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Adagio Assai ( Cycle de L'Etoile XXIII ) - Première Partie - Appassionata - III - Le Château Rouge .

28 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #ADAGIO ASSAI

Chateau de Wernigerode

Chateau de Wernigerode

Cycle de L'Etoile XXIII

( Livre 23 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ADAGIO ASSAI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Appassionata )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Le Château Rouge 

 

 

 

    


       3 - Automne 1989 : Le château " rouge " ,  c'était aussi le nom de l'austère bâtisse de Wenigerode , quartier général de la STASI , dans laquelle on entrait par un pont de pierre au-dessus d'une douve menaçante où l'on jetait parfois des corps torturés , navire fantôme échoué sur le rivage des siècles , vieux manoir gothique dominant la ville endormie de ses tours sinistres , lourde forteresse médiévale aux murs épais , vaste citadelle flanquée de ses bastions d'angle , qu'une antique chênaie , surgie des brumes , plongeait , par ses ramures , dans un miroitement d'ondes crépusculaires  !  ( 6 )

        Laissant apparaître les contours imprécis d'une capuche noire , un petit clapet de bois s'ouvrait soudain dans la porte principale quand le conducteur y frappait :

- Que cherchez-vous ? , demandait une parole d'ombre .

- Avez-Vous les Clefs ? , lui répondait alors l'homme d'un air triste ,

accablé .

        La nuit tombait déjà , ce soir-

là , comme un voile d'encre au bout de ce jour d'angoisse et de fatigue éprouvante lorsque ma voiture , ayant gravi avec peine les derniers contreforts d'un chemin tortueux du quartier désert des Ambassades , parvint , pour finir , à l'entrée du sordide bâtiment . 

        J'y fus reçu par le commandant régional , homme grand et massif au visage anguleux , la voix grave , comme surgie d'outre-tombe !

- Mon ami , me lança-t-il en tirant sur la fumée de son cigare cubain , j'ai une triste nouvelle à vous annoncerJ'apprends qu'Angela , la fille de notre cher Wagner , a rejoint secrètement l 'autre camp Je crois que l 'heure a maintenant sonné pour vous d 'agir ! , rajouta-t-il d'un air grave et

sombre . L'homme qui marche à vos côtés n'a pas d'autre préoccupation que l 'honneur de sa patrie , sachez-le ! Je compte sur vous 

           Et tandis que dans la surface vitrée posée contre le mur du bureau , cachant une arrière-salle d'observation , les derniers feux du couchant s'enflammaient de la médaille d'or à son cou de L'Ordre du Mérite Patriotique mêlés de mourantes lueurs de l'alliance d'émeraude à son doigt que le premier ministre de l'état socialiste , en remerciement de ses bons offices , lui avait jadis offert , le redoutable chef des services secrets se leva soudain pour prononcer devant moi une sentence solennelle , qui , selon lui , provoquerait , hélas , une catastrophe familiale

irréversible !

- A moins , bien sûr , mon cher , que vous n'arriviez à la retourner ! , précisait-il mi-graveleux , mi-

ironique . Je sais qu'en la matière vous êtes devenu un orfèvre ! , rajouta-t-il ensuite d'une voix mielleuse pour mieux se venger de celle qui , naguère , venait de le plaquer pour me rejoindre . 

       

       4 - Peut-être qu'un doux chant nocturne , guidant mon âme au pays de ma jeunesse , me ferait retrouver quelque part sa flamme perdue , me mis-je à réfléchir , obéissant docilement en silence au garde me guidant vers la sortie ? Une fois franchie la lourde porte bardée de fers et de clous , je redescendis la rue poissante d'humidité , à peine éclairée de quelques réverbères comme autant de glaives stylisés représentant ceux d'imposants chevaliers teutoniques dont chaque heaume était surmonté d'une tête de mort !

            " Rien n'arrive par hasard , pensais-je d'un air grave sans bien comprendre les vraies raisons de ce qui m'était , aujourd'hui , tombé sur la tête , et pourquoi on m'avait si brusquement arrêté . Pour me faire redécouvrir peut-être , ce soir , l'image de cette balade , mélancolique rayon de lumière illuminant le visage d'une jeune femme à la longue chevelure posant sur les touches de son piano ses mains délicates ?

            L'image d'Angela , ma chère fiancée , certes , m'était apparue comme en songe ! A moins qu'il ne se soit agi plutôt d'un funeste présage , estimais-je après coup , croyant reconnaître , au fond de ce beau regard limpide , un reflet de ma propre souffrance et de mon désespoir , et toute la détresse qui était la mienne face à celle qui , me dit-on , plus tard , n'était qu'une habile manipulatrice , cheffe d'une organisation secrète ennemie du peuple !

 

      5 J'eus bien entendu l'air , autant pour maintenir ma réputation grandissante auprès des dignitaires du régime que pour préserver ma naissante notoriété internationale , de ne pas être au courant de ce qui se passait du côté d'Halbertstadt . Ils avaient été , bien sûr , les victimes d'un complot international , sinon d'un cruel malentendu , et mon amie s'était sans doute laissée berner par des espions " protestants " venus de l'Ouest maudit qui , à leur habitude , avaient abusé de notre bonté native . ( 7 )

           Tout allait maintenant rentrer dans l'ordre ! On ne toucherait pas à ma famille si j'obéissais , me déclara-t-on d'un air apaisant .

" Demainvous reprendrez la route de Dresde où , parait-ilelle doit sûrement vous attendre  ! "
           Mais moi , m'imaginant avoir le temps de la prévenir , je savais bien qu'elle se trouverait dans la demeure familiale du Brocken !

          Alors , tout ceci , me dis-je en moi-même , n'était-ce qu'un piège ?

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

           

                                   

 

 

 

 

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DAN AR WERN Adagio Assai - Première Partie - Appassionata - III - Le Château Rouge - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Adagio Assai " , copyright 2023 .

 

 

( Cycle de L'Etoile XXIII )

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Notes      

 

6 - Ministère de la Sécurité d'État

( Ministerium für Staatssicherheit , MfS ) , dit  STASI ( abréviation de Staatssicherheit ) , service de police politique , de renseignements , d'espionnage et de contre-espionnage de l'ex-République Démocratique Allemande ( RDA ) .

 

- Allusion au mouvement pacifiste " De L'Epée à la Charrue "

( Schwerter zu Pflugscharen ) d'Halbertstadt .

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Adagio Assai ( Cycle de L'Etoile XXIII ) - Prologue - II - L'Ange Noir .

26 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #ADAGIO ASSAI

L'Ange de l'Abîme

L'Ange de l'Abîme

Cycle de L'Etoile XXIII

( Livre 23 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ADAGIO ASSAI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - L'Ange Noir 

 

 

 

    

 

2 - Je suis venue parce que j'ai été intriguée par votre message , m'expliqua ma visiteuse un samedi d'octobre assez venteux .

     Elle était arrivée chez moi , me sortant d'un destin que je croyais déjà écrit , si belle avec son manteau demi-saison , couleur de feuille d'automne , et ses yeux si purs , transparents comme du

verre , disant qu'elle avait cherché mon appart , ayant lu mon offre d'emploi dans le journal de la ville .

     Je la dévisageais , bouche bée , sur le seuil de la porte . Comment apprendre à l'écouter , me dis-je , lorsqu'elle commence ainsi par séduire mon âme illico ? Ne sachant quoi lui répondre , je réalisais que je n'avais pas eu le temps de lui préciser que j'étais le seul habitant de l'immeuble , juste au-dessus d'un minable troquet me servant parfois de cantine , et qu'elle avait dû confondre ma porte avec la sienne , parce qu'aujourd'hui , c'était lundi , c'était fermé .

     Alors , d'un coup d'oeil , elle me montra la pochette d'un des vieux disques de mon ex , posé sur le piano , puis , imperturbable , se mit à chantonner le début de la fameuse " Urlicht " , composition de l'un de ses musiciens préférés , Gustav Mahler , qu'elle interpréta de ses doigts effilés de déesse majes-

tueuse :
O Röschen rot !
  Der Mensch liegt in grösster Not !

( 4 )
     On aurait dit le chant divin d'une Sylphide ! 

- Mais moi , mon truc , c'est plutôt le jazz ! , finit-elle par m'avouer d'un sourire aguicheur ...

     Je m'étais senti ensuite si fatigué que j'étais tombé tout habillé sur mon lit ! L'espace d'un instant , perdu dans un délire après son départ , je m'interrogeais sur ce que j'espérais vivre à nouveau de réel au-dessous des blocs de couleur sombre des montagnes d'encre d'un ciel cruel où évoluait un ange noir narguant , monstrueux , la solitude effroyable de mon double terrestre , marionnette ridicule , sinistre pantin dont il pensait tirer sans doute les ficelles , 

menaçant comme un aigle aux serres sanguinolentes dégoulinant sur un désert de moutons résignés , faisant planer son ombre tragique sur d'ineffaçables traces de nos crimes inexpiables ! 

     Qu'étais-je donc à côté

d'elle ? N'offrons-nous rien à l'attention des autres , me questionnais-je , qu'un peu d'indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ? Et songeant à l'immensité de l'espace des yeux grands ouverts de la jeune fille , je me rappelais ce long chemin de mon enfance en

RDA , balayé par le vent , qui ne menait jamais nulle-

part quand je partais à travers champs la rejoindre sur l'île de Rügen vers ce sinistre château de la " Mort Rouge " surplombant une falaise abrupte où la créature , qui s'y était retranchée d'un rictus méprisant , s'efforçait de percer un passage vers mon royaume souterrain ! ( 5 )

         Je me demandais ,

sanglotant , s'il était vraiment possible de survivre au terme de ce parcours , comme si , en sautant dans le vide , en franchissant ainsi le seuil de cet au-delà inespéré du mal depuis le haut du cercle , on

parvenait , pour finir , à se débarrasser du vieil uniforme de ses illusions perdues ... 

        C'est alors que je crus " la " revoir au bout d'un énorme gouffre de ténèbres trouant le sol ! Tout me semblait si sombre soudainement , mystérieux comme le martèlement de la pluie sur les tuiles , résonance en moi d'un glas sépulcral au-dessus de la pièce où je dormais , lorsqu'à minuit sonnant vint me rendre visite son fantôme insatisfait s'époumonant en vain par la persienne aveugle d'une mémoire outragée !

        Alors , n'était-ce pas une chute interminable , ensuite , que le vertige de ce silence horrible à travers l'espace infini ?

Puis , réfléchissant à ce que je faisais là couché dans cette chambre , trempé de sueur , j'écoutais craintivement le dernier des douze coups de l'horloge qui m'avait réveillé ! 

        Regardant par la fenêtre , je remarquais quelques traces de l'orage nocturne ayant agité sous mon crâne un ouragan bien plus dévastateur que sur la rue détrempée , mais je ne me rappelais plus de rien sinon de la soirée d'hier et de l'horizon mystérieux couronné de nuages menaçants que je cherchais encore dans les lointains d'un bras de mer assoupi sillonnant sur le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentaient douloureusement parmi les lobes de mon cerveau en feu !  

   

 

 

 

( A Suivre ) 

                                   

 

 

 

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DAN AR WERN Adagio Assai - Prologue - II - L'Ange Noir - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Adagio Assai " , copyright 2023 .

 

 

( Cycle de L'Etoile XXIII )

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Notes      

 

4" Ô petite rose rouge !
        L'homme est dans la plus grande misère ! "
Gustav Mahler - Urlicht ( Lumière Originelle , 1892 ) , 4è Mouvement de la 2è Symphonie , extrait du " Cor Enchanté de l'Enfant  " ( Des Knaben Wunderhorn , lieder ) .

5 - " Le Masque de la Mort Rouge " ( The Masque of the Red Death , 1842 ) , nouvelle d'Edgar Allan Poe ( 1809 - 1849 ) parue dans " Les Nouvelles Histoires Extraordinaires " (1857 ) , traduction française de Charles Baudelaire .

Carl Caspar Friedrich - Kreidefelsen auf Rügen ( Falaises de Craie sur l'île de Rügen , 1818 - 1819 )

Carl Caspar Friedrich - Kreidefelsen auf Rügen ( Falaises de Craie sur l'île de Rügen , 1818 - 1819 )

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Adagio Assai ( Cycle de L'Etoile XXIII ) - Prologue - I - La Dame au Piano .

25 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #ADAGIO ASSAI

Jodyline Gallavardin

Jodyline Gallavardin

 

Cycle de L'Etoile XXIII

( Livre 23 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ADAGIO ASSAI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- La Dame au Piano

 

 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

       Peut-être l'avait-il choisie parce qu'elle était belle encore , ou que son charme agissait sur lui de manière étrange , lui rappelant sans doute , au milieu de sa vie

dévastée , quelque souvenir précis d'une ancienne jeunesse plutôt candide et rafraichissante , oasis de verdure avant l'épreuve du désert ?

             - Vous pensez qu'il est trop tard ? , lui avait-il ingénument demandé le premier jour , croyant qu'elle allait certainement le prendre pour un quelconque hurluberlu .

             - Le plus intrigant , le plus beau de tout ça , voyez-vous , lui répondit-elle en riant d'une petite voix délicieusement exotique , c'est la minute où , au tout début , l'on met ses doigts sur les touches du piano . On ne sait jamais ce qui va se passer ensuite , n'est-ce pas

             - Comme quand on pose un malheureux stylo sur une feuille ... , rumina-t-il à part lui .

             - Vous êtes écrivain ? , devina-t-elle plus tard . Vous devriez connaître alors le pouvoir des notes qui , telles de petites flammes tourmentées , caressent parait-il , d'après certains de vos confrères , d'une musique d'outre-monde les ailes de papillon de nos âmes célestes ... ( 1 )

            - Mais cela fait si longtemps que je n'ai pas joué Une éternité ! , fit-il

mine , avec peine , de lui reprocher un jour où il avait enfin pu , chez

elle , utiliser le précieux

instrument ! 

           - Soyez sans crainte , monsieur l'artiste ! Nous irons très lentement c'est promis , pour vous faire plaisir Adagio assai ! ( 2 )

           Que pouvait-elle fabriquer , d'ailleurs , comme lui , dans ce port militaire aux confins de nulle-part ?

C'est ce qu'il s'était demandé en voyant cette photo en dernière page du " canard " local , accompagnée d'une annonce et d'un nom qui , par ici , sonnait " étranger " , mais qui lui rappelait sa patrie d'origine . Il avait été , depuis toujours , grand admirateur des " Bösendorfer " , le sien qu'elle jugeait unique , alliant , selon ses dires , par sa sonorité , au charme , à la beauté de son expression , la finesse du meuble qui , au prix d'une réalisation très achevée due à une technique solide , lui permettait , par son style et sa décoration , de donner libre cours à ses talents de créatrice et d'artiste , montrant tant d'intelligence que de finesse pour exprimer avec justesse aussi les paroles de toutes les plus belles poésies !

           Comment expliquer , d'ailleurs , que l'on soit plus particulièrement touché par un objet plutôt que par un autre ? Et par un être ?

Non , tenta-t-elle de m'expliquer cependant , lorsque nous eûmes l'occasion de discuter du prix . Vous pensez bien que je ne m'en débarrasserais pour rien au monde , et surtout pas pour joindre les deux bouts ! Mais le lien qui les unissait s'avérait à ce point frappant que ses explications ne m'avaient pas convaincu , d'autant plus que ma

" star " d'alors , brillante interprète qui , étrangement , lui

ressemblait , n'avait plus fait parler d'elle depuis longtemps . 

           Que s'était-il donc passé ? , me demandais-je un soir , tandis que je marchais le long de la

grève . Car , trop timide , je n'osais pas vraiment lui parler , restant l'heure entière à écouter ce qu'elle essayait patiemment d'expliquer à son jeune élève débutant qui se demandait parfois ce qu'il était venu faire en ce lieu de supplice pour , soi-disant , se distraire de son quotidien !

           Moi , j'étais fasciné par son jeu , par ses mains , chaque fois qu'elle concluait la leçon par l'adagio de ce concerto de Ravel que j'aimais tant ! 

           Puis , elle reprenait sa route en sens inverse , Heidi Moser , et je la raccompagnais parfois tantôt sous le champ des étoiles , tantôt sous le crachin , bercé par le cri d'une mouette ponctuant ce chant lancinant des vagues venant , comme cette musique merveilleuse évoquant ma disparue , mourir sans cesse à nos pieds depuis le grand large de l'océan ! ( 3 )

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

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DAN AR WERN Adagio Assai - Prologue - I - La Dame au Piano - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Adagio Assai " , copyright 2023 .

 

( Cycle de L'Etoile XXIII )

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Notes      

 

1 - D'après Marcel Proust - " A la Recherche du Temps Perdu " , I , 2 : " Un Amour de Swann " - 049 - " L'année précédente , dans une soirée ... " 

2 - Adagio Assai = Très lent .

3 - " Concerto en Sol Majeur "

( 1929 - 1931 ) pour piano et orchestre , II - Adagio Assai , de Maurice Ravel ( 1875 - 1937 ) .

 

 

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UNE VIE D'ARTISTE - Teaser / Bio - L'Offrande Musicale .

23 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UNE VIE D'ARTISTE

Tristan et Iseult - Chambre à coucher du Château de Neuschwanstein ( Bavière ) - August Spiess , 1881 .

Tristan et Iseult - Chambre à coucher du Château de Neuschwanstein ( Bavière ) - August Spiess , 1881 .

 

UNE VIE D'ARTISTE

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Offrande Musicale

 

 

 

     

 

 

 

 

   

1 - Qu'est-ce que l'Amour ? , se demande l'étranger quand il se met à suivre une ombre rêveuse et téméraire portant un masque dissimulant avec peine le douloureux secret de son âme ... Dans ces ténèbres du crépuscule où il erre vers l'autre incognito , il finit par la rejoindre quand il ne la cherchait plus , celle qu'il avait souhaité depuis longtemps connaître , mais dont il prenait peur de découvrir l'identité : son double ! 

2 - Malgré son chagrin , la pianiste , au soir d'une fête célébrant Bach , se souvient du Maître dirigeant l' " Offrande Musicale " , s'efforçant d'imaginer qu'ils avaient été  " deux  " sur la Terre , un moment réunis par la Providence , mais qu'ils ne pourraient jamais réellement devenir " un seul être " afin de communier à l'indicible patrie de leur idéal ...  

3 Klingsor , dans les lointains brumeux d'un miroir d'eau , perçoit la magnifique jeune fille vêtue d'une robe toute blanche : - Alors , mon cher ? , lui dit la belle provoquant le rire de ses compagnes qui telles des tourterelles prennent leur envol ... Vous ne trouvez pas qu'il est trop tard pour des retrouvailles ? Mais déjà , à l'entrée majestueuse du Temple , une autre voix l'appelle  : - Entrez donc , il faut soigner vos blessures , vous avez bien trop souffert  

4 - Si l'on en croit la légende , c'est parce que la princesse Dana  ne voulait pas faire aux humains le don d'immortalité qu'elle était venue chercher la fameuse " Pierre de Vie " en Irlande ! Qui connaît les vraies raisons d'une guerre ou d'une invasion , qui sait pourquoi je les ai formés pour cette quête du Graal ? Chaque être a son jumeau , n'est-ce pas , que ce soit la belle Iseut masquant d'un faux sourire la face cachée de son côté le plus sombre , Tristan : Jamais la foudre d'un éclair ne peut remplacer la Lumière du Paradis !

   

 

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la musique , la culture celte , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - UNE VIE D'ARTISTE Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - L'Offrande Musicale Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " UNE VIE D'ARTISTE  " - Copyright 2023 .

          

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UNE VIE D'ARTISTE - VI - Postface - Klingsor .

22 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UNE VIE D'ARTISTE

Le Jardin du magicien Klingsor , peinture murale de Christian Jank au château de Neuschwanstein ( Bavière )

Le Jardin du magicien Klingsor , peinture murale de Christian Jank au château de Neuschwanstein ( Bavière )

 
 

UNE VIE D'ARTISTE

 

 

 

 

 

 

VI - Postface

     

 

 

         

 

Klingsor

 

 

 

 " Comment faire que mon âme ne soit éveillée par la tienne ? "  

  Rainer Maria Rilke - " Chanson d 'Amour " .

 

 

      1 - Ce qu'au premier rang , le spectateur attend d'une artiste quand elle joue devant lui ce concert grandiose auquel il assiste de leur impuissance face à la Mort , c'est que son amour s'envole soudain de l'orchestre au milieu d'un essaim de ses notes-papillons

multicolores . Loin du monde où leur vie passe , misérable clair-obscur d'un mystère à peine entrevu de souvenirs vivant encore dans l'intimité de leur être , et qui leur demande souvent si ce qu'il y a jamais eu en eux de réel et tout autour peut avoir une signification , que de lettres enflammées celui -ci lui a

écrites , pourtant , victime d'une banale rencontre remplie d'espoir aussi longtemps que sa foi naïve a pu résister à l'étendue de son chagrin . Que signifie , d'ailleurs , pour elle , s'interroge-t-il , une vraie passion ? C'est tout . Fouiller dans le passé ne lui sert qu'à faire s'agiter des fantômes . Découragé , sans force , il est devenu peu à peu insensible , presqu'indifférent , même si l'instant d'une symphonie ou quelquefois lors d'une balade , il croit revivre , devant le spectacle d'amoureux se promenant , main dans la main , sur les quais de

Seine , le temps merveilleux de l'insouciance ... Ne l'a-t-il pas cherchée en vain dans toutes les villes dont elle lui a parlé jadis , dans tous les livres , toutes les musiques ? Mais un jour de voyage , constatant que sa montre a perdu l'une de ses aiguilles , c'est elle qu'il croit enfin revoir , une belle écharpe de cachemire tombant sur ses épaules . " C'est vous , n'est-ce pas, lance-t-il à une jeune pianiste , surprise , l'air de celle qui a vu brusquement surgir un revenant accouru de l'au-delà . Rappelez-

vous poursuit-il à voix basse devant celle qui n'a pas prononcé une parole , accablée par ce qu'il vient de lui dire et qui s'est bizarrement mêlé aux images floues d'un passé qu'il croyait

révolu . Mignonne, sans doute ,

attirante , mais a-t-elle un lien , même fragile , avec sa propre histoire , se demande-t-il , s'excusant de sa méprise , et pourrait-elle autant nourrir sa conscience que l'autre , celle qu'il invoque , le soir , au pays des limbes , depuis ce chemin de solitude emprunté le jour de son départ ? Serait-elle capable , vraiment , de faire de son âme un seul dessein des multiples impressions ressenties depuis l'aube des jours , vivante dans le désert de son coeur meurtri , dans la soif d'un idéal inaccessible , cachée dans la grande désespérance d'un amour sacrifié ?

 

      2 - Si l'on en croit la légende irlandaise , c'est parce que la princesse Dana  ne veut certainement pas faire aux humains le don d'immortalité qu'elle est venue rechercher sur la Terre d'Irlande , cette fameuse " Pierre de Vie " , chargeant ses guerriers de retrouver sa trace ! Qui connaît les vraies raisons d'une guerre ou d'une invasion , soupire-t-elle malicieusement , qui sait pourquoi ils ont été formés spécialement par moi pour cette nouvelle quête du Graal ? Car la pseudo-éternité des " Grands Maîtres " , des Seigneurs gardiens de l'héritage , ne leur suffit plus . Ces gens-là , qui ont signé un pacte avec le Déchu , ont l'audace de se prendre pour Dieu ! C'est ce qui cause leur perte ! 

Chaque être a son double , n'est-ce 

pas , précise-t-elle avec ironie , comme la Lune masquant d'un faux sourire la face cachée de son côté le plus sombre ? Jamais la foudre d'un éclair ne pourra remplacer la lumière du paradis !

          C'est alors qu'elle croit voir au plafond surgir un Ange avec à la main droite une épée de feu scintillante émettant des bouquets de flammes incandes-

centes !

          Mais il est venu d'ailleurs , léger comme une plume avec son nouveau corps , là-bas , flottant sur sa table d'hôpital ! Et ce qu'elle a pris pour un glaive n'est en fait qu'un scalpel , un faisceau de pierres translucides tenu par l'une de ces créatures bizarres vêtues de blouses blanches , de

combinaisons , qui l'opère à coeur

ouvert , semblant dire , car on ne voit pas leurs lèvres remuant derrière leurs masques - pourquoi les comprendrait-elle ? 

Cela ne sert à rien puisqu'elle nous ignore Ne vaudrait-il pas mieux

mourir ?

         Alors , l'Ange hurle dans sa

tête : Pénitence ! Pénitence  

     

      3 - L'étranger , dans les lointains brumeux d'un miroir d'eau , aperçoit une magnifique jeune fille vêtue 

d'une robe de bal toute blanche .  

Alors , mon cher ? , fait la belle d'un air ironique provoquant le rire de ses compagnes qui s'éloignent tel un vol de tourterelles ... Vous ne trouvez pas qu'il est trop tard pour des retrouvailles ? 

           Mais déjà , une autre voix de femme , à l'entrée majestueuse du manoir , l'appelle : Entrez donc , il faut guérir votre blessure Vous avez déjà beaucoup trop souffert 

                 Qui donc peut être cette nouvelle Madone ? , s'interroge-t-il , se sentant défaillir , éclatant en sanglots . Qui est celle , coiffée d'un chapeau de paille , ayant su si bien lire en ses yeux les blessures démesurées du soleil couchant , cette petite tache rouge comme une aube nouvelle à sa tempe sanguinolente , signe en lui d'une douleur sans 

fin , souvenir d'une lutte féroce avec les gens du Village ?

         Il est mortellement touché , il va mourir , peut-être le comprend-elle , avec ce bandeau posé sur les yeux de son esprit malade , mais tombant enfin dans les bras providentiels de cette pimpante infirmière à l'étole en blonde " sur son corsage de soie , et qui , avec tant de grâce , fait gracieusement tourner devant lui sa jupe de tulle bleu à

crinoline ? 

         - Pitié rend sage le Fou au coeur pur ! , lui dit alors la Damoiselle aux mains de fine blancheur , et dont le tendre visage de consolation n'est qu'un pâle reflet vivant de sa propre angoisse et de son désespoir ! Sache attendre  , toi que j'ai choisi ! 

        - LDiable est à mes trousses ! , lui crie-t-il en réponse , frissonnant de terreur au moment de franchir , timide , le seuil de la Porte , car il craint de rompre , en approchant trop près du Sanctuaire , la beauté d'un rêve religieux baigné d'une lumière aussi diaphane émanant de Sa douce présence ...

Elle irradie le carrelage du vestibule , sorte d'échiquier sur lequel glisse comme un cygne un mystérieux fantôme parmi les statues de plâtre des Dieux du nord !

Je suis Klingsor , le  cavalier du crépuscule ! , s'écrie l'homme d'un ton vengeur , portant sur son manteau blanc de chevalier teutonique la croix noire et le masque de la mort sans visage ! 

Mais vous , n'êtes-vous pas assez " folle " vous-même pour vivre en un lieu si terrible ? , lui jette-t-il avec rage ! 

          



      

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DAN AR WERN - UNE VIE D'ARTISTE - VI - Postface - Klingsor - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " UNE VIE D'ARTISTE " , copyright 2023

                 

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Notes : Voir Préface .

 

 

 
 
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AN ERBEDER ( Kelc'h Kentan ) - VIII - Brezel ar Groaz - 11 - An Aotrou Brekilien ( 18 - Myriam , Plac'h an Traezh ) .

19 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #An Erbeder - Le Passeur Des Mondes

AN ERBEDER ( Kelc'h Kentan ) - VIII - Brezel ar Groaz - 11 - An Aotrou Brekilien ( 18 - Myriam , Plac'h an Traezh ) .
AN ERBEDER ( Kelc'h Kentan ) - VIII - Brezel ar Groaz - 11 - An Aotrou Brekilien ( 18 - Myriam , Plac'h an Traezh ) .

 

Kelc'h Kentan : Da Darzh an Deiz ...

 

 

 

 

 

An Erbeder ( IX )

 

 

 

 

 

Trede Lodenn

 

 

 

 

/ Brezel Ar Groaz /

 

" Un Arouez kevrinus ' zo er Maen ,

   Engravet don 'n E wad tanflamm ... "

Novalis - " Heinrich Von Ofterdingen "

- Ar Skarbouklen .

 

 

 

 

- Myriam -

 

 

 

 

11 - An Aotrou Brekilien ( 18 )

( Lizher Roll / Dornskrid ar Mestr )

" Palefarzhet an aour d'an unanvet ha pevarvet , e hoc'h-gouez spontet en sabel ; adpalefarzhet en arc'hant d'an eilvet ha trivet gant daou dour amzerioù aour kranellet gant pevar pezh en gul ha leinet gant peder  vrizhenn en erminoù . "

Ardamezioù Brekilien

 

" Ar c'hwileien-raden n'o deus ket a roue hag ez eont er-maez holl dre vandennoù . "

Krennlavarioù , 30 , 27 - ( Ger ar Roue Salomon ) .

 

 

 

 

 

 

 

Istor Riou Lohieg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Ar C'hlask

 

 

 

 

 

 

 

18 - Myriam , Plac'h an Traezh

 

 

 

   

 

     " Yann ger ,

 

 

Ma'z eus tro dit da lenn anezhane tle kavout ken hir al lizher-man ha ken iskis ivez va

istor !

Penaos e rein dit da gompren ?

Abaoe ken pell n'em eus ket skrivet dit , rak er " gouelec'h " edon o vevan ... Diwar wel e oas aet te ivez hep lezel tamm roud ebet met un damskleur bennak e-touez an tevennoù , hini ur soudard en Uhagarr , war am eus klevet ... ( 31 )

        Met , ' vel ar pajennoù-man . ​​​​em gollo un deiz hor poanioù brasan e poultr un hunvre dreistdiraez ... ( 32 )

        Marv eo ar Mestr , ha 'vel Gedeon deut da zistrujan aoter Baal emaon , o prientin mont da vrezelin 'vit ur wech diwezhan ! ( 33 )

        Echu eo ar fest 'benn ar fin , hag ur wech ouzhpenn hon eus lezet hor chans da dremen dre dennan re ziwezhat gant hor fuzuilhoù , o chom en argoll , ni , paourkeizh margo-

dennoù , hep gallout kompren petra resis a c'hoarvezhe dimp , jostramed hirisus horjellet dre'n avel , o tonkad loariek bet goulaouet gant ur skleurenn ken gwan hag ar pezh omp deut a-wechoù da vezan !

       En em astennet on e teñvalijenn ur bed oc'h echuiñ . Sellout a ran ouzh skeudoù cheñch-dicheñch ar solier , ' zo flouret , a-dreuz ar gwerennoù louzet , gant gouloù morlivet ul letern-straed ...

       Daoust ha dont a ra eus goueled ar chantvedoù ? Dalc'h da soñj ! Myriam e veze graet anezhi ganeomp , merc'h an traezh

e oa !

       Mil bloaz zo e oa ! "

 

 

 

 

 

 

 

 

Da Vezan Kendalc'het )

 

 

 

 

 

 

                                      ____

 

 

DAN AR WERN An Erbeder ( Kentan Kelc'h ) - VIII - Brezel ar Groaz - Trede Lodenn - 11 - An Aotrou Brekilien 18 - Myriam , Plac'h an Traezh) - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés . "An Erbeder " ( Le Passeur des Mondes ) , copyright 2005 SGDL / Dan Ar Wern hag Arbredor.com 2007 ha 2008 ( Numerical Version ) - Breton Version / E Brezhoneg .

 

                          ____

 

Notennoù :

 

31 - Hoggar ( " Uhagarr " e yezh tamachekek ar Verbered ) , torosad e kornôg ar Sahara ma oa lec'hiet " L'Atlantide " ( An Atlantis , 1919 ) romant brudet Pierre Benoit . Mammvro an Douareged .  

 

32Le Passeur des Mondes ( " An Erbeder " ,  XI , 24 : Koad ar Varc'heien ) . 

 

33 - Istor Gedeon ,  Barnerien VI , 1 da 8 , 35 . 

 

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UNE VIE D'ARTISTE - VII - Table des Matières

10 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UNE VIE D'ARTISTE

UNE VIE D'ARTISTE - VII - Table des Matières
UNE VIE D'ARTISTE - VII - Table des Matières

UNE VIE D'ARTISTE

 

 

 

 

 

 

 

VII - Table des Matières

 

 

 

     

 

 

      1 ) Préface / Dédicace :

           La Coupe et le Glaive

     

     

     

      2 ) L'Epée

     

     

     

      3 ) Masques

 

 

I - Tempête - II - La Clé du Contretemps - III - Délire - IV - Transfiguration - V - Le Chant du Cygne - VI - Amour et Trahison - EPILOGUE : Apsara .

     

 

     

      4 ) Récital

 

 

I - Cranagh Castle - II - Une Fête Etrange - III - Erinn - IV - Lia Fail - V - Nocturne - EPILOGUE : Sur la Route . 

 

 

     

      5 ) Célébration

 

 

I - Tressaillement ( Printemps ) - II - Pastorale ( Eté ) - III - Je Suis Perdu au Monde ( Automne ) - IV - La Jeune Fille et la Mort ( Hiver ) . 

 

 

     

      6 ) Postface : Klingsor

 

      7 ) Table des Matières

 

 

 

 

DAN AR WERN - UNE VIE D'ARTISTE - VII - Table des Matières - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights

reserved - " UNE VIE D'ARTISTE " , copyright 2023 .

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UNE VIE D'ARTISTE - Préface / Dédicace - La Coupe et le Glaive ( Banale Rencontre ) .

7 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UNE VIE D'ARTISTE

Le Magicien Klingsor prophétise la Naissance d'Elisabeth de Hongrie - Château de Wartburg , Eisenach , Thuringe , par August Oetken ( 1868 -1951 ) , peintre historiciste et mosaïste allemand .

Le Magicien Klingsor prophétise la Naissance d'Elisabeth de Hongrie - Château de Wartburg , Eisenach , Thuringe , par August Oetken ( 1868 -1951 ) , peintre historiciste et mosaïste allemand .

 

 

UNE VIE D'ARTISTE

 

 

 

 

 

 

 

Préface / Dédicace

     

 

 

 

 

 

Pour Novalis

et pour Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

La Coupe et le Glaive

( Banale Rencontre )

 

" L'Epée coupait le Suaire ,

  Couvrant la Gemme de Son Sang ,    La Pierre à son tour brisant 

  Ton Glaive d'Or étincelant ... " 

Dan Ar Wern

 

" Qui songe à la mort de Perceval ? "

Virginia Woolf - " Les Vagues " ( The Waves , 1931 )

 

" Pour ceux qui portent Son Feu dans le coeur et Sa Lumière dans les yeux ! "

Pape François

 
 

 

 

 

 

 

 

 

        

 

 

 

 

         1 - Ce que nous entendons des grands artistes , parfois , nous laisse rêveurs .  Quand ils jouent , c'est aussi beau , peut-être plus , que la musique des sphères , lorsque leur amour s'envole avec le nôtre et que nous assistons , comme eux , remplis d'impuissance , au triomphe de la Mort . 

Qu'êtes-vous venus faire parmi nous ? , leur demandons-nous ,  que sommes-nous venus faire ici-bas , dans ce monde misérable ?

- Quel problème , avec tous ces gens qui ne comprendront jamais rien au mystère de la Beautédont parlent Baudelaire ou Nerval ! , semblent-ils nous répondre .

     

      2 - Nos vies paraissent si étranges , difficiles à comprendre . Elles passent comme clair-obscur d'un Destin qui s'est mis à surgir là , brutalement

dévoilé . Sans doute était-il temps ? Qui peut savoir si tous ses souvenirs vivant encore avec force dans l'intimité de nos coeurs , dont nous prenons conscience , ne peuvent servir de prétexte à cacher notre effroi devant un avenir dont nous avons plus peur encore , nous demandant si ce qu'il y a en lui , mais aussi tout autour , aura jamais une quelconque signification . 

           Que de lettres enflammées je lui avais écrites , pourtant , mon âme remplie d'elle , pleine d'espoir aussi longtemps que ma foi naïve avait pu résister à l'étendue de mon chagrin . Banale rencontre dont je ne reçus jamais de réponse . Tout ca semblait si loin , maintenant ...  Ne m'avait-on pas assuré que cette histoire serait impossible pour nous deux sur la Terre ? D'ailleurs , que pouvait bien signifier , au sens commun , la valeur d'une vraie passion ? Les souvenirs continuaient , de temps à autre , d'attrister mon

coeur . C'était tout . Fouiller dans le passé ne sert très souvent qu'à faire s'agiter des fantômes . Découragé , sans force , j'étais devenu peu à peu insensible , presqu'indifférent . N'avais-je pas fait tout mon possible , après tout , pour me débarrasser de cette ancienne vie ? Même si le temps d'une balade , quelquefois , je revivais notre insouciance devant le spectacle d'amoureux se promenant , main dans la main , sur les quais de Seine ... 

           Puis un jour de voyage , constatant que ma montre avait perdu l'une de ses aiguilles , j'étais vite revenu me blottir sur mon siège pour y trouver refuge . Le temps , pensais-je en observant le cadran , n'a souvent plus de couleur , il ne fait que passer comme une ombre fugitive , entre nuit et jour . Il y a des gens qu'on aime , d'autres qu'on voudrait voir s'éloigner . Qui peut dire , en vérité , où vont nos pas , ce qu'étaient vraiment nos amours , nos vies ? Poursuivant ma lecture , je nourrissais , comme dans le livre , de sombres pensées , ma propre vie me semblant " solitaire , assez insignifiante , fragile colonne dressée parmi les ruines des années perdues , ne supportant plus rien ... " ( 1

          Mais légèrement plus tard , ce fut elle que , de loin , je crus revoir à moitié assoupie , une belle écharpe de cachemire tombant sur ses épaules . Quand j'eus l'audace de  revenir à l'endroit où elle se trouvait assise dans l'avion , me glissant près d'elle , nos yeux se croisèrent . Le visage blême , elle avait levé la tête , osant même une esquisse de sourire .                                
           " C'est vous , n'est-ce pas ? , lui dis-je enfin . 
Surprise , la femme , l'air de celle qui a vu brusquement surgir un revenant accouru depuis l'au-delà , fronça le sourcil  .

" C'était il y a si longtemps , rappelez-vous ! , poursuivis-je à voix basse ... Vingt ans , peut-êtreElle n'avait pas prononcé une parole  , et ce que je venais de lire s'était bizarrement mêlé aux images floues d'un passé révolu . Accablé de tristesse , je courbais l'échine . J'avais fait une erreur , j'en payait

le prix . 

          C'était une belle fille , sans

doute , que celle qui se trouvait devant moi , encore jeune , mais avait-elle un lien , même fragile , avec ma propre histoire , ce chemin de solitude emprunté le jour de son départ ? Pouvait-elle nourrir ma conscience , comme l'autre , celle que j'invoquais au pays des limbes , rassembler tout mon être , et faire de mon âme un seul dessein des multiples impressions ressenties depuis l'aube des jours , vivante dans le désert de mon coeur meurtri , dans la soif d'un idéal inaccessible , cachée dans la grande désespérance d'un amour 

sacrifié ? Maintenant que tout était

mort ...

          Ne l'avais-je pas cherchée en vain dans toutes les villes dont elle m'avait parlé jadis ? Dans tous les livres , toutes les musiques ?

Mais , " quand nous sommes perdus , quelle image invoquer ? " ( 2

" Comment faire que mon âme ne soit éveillée par la tienne ? " ( 3 )  

           Questions lancinantes qu'inlassablement semblait poser  l'immensité toute noire de la masse océane , imperceptible présence d'un mystère

infini , tout en bas , me répétant sans cesse la célèbre " Chanson d 'Amour " de Rilke .  

           Au dehors , dans les lointains d'une aube crépusculaire , étendue sur la mer bleue-verte , une pâle lueur fit renaître en moi , d'une manière incomparable , un timide , indicible espoir . Elle scintilla dans la nuit , comme une réponse tant attendue !

           Un vers de Victor Hugo , réminiscence des jours indolents de l'école , traversa rapidement mon esprit tourmenté :          

" O ciel , ainsi que toi le coeur est un abîme ." ( 4 )

          Je soupirais , comprenant trop tard ce qu'il signifiait .

          Mais lorsque j'essayais de bredouiller enfin quelques mots d'excuse , la passagère avait disparu ... 

 

     3 -  Si l'on en croit la légende irlandaise , c'est parce que la princesse Dana  ne voulait certainement pas faire aux humains le don d'immortalité qu'elle était venue rechercher sur la Terre d 'Irlande , cette fameuse " Pierre de Vie " , chargeant ses guerriers de retrouver sa trace ! Qui connaît les vraies raisons d'une guerre ou d'une invasion , soupirait-elle malicieusement , qui sait pourquoi ils ont été formés spécialement par moi pour cette nouvelle quête du

Graal ? Car la pseudo-éternité des " Grands Maîtres " , des Seigneurs gardiens de l'héritage , ne lui suffisait plus . Ces gens-là , qui avaient signé un pacte avec le Déchu , avaient l'audace de se prendre pour Dieu ! C'est ce qui , d'après elle , causa leur perte ! ( 5 )

Chaque être a son double , n'est-ce

pas , disait-elle avec ironie , comme la Lune , masquant d'un faux sourire la face cachée de son côté le plus sombre ? Jamais la foudre d'un éclair ne pourra remplacer la lumière du paradis !

           C'est alors qu'elle crut voir au plafond surgir un Ange avec à la main droite une épée de feu scintillante émettant des bouquets de flammes multicolores !

           Mais il était venu d'ailleurs , léger comme une plume avec son nouveau corps , là-bas , flottant sur sa table d'hôpital ! Et ce qu'elle avait pris pour un glaive n'était en fait qu'un scalpel , un faisceau de pierres translucides tenu par l'une de ces créatures bizarres vêtues de blouses blanches , de combinaisons , qui l'opérait à coeur ouvert , semblant dire , car il ne voyait pas leurs lèvres qui remuaient  derrière leurs masques - pourquoi les comprenait-il ? 

- Cela ne sert à rien puisqu'elle t'ignore ! Il vaudrait mieux mourir ... 

         Et l'Ange hurlait dans sa tête : - Pénitence ! Pénitence

     4L'étranger , dans les lointains brumeux d'un miroir d'eau , aperçut une magnifique jeune fille vêtue d'une robe 

de bal toute blanche : - Alors , mon

cher ? , fit la belle d'un air ironique provoquant le rire de ses compagnes qui s'éloignèrent tel un vol de tourterelles ... Vous ne trouvez pas qu'il est trop tard pour des retrouvailles

          Mais déjà , une autre voix de femme , à l'entrée majestueuse du manoir , l'appelait : - Entrez donc , il faut guérir votre blessure ! Vous avez déjà beaucoup trop souffert

         Qui donc pouvait être cette nouvelle Madone ? , s'interrogea-t-il , se sentant défaillir , éclatant en sanglots . Qui était celle , coiffée d'un chapeau de paille , ayant su si bien lire en ses yeux les blessures démesurées du soleil couchant , cette petite tache rouge comme une aube nouvelle à sa tempe sanguinolente , signe en lui d'une douleur sans

fin , souvenir d'une lutte féroce avec les gens du Village ?

         Il était mortellement touché , il allait mourir , peut-être le comprenait

-elle , avec ce bandeau posé sur les yeux de son esprit malade , mais tombant enfin dans les bras providentiels de cette pimpante infirmière à l'étole en

" blonde " sur son corsage de soie , et

qui , avec tant de grâce , faisait gracieusement tourner devant lui sa jupe de tulle bleu à crinoline ? 

         - Pitié rend sage le Fou au coeur pur ! , lui dit alors la Damoiselle aux mains de fine blancheur , et dont le tendre visage de consolation n'était qu'un pâle reflet vivant de sa propre angoisse et de son désespoir ! Sache attendre  , toi que j'ai choisi

        - Le Diable est à mes trousses ! , lui cria-t-il en réponse , frissonnant de terreur au moment de franchir , timide , le seuil de la Porte , car il craignait de rompre , en approchant trop près du Sanctuaire , la beauté d'un rêve religieux baigné d'une lumière aussi diaphane émanant de Sa douce présence ...

Elle irradiait le carrelage du vestibule , sorte d'échiquier sur lequel glissait comme un cygne un mystérieux fantôme parmi les statues de plâtre des Dieux du nord !

- Je suis Klingsor , le  cavalier du crépuscule ! , s'écriait l'homme d'un ton vengeur , portant sur son manteau blanc de chevalier teutonique la croix noire et le masque de la mort sans visage ! ( 6 )

Mais vous , n'êtes-vous pas assez " folle " vous-même pour vivre en un lieu si terrible ? , lui lança-t-il avec rage ! 

 

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DAN AR WERN - UNE VIE D'ARTISTE - Préface / Dédicace - La Coupe et le Glaive ( Banale Rencontre ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " UNE VIE D'ARTISTE " , copyright 2023

                 

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Notes :

 

- The Sojourner ( Celui Qui Passe ) , nouvelle de Carson McCullers

( 1917 -1967 ) dans son recueil "The Ballad Of The Sad Café " ( La Ballade du Café Triste ) : en anglais , Penguin Books , 1974 ; en français , Stock Editeurs , 1974 .

2 - Poème de Carson McCullers .

3 - " Chanson d 'Amour " de Rainer Maria Rilke ( 1875 - 1926 ) , écrivain , poète autrichien né à Prague .

4 - " Le Tas de Pierre " , Amour , de Victor Hugo ( 1802 - 1885 ) .

5 - Dana , déesse mère des " Tuatha Dé Danann " dans la mythologie irlandaise . 

6 - Klingsor , magicien de la légende arthurienne et de la mythologie germanique apparaissant dans le roman " Parzival " de Wolfram d'Eschenbach , datant du 13è siècle , et repris par Wagner dans son opéra

( 1882 ) .

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CELEBRATION - IV - La Jeune Fille et la Mort ( Hiver ) .

5 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CELEBRATION

Quills , La Plume et le Sang , film de Philip Kaufman ( 2000 ) avec Kate Winslet et Joaquin Phoenix .

Quills , La Plume et le Sang , film de Philip Kaufman ( 2000 ) avec Kate Winslet et Joaquin Phoenix .

CELEBRATION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - La Jeune Fille et la Mort

       ( Hiver )

 

 

 

 

 

 

 

 

" Partout et éternellement ,

  L'horizon sera bleu !

  Eternellement ... éternellement ... "

Gustav Mahler - " Le Chant de la Terre - L'Adieu " ( Das Lied von der Erde - Der Abschied )

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

        

 

 

 

 

        7 - Quelques images vivantes se mélangèrent dans sa conscience

troublée , un visage ... Elle ouvrit les yeux , n'ayant aucun souvenir , en

vérité , de ce qui avait pu se passer . C'était tout blanc , comme un linceul , autour d'elle . Chambre d'hôpital ? 
Comme elle se sentait lourde , faible à la fois , frissonnante de fièvre ...
Des coups de marteau lui heurtaient la tête ! 
Et puis soudain , les faits lui revinrent , ce fatal accident de voiture d'une triste journée d'octobre écouté à la radio , largement relaté , paraissait-il aussi dans la presse , une embardée sur la route glissante du Hoch-Königsburg où il était tombé quelques jours plus tôt dans un ravin !
Cette mort soudaine l'avait bouleversée !

     Qu'il lui avait paru difficile , ensuite , ce sentiment de complète solitude , sans la présence , quelque part , de celui dont elle avait fait connaissance , naguère , dans un parc berlinois , dont les manières élégantes lui avaient tellement plu , sa classe comme sa

gentillesse , qu'elle avait du mal à expliquer maintenant ce malheur brusquement surgi au milieu des flots de nuage de sa maison d'enfance , dans les

Vosges ... ( 22 )                           
                            

      8 - Malgré son chagrin profond , l'étudiante s'efforça d'imaginer qu'ils avaient été  " deux  " sur la Terre , un moment , réunis provisoirement par la Providence , mais qu'ils n'auraient jamais pu réellement devenir , pour communier à l'indicible patrie de leur idéal , " un seul être " ... Elle se souvint pourtant du maître qui avait aimablement prit place au clavier , le soir de la fête dans

l'église , après le concert de Bach ...

( 23 )
L'application de ses mains d'esthète au service d'un jeu consommé , toute une technique subtile alliée à une sensibilité d'écorché vif , avaient dessiné , sans qu'elle en ait conscience , les méandres ténébreuses d'un coeur meurtri cherchant à captiver l'auditrice en magnifiant la réponse qu'il s'efforcerait de lui donner !
D'abord , celle des profondeurs invisibles 

de son âme : un extrait de l' "andante " de "La Jeune Fille et la Mort " , par Franz Schubert , notes magiques se mêlant aux effluves de l'encens , rendant la plainte venteuse , au-dehors , plus

menaçante , et , dévoré par les

flammes , les craquements lointains d'un cierge . ( 24 )

           Puis , transfigurée , la détresse de l'homme s'était ensuite nourrie avec ferveur du magnifique " Poème " de Chausson , de l'élégie de Fauré , " Après un Rêve " , et de la " Méditation de Thaïs  " . ( 25 )
           Mais , fatigués de tant de travail et se mettant à briller plus encore , usés prématurément par l'âge , ses yeux mouillés d'amertume aux reflets des regards aveugles d'un amour indicible , il savait bien qu'elle ne les verraient

jamais , celle qu'il avait choisie au milieu d'un petit aéropage écoutant , sans la comprendre et sans doute avec distraction , cette mystérieuse déclaration musicale qui , en secret , lui était faite . 

 

 

 

 

 

 

FIN

 

 

 

                      ___

 

 

DAN AR WERN - CELEBRATION - IV - La Jeune Fille et la Mort ( Hiver ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " CELEBRATION " , copyright 2023

                 

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Notes :

 

22 - Voir chapitre II - Pastorale ( Eté

23Génèse , 2 , 24 et note 11 .

24 - " La Jeune Fille et la Mort " ( Der Tod und das Mädchen ) , lied ( 1817 , d'après un poème de Matthias Claudius ) et 14e Quatuor à cordes ( 1824 ) de Franz Schubert ( 1797 - 1828 ) .
25 - Musique classique française :

- " Poème " , op. 25 ( 1896 ) d'Ernest Chausson ( 1855 - 1899 ) .

- " Après un Rêve  " - Levati sol que la luna è levata - op. 7 n°1 , de Gabriel Fauré ( 1845 - 1924 ) , publié en 1878 .

- " Méditation de Thaïs " , de Jules Massenet ( 1842 - 1912 ) , dans le deuxième acte de son opéra " Thaïs  " créé à Paris en 1894 . 
 

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CELEBRATION - III - Je Suis Perdu au Monde ( Automne ) .

4 Octobre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CELEBRATION

CELEBRATION - III - Je Suis Perdu au Monde ( Automne ) .

CELEBRATION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Je Suis Perdu au Monde

       ( Automne )

 

 

 

 

 

 

 

" Je suis perdu au monde ,

  Elle n'a plus de nouvelles de moi

  Depuis si longtemps 

  Qu'elle pourrait bien croire

  Que je suis mort ,

  Je vis seul dans mon amour ,

  Je suis perdu au monde ... "

 
Friedrich Rückert ( 1788 -1866
" Ich Bin der Welt Abhanden Gekommen " *

 

 

 

 

 

 

 

        

 

 

 

 

      5Il n'eut plus jamais rien d'elle et bien vite , plus le temps s'écoula , plus ce silence alluma en lui un feu destructeur qui le fit souffrir davantage .
Mais ne désirait-il pas , de cette façon , montrer la distance irrémédiable qu'il avait toujours voulu voir s'instaurer dans les rares échanges qu'il avait eu avec son public ?
           Amoureux cependant qu'elle le laissait tomber , il essaya en vain de la joindre au téléphone . 
On lui assura qu'elle avait quitté Berlin pour toujours .

           L'automne arriva sans crier gare après cette agitation fébrile de l'été qui , pour lui , n'était jamais l'époque des vacances , puisqu'il lui fallait honorer tous les ans de nombreux festivals ,

Bayreuth , Salzburg , Aix-En-Provence , et qu' on attendait partout comme un Messie la " star  " du classique !

           Mais un jour , il fut plutôt surpris de découvrir , dans la presse , la curiosité d'un correspondant anonyme à-propos de la plus belle de ses 

créations , celle qui avait établi , entre toutes , sa renommée .
Certaines critiques l'avaient même portée aux nues , n'hésitant pas à encenser " le génie d'un tel homme , capable d'égaler les plus grands ! " , comparant cette oeuvre " néo-wagnerienne " au " Roy

d'Ys " , d'Edouard Lalo , ou au " Werther " de Massenet . ( 14 )
           " Vous connaissez les fameux vers d'Ossian ? " , lui était-il demandé par cet admirateur se référant peut-être à ceux que le barde , à son retour d'exil , offrit à celle qu'il aime :
" Pourquoi me réveiller au souffle du printemps ?
  Demain , dans le vallon , viendra le voyageur ... " ( 15 )
           Il appréciait particulièrement la beauté formelle de ce passage , avec sa ligne mélodique assez pure . De sa voix de velours , l'étudiante disparue le chanterait sans doute à merveille ? , pensa-t-il .
Comment le savoir ? Et ce qui lui trottait dans le crâne ?

           Il finit cependant , de manière indirecte , par donner un jour au lecteur sa réponse , accordant une interview dans laquelle il brossait le tableau de ses sources d'inspiration , les poèmes symphoniques de Richard Strauss , " Une Vie de Héros  " , " Métamorphoses " , figurant en bonne place ( 16 ) .
De même , parlait-il d'un de ses romans favoris d'Annemarie Schwarzenbach , et de la phrase y affirmant qu'il n'est pas

" difficile de tenir la vie à distance " .

( 17 )
           Peut-être aurait-il eu mieux fait de se taire que de défier le Ciel ?
Après tout , cette fascination qu'exerçait sur lui cette blessure dans le regard de sa princesse malade , n'était-ce pas celle de la Mort , sujet de son opéra ?
Il voyait parfois son reflet dans un miroir de glace qu'une étoile incendiaire illumine , au bout de l'infini : c'était elle qui lui apparaissait de l'autre rive , rayonnante , si proche et si lointaine , à la surface de la mer bleu-sombre de ses

rêves ...
" Doux rayon de l'aurore ,
  Pourquoi veux-tu me fuir
?
 ... "

( 15 )                    

      6 - Avant de quitter l'Allemagne afin de poursuivre sa tournée , Il avait jeté dans la Spree une petite rose rouge en souvenir de leur brève rencontre du mois d'août . Puis il se mit à fuir , comme il savait le faire , dans son travail pour essayer de l'oublier .
Souvent , pour se rapprocher de la jeune fille , on le voyait prier dans une église .
Il avait cru , sans doute , reconnaître son visage dans Celui de la Consolatrice des Affligés ?
           Mais comme elle lui avait révélé son enfance dans les Vosges , pour en avoir le coeur net , il résolut à l'occasion d'une fête musicale à Ribeauvillé , d'aller rendre visite aux villages de montagne alentour .
Dès l'aube , s'élançant sur la route au volant de sa " Volkswagen " , il se dirigea vers le Haut-Koenigsbourg , imposante forteresse dominant la plaine d'Alsace , et vers Sainte-Marie-Aux-Mines .

( 18 )
           Les premiers brouillards

d'octobre , surplombant les vignobles , charroyaient leurs lambeaux de grisaille cotonneuse à l'horizon des hautes

vallées , blancs linceuls s'accrochant aux cimes des sapinières jusqu'aux

" chaumes " fleuris de quelques boutons d'or ou genêts ... ( 19 )
La saison lui parut magnifique dans son cortège de feuilles mordorées que le soleil matinal enveloppait d'une faible lumière , tourbillons de cendres , poussières virevoltant au vent , vestiges d'une folle jeunesse enfuie aux yeux nostalgiques du conducteur qui n'arriverait sans doute jamais à les rattraper , songea-t-il , malgré la vitesse de sa voiture ... Mais soudain ...
            Lorsqu' il eut quitté l'étroit chemin départemental en s'enfonçant progressivement dans le silence des grands arbres noirs , le visiteur découvrit sur une verte prairie au-dessus des nuages , dans les vagues reflets d'une pièce d'eau lumineuse , immobile , cette longue bâtisse moirée de brume aux fenêtres toujours closes que la jeune fille , il s'en souvenait maintenant , lors de leur première rencontre , avait rapidement évoquée ...
           Quel visage d'ombre s'approcherait alors de moi , sous la tonnelle au souffle léger de verdure ? , psalmodia-t-il machinalement dans sa tête .
" Où est la Bien-Aimée ,
  Où est la Demoiselle
? ( 20 )

          "Je suis perdu au monde " , songea-t-il , évoquant encore le fameux poème de Rückert ... ( 21 ) *

 

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

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DAN AR WERN - CELEBRATION - III - Je Suis Perdu au Monde ( Automne ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " CELEBRATION " , copyright 2023

                 

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Notes :

 

14 - Edouard Lalo ( 1823 - 1892 ) , composa " Le Roi d'Ys " , légende théâtrale d'inspiration bretonne , créée le 7 mai 1888 à l'Opéra Comique .
" Werther " , créé à Vienne le 16 février 1892  , opéra de Jules Massenet ( 1842 - 1912 ) , inspiré par l'oeuvre de Goethe .
15 - " Les Poèmes d'Ossian " ( The Works of Ossian ) , publiés en 1765 , furent l'oeuvre du poète écossais James Mac Pherson ( 1736 - 1796 ) .
16 - " Une Vie de Héros " ( Ein Heldenleben ) , poème symphonique ( 1897 / 1898 ) , et " Métamorphoses " ( Metamorphosen , 1945 ) , oeuvres du chef d'orchestre et compositeur allemand Richard Strauss ( 1864 -1949 ) .
17 - " Le Refuge des Cimes " ( Flucht Nach Oben ) , roman d'Annemarie Schwarzenbach ( 1908 - 1942 ) , fut terminé en 1933 . 
18 - Château du Haut-Koenigsbourg , Sainte-Marie-Aux-Mines ( Markirch ) , dans le Val d'Argent  , voir carte ci-dessous .

19 - Chaumes ( ou Hautes-Chaumes ) = prairies vosgiennes d'altitude .

20 - " Images d'Alain-Fournier "

( 1938 ) , par Isabelle Rivière ( 1889 - 1971 ) , soeur de l'écrivain .

* 21 - " Ich Bin der Welt Abhanden Gekommen " ( Je Suis Perdu au Monde ) , poème de Friedrich Rückert dans le cycle " LiebesFrühling " ( 1821 ) repris par Gustav Mahler dans ses " Rückert-Lieder " .

 

CELEBRATION - III - Je Suis Perdu au Monde ( Automne ) .

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