LA VIE EST BELLE !
Epilogue
XI - Deux Eclairs dans la Nuit !
Personal website inspired by literature , spiritual researches and celtic countries
Breizh-Terminal
VII - Le Miroir des Origines
III - Traversée
" La traversée jusqu'à cette terre fabuleuse
Où s'anéantissent nos plus belles espérances ,
Où nos frêles esquifs s'abîment dans les ténèbres ,
Voyage qui exige avant tout courage , probité ,
Patience dans l'épreuve ... "
Virginia Woolf - " Vers le Phare " , I , 1 . *
30 - La mer , ce soir-là , autour de l’île Tristan , demeurait lisse , n’ayant cependant plus la même respiration , presque irréelle , comme si , suspendue , elle avait cessé , dans un silence trop vaste pour être naturel , d’appartenir au monde connu . Même les quelques goélands qui restaient en l'air s’étaient tus , dessinant dans le ciel des cercles vides , des trajectoires interrompues . Le vaisseau apparut sans vague , sans remous , presque sans déplacement perceptible .
Il était arrivé là , simplement , masse aux contours fluides , parcourue de veines lumineuses d’un bleu sombre , comme si une énergie intérieure y circulait . Sa surface , qui ne réfléchissait rien , paraissait absorber le paysage autour d’elle . Le Guern , gardien du phare , fut le premier à percevoir cette petite lueur depuis la salle des lanternes , croyant à un quelconque reflet lumineux sur l’horizon . Mais la lumière persistante , immobile tout d’abord , ne clignotait pas , ne vacillait pas , grandissant peu à peu , et semblant franchir l'épaisseur du réel , depuis une autre dimension . Lorsqu’il toucha la rive , aucun choc ne se produisit . La matière du rivage sembla l’accueillir , se déformant légèrement , comme une mémoire qui reconnaîtrait ce qu’elle n’avait pourtant jamais vu . Alors , l’île fut parcourue d'un souffle et les derniers habitants de la zone , qui n’étaient plus très nombreux , regroupés depuis des jours dans une attente sans nom , sortirent lentement de leurs demeures . Quelques dizaines tout au plus . Des visages marqués , creusés par les nouvelles inquiétantes venues de l'est . Paris , la capitale , détruite , selon le communiqué laconique de la radio , qui avait d'abord parlé d’effondrement de l'armée , avant d'évoquer ensuite cette nuit qui avait brusquement avalé , une à une , les lumières de la ville ainsi que toute la richesse de sa prestigieuse architecture ! Aucun détail précis , pourtant , seulement des fragments de voix , des témoignages incohérents , des transmissions interrompues . Tout convergeait . Maintenant , d'après une rumeur insistante d'attaque imminente sur la Bretagne , ce serait , bientôt , le tour de l’île Longue , évidemment , base nucléaire stratégique devenue cible !
31 - Une ouverture s'était dessinée dans la coque , non pas comme une porte , mais comme une absence progressive de matière . Une forme humaine en avait émérgé .
Lorsqu’elle posa le pied sur le sol de l’île , le silence se fit plus dense encore . Elle avançait lentement , vêtue d’une tenue aux reflets irisés , pareille à la surface du vaisseau . Ses traits semblaient à la fois jeunes et anciens , comme s’ils avaient traversé plusieurs âges sans jamais s’y fixer . L'îlien qui devait l'accueillir sentit alors quelque chose se fissurer en lui . Ce n’était pas une émotion ordinaire .
Ni admiration , ni désir au sens commun . C’était une reconnaissance brutale , presque douloureuse , comme si une partie de lui-même , oubliée depuis toujours , venait soudain d’être réveillée . Il tenta de détourner le regard . Mais c'était impossible !
Izold s’arrêta un instant , balayant l’assemblée de ses yeux clairs . Lorsqu’elle croisa ceux de Yowan , le temps sembla se contracter une seconde , peut-être moins , mais elle contenait une densité insoutenable . Puis elle reprit sa marche , entourée de ses lieutenants , dont la taille dépassait la normale , et dont la physionomie différait étrangement de celle des terriens de l'endroit .
- Vous devez embarquer ! , dit-elle avec autorité .
Sa voix ne portait pas , et pourtant chacun l’entendit distinctement , comme si elle s’adressait à lui seul . Personne , d'ailleurs , n'aurait osé lui poser de questions . Docilement , ils avancèrent , un à un , vers l’ouverture du vaisseau . Alors , complètement résignés , mais avec une lenteur propre à ces instants de doute et d'angoisse où la conscience n’a pas encore bien décidé si elle doit croire ou fuir , ils montèrent tous à bord . La commandante et son équipage , à l’intérieur , les rassembla dans une vaste salle circulaire où une lumière bleutée , organique , émanant des parois qui respiraient comme une peau vivante , enveloppait les corps , calmant les esprits . Le sol y était lisse , presque liquide . Au centre , une légère dépression formait une sorte de bassin sec , dans lequel se reflétait une lumière mouvante , comme une mer miniature en perpétuelle transforma- tion . Les réfugiés s’y regroupèrent avec résignation .
Lorsqu’elle entra dans la salle , un frisson parcourut l’assemblée , puis le silence devint total .
- Vous avez quitté un monde qui s’effondre ! , leur déclara-t-elle avec une certaine solennité , dressant le tableau desespéré des derniers évènements .
Certains baissèrent les yeux . D’autres fermèrent les paupières , comme pour contenir une douleur devenue trop vaste . Un murmure parcourut le groupe . Non pas de protestation, mais d’acceptation difficile . Quand elle leva légèrement la main , la surface du bassin central s’anima . Des formes émergèrent , d’abord indistinctes , puis progressivement reconnaissables , dessinant une cité qui s’élevait au-dessus des flots , mais aussi en dessous , comme si elle avait existé sur plusieurs plans simultanément .
- La ville d’Ys doit renaître aux derniers temps ! , s'écria l'officière tournant lentement sur elle-même , son regard croisant celui de chacun , tandis qu'un souffle collectif traversait la salle , bouleversée par ce nom chargé de légendes et d’ombres , qui semblait résonner en eux avec quelque chose de plus profond qu'ils n'arrivaient pas à définir . ( XI )
Le voyage se fit sans mouvement , en apparence . Le bâtiment glissait hors du visible à une vitesse inimaginable , puis s’immergea dans des profondeurs que nul regard humain n’aurait pu soutenir . Là , au cœur d’un océan devenu opaque , apparut une structure immense , un astronef dissimulé parmi les ruines d’une Atlantide oubliée !
Pourtant, les passagers ne se rendirent compte de rien , laissant leur esprit transformer le réel sans aucune rupture dans leur nouvel habitat s’intégrant à l’ensemble , silencieusement , comme une cellule retrouvant son organisme .
Seul Yowan perçut une dissonance , une fissure , avec , au centre de cette faille : Izold !
( A Suivre )
___
DAN AR WERN - Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - III - Traversée - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Breizh-Terminal " , copyright 2025 .
___
Notes :
XI - Une légende dit que quand Paris sera engloutie , ressurgira la ville d'Ys : Pa vo beuzet Paris , ec'h adsavo Ker-Is ( Par-Is signifiant en breton " pareille à Ys " ).
* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .
Seconde Partie
Résurgence
X - Le Retour de Merlin
" Sache que je viens d'une autre sphère et que je protège à leur insu ceux qui ont une tâche à accomplir . "
Al-Khidr , " L'Homme Vert " du soufisme coranique *
26 - Lorsque le récit s’interrompit , la lumière avait changé . Le jour , étirant les ombres autour de la maison , déclinait lentement . Jean Lavigne observa son fils un instant , comme s’il évaluait ce qui , en lui , pouvait basculer . L’essentiel n’avait pas encore été dit . Désormais , Julian ne pourrait plus repartir , comme il était venu , ignorant que Clara n'avait pas été qu'une simple résistante . Elle dirigeait un réseau dont la véritable fonction , méconnue du public , échappait aux classifications ordinaires . Leur tâche n’était pas stratégique au sens classique : ils veillaient sur un héritage , quelque chose que les légendes locales racontaient sous des formes plus symboliques dans les livres d'enfants : Viviane et la prison mystérieuse de Merlin L'Enchanteur , enfouie dans la forêt ...
Le bijoutier n’insista pas sur le caractère mythique de ces récits , les présentant comme des traductions imparfaites d’une réalité plus profonde , celle du " Grand Œuvre " préfigurant le chemin de développement de l'âme humaine au sein des mondes de matière , œuvre alchimique inséparable de la propre transmutation de l'être . La lutte étant aussi philosophique , les " nazis " , comprit-il par la suite , avaient entrevu une part de cette vérité , mais en l’interprétant de manière radicalement erronée . Dans certains cercles ésotériques du régime , on cherchait à s’approprier ce pouvoir supposé . Le diamant - c'est ainsi qu'ils avaient nommé le " Cristal de Vie " - était perçu comme un instrument capable de produire un homme affranchi du temps , une forme de surhumanité . Ils poursuivaient une illusion ! Le lieu , qu’ils représentaient comme une prison , n’en était pas une au sens strict , mais un espace de transformation , clôture apparente permettant en réalité un passage , une régénération , cellule qui libère peu à peu l'esprit d'un moine par la parole du Père , lui redonnant vie pour l'éternité ! ( 14 )
27 - Tante Janig avait fini par dénoncer Clara . Son geste ne relevait pas seulement d’une stratégie ou d’un calcul , mais portait en lui une tension plus intime , jalousie ancienne , mêlée à un désir de réparation pour sa protégée de soeur , Mona , elle-même engagée dans une relation qu’elle ne maîtrisait plus , car ayant été , d’une certaine manière , trahie par son fiancé , Yann Le Guern , celui que Julian avait appelé son père , et qui n’était donc pas étranger à tout ça . Celui-ci aurait certainement préféré , afin de ne ne pas rentrer dans les détails de cette trouble histoire sentimentale , évoquer seulement son implication progressive et sa proximité avec le groupe , rendue possible par son métier , par son attirance pour les pierres , la matière subtile , et ce qui , parfois , trompe les apparences . À mesure que le récit progressait , Julian cessa d'en chercher la cohérence rationnelle , mais percevant autre chose , une continuité souterraine , un fil qui , sans passer par l’explication , reliait les éléments , lui fit considérer peu à peu sa propre naissance comme un point de convergence essentiel ! Etonné , il remarqua que son père l’abordait avec une prudence extrême , ne parlant ni de miracle , ni de circonstances particulières liées à une quelconque passion , mais laissant entendre qu'elle ne relevait pas entièrement de l’ordre habituel des choses .
28 - Lorsque Jean se tut , la lumière avait basculé . La forêt , derrière les vitres , n’était plus qu’une présence compacte , presque vivante . Le silence qui s’installa n’était pas vide . Il semblait au contraire chargé d’une densité nouvelle . Julian se leva et s’approcha de la fenêtre .
Quelque chose , au-dehors , l’appelait . Non pas un bruit , ni une image , mais la sensation d'une reconnaissance , comme si une part de lui-même appartenait déjà à ce lieu , indépendamment de toute mémoire consciente . Clara ! Le nom s’imposait sans effort . Mais il ne désignait plus seulement , pour lui , la femme du passé . Il devenait une présence , une continuité . Viviane , peut-être ? Ou tout ce que ce nom tentait de recouvrir , une ange gardienne ? Il sentit que ce qui lui avait été transmis n’était pas qu'une histoire familiale . Une origine lointaine , peut-être , incompréhensible sur Terre ? Il réalisa qu'une part de lui relevait de la lignée humaine , avec ses fractures , ses choix , ses trahisons . Mais qu'une autre semblait liée à ce qu'abritait la forêt , non comme un secret , mais comme une force en attente . La vie légendaire de Merlin lui revint alors , dépouillée de son habit de conte , enfermée , mais vivante , retenue , mais active , à l'intérieur d'une prison qui n’en était pas une , mais un seuil de transformation ! Tout convergeait !