Auteur : DAN AR WERN
Titre : AUBERIVE
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2016
Articles récents
L'Etoile de la Rédemption ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - II - La Mémoire et le Désir .
L'ETOILE DE LA REDEMPTION
( Cycle de L'Etoile XXXVII )
"Ah , l'homme est un dieu quand il rêve ... "
Hölderlin - " Hypérion " , I , 1 .
II - La Mémoire et le Désir
" Je me souviens des soirs là-bas ,
Mon âme au creux de ta blessure ...
C'est fini , la mer ,
C'est fini ... "
Léo Ferré - " La Mémoire et la Mer " *
4 - Gurvan avait toujours été un Breton tourmenté . Il portait en lui cette contradiction qui avait marqué tant de ses proches : l'attachement presque charnel à une terre dont il ne pouvait se détacher et , dans le même temps , le désir de franchir ses limites , de voir ce qui existait au-delà des mers , de connaître les hommes et les pays dont les noms , autrefois , n'étaient pour lui que des légendes . Comme son grand-père du temps jadis , vieux bourlingueur , il appartenait à cette race d'hommes dont les racines , qui les nourrissent autant qu'elles les retiennent , jamais , ne seront un refuge . Il y avait en lui quelque chose de l’océan qui bordait sa maison : la même impatience , la même profondeur obscure , le même besoin de s’élancer au-delà de l’horizon tout en demeurant secrètement attaché à la rive .
Il pouvait passer des heures , depuis sa fenêtre , à regarder la mer , non comme on contemple un paysage , mais comme si elle lui adressait une question à laquelle , jamais , il n'avait su répondre ! Erell , son amie d'enfance , l’avait compris bien avant lui . Il ressemblait à cette mer . C’était peut-être pour cela qu’elle avait été attirée par ce jeune homme avec une force qu’elle ne s’expliquait pas . En lui , elle retrouvait quelque chose d’elle-même : cette Bretagne qu’elle portait sans même avoir besoin de la nommer , cette puissance contenue , cette mélancolie qui n’était jamais tout à fait de la tristesse . Lorsqu’elle le regardait avec amour , elle avait parfois l’impression de se contempler dans un miroir mouvant , comme si l’immensité , en bas de chez elle , avait pris un visage humain ! Ce week-end là , tous deux marchant , comme souvent , sur la lande , il lui annonça , pendant leur promenade favorite , qu'il devrait , sans doute , poursuivre , à Paris , le cours de ses études . Le soir descendait à ce moment-là lentement sur les terres , l'air du large leur apportant cette odeur d'algues et de sel qui semblait leur appartenir autant qu'au paysage .
- Paris ... , reprit-elle avec douceur , songeuse .
Il voulut lui expliquer que ce ne serait pas pour toujours , qu'il reviendrait souvent le week-end , et que ses études musicales ne pourraient , après le conservatoire de Brest où il avait achevé son premier cycle , effacer le lieu d'où il venait .
Mais Erell regardait vers le lointain ...
- Je ne comprends pas , finit-elle par dire .
- Quoi ?
- Que tu puisses partir ...
5 - Il se souvint alors de toutes ces années qu’il avait consacrées , plein d'enthousiasme , à la musique bretonne , avec cette ferveur particulière de ceux qui cherchent dans leur héritage une réponse à la question de leur identité , où il avait étudié les anciens chants , les modes , les danses , les instruments traditionnels , chaque mélodie conservant quelque chose de la terre où il était né . Mais peu à peu , son regard s’était élargi . Parmi ses enseignants , monsieur Le Bihan fut celui qui comprit le mieux ce qui se jouait derrière son travail . Surtout lorsqu'il se mit à découvrir Debussy , puis Ravel et qu'il lui fallut discipliner la fougue de son élève qui jouait avec passion , parfois avec violence , comme s’il voulait arracher au clavier ce qu’il portait en lui . Le professeur , alors , qui avait observé chez lui cette curieuse alliance entre l’attachement à une musique profondément enracinée et le désir de franchir toutes les frontières , lui répétait qu’il ne suffisait pas de posséder la force : il fallait savoir la conduire . Un jour , après l’avoir écouté jouer Liszt , il lui dit simplement :
- Vous avez besoin de la capitale .
Gurvan lui répondit par un sourire , croyant à une formule destinée à l’encourager .
- Pour apprendre davantage ?
- Non , pour savoir autrement ...
6 - L'étudiant n'avait pas véritablement choisi de s'en aller . Son travail , sans qu'il eût véritablement le sentiment d'avoir décidé quoi que ce soit , l'y avait conduit comme tant d'autres . Le conservatoire de Brest lui avait certainement donné des bases solides , mais il lui fallait maintenant se confronter à des maîtres pour s'approprier leurs techniques d'interprétations , leurs sensibilités qu’il ne rencontrerait pas ici . Le Bihan lui avait parlé de l’enseignement parisien , des salles de concerts , de cette vie musicale où les traditions européennes , continuellement , se croisaient . Ce fut lui qui , appuyant sa candidature , intervint personnellement auprès de quelques collègues , rédigeant une recommandation dans laquelle il ne vantait pas seulement les qualités de son élève , mais parlait de sa curiosité , de sa capacité de travail , de cette volonté qui lui faisait chercher derrière chaque œuvre ce qu’elle pouvait révéler de l’homme . Quelques semaines plus tard , l'affaire était réglée .
Il éprouva d’abord une grande joie , puis il lui fallut dénicher à la hâte un appartement , s'occuper des transports , des horaires , des obligations de chaque jour auxquelles on finit par donner le nom de vie .
Et , peu à peu , la Bretagne s'était éloignée . Elle n'était pourtant jamais devenue un souvenir . Il lui suffisait de fermer les yeux pour retrouver la lumière de la mer , la violence du vent sur les falaises , cette immensité devant laquelle il avait marché avec Erell jusqu'au phare . Là-bas , le monde semblait encore posséder une profondeur que la ville avait oubliée . Elle n'avait pas compris , d'ailleurs , qu'on puisse vivre autrement , lui écrivant , un jour , presque avec étonnement , qu'elle ne pourrait jamais demeurer longtemps loin de son pays , lui parlant de la Bretagne comme d'un royaume dont on pouvait s'éloigner quelques jours , quelques semaines peut-être , mais auquel il fallait toujours revenir . Gurvan avait souri . Il avait voulu lui expliquer que l'on ne choisissait pas toujours l'endroit où l'on vivait . Mais il savait , au fond , qu'elle ne parlait pas de géographie . Pour son amie , la terre où l'on était né n'était pas un territoire . Elle était une appartenance . Quelque chose qui vous habitait aussi sûrement que le sang , la mémoire ou le désir ...
( A Suivre )
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DAN AR WERN - L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - II - La Mémoire et le Désir - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " L'ETOILE DE LA REDEMPTION " , copyright 2026 .
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* " La Mémoire et la Mer " ( 1970 ) de Léo Ferré , sur son album " Amour , Anarchie " - copyright 1970 Léo Ferré / Barclay - Tous droits réservés .
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L'Etoile de la Rédemption ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - I - Le Phare .
L'ETOILE DE LA REDEMPTION
( Cycle de L'Etoile XXXVII )
"Ah , l'homme est un dieu quand il rêve ... "
Hölderlin - " Hypérion " , I , 1 .
I - Le Phare
" Nous ne savons rien ,
mais la mer peu à peu ronge le sol sous nos pieds ... "
Virginia Woolf - " Au Phare " ( To the Lighthouse , 1927 ) , I , La Fenêtre .
1 - Il aimait la voir ainsi , avec sa veste sombre et son écharpe rouge qui se dénouait par moments derrière elle , avançant sans hâte sur le sentier , les cheveux soulevés par le vent d'ouest , chargé d'une odeur de sel et d'algues , poussant devant eux de grands nuages blancs courant sur le ciel comme des troupeaux effrayés . Lorsqu'elle s'arrêtait , lui s'arrêtait aussi , sans qu'ils aient besoin de se parler . Ce soir-là , ils avaient marché longtemps le long de la falaise . En contrebas , la mer , se brisant inlassablement en gerbes d'écume contre les rochers , comme si quelque chose , dans son mouvement infini , cherchait obstinément , avec une régularité presque humaine , à grignoter la terre , progressait encore avant de reculer . Devant eux , l'océan s'étendait jusqu'à l'horizon . Rien ne semblait pouvoir l'arrêter . Sur la gauche , des murailles vertigineuses de pierre se succédaient jusqu'à la pointe , alors qu'à droite , la côte s'éloignait dans une brume évanescente . La lumière changeait à chaque instant , faisant apparaître puis disparaître des pans entiers du paysage . Ils arrivèrent au bord d'un promontoire . Dans sa jeunesse , il avait longtemps cru que les peuples pouvaient être sauvés , que la Bretagne allait , le jour venu , redevenir comme ce sémaphore éclairant , devant eux , le monde en retrouvant sa liberté perdue . Il ne s'agissait pas nécessairement d'indépendance politique au sens strict , mais d'une lutte beaucoup plus vaste contre ce qu'il ressentait comme une uniformisation de la pensée : mêmes villes , mêmes lotissements , mêmes supermarchés d'un spectacle chaotique où des navires marchands numérotés , des pétroliers géants d'une création grégaire et sans couleur , arrivaient ici en nombre pour déverser leur funeste cargaison de mort ! Solitaire au bout de la pointe , il se dressait au-dessus de l'océan , comme une tour bâtie pour répondre à l'immensité . Autour de lui , il n'y avait presque rien que de la rocaille et de l'herbe rase couchée par le vent du large . Gurvan s'arrêta . Il avait toujours aimé les phares . Ceux-ci lui donnaient une impression qu'il n'aurait su définir . Ce n'était pas seulement la beauté verticale de leur isolement , ni même la lumière qu'ils envoyaient chaque nuit sur la mer . C'était cette obstination de l'homme à se dresser toujours devant ce qui le dépassait , l'infini !
2 - Il pensait à son père . L'image lui revint avec une précision douloureuse d'un homme assis dans son fauteuil roulant , ses jambes couvertes d'un plaid , immobile devant la fenêtre , considérant les hortensias et les roses du jardin sans jamais paraître les voir . L'enfant qu'il était , lui , ne réalisait pas bien . Même si on lui avait raconté que son père avait été soldat en Algérie , pendant longtemps , les mots qu'on avait employés - l'Empire , la France , le maintien de l'ordre et le devoir d'un soldat face aux rebelles - tout ça , il ne le comprenait pas davantage . Son père avait peut-être cru défendre quelque chose , et c'était sans doute cela qui troublait maintenant son fils . Il n'avait jamais douté du courage de cet homme . Il s'était engagé parce qu'on lui avait dit qu'il devait partir . Il avait porté l'uniforme d'une patrie à laquelle il croyait appartenir et avait défendu , de l'autre côté de la Méditerranée , un idéal qu'il croyait juste . Puis il était revenu à moitié vivant , le corps brisé , condamné à regarder les années s'écouler depuis une chaise roulante . Et Gurvan se demandait aujourd'hui ce qui demeurait d'une cause lorsque celui qui l'avait servie n'en possédait plus même l'usage de ses jambes . La France avait perdu son Empire . L'Algérie était devenue indépendante . Mais la douleur , elle , était restée .
Il regarda le phare . Une rafale passa sur la pointe .
- À quoi penses-tu ? , lui demanda la femme .
Il hésita .
- À mon père .
Elle ne répondit rien , se contentant de faire la moue . Il savait qu'elle connaissait cette histoire , du moins ce qu'il avait bien voulu lui en dire . Car , il parlait rarement de son père . Entre eux , il y avait toujours eu cette guerre silencieuse : Gurvan lui reprochait sans doute d'avoir cru , tandis qu'il lui reprochait de ne jamais avoir compris . Mais que pouvait bien comprendre un enfant ? Qu'un homme , parti au nom d'une idée , revienne détruit par elle ?
3 - Il avait voulu être différent . Lui aussi s'était engagé , mais pas pour la même cause . Il avait combattu , ou cru se battre , contre l'effacement d'une terre et d'une mémoire .
Erell posa une main sur une pierre de l'édifice .
- Tu te souviens ?
Le jeune homme regarda autour de lui .
- De quoi ?
Elle lui sourit .
- De notre première promenade .
Il s'en rappelait . C'était ici , ou à peu près , qu'en la serrant contre le mur , il avait tenté un timide baiser sur sa joue . Ils n'avaient que vingt ans . Lui croyait encore que les hommes pouvaient reconstruire le monde . Il imaginait surtout qu'il fallait le refaire avant qu'il ne soit trop tard . C'est pourquoi , il avait beaucoup parlé , inconsidérément sans doute , pour essayer de vaincre sa timidité , de la Bretagne , de son histoire , de sa langue , de ce qu'on lui avait pris , mais qu'il fallait absolument reconquérir . Il observa Erell qui s'était avancée jusqu'au bord du sentier , des bourrasques plaquant sa robe contre son corps de sirène , et le vent soulevant ses cheveux .
Mais elle ne semblait pas lutter contre lui , préférant céder , tout simplement , comme les herbes de la falaise , ou comme ces mouettes qui , avant de reprendre leur vol , se laissaient porter un instant par lui . Gurvan la dévisagea avec une attention soudaine . Elle faisait , depuis toujours , des choses simples , préparant , chaque matin , le café en ouvrant la fenêtre sur le jardin . Elle connaissait le nom des oiseaux qu'elle entendait avant de les apercevoir . Elle pouvait s'arrêter devant une fleur poussée à la lumière d'un mur , entre deux pierres , la regarder longtemps , puis lui sourire comme à une enfant croisée dans un chemin . Parfois , lui avait-il reproché cette manière de vivre , ou plutôt , l'avait-il , naguère , enviée ? À cette époque de leur rencontre , il participait à toutes les manifestations , martelant les slogans , participant aux réunions , présidant les assemblées , les débats interminables dans des cafés enfumés . Comme un bon élève , il avait appris les noms de ceux qui avaient résisté avant lui et de ceux qui , selon la rumeur , avaient trahi . Il parlait de la langue bretonne comme d'une blessure personnelle , de la terre comme d'une promesse à tenir , évoquant la mer comme le lieu de vie d'un peuple sans frontière . Et même , lorsqu'il l'avait rencontrée , il avait cru qu'elle partagerait avec lui cette rage , tellement elle paraissait l'écouter , docile , sans jamais pourtant lui répondre en regardant , amusée , la danse des vagues , pendant que lui prenait son silence pour de l'approbation . Maintenant , craignait-il de s'être trompé ?
( A Suivre )
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DAN AR WERN - L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - I - Le Phare - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " L'ETOILE DE LA REDEMPTION " , copyright 2026 .
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MIRACLE - III - La Pierre du Ciel .
MIRACLE
" Et plus les racines de notre être plongent profondément dans les couches insondables de ce qui réside en dehors et au-dessous des limites physiques de notre moi , mais qui pourtant le détermine et l'alimente , plus chargée de sens est notre vie , et plus se trouve accrue la dignité de l'âme captive en notre corps . "
Thomas Mann - " Joseph und seine Brüder " ( Joseph et ses Frères ) - I - " Die Geschichten Jaakobs " ( Les Histoires De Jacob , 1926 / 1930 ) .
III - La Pierre du Ciel
" Il y a dans la Pierre un Signe énigmatique ,
Gravé dans le profond de Son Sang flamboyant ...
Es ist dem Stein ein rätselhaftes Zeichen ,
Tief eingegraben in Sein glühend Blut ... "
Novalis - " Heinrich Von Ofterdingen " - L'Escarboucle / der Karfunkel
9 - Le lundi matin , Josselin se réveilla plus tard qu’il ne l’aurait voulu . Avant même d’ouvrir les yeux , tant il lui semblait entendre au loin une cloche , puis le murmure d’une foule qui s’éloignait dans la brume , il eut la sensation très nette , pendant quelques secondes fugitives , de se trouver encore au milieu de la procession , parmi les cierges , les bannières et les silhouettes immobiles du Pardon . Lorsque enfin il se réveilla , la chambre était plus ou moins silencieuse , en dépit d'un léger clapotis d'eau provenant de la salle-de-bain voisine où Claire prenait sa douche . À travers les rideaux de la chambre , la ouate grise d'un matin breton dansait par larges bandes sur le parquet de chêne ciré . Il resta étendu un moment , sans bouger , cherchant seulement à remettre de l’ordre dans ses souvenirs . Peu après , lui et sa femme descendirent prendre le petit déjeuner . La salle de restaurant de l’hôtellerie était presque pleine . Les conversations se croisaient au-dessus des tables , mêlées au bruit des couverts et des tasses . Des couples âgés racontaient leur voyage , une famille préparait son départ , tandis qu’un groupe de randonneurs consultait une carte étalée près de la fenêtre . Il se mit à observer chaque visage . Quelqu’un , se dit-il , allait forcément parler de la fantastique journée d'hier . Après tout , la veille , Poull-Sterenn avait tout entier paru appartenir à cette fête . Il s’attendait donc à en entendre une fois de plus l'évocation , comme de la bouche du vieux libraire dont la boutique l’avait tellement intrigué . Mais rien . Personne ne disait mot . Déçu , il se pencha discrètement vers son épouse .
- Tu trouves pas ça bizarre ?
Elle leva les yeux de son café .
- Quoi donc ?
- Le Pardon ?
Surprise , elle ne lui adressa , en guise de réponse , qu'un léger sourire étonné . Son mari la regarda sans comprendre , à l'instant même où le patron de l’hôtel passait entre les tables pour saluer quelques clients . Josselin l’appela .
- Excusez-moi . Vous savez si la librairie du village est ouverte aujourd’hui ?
L’homme réfléchit .
- Quelle librairie ?
- Celle près de la place . Une petite échoppe , assez ancienne . Avec des livres sur la Bretagne ... Le propriétaire est un vieux monsieur .
Le patron le regarda quelques secondes . Puis son air changea .
- Vous devez vous tromper .
- Non . J’y suis allé hier .
L'aubergiste posa une main sur le dossier d’une chaise .
- Monsieur , la librairie a fermé il y a longtemps .
- Fermé ?
- Oui . Le libraire est mort .
Josselin sentit quelque chose se contracter en lui .
- Quand ?
- Ça doit faire ... une dizaine d'années , maintenant . Peut-être davantage .
Il fut alors tellement surpris , comme s'il était soudain tombé des nues , que le brouhaha de la salle sembla pour lui s'estomper . Voyant son trouble , l'hôtelier précisa :
- La boutique est vide depuis si longtemps . Je croyais même qu'on devait la vendre !
Josselin se tourna ensuite vers Claire qui se contenta de hausser les épaules .
- Tu as dû le prendre pour quelqu’un d’autre !
Il ne voulut pas insister , se souvenant encore de la pièce sombre , de l'odeur de vieux papier , de la voix du vieil homme et de cette façon qu'il avait eue de le regarder , comme s'il le connaissait depuis longtemps ... Mais quelque chose d'autre , plus troublant encore , venait de surgir dans sa mémoire : Le lac ...
10 - Viens ! , dit-il à sa femme . On a encore une heure avant de partir !
Dehors , le ciel était bas et blanc . La pluie de la nuit avait , sur les rues , laissé une mince pellicule d'eau réfléchissant les toitures . Le village était presque désert , gagné par un profond silence qui s'accentua encore plus quand ils s'éloignèrent des dernières maisons , traversant le petit bois par le même sentier que la veille . On n'entendait pas même le tintement lointain d'une cloche , et ce qui avait le plus changé , comme nulle brise n'agitait les arbres , c'était cette impression de torpeur et de désolation qui plongeait le paysage dans une accablante tristesse accroissant le malaise des promeneurs .
Claire s'arrêta .
- C'est ici !
Au milieu des brouillards matinaux , la surface de l'étang prenait la couleur du plomb . Sur sa rive , se dressait le menhir , ou plutôt ce qu'il en restait après sa chute , masse de pierre immense , inclinée vers l'onde , comme si elle avait été précipitée du ciel et n'avait jamais complètement cessé de chuter . La légende , transmise au fil des siècles par les anciens , qui l'appelaient la " Pierre du Ciel " , racontait d'ailleurs qu'il était tombé des étoiles , mais aussi qu'il suffisait de poser la main dessus pour être guéri de la mort . Josselin , qui avait d'abord souri en entendant cette histoire , frissonna en posant la main sur la pierre , car il sentit sous ses doigts la chaleur sourde d'une pulsation , comme un battement de coeur !
- Qu'est-ce qu'il y a ? , lui demanda sa compagne .
- Rien , voyons !
Mais il mentait , car il venait de voir , l'espace d'une seconde , une lueur blanche courir sous la pierre , une lumière d'étoile !
11 - Certes , la tombe avait disparue , mais , pendant quelques instants , le soleil avait traversé les nuages . Quand ils roulèrent sur l'autoroute , un rayon frappa la vitre de la voiture , illuminant le conducteur , pas d'un éclat métallique , mais d'une lumière qui semblait venir de très loin . C'était le sourire d'Esther , il en était sûr ! Alors , Josselin comprit pourquoi le vieux libraire lui avait parlé du pardon !
FIN
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MIRACLE - II - Le Pardon .
MIRACLE
" Et plus les racines de notre être plongent profondément dans les couches insondables de ce qui réside en dehors et au-dessous des limites physiques de notre moi , mais qui pourtant le détermine et l'alimente , plus chargée de sens est notre vie , et plus se trouve accrue la dignité de l'âme captive en notre corps . "
Thomas Mann - " Joseph und seine Brüder " ( Joseph et ses Frères ) - I - " Die Geschichten Jaakobs " ( Les Histoires De Jacob , 1926 / 1930 ) .
II - Le Pardon
4 - Ils étaient arrivés la veille même du Pardon . Josselin avait d'abord cru à une animation locale , comme il en existe tant en Bretagne au retour des beaux jours , fête ancienne , cependant , à en juger par les bannières suspendues entre les maisons , les fleurs déposées devant les portes et les groupes de pèlerins qui montaient lentement vers l'église , derrière la place . Claire , elle , avait immédiatement remarqué quelque chose d'étrange .
- On dirait que tout le village attend quelque chose !
Son mari se mit à sourire . Il ne savait pas encore à quel point elle avait raison . C'est alors qu'ils aperçurent un groupe de personnes qui se rassemblait sur le parvis , pour accueillir au son des cloches recommençant à sonner de plus belle , au sortir de la messe dominicale , une statue toute couverte de fleurs blanches . Les hommes qui la portaient , plutôt de grande taille , avaient revêtu des vestes sombres , leurs femmes portant encore les coiffes de leurs mères , voire de leurs grand-mères , tandis que les gosses , tout excités par cette journée qui rompait la monotonie des dimanches ordinaires , couraient autour des adultes , brandissant fièrement de petites branches de genêt . Lorsque arriva midi trente , après quelques coups espacés , le carillon redoubla , s'emparant du village et de ses habitants qui , tous ensemble , comme une immense vague , se mirent en marche sur le chemin qui descendait vers le lac .
Josselin , bien qu'il connût déjà la réponse , finit par aborder le vieil homme de la librairie , qu'il avait vu samedi , portant au revers de sa veste une médaille .
- Excusez-moi ... C'est donc une journée particulière ?
L'homme le toisa d'un sourire .
- On voit que vous n'êtes pas d'ici !
- Non . Nous sommes arrivés hier .
- Alors , vous avez de la chance . Aujourd'hui , c'est le pardon de Sainte Sterenn . Et , désignant la figurine en marbre :
- Notre sainte ...
5 - La procession commençait , les premiers à paraître étant les enfants de choeur portant de petits bouquets , tandis que , derrière eux , des jeunes filles en costume , avec leurs coiffes blanches , précédaient les porteurs de bannières , lourdes étoffes brodées d'or et d'argent qui se balançaient au-dessus de la foule recueillie , où , sur l'une d'elles , figurait la jeune religieuse , auréolée d'étoiles , pendant que , sur une autre , elle tenait une cruche entre ses mains , d'où jaillissait une eau lumineuse , et qu'une troisième représentait le village entouré d'une couronne artisanale en feuilles de hêtre , avec , au-dessus des maisons de la paroisse , une grande lumière blanche .
Les hampes tremblaient sous leur poids , le soleil faisant étinceler leurs fils métalliques . Puis , les binious commencèrent à jouer , dialoguant avec les bombardes .
Le son , d'abord lointain , sembla monter de la terre avec une puissance presque barbare .
Il y avait quelque chose de très ancien dans cette musique , dont la mélodie était simple , obstinée , presque primitive . Elle avançait avec la procession comme une respiration . Bientôt , s'élevèrent aussi les voix des chanteurs , dont les choristes féminines reprirent , en couplets , les paroles d'une complainte évoquant la source miraculeuse et les malades arrachés des griffes de l'Ankoù que la sainte avait pu repousser aux portes du tombeau . Josselin ne comprenait pas tout . Mais il entendait revenir sans cesse le même mot : Pardon !
6 - Pensif , avec une simplicité qui excluait toute effronterie , il répéta ce mot . Son épouse observa la statue . Ce n'était pas une œuvre remarquable . Une jeune femme au visage presque effacé par les années , vêtue d'une robe bleue , tenait contre son coeur une petite croix de bois retenant prisonnier un bouquet d'ajoncs et de fleurs sauvages ...
- Qui était-elle ? , demanda Claire .
Le vieil homme haussa légèrement les épaules .
- Mon Dieu , c'était une fille du pays qui vivait ici au XVIIᵉ siècle . On raconte qu'elle guérissait les fièvres parce qu'elle connaissait les plantes mieux que les médecins . Mais sa vie , qui n'a pas été facile , fut courte . Elle est morte très jeune , en 1648 .
Il marqua une pause .
- Pourtant , ce n'est pas pour cela qu'on vient encore prier sur sa tombe .
- Pourquoi , alors ?
Le libraire sourit de nouveau.
- Parce qu'elle repose auprès de la " Source d'Esther ".
Ils avaient quitté le village par un ancien chemin bordé de talus , descendant lentement vers le lac . On entendait le bruit de leurs pas sur la terre humide , le froissement des feuillages puis , par moments , le chant reprenait , mais , plus ils s'éloignaient des habitations , plus le silence devenait profond , le paysage lui-même paraissant changer peu à peu , avec des arbres qui se dressaient , autour du sentier , comme les colonnes d'une cathédrale majestueuse , et , resserrant leurs branches , formaient une voûte au-dessus des pèlerins en prière .
Enfin , le " Lac de L'Etoile " apparut .
Tous levèrent les yeux de leur missel . Sur la rive , la brume légère du matin flottait encore au-dessus de sa surface immobile . Mais ce fut surtout le menhir qui retint le regard de tous . Il se dressait à quelques mètres du bord , solitaire , énorme , plus sombre encore que les chênes légendaires qui , de leur ombre , entouraient la source d'eau claire jaillissant , à cet endroit , de la terre , et glissant autour de la sépulture de la sainte avant de rejoindre le lac .
La tombe de " Sainte Sterenn " était là , simple dalle de granit , presque au niveau du sol , protégée par une petite grille de fer , avec des roses rouges tout autour de la croix . Le prêtre s'avança . Tout le monde se découvrit . Quelques femmes s'agenouillèrent . Puis un silence profond s'établit .
Josselin , qui entendait seulement le murmure de l'eau , regarda Claire , elle aussi troublée .
- C'est beau , gémit-il avant d'éclater en sanglots !
7 - Soudain , sans qu'il puisse comprendre pourquoi , des images d'un souvenir très ancien traversèrent son esprit comme dans un film ! Il revit la main si douce de la jolie servante , qu'il avait autrefois tenue dans la sienne , et son beau visage qu'il avait oublié depuis !
- Je ne peux pas t'épouser ! , lui avait-il avoué alors , privilégiant son avenir , sa famille et sa position dans la noblesse . Elle n'était pas de son monde . Elle était trop proche du peuple , trop indépendante , trop généreuse avec ceux qu'il considérait alors comme des gens sans importance .
Le curé , alors , prononça son sermon devant la pierre tombale , basse et presque mangée par la mousse , mais qui portait encore , à demi effacé , le nom de la jeune fille :
ESTHER MALO
1621 - 1648
STERENN
L'ÉTOILE QUI VEILLE
Il parla , devant Josselin baissant les yeux , qui ne comprenaient pas pourquoi ses mots lui faisaient si mal , de l'année où la maladie était venue dans le village avec les troupes du roi de France , il parla des morts , des familles cloîtrées chez elles , tremblant de peur , de la jeune fille qui n'avait pas fui, de celle qui avait soigné les malades , partagé son pain et porté de l'eau à ceux qui ne pouvaient plus se lever , qu'elle avait choisi d'aimer pendant que d'autres , cruellement , les abandonnaient !
Pour conclure , il prononça cette phrase , lourde de sens :
- Fille du peuple , elle nous a aidés contre ceux qui trahirent , par intérêt , leur patrie !
À cet instant , le prêtre venait de lever la main pour bénir l'assemblée avec l'eau de la source . Derrière lui , dans l'ombre du menhir , celle-ci continuait de couler très doucement , comme si elle venait de beaucoup plus loin que la forêt . Frappant la surface de l'eau , un rayon de soleil traversa les branches , tandis qu'une petite étoile de lumière apparaissait au milieu du lac , tremblant quelques secondes juste avant de disparaître . Josselin fut le seul , peut-être , à l'avoir , d'un rapide coup d'oeil autour de lui , remarquée . Mais personne ne semblait avoir rien vu ni ressenti de cette extraordinaire impression de bien-être qui , soudain , l'avait saisi , remplaçant l'extrême angoisse de tout à l'heure par un chaleureux baiser d'amour , comme si une présence indicible venant , tout à coup , de l'envahir , lui pardonnait enfin !
8 - Sur le retour , son ami le libraire lui raconta l'histoire de cette douloureuse période , lorsqu'en 1648 , le royaume fut secoué par la Fronde , et qu'en Bretagne , la pression fiscale et l'autorité royale nourrissaient le mécontentement .
C'est alors que , pour maintenir l'ordre , bien qu'il n'y eût aucune sédition , des régiments traversèrent la région pour venir en aide au gouverneur de l'époque , le duc de la Meilleraye . ( 1 )
Malheureusement , ce fut la " fièvre " qu'elles apportèrent ! L'épidémie se répandit à grande vitesse dans les campagnes tandis que les soldats réquisitionnaient vivres et logements .
La population de Poul-Sterenn , déjà pauvre , se souleva , même si ce ne fut pas une véritable révolte politique organisée , mais un mouvement de désespoir , né de la faim , de la peur et de l'injustice ! Attaché à ses privilèges , Josselin de Kerangal , ce jeune noble habitant l'actuelle hostellerie , se rangea , croyant défendre sa caste contre le désordre , du côté du pouvoir central . Esther Malo préféra toujours , au contraire , soigner les malades , venir en aide aux citadins et paysans . Devenue religieuse , elle continua de se dévouer aux pauvres , contractant la maladie avant de mourir .
( A Suivre )
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Notes :
1 - Charles de la Porte , duc de la Meilleraye (1602 -1664 ) , maréchal de France et gouverneur militaire de Nantes , représentant la reine Anne d'Autriche .
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LE PIEGE
Teaser / Bio
Depuis longtemps , le sentiment d'exil de Maël Tremen , vivant loin de la source véritable de ses racines , lui fait ressentir une amère nostalgie . Mais un jour , il rencontre Christie , une étudiante américaine lui rappelant un ancien amour . Lorsqu'elle disparait à son tour , oubliant exprès , peut-être , une mystérieuse mallette , le breton s'envole pour New-York à sa recherche , car derrière le visage de cette femme et les faux-semblants de sa troublante existence , une énigme plus douloureuse encore se cache : son père , savant retenu prisonnier derrière le Rideau de fer , a découvert ce que nul n'aurait pu imaginer . Parti pour New-York , le jeune homme apprend qu'il est menacé parce qu'on le prend pour quelqu'un d'autre . C'est le début d'une terrible aventure dans laquelle Christie laisse la place à Katalin , qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau . Est-elle sa soeur , où un agent de l'est chargé de récupérer le document ? Qui sont les deux hommes qui les poursuivent ? CIA ou KGB ? Le dénouement de l'affaire est surprenant ! Certains secrets ne concernent pas seulement ceux qui les découvrent . S'ils peuvent changer le destin du monde , encore faut-il savoir qui agit derrière leur source véritable pour comprendre qu'ils ne devraient jamais être réveillés !
Résumé : Depuis longtemps , le sentiment d'exil de Maël Tremen , vivant loin de la source véritable de ses racines , lui fait ressentir une amère nostalgie . Mais un jour , il rencontre Christie , une étudiante américaine lui rappelant un ancien amour . Lorsqu'elle disparait à son tour , oubliant exprès , peut-être , une mystérieuse mallette , le breton s'envole pour New-York à sa recherche , car derrière son visage , une énigme plus douloureuse encore se cache : son père , prisonnier derrière le Rideau de fer , a découvert ce que nul n'aurait pu imaginer . Parti pour New-York , le jeune homme apprend qu'il est menacé parce qu'on le prend pour quelqu'un d'autre . C'est le début d'une aventure dans laquelle Christie laisse la place à Katalin , qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau . Est-elle sa soeur , où un agent de l'est chargé de récupérer le document ? Qui sont les deux hommes qui les poursuivent ? CIA ou KGB ? Le dénouement de l'affaire est surprenant ! Certains secrets ne concernent pas seulement ceux qui les découvrent . S'ils peuvent changer le monde , encore faut-il savoir qui agit derrière leur source véritable pour comprendre qu'ils ne devraient jamais être réveillés !
DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...
DAN AR WERN - LE PIEGE - Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIEGE " , copyright 2024 .
LE PIEGE - VIII - Table des Matières .
LE PIEGE
- VIII -
Table des Matières
I - Préface / Dédicace
La Source
II - Prologue : Feuilles d'Automne
1 - Naissance - 2 - Dernier Voyage - 3 - Traversée .
III - Prologue : Balade Printanière
4 - Une Clarté sous la Lune - 5 - L'Homme à la Valise .
IV - Première Partie : Le Document Mystérieux
6 - L'Une ou L'Autre - 7 - Christie .
V - Deuxième Partie : L'Histoire de Maël Tremen
8 - Hôtel Wellington - 9 - La Maison de Katalin - 10 - Forteresse - 11 - Professeur Steinberg .
VI - Troisième Partie : Invasion
12 - L'Attaque de Belle Harbor ! - 13 - Aresh-Kaël .
VII - Epilogue
14 - L'Abîme .
VIII - Table des Matières
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Le Piège - Préface / Dédicace - La Source .
LE PIEGE
I - PREFACE / DEDICACE
À tous ces visages qui , un jour , cessèrent de nous appartenir pour devenir les portes d'un mystère , à toutes ces patries que nous avons vainement cherchées ...
Pour Howard Phillips Lovecraft
La Source
" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "
Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )
Il est des exils qui ne figurent sur aucune carte , il y a des souvenirs dont on croit s'être délivré parce que les années passent , mais qui demeurent pourtant là , dans quelque repli de la mémoire , pareils à ces silhouettes ravissantes que l'on aperçoit un instant derrière la vitre d'un train sans jamais parvenir à les oublier . Depuis longtemps , même s'il avait compris que l'on n'abandonne jamais la terre où l'on est né , il avait quitté la Bretagne . On peut parcourir les villes , même apprendre d'autres paysages , peut-être faire semblant de s'habituer à d'autres ciels ... Quelque chose demeure pourtant en arrière de nous , comme une parole obstinée que le bruit du monde ne parvient pas à faire taire tout à fait . Vivant à Nice , alors , les vagues de la Méditerranée , devant lui , étendait leur éclat rutilant comme des caresses de lumière au milieu des palmiers . Tout semblait devoir le convaincre qu'il avait trouvé là une nouvelle patrie . Mais , certains soirs , lorsque le vent descendait des collines , la mer devenait sombre . Il songeait aux landes et grèves d'Armorique , à sa forêt natale et aux vieilles légendes qui avaient bercé son enfance , à sa mère qui , peut-être , ne l'avait pas voulu , à son père enfui . Il se sentait exilé , non d'un pays , mais d'une part plus secrète de lui-même : celle qui continuait à chercher , au-delà des apparences et des distances , la vérité d'une patrie perdue . C'est à cette époque de malheur qu'il avait découvert la voix de Gwenvael Andon , celui que la presse musicale comparaît à une " source ", barde d'un temps qui ne voulait pas mourir , chantre d'une Bretagne ancienne et pourtant toujours présente , surgissant comme un rêve de la mémoire enfouie des pierres immémoriales drapées de brumes .
Dans ses chants pleins de poésie , Maël entendait moins , d'ailleurs , la nostalgie d'un passé disparu que l'appel de quelque chose d'inachevé . Comme si derrière frontières et générations , mais aussi au-delà de l'histoire officielle , subsistait une autre réalité que tous avaient oubliée . Il ne savait pas encore où ce timbre de prophète allait le conduire . Car les détours de l'existence commencent parfois par ce qui ressemble à un hasard . Parfois , pour que tout recommence , il suffit d'un nom , d'une photographie , d'une ombre au coin d'une rue , reconnue au hasard d'un voyage , et qui en évoque une autre . Comment donc avait-elle pu disparaître de sa vie sans véritable adieu , d'un simple coup d'aile au bout de l'horizon , cette jeune danseuse américaine dont il s'était follement épris , telle d'une étoile filante , ne laissant qu'une lumière étrange derrière elle , au-dessus de l'immensité océane , et qui continuait si longtemps d'éclairer sa nuit comme les feux d'un avion scintillant dans l'obscurité ... Il avait cru pouvoir l'oublier , tentant de le faire avec cette obstination dérisoire que l'on met parfois à fuir ce qui nous poursuit . C'est ainsi qu'il rencontra Christie , jeune danseuse , elle aussi , née à New York et poursuivant à Paris des études dont il n'avait pas très bien compris la nature , avec des racines hongroises , dont elle lui parlait de temps à autre , ajoutant encore à son mystère , ce qui l'attirait de plus en plus , lui qui , officiellement , avait choisi de suivre ses cours d'anglais pour améliorer sa connaissance de la langue , mais qui , peut-être , cherchait surtout quelqu'un qui pût enfin gommer une absence trop douloureuse par une amitié nouvelle , un visage différent .
L'étudiante , cependant , semblait toujours vouloir maintenir une distance invisible entre eux , mentionnant , à chaque fois qu'il désirait la séduire , l'existence d'un compatriote resté de l'autre côté de l'Atlantique . Était-ce un homme qu'elle aimait réellement comme son fiancé ou bien un personnage commode destiné à le tenir éloigné d'elle ? Il ne le sut jamais .
Puis elle partit à son tour , comme si l'histoire devait éternellement se répéter , le laissant à nouveau seul avec son désespoir et des questions auxquelles personne ne pouvait , certainement , répondre , mais la promesse de lui ramener un jour , le plus tôt possible , un porte-document qu'elle avait oublié , appartenant à son père , lui offrit un joli prétexte , afin d'adoucir un peu son chagrin , de vite s'embarquer pour New-York et de croire encore à son amitié .
Ce fut là , au coeur de " La Grosse Pomme " , que les choses commencèrent à se gâter pour ce ver de terre amoureux d'une étoile - ou peut-être était-ce là , au contraire , que tout avait commencé depuis le premier jour ? Il ne se douta de rien , le pauvre , ne sachant que , pour retrouver la trace d' une amie perdue , il faudrait d'abord consentir à s'égarer . Ni que certaines sources , lorsqu'on croit enfin les avoir découvertes , ne font que vous entraîner plus profondément dans l'abîme . Il ne se doutait pas encore qu'il était déjà tombé dans un piège !
DAN AR WERN - LE PIEGE - Préface / Dédicace - La Source - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " LE PIEGE " , Copyright 2024 .
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UN LONG VOYAGE ... - Teaser / Bio .
UN LONG VOYAGE ...
Teaser / Bio
On dit souvent que la vie ne tient qu’à un fil , mais qu’il faut du temps pour en connaître tous les mystères . De l’Afrique des Dogons jusqu'aux rivages de Bretagne , d’un train qui longe la Riviera aux rêves qui conduisent au pays des étoiles , trois histoires que le hasard , semblant toujours cacher un autre chemin , réunit . Jill Kern découvre que les secrets de sa jeunesse au Mali sont peut-être liés à un mystérieux message trouvé sur une grève bretonne . Juliette , après une nuit au " Paradise " , ignore encore où le train qui serpente au bord de la mer va réellement la conduire . Pour finir , un peintre , confronté au visage d’un ancien amour , découvre que le temps peut transformer le désir et la beauté jusqu’au sens d’une œuvre . Trois voyages , trois destins reliés par un même fil invisible . Car une seule histoire se trouve peut-être au-delà des apparences , une histoire que nous ne découvrirons qu’au terme d'un long voyage ...
DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...
DAN AR WERN - UN LONG VOYAGE ... - Teaser ( 4ème Couv.) - Bio -Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
" UN LONG VOYAGE ... " , copyright 2026 .
Perspectives - VI - Analyse critique de " AUBERIVE " ( Cycle de L'Etoile III - Troisième Cercle ) , 1 : La Rencontre .
Perspectives
VI - Analyse Critique de " AUBERIVE " .
( Cycle de L'Etoile III - Troisième Cercle )
" Qui êtes-vous ? que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "
ALAIN-FOURNIER - " Le Grand Meaulnes " ( 1913 ) .
Suite de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , " AUBERIVE " est constituée de 8 nouvelles et 6 poèmes .
1 - La Rencontre
Auberive , troisième cercle du " Cycle de L’Étoile " , s’ouvre sur une rencontre .
Mais , dès les premières pages , celle-ci apparaît comme beaucoup plus qu’un simple événement romanesque . Elle est un seuil . Derrière l’apparence d’une histoire sentimentale se profile déjà l’une des interrogations essentielles de l’œuvre : qu’y a-t-il derrière le miroir des apparences ?
Yann Kervern , déçu par sa vie familiale , commence une correspondance avec une mystérieuse inconnue dont la rencontre prochaine doit bouleverser son existence . Le point de départ semble appartenir au domaine traditionnel de l'intrigue amoureuse : un homme , enfermé dans une vie devenue insatisfaisante , découvre , à travers une femme qu’il ne connaît encore que par des mots , la promesse d’un autre avenir . Mais cette promesse est immédiatement placée sous le signe de l’ambiguïté . Car que connaît-on réellement de celui ou de celle que l’on croit connaître , et comment aimer quelqu’un que l’on ne connaît pas ?
L’exergue , emprunté au " Portrait de Dorian Gray " d'Oscar Wilde , donne d’emblée une dimension tragique à cette prochaine entrevue : Dorian Gray croyait avoir trouvé en Sibyl Vane l’accomplissement de son rêve amoureux . Mais l’artifice théâtral qui faisait le charme de la jeune femme allait disparaître lorsque l’amour entrerait dans la réalité . Celle qui savait merveilleusement interpréter " Roméo et Juliette " ne parvenait plus à jouer lorsque son propre moi devenait le véritable théâtre indistancié de son coeur . Ainsi , l’artifice de la vérité se retournait contre celui qui croyait pouvoir vivre son rêve . Le théâtre devenait théâtre d’ombres , le faux clair de lune éclairait des décors de carton-pâte , et l’alchimie du rêve se transformait peu à peu en cauchemar .
La question surgissait alors naturellement : quelle distance sépare le rêve de la réalité ? La vie elle-même n’est-elle pas un songe , comme le suggère Calderón de la Barca ? Et si tel est le cas , quelle réalité demeure lorsque les décors tombent , lorsque le portrait se brise , lorsque les oripeaux de l’apparence ne parviennent plus à dissimuler ce qui se trouve derrière eux ? C’est à partir de cette interrogation que " La Rencontre " se déploie sur trois niveaux .
Le premier concerne la littérature . Le 1er juin 1905 , jour de l’Ascension , sur les marches du Grand Palais , paraissait , accompagnée d’une dame en noir , une jeune femme blonde portant un manteau marron clair , ainsi qu'un gracieux chapeau de roses dont l'apparition renvoyait à la rencontre capitale qui bouleversa la vie d’Alain-Fournier : celle d’Yvonne de Galais , devenue , dans " Le Grand Meaulnes " , la figure presque mythique de la femme entrevue , désirée et perdue .
Ainsi , la rencontre n’est jamais un évènement ordinaire si elle appartient déjà à la mémoire de la littérature . La femme réelle se transforme en personnage , le personnage en mythe, et le mythe finit par devenir le miroir d’une quête intérieure .
Le deuxième niveau est celui du monde profane , celui de la routine quotidienne et de l’individu moderne . Yann est cet homme pris dans la grande ville , enfermé dans une vie familiale qui ne répond plus à son désir profond , gagné par la solitude et l’incommunicabilité . Le silence qui l’entoure est celui que le célèbre duo " Simon and Garfunkel " ont fait entendre dans leur légendaire chanson " The Sound of Silence " : un monde où les hommes se côtoient sans véritablement se rencontrer .
Dès lors , les apparences deviennent une seconde prison , puisqu'il faut toujours faire semblant , présenter à l'autre un visage acceptable , se conformer à l’image que la société attend de chacun . Le " look " importe davantage que ce que l’on est réellement . Même Noël peut perdre sa signification spirituelle pour devenir le simple décor d’une fête foraine !
Mais , derrière cette critique du monde contemporain , se profile une interrogation beaucoup plus ancienne : où se trouve le réel ?
Les sourires de fausse prévenance , les décors sérieux ou sombres , les paroles vides des bateleurs de la politique , de la science ou de l’art , tout semble participer d’une vaste représentation . L’homme moderne vit entouré d’images , de certitudes toutes faites et d’illusions qu’il prend pour la réalité . Il regarde le monde , mais ne sait plus nécessairement ce qu’il voit .
Alors , commence le troisième voyage , celui qui conduit de l’autre côté du miroir .
" Connais-toi toi-même , et tu connaîtras l’univers et les dieux " : l’antique maxime devient ici une méthode pour dépasser le visible . Il ne suffit plus de pouvoir déchiffrer les apparences du monde , il faut encore pénétrer les profondeurs de la conscience . Mais cette traversée semble difficile . Le miroir ne se dévoile pas facilement , la vérité échappe , le mystère demeure . L’homme semble être devenu aveugle , comme un esprit de lumière plongé dans les ténèbres de l’incarnation .
C’est pourquoi la phrase qui revient comme un leitmotiv - " Je ne vous connais pas , mais il me semble , pourtant , que je vous connais " - prend une portée nouvelle , n’exprimant plus seulement l’étrangeté d’un face-à-face , mais devenant la formulation même de la reconnaissance inaccessible de l’Autre ici-bas .
La lecture de Jung peut alors élargir cette expérience individuelle à celle de l’inconscient collectif . Les symboles deviennent un langage qui dépasse les traditions particulières , permettant aux hommes de communiquer à travers l'espace et le temps . Ce que Yann éprouve devant Laura pourrait ainsi appartenir à une mémoire beaucoup plus ancienne que celle de sa propre actualité .
Le symbole du chiffre " douze " vient renforcer cette architecture cachée . Douze mois , douze signes du Zodiaque , douze travaux d’Hercule , douze chevaliers de la Table ronde : le nombre semble organiser le temps terrestre comme le cosmos . Deux fois douze heures forment le cycle du jour et de la nuit . Lorsque retentit l’indication énigmatique de " douze heures trente ", le temps quotidien semble soudain devenir le signe d’un passage : achèvement d’un cycle , peut-être , mais aussi commencement d’un autre .
Alors , le bureau lui-même devient une tombe . La banalité quotidienne apparaît comme un lieu d’enfermement dont la mort pourrait constituer non pas la fin , mais le passage vers une autre réalité . Avec ses portes ouvertes sur la lumière , Le Grand Palais devient l’image inversée de cette tombe : derrière la matière et les apparences , pourrait se trouver un monde d’ineffables splendeurs inexplorées !
Mais pour y parvenir , il faut que le voile se déchire .
C’est ici qu’interviennent les grandes figures de la tradition symbolique : Isis , Dana , la Grande Prêtresse , puis le voile du Temple de Salomon qui se déchire au moment de la Passion du Christ . Le même geste symbolique se répète : quelque chose est caché , quelque chose doit être révélé .
Et la quête prend alors la forme d’un voyage initiatique . Tel Orphée descendant aux enfers pour y retrouver son Eurydice , l’homme doit accepter de s’aventurer dans les profondeurs de son âme . Il ne sait pas encore ce qu’il y découvrira . Peut-être , au-delà de l’amour de la Beauté , cette Beauté qui seule serait capable de sauver les pensées les plus insignifiantes , le spectre de la mort qui dessine son vrai visage dans le miroir des rêves , posant immédiatement la question du Bien et du Mal ? Car , aucune initiation ne semblant possible sans souffrance , l’amour peut-il exister sans la blessure qui l’accompagne , la connaissance peut-elle naître sans la perte des illusions ?
Le chef-comptable , figure apparemment dérisoire du quotidien , cherchant sa route à tâtons , devient lui-même , à son insu , la figure d’un initié ignorant de la numérologie , du moins selon les apparences , mais avançant sur un chemin qui ressemble à celui des alchimistes .
La couleur de la lettre , le bleu , introduit l’absolu dans le monde sensible . Comme dans le poème de Rimbaud , les couleurs fondamentales du " Grand Oeuvre " se succèdent : le blanc , le noir et le rouge , associés à l’éruption , à la lave et aux cendres des volcans de l’Etna et du Stromboli .
La matière devient alors le langage visible d’une transformation invisible .
Car le véritable objet de l’Art Royal n’est pas seulement la transformation de la matière . C’est aussi celle de celui qui la travaille .
L’Œuvre au Noir , la Putréfaction ; l’Œuvre au Blanc , la Résurrection ; l’Œuvre au Rouge , la Rubification : ces trois étapes décrivent autant les métamorphoses de l’adepte que celles de la substance . La Pierre Philosophale devient ainsi moins un objet miraculeux qu’un symbole de la conscience transfigurée dans l'invisible .
C’est dans cette perspective que l’Oméga de Teilhard de Chardin peut être rapproché de l’aboutissement de l’œuvre alchimique : un point suprême où la Création pourrait enfin se dévoiler dans son unité . La Gemme enfouie ne serait plus seulement la Pierre d'angle , mais le secret même de l’être accompli .
Le sigle V.I.T.R.I.O.L. résume cette démarche : visiter les profondeurs de la terre pour y découvrir , après rectification , la pierre cachée . Mais la véritable terre à explorer , n'est-ce pas le coeur de l'homme lui-même ? C’est alors que le destin de Yann prend toute sa dimension lorsqu'il refuse d’abord le " bon chemin " , parce qu’il lui paraît trop court , pressentant que l’existence doit être pour lui une longue épuration de l’âme . Alors , vient le temps de la frustration . Lorsque la conscience des erreurs commises lui révèle qu’il a peut-être refusé d’assumer sa propre vie , et que le Diable lui montre qu’il s’est trompé de route . Pourtant , quelque chose , déjà , se produit , quand un coin du voile se déchire , à douze heures trente , et que le visage de sa femme , jetant son masque d'Arlequin , devient celui d’une antique Pythie , lui posant la même éternelle question , terrible dans sa simplicité :
Qu’as-tu fait de ta vie ?
La magie de Noël apparaît alors sous un jour nouveau . L’Avent n’est plus seulement l’attente joyeuse de la naissance : il devient le temps suspendu où l'homme tombé se confronte à son propre double , à ce fruit inespéré qu’il ne voulait plus goûter , rencontre douloureuse l'obligeant à regarder sa " bonne conscience " qui devient alors suspecte : ne serait-elle pas une autre forme de mauvaise foi , la division de l'être entre homme et femme le ramenant au fameux récit biblique de " l'Arbre de la Connaissance " où la femme est à la fois la tentatrice et celle qui peut devenir l'instrument de sa rédemption , Laura , qui permet à Yann , un bref instant , de franchir la frontière entre ces deux mondes : celui de l'apparence et celui de la vérité , celui de la simple conscience ordinaire et celui d'une possible transmutation spirituelle .
C’est ce qui donne à " La Rencontre " son rythme particulier : le premier mouvement est amoureux , le second s'avère existentiel , et le troisième devient enfin métaphysique , ces trois mouvements dessinant déjà la structure secrète du " Cycle de L'Étoile " : voir , douter , chercher, franchir ...
Le lecteur croit d'abord entrer dans une histoire banale , puis découvre une réflexion sur la solitude et les faux-semblants du monde moderne . Enfin , presque imperceptiblement , le récit s'ouvre sur une autre dimension : celle du symbole , du mythe , de l'alchimie et de l'initiation .
Cependant , s'il s'agit d'une révélation , la véritable personne inconnue n'est pas uniquement Laura . Car telle est sans doute la leçon de cette première nouvelle d'Auberive : derrière chaque visage que nous croyons reconnaître , se dissimule un autre visage ; derrière chaque apparence , une réalité invisible ; derrière chaque rencontre avec l'Autre , peut-être , la rencontre longtemps différée avec soi-même . C'est en ce sens que " La Rencontre " constitue véritablement la porte d'entrée du " Troisième Cercle " ( En Pleine Lumière ) : une lumière qui ne se conquiert qu'après avoir accepté de traverser l'ombre ...
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