LES CLAIRIERES DE L'ÂME
V - La Tentation de Maël
Pour Gustave Flaubert
" La vie d'un homme est une île lointaine où l'on n'accède qu'après une traversée plus ou moins périlleuse . "
Henri Queffelec - " Un Recteur de l'Île de Sein " , III , 1 ( 1952 )
1 - Maël était un jeune homme silencieux , presque timide , toujours vêtu d’un manteau trop grand pour lui , qui passait plus de temps dans les livres des saints que dans les conversations des vivants , qu'il jugeait souvent trop terre-à-terre . Très tôt s'était dessiné son appel au sacerdoce , mais comme une ascension lente et obscure , non comme une certitude lumineuse .
Un jour de brume , en septembre , où le vent marin portait l’odeur des algues depuis le petit bourg de Landéda où il prenait , dans sa famille , ayant tout juste été admis au séminaire , quelques jours de repos pour se reconnecter avec la vie océane , il avait décidé de grimper sur la falaise jusqu'à un austère cloître en ruines dominant le large de ses murailles blanchies par le sel et le temps , l'abbaye Notre-Dame-des-Anges . ( 11 )
Ce matin-là , il ne savait trop pourquoi , une sensation étrange l'avait poussé à y monter , comme si quelque chose ou quelqu'un l’attendaient là-bas .
Le lieu était ancien , presque oublié , protégé par des buissons d’aubépines et de ronciers fleuris de roses blanches . Dans le pays , comme une source jaillissait d’un repli de rochers moussus , certains disaient que saint Guénolé s’y était lavé les pieds peu avant de gagner l’île de Tibidy . ( 12 )
Quand le jeune homme arriva , il était essoufflé , les cheveux en bataille et les yeux brûlants , tout étonné de voir qu'on avait enfin restauré la chapelle .
Après avoir bu l'eau de la fontaine , il s’agenouilla , puis relevant la tête vers le ciel ennuagé , il crut apercevoir une jeune fille prier dans l'église , resplendissante et rêveuse , et qui , elle aussi à genoux dans la lumière oblique d'un vitrail de la Vierge , était seule , telle une Madone transpercée d'un glaive . Il sentit en lui une secousse inexplicable , comme un feu sans nom . D'où lui venait cette douleur , il n'osa se le demander , n’osant l’aborder , se trouvant indigne d'elle . Dès l’entrée , pourtant , la fille , dont le visage s'éclairait d'un beau sourire éclatant de jeunesse , avait tourné les yeux vers lui . Mais Il ne bougea pas malgré sa présence fugace et bouleversante , et qui allait le poursuivre toute sa vie !
De plus , il ne savait rien d'elle que son visage et ce qu'il y avait lu , cette douceur mystique , cette détermination silencieuse et ce trouble presque sacré que l’on éprouve devant les icônes .
Dans son journal , il écrivit ce soir-là : " Je croyais avoir donné mon cœur à Dieu . Mais voilà qu’Il me le rend , retourné , bouleversé , dans la silhouette d'une fille . Est-ce Toi que je cherche , ou elle ? Et si c'était Toi à travers elle , comment Te distinguer ? "
Le futur prêtre pria longtemps pour que ce trouble passe . Mais il ne passait pas . Bien au contraire , avec l'évidence d'une brûlure inextinguible , il devenait une offrande au moment de la communion , lui faisant comprendre que ce n’était pas seulement un appel vers une créature , mais un signe de sa propre vulnérabilité humaine . Sa foi même était en cause . Etait-elle fidélité ou peur de vivre ?
2 - C’était dans les jours d’avant l’ordination . L’air sentait l’ajonc , les pierres de l’ancien monastère exhalaient leur silence millénaire . Aziliz avait demandé l’ermitage de Kergrist , sur la côte sauvage , pour se recueillir . Elle voulait faire mourir en elle tout reste d’attache qui ne menait pas à Dieu .
Mais le Père Lui-même ne devait pas être sourd , bien sûr , au cri des corps . Le Diable , songea-t-elle , s'il ne se montre plus sous forme de bouc , peut prendre , parfois , la forme d’un homme au regard brûlé de lumière.
On l’appelait maintenant soeur Gabrielle .
Etant venue jadis déposer des fleurs devant l’autel brisé d'une chapelle en ruine , elle l’avait aperçu comme une prière non dite , son bréviaire figé dans ses mains glacées par le froid .
Cet instant-là où le ciel était d’encre , où le vent soufflait sa symphonie des âmes surgie des abîmes de la mer , s'était-elle doutée qu’il n’était pas venu là par hasard ?
Quelques printemps d'après , comme chaque année où le ciel avait fléchi son regard sur la terre en ce jour où d’un seul coup , les pommiers se mettent à fleurir , marchant sur le sentier menant à la vieille abbatiale de Landevennec , elle portait une robe simple , grise , une petite croix de bois qu’elle avait sculptée elle-même à son cou , un châle jeté sur ses épaules .
Frère Maël , qui avait été ordonné prêtre à l’automne , siégeait dans son confessionnal , mais son cœur lui semblait de plus en plus désertique . Il priait sans feu , s'efforçant d'écouter avec le plus de soin possible les litanies ennuyeuses de fidèles aussi déboussolés que lui .
C’est alors qu’elle entra en compagnie des autres soeurs , tandis que les derniers cierges fumaient doucement au pied de la Vierge .
Il ne savait pas qu'elle allait venir en cette fin d’après-midi , elle n'avait fait aucun bruit . Mais tout changea soudain . L’atmosphère , la lumière , le silence même sembla retenu .
Elle s’agenouilla à la première rangée , juste devant lui.
Elle avait un visage fin , clair , impassible . Un manteau de laine bleu nuit . Une auréole de cheveux bruns , noués à la hâte , sortait de son voile . Le jeune moine sentit comme une brûlure monter en lui . Non de désir , il le sut aussitôt , mais de vertige . Quelque chose en elle lui révélait une faille inconnue dans son propre édifice intérieur . Il se mit à trembler légèrement .
- Seigneur , est-ce possible, que quelqu'un entre ainsi dans votre vie sans l''avoir jamais croisée avant ? , supplia-t-il , tentant de détourner les yeux , de se remettre à son chapelet . Mais chaque battement de son cœur lui répétait : elle est là . Plus qu’une femme . Une présence . Une lumière incarnée . Une interrogation adressée à sa foi même . Elle l'avait saisi , bouleversé , " renversé comme Saul sur le chemin de Damas ! "
Il se souvenait d’avoir lu , chez saint Jean de la Croix , que l’âme est souvent conduite à Dieu à travers une nuit où l’on ne distingue plus ce qui est spirituel de ce qui est charnel . Où l’on souffre comme un homme , mais en profondeur d’Ange . ( 13 )
Il s'était mis à jeûner , à s’imposer des veilles . Mais cela ne calmait rien .
La tentation du saint ? Non pas le péché , mais l’adoration d’un visage trop pur pour qu’on puisse s’en défendre , est-ce cela ? , se torturait-il .
La prière devenait impossible !
Il resta immobile longtemps après qu’elle fut partie .
Puis , dans sa cellule , ce soir-là , il écrivit :
" Elle s’est agenouillée devant moi comme un miracle muet . Et dans son mutisme , j’ai entendu un appel plus grand que tout ce que je croyais avoir compris de Toi , Seigneur !
Si c’est Toi qui me l’envoies , pourquoi fais-Tu de son apparence une telle blessure en moi ? "
Elle s'assit à la même place , le lendemain , restant plus longtemps , cette fois , prostrée dans la même adoration silencieuse . Il n’osa même pas lever les yeux vers elle . Ce n’est qu’à la fin , quand elle sortit , qu’il la vit poser , en passant, un petit mot sur le banc de communion .
Dès qu'elle fut sortie , il se leva , tremblant , pour le lire .
" Pardon . Je ne voulais pas troubler votre paix . Mais je viens souvent ici prier pour mon entrée au Carmel . Et j’ai senti ... que vous portiez quelque chose de lourd . Je prierai pour vous . Soeur Gabrielle . "
En un éclair , il réalisa qu’il ne pourrait plus jamais prier comme avant !
3 - Ma Soeur ? murmura-t-il .
Cela fit naître en lui un écho lointain , celui de vacances d'été dans sa famille maternelle des Abers , Gabrielle … Cela faisait si longtemps qu'il n’avait entendu un prénom comme celui-ci évoquant une mystérieuse voisine oubliée , sur la côte , la petite Aziliz , insaisissable et rêveuse , qui disparaissait souvent dans les champs pour observer les étoiles .
- Je savais que tu viendrais , lui dit-elle , se tournant lentement vers lui , comme si ces retrouvailles , d'après elle , avaient été inscrites dans une trame invisible .
Puis , elle lui expliqua qu’elle avait trouvé refuge comme novice au couvent .
Mais ce qui le bouleversa le plus furent ses révélations , car elle avait , lui confia-t-elle , commencé à recevoir des messages lui parvenant depuis l’ " au-delà ".
- Ils me parlent de semences du ciel , déclara-t-elle , de graines lumineuses , porteuses d’espoir et de transformation , qui ne viennent pas de l’ombre , pas du Malin , mais d’une source pure dépassant notre compréhension .
Elle lui montra ensuite un carnet qu’elle gardait précieusement sur elle , contenant une carte du ciel à l’intérieur , et des prières qu’elle recevait chaque jour , convaincue que ces paroles n’étaient pas qu’un simple symbole , mais qu'elles demeuraient bien vivantes .
Perplexe , il resta tout de même une heure en sa compagnie , lui parlant longuement , pendant qu'elle lui racontait ainsi , avec une clarté qui le troublait profondément , ses visions d'êtres venus des cieux les plus éclatants qu’elle voyait descendre comme des météores sur la terre .
Avant de partir, elle lui prit encore la main et murmura :
- Nous avons tous une part de paradis en nous , n'est-ce pas ?
Quand tu le trouveras , ne l'ignore pas . Je crois qu'il te guidera .
Ils se regardèrent longtemps , sans parler . Puis il avoua simplement :
- Je vous ai reconnu aussitôt . Vous étiez comme un appel . Je n'ai jamais oublié ce jour , à l'église .
Il ferma les yeux .
- J'ai cru que j'étais fou . Je n'ai jamais osé vous parler . Mais votre souvenir m'a accompagné plus fidèlement que bien des psaumes du Livre Sacré .
Elle sourit .
- J'ai cru , longtemps , que j'avais trahi le Christ en pensant à vous . Puis j'ai compris que c'était Lui qui passait par votre regard . J'ai passé ma vie à prier pour nos deux âmes . Dans la nuit de la foi .
Il baissa la tête , bouleversé .
- Peut-être étions-nous appelés à porter la Croix ainsi ? Non dans le désir , ni dans la possession , mais dans le renoncement . Peut-être que cette blessure , lance de l’amour , nous ouvre à Sa Passion ?
Les yeux humides , pour toute réponse , elle murmura :
- Il y a une fêlure en toute chose . C’est ainsi qu’entre la lumière . ( 14 )
Et dans cet aveu partagé , ils surent enfin qu’ils avaient aimé . Que cet amour , blessé , brûlé , offert , était devenu prière , et peut-être même , un sceau de sainteté ...
4 - Il apprit plus tard qu’elle devait rejoindre le Carmel de Morlaix . Chaque fois qu’il élevait le calice , une image traversait son cœur comme une grâce douloureuse : une jeune fille agenouillée , les yeux fermés , au pied de la Vierge , un amour dont il ne pourrait jamais rien dire , sauf à Dieu .
Il avait , cependant , demandé à la voir , " une dernière fois , juste avant la clôture "
Guidé par je ne savais quelle intuition profonde , il suivit la tourière sans rien dire jusqu’au jardin du couvent . Là , elle se tenait debout , silhouette majestueusement blanche au milieu d'un buisson de lys , le regard perdu dans une lointaine rêverie toute illuminée d'une lumière intérieure , coiffée d'un chapeau fleuri pour s'abriter du soleil ou , peut-être , humblement cacher au jour son apparence qu'elle jugeait , sans doute , trop insignifiante et trop changée pour ses amoureux du temps jadis . Quand il tomba sur elle , vers la fin de l'après-midi , elle l'accueillit comme un enfant venu jouer dans le petit bosquet de lierre où l'on peut voir la statue d'un saint breton . Sans doute aurait-il pu alors l’embrasser , l'étreindre , et tout aurait changé . Mais il n'en fit rien , se contentant de frissonner de tristesse , en s'efforçant de ne pas le lui montrer .
Pourtant , dans ses larmes cachées , la professe vit que l’amour le plus grand n’est pas celui qu’on prend , c’est celui qu’on donne .
Ils s’assirent sur un tronc d’arbre renversé , côte à côte .
Elle regarda longuement celui qu’elle aimait depuis les vêpres chantées dans la chapelle blanche de l'Aber . Mais ce n’était pas le même amour . Quelque chose de nouveau y brillait : un feu calme , sans orgueil , mais dévorant .
- Tu sais ce que je ressens ? reprit-il . En pensant trop à toi , j’ai l’impression de trahir le Christ …
- Et moi ... j’ai l’impression de Lui mentir en voulant t’effacer . C’est Lui qui m’as appris à Le prier autrement .
Ponctué par le ruissellement de la source , Il y eut un nouveau soupir .
- Je n’ai jamais rien voulu que le don total , murmura-t-il . Mais quel est ce Dieu qui voudrait m’arracher à toi ? Est-ce Lui , ou est-ce moi qui me mens ?
- Peut-être que l’amour , le vrai , n’a pas à choisir entre chair et esprit . Peut-être que ce que tu ressens pour moi , ce que je ressens pour toi , est déjà un appel . Mais nous ne savons pas à quoi .
Elle baissa les yeux.
- Et si j’étais ton épreuve ?
- Ou mon chemin , reprit-il avec effroi .
Elle le laissa faire quand il voulut prendre sa main , mais doucement la retira . Puis se leva .
- Autant que tu seras prêtre , tu seras mon frère dans l’Esprit . Car il faut que ce jour existe . Sinon , ce sera moi que tu renieras .
Laissant son bréviaire ouvert sur le tronc d'arbre couché , elle s'éloigna mais , devenant cette épine de lumière enfoncée en celui qu'une blessure avait transformé , non par dégoût du monde , mais par amour crucifié de tout ce qui vibre , ne disparut pas .
5 - Les années passèrent . Maël , hanté par cette fulgurante vision d'un jour , n’avait jamais su comment vivre avec un désir mal déguisé qui n'était pas une illusion . Mais il sentait que rien ni personne , jamais , ne l’avait autant rapproché de Dieu que ce trouble-là .
Aziliz , jeune religieuse , avait cherché comment le simple regard furtif d'un homme inconnu pouvait mettre le feu à toutes ses certitudes . Persuadée , comme sainte Claire ou Marie-Madeleine , que seule la prière pouvait donner un sens à ce vertige , elle était entrée au Carmel . ( 15 )
Lui , ce vertige , il ne savait comment le fuir . Le plus terrible était qu’il ne voulait pas le fuir .
Une nuit , il écrivit dans son carnet secret :
" Elle a réveillé en moi une tendresse plus haute que toute contemplation . Ce n’est pas elle que je désire . C’est ce qu’elle me révèle de Toi , Seigneur . Mais comment Te voir sans elle désormais ? Elle est devenue Ton miroir , Ton passage , Ton souffle . Je suis perdu . Et pourtant sauvé ... "
Pendant des décennies , les deux amis célestes , priant l’un pour l’autre , ne se croisèrent jamais que dans le secret de leur âme , sans le savoir .
Un jour futur , l'abbé aux cheveux blancs fut invité à prêcher une retraite spirituelle dans un monastère du Finistère . Il avait beaucoup vieilli , plus de soixante-dix ans , marchant doucement , les mains jointes derrière le dos , les épaules voûtées , n’attendant plus rien de la vie , le visage raviné par le vent des années . C’est dans le parloir du Carmel qu’il reconnut " sa " bonne soeur . Elle aussi avait un peu changé . Mais ses yeux portaient cette même lumière précaire et foudroyante .
- Je suis venu vous rapporter votre bréviaire , ma soeur .
Il s’agenouilla près d'elle .
- Quand j’entre dans une chapelle , c’est votre visage qui , toujours , me revient , pendant les vêpres , votre regard , pendant l’élévation ... Chaque fois que j'élève le calice , votre image traverse mon cœur comme la grâce douloureuse d'une jeune fille agenouillée au pied de la Vierge , amour jamais confessé , sauf à Dieu . Je croyais vouloir Lui donner ma vie .
Mais je sens qu’il me demande plus encore , l’impossible , aimer sans comprendre .
Ils pleurèrent longtemps , jusqu’à ce que les ombres grandissent autour d’eux . Puis , dans le crépuscule , elle lui dit d’une voix faible :
- Peut-être que notre amour n’est pas à vivre , mais à offrir . Peut-être que ce feu n’est pas fait pour réchauffer, mais pour brûler ?
Le prêtre la releva , lui tendant un petit galet blanc qu'il plaça dans sa main .
- Porte-le en souvenir . Porte-le toujours . Ce sera notre secret , cette pierre que j’ai trouvée dans l’église de Saint-Michel-en-Grève , là où les eaux montent comme un jugement . N'a-t-il pas la forme d’un cœur fendu ?
Elle le prit sans un mot , restant là encore un moment , sans parler . Puis une sœur vint chercher Aziliz .
Avant de partir , il ajouta , simplement :
- Priez pour moi , ma soeur . Pour que je comprenne enfin , là-haut , pourquoi le Seigneur nous a laissés si près l’un de l’autre , et si loin , comme deux flammes qui se reconnaissent au creux du même souffle ...
6 - Sur le chemin du retour , il se rappela que dans un sermon qu’il avait prononcé un dimanche d’hiver , il avait prétendu que le plus grand sacrifice n’était pas de renoncer à l’amour charnel , mais de le porter sans le consumer , que la pureté n’était pas l’absence de désir , mais sa transfiguration , parlant de ce que Pascal nommait " la grandeur et la misère de l’homme " . ( 16 )
- Et si mon charme n’avait pas été un piège , mais une grâce ? Et si ta foi ne résistait qu’au vide ? , lui avait même , un jour , écrit soeur Gabrielle . Tu n’as pas fui le monde , et Dieu n’est pas jaloux , Lui qui veut des hommes vivants , pas des statues de plâtre .Tu parles d’amour divin , mais tu veux en faire un désert sans corps , sans désir , sans frisson , sans faille . Le Créateur pourrait-il avoir peur de cette Beauté qu'il façonne avec amour comme un jardinier sa rose ?
" Aimez-vous les uns les autres ! ", a-t-il ordonné , non ? ( 17 )
La lumière de la crypte où ils s’étaient retrouvés , filtrait par un vitrail brisé , bleutée , presque irréelle . Des cierges consumés traçaient les ombres du passé sur le sol .
- Jésus dit aussi : " Celui qui veut me suivre , qu’il renonce à lui-même , et " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur ... "L’amour dont tu parles fait trembler ma foi . Il fait de moi un homme . Je ne sais plus si c’est une chute ou un éveil . ( 18 )
- Et si c’était les deux ? , lui avait-elle répondu avec douceur . Marie-Madeleine n’a pas seulement pleuré aux pieds du Christ . Elle l’a aimé , d’un amour pur et brûlant . Crois-tu qu’il l’a rejetée ? Il l’a laissée toucher son âme et son corps .
- Tu dis cela quand l'océan tout entier semble vouloir m’emporter .
- Laisse-toi emporter. Peut-être qu’on ne monte vers Dieu qu’après avoir connu la beauté qui fait souffrir . C’est dans la faille que passe la lumière , n'est-ce pas ?
Rappelle-toi ! Peut-être qu'il faut du désordre autant que de l'ordre pour faire un monde ? Laisse venir la mer ... Il l'avait quittée avec un étrange sentiment de calme et d'émerveillement , ne sachant pas si elle avait véritablement accès à un autre monde ou si ses visions étaient le fruit d’une imagination fervente . Mais quelque part au fond de lui , il sentait que leurs retrouvailles n’étaient pas un hasard ! ( 19 )