LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - VII - Rolf Darnheim .
Thomas Kretschmann ( acteur ) dans le film " Eichmann " ( 2007 ) de Robert Young , avec Franka Potente , Troy Garity .
Le Veilleur De Brocéliande
( Cycle de L'Etoile XXXIV )
VII - Rolf Darnheim
" On connaît la chute de cet homme ,
Mais sait-on combien il a lutté ?
William Styron - "Un Lit de Ténèbres " , VI .
14 - Roll en fait n'avait pas disparu , mais fut recueilli , amnésique , sur le champ de bataille dévasté du Bois des Chevaliers , par un brancardier allemand qui avait remarqué un soldat respirant encore parmi les nombreux corps gisant , les tas de cadavres mêlés de boue et de sang . Gravement blessé à la tête , hagard , complètement incapable de dire son nom , le blessé portait , sur sa jambe , une tache de naissance , un naevus en forme en forme de rune gothique ou de croix rouge , qui attira bientôt l'attention d'un certain responsable de l'état-major : c’était un signe rare , connu seulement de certains officiers de la " Kriegsmarine " , évoqué dans d’anciennes fiches ethnographiques bretonnes qu'on étudiait à Berlin , la capitale du Reich . ( 33 )
Rescapé , il fut donc sauvé de la mort , soigné , puis , guéri de ses blessures , fut enfermé , prisonnier d'un cloître en Autriche , l'abbaye bénédictine de Lambach où , sous les ordres de son mentor , il put s'initier à des recherches scientifiques tout en réussissant à maîtriser la langue de Goethe , avant d'être rééduqué dans un centre spécial dissimulé derrière les vagues d'arbre d'une forêt de la frontière autrichienne où il avait été recueilli par le même maître , Joseph Lanz , le vieux " burg " de Werfenstein , qui mirait fièrement ses tours crénelées dans les eaux sombres d'un fleuve endormi .
On le rebaptisa , pour commencer , Rolf Darnheim , avant qu'il ne prenne ensuite son nom de guerre , Irmin Von Lebenfels , au château de Wevelsburg ! Il parla vite allemand , montrant un instinct stratégique rare . Ayant tout oublié , il devint un instrument docile , une marionnette entre les mains d’idéologues voyant en lui un " type celte supérieur " . On lui apprit la haine , on lui vola son passé ! ( 34 )
Pendant les années 30 , il monta en grade . À la tête d’un cercle ésotérique nazi , il explora les vieilles terres du mythe en Germanie : les forêts , les mégalithes , les temples oubliés .
Puis , quand vint le temps de l’Occupation , le maréchal SS , qui avait d'abord sévi , sous le surnom d'empereur sauvage dans les steppes du front des soviets , fut envoyé en Bretagne , autour de Paimpont , pour y mener , officiellement , des recherches sur les forces " telluriques ", cette énergie fantastique pouvant amplifier la force et les réflexes , réagissant même aux émotions , qu'on appelait le " Vril " ou le " Soleil des Armanes " , d'abord source latente avant de se répandre à la surface en fluide omniprésent , gemme aux propriétés incommensurables , permettant , pour l'hôte spirituellement entraîné à le manipuler à un degré dépendant d'une constitution physique extraordinaires , de maîtriser , grâce à l'entraînement progressif de sa puissance mentale , une force qui , alliée à celle de la foudre ou d'une quelconque autre décharge électrique très forte , favoriserait sa " mutation " , pouvant lui permettre de contrôler , détruire ou changer , si nécessaire , les êtres qui s'opposeraient à sa volonté de dominer ce monde cruel auquel il était confronté . Cependant , l'initié avait-il conscience qu'il s'agissait aussi d'une promesse incertaine d'avenir où l'humanité pourrait trouver , soit sa rédemption , soit son anéantissement ? Mais officieusement , le nouvel Arminius revenu du front de l'Est où , digne successeur des Huns , l'empereur sauvage avait laissé sa triste et sanglante marque , fut également chargé par le " Reichsführer " Himmler de mettre la main sur l'objet sacré devant offrir une grande force spirituelle à " ses " nouveaux Chevaliers de la Table Ronde ! ( 35 )
15 - Cependant , Brocéliande murmurait , les pierres se souvenaient . Léna , jeune pianiste fille d’un ancien fusilier marin devenu veilleur des landes , guettait dans l’ombre rôdant autour du Tombeau des Géants . Le 10 février 1944 , à l'issue d'un récital au milieu de la salle de bal du château de Solidor , elle planta un glaive , en fait le " long estoc à deux mains " du chevalier Huon de Koadkaden , le Sire de Brocéliande , son ancêtre , dans le corps du général SS Von Lebenfels , alias Roll Dagorn dont elle ignorait encore la véritable identité , et qui se demanda pourquoi cette fille qu'il aimait tant lui avait soudain transpercé le coeur ! ( 36 )
Avait-elle entendu certaines choses qu'on se disait sous le manteau , tout bas , l'histoire incroyable d'un officier allemand qui parlait comme un homme d'ici , et qui était marqué d’un naevus étoilé , comme ce grand-oncle que son père avait longtemps pleuré ? Pouvait-il s'agir d'un traître breton revenu au pays ? Quand Léna , un jour , alla voir la vieille pythonisse de la clairière des druides , celle-ci ne nia pas qu'elle ne comprenait pas tout . Par moments , des éclats de mémoire , comme des blessures soudaines , la faisait trembler ! Mais il était trop tard . La bretonne , ayant vu les ravages qu’il avait semés dans toute l'Europe et le sort de sa mère , les tombes profanées , les résistants torturés , le poignarda pendant que , soudain , ce coup terrible lui fit retrouver , lui aussi , un peu de sa jeunesse ,dans un murmure , lorsqu'il ne prononça qu'un seul mot , son nom de naissance , avant de sombrer dans le coma : " Roll ... " !
( A Suivre )
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Notes :
33 - Kriegsmarine ( marine de guerre ) , nom de la marine de guerre allemande entre 1935 et 1945 , sous le Troisième Reich .
34 - Adolf-Joseph Lanz,von Liebenfels ( 1874 - 1954 , moine cistercien de l'abbaye d'Heiligenkreuz ( Basse-Autriche ) théoricien du Nazisme et , selon lui , maître à penser d'Hitler ayant quitté les ordres pour devenir , au château de Werfenstein , en Autriche , théoricien et fondateur de la revue racialiste " Ostara " . ( Lebenfels = Pierre de Vie )
- Wewelsburg , château " Renaissance " de Westphalie , dans le nord-est de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie , en Allemagne , connu pour avoir été l'école formatrice et le quartier général de la SS à partir de 1934 sous la direction de Heinrich Himmler ( 1900 - 1945 ) , l'un des plus hauts dignitaires du Troisième Reich ( Reichsführer-SS ) , fondateur en 1935 de l' "Ahnenerbe " , institut de recherche nazi , dont le siège était à Wevelsburg , chargé d'étudier le patrimoine de la race Indo-européenne nordique et de prouver la superiorité raciale des Aryens .
35 - LE SOLEIL DES ARMANES ( Cycle de L'Etoile XXXI ) , 9 - La Tour Foudroyée - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - Jan. 2025 - Tous droits réservés .
- LA NUIT DE CEZEMBRE ( Cycle de L'Etoile V ) , II , 1 , V - L'Empereur Sauvage - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - tous droits réservés .
36 - Le Passeur Des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - III - La Croisade - 11 - Messire de Brocéliande - Histoire de Riou de Lohéac , 2 - Hermine .
- LA NUIT DE CEZEMBRE ( Cycle de L'Etoile V ) , II , 2 , VI - Assomption - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - VI - Les Ombres du Concerto .
Le Veilleur de Brocéliande
( Cycle de L'Etoile XXXIV )
VI - Les Ombres du Concerto
" Hélas ! Si jeune encore ,
Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur ? "
Jean Racine - Esther , I , 5 .
11 - Malheureusement , l’histoire entre Léna et Montfort , si fragile encore , fut brisée net , en juin 1940 , par l’écroulement de la France et les bombes . La guerre balaya les salons feutrés comme un vent mauvais renversant les chandeliers . La musicienne , inquiète pour les siens , quitta vite Paris dans un dernier train de réfugiés , retrouvant à Rennes son vieux professeur de père qui l'accueillit à bras ouverts , feignant la sérénité , mais dont on devinait déjà , dans le regard , que le monde allait bientôt sombrer . Quant à sa mère , qui avait renoncé à ses rêves d’opéra lorsque son chef d’orchestre avait disparu sans lui dire adieu , elle s’embrasa soudain d’une autre passion : la liberté .
Elle entra en Résistance avec un petit groupe d’institutrices , d’anciens francs-maçons et de jeunes catholiques fervents , n’en parlant pas à sa fille , sans doute par pudeur , ou peut-être parce qu’elle pressentait qu'elle allait choisir un autre chemin .
Celle-ci , en effet , resta en surface , essayant de se produire sur scène , à Nantes d’abord , puis à Saint-Malo , à Vichy même , invitée dans des soirées où de hauts gradés allemands la saluait d'une voix mielleuse , croisant autour de quelques diplomates italiens , des collaborateurs cyniques . Certains murmuraient qu’elle s'était vendue, d’autres qu’elle avait été forcée . Mais elle , qu’en pensait-elle vraiment ?
Ce fut à l’hôtel du Château , un soir de janvier 1942 , qu’elle le rencontra : le SS Karl Friedrich Von Braun , en uniforme noir , ganté de cuir , parlant un français parfait . C'était un homme raffiné , amateur de Wagner et de poésie symboliste , mais derrière ce masque courtois , la jeune pianiste avait deviné l’ombre d'un savoir trop vaste , d'un oeil trop perçant .
N'appartenait-il pas à la lignée des Dürrenbach , ces banquiers germano-baltes dont lui avait parlé Pierre-Yves , qui finançaient , disait-il , depuis des décennies des sociétés ésotériques , des ordres occultes ? Le plus étrange était qu'Il parlait de Brocéliande avec une familiarité si troublante , connaissant même la réputation de Yann Kervern et sa quête du Graal . Et pis encore : il avait osé , la fixant avec l'effronterie d'un séducteur , caresser le bijou bleu pendant à son cou , la Pierre de Wivre !
En plus , comme il dirigeait lui-même , il tenta de lui enseigner " l'essence de l'art pianistique " , l'amenant peu à peu à la maîtrise du mécanisme et de la technique musicale tout en lui transmettant l'expression du rêve et de la fantaisie romantique d'Heidelberg où il était né . ( 29 )
Alors , vaincue par cette approche , elle décida de rester , se mettant à jouer pour lui quelques " Lieder " de Clara Schumann , à écouter ses confidences , puis à observer ses manières , devenant une espionne sans se l’avouer , ni même sans s’en douter pleinement , le flattant même , séductrice pour survivre , mais au fond , cherchant un secret , quelque chose d’enfoui derrière les plis des discours officiels , dans les bibliothèques interdites du manoir Dürrenbach à Nuremberg , ou dans les phrases codées de son nouveau Parsifal qui lui parlait parfois d’une " lignée cachée ", d’un " sang royal " à préserver , d’un " chant des origines " qui pourrait ouvrir les Portes de l’Arche ! Elle n’osait demander davantage . Mais son pendentif vibrait parfois en sa présence , comme s’il reconnaissait une énergie ancienne , obscure . ( 30 )
Était-elle tombée amoureuse ? Non . Du moins, pas comme autrefois avec Pierre-Yves . C’était autre chose . Une emprise . Un pacte tacite . Elle vendait son image , sa musique , son silence , contre des fragments de vérité , lorsqu'un jour , au hasard d'une fête de famille , elle rencontra Joseph , celui qu'elle nommait en secret son chevalier au Cygne , le propre frère du " Hauptsturmführer " ...
Pendant ce temps , Grida , membre du réseau " Typhon " , tomberait dans les filets de la Gestapo , s'éteignant un soir de neige à Auschwitz quelques mois plus tard , psalmodiant une dernière mélodie bretonne en se tournant vers l’étoile polaire ... ( 31 )
12 - Printemps 1945 . Yann Kervern , vieilli , claudicant , mais toujours lucide , veillait au retour de la paix , lui qui avait longtemps combattu dans l’ombre , comme sa femme , transmis des messages codés derrière les chemins creux , caché des armes sous les dalles des vieilles églises , lui qui avait vu sa fille trahir ... À Paimpont , les Allemands prenaient fuite , la Bretagne se relevait lentement .
Mais un jour , un résistant lui remit un dossier volé dans un coffre du manoir vidé à la hâte par les nazis . Parmi les papiers , des croquis , des notes de recherche , et un carnet noir à la reliure de cuir . Sur la première page , un nom griffonné à l’encre brune : Rolf Darnheim . Le reste était en allemand , mais la dernière page contenait une photo : celle d'un jeune homme au regard perdu , le même visage que celui de Roll Dagorn , tel qu'il pouvait se souvenir de lui avant la guerre .
Le choc fut tellement grand qu’il en tomba à genoux !
Tout s’éclairait enfin dans un éclair glaçant : Roll n’était pas mort dans l'Argonne . Il était devenu , de manière inexplicable , un ennemi ! Ce soir-là , il questionne Léna dans sa cellule de la prison de Rennes , celle-ci baissant les yeux devant lui , murmurant qu'elle avait su , tout compris à la dernière seconde , mais qu'elle n’avait rien dit , préférant agir ! La jeune pianiste , jouant de son charme , avait été convoquée au Bunker de Cézembre parce qu'elle était sa fille .
- Savez-vous qu'il y a un secret dans l' île ? Votre père , j'en suis sûr , nous en apprendrait plus à ce sujet , plaisantait souvent sur un ton narquois l'officier maréchal du Reich , Irmin Von Lebenfels , dont Von Braun était l'aide de camp .
Celui-ci , assistant à l'entrevue , était parfaitement au courant de la présence du vieux sage dans la forêt . Les élucubrations les plus récentes préoccupant d'ailleurs théoriciens et scientifiques du Reich avaient évoqué la possibilité d'une mutation de l'espèce par électrocution foudroyante .
On cherchait ainsi , en fabriquant un genre de " surhomme " apte à voyager sans problème entre réalité matérielle et dimension psychique , un moyen radical d'atteindre les profondeurs inaccessibles de l'espace . Ainsi était née l'idée de faire interagir , en concomitance avec un rayon fulgurant , le métal inoxydable fabriqué aux Forges depuis la Croisade , essentiellement composé d'Orichalque et d'Hématite , et le Graal dont l'essence était semblable .
Lebenfels , absolument inconscient de son origine du fait de manipulations mentales pratiquées sur lui par ses maîtres , fut complètement bouleversé par sa rencontre avec Léna . Quelque chose d'incompréhensible était , selon lui , en train de se produire ! Le chef d'orchestre , amoureux transi de la musicienne prodige , avait réussi à persuader son père de venir ce soir-là présenter son glaive antique au général , réputé amateur d'art selon la presse . Yann , cependant , n'était pas dupe . Faisant partie de la " Résistance " , il avait remué dans sa tête en marchant , terrorisé , les milles raisons qui avaient pu pousser Von Braun à agir de la sorte , ignorant qu'il était l'instigateur d'un complot . L'île étant , en effet , devenue le théâtre de nombreux bombardements , la garnison de Heuss , de plus en plus affaiblie , s'approchait d'une reddition négociée ...
Mais ce qu'ils n'avaient pas prévus , tous , fut que la jeune pianiste , ignorant l'identité véritable de son interlocuteur , se servirait de la lame légendaire de Huon de Koadkaden pour l'enfoncer brutalement dans le coeur de Roll , celui-ci n'ayant sans doute pas eu le temps de reconnaître son cousin ! ( 32 )
Le philosophe ne répondit pas , retournant tristement vivre dans cette Brocéliande qui les avait tous nourris , comprenant que la guerre , brisant les liens les plus sacrés , n’avait pas seulement tué des hommes , renversé leurs lignées , mais elle avait fait d’un cousin aimé un inconnu à abattre .
Il se rendit seul à la fontaine de Barenton pour y verser quelques gouttes de l’eau froide sur une vieille lame rouillée , puis la planta dans la mousse , comme une épée sans maître , se mettant à gémir , agenouillé devant le cercle des chênes :
- Pardonne-nous , Roll ! Veille sur Léna . C’est elle qui nous sauvera tous !
13 - Années 1990 : dans le grenier de " Maen-Doue " , vieille maison de granit perdue aux lisières de la forêt de Brocéliande , Yann Kervern II , qui avait aussi , dans sa jeunesse , comme Léna son aïeule , étudié l'histoire légendaire et la musique , découvrit une malle scellée . À l’intérieur , enveloppé dans un tissu de lin brodé au fil d’or , se trouvait un manuscrit de cuir tanné par le temps , relié à la main . Gravé en lettres modestes mais élégantes , figurait ce titre :
" Le Passeur des Mondes – Mémoires du Veilleur de Brocéliande "
Par Yann Kervern , fusilier-marin , quartier-maître , professeur , philosophe , guetteur d’étoiles , résistant .
Ce livre n’était pas qu’un témoignage , mais un pont reliant les âges , les vivants et les morts , la terre et l’invisible . On y lisait dans la postface , outre le récit principal concernant le voyage dans les îles celtes qui était suivi de celui de " La Grande Croisade " , les souvenirs de l’école avec Alain-Fournier , la douleur de la guerre , la révélation tragique du destin de Roll , mais aussi de celui de son pote Jakez au milieu de visions étranges , de signes dans la lande suivis de rencontre inexpliquées du côté des menhirs , de même que des dialogues nocturnes avec des " voyageurs de l’autre rive " posant cette affreuse question : QUI A TUE LE SOLDAT RHÛN ?
Le petit-fils sentit peu à peu que ce livre n’était pas destiné à être rangé dans une bibliothèque .
" Si tu lis ceci , mon enfant , c’est que le temps est venu pour toi de transmettre fièrement l'héritage . Garde le secret des pierres , de la langue , écoute la musique des mondes . Rappelle-toi que ce que nous avons aimé , nous devons le protéger ! "
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - VI - Les Ombres du Concerto - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 .
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Notes :
29 - LENA ( Cycle de L'Etoile XI ) , I , 8 - La Pierre de Wivre - Copyright 2021 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous doits réservés .
30 - Clara Schumann ( compositrice allemande considérée comme l'une des plus grandes pianistes de l’époque romantique .
- Parsifal ( 1877 /1882 ) , opéra de Richard Wagner fondé sur " Perceval ou le Conte du Graal " ( 1181 ) de Chrétien de Troyes ( env. 1140 -1190 ) ainsi que l’épopée médiévale " Parzival " de Wolfram Von Eschenbach ( env. 1170 -1220 ) .
31 - Hauptsturmführer : l'un des grades d'officier les plus fréquents chez les SS au cours de la Seconde Guerre mondiale ( équivalent de " capitaine " dans l'armée française ) .
32 - La Nuit de Cézembre ( Cycle de L'Etoile V ) , II , 2 , VI - Assomption -
Notes 39 , 40 et 41 - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
- Le Passeur Des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - III - La Croisade - 11 - Messire de Brocéliande ( 19 / 20 ) .
LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - V - L'Orpheline .
Le Veilleur de Brocéliande
( Cycle de L'Etoile XXXIV )
V - L'Orpheline
" lls marchent devant moi , ces Yeux pleins de lumières ,
Qu'un Ange très savant a sans doute aimantés ... "
Charles Baudelaire - " Le Flambeau Vivant "
- Les Fleurs du Mal ( Spleen et Idéal , XLIII , 1861 )
9 - Quand Léna se mit à grandir , une ombre planait sur son identité , chacun se doutant que sa mère avait un amant , chef d'un réseau politique ... La jeune enfant portait en elle une lumière singulière , une force mystérieuse , peut-être l’héritage de son père officiel , celui qu'on surnommait le " sage " de Brocéliande , ou peut-être celui de l'autre , son géniteur , plus trouble , cet homme dont son amante préférait taire prudemment le nom .
Lorsque sa fille eut dix ans , Kerlann disparut brutalement , sans laisser de traces , comme s’il n’avait été qu’un rêve politique ou un agent qu'on avait dû effacer .
Ce secret , Grida l’emporta discrètement avec elle . Mais Yann , silencieux comme une tombe , continua d’aimer l'orpheline à l'instar de sa propre fille , lui transmettant ce qu’il savait des mondes invisibles , des légendes anciennes et du pouvoir caché des symboles .
Déjà , Léna , qui avait vécu à Rennes dans la chambrette surchauffée d'un appartement de la rue Saint-Georges , proche du bureau paternel où s'entassaient les tracts politiques de la militante parmi les livres de philosophie de l'enseignant , pressentait que son destin ne serait pas ordinaire . Dès l’âge de six ans , petite encore , elle se révéla par un don singulier pour le piano , reproduisant à l’oreille des airs qu’elle entendait à la radio ou lors de rares concerts en ville auxquels sa mère consentait à l’emmener . Son professeur de musique , Madame Vallin , ancienne élève de Fauré , parlait souvent , en ce qui la concernait , d’ " instinct rare " , d’ " oreille absolue " , touchant l'harmonie .
Mais l’ambiance à la maison restait lourde .
Grida , tendue , exigeante , poussait sa fille vers l’excellence mais l’enfermait également dans des attentes contradictoires , la voulant un jour bretonne , fière , libre comme elle , mais aussi irréprochable et obéissante le lendemain . Son mari , lui , encourageait plutôt l’intériorité , le silence , l’écoute des forêts . Leurs deux visions s’entrechoquaient . La pianiste , elle , s’échappait au clavier , comme " Jean-Christophe " dans le roman de Romain Rolland , son livre de chevet , mais avec des ombres plus anciennes dans les veines ! Cependant , le temps , lui aussi , comme les cygnes du lac de Diane , s'envolait à toute vitesse ! ( 24 )
À treize ans , l'artiste prodige composait de petites pièces pour piano qui faisaient pleurer Madame Vallin . Puis , à quinze , elle avait fini par être admise au Conservatoire de Paris , mais refusa d'abord d’y aller , disant qu’elle n’était pas prête . En réalité , elle sentait en elle comme une faille , une fausse note , celle de son origine incertaine . Un jour en feuilletant un vieux cahier dans le bureau de son philosophe de " père " , elle découvrit une phrase griffonnée par lui au crayon :
" La vérité est ce qui nous lie au monde invisible , mais elle nous détruirait si elle était trop tôt révélée . "
C’est là qu’elle comprit qu'il savait , se mettant à composer une oeuvre , à l'âge de seize ans , qu’elle avait intitulée pour l'occasion : " Nocturne pour un inconnu " . Elle la joua lors d’un petit récital à son école . Toute la salle était en larmes ! Quant à elle , glacée , elle se sentait vide . Le lendemain , seule , elle partit pour Brocéliande , marchant jusqu’à la Fontaine de Barenton . Là , elle crut entendre , pour la première fois , la musique des pierres , ce chant étrange , grave , cristallin , comme venu d’un autre plan de l’être . Elle s’évanouit .
Quand elle revint à elle , une vieille diseuse de bonne aventure s'était assise à ses côtés , qui l'ayant reconnue , l'avait prise dans ses bras , lui avouant seulement de manière incompréhensible :
- Ma chérie , tu portes dans ta chair la marque d'une mémoire ancestrale qui ne sera dévoilée aux hommes que bien plus tard , celle d’un immense vaisseau en forme d’opale bleue ... ( 25 )
10 - Après avoir , peut-être , mais sans y croire , découvert le secret de ses origines dans les brumes de la forêt légendaire , Léna Kervern sentit qu’un monde venait de s'écrouler . Ce n’était plus seulement la lande et les souvenirs du fils de Mona qui habitaient son cœur , mais aussi une vérité plus vaste , plus vertigineuse encore : son sang portait les traces d’une lignée perdue , tissée de silences , de blessures anciennes . Fuir était alors devenu nécessaire . Afin de renaître ?
À Paris , la provinciale fut accueillie par son ancienne professeure devenue grand-mère qui , après un séjour chez sa belle-fille , avait , elle aussi , déménagé . Madame Vallin , femme austère et bienveillante que la capitale respectait comme une éminence du piano français , descendante elle-même d’une grande lignée de musiciennes du Conservatoire , la prit encore sous son aile avec une affection toute maternelle . Bientôt , Léna joua dans des salons feutrés , puis dans des salles plus vastes , jusqu’à être remarquée par les cercles artistiques parisiens , la perfection de son jeu ayant non seulement acquis la limpidité des sources bretonnes , mais aussi leur profondeur bouleversante , écrivait une journaliste dithyrambique . C’est lors d’un de ces concerts , d'ailleurs , dans l’hôtel particulier de la duchesse de Fontenoy , que le destin frappa de nouveau !
Il était là , de grande taille , élégant , distant comme un marbre de l’époque Empire , avec la figure énigmatique d'une légende vivante , Pierre-Yves de Montfort ! De manière officielle , on le présentait comme écrivain , chroniqueur politique et mondain pour un journal monarchiste . Officieusement , par contre , celui dont le nom venait de la branche aînée des Lohéac , celle qui avait pu conserver le manoir d’Auberive à la faveur du chaos révolutionnaire et du retour des aigles de l'empire , évoluait maintenant dans des sphères beaucoup plus troubles . Mais ce que nul ne savait , ou presque , c’était qu'il descendait en droite ligne de Louis XVII , que l’on disait mort malade au Temple , mais qui avait pu être exfiltré par un réseau d’initiés ! ( 26 )
Dès qu’il vit sa lointaine cousine Léna , il sut .
Son regard vert , sa manière de s’incliner devant elle , trahissaient une émotion qu’il ne put ni dissimuler ni expliquer . C’était plus qu’un coup de foudre . Quelque chose comme une mémoire ancienne retrouvée . Elle jouait ce soir-là une sonate de Scriabine , mais il entendait déjà la voix des forêts de l’Armorique , les vents sur les mégalithes , la plainte d’un peuple millénaire . ( 27 )
Pierre-Yves n’était pas qu’un esthète . Il servait un but . Agent double à la Sûreté Nationale , il avait été recruté pour infiltrer les réseaux de l’OINT ( Ordre International du Nouveau Temple ) , une organisation secrète d’idéologues et de banquiers germano-russes , menée par les Dürrenbach , descendants d’une aristocratie noire européenne . Mais peu à peu , ayant réussi à fonder l’ARCHE en secret , qui était un cercle d’hommes et de femmes convaincus que l’humanité devait retrouver ses racines sacrées comme sa noblesse spirituelle perdue , il s’en était affranchi .
Il voulait d’abord protéger Léna . Puis il comprit qu’elle avait un rôle à jouer . Elle aussi était une héritière . Son sang , la finesse de son oreille , son mystère , en faisaient une élue . L’opale bleue qu’elle portait au cou , sans comprendre encore pourquoi , réagissait parfois à certaines notes jouées dans l’aigu . Un signal , un appel !
Néanmoins , leur amour naquit dans la méfiance . Lui portait des secrets plus lourds qu’un royaume , elle fuyait encore l’ombre d’un père trop lumineux . Les routes de l’histoire , inexorablement , se refermaient sur eux .
Mais quelque part , dans les salons cryptés d’une villa de la côte d’Azur , les Dürrenbach se réunissaient . L’Opale bleue devait être retrouvée . Et l’ARCHE anéantie ! ( 28 )
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - V - L'Orpheline - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 .
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Notes :
24 - Gabriel Fauré ( , pianiste , organiste et compositeur français - Romain Rolland ( écrivain français , lauréat du prix Nobel de littérature 1915 , auteur de " Jean-Christophe " ( 1904 - 1912 ) .
25 - L'INVITATION DE L'ANGE - Epilogue - Ad Altum - XIII - L'Etoile " Apsara " - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved ." L'INVITATION DE L'ANGE " , Dan Ar Wern / copyright 2025 .
26 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) , III , 7 - Chanson de Bilitis - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
27 - Alexandre Scriabine ( 1871 - 1915 ) , l'un des représentants les plus importants de la musique moderne et de l'avant-garde musicale à l'aube de la Première guerre mondiale , souvent considéré comme l'un des compositeurs les plus marquants du début du XXe siècle . Voir note 15 , chapitre trois .
28 - METAMORPHOSIS ( Cycle de L'Etoile XIII ) - Seconde Partie - 1 - Cimetière Marin - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - février 2022 .
- LENA ( Cycle de L'Etoile XI ) , II , 15 - L'Etoile Rouge - Copyright 2021 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - IV - La Reine Endormie .
Le Veilleur de Brocéliande
( Cycle de L'Etoile XXXIV )
IV - La Reine Endormie
" Ce matin , la belle endormie était agitée de tremblements fiévreux ,
Sa crinière de lionne ruisselait sur les draps de lin blanc ,
Des gouttes de rosée perlaient sur son front taché de rousseur ... "
Dan Ar Wern ( Voir ci-dessous , note 20 )
7 - Le couple s'était arrêté près de la chapelle , s'asseyant sur un banc de bois dessous la voûte d'une autre cathédrale de hêtres blancs et de charmes cernant l'édifice d'une couronne de feuillage et de branches ... Tous deux se dévisagèrent , se regardant profondément dans les yeux , tandis que l'homme essayait de se rappeler du jour où , à peine sorti de sa cachette , il y avait retrouvé Grida , tapie dans l'ombre , qui l'attendait derrière les chaises .
- Je t'ai suivi , Yann . Il y a grand danger ! , lui avait soufflé la jeune fille de son haleine chaude . Alors , voyant une croix tracée sur la Tour , il s'était rappelé cette vieille histoire d'émigrés , connue dans tout le pays , qui , pour narguer les Montfort , logés par Napoléon l' " Usurpateur " à leur place , avait fait bâtir , à l'identique du Tertre , le manoir d'Haligan . Et cette famille , c'était la sienne !
- Ma tendre amie , balbutia-t-il avec maladresse .
Il s'était serré plus fort contre sa compagne , songea-t-il , s'arrêtant de respirer , pour la première fois rendu sensible au parfum de son corps , de même qu'aux boucles si douces coulant de sa brune chevelure ... Â tel point qu'il s'était mis à rougir , lui qui n'avait connu jusque là que l'amour inaccessible de Janed ... Elle était pourtant plus âgée , la fille de Gregor , l'ouvrier des fours à chaux de Saint-Thurial ! ( 20 )
Mais peu à peu , à chaque pas pour ainsi dire , sa première vie remontait à la surface du lac ... Il revoyait son enfance bretonne en se rappelant les histoires légendaires de Mona , au village des Forges , le manoir d'Auberive et Virginia , leur voyage , avec Roll et Tadig à bord de la "Mari-Morgane " vers les pays celtes ... ( 21 )
8 - Dans l’entre-deux-guerres , la Bretagne bruissait de rêves d’autonomie , d'identité retrouvée , de luttes souterraines . Pendant que Yann Kervern , l'idéaliste , en tant que professeur de philosophie à Rennes , tentait de maintenir un cap intellectuel exigeant , pensant communiquer à ses élèves souvent plus intéressés par l’actualité brûlante que par la métaphysique , sa passion pour le Pseudo-Denys L'Aréopagyte , Pascal , Bergson ou les Stoïciens , Grida , son épouse , institutrice pragmatique et déterminée , paraissait s'être éloignée de lui et du piano , délaissant un peu la musique de sa vie routinière pour " enfin rouvrir mes yeux ", disait-elle , en militant dans une association régionaliste qui défendait la Bretagne contre la laïcité jacobine . Quand lui continuait de croire à la mission du penseur comme veilleur , comme guetteur d’âme , elle , de plus en plus , cherchant à défendre la langue et la culture locale , et bientôt , s'étant prise à rêver d'une Armorique libre au mépris des soi-disant équilibres nationaux , passa , ensuite , le plus clair de ses soirées dans des réunions qui , peu à peu , devaient mettre également leur mariage et leur famille en péril . ( 22 )
Malgré la charge de son travail , mais peut-être en était-ce aussi la raison , ces veilles dans sa chambre , solitaire , par suite de ses fréquentes absences , lui semblèrent longues , lui qui était rassuré par un quelconque petit signe de compagnie humaine à ses côtés , même invisible .
Elle revenait si tard , le regard perdu ailleurs , portant sur elle des effluves de tabac blond , de fièvre politique , et parfois , le parfum d'un inconnu .
De plus en plus solitaire , il avait commencé d'écrire un essai qu’il ne publierait sans doute jamais , croyait-il , intitulé " Le Passeur des Mondes " , méditation sur les racines , l’exil intérieur et la fidélité au passé .
Il sentait son couple se déliter , pourtant , mais restait silencieux , devinant , sans preuve , que quelque chose lui échappait depuis la naissance de Léna , leur fille née en 1919 dans une période trouble , alors qu’il était encore en convalescence après guerre et que Grida , de plus en plus distante en effet , fréquentait , semblait-il , un homme influent , le brillant orateur et chef d'orchestre Armel Kerlann , ancien de l'URB , trop célèbre compositeur de " La Reine Endormie " , poème symphonique inspiré par l'état de léthargie dans lequel , expliquait-il dans la presse , végétait sa chère patrie natale , mais aussi " leader " anonyme d’un réseau clandestin mêlant régionalisme radical , vieilles sociétés druidiques et intrigues avec les nationalistes gallois et flamands .
Certains , d'ailleurs , disaient qu’il était financé en sous-main par des services allemands . D'autres prétendaient qu’il descendait d'une lignée oubliée de princes armoricains ! Comme la question de la réforme administrative avait été agitée au lendemain de la guerre au Parlement français , les projets du gouvernement central ayant toujours été de morceler le plus possible la péninsule , jugée indocile , un vaste congrès d'opposition , réclamant le respect absolu de l'intégrité territoriale dans la création des régions projetées , fut organisé en 1920 à Rennes par le nouveau directeur de " L'Hermine ", successeur du défunt poète Louis Tiercelin . C'est d'ailleurs ce soir-là , où fut jouée l'oeuvre pour la première fois , que Grida rentra chez eux complètement euphorique . Son charme avait-il agi déjà sur le " maestro " ? Ou bien était-ce le contraire ? ( 23 )
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - IV - La Reine Endormie - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 .
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Notes :
20 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) , II , La Prisonnière du Temple , 10 - Haligan - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés - Note 48 .
21 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Première et Deuxième Partie - L'Attente et L'Accomplissement ( Gaeltacht ) - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
22 - Moine auteur de traités chrétiens de théologie mystique , le Pseudo-Denys L'Aéropagite , qui vécut en Syrie vers l'an 500 , fut l'une des sources majeures de la spiritualité mystique chrétienne - Blaise Pascal ( 1623 - 1662 ) , à la suite d'une expérience mystique , se consacra essentiellement à la réflexion philosophique et religieuse - Henri-Louis Bergson ( 1859 - 1941 ) philosophe français qui est connu pour ses arguments selon lesquels les processus d'expérience immédiate et d'intuition sont plus importants que le rationalisme abstrait et la science pour comprendre la réalité - Les Stoïciens pensaient que le but principal de la vie était de vivre selon sa nature , en harmonie avec l'univers , ce qui signifiait " vivre selon la Vertu " , le seul bien véritable , toutes les autres choses n’ayant pas de valeur .
23 - Le personnage d'Armel Kerlann est inspiré de Maurice Duhamel ( 1884 - 1940 ) , musicien , militant breton qui adhéra , en 1912 , à L'URB ( Union Régionaliste Bretonne ) , premier parti régionaliste breton fondé en 1898 par le marquis Régis de L'Estourbeillon ( Loeiz Kerzilin / Louis Tiercelin ( 1846 - 1915 ) , poète breton , directeur ( 1889 - 1911 ) de " L'Hermine " , revue artistique et littéraire de Bretagne qu'il avait fondée en janvier 1889 .
LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - IV - Le Serment .
Le Veilleur de Brocéliande
( Cycle de L'Etoile XXXIV )
IV - Le Serment
" J 'ai ma patrie en forêt bleue , toute lépreuse de ses landes ,
J 'ai mon pays sur les rochers rapés de feu et de vent fou ... "
Jean Markale - " Brocéliande " *
7 - Huit décembre 1914 , jamais il ne pourrait oublier cette soirée merveilleuse où il avait pu revoir comme un voile ondulant dans la clarté du sous-bois , tandis qu'une caresse de vent plus doux , comme un souffle , semblait lui répéter :
- Veille , Eliav , ceux qui aiment ne meurent jamais ...
Puis la lumière l'ayant guidé , il avait à nouveau gravi avec peine , à cause de sa blessure , les marches de la petite chapelle , dans laquelle l'odeur de l'encens flottait , sentant son cœur battre plus fort , non plus avec la fièvre de sa blessure , mais , tandis qu'un rayon de soleil passait à travers la meurtrière en dessinant sur le sol une croix de lumière , avec la gravité d'une promesse à tenir . Il s'agenouilla instinctivement devant l'autel , si simple avec sa nappe usée où se dressait un vieux crucifix d'argent terni . Puis , Il sortit de sa veste un petit calepin de cuir tout corné trouvé sur le champ de bataille , qu'il portait depuis la guerre . Avec une écriture ferme , il traça quelques lignes , posant pour la première fois ce qui deviendrait , un jour , le serment des " Veilleurs de Brocéliande " :
" En ce jour de lumière et de perte,
Devant les anciens témoins de la forêt ,
Je jure de veiller sur la mémoire des âmes aimantes
Comme sur les secrets confiés par l'Étoile ,
Et sur la terre de mes pères ,
Ni la douleur , ni l'oubli , ni les morts
Ne me détourneront de ce chemin ,
Je serai veilleur jusqu'à la fin de mes jours ... "
Yann ferma le carnet , le tint un instant contre son cœur . Quittant l'oratoire , il sut que ce serment ne serait pas seulement le sien , mais qu'un jour , d'autres âmes se lèveraient , d'autres héritiers d'un amour plus vaste que la simple mesure des hommes . Levant les yeux vers le ciel nocturne , il songea au rêve que son cousin Roll avait fait , comprenant que la nef cristalline , mirage de l'autre , sur la montagne écossaise , et qui flottait dans l'azur comme une larme invisible suspendue entre les univers , lui faisait entendre , à son tour , dans le chuchotement du feuillage , un dernier écho lointain de la voix d'ANA :
- Nous ne serons jamais vraiment séparés . ( 17 )
Guidé par une sorte d'instinct primaire , Il s'avançait , boitillant sur le sol aux senteurs de fougères humides et de terre chaude , marchant depuis longtemps lorsqu'il vit une lueur tremblante entre les arbres , les feux d'une petite cabane de pierre sèche et de branchages , presque dissimulée dans un repli du terrain . Devant la porte , une silhouette l'attendait , voûtée , drapée dans une cape sombre , tenant une lanterne à la flamme bleutée . C'était son ami Maël Ruedan , que certains surnommaient le " Guetteur du Val Sans Retour ", vieillard sans âge , guérisseur et berger , conteur , parfois craint , parfois vénéré par ceux qui connaissaient encore les anciens chemins . Lorsque il approcha , le bonhomme parla le premier , d'une voix rauque mais sereine :
- Je t'attendais , la forêt m'a murmuré ton nom ...
Le visiteur s'arrêta , impressionné par la nature silencieuse de l'homme . Il sentait qu'aucun mensonge ne pourrait jamais franchir , ici , cette frontière . Levant sa lanterne , le vieux sage avait éclairé le visage de celui qu'il avait jadis connu enfant , rempli d'insouciance , et désormais marqué par la douleur . Comme transporté par une vision médiumnique , l'oeil fixe , il lui déclara solennellement :
- Tu as vu l'Envolée , lui dit-il , parlant de la " Créature " , tu as entendu son appel , sache ceci : le serment que tu as rédigé , plus ancien que ta naissance , est le souvenir d'une promesse passée , l'annonce d'une mission future . Il n'est pas né de toi seul ...
Troublé , le permissionnaire demanda :
- Quelle mission ? Quelle promesse ?
L'ermite lui fit signe d'entrer . Sur une table de pierre , à l'intérieur de la cabane , était posée une carte très ancienne , tissée de lignes étranges , marquant des lieux oubliés :
La fontaine de Barenton , le Chêne à Guillotin , le Tombeau de Merlin ... ( 18 )
D'autres encore , que même les contes de Mona lui avaient caché .
Maël pointa un doigt noueux sur la carte :
- Il existe , en ce lieu , des portes secrètes , des passages mystérieux entre les mondes .
Ceux qui veillent doivent les protéger , car les forces des ténèbres cherchent à s'en emparer.
Tu es l'un des premiers du nouveau cycle . Bientôt , lorsque le besoin sera plus grand , naîtra l'élu ... Alors , tout-à-coup , son auditeur sentit un frisson courir le long de son échine !
- Souviens-toi , veilleur , ajouta l'illuminé dans une sorte de transe , que ce ne sont pas les armes , ni même la force brutale , qui garderont ces passages , mais l'Amour fidèle , celui qui dépasse la mort , celui que même les étoiles reconnaissent !
Puis , il lui tendit un petit objet enveloppé dans un tissu de lin , fragment de jaspe rouge translucide , où l'on voyait , comme suspendue dans l'éternité , la silhouette d'un minuscule trident .
- Porte ceci sur ton cœur . Tant qu'il restera pur , le chemin te sera révélé .
Yann accepta la pierre avec un respect silencieux , réalisant , dès cet instant , que sa vie venait de basculer pendant que , quelque part dans l'au-delà , Eon De L'Etoile , Jakez , peut-être , ANA , et tant d'autres âmes , veillaient aussi sur lui .
( 19 )
Dehors , la forêt vibrait doucement sous les constellations de la Voie Lactée , gardant le secret d' anciens pactes légendaires . Lorsque , à l'aube , la brume monta de la lande et que les ajoncs gouttaient de rosée , le pâtre se réveilla , disant qu'il ne se souvenait plus de rien .
Le marcheur , difficilement , redescendit sans hâte vers le hameau des Forges , la gemme offerte suspendue contre sa poitrine , protégée sous sa chemise .
La rencontre avec Maël et la lumière d'ANA , cette promesse faite dans la vieille bâtisse : tout cela vibrait en lui comme une source nouvelle qu'il sentait prête à jaillir au moindre souffle .
Tad Coz , le vieux forgeron , tapant de plus belle sur son enclume , fronça les sourcils quand il le vit passer le long de son échoppe :
- Hopala , paotr ... tu as les yeux pleins de ciel aujourd'hui !
Mari Le Scouarnec , triant ses légumes sur la place , bouffa un coup de pipe à sa voisine :
- On dirait qu'il porte un secret ... mais pas un de ceux qui pèsent . Plutôt un de ceux qui sauvent .
Yann répondit à leurs saluts d'un sourire tranquille , un peu rêveur .
Il ressentait sa patrie derrière lui , comme une présence vivante .
Il savait désormais qu'elle n'était pas seulement un décor , mais un être en soi , tissé de mémoire et d'espérance . Arrivé devant la petite maison de sa mère , il s'arrêta un moment , regardant le soleil émerger lentement juste au-dessus des collines . Les rayons d'or effleuraient les toits de chaume , les églantiers sauvages , les pierres moussues .
Pur comme une prière , un chant d'alouette s'éleva dans l'air frais .
- Je veillerai , se dit-il en lui-même , pour eux , pour elle , pour tous ceux qui viendront .
Dans le secret de son âme , quelque chose de plus grand que lui venait de naître , une fidélité sans faille , un lien entre les mondes , un serment porté non seulement par ses bras , mais par l'amour même qui avait transpercé la nuit des âges !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - IV - Le Serment - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 .
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Notes :
17 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , II , 9 - Gaeltacht , III - Arbor Mirabilis ( Venez-Vous Chercher un Signe ? )
18 - Le Val sans Retour , Val Périlleux ou encore Val des " Faux Amants " , lieu légendaire en forêt de Brocéliande , où , dans le cycle arthurien , sont enfermés les " faux amants " - Fontaine de Barenton , dite de " merveille " où , pendant les saisons sèches , les Bretons vont à la source , recueillant l'eau , et la versant là où l'eau monte pour faire pleuvoir - Âgé de plus de cinq cent ans , le " Chêne à Guillotin " ( ou chêne des Rues-Eons ) , qui est situé à Concoret , juste en bordure de la forêt , peut vous guérir en vous redonnant de l'énergie - Tombeau de Merlin , sur lequel on peut offrir des fleurs , selon la tradition , puis faire un voeu qu'on souhaite ensuite voir exaucer par le célèbre " Enchanteur " .
19 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , III , 12 - Le Secret d'Eon De L'Etoile , V - Le Secret ( II , En Bretagne ) .
* " Brocéliande , La Forêt des Chevaliers de la Table Ronde "
Jean Markale , photographies de Yves Guépin - Berger-Levrault , 1984 - Tous droits réservés .
LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - III - Transformations .
Le Veilleur de Brocéliande
( Cycle de L'Etoile XXXIV )
III - Transformations
" On aurait dit un couple de tourterelles , deux jeunes colombes , qui allaient prendre leur envol , après avoir frôlé de leurs ailes graciles , juste un moment , ce lugubre royaume des ombres ... "
Dan Ar Wern - " Histoire d'un Chef d'Orchestre " , X ( Auberive 11 ) .
5 - Revenu blessé de la guerre , il resta longtemps traumatisé par la mort de son camarade , dont il prit un jour conscience en passant sur un petit pont menant à une île , sur le lac , dont l'eau noire frémissait à peine , comme si elle retenait son souffle , lui faisant réaliser soudain que la forêt de Brocéliande n'était plus celle dont lui avait jadis parlé sa mère , Mona , l’écrin des contes de son enfance , collection de belles histoires plus ou moins vraies , mais un seuil , un lieu d’éveil , chargé d’une mémoire plus vieille que la sienne , la " Porte " véritable menant au " Grand Tout " de l'univers , qu'une biche , immobile sur la rive , et le fixant de son regard doré où brillait une invitation muette , venait providentiellement de lui montrer , paraissant le guider ensuite avec lenteur et majesté , par un sentier que seuls les cœurs brisés peuvent découvrir à travers les brumes et les mousses , jusqu’à la Chapelle Saint-Jean , tapie entre les chênes comme une relique oubliée . Ayant senti sa présence, douce et sauvage , il la suivit , sans peur . Il aurait voulu disparaître avec elle sous les frondaisons cathédrales , puis , là , au centre de la petite nef , s'absorber comme un nouveau-né dans le clair-obscur de cette crypte de pierre végétale , quand il fut brusquement frappé par une vision aiguë : les visages de ses copains tombés , ceux qu’il n’avait pas pu enterrer , se superposaient aux reflets des nuages dans les vitraux multicolores . Leurs voix muettes flottaient autour de lui , surtout celle de Jakez , et il comprit que son retour n’était pas une fin , mais un passage devant le tribunal de Dieu . Là , dans le silence vibrant du crépuscule , sentant comme une épée vengeresse descendre sur lui , il s’agenouilla sur la pierre froide et promit , triste chevalier des temps modernes , de chercher désormais non pas l’oubli de son crime , mais de se racheter !
C'est alors que , rebroussant chemin par la forêt vers le village , il décida d'entamer des études pour devenir par la suite professeur . Il s’inscrivit à la faculté de théologie de Rennes , puis s'enthousiasmant pour la philosophie , se mit à dévorer saint Jean de la Croix , Thérèse D'Avila , Plotin , de même qu'Aristote , ou les dialogues de Platon . Chaque texte résonnait en lui comme un écho d'outre-monde , son cœur meurtri trouvant une lente guérison dans ces voix anciennes . ( 13 )
6 - C’est dans cette lumière qu’il retrouva Grida , changée par les deuils , veuve , elle aussi , dont le regard avait perdu l’insouciance des jeunes années , mais qui s’était chargé d’une profondeur toute neuve . Elle lui parla du piano qu'elle étudiait comme d’une prière , jouant pour lui les " Kindertotenlieder " de Mahler , puis " La cathédrale Engloutie " de Debussy . ( 14 )
- La musique , lui dit-elle , touche ce que les mots ne savent dire .
Incapable de lui répondre , Yann , en l'écoutant , pleurait sans honte .
Ils se revoyaient souvent le soir , après les cours , marchant bras dessus , bras dessous , dans les jardins du Thabor , échangeant leurs lectures , leurs souvenirs . Quand il parlait d'un jeune prêtre connu pendant la guerre , Teilhard de Chardin , qui avait écrit " La Vie Cosmique " , puis , en 1919 , " Puissance spirituelle de la Matière " , elle lui faisait écouter Scriabine , Satie ou la " Barcarolle " pour piano de Magdeleine Boucherit-Le Faure . Mais le silence entre eux était aussi nourrissant que leurs paroles . Par une belle journée d’automne , alors que les feuilles rousses jonchaient les pavés , le jeune homme prit la main de Grida sur le banc où ils s’étaient assis cent fois . ( 15 )
- Ce que j’ai vu dans la forêt , ce que la guerre m’a arraché , je ne peux le dire à personne . Mais toi , tu le comprends . Elle répondit seulement :
- Je t’attendais depuis toujours !
Les deux tourtereaux se marièrent au printemps dans leur petite chapelle bretonne , entourés d’amis discrets et de musiciens . La mariée joua un nocturne de Fauré en guise de bénédiction , tandis que son époux lut un passage du Prologue de Saint Jean . ( 16 )
Quelques années plus tard , un bruit léger naquit dans leur maison de pierre , à l’orée de Brocéliande . Ils appelèrent leur fille Lena , en mémoire de la lumière née au fond des ténèbres . Dès ses premières années , celle-ci montra une sensibilité musicale troublante . À trois ans déjà , elle imitait des mélodies sur le vieux piano de sa mère . À cinq ans , mademoiselle composait des phrases harmoniques d’une étrange maturité .
Son père la regardait jouer avec émerveillement , comme si l’univers lui faisait un clin d’œil à travers les doigts fins de sa fille . Grida disait parfois en souriant :
- Elle ne joue pas du piano , elle parle aux étoiles !
Brocéliande , autour d’eux , gardait le secret ...
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - III - Transformations - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 .
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Notes :
13 - Saint Jean de la Croix ( prêtre carme , mystique espagnol - Sainte Thérèse D'Avila ( , religieuse carmélite espagnole - Plotin ( 205 - 270 ) , philosophe gréco-romain représentant principal du courant philosophique appelé " néoplatonisme " , source d'inspiration importante pour la pensée chrétienne alors en pleine formation , notamment pour Saint Augustin d'Hippone , et qui influença de manière profonde la philosophie occidentale ( auteur des " Ennéades " ) - Aristote ( 384 - 322 av. JC ) , philosophe grec dont la pensée , associée au développement des universités, qui débute au XIIe siècle , marque profondément la scolastique et , par l'intermédiaire de l'œuvre de Thomas D'Aquin , le christianisme catholique - Platon ( env . 427 - 347 av. JC ) , généralement considéré comme l'un des premiers philosophes grecs , sinon comme l'inventeur de la philosophie ( auteur des " Dialogues " ) .
14 - Kindertotenlieder ( Chants sur la mort des enfants ) , cycle de cinq lieder pour voix et orchestre composé par Gustav Mahler de 1901 à 1904 sur des textes de Friedrich Rückert ( 1788 - 1866
- " La Cathédrale engloutie " ( 1910 ) , prélude pour piano de Claude Debussy basé sur la légende bretonne de la ville d'Ys .
15 - Pierre Teilhard De Chardin ( 1881 - 1955 ) , prêtre jésuite français , chercheur , paléontologue , philosophe et théologien qui , en 1916 , écrivit son premier essai , intitulé " La Vie Cosmique " , puis , en 1919 , " Puissance spirituelle de la Matière " , deux textes qui annonçaient son œuvre plus tardive .
- Alexandre Scriabine ( 1871 -1915 ) , pianiste , poète et compositeur russe .
- Erik Satie ( compositeur et pianiste français .
- Magdeleine Boucherit Le Faure ( , pianiste et compositrice bretonne née à Morlaix , compositrice , en 1908 , de " Barcarolle " .
16 - Gabriel Fauré ( 1845 - , pianiste , organiste et compositeur français . Les " Nocturnes " sont un ensemble de treize pièces pour piano composées tout au long de la vie du compositeur .
- Les dix-huit premiers versets de l'Évangile selon Jean sont traditionnellement appelés le " Prologue " , bien que ce mot ne se trouve pas dans le texte . Celui-ci , écrit en grec , de même que l'ensemble du Nouveau Testament , constitue une sorte de méditation sur la personne de Jésus-Christ , depuis la création du monde jusqu'à son incarnation . Le texte anime toute la mystique chrétienne et nourrit encore aujourd'hui la prière de beaucoup .
LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - II - L'Amour et la Guerre .
Le Veilleur de Brocéliande
( Cycle de L'Etoile XXXIV )
II - L'Amour et la Guerre
" Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est
vivant ? "
Luc , 24 , 5
3 - Donc , ce matin-là de l'aurore cruelle d'un nouveau siècle de feu , obéissant à une indicible force , il avait eu envie , malgré sa blessure , de profiter du grand air et de goûter à l'ivresse que procure cette sensation de faire partie , comme autrefois , de la nature végétale , sensible au chant des oiseaux qui voletaient sur les fleurs d'ajoncs , puis , voulant échapper à la triste ambiance de son état , de suivre encore leurs traces dans le clair-obscur des prairies détrempées , désireux de les revoir enfin sur le lac , dans la naissance inoubliable d'un nouveau jour , ainsi que d'autres images qu'il croyait à jamais disparues , renaissant en lui d'une façon si vivante , comme une rosée de nacre translucide gouttant d'un brin d'herbe , ou pareille à cette couleur plus ou moins sombre d'un arbre vigoureux sur la lande ! Quel bonheur c'était , en effet , pour lui , caressé par une brise légère , de courir à l'appel de la source perdue dont la claire chanson , vivante au coeur des hêtres , faisait danser les colombes , de contempler l'image inversée du château dans les ondes grises du lac , alors que la biche immaculée aux bois de cerf vient craintivement s'y désaltérer , suivie de son faon , de voir enfin ce dont lui avait parfois conté sa mère dans ses récits , la métamorphose de cygnes majestueux en jeunes princesses qui pouvaient vous conduire , à tire d'aile , à leur palais resplendissant de pierres précieuses , retenu par quatre chaînes d'or , tout là-haut , bien au-dessus du reflet mouvant des nuages dans l'eau verdâtre ... Mais , pour l'enfant de jadis , n'était-ce vraiment qu'un rêve ? Et si tout autour , le vent des grands chênes faisait à nouveau s'agiter l'espoir ?
Marchant d'un pas résolu , tandis qu'une à une , s'éloignaient les dernières masures du village , il avait d'abord vu rejaillir avec force de ce magma de schiste grisâtre , les premiers éclats d'une aube rougeoyante à l'horizon lointain , puis , le long d'un obscur vallon , s'était engagé sur un chemin qui menait à un calvaire proche de la chapelle Saint-Jean , planté sur une roche toujours fleurie en abondance : " Le Rocher Flamboyant " ! Nul , en vérité , ne passera ici sans tressaillir ! Et quiconque s'agenouillera devant sa petite croix de grès , ne pourra rester insensible à l'appel du Crucifié , figuré par une statuette lumineuse de pierre blanche qui vous remue le coeur . La tête du martyr s'incline légèrement sur la gauche , et la pâleur du corps , maculé de sang , contraste avec un coeur tout rouge en relief , d'où jaillissent des rayons étincelants ! ( 1 )
Plus loin que cette longue allée verte sous le feuillage touffu , il suivit alors des yeux le vol d'une blanche tourterelle dans les buissons d'aubépine , et , sous la voûte impénétrable des pins majestueux , dans un bruissement d'ailes , jaillit une lueur diaprée flottant comme une ombre sur des tapis de mousse fleurie parsemés d'aiguilles brunes , fleur bleutée , myosotis dont le calice fragile , doucement , se balance , et pour qui la fixe un peu trop du regard , suspend sa course , plus l'on s'enfonce dans l'épaisse verdure alentour , plus ses teintes changeantes vous hypnotisent ... Curieux voyage vers celle qui , souvent , revêt , dans sa corolle , toutes les couleurs du ciel , et chaque fois qu'elle vous montre une parure différente , s'exhale en parfum de louange , en perles diaprées sur sa robe scintillante !
Qui donc pouvait bien être cette nouvelle Madone ? , se demanda-t-il , se sentant presque défaillir , éclatant en sanglots ... Qui était celle qui avait su , l'espace d'une seconde magique , chasser en ses yeux les ombres démesurées du soleil couchant , pour , avec tant de grâce , faire gracieusement briller devant lui sa vêture céleste ? Pour lui , qui n'oublierai jamais cette petite phrase qu'elle avait ensuite envoyée à son cerveau , en s'asseyant sous un aulne dont les feuilles prenaient la forme d’un cœur .
- Rien de tel qu'une affection humaine pour porter de l'ombre sur le soleil de Dieu . " ( 2 )
Il avait cru revoir Janed , son premier amour , celle qui avait suscité ses premiers émois d'adolescent silencieux et timide , qu'il avait retrouvée ensuite au soir d'une longue veillée bretonne , sur un chemin qui s'enfonçait sous les ombrages d' " An Ode Wenn " , et qui , ensuite , s'était blottie tout contre lui pendant la soirée , petite fée semblant boire ses paroles d'une oreille attentive et l'observant de ses yeux malicieux et tendres , Janed , charmante soeur de la mariée qu'il avait cru reconnaître ainsi comme s'ils étaient nés l'un pour l'autre , frémissant de peur , soudain , pour cette nouvelle compagne silencieuse et fidèle depuis si longtemps désirée et qui , enfin venue , le comprendrait pour toujours ! Se rappelait-elle encore cette profonde attirance qu'il avait ressentie pour elle , aussi , sur les bancs du collège de Landéda ?
Mais , quelques mois plus tard , ce fut son rival , celui qui devait mourir au front , qui avait triomphé quand elle lui avait jeté au visage , un peu éméchée au retour d'une folle ronde en ribambelle , riant à la cantonade avant d'offrir à l'heureux élu l'un de ses plus chauds baisers :
- Yann , je te présente Jakez , mon petit ami ! ( 3 )
Ce même jour où la nef d'émeraude cristalline avait silencieusement fendu les cieux d'une vague profonde que le vent fit déferler en tempête à travers les arbres , lui marchait , l'esprit troublé , hanté par la silhouette de la jeune fille rencontrée des années plus tôt sous les guirlandes d'un mariage d'été , dans la cour fleurie d'un manoir breton . Lumineux amour , sincère , et pourtant voué à s'effacer puisqu'elle en avait choisi un autre , l'ami et le rival , tombé héroïquement , quelques années plus tard , sur le champ de bataille de à Dixmude , tandis que la guerre dévastait les âmes !
Tout en s'approchant de la chapelle aux murs lézardés , le promeneur sentit soudain le frémissement d'une présence . Une lumière opaline emplit le sous-bois , l'air vibra d'une manière étrange lorsqu' ANA apparut , créature diaphane , presque éthérée dans sa combinaison translucide , avec ses yeux sans pupilles , qui , telle une caméra , semblaient capter en lui l'essence même de ses pensées , mais dont la voix , ne parlant pas avec des mots , résonnait en lui comme un chant intérieur , mêlant son âme à celle de Janed , en un instant suspendu .
Elle les voyait tous deux : lui , jeune , impulsif , d'abord , puis devenant sage après des années de guerre , elle , insouciante et grave , par la suite , austère , quand elle avait revêtu un jour , par désespoir , peut-être , le voile des épouses du Christ .
- Amour tissé d'ombre et de lumière ! , lui souffla-t-elle . Destin croisé , suspendu aux fils d'une antique bataille . Elle t'aime encore , tu la chéris . Pourtant , son chemin la porte ailleurs ... vers cet autre serment , plus ancien que vos promesses .
- Pourquoi faut-il perdre ceux que l'on choit ? , se permit-il enfin de lui répondre , complètement bouleversé . Pourquoi les chemins humains sont-ils tissés de tant de séparations et douleurs , pourquoi la vie s'emploie-t-elle toujours du côté de la tristesse ?
L'écho résonna dans son cœur : - M'aimes-tu ? Aimes-tu ? Qu'y-a-t-il au-delà du gué ? Pas de perte , mais transmutation ! Votre amour , loin de s'éteindre , nourrira d'autres âmes , d'autres mondes . Janed aussi portera sa trace en elle . Dans ses prières , ton nom vivra . ( 4 )
Un jour , vos deux esprits se reconnaîtront , bien au-delà du temps terrestre !
Il sentit alors une vision lui traverser l'esprit , celle d'une vieille femme priant dans une petite église , le regard perdu vers l'autel d'une présence invisible ; et lui , retrouvant sa mémoire d'étoiles , plus tard , bien plus tard , quand son âme franchirait la dernière porte !
Dans la clarté du sous-bois , le voile ondula une dernière fois dans le feuillage d'un orme .
Avant de disparaître , elle lui dit encore :
- Veille donc , mon ami Eliav ! Ceux qui aiment véritablement ne meurent jamais !
Puis la lumière s'effaça , comme une étoile filante absorbée par l'ombre des branches de feuillus et résineux .
Debout , seul devant la chapelle Saint-Jean , l'enseigne de vaisseau serra contre lui sa douleur , mais aussi cette paix nouvelle que l’être venu d’ailleurs lui avait donnée .
Il sut alors que son amour pour Janed n'était pas vain , qu' il était , en secret , devenu une autre pierre vivante dans l'édifice éternel !
4 - À Brest , en 1901 , Yann Kervern , petit-fils d’un vieux loup de mer et seul enfant d’une conteuse de Paimpont , jeune homme au regard volontaire , aux mains déjà tannées par le sel de l’océan , souvenir d'un récent voyage dans les pays de la mer celtique , entamait sa seconde au lycée de la rue du Château . ( 5 )
Dans les couloirs gris du lycée , il s'était lié d’amitié avec un adolescent rêveur comme lui , Henri-Alban Fournier , que l’on connaîtrait bientôt sous le pseudonyme littéraire d'Alain-Fournier , venu du Berry , qui poursuivait au lycée de Brest ses études dans le but d'entrer à l'École Navale . ( 6 )
Cependant , bien que la rugosité du tempérament de l'apprenti marin s'avérât quelquefois comparable aux roches de Brocéliande , leurs univers littéraires , nourris des mêmes rêves d'une enfance merveilleuse au milieu d'une nature presque idéalisée , paraissaient si proches qu'à la fin de l’année , Yann proposa à son ami d'intégrer l’école navale et de s’embarquer sur l' " Intrépide " , le navire-école des Bordaches , pour voguer avec lui vers l’Atlantique , et peut-être plus loin . ( 7 )
Mais le futur célèbre auteur déclina poliment . Son destin n’était sûrement pas dans le roulis des vagues , pensait-il , mais dans les brumes d’un immortel chef-d'oeuvre en germe .
Le morbihannais , qui , avec tristesse , avait déjà vu s'éloigner son cousin , partit seul , sentant son cœur un peu plus lourd , mais déterminé à suivre les traces de son grand-père . Cette nouvelle vie à bord le forma , le trempa . Il devint quartier-maître , gagnant l’estime de ses officiers . Peu à peu , la vie suivit la houle des années , ports lointains , lettres jamais envoyées , souvenirs de ce camarade qui , de temps à autre , évoquait la difficile écriture de son roman . Lorsqu’il apprit enfin la parution de celui-ci , en 1913 , l'aspirant le lut en silence , dans une cabine du cuirassé " Condorcet " , croyant y reconnaître un peu de lui-même . ( 8 )
Puis vint août 1914 , la mobilisation , la foudre !
Il fut affecté aux fusiliers marins de l'amiral Ronarc'h , envoyé vers le front nord avec Jakez Rhûn , son frère d’armes breton . Là , dans la boue de Dixmude , le souffle de la mer ne suffit plus à masquer l’odeur de la poudre et du sang . L’uniforme bleu s’usa vite , le feu de l’artillerie allemande martelant les digues et les cœurs . Ce fut une résistance héroïque , sans doute , presque insensée ! ( 9 )
Le 10 novembre de cette année tragique , lors d’une contre-offensive , il tenta de sauver Jakez , le mari de Janed , frappé à la jambe par un éclat d’obus , quand lui aussi avait été laissé entre deux flaques d’eau et de sang , le drapeau dans la main , jurant à son capitaine qu’il ne mourrait pas là . Il tint parole . Rapatrié à Rennes , puis en convalescence à Paimpont , le rescapé revint sur ses terres de Brocéliande , estropié mais vivant . Il n’avait que vingt-sept ans , mais déjà tout le poids d’un siècle dans les yeux ! Le louveteau des mers , qui , chaque jour , arpentait les sentiers de la forêt , devint homme de mémoire , gardien d’un secret , veilleur de légendes . Chaque pas douloureux mais déterminé qu'il y faisait , comme un pèlerin du souvenir , l'amenait , le soir , à jeter , au fond de la fontaine de Barenton , des galets gravés de signes mystérieux .
Car sa conscience le torturait .
Lui , qui , médaillé de guerre , passait pour un brave , avait , en réalité , à se reprocher la décision qu'il avait prise d'envoyer en première ligne le fiancé de Janed et de simuler sa propre blessure en maquillant les faits .
Dans le village , on disait qu’il parlait à ses morts , peut-être aux anciens dieux . Plus tard , dans un journal froissé , il apprit qu'Alain-Fournier , son cher copain d'école , avait , corps et âme , juste deux mois auparavant , péri dans l’Argonne . Durant de longues années , le solitaire pleura en silence , une larme pour ses amis , d'autres pour l'amour impossible d'une jeunesse perdue !
Il ignorait encore que ce même 10 septembre 1914 , Roll Dagorn , le cousin rebelle et chevaleresque de ses aventures d'adolescent , l'avait abandonné une dernière fois , tombant lui aussi , terrible coïncidence , au " Bois des Chevaliers " . ( 10 )
Celui-ci , remarqué pour son courage , était parti avec la fougue des anciens preux , chef d'une unité commandée en second par ce même jeune lieutenant de réserve à la voix douce et au regard lointain qu'il avait jadis connu à l'école préparatoire !
Ce n’est que bien plus tard , un soir de 1922 , que Yann , en classant au grenier de vieux papiers jaunis , correspondances et carnets retrouvés , découvrit parmi eux une lettre jamais envoyée , coincée dans un exemplaire froissé du " Grand Meaulnes " , ce livre qu’il n’avait jamais pu relire depuis la guerre ! ( 11 )
C'était Grida Lenn , l'institutrice déménagée à Quistinic , un ancien " flirt ", veuve elle aussi , qui l’avait écrite , mais trop tard : " J’ai appris que ton ancien camarade avait disparu dans les bois de Saint-Remy , ce même jour , disait-elle . Ce que tu ignores peut-être , c’est que Roll était son adjoint .
Leurs deux noms , côte à côte , ont été retrouvés griffonnés par un brancardier sur une liste .
Ils sont tombés ensemble , à ce qu'il paraît , dans le même coin . Comme c'est étrange ! Peut-être s’étaient-ils déjà croisés ? Peut-être ont-ils parlé de toi ? "
Il lut et relut ces lignes jusqu’à ce que les lettres dansent devant ses yeux . Ce jour-là , il comprit que le destin , bizarrement , s'était mis à tisser une nouvelle trame secrète , où l’amitié , le sang d'ébène comme celui de la guerre se mêlaient d’un seul fil . Retournant à l’orée du Val sans Retour , il y planta un petit mât de chêne taillé à la main sculpté de leurs deux noms .
Depuis ce jour , les enfants du hameau racontent qu’au lever du brouillard , le combattant boiteux vient parler aux arbres , comme s’il retrouvait en eux ses compagnons de toujours ! ( 12 )
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - II - L'Amour et la Guerre - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 .
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Notes :
1 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) - Première Partie - Le Trésor de Brocéliande - 3 - Brocéliande - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
2 - " Port-Royal " ( 1954 ) , drame religieux d'Henry de Montherlant ( 1895 - 1972 ) , de l'Académie Française .
3 - LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Deuxième Partie - Janed Kerneis - VIII - Soeur Gabrielle - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LABYRINTHE " , copyright 2024 .
4 - Jean 21 ,15-17 .
5 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Deuxième Partie - L'Accomplissement ( Gaeltacht ) - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
6 - En 1901 , Henri-Alban Fournier , le futur " Alain-Fournier " ( 1886 - 1914 ) , qui songe alors à devenir marin , poursuit ses études de seconde au lycée de Brest dans le but d'entrer à l'École Navale .
7 - L’Intrépide , navire de ligne de deuxième rang à propulsion mixte ( voile et vapeur ) , en service dans la marine française de 1864 à 1913 , devenu en 1890 le navire-école de l'École Navale , et renommé Borda , troisième du nom .
Bordaches , surnom des officiers sortant de l'École Navale .
8 - Le Condorcet , cuirassé de la classe Danton , en service actif dans la Marine française de 1911 à 1942 .
9 - La brigade de fusiliers marins de l'amiral Pierre-Alexis Ronarc'h ( 1865 - et ses 6 500 Bretons âgés d'à peine 17 ans participèrent jusqu'à la fin du mois d'octobre 1914 à la défense héroïque de Dixmude . La moitié de la jeune troupe périt dans les combats .
10 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Troisième Partie - La Croisade , XI - Messire de Brocéliande , 24 - Le Bois des Chevaliers - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
11 - " Le Grand Meaulnes ", roman d'Alain-Fournier publié en 1913 chez Émile-Paul Frères. Il avait été auparavant publié en feuilleton dans la NRF de juillet à
12 - Grida Lenn : " La Demeure Enchantée " ( Cycle de l'Etoile II ) , II , 10 - Haligan - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés - " Dramatis Personae ", XIX - Yann Kervern I .
LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - Prologue - I - La Dame du Lac .
Le Veilleur de Brocéliande
( Cycle de L'Etoile XXXIV )
Prologue
I - La Dame du Lac
" Tout est ombre et jeu ,
Sauf le cri de l'âme
Séparée de Dieu ... "
Zoé Oldenbourg - " Les Brûlés "
1 - Une nuit de décembre 1914 , tandis que les étoiles tremblaient comme des chandelles de cire au bord d'un ciel infini , un magnifique vaisseau glissa sans bruit à travers l’atmosphère . Sa coque miroitait d’un éclat bleuté , translucide comme le cristal des dieux , laissant dans son sillage une traînée de silence vibrant d'un grand mystère . Il ne venait pas d’un autre monde , sans doute , mais plutôt , d’un plan parallèle d’existence , là où la pensée du Seigneur se chante en lumière , où des formes sont nées de la musique de Sa volonté pure . À son bord voyageaient des êtres célestes , d’essence presque immatérielle , que les hommes du commun n’auraient pu voir sans devenir fous de beauté , tant ils étaient nés d’une harmonie première , d’un accord sensible entre les sphères , mais pourtant ... Jadis , une partie de leurs anciens frères , autrefois égaux dans la lumière , avaient choisi une voie plus dense , plus lourde . Ils s’étaient rebellés contre le rythme divin , leur rébellion ayant forgé une réalité plus matérielle , une planète dure , épaisse , où la pensée du Créateur s’était figée comme un roc . Ce monde-là , c’était la Terre !
Le vaisseau céleste , quasi invisible , mû non par des moteurs mais par l’élan d’une volonté cosmique , plongea tout droit dans les eaux grises d’un petit lac de Bretagne se refermant sur lui sans bruit , comme si rien n’avait été . Mais au matin ...
Ses occupants , qui en sortaient comme des fluides spirituels , descendirent , voulant visiter l'étrange pays de la forêt ! Celui-ci s’éveilla sous une brume d’argent . Les troncs noueux de ses chênes paraissaient écouter . Les mousses luisaient d’un vert neuf . Dans les clairières , le silence chantait comme un écho du passé .
Alors , les " Visiteurs " , qui étaient quatre , se mirent en marche , ondulant dans la lumière . Là où ils passaient , les corbeaux se taisaient , les cailloux frémissaient . Leur démarche était faite de contemplation lorsqu'ils parlaient sans voix , par télépathie , touchant , sans mains , les rêves enfouis des druides , les serments tus sous les dolmens , déchiffrant , à chacun de leurs pas , les mémoires du sentier de schiste frémissant !
Le peuple des hommes ne les vit pas . Mais les arbres , eux , reconnurent leurs traces .
Le Val sans Retour , ce repli du monde ancien , frissonna d’un secret oublié . Car les créatures célestes n’étaient pas venues pour punir ni conquérir , mais pour prendre contact avec le " Veilleur " qui , depuis les temps anciens , guettait l’heure de leur retour , lorsque les enfants du monde dense , ceux qui avaient oublié leur origine divine , commenceraient à se souvenir . Alors , peut-être , Brocéliande parlerait-elle à nouveau ?
2 - Il vivait en bordure de l'antique forêt , dans une vieille maison à demi ensevelie sous le lierre et , d'après eux , s’appelait Eliav , sculpteur aux temps anciens , comme l’avaient été ses aïeux qui , toujours , prétendirent que c’était une mystérieuse pierre vivante qui les appelaient dans leurs rêves . Depuis quelques jours , personne n'aurait su dire pourquoi , l'on sentait que l’air avait changé , que le vent avait un goût d’enfance oubliée , que les ombres des chênes semblaient s’attarder plus longtemps au dormant des fenêtres . Jusqu'à ce matin bizarre où il avait cru ressentir , sur la rive de l'étang , l'espace d'une seconde , une étrange vibration ! Pas un bruit , non . Plutôt ... comme une présence . Quelque chose de vaste , de doux , qui palpitait comme un chant inaudible tout autour de lui ! Il leva les yeux tandis que , sur la berge opposée , entre deux bouleaux tordus par les siècles , telle une lueur soudaine parmi le feuillage , une silhouette lui apparut , qui se matérialisa brusquement devant lui , qui l'observait !
C’était une femme , ou peut-être autre chose . Sa forme semblait flotter légèrement au-dessus du sol , et sa robe , diaphane comme les brumes de l'aube , s’écoulait autour d’elle comme de l’eau qui ne mouille pas . Son visage était pâle , serein , d’une beauté trop pure pour appartenir à ce monde . Et ses yeux , ses yeux qui contenaient l’éclat des nébuleuses !
De l"autre côté , même si ses lèvres fines parurent ne pas bouger , le promeneur perçut sa voix mélodieuse :
- Tu te souviens de moi ? , fit-elle semblant de lui demander .
Dans un éclair , tout lui revint des visions d’un autre univers , d’un autre temps , d’un serment fait sous un ciel sans nuit , d’un amour qui n’avait jamais eu de fin , seulement l’obscurité ...
Elle s’appelait Ana , fille d’Avalon , planète lumineuse , princesse de l’espace, gardienne des archives d’outre-temps , venue veiller ici-bas les âmes perdues dans la matière . Mais jadis , avant la chute , Eliav , comme elle , n’étaient qu’un , deux notes d’une même mélodie divine !
Lui , cependant , qui avait choisi la densité , avait , jusqu’à aujourd’hui , tout oublié . Pourtant , d'un soupir à travers le silence , elle lui tendit la main , la forêt tout entière semblant retenir son souffle , car cette rencontre réveillait en elle d’anciens pouvoirs , lorsque la force de son amour guidait les amants sur le chemin secret de la fontaine et des mystères enfouis ...
( A Suivre )
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MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature - IV - Balade au Phare ( Virginia Woolf ) .
MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature
IV - Balade au Phare ( Virginia Woolf )
" Ce rêve de partage , de complétude , d'une réponse trouvée dans la solitude de la plage , n'était donc qu'un reflet dans un miroir ? Le miroir s'était brisé ... "
Virginia Woolf - " Vers le Phare " , II , 6 - Le Temps Passe . *
8 - La pluie avait tambouriné toute la nuit dans ma tête et sur le toit .
Le lendemain , la maison , pâle fantôme dans la grisaille , me sembla aussi vide qu'un navire abandonné .
Ma solitude sans doute était grande , mais l'Amour est parfois plus qu'un songe , n'est-ce pas , quand il ressemble à la Mort !
Le troisième jour , ne voulant voir personne , je partis vers la plage à l'occasion d'une éclaircie , me contentant d'un chien pour seul compagnon de tristesse ,
et , suivant la côte avec lui , du bruit de ses pattes mouillées dans les gerbes d'écume .
En face , il y avait l'Île Vierge , et déjà , je l'imaginais tout au bout de la terre ferme , face au vent du large , frêle esquif battu par les vagues noires couronnées de mousse , telle une petite goutte frémissante au coeur de l'océan !
Là-bas , le phare mystérieux , planté comme un arbre au milieu des flots , me ressemblait , paraissant me dévisager d'un oeil jaune ironique , doutant , sans doute , que je sois tout de même assez fort pour découvrir son secret . Coeur à marée basse , comme lui , je m'étais revu pourtant , le long de sa grève immensément déserte , galoper tel un rêve du temps de ma jeunesse ... Mais maintenant ?
" Tout est mouvement , tout est danse ... " , m'avait-elle expliqué la veille , me regardant avec peine , à moitié ivre de la soirée d'hier , doutant si ce que je venais d'entendre et de vivre , ce que j'avais écouté d'une oreille inattentive auprès d'elle , pouvait être
vrai , ayant sans doute cherché la sincérité de son langage au miroir impénétrable des mensonges de ma propre vie ...
Un besoin soudain de vomir s'était emparé de moi , si irrépressible que je prétextais un malaise , bondissant hors de la salle du restaurant pour me réfugier dans ma chambre , me demandant ce que je faisais là , dans ce pays de fête aux gens trop insensibles pour comprendre qu'après quatre siècles , le loup rouge ou l'hirondelle ne reviendraient probablement jamais chez eux , sinon dans le pays de leur coeur , en cachette , comme une amour défunte , ombre jetée sur la lande ...
" Un Alarc'h , un alarc'h tramor ! , chantaient-ils naïvement . ( 22 )
Mais moi , qui n'était pas comme eux , qu'est-ce qui me séparait de l'oiseau palpitant , cygne ou aigle noir s'élançant du sémaphore , désespéré de trouver enfin la chaude lumière d'une âme bretonne au couchant d'outre-monde ?
( A Suivre )
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Notes :
22 - " Barzaz Breiz " , I , 31 - Le Cygne ou le Retour de Jean le Conquérant :
" Un cygne , un cygne d'outre-mer ... " La Bretagne acclame le retour de son libérateur , le duc Jean IV ( 1339 - 1399 ) .
* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .
LE JASPE DU CERCLE D'OR - Teaser / Bio - .
LE JASPE DU CERCLE D'OR
Teaser / Bio
Le héros de cette histoire expose à dessein son existence d'écrivain raté qui doit vendre , en guise de couverture , des chemises dans un grand magasin parisien pour survivre , face à une autre beaucoup plus secrète , celle d'agent dont la fille , Martina , arrive un jour chez lui pour lui dire qu'il doit s'envoler avec elle pour l'Allemagne afin de secourir son amour de jeunesse , ex membre de la Stasi , qui est en grand danger ! La police , qui , à son arrivée à Berlin , lui déclare avoir mis la main sur un pendentif caché dans le bagage de sa progéniture , celle-ci , voyageant incognito , ayant pu s'échapper , lui parle aussitôt d'un dénommé Wilhelm Grüber , organisateur d'un trafic entre l'Afrique du Sud et l'ex-RDA ( armes contre pierres précieuses ) , qui serait apparenté à un ancien dirigeant complice d'un certain Nemo , milliardaire pilotant toute l'affaire à son compte pour couvrir d'autres activités bien plus étranges , voire criminelles !
DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...
DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Teaser ( 4ème Couv.) - Bio -Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2025 .
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