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LE PIEGE - Teaser / BIO .

29 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Bethesda Fountain in Central Park , NYC - IS712-053 .

Bethesda Fountain in Central Park , NYC - IS712-053 .

 

LE PIEGE

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

Depuis longtemps , le sentiment d'exil de Maël Tremen , vivant loin de la source véritable de ses racines , lui fait ressentir une amère nostalgie . Mais un jour , il rencontre Christie , une étudiante américaine lui rappelant un ancien amour . Lorsqu'elle disparait à son tour , oubliant exprès , peut-être , une mystérieuse mallette , le breton s'envole pour New-York à sa recherche , car derrière le visage de cette femme et les faux-semblants de sa troublante existence , une énigme plus douloureuse encore se cache : son père , savant retenu prisonnier derrière le Rideau de fer , a  découvert ce que nul n'aurait pu imaginer . Parti pour New-York , le jeune homme apprend qu'il est menacé parce qu'on le prend pour quelqu'un d'autre . C'est le début d'une terrible aventure dans laquelle Christie laisse la place à Katalin , qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau . Est-elle sa soeur , où un agent de l'est chargé de récupérer le document ? Qui sont les deux hommes qui les poursuivent ? CIA ou KGB ? Le dénouement de l'affaire est surprenant ! Certains secrets ne concernent pas seulement ceux qui les découvrent . S'ils peuvent changer le destin du monde , encore faut-il savoir qui agit derrière leur source véritable pour comprendre qu'ils ne devraient jamais être réveillés !

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - LE PIEGE Teaser ( 4ème Couv.) - Bio Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIEGE " , copyright 2024 .

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LE PIEGE - VIII - Table des Matières .

29 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Bethesda Terrace in Central Park - NYC .

Bethesda Terrace in Central Park - NYC .

LE PIEGE 

 

                 - VIII -

    Table des Matières

 

I -  Préface / Dédicace      

       La Source

II - Prologue : Feuilles d'Automne

 - Naissance 2 - Dernier Voyage - 3 - Traversée . 

III - Prologue : Balade Printanière

4 - Une Clarté sous la Lune - 5 - L'Homme à la Valise .

IV Première Partie : Le Document Mystérieux

6 - L'Une ou L'Autre - 7 - Christie .

Deuxième Partie : L'Histoire de Maël Tremen

8 - Hôtel Wellington - 9 - La Maison de Katalin - 10 - Forteresse - 11 - Professeur Steinberg .

VI Troisième Partie : Invasion

12 - L'Attaque de Belle Harbor ! - 13 - Aresh-Kaël .

VII - Epilogue

14 - L'Abîme . 

VIII - Table des Matières

 

DAN AR WERN - LE PIEGE - VIII - Table des Matières - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved . " LE PIEGE  " , copyright 2024 . 

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Le Piège - Préface / Dédicace - La Source .

25 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Préface / Dédicace - La Source .

 

 

LE PIEGE

 

 

 

 

 

 

 

I - PREFACE / DEDICACE

 

 

 

 

À tous ces visages qui , un jour , cessèrent de nous appartenir pour devenir les portes d'un mystère , à toutes ces patries que nous avons vainement cherchées ...

 

Pour Howard Phillips Lovecraft 

 

 

 

 

 

 

 

La Source 

 

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

     Il est des exils qui ne figurent sur aucune carte , il y a des souvenirs dont on croit s'être délivré parce que les années passent , mais qui demeurent pourtant là , dans quelque repli de la mémoire , pareils à ces silhouettes ravissantes que l'on aperçoit un instant derrière la vitre d'un train sans jamais parvenir à les oublier . Depuis longtemps , même s'il avait compris que l'on n'abandonne jamais la terre où l'on est né , il avait quitté la Bretagne . On peut parcourir les villes , même apprendre d'autres paysages , peut-être faire semblant de s'habituer à d'autres ciels ... Quelque chose demeure pourtant en arrière de nous , comme une parole obstinée que le bruit du monde ne parvient pas à faire taire tout à fait . Vivant à Nice , alors , les vagues de la Méditerranée , devant lui , étendait leur éclat rutilant comme des caresses de lumière au milieu des palmiers . Tout semblait devoir le convaincre qu'il avait trouvé là une nouvelle patrie . Mais , certains soirs , lorsque le vent descendait des collines , la mer devenait sombre . Il songeait aux landes et grèves d'Armorique , à sa forêt natale et aux vieilles légendes qui avaient bercé son enfance , à sa mère qui , peut-être , ne l'avait pas voulu , à son père enfui . Il se sentait exilé , non d'un pays , mais d'une part plus secrète de lui-même : celle qui continuait à chercher , au-delà des apparences et des distances , la vérité d'une patrie perdue . C'est à cette époque de malheur qu'il avait découvert la voix de Gwenvael Andon , celui que la presse musicale comparaît à une " source ", barde d'un temps qui ne voulait pas mourir , chantre d'une Bretagne ancienne et pourtant toujours présente , surgissant comme un rêve de la mémoire enfouie des pierres immémoriales drapées de brumes .

Dans ses chants pleins de poésie , Maël entendait moins , d'ailleurs , la nostalgie d'un passé disparu que l'appel de quelque chose d'inachevé . Comme si derrière frontières et générations , mais aussi au-delà de l'histoire officielle , subsistait une autre réalité que tous avaient oubliée . Il ne savait pas encore où ce timbre de prophète allait le conduire . Car les détours de l'existence commencent parfois par ce qui ressemble à un hasard . Parfois , pour que tout recommence , il suffit d'un nom , d'une photographie , d'une ombre au coin d'une rue , reconnue au hasard d'un voyage , et qui en évoque une autre . Comment donc avait-elle pu disparaître de sa vie sans véritable adieu , d'un simple coup d'aile au bout de l'horizon , cette jeune danseuse américaine dont il s'était follement épris , telle d'une étoile filante , ne laissant qu'une lumière étrange derrière elle , au-dessus de l'immensité océane , et qui continuait si longtemps d'éclairer sa nuit comme les feux d'un avion scintillant dans l'obscurité ... Il avait cru pouvoir l'oublier , tentant de le faire avec cette obstination dérisoire que l'on met parfois à fuir ce qui nous poursuit . C'est ainsi qu'il rencontra Christie , jeune danseuse , elle aussi , née à New York et poursuivant à Paris des études dont il n'avait pas très bien compris la nature , avec des racines hongroises , dont elle lui parlait de temps à autre , ajoutant encore à son mystère , ce qui l'attirait de plus en plus , lui qui , officiellement , avait choisi de suivre ses cours d'anglais pour améliorer sa connaissance de la langue , mais qui , peut-être , cherchait surtout quelqu'un qui pût enfin gommer une absence trop douloureuse par une amitié nouvelle , un visage différent .

L'étudiante , cependant , semblait toujours vouloir maintenir une distance invisible entre eux , mentionnant , à chaque fois qu'il désirait la séduire , l'existence d'un compatriote resté de l'autre côté de l'Atlantique . Était-ce un homme qu'elle aimait réellement comme son fiancé ou bien un personnage commode destiné à le tenir éloigné d'elle ? Il ne le sut jamais .

Puis elle partit à son tour , comme si l'histoire devait éternellement se répéter , le laissant à nouveau seul avec son désespoir et des questions auxquelles personne ne pouvait , certainement , répondre , mais la promesse de lui ramener un jour , le plus tôt possible , un porte-document qu'elle avait oublié , appartenant à son père , lui offrit un joli prétexte , afin d'adoucir un peu son chagrin , de vite s'embarquer pour New-York et de croire encore à son amitié .

Ce fut là , au coeur de " La Grosse Pomme " , que les choses commencèrent à se gâter pour ce ver de terre amoureux d'une étoile - ou peut-être était-ce là , au contraire , que tout avait commencé depuis le premier jour ? Il ne se douta de rien , le pauvre , ne sachant que , pour retrouver la trace d' une amie perdue , il faudrait d'abord consentir à s'égarer . Ni que certaines sources , lorsqu'on croit enfin les avoir découvertes , ne font que vous entraîner plus profondément dans l'abîme . Il ne se doutait pas encore qu'il était déjà tombé dans un piège !

 

DAN AR WERNLE PIEGE  - Préface / Dédicace - La Source - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " LE PIEGE " , Copyright 2024 .

 

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UN LONG VOYAGE ... - Teaser / Bio .

13 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN LONG VOYAGE ...

UN LONG VOYAGE ... - Teaser / Bio .

 

 

UN LONG VOYAGE ...

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On dit souvent que la vie ne tient qu’à un fil , mais qu’il faut du temps pour en connaître tous les mystères . De l’Afrique des Dogons jusqu'aux rivages de Bretagne , d’un train qui longe la Riviera aux rêves qui conduisent au pays des étoiles , trois histoires que le hasard , semblant toujours cacher un autre chemin , réunit . Jill Kern découvre que les secrets de sa jeunesse au Mali sont peut-être liés à un mystérieux message trouvé sur une grève bretonne . Juliette , après une nuit au " Paradise " , ignore encore où le train qui serpente au bord de la mer va réellement la conduire . Pour finir , un peintre , confronté au visage d’un ancien amour , découvre que le temps peut transformer le désir et la beauté jusqu’au sens d’une œuvre . Trois voyages , trois destins reliés par un même fil invisible . Car une seule histoire se trouve peut-être au-delà des apparences , une histoire que nous ne découvrirons qu’au terme d'un long voyage ...

 

 

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - UN LONG VOYAGE ... Teaser ( 4ème Couv.) - Bio -Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .

" UN LONG VOYAGE ...  " , copyright 2026 .

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Perspectives - VI - Analyse critique de " AUBERIVE " ( Cycle de L'Etoile III - Troisième Cercle ) , 1 : La Rencontre .

11 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

La Fête Etrange

La Fête Etrange

 
 
 
 
 
Perspectives 
VI - Analyse Critique de " AUBERIVE " .
        Cycle de L'Etoile III - Troisième Cercle ) 

 

 

" Qui êtes-vous ? que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "

ALAIN-FOURNIER - " Le Grand Meaulnes " ( 1913 ) .

 

 

 

Auteur : DAN AR WERN
Titre : AUBERIVE
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2016

Suite de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , " AUBERIVE " est constituée de 8 nouvelles et 6 poèmes .

1 - La Rencontre
 

Auberive , troisième cercle du " Cycle de L’Étoile  , s’ouvre sur une rencontre .

Mais , dès les premières pages , celle-ci apparaît comme beaucoup plus qu’un simple événement romanesque . Elle est un seuil . Derrière l’apparence d’une histoire sentimentale se profile déjà l’une des interrogations essentielles de l’œuvre : qu’y a-t-il derrière le miroir des apparences ?

Yann Kervern , déçu par sa vie familiale , commence une correspondance avec une mystérieuse inconnue dont la rencontre prochaine doit bouleverser son existence . Le point de départ semble appartenir au domaine traditionnel de l'intrigue amoureuse : un homme , enfermé dans une vie devenue insatisfaisante , découvre , à travers une femme qu’il ne connaît encore que par des mots , la promesse d’un autre avenir . Mais cette promesse est immédiatement placée sous le signe de l’ambiguïté . Car que connaît-on réellement de celui ou de celle que l’on croit connaître , et comment aimer quelqu’un que l’on ne connaît pas ?

L’exergue , emprunté au " Portrait de Dorian Gray " d'Oscar Wilde , donne d’emblée une dimension tragique à cette prochaine entrevue : Dorian Gray croyait avoir trouvé en Sibyl Vane l’accomplissement de son rêve amoureux . Mais l’artifice théâtral qui faisait le charme de la jeune femme allait disparaître lorsque l’amour entrerait dans la réalité . Celle qui savait merveilleusement interpréter " Roméo et Juliette " ne parvenait plus à jouer lorsque son propre moi devenait le véritable théâtre indistancié de son coeur . Ainsi , l’artifice de la vérité se retournait contre celui qui croyait pouvoir vivre son rêve . Le théâtre devenait théâtre d’ombres , le faux clair de lune éclairait des décors de carton-pâte , et l’alchimie du rêve se transformait peu à peu en cauchemar .

La question surgissait alors naturellement : quelle distance sépare le rêve de la réalité ? La vie elle-même n’est-elle pas un songe , comme le suggère Calderón de la Barca ? Et si tel est le cas , quelle réalité demeure lorsque les décors tombent , lorsque le portrait se brise , lorsque les oripeaux de l’apparence ne parviennent plus à dissimuler ce qui se trouve derrière eux ? C’est à partir de cette interrogation que " La Rencontre " se déploie sur trois niveaux .

Le premier concerne la littérature . Le 1er juin 1905 , jour de l’Ascension , sur les marches du Grand Palais , paraissait , accompagnée d’une dame en noir , une jeune femme blonde portant un manteau marron clair , ainsi qu'un gracieux chapeau de roses dont l'apparition renvoyait à la rencontre capitale qui bouleversa la vie d’Alain-Fournier : celle d’Yvonne de Galais , devenue , dans " Le Grand Meaulnes " , la figure presque mythique de la femme entrevue , désirée et perdue .

Ainsi , la rencontre n’est jamais un évènement ordinaire si elle appartient déjà à la mémoire de la littérature . La femme réelle se transforme en personnage , le personnage en mythe, et le mythe finit par devenir le miroir d’une quête intérieure .

Le deuxième niveau est celui du monde profane , celui de la routine quotidienne et de l’individu moderne . Yann est cet homme pris dans la grande ville , enfermé dans une vie familiale qui ne répond plus à son désir profond , gagné par la solitude et l’incommunicabilité . Le silence qui l’entoure est celui que le célèbre duo " Simon and Garfunkel " ont fait entendre dans leur légendaire chanson " The Sound of Silence " : un monde où les hommes se côtoient sans véritablement se rencontrer .

Dès lors , les apparences deviennent une seconde prison , puisqu'il faut toujours faire semblant , présenter à l'autre un visage acceptable , se conformer à l’image que la société attend de chacun . Le " look " importe davantage que ce que l’on est réellement . Même Noël peut perdre sa signification spirituelle pour devenir le simple décor d’une fête foraine !

Mais , derrière cette critique du monde contemporain , se profile une interrogation beaucoup plus ancienne : où se trouve le réel ?

Les sourires de fausse prévenance , les décors sérieux ou sombres , les paroles vides des bateleurs de la politique , de la science ou de l’art , tout semble participer d’une vaste représentation . L’homme moderne vit entouré d’images , de certitudes toutes faites et d’illusions qu’il prend pour la réalité . Il regarde le monde , mais ne sait plus nécessairement ce qu’il voit .

Alors , commence le troisième voyage , celui qui conduit de l’autre côté du miroir .

" Connais-toi toi-même , et tu connaîtras l’univers et les dieux " : l’antique maxime devient ici une méthode pour dépasser le visible . Il ne suffit plus de pouvoir déchiffrer les apparences du monde , il faut encore pénétrer les profondeurs de la conscience . Mais cette traversée semble difficile . Le miroir ne se dévoile pas facilement , la vérité échappe , le mystère demeure . L’homme semble être devenu aveugle , comme un esprit de lumière plongé dans les ténèbres de l’incarnation .

C’est pourquoi la phrase qui revient comme un leitmotiv - " Je ne vous connais pas , mais il me semble , pourtant , que je vous connais " - prend une portée nouvelle , n’exprimant plus seulement l’étrangeté d’un face-à-face , mais devenant la formulation même de la reconnaissance inaccessible de l’Autre ici-bas .

La lecture de Jung peut alors élargir cette expérience individuelle à celle de l’inconscient collectif . Les symboles deviennent un langage qui dépasse les traditions particulières , permettant aux hommes de communiquer à travers l'espace et le temps . Ce que Yann éprouve devant Laura pourrait ainsi appartenir à une mémoire beaucoup plus ancienne que celle de sa propre actualité .

Le symbole du chiffre " douze " vient renforcer cette architecture cachée . Douze mois , douze signes du Zodiaque , douze travaux d’Hercule , douze chevaliers de la Table ronde : le nombre semble organiser le temps terrestre comme le cosmos . Deux fois douze heures forment le cycle du jour et de la nuit . Lorsque retentit l’indication énigmatique de " douze heures trente ", le temps quotidien semble soudain devenir le signe d’un passage : achèvement d’un cycle , peut-être , mais aussi commencement d’un autre .

Alors , le bureau lui-même devient une tombe . La banalité quotidienne apparaît comme un lieu d’enfermement dont la mort pourrait constituer non pas la fin , mais le passage vers une autre réalité . Avec ses portes ouvertes sur la lumière , Le Grand Palais devient l’image inversée de cette tombe : derrière la matière et les apparences , pourrait se trouver un monde d’ineffables splendeurs inexplorées ! 

Mais pour y parvenir , il faut que le voile se déchire .

C’est ici qu’interviennent les grandes figures de la tradition symbolique : Isis , Dana , la Grande Prêtresse , puis le voile du Temple de Salomon qui se déchire au moment de la Passion du Christ . Le même geste symbolique se répète : quelque chose est caché , quelque chose doit être révélé .

Et la quête prend alors la forme d’un voyage initiatique . Tel Orphée descendant aux enfers pour y retrouver son Eurydice , l’homme doit accepter de s’aventurer dans les profondeurs de son âme . Il ne sait pas encore ce qu’il y découvrira . Peut-être , au-delà de l’amour de la Beauté , cette Beauté qui seule serait capable de sauver les pensées les plus insignifiantes , le spectre de la mort qui dessine son vrai visage dans le miroir des rêves , posant immédiatement la question du Bien et du Mal ? Car , aucune initiation ne semblant possible sans souffrance , l’amour peut-il exister sans la blessure qui l’accompagne , la connaissance peut-elle naître sans la perte des illusions ?

Le chef-comptable , figure apparemment dérisoire du quotidien , cherchant sa route à tâtons , devient lui-même , à son insu , la figure d’un initié ignorant de la numérologie , du moins selon les apparences , mais avançant sur un chemin qui ressemble à celui des alchimistes .

La couleur de la lettre , le bleu , introduit l’absolu dans le monde sensible . Comme dans le poème de Rimbaud , les couleurs fondamentales du " Grand Oeuvre " se succèdent : le blanc , le noir et le rouge , associés à l’éruption , à la lave et aux cendres des volcans de l’Etna et du Stromboli .

La matière devient alors le langage visible d’une transformation invisible .

Car le véritable objet de l’Art Royal n’est pas seulement la transformation de la matière . C’est aussi celle de celui qui la travaille 

L’Œuvre au Noir , la Putréfaction ; l’Œuvre au Blanc , la Résurrection ; l’Œuvre au Rouge , la Rubification : ces trois étapes décrivent autant les métamorphoses de l’adepte que celles de la substance . La Pierre Philosophale devient ainsi moins un objet miraculeux qu’un symbole de la conscience transfigurée dans l'invisible .

C’est dans cette perspective que l’Oméga de Teilhard de Chardin peut être rapproché de l’aboutissement de l’œuvre alchimique : un point suprême où la Création pourrait enfin se dévoiler dans son unité . La Gemme enfouie ne serait plus seulement la Pierre d'angle , mais le secret même de l’être accompli .

Le sigle V.I.T.R.I.O.L. résume cette démarche : visiter les profondeurs de la terre pour y découvrir , après rectification , la pierre cachée . Mais la véritable terre à explorer , n'est-ce pas le coeur de l'homme lui-même ? C’est alors que le destin de Yann prend toute sa dimension lorsqu'il refuse d’abord le " bon chemin " , parce qu’il lui paraît trop court , pressentant que l’existence doit être pour lui une longue épuration de l’âme . Alors , vient le temps de la frustration . Lorsque la conscience des erreurs commises lui révèle qu’il a peut-être refusé d’assumer sa propre vie , et que le Diable lui montre qu’il s’est trompé de route . Pourtant , quelque chose , déjà , se produit , quand un coin du voile se déchire , à douze heures trente , et que le visage de sa femme , jetant son masque d'Arlequin , devient celui d’une antique Pythie , lui posant la même éternelle question , terrible dans sa simplicité :

Quas-tu fait de ta vie ?

La magie de Noël apparaît alors sous un jour nouveau . L’Avent n’est plus seulement l’attente joyeuse de la naissance : il devient le temps suspendu où l'homme tombé se confronte à son propre double , à ce fruit inespéré qu’il ne voulait plus goûter , rencontre douloureuse l'obligeant à regarder sa " bonne conscience " qui devient alors suspecte : ne serait-elle pas une autre forme de mauvaise foi , la division de l'être entre homme et femme le ramenant au fameux récit biblique de " l'Arbre de la Connaissance " où la femme est à la fois la tentatrice et celle qui peut devenir l'instrument de sa rédemption , Laura , qui permet à Yann , un bref instant , de franchir la frontière entre ces deux mondes : celui de l'apparence et celui de la vérité , celui de la simple conscience ordinaire et celui d'une possible transmutation spirituelle . 

C’est ce qui donne à " La Rencontre " son rythme particulier : le premier mouvement est amoureux , le second s'avère existentiel , et le troisième devient enfin métaphysique , ces trois mouvements dessinant déjà la structure secrète du " Cycle de L'Étoile " : voir douter chercher,  franchir ...

Le lecteur croit d'abord entrer dans une histoire banale , puis découvre une réflexion sur la solitude et les faux-semblants du monde moderne . Enfin , presque imperceptiblement , le récit s'ouvre sur une autre dimension : celle du symbole , du mythe , de l'alchimie et de l'initiation .

Cependant , s'il s'agit d'une révélation , la véritable personne inconnue n'est pas uniquement LauraCar telle est sans doute la leçon de cette première nouvelle d'Auberive : derrière chaque visage que nous croyons reconnaître , se dissimule un autre visage ; derrière chaque apparence , une réalité invisible ; derrière chaque rencontre avec l'Autre , peut-être , la rencontre longtemps différée avec soi-même . C'est en ce sens que " La Rencontre " constitue véritablement la porte d'entrée du " Troisième Cercle " ( En Pleine Lumière ) : une lumière qui ne se conquiert qu'après avoir accepté de traverser l'ombre ...

 

 

FIN

 

 

DAN AR WERN - Perspectives - VI - Analyse Critique de " Auberive " - ( Cycle de L'Etoile III - Troisième Cercle ) - 1 - La Rencontre - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " Perspectives " - copyright 2025 Dan Ar Wern .

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Derrière le Miroir ... - V - La Tempête .

8 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Derrière le Miroir ...

Beguiling of Merlin - L'Enchantement de Merlin ( 1874 ) Edward Burne-Jones .

Beguiling of Merlin - L'Enchantement de Merlin ( 1874 ) Edward Burne-Jones .

- C'est ici que tu habitais ?

Timidement , le père avait répondu :

- Oui .

15 - Ensuite , ils avaient repris la route forestière de Brocéliande . Un de ses oncles , Paol Jagu , y avait possédé une maison où , autrefois , Goulven venait passer quelques jours de congé avec sa mère . Il y avait couru , enfant , dans les bois , le long de tous ces chemins d'aventure dont il ne savait plus maintenant s'ils appartenaient à sa mémoire ou aux légendes qu'on lui avait racontées jadis . Il avait voulu revoir la fontaine de Barenton . Le sentier s'enfonçait sous les arbres de la légendaire forêt , qui avait cette immobilité particulière des lieux où le temps semble avoir renoncé à passer . Les enfants rieurs couraient devant . Sa femme , Vivian , parlait avec eux . Goulven , lui , avançait plus lentement , songeant à l'enfant qu'il avait été lui-même , à sa chère maman disparue , remariée avec l'homme qui avait autrefois pris leur destin en main pour lui  montrer la route qu'il devrait suivre afin de devenir pilote et commandant de bord , ce Ronan Kermeur que Maël détestait , le surnommant " l'étranger " . Tout cela , aujourd'hui , lui semblait bien loin , lorsqu'ils aperçurent un groupe de touristes qui s'étaient rassemblées dans la clairière , tout autour de la fontaine . Au milieu , parlait un homme encore jeune , sans estrade ni micro , debout sur une simple pierre , vêtu d'un jean de toile et d'une chemise de coton , sa voix portant avec une étonnante facilité .

- Le monde que nous connaissons actuellement se termine ! , proclamait-il avec force et conviction .

Quelques personnes de l'assemblée opinaient de la tête .

- Il faut cesser de vivre comme nos pères nous ont appris à vivre ! L'ancien monde reposait sur la peur , la compétition , la possession , s'efforçant de nous faire croire que nous étions séparés les uns des autres . Mais cette séparation n'était qu'une illusion !

L'ancien aviateur , à cette écoute , éprouva une émotion si violente qu'il stoppa net sa marche , pensant à toutes ces années écoulées comme à une parenthèse , revoyant soudain Brest et les couloirs de la fac , où le visage lumineux de Sinead , avec son rire sonore et ses cheveux noirs , le fascinait pendant leurs interminables discussions , le soir , à la bibliothèque , à-propos de livres qu'il avait aujourd'hui complètement oubliés . Goulven , pourtant , resta quelques secondes figé , sans bien comprendre . Il observa l'homme de nouveau . Ses cheveux , plus longs qu'il ne l'aurait imaginé , encadraient un visage d'une finesse presque féminine dont le regard brillait d'une intensité qui lui était inexplicablement familière . Il venait soudain de réaliser que ce n'était pas elle qu'il venait , par hasard , de retrouver , mais leur fils , Maël , véritable sosie de sa mère , de retour ici , après des années d'une inexplicable disparition ! Le Guern , incrédule , se pénétra du spectacle qui se produisait . Des jeunes gens , quelques couples , des hommes et des femmes plus âgés , faisaient honneur à celui qu'on avait longtemps méprisé , l'écoutant respectueusement , buvant , sous la voûte forestière , avec une attention presque religieuse , chacune de ses paroles devant lui , son père , qui aurait pu sourire de l'étonnant miracle de ces retrouvailles inattendues , si tout ce qu'il avait cru reconnaître quelques instants plus tôt ne lui revenait autrement , comme un boomerang : la voix , les gestes , la colère , et cette manière de défier le monde avec une vérité révélée ! Alors , près de cette fontaine où la légende disait que Merlin l'Enchanteur avait rencontré Viviane , au coeur même de Brocéliande , il se demanda si son passé ne l'avait pas attendu derrière le miroir d'eau magique des apparences !

Bien sûr , il ne savait pas encore pourquoi , mais le prédicateur tournant tout à coup la tête en sa direction , leurs deux regards , tels deux éclairs de foudre , se rencontrèrent  , faisant ainsi ressurgir le passé de celle qui parlait de l'Irlande et de la Bretagne comme de deux terres blessées qui attendaient leur délivrance , de celle qui rêvait d'une révolution qui ne serait pas seulement politique , mais humaine , de son grand amour , enfin , qui , après la naissance de Maël , avait disparu sans explication pour rejoindre ailleurs , très loin de la péninsule celtique , une communauté dont il n'avait jamais réellement retrouvé la trace ! ( 3 )

Il jeta un bref coup d'oeil du côté de l'orateur descendant de la pierre à cause de la pluie menaçante , pendant que l'assemblée commençait à se disperser , s'approchant craintivement de lui , voulant engager enfin cette conversation qu'il attendait depuis si longtemps .

- C'est toi ?

L'autre , alors , changea de couleur tandis qu'au-dessus d'eux s'amoncelaient d'énormes nuages . La rumeur d'un premier coup de tonnerre , suivie d'un zig-zag bleuâtre , déchira bientôt le ciel . De grosses gouttes s'abattirent sur le perron de la source , précédant une violente averse . Un effroyable orage , une mini-tempête concentrant toute la noirceur du monde , se mit à agiter les bois en furie tandis qu'il le fixait d'une étrange expression de robot , lui lançant avec une violence inattendue , avant de s'éloigner dans la foule au plus vite , cette formule sévère et froide , presque expéditive :

- Je n'aime pas être mis devant le fait accompli !

16 - Le pauvre homme resta seul au bord du sentier sous les arbres , prostré , incapable de le suivre . Autour de lui , ses enfants , qui avaient seulement vu leur père s'approcher d'un inconnu et revenir brusquement , comme frappé par une douleur invisible , ne comprenaient rien . Sa nouvelle compagne , Vivian , vint vers lui .

- Goulven ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Il ne répondit pas quand elle lui prit doucement le bras . Les enfants s'étaient rapprochés à leur tour , fixant leur père avec inquiétude , sans comprendre pourquoi cet homme qu'ils connaissaient si solide , si maître de lui-même , semblait anéanti soudain .

- Papa , tu es malade ?

Goulven secoua la tête . Il aurait voulu leur expliquer , leur dire qu'il venait de retrouver un être disparu depuis tant d'années , leur avouer que cet homme qu'ils avaient vu parler devant la fontaine était son fils , leur demi-frère , le petit garçon qu'une femme avait abandonné autrefois .

Mais comment raconter cela ? Comment leur expliquer que , lorsqu'il avait regardé pendant quelques secondes l'eau de la fontaine , il avait cru reconnaître une femme disparue dans le visage d'un homme et reconnu une morte dans le visage d'un vivant ? 

Son épouse le serra contre elle . Il se laissa faire .

Les enfants demeuraient silencieux . Tout autour d'eux, la forêt avait retrouvé son calme . Il repensa à Maël et , pour la première fois , comprit que , peut-être , le garçon qu'il avait toujours cherché n'était pas seulement son fils perdu , mais qu'il était devenu le prophète d'un monde auquel lui-même n'appartenait plus .

17 - De retour à Fontainebleau dans le silence de sa maison , le pilote , qui ne parvenait pas à oublier la terrible scène de Brocéliande obsédant sa mémoire , entreprit de faire des recherches sur son ordinateur .

Il trouva d'abord le nom de Mael Ó Réaltaín , responsable , en provenance de Californie , d'un centre de bien-être et de régénération , le " Club de L'Etoile " , situé à Paimpont , dans lequel on proposait , selon le site , des retraites , des conférences , des stages , genre de centre de médecine régénérative où l'on parlait de transformation intérieure , de régénération , de nouvelle conscience , d'une humanité appelée à franchir une étape nouvelle . Un mot revenait souvent : Renaissance ! ( 4 )

Goulven , songeant au sermon de son fils dans la clairière , pensait à Sinead , à ses discours de jeunesse , à ses rêves de révolution . Sans doute était-ce la même passion devenue adulte , ils voulaient changer le monde . Il regarda la photographie du directeur du Club , il n'y avait plus aucun doute . C'était bien son fils ! Et par quel autre impénétrable signe du destin , réfléchit-il , avait-il donné à son autre garçon le nom du roi Arthur , et celui de Morgane à sa fille ?

Quel serait leur Graal à eux deux , cette nouvelle mission mystérieuse que les chevaliers doivent accomplir lorsque la présence du sacré leur échappe , cette quête de ce qui a été perdu après l'absence ? Ne devraient-ils pas , à leur façon , sauver , comme leur aîné , le Royaume ? Lui n'avait jamais voulu être Merlin , bien que ce fût son surnom , puisqu'on l'appelait " l'Enchanteur des Cockpits " , mais juste un bon père . Et pourtant son " rebelle " d'Irlandais , dans une tentative désespérée de trouver une lumière , une parole , une croyance , avait grandi sans lui , parti chercher ailleurs ce qu'il n'avait pas su lui donner . ( 5 )

Le vieil homme , ressentant une étrange douleur , éteignit l'écran , demeurant quelques minutes , pensif , dans l'obscurité . Puis il ralluma sa lampe . Sur son bureau se trouvait une feuille blanche . Il la regarda longtemps . Dans sa vie d'aviateur , il avait parlé à des milliers de personnes , donnant en avion ses ordres par toute la Terre , annoncé des départs , des arrivées , des changements de cap . Il avait traversé le ciel . Mais jamais il n'avait trouvé les mots pour parler à son fils . Il prit un stylo . Sa main tremblait légèrement . Puis il resta immobile , ne sachant pas encore ce qu'il allait lui dire . La feuille blanche attendait ... 

 

FIN

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DAN AR WERN - Derrière Le Miroir ... - V - La Tempête - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Derrière le Miroir ... " , copyright 2026 .

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Notes :

3Merlin rencontre Viviane / La Dame du Lac près d'une fontaine alors qu'elle est encore jeune . Vivian ( figure mariale spirituelle ) est ici associée à Sinead , morte à trente-trois ans . Dans les textes du " Lancelot en Prose " ( XIIIè siècle ) , Viviane est une figure de pureté absolue , presque intouchable , qui n'a pas de relation charnelle avec Merlin qu'elle enferme dans une bulle de verre ( ici , un cockpit ) pour s'en protéger .

4 - Maël , prénom celte ( irlando-breton ) signifiant " Prince " ou  " Chef " .

   - Ó Réaltaín signifie , en gaélique : " descendant de la petite étoile " .

La Quête du Saint-Graal , pourrait se lire ainsi comme la réconciliation symbolique entre Arthur et Merlin ( Maël et son père ) , si l'on transpose cette idée dans la théologie chrétienne comme une tentative de réconciliation entre l'humanité d'Arthur et ses Chevaliers ( le Christ et ses Apôtres ) d'avec Dieu le Père incarné par " Merlin " , le commandant de bord ( Mon Dieu , pourquoi m'as-tu abandonné ? )  

 

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Derrière le Miroir ... - IV - Le Cri du Milan .

6 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Derrière le Miroir ...

Derrière le Miroir ... - IV - Le Cri du Milan .

 

11 - Le silence de l'ermitage n'était interrompu que par le souffle du vent dans les banians . Assise en tailleur , les yeux clos , la jeune femme s'efforçait d'oublier jusqu'à son propre nom . Le maître répétait que toute souffrance venait de l'attachement , que les visages n'étaient que des reflets passagers sur l'eau du monde . Elle voulait le croire , ayant , depuis plusieurs jours , presque réussi à faire taire les voix de son ancienne vie . Un cri aigu fendit soudain le silence ! Elle ouvrit les yeux . Très haut dans le ciel tournoyait un milan noir . L'oiseau montait sans battre des ailes , porté par une invisible colonne d'air , avant de s'incliner lentement vers l'horizon . Pendant un instant , son profil lui rappela celui d'un avion disparaissant dans l'azur . Ensuite , malgré elle , revint le visage de Goulven . Elle le revit rêvant du ciel comme d'autres rêvaient de liberté , qui étudiait avec cette patience obstinée qui l'avait toujours distingué d'elle , ses cartes aéronautiques . 

Puis , un autre visage apparut . Celui de MaëlElle chercha à retrouver les traits de l'enfant , mais tout se brouillait déjà dans sa mémoire . Seuls , demeuraient son regard étonné et sa petite main qui s'était refermée un jour dans la sienne . Alors , brève comme l'éclair d'un glaive , une douleur traversa son cœur ! Elle se demanda quel âge il pouvait avoir , désormais , tandis que le milan royal poursuivait son ascension jusqu'à devenir un simple point noir dans l'immensité ... Savait-il seulement qu'elle pensait toujours à lui ? Soeur Sinead baissa la tête . Lorsque la cloche de méditation retentit de nouveau , elle ferma les yeux . Mais , cette fois , ce n'était plus le vide qu'elle contemplait . C'était un ciel breton où un avion traçait une ligne blanche au-dessus de l'océan celtique ...

 

12 - Son nom commença à circuler autrement . Sa voix , rauque et fragile à la fois , trouva un public . Les chansons qu'elle écrivait parlaient d'exil sur la Terre , de révolte contre la violence et de prière pour l'Irlande , et pour toutes ces patries invisibles que chacun porte en soi . Son visage aux cheveux courts , presque masculins , devint celui d'une génération qui refusait les frontières comme les conventions .

Les journalistes célébraient son authenticité sans savoir que , derrière cette liberté revendiquée de Madone , demeurait un enfant abandonné . Goulven , pour l'instant , ne cherchait plus à la retrouver . Chaque escale , chaque décollage , chaque nouvel appareil qu'il apprenait à maîtriser , l'éloignaient davantage de celle qu'il aimait encore .

Il comprit peu à peu que le ciel , qu'il traversait sans cesse , lui demandait le même sacrifice que la mer avait jadis exigé des anciens marins bretons quand ils acceptaient que celles que l'on aime disparaissent derrière l'horizon sans jamais revenir . Il ne lui restait que l'enfant . Maël grandissait auprès d'Anna , sa grand-mère , dans cette Bretagne dont Sinead avait pourtant rêvé la renaissance avant de l'abandonner elle aussi . Le pilote s'efforçait d'être un père lorsque ses permissions le lui permettaient . Mais il sentait déjà se creuser entre eux une distance inexplicable , son fils ressemblant de plus en plus à sa mère : les mêmes traits fins , le même regard perçant de rapace presque insaisissable , la même sensibilité farouche . En le contemplant , son père avait parfois l'impression de voir un miroir où son propre reflet s'effaçait au profit de celui de SineadMais derrière ce visage d'enfant , se cachait déjà une énigme qu'il ne savait pas lire ...

13 - La nouvelle lui parvint sans éclat , lors d'une escale . Un ancien camarade de l'université , rencontré par hasard dans une salle d'embarquement , lui demanda avec hésitation :

- Tu ne sais donc rien , mon pauvre ?

Quelques jours plus tard , Goulven s'étant procuré un vieux journal irlandais , lut , au milieu des pages consacrées à la musique , un bref article relatant la nouvelle de sa mort . Sinead était décédée à trente-trois ans d'une rupture d'anévrisme , dans une chambre d'hôtel dont personne ne retiendrait jamais le numéro . 

Le journaliste évoquait la voix singulière d'une chanteuse devenue , en quelques années , l'étoile montante d'une génération perdue , en rupture avec toutes les autorités , parlant d'un destin foudroyé , d'une gloire naissante et de concerts malheureusement interrompus , d'une liberté qui avait fini par se retourner contre elle . Son " ex " relut plusieurs fois ces quelques lignes très évasives qui ne disaient rien de leur progéniture , n'évoquant jamais , d'ailleurs , la vie privée de la chanteuse . Il ne pleura pas . Il éprouva seulement cette étrange impression que le passé venait de se refermer comme une porte dont on n'entend plus que le verrou .

Une question l'obsédait pourtant . Comment annoncer à son fils que sa mère ne reviendrait jamais ?Lorsqu'il rentra en Bretagne , la réponse l'attendait déjà . Maël  , qui s'absentait sans cesse , avait  , cette fois , complètement disparu . Sa chambre était vide . Quelques vêtements manquaient , de même que les rares photographies de la défunte qu'Anna conservait précieusement dans un tiroir . Personne ne savait dire où il était parti . Des voisins juraient l'avoir vu monter dans un train , d'autres prétendaient qu'il suivait un nouveau groupe de jeunes marginaux depuis quelque temps . Les gendarmes recueillirent un signalement sans grande conviction . Sa grand-mère , si attaché à lui malgré ses escapades fréquentes , ne s'en remit jamais , n'arrêtant pas de répéter en sanglots que son petit-fils reviendrait , qu'il finirait bien par pousser la porte de la maison comme autrefois . Chaque soir , elle laissait une lampe allumée derrière la fenêtre , comme si cette faible lumière pouvait guider un enfant perdu à travers la nuit .

L'hiver suivant , son cœur céda . Au cimetière , tandis que les cloches du village s'éteignaient dans le vent venu des Monts d'Arrée , Goulven comprit qu'il était désormais le dernier dépositaire d'une histoire secrète dont tous les autres protagonistes ne parleraient plus . Maël , emportant avec lui la part la plus cachée de celle-ci , semblait s'être enfui ,  comme  cette ultime chanson de l'irlandaise , " Le Cri du Milan " , derrière le miroir des apparences :

 

" L'avion revient quand meurt le vent ,  
 Je ne sais plus où tu es ,
 Milan royal qui danse avec le ciel d'été ,
 Je tai perdu ... je le sais pourtant .

 Ton avion a trouvé son chemin
 Qui vient dériver loin de moi ,
 Ton cerf-volant danse avec le mien ,
 Je tai perdu ... je ne sais toujours pas pourquoi ...

 Your airplane found its way , 
 Just drifted far away
 Your red kite dances with the sky ,
 I lost you ... still don't know why ...

 Your plane returns when the wind dies
 Don't know where yu've gone
 As your red kite dances with the sky ,
 I lost my son ... "

 

 

( A Suivre )

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Notes :

2 - Ashram , ermitage ou centre spirituel où l'on peut suivre l'enseignement d'un maître spirituel hindou .

   - Goa , état de la côte sud-ouest de l'Inde , ancienne colonie portugaise où se sont établis des groupes de " hippies " .

 

* " Les Gens Absents " ( 2004 ) , chanson de Francis Cabrel sur son album " Les Beaux Dégats " , copyright 2004 Francis Cabrel / Chandelle Productions - Columbia - Sony Music Entertainment - Tous droits réservés .

 

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Derrière le Miroir ... - III - A la Recherche d'un Garçon Perdu .

2 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Derrière le Miroir ...

Derrière le Miroir ... - III - A la Recherche d'un Garçon Perdu .

Puis Maël vint au monde , ce petit être qui aurait dû sceller leur union , mais qui en révéla au contraire toute la fragilité . Passé sa naissance , la mère disparut quelques semaines plus tard seulement , sans prévenir . Aucun mot ni aucune adresse , pas d'explication . Comme si elle s'était dissoute dans ce brouillard qui , le matin , montait parfois de la rade de Brest avant d'effacer jusqu'à la ligne d'horizon . L'enfant fut alors confié à Anna , la maman de Goulven , qui l'éleva avec une tendresse toute silencieuse , ne posant jamais la moindre question sur cette jeune guerrière Irlandaise dont le souvenir flamboyant faisait souffrir son fils et le hantait pendant son sommeil !

7 - Depuis ce jour , le futur pilote eut parfois l'impression que deux êtres s'étaient perdus en même temps que lui , la femme qu'il avait aimée et le garçon qu'elle avait abandonné , qu'il n'avait jamais vraiment eu le temps de connaître . Celui-ci grandit auprès de sa grand-mère , dans cette vieille maison bretonne où les légendes se transmettaient aussi naturellement que les prières du soir . C'est elle qui lui parlait de la Bretagne comme d'un pays vivant , dont la mémoire circulait encore dans les landes , les chapelles et les menhirs , qui lui apprit les pardons , les chants anciens , les noms des saints oubliés qui, disait-elle, avaient une âme vivant au creux des rochers . Pourtant , c'était bizarre , à mesure qu'il grandissait , semblait s'éveiller en lui un autre héritage . Car , physiquement , Maël ressemblait de plus en plus à sa mère . Sa figure fine , ses yeux d'un bleu presque transparent , ses cheveux coupés très courts lui donnaient un air presque androgyne qui rappelait irrésistiblement Sinead et sa célèbre coupe à la garçonne . Ceux qui avaient connu la jeune Irlandaise en éprouvaient un étrange malaise , comme si son ombre continuait de vivre à travers son fils . Mais la ressemblance ne s'arrêtait pas aux traits du visage . Sans avoir jamais connu sa génitrice , l'enfant retrouvait peu à peu ses convictions , parlant de liberté , de justice pour les peuples oubliés , dénonçant les frontières , les dominations et toutes les formes d'autorité qu'il jugeait arbitraires . Presque mot pour mot , son discours semblait faire écho à celui que l'anarchiste tenait autrefois dans les amphithéâtres de la faculté de Brest . Ce paradoxe fascinait Anna . Le rejeton qui revendiquait les idéaux révolutionnaires de sa mère demeurait profondément attaché aux traditions qu'elle lui avait transmises , pouvant défendre avec la même passion les langues minoritaires , les coutumes bretonnes et les vieux pardons de jadis , persuadé qu'il n'y avait aucune contradiction pour lui entre la liberté des peuples et la fidélité à leurs racines . Pendant ce temps , Goulven était parti à Paris poursuivre ses études . Les séjours près de son fils devenaient de plus en plus rares . La distance silencieuse qui s'installait entre eux , moins faite d'indifférence que d'absences accumulées , grandissait avec Maël éloigné de son père , tandis que celui-ci avait parfois le sentiment douloureux que son enfant lui échappait un peu plus chaque année . Sans doute était-ce cela , au fond , ce que ressentait ce " garçon perdu " , d'être un égaré dans le monde avançant entre deux héritages , deux mémoires et deux absences , ne sachant encore laquelle finirait par l'emporter .

8 - Il arrivait à Maël de demeurer de longues minutes devant le miroir de la vieille armoire d'Anna . Il y retrouvait les traits de cette mère dont il ne possédait qu'une photographie jaunie . Plus les années passaient , plus cette ressemblance devenait troublante .

" Tu as son regard " , lui disait parfois sa grand-mère .

Cette simple phrase suffisait à l'inquiéter . Il se demandait alors ce qui , en lui , lui appartenait réellement . Son visage ? Ses idées ? Sa manière de marcher , de parler , de sourire ? Était-il lui-même , ou seulement le prolongement d'une femme disparue avant qu'il ait pu la connaître ? Et ce trouble , s'étendant peu à peu à son propre corps dans lequel , à l'adolescence , il ne se sentait pas toujours à l'aise , avec son allure fine , ses cheveux qu'il gardait plus longs ou plus courts selon les saisons , les remarques parfois maladroites de ceux qui le croisaient , faisait grandir , en lui , un malaise qu'il n'aurait su nommer puisqu'il ne pouvait même pas en parler avec son père absent . 

Ce silence , d'ailleurs , n'était pas fait de honte , mais de crainte , Goulven ayant déjà perdu Sinead , et son fils redoutant qu'en lui confiant ses doutes , la jeune Irlandaise ne revienne , par son enfant , lui rappeler un souvenir trop vivant pour effacer cette fuite jugée horrible par son père . Alors il se taisait . Seule Anna semblait comprendre qu'il existe des questions auxquelles il ne faut pas répondre trop vite . Elle ne cherchait jamais à le définir . Elle lui répétait simplement que chaque être humain , parfois , met une vie entière à découvrir son véritable visage . Maël ignorait encore combien cette phrase deviendrait le fil invisible de son existence !

9 - Et Goulven , de son côté , fâché de la distance que prenait avec lui son fils un peu plus chaque jour , se contentait d'une vieille photographie de Sinead tenant Maël dans ses bras quelques heures juste après sa naissance .

Il remarquait , néanmoins , que son fils avait exactement le même regard que sa mère . Alors , fermant lentement l'album , une question le traversait , lancinante : était-il encore à la recherche de la femme qu'il avait perdue , ou du garçon qu'il n'avait jamais vraiment connu ?

 

 

 

( A Suivre )

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Derrière le Miroir ... - II - L'Héritier de l'Ombre .

29 Juillet 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Derrière le Miroir ...

Goulven Le Guern

Goulven Le Guern

On parle volontiers de la Bretagne comme d'une terre de lumière . Les photographies nous montrent ses ajoncs dorés et ses bruyères qui courent jusqu'à l'horizon des chapelles de granit où les coiffes des pardons dansent , au milieu des vagues , comme ces petites taches blanches des voiliers parmi l'écume des falaises découpées de l'Atlantique . Les touristes viennent y chercher une terre demeurée fidèle à elle-même , presque hors du temps . Mais celle-ci a plus d'un visage . Dans les campagnes de l'Argoat , il y en avait un autre , loin des stations balnéaires et des cartes postales de circonstance , là où des familles entières survivaient dans des maisons de pierre où l'humidité pénétrait les murs comme un hiver sans fin . Les enfants quittaient souvent l'école trop tôt pour aider aux travaux des champs . Les hommes embarquaient pour la pêche ou s'exilaient vers les arsenaux et les usines .

Les femmes reprisaient le linge , raccommodaient les vêtements jusqu'à l'usure complète , économisant chaque morceau de pain comme s'il s'agissait d'un trésor ! 

Anna Le Guern , qui n'avait jamais appris à se plaindre , appartenait à ce monde ignoré . Veuve avant d'avoir vraiment connu le bonheur , ou peut-être abandonnée - Goulven ne l'avait jamais su avec certitude - , elle élevait seule son fils . Les voisins l'aidaient parfois d'un panier de pommes de terre ou d'un fagot de bois , mais chaque famille étant pauvre , la solidarité ne faisait que partager le manque .

Le soir , lorsque le vent , descendant des Monts d'Arrée , faisait trembler les vitres , la femme s'asseyait près du foyer presque éteint , regardant longtemps les flammes sans rien dire . Puis , elle marmonnait en breton , d'une voix si basse que son garçon devait tendre l'oreille :

- N'eo ket an ezhomm ' ra ar gwashañ ... 

Ce n'est pas le besoin qui fait le plus mal ... )

Ensuite , elle s'interrompait , comme si la suite appartenait à un secret trop lourd pour être confié à un simple enfant , celui-ci , des années plus tard , se mettant à comprendre que la pauvreté ne résidait pas seulement dans des poches vides , mais qu'elle s'installait durablement dans le regard des gens d'ici , leur apprenant à demander pardon d'exister , à penser que le monde appartenait toujours à ceux de la grande ville étrangère , à se croire inférieurs .

Très tôt , le gamin s'était juré de rompre cette maudite chaîne . Il quitterait la Bretagne . Il s'envolerait comme un goéland , loin de ce monde cruel . À dix mille mètres d'altitude , il n'y aurait plus ni humiliations , ni fermes délabrées , ni chaussures trop petites , ni mois noirs d'hiver sans chauffage . Là-haut , les frontières disparaitraient sous les nuages de l'oubli , et même le passé , pensait-il , ressemblerait à un mauvais cauchemar ! Il ignorait qu'une trace de vie ,  même infime , en changeant de nature ou de lieu , ne meurt jamais . Même s'il s'amusait souvent à penser que son " Jumbo "  ne mettait qu'une demi-heure à gagner triomphalement le large , et , bien au-delà de la péninsule armoricaine , à mettre le cap en direction de l'Amérique , ce qu'il avait laissé en apparence derrière lui , cette vieille misère , cette honte muette , cette peur de manquer , ne s'étaient pas évanoui avec le temps de vol . Ayant trouvé un autre refuge , elles avaient grandi avec la mémoire de Maël

Non pas sous la forme d'une pauvreté seulement matérielle , mais comme une blessure plus profonde encore : celle d'un homme persuadé d'avoir été oublié avant même d'avoir été aimé . Goulven sentit alors un frisson lui parcourir l'échine . 

Depuis des années , le père croyait que son fils , qui ne lui parlait plus , lui reprochait son absence . Et si ce n'était pas cela ? Et s'il lui reprochait d'avoir voulu effacer leurs origines , comme on se débarrasse d'une vieille photographie ou d'un nom dont on rougit ? Cette pensée lui fut plus insupportable que toutes les insultes . Car il comprit soudain qu'en cherchant à fuir la misère de son enfance , il avait peut-être laissé mourir la seule richesse qu'Anna lui avait véritablement transmise : une dignité silencieuse , forgée dans l'épreuve , que lui-même avait confondue avec la honte .

Au dehors , le vent s'était levé . Il apportait cette odeur de terre humide et de bruyère venant de la forêt , qui précède les pluies d'orage . Il ouvrit la fenêtre , et , pendant un instant , crut que la voix de sa mère remontait du fond de la nuit , mêlée au souffle de l'océan . Ce n'était plus un souvenir . C'était un appel !

4 - Un jour de vacances , prétextant la visite d'un site historique , il conduisit sa petite famille où il était né , leur montrant la vieille masure de sa jeunesse , désormais vide , où , leur expliqua-t-il , on ne possédait presque rien , sinon  l'espérance et le vent lointain venu de la mer . L'hiver , où , dans le froid piquant , l'on apprenait très tôt que le silence coûtait moins cher que les paroles , tandis que le feu de tourbe peinait à réchauffer les murs , les pierres grises , mangées de mousse , retenaient l'humidité des longues nuits bretonnes . 

Gagnant difficilement sa vie à d'obscurs travaux ménagers , la mère comptait chaque sou comme on compte les jours de grâce avant une tempête , rien , par ailleurs , ne semblant destiner son Goulven à franchir ces frontières invisibles qui séparent les humbles de ceux qui dirigent le cours des choses . Pourtant , chez lui , il existait une richesse que personne ne pouvait mesurer . L'enfant , qui observait le ciel avec la même attention que d'autres contemplent les livres sacrés , voyait les oiseaux lui enseigner déjà la liberté , les nuages , les chemins invisibles , les étoiles d'un monde infiniment plus vaste que les collines de son enfance . Et si les avions qui traversaient parfois l'azur n'étaient , pour les habitants du village , qu'un grondement lointain , pour lui , ils étaient des promesses d'avenir ! Certes , pensant qu'ils n'auraient rien compris à cette sordide réalité , le taiseux qu'il était devenu depuis cette époque , n'en avait jamais parlé aux personnes qui partageaient son existence actuelle , si différente , à son avis , qu'il n'aurait pu évoquer l'autre sans honte , et que c'était inutile de les troubler par des récits de misère . Cependant , pendant son sommeil , ou durant les longues heures de traversée aérienne , il se souvenait parfois de monsieur Mauron qui , à l'école communale , avant tous les autres , l'avait aidé , devinant que , là où le reste de la classe ânonnait péniblement , ce brillant élève , à la mémoire " photographique " , ne retenait pas seulement les leçons du maître ,  mais possédait une intelligence peu commune , lui cachant qu'il voulait comprendre non seulement les causes , les lois , les rapports secrets entre les nombres , mais aussi les phénomènes naturels régissant l'ordre mystérieux de l'univers !

C'est ainsi que l'instituteur commença discrètement à lui prêter des livres . D'abord quelques ouvrages de géographie , puis des récits de grands explorateurs , des traités simplifiés d'astronomie , enfin des ouvrages de mathématiques dont certaines pages demeuraient obscures mais dont la beauté fascinait déjà le jeune garçon .

- Tu iras plus loin que nous tous , lui disait-il parfois . Mais ne crois jamais que ton intelligence te suffira . Elle n'est qu'une semence . Le travail seul pourra lui permettre de porter du fruit .

Ces paroles s'enracinèrent en lui comme un commandement . Chaque soir , après avoir aidé sa mère , il étudiait jusqu'à ce que la lampe à pétrole s'éteigne . Il remplissait des cahiers de calculs , recommençant les démonstrations , puis apprenait des listes de mots d'anglais dont il pressentait déjà qu'ils lui seraient un jour nécessaires , même s'il en ignorait encore l'utilité . Les autres enfants dormaient , lui poursuivait son ascension silencieuse ...

5 - Son maître ne fut pas le seul à remarquer cette volonté . Dans un bourg voisin vivait un ancien pilote de l'aéronautique , Ronan Kermeur , oublié de presque tout le monde , et dont l'âge avait un peu ralenti la démarche mais non la vivacité d'esprit . Le vieil homme possédait encore un sextant , quelques cartes aériennes jaunies , des photographies d'appareils aujourd'hui disparus , de même que plusieurs carnets de vol aux marges toute couvertes de notes illisibles .

Pourtant , s'il ne chercha jamais à prendre la place d'un père disparu , c'est auprès de lui que le jeune homme réalisa peu à peu qu'il existait deux manières de recevoir un héritage , par l'hérédité ou par le cœur . Le destin lui ayant refusé la première , la vie se chargerait heureusement de lui offrir la seconde , lui faisant comprendre ainsi qu'un véritable chef ne cherche pas à être admiré , mais qu'il doit fixer le cap , assumant la responsabilité de guider les autres , quand ceux-ci ne veulent bien suivre qu'une route incertaine . C'est ainsi qu'il eut la chance de suivre cette figure paternelle au fil des dernières années de la présence sur terre de celui-ci , ami fidèle ne s'imposant jamais , dont la présence rassurante et les conseils discrets construisait patiemment par l'exemple , en la clarifiant , sa destinée ... 

 

 

( A Suivre )

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Derrière Le Miroir ... - I - L'Autre Visage .

28 Juillet 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Derrière le Miroir ...

Le Double Secret ( 1927 ) - René Magritte .

Le Double Secret ( 1927 ) - René Magritte .

 

" Qui crois-tu être ? "

À cinquante-neuf ans , le commandant Le Guern avait tout pour se croire un homme accompli .

Après une brillante carrière dans l'aviation civile , honoré par sa hiérarchie , ce pilote aguerri avait maintenant quitté les cockpits de la Compagnie avec le sentiment d'avoir rempli son devoir . En outre , son second mariage lui avait apporté une stabilité qu'il n'avait auparavant jamais connue . Il vivait désormais dans une maison paisible , du côté de Fontainebleau , entouré de sa femme , une ex-hôtesse de l'air , et de leurs deux enfants , Morgane et son frère , Arthur . Aux yeux de tous , il était devenu un père attentif , un voisin respectable , un homme équilibré . 

Pourtant , chaque fois qu'il croisait son reflet dans la psyché de la salle-de-bain d'une chambre d'hôtel , dont le tain , lentement , se fissurait , c'était une fêlure plus grande qui apparaissait derrière son visage , l'ombre de Maël , son premier fils qu'il ne voyait presque plus , né d'une ancienne liaison qui s'était effondrée dans les cris , les rancœurs et les procédures judiciaires ! Chaque fois , les rares rencontres tournaient toujours au même supplice .

- Tu m'as abandonné !

Puis venaient les insultes , les accusations , les années ressassées comme une interminable litanie . Maël refusait toute existence stable . Il passait d'un squat à l'autre , vivait de travaux précaires , fréquentait des groupes anarchistes , rejetait toute autorité avec une violence presque systématique . À ses yeux , son père incarnait tout ce qu'il détestait : l'ordre , la réussite sociale , les institutions , la discipline , l'argent , les uniformes , les avions qui traversaient le ciel comme autant de symboles d'un monde auquel il refusait d'appartenir . Le garçon n'avait pas encore quinze ans lorsque le jugement de garde avait été prononcé . Aujourd'hui , il en avait peut-être quarante , et Goulven ne savait pas ce qu'il était devenu . Il avait parfois reçu un message d'une boîte mail anonyme au milieu de la nuit : " Tu peux être fier de toi ! "

Ou bien : " Tu n'as jamais été un vrai père , tu préfères les nuages ! ... Tu n'as jamais regardé qu'avec mépris les gens du sol ! "

Parfois les mots devenaient plus violents encore , avant que le contact ne soit complètement rompu d'avec cette femme qui avait été un grand amour de sa vie . Ils poursuivirent longtemps le pilote après leur séparation définitive  .

Anna , Sa mère , au bout de trois ans , lui avoua que leur fils , dont elle avait la charge , avait un jour , à sa majorité , quitté brusquement son domicile sans la prévenir , et , quand il était revenu , un bref week-end , avant de s'éclipser à nouveau , il avait su qu'il vivait de peu , changeant souvent de ville , fréquentant des groupes libertaires , disparaissant plusieurs semaines d'affilée avant de réapparaître ensuite dans une " communauté " quelconque entre Rennes , Brest , ou Nantes , refusant les emplois stables comme d'autres veulent briser leurs chaînes , paraissant faire profession de rupture . Alors , Goulven s'était efforcé de se justifier , se coupant avec son rasoir , un matin , devant sa glace , rappelant à sa conscience , qu'il avait essayé , qu'un divorce , même s'ils n'avaient pas été mariés , détruit toujours davantage qu'un couple , et que certaines blessures ne guérissent jamais . Mais aucun mot ne l'atteignait , ni elle , partie au bout du monde , et qui , sans doute , le méprisait , ni son fils . Alors , chaque jour plus obsédante , une idée s'imposait à lui .

2 - Les années ne lui avaient pas seulement creusé quelques sillons . Derrière son visage , en ce matin d'août , une fissure plus profonde s'était rouverte , invisible à tous les autres , montrant un autre homme s'impatientant qu'une faiblesse , ou le hasard , lui permette enfin de reprendre sa vraie place , puisqu'il n'était , après tout , peut-être , que son image inversée ? Et si Maël était son double , non pas son contraire , mais l'homme qu'il aurait pu être si sa vie avait basculé autrement ? L'un , réaliste , avait passé son existence en l'air , dans des avions , l'autre , plutôt rêveur , voulait voir s'effondrer toutes les prétentions humaines , l'un croyait encore à l'ordre , l'autre ne reconnaissait que le chaos , l'un cachait ses blessures sous les apparences d'une réussite tranquille , tandis que l'autre les exhibait comme des trophées ! Pourtant , Goulven avait parfois l'impression de reconnaître dans les yeux de son fils une colère qui ,  jadis , avait été la sienne . Alors ,  plus terrible encore , une autre question surgissait . Si chaque être humain naissait ainsi , accompagné d'un reflet de lui-même chargé de porter ce qu'il refusait de voir , peut-être la vie n'était-elle qu'un immense trompe-l'oeil , comme la Lune , dont la face cachée , disaient certains , représentait bien plus que l'aliénation , voire le délire , dissimulant un savoir oublié de l'homme , enfoui dans l'ombre , ou comme l'iceberg , dont la surface visible et destructrice menaçait chaque riche passager faisant étalage , fier comme un paon , des breloques de sa vie , de la violence de ses rêves d'amour et de conquête , et dans l'affèterie , se pavanant tel un dieu ridicule , démiurge de pacotille ignorant l'immense écho de résonnance au coeur de la mer allant bientôt naufrager son orgueilleux vaisseau ? 

Qu'était donc la Création ? L'œuvre parfaite ? , se demandait-il . Ou cet immense théâtre de faux-semblants ? Le monde entier reposait-il sur une fracture originelle d'un vase recollé dont les fissures demeuraient sensibles , malgré tout le soin apporté à les dissimuler , tandis que les créatures de cet univers ne pouvaient que survivre dans l'illusion d'une unité perdue au fond d'elles-mêmes , deux volontés inconciliables poursuivant , sans cesse , parmi elles , cette guerre silencieuse ? ( 1 )

Depuis quelque temps , Goulven avait le sentiment que le monde confirmait cette intuition . Les forêts brûlaient , les rivières s'asséchaient , les villes devenaient nerveuses , comme traversées d'une colère souterraine . Chaque catastrophe semblait annoncer une rupture plus ancienne encore , invisible , enfouie au cœur même de l'humanité . Était-ce réellement la Terre qui se consumait dans la violence et la guerre ? Ou bien chaque homme contemplait-il , sans le savoir , l'incendie de sa propre âme ? Il baissa les yeux . Pour la première fois , le père n'était plus certain que Maël fût son ennemi . Peut-être n'était-il que le miroir vivant de cette part de lui-même qu'il avait passée toute son existence à vouloir oublier , l'homme qu'il croyait être n'étant que le survivant d'une naissance manquée, le produit imparfait d'une union qui n'aurait jamais dû avoir lieu ? Son double , lui , avait suivi une autre route , celle de la folie , des plaisirs sans mesure , du mensonge , où chaque faute semblait répondre , comme un écho ironique , à sa propre existence raisonnable et rangée . Plus il s'efforçait de vivre selon le bien , plus il lui semblait que cet autre se nourrissait de ses renoncements . Lequel des deux était le véritable ?

 

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Derrière Le Miroir ... - I - L'Autre Visage - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Derrière le Miroir ... " , copyright 2026 .

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Notes :

1 - Titanic : Paquebot transatlantique britannique ayant fait naufrage dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 à la suite d'une collision avec un iceberg dans l'Atlantique Nord lors de son voyage inaugural de Southampton à New-York .

 

 

 

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