Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Dan Ar Wern Official Website
Articles récents

L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - Epilogue - V - Dernières Notes .

23 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ETOILE DE LA REDEMPTION

L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - Epilogue - V - Dernières Notes .

 

L'ETOILE DE LA REDEMPTION

( Cycle de L'Etoile XXXVII )

 

 

 

"Ah , l'homme est un dieu quand il rêve ... " 

Hölderlin - " Hypérion " , I , 1 .

 

 

Epilogue 

 

 

 

V - Dernières Notes

 

 

 

"  Que laissons-nous  , ô vie  , hélas !

   Quand tu t ’envoles  ? 

   Rien  , que ce léger bruit

  Des dernières paroles  ... " *

 

Alphonse de Lamartine  ( 1790 - 1869 )

 

 

 

 

 

17 - Frère Gurvan apprit beaucoup plus tard que , le jour où la voix de Béatrice lui avait murmuré d'aller à Lorette , celle-ci rendait son dernier soupir dans un couvent . Peut-être était-ce elle , d'ailleurs , qui , d'une manière qu'il ne pouvait comprendre , l'avait poussé vers cette vie monastique lui permettant de retrouver ainsi dans le silence , avec l'accord bienveillant de l'église , un lieu pour composer en secret l'oeuvre qu'il méditait depuis toujours : la " Symphonie des Etoiles " ? ! 

Cinq années passèrent lorsqu'un matin d'été , le pianiste reprit la direction de la Bretagne . Il était vieux maintenant . Son amie Erell habitait toujours du côté de Kerbonn en solitaire , car Yann Morvan , son mari , le copain d'enfance de Gurvan , l’avait quittée pour une femme plus jeune , engagée comme lui dans la cause bretonne . Mais elle , pensa-t-il en la retrouvant tout au bout de sa route , n'avait presque pas changé .

C'est ce qu'il nota dans son carnet de voyage , qu'elle regardait toujours la mer avec cette même tranquillité qu'il lui avait autrefois reprochée , sans comprendre qu’elle était peut-être celle d’une terre qui n’a plus rien à prouver . Lorsqu’ils se retrouvèrent , la camarétoise ne lui demanda pas où il était allé . Elle regarda seulement son visage avant de lui prendre ses mains .

- Tu joues encore ? , lui demanda-t-elle .

Il se mit à sourire , et le soir venu ,  marchèrent , comme au temps de leur jeunesse , jusqu'au bord des falaises . La mer était calme . Au-dessus d’eux , les premières étoiles clignotaient .

Gurvan songeait à Béatrice , à la prière , à toutes ces années durant lesquelles , tandis qu'il devait se plier aux contraintes du service ainsi qu'à la discipline collective comme ses autres frères franciscains , lui qui , jadis , avait voulu changer le monde , s'était , peu à peu , mis à comprendre qu’il fallait d’abord se changer soi-même , et que , de tout façon , maintenant , tout allait sans doute finir . 

Qu'il lui semblait loin , cet autrefois rayonnant de toutes choses , mais qu'il était proche aussi , comme la mer du rivage ! Car l'âme d'un peuple sera toujours plus forte qu'un phare à demi aveugle devant cette tempête formidable s'imaginant balayer les consciences !

" Dites-moi si le monde est gardé ? , demandait Glenmor ? ( 12 )

     Car tout , sans cesse , recommence , réfléchit-il , comme un écho de l'interminable musique des vagues venant mourir sur la rive au ballet merveilleux des nuages , l'espoir est une marée montante , et rien , jamais , quand le flux ramène le goût des jours heureux , ne pourra freiner son retour ...

Et pourtant , l'homme déchu ayant laissé au ciel son magnifique habit de Prince " orné d'or et de béryls , de calcédoines et de sardoines " , costume essentiel au-delà de l'éphémère , un ouragan de folie meurtrière s'apprêtait à embraser insidieusement toute la planète ! ( 13 )

C'était la vraie raison , d'ailleurs , pour laquelle il était revenu . On était au bord du gouffre . Mais qui osait vraiment  le dire ou s'en préoccuper ? Cette fois , sans que nul ne semble s'inquiéter d'une probable et soudaine escalade belliqueuse mettant en péril cette belle insouciance du mois d'août , sinistre préfiguration de l'épouvantable catastrophe , ça se passerait en silence au-dessus de la mer d'Iroise , au milieu de l'interminable chapelet des corps noircis comme ceux des Tas de Pois , par des rayons plus blancs que mille soleils ! Mais peut-on vraiment se libérer de son destin ? Tout homme ne doit-il pas se mettre en route un jour à sa rencontre ? 

C'est la question que se posait le chef d'orchestre décrivant dans la 7ème et 8ème parties de son poème symphonique l'ascension pénible du héros jusqu'au bout de l'échelle des Dieux , là-haut , vers ce jardin mystérieux dans la montagne où serait transfigurée son âme par la lumière d'un Soleil mourant qui " voit et entend toute chose " ... ( 14 )

Grandeur du Néant ? N'étant plus que l'ombre d'eux-mêmes pendant ce long calvaire , ils allaient finir par comprendre le sens du mot souffrance qui suffirait à faire éclore leurs âmes dans le sang de l'horreur , celui qu'ils boiraient aussi , ce calice plein d'amertume , avant de connaître celui de la Rédemption .

Dans le silence , Gurvan entendit intérieurement quelques notes de sa symphonie . Elles semblaient venir de très loin , peut-être de la mer , ou du ciel invisible de cette Bretagne qu’Erell avait toujours portée en elle sans le savoir . Il comprit alors que certaines terres ne se défendent pas seulement par le combat . Parfois , dans la nuit , deviennent-elles musique ?

Face au large , il serra très fort sa compagne dans ses bras . Pensant aux dernières notes de son oeuvre , il comprit qu'elles ne seraient pas les dernières , qu'elles seraient celles , plutôt , qui leur ouvriraient un chemin ! Levant les yeux vers le ciel immense , ils virent une étoile qui filait au-dessus de l'océan ...

 

 

 

 

FIN

 

                                                  _____

 

DAN AR WERN - L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - Epilogue - V - Dernières Notes - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " L'ETOILE DE LA REDEMPTION " , copyright 2026 .

                                        _____

Notes :

12 - Glenmor ( 1931 - 1996 ) , chanteur , écrivain breton : " Le Récit Bardique " , dans son album " Princes , Entendez Bien ! " (  Le Chant du Monde , 1973 ) - Tous droits réservés .

13 - Ezéchiel ( 28 , 13-14 ) .

14 - " La Pensée Chatoyante " ( La Mente Colorata , 2002 ) , III , 5 par Piero Citati ( 1930 - 2022 ) , écrivain , critique littéraire , historien de la littérature italien .

 

 

* " Secondes Harmonies Poétiques et Religieuses " ( 1830 ) , II , 16 - " Novissima Verba "

( Dernières Paroles ) ou Mon Âme est Triste jusqu'à la Mort , par Alphonse de Lamartine .

Lire la suite
Publicité

GENESE / MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXV et XXXVI ) - Teaser / Bio .

22 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

Dedalus

Dedalus

 

GENESE / MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXV et XXXVI )

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y eut une rupture , au commencement , dans les profondeurs de Dédalus , vaste cité minière où des créatures extrayant des entrailles de leur monde l’énergie nécessaire à leur survie , trouvèrent , sur une pierre semblant appartenir à une autre dimension , le nom de Virginia qui leur apparut comme une promesse , tandis qu’autour du mystérieux " Talisman de L’Étoile " se nouait un conflit dont les véritables enjeux dépassaient l'entendement . Le chasseur Enoch fut envoyé à la recherche de Ninti-Anath , héritière disparue de cet empire menacé d'Orion . Mais derrière sa mission , se dissimulaient d’autres ambitions , la Reine Noire , Arakné , convoitant le pouvoir d’une telle conscience , capable de franchir les limites de la matière . Les Titans du royaume s'enfuirent alors tous vers le nouvel Eden , Auberive , certains poursuivant leur voyage vers l'Atlantide . Des siècles plus tard , croyant avoir laissé ce passé derrière elle , une femme , Heidi Moser , ancienne espionne d’Allemagne de l’Est , se réfugiait en Bretagne sous le nom de Maëla Kermeur . Professeure de piano , elle y menait une existence discrète jusqu’à ce qu’une rencontre avec un homme fasse ressurgir d'anciennes ombres . Puis elle disparut . Lorsqu’elle se réveilla , elle se trouvait dans un château , sur une île inconnue d’Écosse . Les habitants du village semblaient eux-mêmes ignorer pourquoi ils étaient là . Aucun bateau . Aucun moyen de repartir . Et , dans sa chambre , un immense miroir dont la surface paraissait moins refléter le monde que le retenir . Elle apprit à se méfier des apparences . Mais que pouvait-elle faire lorsque le reflet se mettait à lui renvoyer quelque chose qu’elle ne connaissait pas ? Peut-être existe-t-il , derrière chaque miroir , une porte que l’homme n’a jamais cessé de chercher , pensait-elle . Peut-être aussi que le voyage d’Enoch n’était pas terminé ?

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - GENESE / MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXV et XXXVI  ) - IX - Teaser ( 4ème Couv.) - Bio . Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " GENESE / MIROIRS  " , copyright 2026 .

       

Lire la suite

L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - IV - La Sainte Maison .

19 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ETOILE DE LA REDEMPTION

Sainte Maison de Lorette

Sainte Maison de Lorette

L'ETOILE DE LA REDEMPTION

( Cycle de L'Etoile XXXVII )

 

 

 

"Ah , l'homme est un dieu quand il rêve ... " 

Hölderlin - " Hypérion " , I , 1 .

 

 

 

IV - La Sainte Maison

 

 

 

" Pose-moi comme un sceau sur ton coeur ,

  Comme un sceau sur ton bras ... "

Cantique des Cantiques - 8 , 6 .

 

 

 

 

12 - Il s'appelait Gurvan Kervern . C'était ainsi qu'il avait toujours été présenté , qu'il avait signé ses premières partitions , puis les affiches de ses concerts . Bien qu'il fût devenu très vite une évidence dont il n'avait jamais éprouvé le besoin de rechercher l'origine , ce nom n'était pourtant pas tout à fait le sien , mais il l'apprit tardivement , presque par hasard , lorsqu'un jour , une vieille photographie , retrouvée parmi les papiers de la famille d'Erell , fit surgir une vérité que personne encore ne lui avait révélée , comme un secret de famille entouré d'un profond silence !

Il comprit alors que sa vie devait être comme l'une de ces mélodies dont on ne retrouve jamais le thème initial , sauf quelques notes qu'on marmonne parfois dans l'espoir de retrouver la source , et peut-être aussi parce qu'Erell en représentait pour lui l'essence la plus ancienne et la plus vraie : la terre de son enfance , la lumière des paysages de l'Armor ! Et puis , il y avait eu Béatrice . Après leur rencontre dans l'église , quelque chose avait soudain changé en lui qu'il ne pouvait définir , sinon qu'il avait , en poursuivant ses études , perfectionné son jeu de piano avec une nouvelle et rare obstination , déchiffrant les oeuvres les plus difficiles de Bach , de Liszt et de Fauré comme s'il cherchait au-delà des sons , la parole qui lui était destinée . Demeurant au coeur de ses pensées , la jeune religieuse demeurait son inspiratrice , et pourtant , vint le jour crucial où elle lui annonça qu'ayant pris sa décision définitive de prendre le voile au Carmel , ils ne se reverraient plus . Pour Gurvan , ce fut un grand choc ! Il reçut cette nouvelle avec tristesse , même si elle ne lui parlait , dans sa lettre , ni de renoncement , ni de sacrifice , mais , pour elle , d'une évidence intérieure qui , à travers le silence , dans la prière et le travail , les rapprocherait . C'est alors qu'il finit par comprendre , au bout de quelques mois de détresse et de solitude , qu'il existait des rencontres qui ne sont pas destinées à durer . Certaines personnes passent près de votre vie comme une lumière traverse une pièce obscure , comme une mouette frôle , sur la vague , un rayon du crépuscule , et vous , l'exilé , pendant ce temps-là , vous recevez le faire-part du mariage d'Erell , qui a épousé un copain d'enfance resté au pays , combattant de la cause bretonne ! Alors , tout semble vous abandonner , l'espoir et les souvenirs !

13 - Les années passèrent . Le jeune pianiste devint un artiste reconnu , un virtuose du piano que tous les festivals réclamaient et s'arrachaient à tour de rôle ! Souvent , l'interprète comptait sur son savoir-faire pour masquer au mieux les angoisses nées de son errance et de ses nuits d'hôtel en solitaire , mais parfois aussi , malgré la fatigue et le stress , il lui arrivait de ressentir des vibrations de nature inconnue exaltant l'élan de son âme , la transperçant de toutes parts , la touchant de leur force indescriptible . 
Il comprenait qu'il était enfin libre , qu'il pourrait se promener à sa guise , aussi bien dans les contrées les plus lointaines de la galaxie , que dans les profondeurs les plus reculées de son indéchiffrable conscience . 
Il lui sembla même , une nuit , revivre ce poème illustrant l'oeuvre de Strauss :
" ...
Mon âme veut prendre son envol ... " ( 5 )
Alors , les méandres stagnants , qui avaient dessiné le fleuve sombre de sa vie tourmentée 
, commencèrent à s'élever sur la voie lumineuse montant jusqu'aux Portes du Ciel , mais la réalité , bientôt , le rattrapa , tandis qu'une voix lancinante lui répétait sans cesse :
"
Vous n'êtes pas à vous-mêmes , votre corps , c'est le Temple de l'Esprit . " ( 6 )
La symphonie de Gorecki , douloureuse évocation de la tristesse d'une mère pleurant la mort de son fils , lui revint en mémoire .

Ne l'avait-il pas jouée souvent , lorsque , voulant comprendre l’architecture secrète de la musique , cette manière mystérieuse dont des voix différentes peuvent devenir une seule pensée , il s'était tourné ensuite vers la direction d’orchestre , et que la critique avait salué en lui le talent de " ce génie d'inspiration mystique , transfigurant l'oeuvre d'une touche quasi-divine ?... "
Il revit alors la merveilleuse
Helena , soprano psalmodiant la prière émouvante du second mouvement :
"
Maman , ne pleure surtout pas ,
 
Vierge très pure , Reine du Ciel ,
 
Protège-moi toujours ... " ( 7 )

Devant lui , s'ouvrait un autre monde . Il apprit à écouter les silences bien plus que les sons , pressentant désormais que l'entrée d'un violoncelle , avant même qu'il ne joue , allait provoquer , dans le souffle des cuivres , la naissance d'un drame , et comprit enfin qu’un chef d’orchestre ne commande pas véritablement , mais qu'il rassemble , qu'il peut orienter ! C'est ainsi qu'il voyagea sur toute la planète , connaissant , après d'interminables répétitions , les plus grandes salles , qu'il y rencontra , dans les ovations d'un public attentionné , la célébrité mondiale !

Mais au fond de lui demeurait cette question lancinante : pourquoi ne parviendrait-il pas à trouver l'harmonie de sa propre partition , pourquoi ne jouerait-il pas la propre musique de sa vie ?

14 - Parfois , lorsqu’il se retrouvait seul après un concert , se demandant toujours ce qu'il pouvait bien faire là , navigant d'hôtel en hôtel après un rêve perdu , contemplant l'image des fleurs fanées sur les tentures verdâtres d'une chambre baignée de crépuscule où il avait le sentiment étrange que toute cette carrière n’avait été qu’une longue marche vers quelque chose qu’il ne distinguait pas encore , tout  lui semblait défraîchi , d'un autre âge , comme un vieux souvenir dont on cherche vainement la trace ou la raison lorsqu'enfui vers l'errance , l'on croit encore au pouvoir de la jeunesse et de ses illusions ... Puis , vint l'évènement qui , brusquement , changea son existence . Ayant , un jour , dirigé dans une vieille église , afin de fuir ces lieux tapageurs qui , selon lui , affichait un peu trop son nom , le maître , après les dernières mesures du " Veni Creator Spiritus " de la symphonie n°8 de Mahler , interprété ici en petit comité , imposa un profond silence , presque irréel , et qui dura plus d'une minute , car le passage ici-bas , pensait-il , n'était qu'un projet d'amour crucifié par un retour trop brutal au " Pays des Ombres " . C'est ainsi qu'il se tourna vers l'autel , immobile pendant quelques instants , les musiciens de sa troupe saluant l'auditoire , et ne se rendant pas compte de ce qui se passait vraiment . ( 8 )

Gurvan , alors , crut entendre une voix qui ne venait ni de l'orgue , ni de la nef , ni d'une présence visible , comme une parole intérieure , claire , impérieuse sans être menaçante . On aurait dit celle de Béatrice .

- Va à Lorette ! , lui commanda-t-elle . ( 9 )

15 - Il n'avait jamais cessé de penser à elle , et quelques jours plus tard , comme sa tournée devait providentiellement passer par là , le " maestro " se retrouva en Italie . Allait-il la revoir à Lorette , devant la Sainte Maison , petite demeure de pierre miraculeusement transportée , selon la tradition , jusqu'au coeur du sanctuaire , et qui lui apparut comme une énigme déposée au milieu du monde ? Malgré son absence , il éprouva , cependant , une émotion qu'il ne chercha pas à expliquer , pensant à toutes ces vies qui avaient semblé séparées de la sienne , mais qui , soudain , pour la première fois , lui paraissaient , d'une manière inexplicable , converger vers ce même point de rendez-vous . Le soir , il participa à une célébration musicale . On lui demanda d'interpréter le " Pie Jesu " de Fauré , ce qui lui sembla être un nouveau signe de la présence de sa  " Dame " . La musique montait doucement du piano dans la basilique , presque comme une prière qui aurait trouvé sa forme avant même que les mots n'en soient prononcés . ( 10 )

Lorsqu'il commença à jouer , le soliste eut l'impression de ne plus être seul devant son instrument  , mais elle était là , près de lui , tournant les pages comme s'il s'agissait du " Grand Livre " de sa vie qu'elle feuilletait près de la Madone , et dont elle voulait faire une symphonie ! 

 16 - Quand les dernières notes s’éteignirent , Gurvan eut une certitude .

Il ne voulait plus laisser au seul goût de ses semblables le don qu'il avait reçu depuis tant d'années , mais au contraire , aspirant à devenir moine et musicien , faire à la divine inspiratrice habitant ce Temple une " offrande musicale " , recommençant à composer , peu à peu , une nouvelle symphonie dont nul ne connaissait encore la véritable genèse , parce qu’elle semblait avoir commencé bien avant qu'il ne soit en réalité devenu chef d’orchestre pour conduire les hommes vers leur céleste demeure , mais comprenant désormais qu’il avait été conduit par eux chez lui , avant les autres , dans sa propre Maison ... ( 11 )

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                                  _____

 

DAN AR WERN - L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - IV - La Sainte Maison - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " L'ETOILE DE LA REDEMPTION " , copyright 2026 .

                                        _____

Notes :

5 - L' un des Quatre derniers Lieder ( Vier letzte Lieder ) de Richard Strauss

( 1948 ) , sur un poème de Hermann Hesse : " L'Heure du Sommeil " ( Beim Schlafengehen ) , aus " Gesammelte Dichtungen " , Verlag , 1952 . Alle Rechte Vorbehalten .
 

6 - Saint Paul , I - Co. , VI , 19 .
 

7 - Henrik Gorecki , Symphonie n° 3 , opus 36 ( 1976 ) , 2è mvt .

 

8 - L'hymne grégorien traditionnel " Veni Creator Spiritus " a été réorchestré de manière monumentale par le compositeur autrichien Gustav Mahler , qui l'a intégré comme la première partie entière de sa célèbre Symphonie n° 8 en mi bémol majeur, également surnommée la " Symphonie des Mille ".

9 - La Sainte Maison ( en italien : La Santa Casa ) , couramment nommée " La Sainte Maison de Lorette " , est , selon la tradition catholique , la maison de Nazareth où l'Annonciation fut faite à la Vierge Marie et où vécut Jésus , rapportée de Terre sainte en 1291 , et constituant le cœur de la basilique de Lorette .

10 - " Pie Jesu " , 4è partie de la " Messe de requiem en ré mineur " ( ou simplement Requiem ) op. 48 de Gabriel Fauré , composée de 1887 à 1901 .

11 - " Das Musikalische Opfer " ( L'Offrande Musicale , composée en 1747 , BWV

1079 ) , une des plus grandes oeuvres de Jean-Sébastien Bach .

 

 

Lire la suite

GENESE / MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXV et XXXVI ) - 8 - Table des Matières .

18 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

GENESE / MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXV et XXXVI ) - 8 - Table des Matières .

GENESE / MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXV et XXXVI )

                                          - VIII -

    Table des Matières

GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV )

I - Première Partie : Le Voyage d'Enoch

1 - Dedalus - 2 - La Princesse d'Havila - 3 - Secessio ( Dissidence ) - 4 - L'Oeuf de Cristal - 5 - Une Etrange Traversée - 6 - Un Curieux Voyage .

II - Seconde Partie : Invasion

7 - Arakné - 8 - Métamorphoses - 9 - Transmutations - 10 - Le Serment d'Arka . 

III - EPILOGUE

11 - L'Ange de Lumière .

IV - Postface : Le Destin d'Enoch

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

V -  Préface / Dédicace 

1 - Reflets

VI -

2 - Rügen - 3 - Le Rayon Vert - 4 - La Salle des Veilleurs - 5 - Mission d'Herena . 

       

VII - Epilogue

6 - La Fin d'un Rêve

VIII - Table des Matières

 

DAN AR WERN - GENESE / MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXV et XXXVI ) - 8 - Table des Matières - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved . " GENESE / MIROIRS  " , copyright 2026 . 

Lire la suite
Publicité

GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - 4 - Postface - Le Destin d'Enoch .

15 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - 4 - Postface - Le Destin d'Enoch .

GENESE

 ( Suite de " Le Livre de Virginia " ) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 - Postface 

 

 

 

 

Le Destin d'Enoch

 

 

" Tu étais le sceau de la perfection ... Tu étais dans l'Eden , le jardin de Dieu ... "

Ezechiel , 28 , 12/13 .

 

 

 

 

1 - Il existe des histoires qui , si elles semblent appartenir à des univers très différents , comme les éclats d'un miroir ou les fragments d'un même rêve , se répondent . La Genèse raconte le commencement d'un monde encore proche du divin , puis la rupture et l'exil à cause d'un dévoiement de la Connaissance . Le Livre d'Enoch évoque à son tour des êtres venus du ciel , des puissances qui dépassent l'homme et cette étrange frontière où notre planète cesse d'être le seul milieu possible . Dans la mémoire des hommes , L'Atlantide ajoutera l'image d'une civilisation disparue à cette histoire , engloutie avec ses espérances . La jeunesse d'Enoch a pour cadre les profondeurs de Dédalus , capitale où vivent des travailleurs méthaniers qui , tels des mineurs , descendent dans les entrailles de leur Terre pour en extraire l'énergie faisant vivre leur civilisation . C'est là qu'ils découvrent une pierre mystérieuse venue de l'espace , portant le signe d'une certaine Virginia , princesse d'Auberive , qui , par cette marque laissée dans la matière , les appelle depuis l'Oeil de Dieu , son Paradis . Bien sûr , cette découverte va bouleverser l'ordre établi , car il existe , au-delà des créatures de Dédalus , une puissance maléfique désireuse de s'approprier le trésor qui y est enfoui : Arakné , la Reine Noire , qui cherche à étendre sa conscience arachnoïde à tout l'univers !

Comme celle-ci parvient à s'unir avec l'empereur , Uruk , et qu'une nouvelle conscience commence à se propager , les anciens dignitaires du régime , les Titans , préfèrent prendre la fuite . Mais tandis que la vague d'Auberive parvient à engloutir ces exilés d'Orion , ceux-ci , malheureusement , brisent la pureté du " Talisman de l'Étoile " qui est caché , au centre de l'Eden , sous l'Arbre de Vie .

C'est alors que certaines âmes , protégées autrefois par une partie de la matrice inviolée , chutent dans la matière . Virginia , qui avait cru connaître l'Amour d'Enoch  , chasseur d'Orion , sous la forme mystérieuse d'une Licorne , maintenant , cherche à retrouver son Père et finit par s'envoler vers Lui sous la forme d'un Cygne . Au même instant , le Grand-Prêtre Prométhée-Horiosis  , gardien du Feu sacré , gagne l'Atlantide avec la mission d'y cacher son précieux trésor !

2 - Enoch , homme-reptile au visage terreux , neveu du Grand-Prêtre Oris Arkor , chef de la flotte impériale et conseiller de l'empereur Uruk , arrivait donc ici avec l'ordre officiel de sauver Ninti-Anath , dont il était tombé amoureux , l'héritière du trône enlevée par les ravisseurs de ce monde souterrain , cruel , où chacun s'efforçait de survivre face aux autres . Mais cette expédition n'avait-elle pas , d'abord , la couleur du mensonge , l'empereur souhaitant éloigner son officier parce qu'il convoitait l'épouse de celui-ci ? Quant à sa fille , n'avait-elle pas suivi volontairement les rebelles ?

3 - Pour se défendre , les Anges d'Auberive plongent le " Chasseur " dans un liquide amniotique auprès de celle qu'il aime , et celui-ci croit vivre une rencontre impossible alors qu'il ne sait pas que son corps gît ailleurs , presque inanimé , dans une gigantesque cité-lumière composée de dix habitacles . Tout autour de lui , agissent des formes presque invisibles , des ombres floues , des présences qui semblent procéder à une régression de la matière et de la conscience. Les créatures sont ainsi façonnées par télépathie à partir d'argile rouge et de concrétions terrestres , genres de golems liquides appelés à renaître dans une autre dimension . La " Table d'Émeraude " devient le lieu de cette transmutation . Le voyage d'Enoch peut alors commencer véritablement lorsqu'il apparaît réincarné , d'abord , sous la forme de Tanka .

4 - Avec sa mère Anna , qui a pris la place de Ninti , le transfuge apparaît aux confins de Sumer et d'Akkad , là où les souvenirs du passé se mêlent aux légendes venues de l'infini . Géant parmi les hommes , Néphilim ayant traversé plusieurs siècles , l'ancien astronaute rêve , avant de s'endormir après le travail de la forge , aux histoires que sa mère lui raconte sur leurs origines atlantes . Mais le mage Horiosis , voleur du feu divin , le retrouve et l'emporte à bord d'une soucoupe fluidique jusqu'au sommet du gigantesque phare qui domine son pays fabuleux !

Cependant , quelque chose a changé . Une femme se présente , Diana , dont le visage lui semble être d'abord celui que l'on cherche toute sa vie , mais qui finit par introduire en lui plutôt le doute , au lieu d'apporter la reconnaissance , lui réclamant avec insistance un mystérieux code qu'elle croit en sa possession , puis , prononçant une phrase qui transforme l'étrange rencontre en menace :

" Les Atlantes vont tous nous tuer ! "

C'est alors qu'une autre hypothèse apparaît . Le " Talisman de l'Étoile " pourrait être convoité pour être uni à la " Pierre de Baal " , instrument diabolique destiné à poursuivre la conquête de tous les confins de l'univers , plaçant ainsi Enoch se trouve au centre d'un conflit dont il ne comprend pas encore les véritables enjeux .

5 - C'est ici que " Le Livre de Virginia " rejoint " La Demeure Enchantée " , puis une autre histoire de ce livre , apparemment plus proche de nous : " Miroirs " , trente-sixième récit du " Cycle de L'Étoile " . En effet , depuis toujours , l'homme regarde son image sans savoir exactement ce qu'il contemple .

Un reflet de lui-même , certes , mais aussi une présence qui semble venir de l'autre côté , cet au-delà de la " Porte " soumis à d'autres lois , lieu où les souvenirs et les consciences peuvent enfin se répondre .

 

 

                                                          ___

 

 

DAN AR WERN - GENESE - 4 - Postface - Le Destin d'Enoch - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " GENESE " , copyright 2026 .  

 

 

( Cycle de L'Etoile XXXV )

                                                          ___


 

Lire la suite

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - 5 - Préface - I - Reflets .

14 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - 5 - Préface - I - Reflets .

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

 ( Suite de " ADAGIO ASSAI " ) 

 

 

" La vie n'est-elle qu'un fantôme errant , pareille à un pauvre joueur qui se pavane et s'agite une heure sur la scène ? "  
" Macbeth " ( 1623 ) , pièce de William Shakespeare ( acte 5 , scène 5 ) . 

 

 

 

 

 

 

 

5 - Préface / Dédicace 

 

 

 

 

Reflets

 

 

 

pour Maurice Ravel

 

 

 

Il existe des vies dont on ne connaît jamais le véritable visage . Heidi Moser  , citoyenne d'Allemagne de l'Est , avait dû en afficher plusieurs . Comme elle avait appris à reconnaître la présence possible d'une intention cachée derrière un geste banal et , se méfiant des déguisements , changer de nom comme on change de vêtement . N'avait-elle pas servi un État qui prétendait connaître l'avenir , avant de découvrir que les États , eux aussi , finissent par disparaître dans les brumes de l'Histoire ? Elle avait alors choisi l'intemporelle Bretagne . Mais ce choix n'était pas tout à fait un hasard . Car il y avait dans cette terre de landes , de granit et d'océan , dans ce pays qui semblait avoir , sous les apparences du présent , conservé une part de son propre secret , quelque chose qui lui convenait mieux : les traces d'une mémoire plus ancienne que des frontières de circonstance . 

Et , sous le nom de Maëla Kermeur , elle était devenue professeure de piano , donnant ses cours de musique à quelques élèves , menant une existence discrète et paraissant avoir définitivement tourné la page de son passé .

Mais ceux qui ont vécu longtemps dans le secret , savent bien qu'on ne tourne jamais véritablement une page . On apprend seulement à ne plus la lire de la même façon . 

C'est ainsi qu'une annonce , passée presque inaperçue , devait changer le cours de son existence . Un homme réfugié à Lorient , lui aussi ancien espion , semblait chercher , en quelques mots seulement , d'une banalité presque parfaite , une professeure de piano .

Pourtant Heidi y avait reconnu autre chose : peut-être un signal , peut-être un souvenir , peut-être simplement cette intuition qui ne l'avait jamais abandonnée ? Elle avait répondu .

De cette rencontre hasardeuse était né un amour silencieux , fait de notes de musique , de méfiance et de souvenirs que ni l'un ni l'autre , semblait-il , ne pouvait entièrement confier . Car ils avaient compris qu'ils appartenaient à une génération dont les blessures ne figuraient dans aucun dossier officiel . Puis Heidi avait disparu . La Bretagne était restée derrière elle avec sa maison , son piano , et l'homme qu'elle aimait . Stupéfaite , elle s'était réveillée ailleurs , loin de chez elle , sur une île perdue au large de l'Écosse , dans un château médiéval dominant un village où les habitants paraissaient vivre normalement tout en ignorant comment ils étaient arrivés là . Aucun bateau , ni autre moyen de repartir . Et surtout , pas d'explication . Pour une ancienne espionne , cette situation plus inquiétante qu'une menace , était par trop périlleuse . Elle avait toujours pensé que derrière chaque mystère , en effet , se cachait une volonté humaine , une organisation secrète , une manipulation quelconque , un piège . 

Mais , le plus étrange n'était peut-être pas l'île . C'était un " miroir " immense , ancien , silencieux , qui semblait l'attendre dans sa chambre , surface ne reflétant qu'en apparence la réalité se trouvant devant elle . Quand elle posa la main sur la glace , elle ne franchit pas encore une nouvelle frontière , car une question demeurait plus importante que toutes les autres , dans le monde où elle allait pénétrer : si le reflet qu'elle croyait être le sien n'appartenait , en fait , qu'à un autre observateur , depuis l'autre côté ?

 

 

DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - 5 - Préface / Dédicace : Reflets - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

 

Lire la suite

L'Etoile de la Rédemption ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - III - L'Alliance .

12 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ETOILE DE LA REDEMPTION

La Demoiselle du Saint-Graal ( 1874 ) - Dante Gabriel Rossetti .

La Demoiselle du Saint-Graal ( 1874 ) - Dante Gabriel Rossetti .

L'ETOILE DE LA REDEMPTION

( Cycle de L'Etoile XXXVII )

 

 

 

"Ah , l'homme est un dieu quand il rêve ... " 

Hölderlin - " Hypérion " , I , 1 .

 

 

 

III - L'Alliance

 

 

" Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé "

  Évangile selon Saint-Jean ( XIII , 34 ) 

 

 

 

7 - À Paris , Gurvan avait commencé une nouvelle existence . Reçu au Conservatoire , il consacrait ses journées à la musique . Les heures d'effort se succédaient , avec une exigence incontournable , devant le piano , de longues séances d'exercice où il reprenait inlassablement un même passage jusqu'à ce que les doigts cessent enfin de lutter contre la pensée . Ceci afin de perfectionner gammes et technique , tout en découvrant surtout que la virtuosité n'était rien si elle ne parvenait pas à donner une âme aux études de Chopin , de Bach ou de Beethoven . Son professeur lui répétait qu'un bon soliste ne devait pas seulement jouer les notes , mais apprendre à écouter les silences qui vivaient entre elles . Cette phrase l'avait marqué , car il avait toujours eu le sentiment qu'il y avait une réalité invisible entre les choses , qu'il ne savait nommer , mais que la musique était , sans aucun doute , le seul langage , selon lui , capable d'abolir les distances . Par un bel après-midi d'automne , après plusieurs heures passées au travail , il décida de rentrer à pied . C'est qu'il aimait parcourir Paris de cette façon , sans itinéraire précis , mais en laissant les rues décider de sa route . Il passa ainsi devant une église aux portes entrouvertes d'où s'échappait une céleste mélodie . Il avait reconnu , dès les premières mesures , le fameux " Requiem " de Fauré . Il aurait pu poursuivre son chemin , car il connaissait déjà cette œuvre , l'ayant étudiée auparavant , mais quelque chose le retint , qu'il sentit lié peut-être aux sonorités de l'orgue dont la musique ne représentait plus ici un simple exercice de virtuosité esthétique , mais retrouvait sa destination première , celle d'accompagner l'homme dans son cheminement vers la mort . Comme si , en ce moment même , il repensait aux longues balades sur la lande , avec Erell ... ( 1 )

Quasi hypnotisé , il entra . La nef était presque vide . Quelques personnes en noir s'étaient rassemblées autour du défunt . Les obsèques venaient de s'achever au milieu d'une lumière grise descendue des vitraux , mêlée à la fumée des cierges . Caché derrière un pilier du fond de l'église , il se mit à écouter l'oeuvre avec plus d'attention , songeant maintenant qu'elle s'adressait plus à ceux qui restent , cherchant un sens à l'absence d'un être cher , et qui pleuraient encore , comme lui , lorsque tout semble terminé .

8 - C'est alors qu'il l'aperçut , priant sous son voile , agenouillée près du cercueil en bois de chêne .  Il ne distingua d'abord qu'une silhouette au regard baissé , les mains jointes , la flamme d'une bougie éclairant son visage par intermittence . Il ne sut jamais pourquoi il leva les yeux vers elle à cet instant précis , mais lorsqu'elle se redressa légèrement , leurs regards se croisèrent . Le musicien reçut alors un choc . Ce ne fut pas une simple impression de beauté , ni même une attirance comparable à celles qu'il avait déjà éprouvées . Non . C'était autre chose , une reconnaissance . Il eut la sensation absurde d'avoir déjà rencontré cette femme, alors qu'il savait avec certitude ne l'avoir jamais vue . Elle ne semblait pourtant pas surprise . Elle le regarda quelques secondes , puis , reprenant sa méditation , détourna doucement les yeux de celui qui , resté longtemps sous la voûte , immobile , était fasciné par ce spectacle étrange , aux accents merveilleux , d'une âme lui parlant depuis un autre monde ! Quelques instants plus tard , la religieuse s'éclipsa , saluée par une paroissienne .

- Au revoir , sœur Béatrice ...

9 - Pendant des mois , lorsque Paris lui devenait trop lourd , l'étudiant revint souvent s'asseoir au fond de cette chapelle où il avait vu , un soir d'octobre , dans la pénombre , la beauté d'un visage paisible et grave , qui lui rappelait , de manière inexplicable , près de celle qu'il avait connue ailleurs  , la chaleur d'un foyer disparu . Dans l'espoir de l'apercevoir encore , il écoutait les sermons , les paroles sur l'amour , la fraternité , le pardon . Certaines , d'ailleurs , le touchaient profondément , d'autres lui inspiraient davantage de questions que de réponses , car il avait parfois l'impression que l'Église parlait d'une liberté dont elle-même semblait craindre les conséquences . Pourtant , l'apprenti-pianiste se disait que , même s'il avait eu la chance , un jour , de la revoir , car elle n'était pas souvent là , il serait inconvenant de lui adresser , malgré tout , la parole . N'avait-elle pas choisi une autre voie , prononcé des vœux , donné sa vie à Dieu ? Quel droit aurait-il eu de troubler cette existence de ses propres sentiments ? C'est ainsi que , succédant aux semaines , passèrent les semaines pour celui qui assistait à la messe en associant son souvenir à celui des funérailles de l'an passé . Elle avait disparu . Mais un dimanche de printemps , le prêtre prononçant un sermon qui le bouleversa , évoqua le Christ comme celui qui ne s'était pas contenté de proclamer l'amour , mais qui avait accepté d'en porter le poids , parlant de tous ceux qui se tenaient au bord des chemins , les malades , les pauvres , les abandonnés , tous ceux que la société abandonnait sans les voir . 

Aimer , prêchait-il , c'est répondre à un appel ! Alors , lorsqu'il se leva , Gurvan eut la surprise de trouver soeur Béatrice près de la porte . Une vieille femme venait de laisser tomber son sac . Elle s'était précipitée pour l'aider , plaisantant avec elle , ramassant les objets éparpillés sur les dalles , faisant éclater son petit rire léger , qui contrastait avec la gravité de l'homélie . Quant à lui , témoin de la scène , il se mit , avec une certaine timidité , à lui venir en aide . A nouveau , leurs regards se croisèrent .

- Vous priez souvent ici , n'est-ce pas ? , lui lança -t-elle avec un sourire .

La simplicité de la question le désarma tellement qu'il accepta d'assister , à sa demande , au prochain cours biblique devant approfondir l'évangile . Ce fut leur première échange .

Et comme elle paraissait assez intéressée par ce qu'il faisait de sa vie , il lui parla de ce qu’il avait éprouvé en écoutant Liszt , de sa Bretagne et de son désir de découvrir le vaste monde .

- Vous cherchez une partition qui soit encore plus grande ? , lui demanda-t-elle .

Gurvan la regarda.

- Peut-être ...

10 - Le texte étudié ce soir-là était celui de l’envoi des disciples . Jésus ne leur promettait ni repos , ni sécurité . Il les envoyait sur les routes , vers les malades , les pauvres , ceux qui souffraient, ceux que personne ne regardait .

" Voulez-vous partir , vous aussi ? " ( 2 )

Ce mot resta longtemps dans son esprit . Songeant à Erell , à cette Bretagne qu’il avait quittée pour ses études musicales , pour la première fois , l'exilé se demanda si partir signifiait nécessairement aller toujours plus loin . Peut-être existait-il , après tout , des départs qui étaient une fidélité ? Après la réunion , Gurvan échangea quelques mots avec Béatrice . La conversation fut brève . Mais quelque chose avait changé . Il attendait , à présent , de la revoir . Il décida plutôt de lui écrire . Ses lettres furent d’abord , puis de moins en moins , prudentes . Car s'il y parlait de son amour pour la musique , apaisant ses nombreux doutes , comme de cette impression étrange d’être partagé entre plusieurs obsessions  , la Bretagne , sans parvenir à expliquer ce qu’elle représentait pour lui , resurgissait à la surface  . Et, peu à peu , il finissait même par avouer à sa correspondante son trouble devant elle . Un soir , il lui écrivit la question qui résumait toutes les autres :

Que dois-je faire ?

11 - Béatrice , peu après , lui proposa de discuter ailleurs que dans la paroisse . Un soir , au Palais-Royal , elle arriva sans son habit religieux , simplement vêtue , presque incognito , d'un jean . Ils marchèrent longtemps sous les arcades . La capitale était déjà plongée dans la nuit . Les passants se raréfiaient . Dans le jardin , les arbres noirs se découpaient contre le ciel . Alors , finissant par lui dire ce qu’il n’avait jamais osé , jusqu'ici , s'avouer à lui-même , il lui déclara son amitié sincère , et même davantage , pendant qu'elle l’écoutait sans l’interrompre , ne paraissant ni surprise , ni offensée .

- Je m'en doutais , répondit-elle simplement . Vous m’avez demandé ce que vous deviez faire , je crois que vous connaissez déjà la réponse ...

Ils s'assirent autour de la fontaine .

- Pourquoi voudriez-vous que votre vie soit plus petite que votre musique ? On ne devient pas un virtuose en un jour ...

Elle lui dit , parlant des plus faibles , des oubliés , de ceux qui vivent à la marge du monde , qu’ils ne devraient jamais renoncer à leur héritage , mais que ce qu’ils avaient reçu de Dieu pouvait devenir un don fait à d’autres .

- Le véritable amour , précisa-t-elle encore , ne signifie pas qu'on veuille garder pour soi celui qu’on aime . Il consiste à l’aider à devenir pleinement lui-même .

Au coeur d'un carré fleuri , il crut deviner , dans l'ombre , une rose blanche .

Il pensa , en allant la cueillir pour elle , aux chevaliers des anciens récits , ces hommes qui , recevant de leur " Dame " le signe du départ , s’en allaient ensuite sur les routes , non pour eux-mêmes , mais pour accomplir une œuvre dont ils ne connaissaient pas encore le terme . Il n’avait , pourtant , jamais considéré Béatrice comme une figure de légende . Elle lui prit alors les mains , les serrant fortement dans les siennes . Ce fut un geste simple , presque inattendu , mais Gurvan y sentit toute la tendresse qu’elle n’avait pas voulu enfermer dans ses tendres paroles .

Bien sûr , elle ne lui promettait rien , mais , avant de relâcher sa pression , fermement , lui glissa , en guise de merci , un anneau d'or , une alliance entre les doigts :

- Maintenant , tu peux faire partie de notre association !

Gurvan resta là , immobile , quelques secondes , contemplant  , stupéfait , la petite croix gravée de ces deux mots : Via Crucis . ( 3 )

Il marcha ensuite des heures dans la nuit , le long de la Seine , n'arrêtant pas de penser à celle qui , peut-être comme la Vierge , avait implicitement accepté de devenir sa " Dame " ... 

 

 

( A Suivre )

 

                                                  _____

 

DAN AR WERN - L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - III - L'Alliance - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " L'ETOILE DE LA REDEMPTION " , copyright 2026 .

                                        _____

Notes :

1 - " Requiem " ( 1887 / 1901 ) de Gabriel Fauré pour deux solistes ( baryton et soprano ) , chœur mixte , orchestre et orgue . 

 

2 - Evangile selon Saint-Jean ,VI , 67 .

3 - Via Crucis ( Chemin de Croix , 1878 / 79 ) , œuvre de Franz Liszt pour clavier ( orgue ou piano ) et voix ( solistes et chœurs ) .

4 - Alors que la cour d'Occitanie divinisait la femme sur Terre , la Quête du Graal déplace cette quête de perfection vers le Royaume céleste . La Dame n'est plus le but ultime du chevalier , mais elle reste , comme la soeur de Perceval , celle sans qui le mystère ne peut être révélé : elle est l'initiatrice , la gardienne et parfois le miroir de l'âme du héros .

 

Lire la suite

L'Etoile de la Rédemption ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - II - La Mémoire et le Désir .

10 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ETOILE DE LA REDEMPTION

La Fille et L'Océan

La Fille et L'Océan

 

L'ETOILE DE LA REDEMPTION

( Cycle de L'Etoile XXXVII )

 

 

 

"Ah , l'homme est un dieu quand il rêve ... " 

Hölderlin - " Hypérion " , I , 1 .

 

 

 

II - La Mémoire et le Désir

 

 

" Je me souviens des soirs là-bas ,

  Mon âme au creux de ta blessure ...

  C'est fini , la mer ,

  C'est fini ... "

  Léo Ferré - " La Mémoire et la Mer " *

 

 

 

4 - Gurvan avait toujours été un Breton tourmenté . Il portait en lui cette contradiction qui avait marqué tant de ses proches : l'attachement presque charnel à une terre dont il ne pouvait se détacher et , dans le même temps , le désir de franchir ses limites , de voir ce qui existait au-delà des mers , de connaître les hommes et les pays dont les noms , autrefois , n'étaient pour lui que des légendes . Comme son grand-père du temps jadis , vieux bourlingueur , il appartenait à cette race d'hommes dont les racines , qui les nourrissent autant qu'elles les retiennent , jamais , ne seront un refuge . Il y avait en lui quelque chose de l’océan qui bordait sa maison : la même impatience , la même profondeur obscure , le même besoin de s’élancer au-delà de l’horizon tout en demeurant secrètement attaché à la rive .

Il pouvait passer des heures , depuis sa fenêtre , à regarder la mer , non comme on contemple un paysage , mais comme si elle lui adressait une question à laquelle , jamais , il n'avait su répondre ! Erell , son amie d'enfance , l’avait compris bien avant lui . Il ressemblait à cette mer . C’était peut-être pour cela qu’elle avait été attirée par ce jeune homme avec une force qu’elle ne s’expliquait pas . En lui , elle retrouvait quelque chose d’elle-même : cette Bretagne qu’elle portait sans même avoir besoin de la nommer , cette puissance contenue , cette mélancolie qui n’était jamais tout à fait de la tristesse . Lorsqu’elle le regardait avec amour , elle avait parfois l’impression de se contempler dans un miroir mouvant , comme si l’immensité , en bas de chez elle , avait pris un visage humain ! Ce week-end là , tous deux marchant , comme souvent , sur la lande , il lui annonça , pendant leur promenade favorite , qu'il devrait , sans doute , poursuivre , à Paris ,  le cours de ses études . Le soir descendait à ce moment-là lentement sur les terres , l'air du large leur apportant cette odeur d'algues et de sel qui semblait leur appartenir autant qu'au paysage .

- Paris ... , reprit-elle avec douceur , songeuse .

Il voulut lui expliquer que ce ne serait pas pour toujours , qu'il reviendrait souvent le week-end , et que ses études musicales ne pourraient , après le conservatoire de Brest où il avait achevé son premier cycle , effacer le lieu d'où il venait . 

Mais Erell regardait vers le lointain ... 

- Je ne comprends pas , finit-elle par dire .

- Quoi ?

- Que tu puisses partir ...

5 - Il se souvint alors de toutes ces années qu’il avait consacrées , plein d'enthousiasme , à la musique bretonne , avec cette ferveur particulière de ceux qui cherchent dans leur héritage une réponse à la question de leur identité , où il avait étudié les anciens chants , les modes , les danses , les instruments traditionnels , chaque mélodie conservant quelque chose de la terre où il était né . Mais peu à peu , son regard s’était élargi . Parmi ses enseignants , monsieur Le Bihan fut celui qui comprit le mieux ce qui se jouait derrière son travail . Surtout lorsqu'il se mit à découvrir Debussy , puis Ravel et qu'il lui fallut discipliner la fougue de son élève qui jouait avec passion , parfois avec violence , comme s’il voulait arracher au clavier ce qu’il portait en lui . Le professeur , alors , qui avait observé chez lui cette curieuse alliance entre l’attachement à une musique profondément enracinée et le désir de franchir toutes les frontières , lui répétait qu’il ne suffisait pas de posséder la force : il fallait savoir la conduire . Un jour , après l’avoir écouté jouer Liszt , il lui dit simplement :

- Vous avez besoin de la capitale .

Gurvan lui répondit par un sourire , croyant à une formule destinée à l’encourager .

- Pour apprendre davantage ?

- Non ,  pour savoir autrement ...

6 - L'étudiant n'avait pas véritablement choisi de s'en aller . Son travail , sans qu'il eût véritablement le sentiment d'avoir décidé quoi que ce soit , l'y avait conduit comme tant d'autres . Le conservatoire de Brest lui avait certainement donné des bases solides , mais il lui fallait maintenant se confronter à des maîtres pour s'approprier leurs techniques d'interprétations , leurs sensibilités qu’il ne rencontrerait pas ici . Le Bihan lui avait parlé de l’enseignement parisien , des salles de concerts , de cette vie musicale où les traditions européennes ,  continuellement , se croisaient . Ce fut lui qui , appuyant sa candidature , intervint personnellement auprès de quelques collègues , rédigeant une recommandation dans laquelle il ne vantait pas seulement les qualités de son élève , mais parlait de sa curiosité , de sa capacité de travail , de cette volonté qui lui faisait chercher derrière chaque œuvre ce qu’elle pouvait révéler de l’homme . Quelques semaines plus tard , l'affaire était réglée . 

Il éprouva d’abord une grande joie , puis il lui fallut dénicher à la hâte un appartement , s'occuper des transports , des horaires , des obligations de chaque jour auxquelles on finit par donner le nom de vie .

Et , peu à peu , la Bretagne s'était éloignée . Elle n'était pourtant jamais devenue un souvenir . Il lui suffisait de fermer les yeux pour retrouver la lumière de la mer , la violence du vent sur les falaises , cette immensité devant laquelle il avait marché avec Erell jusqu'au phare . Là-bas , le monde semblait encore posséder une profondeur que la ville avait oubliée . Elle n'avait pas compris , d'ailleurs , qu'on puisse vivre autrement , lui écrivant , un jour , presque avec étonnement , qu'elle ne pourrait jamais demeurer longtemps loin de son pays , lui parlant de la Bretagne comme d'un royaume dont on pouvait s'éloigner quelques jours , quelques semaines peut-être , mais auquel il fallait toujours revenir . Gurvan avait souri . Il avait voulu lui expliquer que l'on ne choisissait pas toujours l'endroit où l'on vivait . Mais il savait , au fond , qu'elle ne parlait pas de géographie . Pour son amie , la terre où l'on était né n'était pas un territoire . Elle était une appartenance . Quelque chose qui vous habitait aussi sûrement que le sang , la mémoire ou le désir ... 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                                  _____

 

DAN AR WERN - L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - II - La Mémoire et le Désir - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " L'ETOILE DE LA REDEMPTION " , copyright 2026 .

                                        _____

 

* " La Mémoire et la Mer " ( 1970 ) de Léo Ferré , sur son album " Amour , Anarchie " - copyright 1970 Léo Ferré / Barclay - Tous droits réservés . 

Lire la suite
Publicité

L'Etoile de la Rédemption ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - I - Le Phare .

8 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ETOILE DE LA REDEMPTION

Pointe du Toulinguet ( Erwan Le Roux )

Pointe du Toulinguet ( Erwan Le Roux )

 

L'ETOILE DE LA REDEMPTION

( Cycle de L'Etoile XXXVII )

 

 

 

"Ah , l'homme est un dieu quand il rêve ... " 

Hölderlin - " Hypérion " , I , 1 .

 

 

 

I - Le Phare

 

" Nous ne savons rien ,

mais la mer peu à peu ronge le sol sous nos pieds ... "

Virginia Woolf - " Au Phare " ( To the Lighthouse , 1927 ) , I , La Fenêtre .  

 

 

1 - Il aimait la voir ainsi , avec sa veste sombre et son écharpe rouge qui se dénouait par moments derrière elle , avançant sans hâte sur le sentier , les cheveux soulevés par le vent d'ouest , chargé d'une odeur de sel et d'algues , poussant devant eux de grands nuages blancs courant sur le ciel comme des troupeaux effrayés . Lorsqu'elle s'arrêtait , lui s'arrêtait aussi , sans qu'ils aient besoin de se parler . Ce soir-là , ils avaient marché longtemps le long de la falaise . En contrebas , la mer , se brisant inlassablement en gerbes d'écume contre les rochers , comme si quelque chose , dans son mouvement infini , cherchait obstinément , avec une régularité presque humaine , à grignoter la terre , progressait encore avant de reculer . Devant eux , l'océan s'étendait jusqu'à l'horizon . Rien ne semblait pouvoir l'arrêter . Sur la gauche , des murailles vertigineuses de pierre se succédaient jusqu'à la pointe , alors qu'à droite , la côte s'éloignait dans une brume évanescente . La lumière changeait à chaque instant , faisant apparaître puis disparaître des pans entiers du paysage . Ils arrivèrent au bord d'un promontoire . Dans sa jeunesse , il avait longtemps cru que les peuples pouvaient être sauvés , que la Bretagne allait , le jour venu , redevenir comme ce sémaphore éclairant , devant eux , le monde en retrouvant sa liberté perdue . Il ne s'agissait pas nécessairement d'indépendance politique au sens strict , mais d'une lutte beaucoup plus vaste contre ce qu'il ressentait comme une uniformisation de la pensée : mêmes villes , mêmes lotissements , mêmes supermarchés d'un spectacle chaotique où des navires marchands numérotés , des pétroliers géants d'une création grégaire et sans couleur , arrivaient ici en nombre pour déverser leur funeste cargaison de mort ! Solitaire au bout de la pointe , il se dressait au-dessus de l'océan , comme une tour bâtie pour répondre à l'immensité . Autour de lui , il n'y avait presque rien que de la rocaille et de l'herbe rase couchée par le vent du large . Gurvan s'arrêta . Il avait toujours aimé les phares . Ceux-ci lui donnaient une impression qu'il n'aurait su définir . Ce n'était pas seulement la beauté verticale de leur isolement , ni même la lumière qu'ils envoyaient chaque nuit sur la mer . C'était cette obstination de l'homme à se dresser toujours devant ce qui le dépassait , l'infini ! 

2 - Il pensait à son père . L'image lui revint avec une précision douloureuse d'un homme assis dans son fauteuil roulant , ses jambes couvertes d'un plaid , immobile devant la fenêtre , considérant les hortensias et les roses du jardin sans jamais paraître les voir . L'enfant qu'il était , lui , ne réalisait pas bien . Même si on lui avait raconté que son père avait été soldat en Algérie , pendant longtemps , les mots qu'on avait employés - l'Empire , la France , le maintien de l'ordre et le devoir d'un soldat face aux rebelles - tout ça , il ne le comprenait pas davantage . Son père avait peut-être cru défendre quelque chose , et c'était sans doute cela qui troublait maintenant son fils . Il n'avait jamais douté du courage de cet homme . Il s'était engagé parce qu'on lui avait dit qu'il devait partir . Il avait porté l'uniforme d'une patrie à laquelle il croyait appartenir et avait défendu , de l'autre côté de la Méditerranée , un idéal qu'il croyait juste . Puis il était revenu à moitié vivant , le corps brisé , condamné à regarder les années s'écouler depuis une chaise roulante . Et Gurvan se demandait aujourd'hui ce qui demeurait d'une cause lorsque celui qui l'avait servie n'en possédait plus même l'usage de ses jambes . La France avait perdu son Empire . L'Algérie était devenue indépendante . Mais la douleur , elle , était restée .

Il regarda le phare . Une rafale passa sur la pointe .

- À quoi penses-tu ? , lui demanda la femme .

Il hésita .

- À mon père .

Elle ne répondit rien , se contentant de faire la moue . Il savait qu'elle connaissait cette histoire , du moins ce qu'il avait bien voulu lui en dire . Car , il parlait rarement de son père . Entre eux , il y avait toujours eu cette guerre silencieuse : Gurvan lui reprochait sans doute d'avoir cru , tandis qu'il lui reprochait de ne jamais avoir compris . Mais que pouvait bien comprendre un enfant ? Qu'un homme , parti au nom d'une idée , revienne détruit par elle ?

3 - Il avait voulu être différent . Lui aussi s'était engagé , mais pas pour la même cause . Il avait combattu , ou cru se battre , contre l'effacement d'une terre et d'une mémoire .

Erell posa une main sur une pierre de l'édifice .

- Tu te souviens ?

Le jeune homme regarda autour de lui .

- De quoi ?

Elle lui sourit .

- De notre première promenade .

Il s'en rappelait . C'était ici , ou à peu près , qu'en la serrant contre le mur , il avait tenté un timide baiser sur sa joue . Ils n'avaient que vingt ans . Lui croyait encore que les hommes pouvaient reconstruire le monde . Il imaginait surtout qu'il fallait le refaire avant qu'il ne soit trop tard . C'est pourquoi , il avait beaucoup parlé , inconsidérément sans doute , pour essayer de vaincre sa timidité , de la Bretagne , de son histoire , de sa langue , de ce qu'on lui avait pris , mais qu'il fallait absolument reconquérir . Il observa Erell qui s'était avancée jusqu'au bord du sentier , des bourrasques plaquant sa robe contre son corps de sirène , et le vent soulevant ses cheveux .

Mais elle ne semblait pas lutter contre lui , préférant céder , tout simplement , comme les herbes de la falaise , ou comme ces mouettes qui , avant de reprendre leur vol , se laissaient porter un instant par lui . Gurvan la dévisagea avec une attention soudaine . Elle faisait , depuis toujours , des choses simples , préparant , chaque matin , le café en ouvrant la fenêtre sur le jardin . Elle connaissait le nom des oiseaux qu'elle entendait avant de les apercevoir . Elle pouvait s'arrêter devant une fleur poussée à la lumière d'un mur , entre deux pierres , la regarder longtemps , puis lui sourire comme à une enfant croisée dans un chemin . Parfois , lui avait-il reproché cette manière de vivre , ou plutôt , l'avait-il , naguère , enviée ? À cette époque de leur rencontre , il participait à toutes les manifestations , martelant les slogans , participant aux réunions , présidant les assemblées , les débats interminables dans des cafés enfumés . Comme un bon élève , il avait appris les noms de ceux qui avaient résisté avant lui et de ceux qui , selon la rumeur , avaient trahi . Il parlait de la langue bretonne comme d'une blessure personnelle , de la terre comme d'une promesse à tenir , évoquant la mer comme le lieu de vie d'un peuple sans frontière . Et même , lorsqu'il l'avait rencontrée , il avait cru qu'elle partagerait avec lui cette rage , tellement elle paraissait l'écouter , docile , sans jamais pourtant lui répondre en regardant , amusée , la danse des vagues , pendant que lui prenait son silence pour de l'approbation . Maintenant , craignait-il de s'être trompé ?

 

 

( A Suivre )

 

                                                  _____

 

DAN AR WERN - L'ETOILE DE LA REDEMPTION ( Cycle de L'Etoile XXXVII ) - I - Le Phare - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " L'ETOILE DE LA REDEMPTION " , copyright 2026 .

                                        _____

 

Lire la suite

MIRACLE - III - La Pierre du Ciel .

7 Septembre 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIRACLE

Menhir de Lehan ( Lechiagat )

Menhir de Lehan ( Lechiagat )

 

MIRACLE

 

 

 

" Et plus les racines de notre être plongent profondément dans les couches insondables de ce qui réside en dehors et au-dessous des limites physiques de notre moi , mais qui pourtant le détermine et l'alimente , plus chargée de sens est notre vie , et plus se trouve accrue la dignité de l'âme captive en notre corps . "

Thomas Mann - " Joseph und seine Brüder " ( Joseph et ses Frères ) - I - " Die Geschichten Jaakobs " ( Les Histoires De Jacob , 1926 / 1930 ) .

 

 

 

III - La Pierre du Ciel

 

" Il y a dans la Pierre un Signe énigmatique ,
 
 Gravé dans le profond de Son Sang flamboyant ... 
  Es ist dem Stein ein rätselhaftes Zeichen ,
  Tief eingegraben in Sein glühend Blut
... "

 

Novalis - " Heinrich Von Ofterdingen " - L'Escarboucle / der Karfunkel

 

9 - Le lundi matin , Josselin se réveilla plus tard qu’il ne l’aurait voulu . Avant même d’ouvrir les yeux , tant il lui semblait entendre au loin une cloche , puis le murmure d’une foule qui s’éloignait dans la brume , il eut la sensation très nette , pendant quelques secondes fugitives , de se trouver encore au milieu de la procession , parmi les cierges , les bannières et les silhouettes immobiles du Pardon . Lorsque enfin il se réveilla , la chambre était plus ou moins silencieuse , en dépit d'un léger clapotis d'eau provenant de la salle-de-bain voisine où Claire prenait sa douche . À travers les rideaux de la chambre , la ouate grise d'un matin breton dansait par larges bandes sur le parquet de chêne ciré . Il resta étendu un moment , sans bouger , cherchant seulement à remettre de l’ordre dans ses souvenirs . Peu après , lui et sa femme descendirent prendre le petit déjeuner . La salle de restaurant de l’hôtellerie était presque pleine . Les conversations se croisaient au-dessus des tables , mêlées au bruit des couverts et des tasses . Des couples âgés racontaient leur voyage , une famille préparait son départ , tandis qu’un groupe de randonneurs consultait une carte étalée près de la fenêtre . Il se mit à observer chaque visage . Quelqu’un , se dit-il , allait forcément parler de la fantastique journée d'hier . Après tout , la veille , Poull-Sterenn avait tout entier paru appartenir à cette fête . Il s’attendait donc à en entendre une fois de plus l'évocation , comme de la bouche du vieux libraire dont la boutique l’avait tellement intrigué . Mais rien . Personne ne disait mot . Déçu , il se pencha discrètement vers son épouse .

- Tu trouves pas ça bizarre ?

Elle leva les yeux de son café .

- Quoi donc ?

- Le Pardon ?

Surprise , elle ne lui adressa , en guise de réponse , qu'un léger sourire étonné . Son mari la regarda sans comprendre , à l'instant même où le patron de l’hôtel passait entre les tables pour saluer quelques clients . Josselin l’appela .

- Excusez-moi . Vous savez si la librairie du village est ouverte aujourd’hui ?

L’homme réfléchit .

- Quelle librairie ?

- Celle près de la place . Une petite échoppe , assez ancienne . Avec des livres sur la Bretagne ... Le propriétaire est un vieux monsieur .

Le patron le regarda quelques secondes . Puis son air changea .

- Vous devez vous tromper .

- Non . J’y suis allé hier .

L'aubergiste posa une main sur le dossier d’une chaise .

- Monsieur , la librairie a fermé il y a longtemps .

- Fermé ?

- Oui . Le libraire est mort .

Josselin sentit quelque chose se contracter en lui .

- Quand ?

- Ça doit faire ... une dizaine d'années , maintenant . Peut-être davantage .

Il fut alors tellement surpris , comme s'il était soudain tombé des nues , que le brouhaha de la salle sembla pour lui s'estomper . Voyant son trouble , l'hôtelier précisa :

- La boutique est vide depuis si longtemps . Je croyais même qu'on devait la vendre !

Josselin se tourna ensuite vers Claire qui se contenta de hausser les épaules .

- Tu as dû le prendre pour quelqu’un d’autre !

Il ne voulut pas insister , se souvenant encore de la pièce sombre , de l'odeur de vieux papier , de la voix du vieil homme et de cette façon qu'il avait eue de le regarder , comme s'il le connaissait depuis longtemps ... Mais quelque chose d'autre , plus troublant encore , venait de surgir dans sa mémoire : Le lac ...

10 - Viens ! , dit-il à sa femme . On a encore une heure avant de partir ! 

Dehors , le ciel était bas et blanc . La pluie de la nuit avait , sur les rues , laissé une mince pellicule d'eau réfléchissant les toitures . Le village était presque désert , gagné par un profond silence qui s'accentua encore plus quand ils s'éloignèrent des dernières maisons , traversant le petit bois par le même sentier que la veille . On n'entendait pas même le tintement lointain d'une cloche , et ce qui avait le plus changé , comme nulle brise n'agitait les arbres , c'était cette impression de torpeur et de désolation qui plongeait le paysage dans une accablante tristesse accroissant le malaise des promeneurs .

Claire s'arrêta .

- C'est ici !

Au milieu des brouillards matinaux , la surface de l'étang prenait la couleur du plomb . Sur sa rive , se dressait le menhir , ou plutôt ce qu'il en restait après sa chute , masse de pierre immense , inclinée vers l'onde , comme si elle avait été précipitée du ciel et n'avait jamais complètement cessé de chuter . La légende , transmise au fil des siècles par les anciens , qui l'appelaient la " Pierre du Ciel " , racontait d'ailleurs qu'il était tombé des étoiles  , mais aussi qu'il suffisait de poser la main dessus pour être guéri de la mort . Josselin , qui avait d'abord souri en entendant cette histoire , frissonna en posant la main sur la pierre , car il sentit sous ses doigts la chaleur sourde d'une pulsation , comme un battement de coeur !

- Qu'est-ce qu'il y a ? , lui demanda sa compagne .

- Rien , voyons !

Mais il mentait , car il venait de voir , l'espace d'une seconde , une lueur blanche courir sous la pierre , une lumière d'étoile !

11 - Certes , la tombe avait disparue , mais , pendant quelques instants , le soleil avait traversé les nuages . Quand ils roulèrent sur l'autoroute , un rayon frappa la vitre de la voiture , illuminant le conducteur , pas d'un éclat métallique , mais d'une lumière qui semblait venir de très loin . C'était le sourire d'Esther , il en était sûr ! Alors , Josselin comprit pourquoi le vieux libraire lui avait parlé du pardon !

 

 

 

FIN

 

                                                  _____

 

DAN AR WERN - MIRACLE - III - La Pierre du Ciel - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " MIRACLE " , copyright 2026 .

                                        _____

 

 

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>