from St-Louis , MO ! 

I dedicate this short story to my friend and teacher in breton , VEFA DE BELLAING ( 1909-1998).

She gave her whole life to our cause . She was very brilliant and used to know a lot of things about literature , celtic countries and classical breton musicians such as Paol Ar Flemm , Paol Ladmirault ,  Guy Ropartz , Jef Ar Penven , and many others , all well-known .

She died on the 16th of April 1998 , as " trees and flowers of spring came into blossom ".

Pray for her .

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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 4 - About " Villeneuve  " / Au Sujet De " Villeneuve  " - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Auberive " , Copyright 2006 .

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Painting : " Les Lavandières de Nuit " , Night Washerwomen ( 1861 ) , by Yan Dargent , Breton Painter ( 1824 - 1899 ) . 

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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 3 - La Rencontre , Pistes et Réflexions" ( 2 ) .

24 Avril 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Official Website Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

                               

AUBERIVE  ( 3 )

 

 

 

 

 

La Rencontre , Pistes et Réflexions 
( II )

 

  RWS Tarot 02 High Priestess

                                 

(... /...)
           

          Dans l'errance , l'âme s'interroge éternellement sur les raisons de sa chute et de son incarnation .

Tout est inversé d'un monde à l'autre , de l'inconscient vers le conscient :

" Depuis longtemps , des millénaires , je trouve cette vie longue / Setu pell'zo , milvedoù , e kavan ar vuhez-se enoeüs hag hir ... "

Le bureau ressemble à une tombe , la mort ne devant être qu'un passage , une porte qui ouvre , comme celle du Grand Palais , sur d'ineffables splendeurs .

Mais il faudra que le Voile s'écarte , celui d'Isis ou de Dana , la grande Prêtresse , ( ici , Laura) et que le drap du Temple de Salomon se déchire , découvrant le Sanctuaire , comme c'est arrivé le jour de la Passion du Christ .

Allant , comme Orphée à la recherche d'Eurydice , qu'y trouverons-nous , caché derrière le miroir ?

" La beauté , qui peut seule sauver nos idées les plus insignifiantes , les plus viles  / Ar gened , a zo saveteerez nemeti hor menozioù disteran . "

             Se pose aussi l'angoissante question du Bien et du Mal .

Sans la souffrance , l'amour seul vivrait-il ?

Mon chef-comptable ignore tout de la numérologie , du moins selon les apparences . Mais il cherche sa route à tatons .

C'est le chemin des Alchimistes . Le " bleu " de la lettre initie l'absolu dans le monde sensible . Dans la matière , l'ordre des couleurs se trouve partiellement inversé . Rouge , Noir , Blanc , c'est-à-dire éruption , lave et cendres des volcans : l'Etna , le Stromboli .

La finalité de l'Alchimie est de découvrir la Pierre Philosophale .

" Tu es Pierre , et sur cette pierre , je bâtirai Mon Eglise . "

La transmutation de la matière connaissait trois phases : L'oeuvre au Noir , qui correspond à la Putréfaction , l'oeuvre au Blanc , figurant la Résurrection , l'oeuvre au Rouge enfin , dernière étape , celle de la Rubification .

Mais le véritable but caché , c'était la transformation de l'adepte lui-même .

Son travail sur la Pierre , ainsi que ses recherches méticuleuses , lui permettaient de changer peu à peu , mais en profondeur, l'état de sa propre conscience , comme il avait métamorphosé d'ailleurs ceux de la matière avec peine .

C'est ce que préconisait Teilhard De Chardin lorsqu'il évoquait l'alchimie des âmes . Son "Oméga " ne représente-t-il pas le point suprême , ce lieu privilégié qui est, sans doute aussi l'aboutissement de l'oeuvre alchimique , là où toute la Création se dévoile ?

Ne sera-t-il pas donné au "possesseur " de la Pierre Philosophale d'embrasser le cosmos , même sans avoir besoin de contempler le firmament ?

Telle est la devise des alchimistes : V.I.T.R.I.O.L ( Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem = Visite les parties intérieures de la terre, en rectifiant tu trouveras la Pierre cachée ) .

Tout d'abord , notre héros ne désire pas suivre le " bon chemin  ". C'est qu'il ne lui semble pas assez long . L'existence n'est-elle pas une épuration nécessaire de l'âme ?

Il se sent ensuite frustré parce qu'il a pris conscience , le moment venu , de ses erreurs . Le Diable lui montre qu'il a fait fausse route en refusant d'assumer sa propre vie .

Mais un coin du voile s'est déchiré . Le visage de sa femme , à douze heures trente , lui offre , telle une antique Pythie , le spectacle de l'éternité dans le renouvellement des choses  .

Le masque pose toujours la même question lancinante : Qu'as-tu fait de ta vie ?

Naissance de la " magie " de Noël , fête tragique rappelant aux hommes qu'il n'est plus temps d'espérer mais de mourir . 

Ce moment de l'Avent qui favorise une rencontre angoissante avec son double ignoré , l'Autre , par laquelle nous éprouvons cette douleur affreuse de la vision d'une vie perdue ou qui semble gâchée irrémédiablement .

Notre bonne conscience ne se nomme-t-elle pas aussi mauvaise foi ?

                       La bipartition de l'humain, créature homme et femme, est relié au récit de l'Arbre de la Connaissance , dans la Genèse .

Mais si la femme est tentatrice  , ( " La Tentation / An Temptadur " ) , elle est aussi l'instrument de notre rédemption .

 

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DAN AR WERNAuberive  ( 3e cercle ) - 3 - La Rencontre , Pistes et Réflexions II - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Auberive " , Copyright 2006 .

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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 3 - La Rencontre , Pistes et Réflexions ( I ).

24 Avril 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Official Website Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

 

 

AUBERIVE ( 3 )

 

 

 

La Rencontre  , Pistes et Réflexions
( I )
 

 

 

 


1 - Le côté littéraire

 

            Le 1er juin 1905 , jeudi de l'Ascension , sur les marches du Grand-Palais , se trouve une belle demoiselle accompagnée d'une souriante dame en noir.

Cette grande jeune fille blonde portant un manteau " marron clair  " ainsi qu'un " gracieux chapeau de roses  ", n'est autre que la Femme capitale , celle qui bouleversa toute la vie d'Alain-Fournier , " cette âme frêle d'ancien satinqu'il évoque dans son roman "Le Grand Meaulnes " sous le nom d'Yvonne de Galais .

 

 

 

2 - Le côté profane, superficiel, exotérique 

 

 

            Il s'agit là du problème de l'individu moderne au coeur des grandes villes , coincé dans sa vie quotidienne , muré dans un sentiment de solitude . ( " Le silence grandit comme un cancer  ", dit la chanson - The Sounds of Silence / Simon and Garfunkel ) .

Comment faire pour briser les apparences , qui sont toujours fausses ?

La notion d'incommunicabilité : Il faut toujours faire semblant  / Ret eo bepred ober neuz . "

La télévision, la peinture : au-delà des images, plus loin que ce qu'on croît connaître, que découvre-t-on ?

" J'ignorais même son nom  / N'anavezen ket e anv zoken  " ( au sujet de Bouguereau ) .

Illusions, monde qu'on se construit comme des idées toutes faites, fausses certitudes. ( " Et pourtant , il me semble que je vous connais  / Ha koulskoude , a gav din , ho anavezout a ran  " ) .

Où se trouve le réel ?

" Sourires empreints de fausse prévenance  / minc'hoarzhoù damantus . "

" S'efforcent-ils tous d'afficher de si sombres , si tristes apparences ?  / Hag e ra van an holl da ziskouez diavaezioù ken sirius pe ken tenval  ? "

           La signification religieuse de Noël se réduit à celle d'un décor de fête foraine .

A notre époque , peu importe ce que vraiment vous êtes . Ne s'agit-il pas , d'abord , d'avoir un "look  " ?

            " Ne voyons-nous pas en effet comme les hommes se laissent prendre volontiers par toutes les apparences , par toutes les paroles vides des bateleurs de la politique , de la science , de l'art  ? " ( Edmond Delcamp - " Le Tarot Initiatique " ) .

 

 

 

3- Le côté profond, symbolique, ésotérique

 

 

            " Connais-toi toi même , et tu connaitras l'univers et les dieux  " .

C'est ce que l'adage affirme .

Qu'y a-t-il , outre l'illusoire chimère , au-delà des mots ?

 Mais il est difficile d'aller de l'autre côté du miroir, de découvrir la face cachée de l'iceberg , de franchir les limites de la conscience .

La vérité nous échappe .

Et pourtant , l'Homme ne peut se satisfaire de faux-semblants .

Depuis toujours , quelque chose en lui le fait souffrir. Il est devenu aveugle , comme un esprit de lumière plongé dans les ténèbres de l'incarnation .

" J'attends quelque chose d'imprécis, dont je ne peux saisir l'enjeu essentiel , à l'autre bout de la salle  / Gortoz a ran ne vern petra resis hag a vefe lec'hiet e penn all ar sal-man . "

             Le nombre symbolique et sacré , celui qui est censé régir notre univers, semble tombé maintenant dans la routine d'une affreuse comptabilité ( "Aligner des chiffres / Steudan sifroù  " ) .

Pourtant , ne nous interroge-t-il pas depuis l'aube des siècles ?

N'est-ce pas parce que , pour celui qui sait voir , et selon la parole d'Hermès Trimégiste , " tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ? "

"Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "

             Jung , le fameux psychanalyste , a voulu dépasser la notion d'inconscient pour l'élargir à celle d'inconscient collectif .

 

 

 

Les symboles , qui s'appliquent de manière générale quelles que soient la tradition des origines , seraient un chemin privilégié de communication .

" Mes voies sont supérieures à vos voies , et mes pensées plus élevées que vos pensées  ", disait le Seigneur à Isaïe .

On peut ainsi s'interroger sur le sens du nombre Douze : douze mois dans l'année , douze signes du Zodiaque , douze travaux d'Hercule , douze chevaliers de la Table Ronde , etc ...

Deux fois douze heures pour le jour succédant à la nuit .

Pie XI , grand pape à la Foi intrépide , a écrit :

" L'Univers n'est si resplendissant de divine poésie que parce qu'une divine mathématique , une divine combinaison de nombres règle ses mouvements . "

" Douze heures trente , aujourd'hui ... / Hiziv da greisteiz hanter ... " Certains prétendent que cette durée symbolisait l'achèvement d'un cycle et le début d'un autre ...

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 3 - " La Rencontre , Pistes et Réflexions " (1985-1993 ) - I - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Auberive " , Copyright 2006 .
 

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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 2 - La Rencontre - Ar Gejadenn - The Encounter - Version Française / E Galleg ( 2 ) .

23 Avril 2006 , Rédigé par Dan Ar Wern Official Website Publié dans #Trilogie 3 " Auberive " - Nouvelles

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AUBERIVE  ( 2 )

 

 

La Rencontre  
( suite )



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D'abord , je ne compris pas pourquoi elle avait contacté le cercle "Nous-Deux ".

Ne lui était-il pas facile,  apparemment , de trouver des hommes chics , séduisants par leur mine et leur intelligence ?

Nous n'avions pas eu l'audace d'échanger nos photographies. 
D'ailleurs , depuis toujours , je l'avais imaginée très belle , un peu trop même , si jolie pour un homme sans valeur , un bureaucrate aussi insignifiant que moi .

"La Pin-up et le gratte-papier ", romance moderne , chapitre premier !

       J'avais répondu à sa lettre , dans la crainte , cependant , qu'elle ne se moque de moi .

Elle me parut si douce , au contraire , dans sa réponse , à me dévoiler sa solitude cachée , se montrant si proche de mes rêves les plus purs , me devinant si bien ! C'était inattendu !

Nous sentîmes tout de suite que nous étions faits pour vivre ensemble , main dans la main .

       Malheureusement , j'étais devenu si timide que j'avais plus ou moins décidé de donner une autre couleur aux contours de ma vie et de mes habitudes .

Je m'étais métamorphosé en voyageur de commerce , accourant aux quatre coins de la planète , allant par monts et par vaux , franchissant terres et mers pour pouvoir discuter d'affaires  très importantes , comme celles relatives à la banque , à l'informatique , etc...

       Dès lors , notre problème grossissait , à l'évidence : il fallait trouver du temps libre afin d'organiser cette fameuse rencontre .  

                                                                   

       Enfin , le mercredi arriva , rempli , j'ose le dire , d'incertitudes .

La frayeur me gagnait de plus en plus , à mesure que s'égrénaient les heures .

L'horloge tinta soudain !
Je me rappelle : Midi !

Je sentis mon coeur battre  violemment dans ma poitrine , et qui s'élançait comme un cheval rouge , au triple , au quadruple galop !

       Dans ma tête , qui ressemblait à un volcan , d'innombrables pensées se précipitèrent comme eux , pleines de force et de vitesse .

Il fallait partir !

       Je revis encore ce film raté de ma vie , telle cette pluie d'outre-tombe , fine et monotone , sous laquelle je marchais .

Le chemin n'est pas long , lorsqu'on emprunte le métro et ses galeries souterraines ; mais, ce qui l'allongea un peu , certainement , ce fut mon besoin de traîner , de m'abandonner à quelque sentiment de flânerie intérieure , ballotté par la foule , et de laisser monter en moi un flot de mille hallucinations oppressives , macérant au plus profond de mes entrailles , mêlées d'une colère sourde , et qui, bientôt , se transformeraient en désir de vengeance impitoyable !

       Le long des rues de Noël , joliment décorées , multicolores , sinueuses rivières noyées dans l'ambiance de la fête , défilaient par milliers ces vieux enfants d'adultes cherchant leurs nouveaux jouets , rêvassant dans la fraîcheur.

On se mettait à courir d'un côté ou de l'autre , personnages de pacotille qui s'égarent , fuyant un reflet passager , trace illusoire , tels des ombres solitaires qui s'amusent  de leurs propres jeux , qui, sans pitié , foncent à la recherche de leur destinée comme on cherche un sens indicible à une pièce de théâtre mystérieuse : ils mourront sans mot dire dans les bruits du silence ...

" THE SOUND OF SILENCE  " ( 3 )

Oui, s'enfuir, et n'emporter que nos baisers : " Si  , fuggire , e portarci solo i nostri baci  "...

La chanson du feuillage , qui bruit dans les arbres du Cours : le vent du nord-ouest les agite , et ma voix s'y perd , qui t'appelle à travers les paysages de ton enfance romaine ; ou mes mains , caressant doucement tes cheveux noirs ...

Longtemps je t'ai attendue , Laura , longtemps ...

       Mais , au-dessus des eaux sombres , je me revois traverser le Pont des Arts .

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Bientôt ce sera toi , devant ce portail, vêtue d'une robe blanche , d'un manteau noir, couleurs de la Bretagne , avec une écharpe toute rouge de l'espérance farouche d'un printemps renaissant sur ta gorge !

Bientôt...

       Mon coeur tressaille , frémit comme la terre lorsqu'elle s'enflamme , explose : l'Etna , le Stromboli ...

J'ai des frissons , je tremble de fièvre.

Laura ... Le Grand Palais ...

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                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Je suis rentré au bureau .

J'ai beaucoup marché sous la pluie . J'avais soif , grand soif ...

Pendant des heures , j'ai fixé les trottoirs , la tête courbée , errant ici ou là , sans rien comprendre , sans savoir où j'allais .

Je m'étais mis à éclater de rire , puis à sangloter comme un sauvage ou comme un fou .

       Qui diable avait pu faire ce coup-là ?

Que s'était-il passé avec ma femme ? Qui lui avait dit ?

       Pourquoi portait-elle des vêtements noirs et blancs , comme ceux de Laura , ainsi qu'une écharpe écarlate ?

Elle semblait guetter quelqu'un , debout sur les marches , feignant de regarder les affiches , nerveuse et distraite , une cigarette aux lèvres , sous ce parapluie de Venise qu'il y avait bien longtemps je lui avais offert ...

Qui diable ?

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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 2 - La Rencontre , suite ( Ar Gejadenn , traduction française ) - 2 - ( Kerzu / Décembre 1984 ) - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . Publié dans la revue AL LIAMM n° 234 , janvier/Février 1986 . ( Version française : 1990-1993 ) Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh - AL LIAMM - 1986 ."Auberive " , Copyright 2006 .  ( Seconde Partie )
 

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Notes  :

 

( 1 ) Dictons Trégorrois .

2 ) William Adolphe Bouguereau ( 1825 - 1905 , La Rochelle ) , peintre français : " Tentation " ( 1880 ) . 

3 ) " The Sound Of Silence " , une chanson devenue célèbre qui lança le fameux duo américain , Simon & Garfunkel . Copyright 1965 , Paul Simon - Pattern Music LTD , Sony Music / All rights reserved . 

                                                           

 

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