Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Dan Ar Wern Official Website
Articles récents

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XIX - Confession .

22 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Château de Telc / Telscht ( Moravie )

Château de Telc / Telscht ( Moravie )

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XIX - Confession

 

 

 

 

 

 

 

" Dire le Graal est vain ,

  Vers lui ne s'ouvre aucun sentier ,

  Et nul ne peut trouver la route

  Qu'il n'ait lui-même dirigé son chemin ... "

 

Richard Wagner - " Parsifal " , Acte I .

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      33 - Un garde , la nuit suivante , vint le

chercher , puis , la tête également recouverte d'une cagoule et vêtu d'une même combinaison militaire , l'avait entraîné , par un long couloir , à une petite cellule de moine qu'une autre personne , selon toute apparence , occupait déjà dans la solitude extrême de ce genre de lieu .

- Allons , monsieur le cavalier de la dernière

heure , auriez-vous peur ? , lui lança une voix connue à la cantonade Tout n'arrive que par la permission de Dieu , n'est-ce pas ? , rajouta l'autre prisonnière d'un air ironique , sachant à qui elle avait à faire , mais lui , sans comprendre les vraies raisons de ce qui lui tombait soudain sur la tête , et pourquoi , en ce jour , on l'avait brusquement arrêté , fut abasourdi de reconnaître Martina qui surgissait ici , dans cette chambre dont la seule ouverture , une étroite lucarne , donnait sur une cour intérieure , permettant au nouvel arrivant d'entrevoir l'enceinte crénelée de la courtine opposée surplombant , sans doute ,  la morne étendue nocturne . 

( 31 )

          Mais , dans la petite pièce , les questions fusaient , montrant la surprise d'Anton qui ne s'attendait pas à la trouver ici :

- Pourquoi ai-je été fouillé par la douane ? Et toi , pourquoi m'as-tu abandonné ?

         D'un ton qui tâchait d'être gai pour le faire rire , elle avait en vain tenté d'animer la conversation :

- Connais-tu l'histoire de cette brave paysanne tombée brusquement malade , mais dont la santé fut rachetée par la vente d'un cheval ? ... Une bonne bretonne bien de chez vous ! , lui avait-elle ensuite précisé , riant toute seule beaucoup trop fort , puis voulant s'excuser de son mauvais goût tout en rageant d'être à nouveau maladroitement , comme à son habitude , tombé à côté de la plaque ! 

- Parfois , j'aurais voulu qu'elle me ressemble , soupira-t-elle , gênée , mais malheureusement , comme tu t'en doutes ... je ne suis pas des

vôtres Les Xerioniens , mon peuple , des entités à la fois biologiques et numériques , décelèrent un fragment de jaspe caché dans une région isolée d'Islande . En 1971 , le premier objectif de leur vaisseau extraterrestre , caché parmi les satellites artificiels qui orbitaient la Terre , était de trouver ce minéral d'une composition unique permettant aux êtres de ma planète Xerion de modifier leur ADN pour survivre ici en s'intégrant au patrimoine génétique humain .
Mais leur mission fut compromise par un groupe de trafiquants de diamants , dirigé par un mercenaire allemand sans scrupules , Grüber . Le gang , déjà en quête de pierres précieuses pour alimenter des conflits sanglants , subtilisa la pierre avant l’arrivée des nôtres . Désemparés , nous dûmes élaborer un nouveau plan . Le premier prototype " KLARA " , cependantn'aurait jamais dû te rencontrer ... , lui précisa-t-elle dans l'ambiance crépusculaire de la cérémonie du thé . Mais l'entité choisie avait eu un problème , une urgence , m'a-t-on raconté plus tard sans plus de détails . ( 32 )

- C'est curieux ... Moi , par contre , j'ai l'impression d'avoir perdu le fil de ma mémoire , lui répondit-il , complètement abasourdi par ces prodigieuses révélations qu'il ne parvenait pas à croire ... Alors , vous deux , toi et Ilse , vous seriez ... des anges de la Providence , finit-il , hésitant , par ajouter en effleurant du doigt l'une de ses mains qui tenait fermement sa tasse , la touchant même avant qu'une flaque de lumière venue du soleil enfin réapparu tout là-haut dans un éclat derrière les nuées sombres , comme un clin d'oeil tardif du ciel , leur jette une dernière lueur d'espoir ...

 

 

( A Suivre )

                                ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XIX - Confession - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

Notes :

 

31 - " Mémoires d 'Outre-Tombe " ( 1809 - 1841 ) , III , 4 - Mon Donjon , de François-René de Chateaubriand ( 1768 - 1848 ) , écrivain breton né à Saint-Malo .

32 - Voir le prologue .

Lire la suite
Publicité

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XVIII - Guet-Apens .

21 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Reconstitution du scénario classique des enlèvements extraterrestres tirée du documentaire " UFOs Crashed My Vacation " .

Reconstitution du scénario classique des enlèvements extraterrestres tirée du documentaire " UFOs Crashed My Vacation " .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XVIII - Guet-Apens

 

 

 

 

 

 

 

" Le monde extérieur est un monde d'ombres :

  Il jette son ombre

  Sur le royaume de lumière ... "

Novalis - Pollens , 16 ( Blüthenstaub ) 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

31 - Cependant , de l'autre côté du barrage , un homme équipée d'une paire de jumelles , n'avait rien perdu de cette scène , et tandis que la Peugeot 504 longeait , peu après , les rives tranquilles de la Zschopau , elle fut forcée de s'arrêter devant un barrage . Une Daimler 38 noire qui attendait le long de la route , embarqua , sous la menace , le couple de passagers qu'on avait d'abord drogués pour un long périple à travers l'Allemagne et la Tchécoslovaquie jusqu'au petit village d'Hubenov , au sud-est de Prague , en Moravie , et , sous une épaisse frondaison de feuillus , jusqu'à l'entrée du château de Teltsch . ( 21 )

       Là , un garde en tenue paramilitaire vint les chercher pour les accompagner dans une grande allée silencieuse , mais leurs pas crissèrent sous la voûte sépulcrale d'ormes tortueux et de chênes séculaires tandis qu'ils passaient près d'une " Fata Morgana " posée sur la vasque d'une petite fontaine de jardin possédant dix jets , comme les dix symphonies du Maître de Jihlava  ...

( 22 )

       Légèrement groggy , dans un état de somnolence , Anton , ignorant ce qu'était devenu son

ami , fut ensuite conduit dans une espèce de salle souterraine assez grande , toute suintante d'humidité , qu'une galerie latérale éclairait d'une source lumineuse invisible . Sur une immense porte surmontée d'une grille en fer , étaient gravés deux mots dans un triangle , figure mystérieuse à l'intérieur d'un cercle , autour de laquelle s'enroulait un serpent rouge : " ARKA ANATH " . Un blindage métallique semblait rendre la pièce hermétiquement close . Il n'y avait que l'ouverture au-dessus , d'où jaillissaient des rayons si incandescents que nul regard n'aurait pu durablement s'y fixer , mais d'où l'on pouvait découvrir une scène presque 

incroyable ! ( 23 )

       Dans une salle illuminée d'une fantastique machinerie multicolore , des êtres bizarres , vêtus de combinaisons vertes , s'affairaient sur une grande plaque de verre translucide autour des corps d'un homme et de son accompagnateur extra-terrestre , qui ressemblant de plus en plus à celui qui se trouvait allongé près de son compagnon sur une plaque de verre , portait , comme l'autre , sur sa tête , un bandeau de cristal enchâssé dans un disque d'argent , pendant que l'un des

infirmiers , qui avait un casque de scaphandre , faisait tournoyer devant leurs yeux son petit cylindre en quartz .

      Des éclairs jaillissaient des murs , fusant de la table , irradiant le masque de l'opérateur depuis le bout de son faisceau de pierre translucide jusqu'aux extrémités du diadème des patients ! Comme surgies des ténèbres tant se trouvait agrandies leurs silhouette par les effets de l'ombre et de la lumière sur la paroi rocheuse , deux autres créatures , dont l'une d'apparence humaine , mais qu'on aurait dit plus monstrueuses , commencèrent d'échanger soudain quelques propos d'une voix sarcastique . 

- Hélas , fit l'un d'un ton goguenard , votre procédé de clonage a du mal à fonctionner !

- Justement , Grüber , lui répondit sèchement son voisin , celui qui paraissait être le Chef , sorte d'Alien au visage de reptile humanoïde , cette larme de cristal composite incisée sous leur peau ou , si vous voulez , cet artifice de grand prix , n'est que l'ersatz d'un objet surnaturel qu'ils nous ont volé , lui et vos complices , peut-être sans en comprendre la vraie valeur , mais que votre fille , me dites-vous , n'a pas retrouvé , le condensateur d'énergie , ce fameux jaspe rouge du " Cercle d'Or " que nous recherchons toujours ? Mais où maintenant se cache l'original ? , insista-t-il , associant inconsciemment à celle du joyau dans la crypte , la disparition

d' Ilse Stern , alias " KLARA " , dont on l'avait

informé , jadis , dans le plus grand secret ! ( 24 )

- Le codex ? Voyons , se mit-il encore à réfléchir , considérant d'un oeil dubitatif le couple sur le panneau de cristal . Deux ou trois notes cryptées parmi quelques autres , dissimulées dans l'adagio d'une symphonie de Mahler ... Nous devons juste feindre de lui faire un peu confiance pour qu'il nous le révèle enfin !

 

32 - Dans sa cellule , l'écrivain se souvint d'une balade qu'ils avaient fait un jour ensemble dans le Palatinat , par une chaude journée d'été . Avant de partir déjeuner dans la montagne , ils s'étaient promenés dans la cathédrale de Spire . Une fois regagné la

France , ils avaient vu les premiers feux du soir embraser les ruines du château de Fleckenstein , faisant vite leur tour , trop éblouis sans doute pour en franchir le seuil , comme s'il était trop tard pour un amour perdu ! ( 25 
       Dans ses nombreux courriers restés sans réponse - elle n'avait pas le temps , c'était son excuse favorite - il lui avait parlé  d'héroïnes mystérieuses dont il aurait souhaité s'inspirer pour une future création : Diotima , Caroline Von Günderode ...

( 26 )
       Après son départ , sentant son visage effleuré par des caresses d'ange , il avait rêvé , la nuit , qu'elle était l'une d'elles venue lui chanter sa berceuse ...
Et nos derniers pas dans l'allée forestière de Schönau , lui écrivit-il , moment de grâce au crépuscule avant de se quitter ?  ( 27 )

" J'imaginai , lui confia-t-il plus tard , voyant une jeune tourterelle s'enfuir à tire-d'aile du

feuillage , l'amour impossible du grand Goethe pour sa Frédérique ... " ( 28 )
       N'était-il pas lui-même " enfant de
Septembre " après tout ,  " Prince malade " cherchant , tels Pelléas ou Tristan , l'âme en peine d'une femme qu'on n'attend plus sur le chemin sans espoir d'une vieille bâtisse abandonnée ? ( 29 )

       Il avait saisi sa main pendant la promenade , la pressant fièvreusement d'une ultime étreinte ...
" Nous nous aimerons tant que nous tairons nos mots , lui avait-elle murmuré , invoquant l'émouvante prière de Francis Jammes :
" Faisait-il beau quand elle est morte , votre amie ?
Oh ! ... Je voudrais savoir si c'était le matin ...
Avant de s'en aller , vous a-t-elle souri ? " ( 30 )
      Que restait-il , désormais , de ce temps
révolu ?
      Vagues souvenirs s'envolant comme feuilles d'automne , lambeaux de vie , poussière

d'étoiles ...
      Quoi , sinon ce bijou ? , s'était-il demandé au soir de Noël , fixant du regard la brume rougeâtre noyée par le linceul d'hiver ...

   

 

( A Suivre )

                                ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête XVIII - Guet-Apens - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

Notes :

 

21 - Hubenov ( Steindorf ) , château de Telc 

( Teltsch ) , communes du district de Jihlava 

( Iglau ) , à une centaine de kilomètres de Prague 

( Empire austro-hongrois , république tchèque actuelle ) .

22 - " Fata Morgana " ( vers 1573 ) , statue de Jean Bologne ( 1529 - 1608 ) , sculpteur flamand - Fonte della Fata Morgana ( Province de Florence , It. XVIè siècle ) .

     - Gustav Mahler ( 1860 1911 ) , né à Kaliště , à 30 km au nord-ouest , a passé son enfance à Jihlava ; y sont enterrés ses parents , Marie et Bernhard Mahler .

23 - " ARKA ANATH " : " Arche d'ANA " .

     - Ana , nom de la Déesse-Mère dans la Mythologie celtique

     - Anath , Reine des Cieux chez les Cananéens .

24 - Cercle d'Or , itinéraire touristique incluant le cratère de Kerith en Islande .

25 - Land de Rhénanie-Palatinat ( Rheinland-

Pfalz ) , dans le sud-ouest de l'Allemagne .
     - Spire ( Speyer ) , ville allemande sur le Rhin , dans le Sud du Palatinat . Belle cathédrale romane fondée par Conrad II en 1030 .
     - Château de Fleckenstein , en Alsace du nord , commune de Lembach , édifié après 1138 , lors de l'accession au trône de Conrad III de Hohenstaufen .

 

26 - " Diotima " , surnom de Suzette Borkenstein

( 1769 - 1802 ) , grand amour de Friedrich Hölderlin ( 1770 - 1843 ) , poète classico-romantique et philosophe allemand , qui fut évoquée dans son oeuvre la plus célèbre : " Hyperion "

( 1797 - 1799 ) .
     - Karoline Von Günderrode ( 1780 - 1806 ) , poétesse romantique allemande qui se poignarda à l'âge de 26 ans . 

 

27 - Schönau , petit village proche de la frontière française , entre le château de Fleckenstein et la forêt du Palatinat , qui est évoqué par Friedrich Schiller ( 1759 - 1805 ) , dans son poème : "Der Gang Nach dem Eisenhammer " . Une fois gravi le sentier sous les ombrages de la sapinière , on trouve un petit monument portant une croix

gravée , avec l'inscription : "Am Zundelsfelsen " ( Le Rocher flamboyant ) .
 

28 - Goethe , étudiant à Strasbourg ( 1770 -1771 ) , séjourna à Sessenheim où il tomba amoureux de Frédérique Brion ( 1752 - 1813 ) , fille du Pasteur .
 

29 - " Enfant de Septembre " , "Prince malade " , in " Madeleine " ( 1915 ) , nouvelle d'Alain-Fournier publiée dans " Miracles " ( 1924 ) .
     - Pelléas et Mélisande ( 1893 ) , pièce de théâtre symboliste de Maurice Maeterlinck ( 1862 - 1949 ) , et opéra de Claude Debussy créé en 1902 à Paris . C'est une transposition du mythe de Tristan et Iseut , qui fascina tant la jeunesse de la Belle Epoque ! 

 

30 - " Tristesses " ( 1905 ) , seconde partie de Clairières dans le Ciel " ( 1902 - 1906 ) recueil de Francis Jammes ( 1868 - 1938 ) , poète symboliste béarnais .

 

   

Lire la suite

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XVII - La Tombe .

20 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XVII - La Tombe .

 

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XVII - La Tombe

 

 

 

 

 

 

 

"  Que mon cercueil soit noir ,

   Six anges venant derrière ,

   Deux pour chanter , et deux pour prier ,

   Et deux pour emporter mon âme ... "

James Joyce - Chanson de Brigitte -

" Portrait de l'Artiste en Jeune Homme " , I .

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29 - Ils s’introduisirent dans le château par une entrée latérale, guidés par les maigres plans trouvés au dos de la lettre par l'écrivain . L’air était humide , chargé de l’odeur de pierre froide et d’abandon . Dans les couloirs , des bruits furtifs trahissaient la présence d’animaux ... ou de quelque chose de plus sinistre . Une fois franchie la lourde porte bardée de fers et de clous , les visiteurs pénétrèrent dans un long corridor dont les murailles , poissant d'humidité , s'éclairaient de dizaines de torches tenues comme autant de  glaives par d'imposants chevaliers teutoniques stylisés dont chaque heaume était surmonté d'une tête de

mort ! Puis , montant les marches d'un pas lent , tous deux parvinrent à une petite cellule de moine qu'avait sans doute jadis occupé le prisonnier d'un champ de bataille recueilli dans la solitude extrême de ce véritable monastère , celui-ci , sans doute , ayant dû passer sa première nuit d'épouvante à l'intérieur de cette pièce nue , ornée seulement d'un bahut de chêne , d'un lit de fer et d'une paillasse , avec , sur les parois , d'antiques tentures médiévales contant la célèbre " Quête du Graal " ! Mais dans cette salle voûtée , cachés derrière une pierre du mur qu'ils avaient longuement palpé , ils finirent par trouver quelques documents , des photos floues d'Odile / Ilse , visiblement prise au piège ainsi que des registres évoquant des " transferts " humains . L’espoir d’un côté , l’horreur de

l’autre !

        Pour seule ouverture , une étroite lucarne , donnant sur la cour intérieure , permettait au nouvel hôte d'entrevoir l'enceinte crénelée de la courtine opposée surplombant l'étendue morne d'un cimetière endormi .

- Elle était là ! , murmura Anton en serrant l'un des papiers .

Certes , le mystère restait entier , le château ne livrant pas tous ses secrets , mais une chose était sûre , il ne reculerait devant rien pour découvrir la vérité . Était-elle morte ici , prisonnière  ? Ou bien avait-elle trouvé un moyen de s’échapper ?
Et si elle était vivante ? , se prit-il à croire

encore .
Une inscription glaçante , gravée au couteau attira soudain sa curiosité : " IS. 1989 . Espérer toujours ! " .
Le message , pour lui , était un choc , une lueur dans l’obscure nuit du cachot !

 

 

30 - Le cœur de son ami se serra .

- Et si Odile était toujours en vie , malgré

tout  ? , renchérit Gwennole .
- Elle pourrait bien être aussi ... là-bas ? , gémit l'autre , hochant la tête .

Sans attendre , les deux amis prirent , inquiets , la route du champ des morts , tout en bas du château émergeant des brumes , qui se dressait au sommet d'une roche de cauchemar autant que de mystère , avec ses murailles sinistres de forteresse vide et désolée comme un coeur d'artiste , et ses tours sombres balayées par le vent ! Tentant de rassembler les morceaux épars de cet énigmatique puzzle , Anton , une fois de plus , refit le film de sa peu glorieuse existence , commençant par se revoir seul dans sa chambre d'enfant , terrifié par d'envahissantes ténèbres , pensant , lui aussi , à la mort . N'avait-il pas franchi la frontière sans retour ?  Malgré d'inévitables zones d'ombre , il s'était sans doute , comme bien d'autres , bercé d'illusions . 
Pouvait-il être sûr , néanmoins , du scénario qu'on s'efforçait maintenant de lui vendre , et des images toutes faites qu'on avait imprimées dans son cerveau en feu ? Il prit soudain conscience de sa misérable enveloppe charnelle , guettant cette petite lueur , au loin , qui l'invitait vers d'autres horizons ...
       Pour sa défense , n'avait-il pas été victime d'un complot machiavélique ourdi par quelque société secrète au temps du communisme ?
       Non loin de là , il y avait une grille rouillée , celle d'un petit cimetière en surplomb posé , tel un enclos ténébreux sur la campagne au pied de la falaise vertigineuse . Alors , pourquoi , se demanda-t-il , cette impression pénible de revivre toujours des heures tragiques ?
Ma mère est morte il y a longtemps ! ", lançait-il avec rage vers l'infini , ne pouvant s'empêcher de maudire sa destinée ! Là , au milieu de pelouses parsemées de fleurs bleues et de myosotis , l'homme , escorté de Gwennole , son garde du corps , longeait l'allée principale bordée de 
cyprès et de chrysanthèmes blanches puis , s'installant sur un banc , se recueillit une heure devant la tombe surmontée d'une grande croix teutonne en pierre , dévorée par une mousse verdâtre et rongée par l'humidité , sur laquelle on pouvait lire à peine un nom presqu'effacé suivi d'une série de chiffres laconiques résumant à leur manière la distance illusoire entre l'être et le néant :

Ilse Stern-Grüber ( 1953 - 1989 )

          " Une vie en temps de paix ! " , songea-t-il avec effroi juste avant de s'écrouler , de pleurer comme une madeleine , puis , peu à peu , finissant par s'imprégner de la monotonie du lieu sous les tendres caresses vespérales de son fantôme au souffle de zéphyr , devant toutes ces rangées bien alignées d'histoires devenues vaines comme une toile pâlie de guerres inutiles , d'amours

défuntes ...

          Sans cesse , revoyait-il cette maudite nuit d'octobre où , tirant nerveusement , l'oeil embué , sur sa cigarette , elle avait soudain débarqué de Berlin telle une fille perdue clamant partout qu'elle avait mis trop de temps à voir clair dans sa triste existence !

Mais pour lui , désormais , n'était-il pas trop

tard ? Tandis que le crépuscule tombait , les deux hommes quittèrent Kriebstein avec une nouvelle mission : retrouver sa fille pour en savoir plus et découvrir où elle avait pu être emmenée . Pour Anton , il ne s’agissait plus seulement d’un mystère , mais d’une quête : ramener Martina , vivante ou morte, et mettre fin à ce réseau maudit.
Le " Tiergarten " les attendait à nouveau , autre étape d'un voyage nocturne où l’espoir et le danger ne faisaient que commencer !


 

 

( A Suivre )

                                ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête XVII - La Tombe - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

 

 

 

 

Lire la suite

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XVI - L'Ange Noir .

19 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XVI - L'Ange Noir .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XVI - L'Ange Noir *

 

 

 

 

" Avant que je m'en aille sans retour 

  Au pays des ténèbres et de l'ombre épaisse

  Où l'aurore même ressemble

  A la nuit sombre ... "

JOB 10 , 21 / 22 .

 


 

" Où donc es-tu , pythonisse ? Quelque soit le nom dont on te nomme ... "

Goethe - " Second Faust ", Acte III

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

27 - Une pluie fine tambourinait sur le pare-brise de la vieille Peugeot 504 de Gwennole Kerma

dec , une espèce de colosse à la carrure d’ours qui avec sa carrure imposante et son visage déterminé, semblait prêt à affronter une armée s’il le fallait . Parfois , l'automne arrivant après la saison de pêche , de février à fin août , celui-ci se transformait en chauffeur de taxi ou en grossiste à Paris . Tenant fermement , de ses mains calleuses , le volant de la voiture , il avait roulé sans pause et traversait les longues autoroutes grises de l’Allemagne , avalant les kilomètres , l’esprit hanté par une lettre reçue deux jours plus tôt de son vieil ami , Anton , installé temporairement à Berlin . Car ce n’était pas un trajet professionnel qui l’amenait ici . Non , c’était une affaire de cœur !

" Gwennole , viens vite ! Je crois que jai trouvé quelque chose à propos d'Odile . Tiergarten , hôtel Schweizerhof .

PS : Jai besoin de toi ! "

 

Odile Dürrenbach , cette jeune alsacienne pétillante ayant illuminé son monde deux décennies plus tôt , se rappela-t-il , et qui , avant de mystérieusement disparaître , avait laissé derrière elle tout un vide ainsi qu'une rumeur sinistre parlant d’un réseau criminel , mais les pistes s’étaient si vite évaporées !
Dans son esprit , ce nom faisait aussi écho à la cloche funèbre de l'Ankoù , à la douleur de son ami , rongé depuis tout ce temps par cette tragédie qui le hantait , mais aussi par le doute après la perte de son grand amour !
( 18 )

Arrivé sur place au petit matin , le conducteur gara sa voiture avant de marcher rapidement sous la pluie jusqu’à l’hôtel . Anton l’attendait dans sa chambre , les traits tirés et les mains trem-

blantes .
Merci d'être venu , lui lança-t-il en lui tendant une tasse de café noir , une feuille à la main . Ce que j'ai trouvé n'est pas sans danger , mon vieux ! Mais je ne sais pas par où commencer , bredouilla-t-il ensuite , sortant une carte froissée de sa valise , puis en déchiffrant une vieille lettre , retrouvée dans les affaires de Marina . Les mots étaient effacés par le temps , mais un nom y était lisible :

" Kriebstein " . ( 19 )

- C'est un château à quelques heures d'ici . Jai suivi cette piste parce qu'elle m'en avait parlé , chez moi , me disant qu'il servait peut-être de planque à un gang lié aux " diamants de sang ", ces pierres maculées de violence , venues des zones de guerre . Ils y entreposeraient des marchandises volées , de la drogue ... ou , qui sait , des gens ? Cest là quils lont emprisonnée , si ça se trouve ?
Le romancier sentit un frisson parcourir son dos . Pourquoi donc navait-elle laissé aucune trace derrière elle  ? , se demanda-t-il , rempli d'inquiétude .

28 - La veille au soir , il s'était senti si fatigué qu'il était tombé tout habillé sur son lit ! L'espace d'un instant , perdu dans son rêve et complètement harassé par l'horrible journée qu'il venait de vivre , il avait cru revoir , au-dessus des blocs de couleur sombre de cette ville inconnue , le cruel ange noir qui l'avait déjà nargué au bout d'un énorme gouffre de ténèbres trouant le ciel où il évoluait encore , spectre majestueux paraissant se moquer de la solitude effroyable de son double terrestre , marionnette ridicule ou sinistre pantin dont , sans vergogne , il tirait les ficelles , voguant comme un aigle aux serres sanguinolentes dégoulinant sur un désert de moutons résignés , faisant planer son ombre tragique sur d'ineffaçables traces de ses crimes inexpiables ! 

Qu'était-il à côté de lui ? , se dit-il , pensant à l'immensité de l'espace qui le séparait de sa bien-aimée disparue , et se rappelant ce long chemin balayé par le vent qui ne menait nulle-part , quand il partait seul , en Bretagne , vers la falaise abrupte à travers champs .

Les deux hommes , dès l’aube , avaient pris la route , et maintenant , la forteresse , entourée de forêts et de brumes , dont on aurait pu croire que la peau du monstre en parait les murs comme un manteau déguenillé de sorcière semblant la revêtir , paraissait un décor de vieux conte germanique , avec son atmosphère pesante qui en dissimulait , parfois , les secrets , mais parfois également , s'était mise à redevenir brillante , écailleuse , au fil d'étendues cosmiques bizarrement parcourues d'étranges lueurs verdâtres planant au-dessus de ce château de la " Mort Rouge " où , s'y étant retranchée d'un rictus méprisant , la créature avait certainement su trouver un passage vers ses royaumes souterrains , tissant Insidieusement sa toile maléfique , l'étendant peu à peu à tout l'univers , troublant le monde et le coeur des êtres par son air aimable et ses fausses apparences , façonnant chacun de ses multiples fils embrouillés dans le cours banal d'une

cruelle existence , fantôme hideux se lovant dans un sourire aguicheur , un nuage , ou démon terré nourrissant les plus sombres pensées dans le creux d'un obscur labyrinthe , goutte cristalline au bord des prunelles rougies d'une belle croupissant dans sa geôle ... ( 20 ) 

 

( A Suivre )

                                ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête XVI - L'Ange Noir - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

Notes :

 

18 - Ankoù , en Bretagne , personnification spectrale de la Mort .   

 

19 - Château de Kriebstein , en Saxe

( Allemagne ) , sur un éperon de montagne dominant la rivière Zschopau .

 

20Le Masque de la Mort Rouge " ( The Mask of the Red Death , 1842 ) , nouvelle fantastique d'Edgar Allan Poe ( 1809 - 1849 ) , auteur américain .


 

* DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - HallucinationsII - Souvenirs -







 

Lire la suite
Publicité

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XV - La Passagère .

18 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

La Passagère - Baudouin , 2011 .

La Passagère - Baudouin , 2011 .

 

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XV - La Passagère

 

 

 

 


 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien " ( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     24 - Bien sûr qu'il nia tout , même si on avait fini par mettre la main sur l'objet sans doute soigneusement dissimulé , disaient-ils , dans la mallette de sa " chérie ", qui avait si vite et curieusement disparu ! Selon eux , le frère de l'ancien chef Grüber , un prénommé Wilhelm , s'était envolé jadis d'Afrique du Sud vers l'Angola avec des armes provenant d'Europe de l'Est , en échange desquels l'UNITA avait donné , à l'époque , l'équivalent de 6 millions de dollars en pierres précieuses ! L'enquête avait conduit les agents sur les traces d'un certain mécène appelé Nemo , milliardaire ayant fait fortune dans les mines de diamants , dont un filon majeur , en Islande , était justement destiné à

couvrir , par l'intermédiaire d'un casino , toutes ses activités criminelles générées par les nombreux conflits africains . ( 15 )

 - Mais à qui feras-tu croire ça ? , lui avait répondu le flic d'un air menaçant , lorsqu'il avait tenté de lui raconter une fable pour le berner . Ce bijou , vous l'avez volé , toi et ta mystérieuse passagèreOù maintenant se cache-t-elle ? , insista le type , associant inconsciemment la disparition de la jeune fille à celle du joyau caché dans son bagage de cabine , dont on venait de l'informer dans le plus grand secret !

 - Elle était ta complice'est-ce pas tu savais bien qu'elle était chargée du transport ? Mais l'autre avait découvert le pot aux roses Qu'est-ce que vous en avez fait ?

Il leur avoua que pour les gens du voisinage , il n'était qu'un intellectuel à l'air un peu égaré , genre de poète au charme désuet , qui , dans un appartement exigu du 19ᵉ arrondissement , sous les toits gris du vieux Paris , s'efforçait d'écrire sans beaucoup de succès , d'ailleurs , des romans que personne ne lisait . Mais , ce dont il ne parla pas , c'est , derrière la façade peu glorieuse d'une modeste activité complémentaire de vendeur de chemises , de son autre vie d'intermédiaire clandestin qui opérait dans l’ombre de cercles de contrebande d’informations et d’objets précieux . Car sa plume , utilisée pour rédiger des récits fictifs d’espionnage , servait en réalité de couverture à des activités bien plus réelles .

Ce qu'il n'avoua pas , non plus , c'est que , la veille , avait débarqué chez lui une jeune femme blonde au regard perçant qui s'était présentée sous le nom de Grüber , celle-ci lui en ayant rappelé une autre , Ilse Stern , alias Odile Dürrenbach , bien connue des années auparavant , qui avait prétendu avoir été étudiante à Strasbourg en histoire de l’art , puis , dans la capitale , était devenue l'obsession fugace de ses souvenirs . Mais selon Marina , elle n’était pas alsacienne , elle était sa mère , un agent secret de la redoutée police de l’ex-RDA !
Et sa fille lui avait expliqué qu'elle était maintenant traquée par les membres de son ancien réseau , un groupuscule désespéré tentant de dissimuler des secrets embarrassants datant de l’époque de la Guerre froide . Elle ajoutait qu'elle avait besoin d’Anton , non pour ses talents littéraires , mais pour son rôle de passeur d’objets et de secrets , puis , glissant une enveloppe dans ses mains , lui avait demandé de la suivre à Berlin .



25 - Après des heures d’interrogatoire , il fut relâché , faute , prétendirent-ils , de preuves irréfutables , mais , bien sûr et surtout , parce que le bijou était un faux . Lorsqu’il se rendit à l’opéra de

Berlin , lieu du rendez-vous donné par la jeune fille, il trouva une place vide et une lettre glissée sous un siège , avec , à l’intérieur , quelques phrases de réconfort :
" Cher ami ,
Je suis désolée de tavoir impliqué . Cette breloque était notre seul espoir de sauver ma mère , mais il portait aussi trop de poids . Si tu lis ces mots , c'est que je ne pouvais plus attendre . Retourne en France , tu es plus en sécurité loin de tout cela . Oublie-nous !
Ta Marina ."
Seul dans la grande salle vide, le sentiment d'avoir été manipulé submergea Gouvelioù . Mais quelque part , sous la douleur de la trahison , une étrange fascination persistait . Qui étaient vraiment les deux femmes ? Quelle vérité se cachait derrière leurs mensonges ?
Derrière les dernières paroles de la passagère , dans la cabine :

- Imagine-toi que " L'Offrande Musicale " figure au programme ! , avait-elle ajouté avec entrain . 
Une musique divine , s'était-il efforcé de lui répondre sur un ton de forfanterie destiné à lui cacher sa peine tout en lui faisant comprendre avec un semblant d'humour qu'il avait déjà été vaguement mis au courant de tous ces détails , mais que le véritable présent , pour lui , désormais , c'était

elle , et que ce qui lui faisait mal , c'est qu'il aurait juste voulu lui parler encore un peu de temps !

- Mais le programme a changé , lui avait-elle lancé d'une moue interrogative , jetant un oeil curieux sur son bagage de cabine , tandis que , peu après , l'éblouissement de son sourire à nouveau réapparu , exaltait toute la beauté de son corps d'adolescente , la montrant savourant , en apparence , un vrai moment de bonheur ! 

- Aujourd'hui , ce sera plutôt le concerto de Brahms ! ( 16 )
          Lui , cependant , restait sur la défensive malgré sa jeunesse et son charme .
- Tu sais , je te connais depuis longtemps ,'ai ton livre dans ma chambre , lui confia-t-elle enfin , glissant certainement , en cachette , l'écrin dans son sac de voyage pendant une courte absence aux toilettes .
 L'idée de ce simple constat le laissait complètement songeur ! Du moins , c'était le scénario qu'il avait imaginé , sans en connaître , pour l'instant , d'explication plausible .
         

26 - Un tantinet médium , il pensait davantage à un scénario alternatif conçu par quelqu'un d'insaisissable ou d'invisible , presque , le metteur en scène , peut-être de toute cette histoire bizarre , celui qu'on n'attendait pas ! Puis il réalisa tout à coup qu'une force irrésistible l'attirait vers elle , ne sachant plus très bien si elle était encore vivante ou déjà partie , la voyant planer , la nuit suivante , dans sa chambre du " Schweizerhof " au-dessus de l'immobile forme de son enveloppe charnelle aperçue plus bas , par un des hublots fêlés d'une cabine imaginaire d'avion , comme l'ombre d'un nouveau corps ne pesant presque plus rien qu'une plume d'Ange sur l'onde fluidique , et pourtant , si lourde qui l'accablait , en ce moment précis , dans l'intérieur de sa prison ! ( 17 )

La croix qu'il sentait lourdement porter autour de son cou , dans ce reflet visible d'une double peine de son âme , telle une coque de navire ou d'aéroplane à moitié brisée en deux , paraissait n'être plus qu'une vague sulfureuse , une brûlure intolérable du ciel , empoisonnée par la maladie d'une existence pécheresse qu'il n'arrivait plus ni à concevoir , ni à contrôler ! 

Approche donc , mon vieux ! Quelle sorte de voyage a été ta vie ? , pleurait mentalement son ancienne amie américaine . Sache que , si toute chair , un jour , doit disparaître , l'Amour , lui , ne meurt jamais 

- 'ai posé ma main sur toi ! ,  lui murmura cet Ange noir un peu plus tard , le fantôme de la revenante errant plus ou moins dans sa mémoire de rêveur lorsque le soir , enfin , celle-ci lui apparut pendant qu'il s'efforçait de trouver du calme pour dormir un peu après une journée aussi chaotique . Prodige ! Il avait soudain ressenti , comme avant , sa présence !    

Vois-tu , disait-elle , chaque être est animé de deux forces complémentaires , paradoxalement interactives par le Sang de la Rose fragile de son âme céleste , rosée de vie coulant sur la tige douloureuse des épines de mort de sa Rédemption  ! 

Par conséquentcette fleur si précieuse est double , mais j 'ai pris le bulbe du Lys Blanc qui doit reparaître un jour , illuminant le ciel d 'un éclat de mon sourire avant la dernière

chute ... L'autre , hélas , là ou ailleurs , vous laissera d'abord sa griffe , son empreinte sauvage et ténébreuse , plus belle en apparence , mais pour le plus grand malheur de l'humanité !   
 " J'espère qu'elle s'intéressera aussi au violon ! , se mit-il à délirer d'un sourire amer jusqu'au bout de cette rocambolesque rêverie , voyant la jeune artiste obligée , pour finir , de plaider devant le jury des circonstances atténuantes : le chantage de Grüber obligeant sa fille à l'enlèvement de celui qui voulait le faire chanter ! Cette nouvelle histoire s’écrivait peu à peu dans son esprit , peut-être sa meilleure , jugea-t-il , pour un nouvel ouvrage . Mais pour la vivre, il faudrait qu’il reste à Berlin , cette fois de son plein gré , décidant alors d'appeler au téléphone son vieux pote Gwennole de " Breizh Dieub " , grand pêcheur de haute mer devant l'Eternel , en qui il avait une confiance absolue , pour lui venir en aide .

 

( A Suivre )

                                ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR- Troisième Partie - L'Enquête XV - La Passagère - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

Notes :

 

15 - UNITA ( Uniao Nacional para a Independência Total de Angola = Union Nationale pour l'Indépendance Totale de L'Angola ) , mouvement anti-colonial angolais fondé le 13 mars 1966 devenu parti politique après l'indépendance du pays . 

 

16 - " L'Offrande Musicale " ( Musikalisches Opfer , 1747 ) de Johann-Sebastian Bach ( 1685 - 1750 ) , sur un thème de Friedrich II. der Grosse ( 1712 - 1786 ) .

    - Concerto pour piano et orchestre n°2 , en si bémol majeur , op.83 , de Brahms , composé entre 1878 et 1881 .

 

17 - Berlin Schweizerhof Budapester Strasse 25 , 10787 Berlin , situé en face du zoo , le " Grosser Tiergarten " ( Grand jardin des animaux ) , parc du centre de Berlin situé à l'ouest de la Porte de Brandebourg .

 

 

 

Lire la suite

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XIV - Complot .

17 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XIV - Complot .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XIV - Complot

 

 

 

 


 

Il y avait dans tout cela l'ombre tenace et pénétrante

  D'un formidable secret et d'une révélation suspendue ... "

 

H.P Lovecraft ( 1890 - 1937 )

Les Montagnes Hallucinées " ( 1931 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     22 - Le lendemain , Gouvelioù embarqua sur son vol avec un étrange malaise au creux de l'estomac . Bien sûr , il lui avait encore fallu laisser s'enfuir trop vite celle qui  , l'espace d'un instant , avait su déchirer , transfigurant sa pauvre

vie , un coin du ciel sombre au-dessus de lui . Pareil à un coup de soleil , pensa-t-il de la marque laissée par cette nouvelle rencontre éphémère d'une heure passée ensemble ! 
- Je devrai bientôt te quitter , malheureusement , mon cher , s'était-elle mise à lui bredouiller , d'ailleurs , pour donner le change , sans prendre conscience des conséquences de cette formule machinale qui permettait souvent d'échapper plus vite aux obligations mondaines . Mais je suis sûre que tu viendras me voir un jour à l'opéra ! , avait-elle rajouté en saisissant avec chaleur sa main pour le remercier , lui précisant qu'elle y était étudiante , y pratiquant le chant choral en plus de son instrument préféré .

              Il se leva de son fauteuil avec l'intention de dégourdir un peu ses jambes , plutôt subjugué par le maquillage et le déguisement qu'elle avait , par précaution , prétendait-elle , empruntés . Regardant par le hublot , il remarqua quelques traces de l'orage nocturne ayant agité la veille , sous son crâne , un ouragan bien plus dévastateur , certainement , que celui frappant la campagne déserte survolée par l'avion . Dans son

délire , il avait presque tout oublié , sinon quelques bribes de la soirée d'hier , mais en voyant l'horizon mystérieux couronné de nuages toujours très menaçants , le voyageur chercha plus loin que le flot de verdure entourant la cité berlinoise . Il frissonna de plus belle en revivant les affreuses turbulences qui avaient précédé l'atterrissage ! 

 

23 - Ils sortirent bientôt de l'appareil ... Les joues de l'adolescente au teint diaphane s'étaient brusquement enflammées . Pour sûr , elle n'en menait pas large , ayant , sans doute , réalisé trop tard son audace et ne sachant plus maintenant comment se faire pardonner . Car pour lui , c'était vraiment la fin du voyage . À l'aéroport de Tegel , à la

douane , lors du contrôle des bagages , les choses tournèrent mal . D'un air de triomphe , un agent de sécurité , visiblement bien informé , sortit un objet de son sac , une sorte de petit écrin censé contenir , croyait le touriste , un simple souvenir pour son amie , mais qui , en réalité , abritait un bijou dont le voyageur clama par la suite avec force ignorer la présence , une broche ornée d’un rubis de pacotille , que l’on disait disparue des archives de la STASI * , et qui renfermait un minuscule compartiment secret cachant un microfilm .

Il fut donc interpelé , accusé de trafic et recel d’objets d’art , mais , tandis qu’il protestait en vain , Marina , qui l’attendait de l'autre côté des portiques , fit mine de ne rien voir . Et lorsque leurs regards se croisèrent , celle-ci , sous sa perruque noire et son chapeau bleu , lui lança un sourire énigmatique avant de disparaître soudain dans la foule !
On l'avait appréhendé , lui expliqua-t-on , parce que , travaillant en équipe avec Interpol sur une affaire de trafic de diamants , la police allemande avait à peu près réussi , alors qu'on venait juste d'arrêter un complice débarquant d'un autre appareil , à démanteler tout un réseau dont ils supposaient , selon certaines informations , qu'il était le chef .

       - Tout ce que je peux vous répondre , moi , c'est que je n 'ai rien fait de mal , je vous assure ! , tenta de se justifier le pauvre écrivain qui avait l'air de tomber des nues ! 


 

( A Suivre )

                                ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR- Troisième Partie - L'Enquête XIV - Complot - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

 

* Police secrète de l'ancienne RDA .

 

Lire la suite

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XIII - Détresse .

16 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Rue de l'Orme , à Paris ( XIXè )

Rue de l'Orme , à Paris ( XIXè )

 

 

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XIII - Détresse

 

 

 

 


 

Je me suis jeté à genoux devant elle ,

  Et l 'ombre du Paradis a enveloppé mon âme ... "

 Gustav Meyrink - " Le Golem " ( 1915 ) , 11 - Détresse .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     20 - Depuis l'année dernière , date de sa venue en France , lui confia-t-elle ,  sa famille ,  symbole honni de l'Establishment , avait coupé les ponts .
 - Vous savez , c'est mal vu , là-bas , de faire trop de vagues , d'être différente , et même de faire parler de soi " , avait-elle précisé d'une voix troublante et sourde , avec son léger accent germanique .
            Bientôt , la conversation fut lancée . Sa mère était en danger , traquée par les anciens du Parti parce que , disaient-ils , quelqu'un de sa famille avait trahi , mais surtout parce qu'ils pensaient qu'elle était un agent double , ayant livré le secret de la bombe nazie aux français ! Jusque là , elle n’avait pensé à personne d'autre que lui , prétendait-elle , pour faire appel de son innocence et leur expliquer , par l'intervention du maire de Plougorn , qu'elle n'avait rien à se reprocher . Mais il fallait venir vite à son secours car elle allait sans doute mourir , Grüber , son père adoptif la surveillait de près , n'étant qu'un affreux tortionnaire l'ayant faite enfermer jadis au pensionnat d'Halberstadt , au pied du Harz , dont elle n'avait pu s'enfuir que grâce à l'aide d'un complice . ( 14 )

Dans ce Paris post-Guerre froide , chacun , porteur d’une mémoire familiale compliquée , devait donc s’allier pour sauver Ilse , qui avait passé toute sa vie tiraillée entre deux mondes et deux identités . Par ce sauvetage , Anton allait sans doute , pensait-elle , découvrir une vérité brutale, mais peut-être aussi la nature véritable de son amour pour cette Allemande de l’Est devenue Alsacienne par la force de l’Histoire , une femme qu'il croyait perdue à jamais !

           Pourtant , comment pouvait-elle soupçonner que la pseudo organisation bretonne à laquelle il appartenait , cachait en fait une cellule de renseignement du contre-espionnage français ? N'était-ce pas complètement absurde ?

 

21 - Puis , il eut l'occasion de lui faire entrevoir ses propres problèmes , de lui avouer qu'il se sentait parfois très seul ici , loin de chez lui .
Bon , s'enquit-elle , à moitié ivre , et le tutoyant encore , penses-tu que tes Bretons soient meilleurs que les autres ? Qu'ils méritent tant de

sollicitude
Marina ...
Je dois me sauver , maintenant , coupa-t-elle , frissonnante . Je suis venue seulement pour ... pour te remercier , pour m'excuser de ma fuite , ce matin . Mais j'ai eu si peur , c'était bizarre ...
Elle avait la chair de poule .
       Tout était resté dans l'ombre , se dit-

il , n'étant pas parvenu à déchiffrer le moindre de ses mystères . L'alcool , pourtant , les avait rapprochés .
       Peut-être avait-il aussi pensé qu'elle lui mentait , que tout n'avait été préparé à l'avance , avant l'entretien , que pour le mettre sur une fausse

piste ?
Surtout lorsqu'elle lui avait parlé de ce Paol 

Kemener , constatant que son visage blêmissait davantage .
On doit se méfier de tout le monde ... Pas très chouettes , les relations paternelles
      Ce soir-là , il aurait juste voulu en savoir plus de ses insinuations , puisque , chez elle , on n'avait rien trouvé , aucun document significatif , aucune trace exploitable . Mais , tout de même , Il avait réussi à 
obtenir d'elle un furtif baiser , sans parler de l'assurance précieuse d'une prochaine visite .

 

 

 

( A Suivre )

                                ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête XIII - Détresse - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

Notes :

 

14 - Halbertstadt , ville allemande , chef-lieu de l'arrondissement de Harz , située dans l'ouest du land de Saxe-Anhalt .

 

 

 

Lire la suite

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XII - Révélations .

14 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Reflet - David Peterson

Reflet - David Peterson

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XII - Révélations

 

 

 

 


 

" Nous voilà chargés de la transmutation , de la résurrection , de la transfiguration de toutes les choses ... "

Rainer Maria Rilke - " Correspondance " ( Lettre à Sophie Giauque du 26 novembre 1925 ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     18 - Alors , d'un coup d'oeil , elle lui montra la pochette d'un des vieux disques de sa mère , posé sur le piano , puis , imperturbable , se mit à chantonner le début de la fameuse " Urlicht " , composition de l'un de ses musiciens préférés , Gustav Mahler , qu'elle interpréta de sa voix de jeune déesse majestueuse :
 

" O Röschen rot !
  Der Mensch liegt in grösster Not ! " ( 12 )
       

            On aurait dit le chant divin d'une

Sylphide ! 

- Moi , mon truc , c'est plutôt le jazz ! , finit-il par lui avouer d'un sourire aguicheur , mas gêné ... 

            Tandis qu'elle s'efforçait de reprendre sa respiration , l'hôte se mit à fouiller dans le " frigo " pour cacher son trouble , à la recherche d'une improbable bouteille de whisky écossais , bafouillant avec peine quelques mots de circonstance :
" Vous avez trouvé facilement ? Je ne m'attendais pas ... 

            Le matin même , avant d'arriver au

bureau , il avait été prévenu par son ex-patron , qui avait été le représentant du réseau " Breizh Dieub " , caché en pleine capitale française , un petit cercle de bretons communistes farouchement attachés à leur identité , dont le chef suprême , avec qui il s'était fâché depuis , l'accusant de traîtrise , n'était autre que son père , ancien maire de Plougorn , pas très loin de la base de l'Île Longue . ( 13 )

Monsieur Kemener , chef de rayon de " L'Aiguille D'Or " , lui avait bien dit de se méfier de cette fille comme ils auraient dû le faire en 1971 , quand Odile était apparue , cette jeune étudiante raffinée , parlant un français presque parfait , légèrement connoté d'une pointe d'accent alsacien qui la rendait singulièrement attachante . Les membres du cercle s'étaient peu méfiés d’elle , et celle-ci avait réussi rapidement à s'intégrer , parlant de sa chère Alsace et des injustices dont elle se sentait si proche . Mais en fait , elle leur cachait un lourd secret , n’étant ni alsacienne , ni même française . Elle venait de

Leipzig , en Allemagne de l’Est , et ses réelles motivations s'avéraient plus obscures , car

son oncle , cadre influent du Parti communiste est-allemand , l’avait envoyée ici pour infiltrer ce cercle régionaliste , soupçonné d'entretenir des liens pouvant déstabiliser la République . Leur but était clair , il s'agissait de glaner des informations sur les réseaux indépendantistes régionaux tout en surveillant leurs alliances avec d'autres groupes politiques , mais aussi , plus concrètement , de faire parvenir , sous forme de microfilms , dans des livres ou partitions musicales , certains renseignements essentiels sur l'armement nucléaire .

Au fil des réunions , l'allemande avait attiré l’attention d'Anton , jeune homme à la fougue débordante , engagé et convaincu que sa Bretagne méritait d’être défendue à chaque instant . Fasciné par sa personnalité complexe , il finit patiemment par percer la carapace de froideur qu’elle s’efforçait de maintenir pour entamer avec elle une liaison passionnée , tandis qu' Odile , sous son masque , découvrait enfin , pour la première

fois , l'expression de sentiments sincères . Mais tout se compliqua très vite ! Elle était non seulement tombée enceinte , se sentant déchirée entre sa mission spéciale et cet amour naissant , mais encore , elle fut dénoncée à la police !

Le temps joua aussi contre elle . Des rumeurs d’une possible trahison commencèrent à circuler autour de sa famille . Quelqu'un , chez elle , étant mis en accusation pour avoir comploté contre le Parti , elle reçut un ordre strict : abandonner tout en France et retourner immédiatement en Allemagne de l’Est .Toutefois , les charges contre cette Madame Kempf furent bientôt suspendues , la plainte rapidement retirée sur intervention du Parquet , semblait-il , ou bien du Ministère des Affaires étrangères  , car l'accusée avait bizarrement disparue !

           C'était une affaire ultra-sensible , Il fallait faire profil bas . C'est ainsi que , sans laisser
d’explications , sans même un mot d’adieu , elle disparut de la vie d'Anton , emportant son lourd secret avec elle .

Puis , les années passèrent pendant qu'il poursuivait sa vie , hanté par ce départ inexplicable et n'étant même pas au courant de la naissance de sa fille . Quand le mur de Berlin tomba , il avait presque oublié cette histoire , l’ayant rangée parmi ses souvenirs douloureux !
 

    19 - Sirotant sa vodka orange , la jeune fille parut peu se soucier de ses angoisses .
" Vous comprendrez , lui expliqua-t-elle d'un

sourire , on ne doit pas trop s'étonner des frasques de ma mère ...

           A l'époque , il se rappelait qu'elle était souvent vêtue à la mode " Hippie " , d'un jean serré et d'une sorte de chemisier de soie blanche à fleurs brodées , qui laissait deviner le galbe de sa

poitrine , et coiffée d'un petit chapeau cloche , style 1920 .
           Il aurait souhaité connaître plus de détails , mais il se sentit perturbé par la pâleur de

ses traits . Ce n'est qu'au bout du deuxième verre qu'elle fit mine de s'épancher sur son épaule .
           Instinctivement , d'un geste brusque , il lui avait pris la main . Son audace la fit tressaillir .

 

 

 

( A Suivre )

                                ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête XII - Révélations - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

Notes :

 

12 - " Ô Petite rose rouge ! - Urlicht ( Lumière des Origines , 1893 ) , chant du recueil " Des Knaben Wunderhorn " ( Le Cor Enchanté de L'Enfant , 11 ) , par Gustav Mahler .

 

13 - L'Île Longue ( Enez Hir , en langue bretonne ) , presqu'île dans la rade de Brest servant de base aux sous-marins nucléaires de la marine française .

 

 

 

 

 

 

 

Lire la suite
Publicité

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XI - Une Curieuse Visite .

13 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XI - Une Curieuse Visite .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XI - Une Curieuse Visite

 

 

 

 


 

" Pour cet instant de trouble étrange

  Où 'on entend rire les anges ... "

Jean Ferrat - " Je Vous Aime "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     16 - Il la dévisagea, bouche bée , sur le seuil de sa porte , au sixième étage , ne sachant quoi

lui dire . Comment avait-elle pu trouver si vite son adresse ? Apprendre à l'écouter , d'abord , se raisonna-t-il , quand elle commençait déjà par séduire son âme . Après une journée d'enfer , il était en plein marasme lorsque retentit soudain

l'interphone , vers vingt heures trente .

'ai reconnu votre nom sur la boîte  ... Vous travaillez à la Chaussée d'Antin , comme moi , peut-être ? , lui demanda-t-elle , rougissante , lorsqu'il répondit à son petit signe en ce lundi soir de janvier 1992 .

           Elle lui parut si belle , avec son minois d'ange et ses fines lèvres d'où émanaient les plus purs accents d'un lied germanique . Malgré la pesanteur d'un premier silence , la jeune fille ,  comme si elle le connaissait depuis longtemps , tenta de lui cacher son trouble .
- Pourquoi êtes-vous partie si vite , ce matin ? , commença-t-il avec précaution , pensant à Clarisse , puis , retirant ses écouteurs , préoccupé par 
son attitude craintive , sa démarche gracieuse , qui lui évoquaient celles d'une biche apeurée .

           Elle , qui ne comprenait rien à ce qu'il disait , se mit à lui parler avec une certaine précipitation , de la timidité , ignorant son trouble lorsqu'il avait remarqué sa ressemblance avec la personne figurant sur la photo qui se trouvait au-dessus de son lit , celle de l'Odile de son roman . 

           Le visage de l'adolescente s'était brusquement empourpré . Elle n'en menait pas large , ayant réalisé trop tard son audace et ne sachant plus maintenant comment se faire pardonner .

- Je suis confuse , monsieur , se mit-elle à bredouiller , comme si elle venait de comprendre qu'elle avait un peu trop cédé à un impérieux désir de lui faire des confidences , négligeant de savoir qui il était vraiment , sans doute quelqu'un d'autre , en fait , que cet étudiant breton soigneusement choisi , à l'époque , par l'Institut de Berlin pour une rencontre " amicale " et privilégiée avec un représentant d'une minorité de l'Ouest décadent ?
          Sans doute avait-elle tenté d'atténuer sa maladresse , mais pouvait elle vraiment lui faire confiance ? Il était vrai , cependant , que tout avait changé depuis la chute du mur ...
Lui , s'il aimait bien , pourtant , l'exotisme de sa voix , se rendit compte avec dépit qu'absorbé par la routine de son travail et par la réclusion monacale de sa démarche créatrice , avait dû laisser de côté trop de belles " plantes " comme elle sans jamais pouvoir sérieusement goûter au charme de leur présence .

- Entrez , je vous en prie ... 

         Elle détourna légèrement la tête , et d'un geste gracile ensuite , ôta brièvement ses lunettes rondes qui cachaient deux grands yeux clairs comme l'azur .
Il était évident que cette fille venait de réussir à le libérer de certains remords inhibiteurs . Même s'il restait sur la défensive et n'avait plus l'âge des amours collégiennes , n'était-elle pas parvenue en quelques mots , par son charme , sa délicatesse , à réchauffer un peu son vieux coeur usé d'artiste , à comprendre sa solitude ? 

Aujourd'hui , c 'était un beau jour de congé , n'est-ce pas ?  , lui lança-t-il d'une mine réjouie , interrogative , pendant qu'il feignait de jeter un coup d'oeil par la fenêtre aux rares jeunes passantes de la chaussée nocturne dont l'allure pressée , exaltant toute la souplesse des corps d'adolescentes , provoquait , chez lui , un rare moment de bonheur ! 

- Vous savez que je vous connais ? , lui confia-t-elle enfin d'un air mystérieux , se glissant , à l'improviste , dans le minuscule appartement de fortune .


  17 L'idée de ce simple constat le laissa complètement abasourdi ! Pourrait-il , ensuite , laisser s'enfuir celle qui avait déchiré un coin du voile , cette jeune colombe , qui , après avoir frôlé de ses ailes graciles , juste un instant , ce lugubre royaume où il avait si longtemps tenté de survivre seul parmi les ombres , prendrait vite son envol en emportant son secret ?

         Qui était-elle , à vrai dire ? Il se leva de son fauteuil pour la retenir , avec la crainte qu'elle ne juge déplacé cet élan . Mais au contraire , elle saisit avec chaleur sa main pour le remercier .

         Ne sachant quoi lui répondre , il réalisa qu'elle avait dû confondre la porte de son minable pied-à-terre sans ascenseur avec celle d'un palais , n'ayant pas eu le courage de lui préciser qu'il était désolé d'habiter ce deux pièces dans un immeuble aussi vieillot du 19è , juste au-dessus d'un troquet minable lui servant parfois de

cantine , mais qu'aujourd'hui , c'était lundi , que tout était fermé !

- A qui ai-je l'honneur ? , demanda-t-il .

- Marina Grüber . Je suis venue parce que j'ai été intriguée par votre message , lui expliqua la visiteuse .

Qu 'entendait-elle par là ? Etait-ce un malentendu ?

              

 

 

 

 

( A Suivre )

                                ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête XI - Une Curieuse Visite - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

 

* " Je Vous Aime " , chanson de Jean Ferrat - Tous droits réservés .

1971 33 tours Barclay 80.427 Aimer à perdre la raison

         

           

Lire la suite

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Deuxième Partie - Le Romancier ( Nouvel Espoir , Scénario d'Anton ) - X - Clarisse Kempf .

12 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Anny Wienbruch ( 1899 - 1976 ) avec deux inconnus .

Anny Wienbruch ( 1899 - 1976 ) avec deux inconnus .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Deuxième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE ROMANCIER

 ( " Nouvel Espoir " , Scénario d'Anton )

 

 

" Qui êtes-vous ? que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "

ALAIN-FOURNIER ( 1886 - 1914Le Grand Meaulnes " ,

I , 15 .

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

X - Clarisse Kempf

 

 

 

 


 

" 'ai dormi ,'ai dormi ,

  Je me suis réveillé d 'un rêve profond ... "

Nietzsche - " Ainsi parlait Zarathoustra "  *

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     13 - " Pourquoi donc était-il resté dans ce

" foutu " magasin qui , pour lui , ressemblait de plus en plus à la salle des pas perdus de la gare Saint-Lazare ? Son histoire avait commencé dans une petite ville bretonne où , jeune passionné de littérature , il avait rêvé de découvrir le monde et la vie parisienne avant de devenir écrivain . Mais la vie de famille est souvent trop compliquée , ses parents , petits bourgeois de province à l'esprit trop étroit , ne partageaient ni ses ambitions , ni sa passion pour les livres qu'ils jugeaient inutiles . C'est ainsi qu'après une dernière dispute , il avait , en refusant une carrière administrative ennuyeuse déjà préparée par son

père , maire de la ville , résolu de quitter sa Bretagne natale pour Paris , bien décidé à se débrouiller seul . Une fois dans la capitale , il s'était inscrit à la fac tout en cherchant , bien

sûr , un moyen de financer ses études . Peu

après , du côté d'Haussmann , il avait trouvé un emploi de vendeur à temps partiel dans un grand magasin , lieu qui l'éblouissait autant qu'il leffrayait avec ses lumières , ses allées interminables et ses clients pressés . Chaque jour , il jonglait entre les rayons et les caisses , tout en essayant de trouver un équilibre entre travail et cours . C'est alors qu'un après-midi , remplaçant un collègue au rayon des instruments et livres musicaux , le jeune homme avait croisé le regard d'Odile , une étudiante alsacienne qui , comme lui , rêvait de pouvoir , après un stage de piano à Berlin , parfaire ses connaissances tout en écrivant une thèse sur la vie de certains compositeurs germaniques dans la capitale française . Mais elle était venue là , lui avait-elle aussi confié , pour fuir sa propre réalité familiale qu'elle jugeait également décevante . Ils avaient alors longtemps discuté , d'ailleurs , dans un " pub " du boulevard de l'Opéra , parlant avec enthousiasme dauteurs de province , de René Schikele , d'Anny Wienbruch ou d'Adrienne Thomas , de Youenn

Drezen , Jakez Riou et de Xavier Grall , didéaux en commun , bref , de tout ce que la ville jacobine pourrait leur offrir afin d'exaucer ce même désir d'inventer , en Europe , cette nouvelle patrie fédérale dont ils rêvaient tant ! Leur complicité fut immédiate . Ils passèrent de plus en plus de temps ensemble , se donnant rendez-vous dans des cafés pour lire , écrire et refaire le monde . Peu à peu , leur amitié amoureuse laissa même place à une passion violente , et ils emménagèrent ensemble dans cette petite chambre de bonne où Anton vivait toujours . ( 11 )

Pendant six mois , leur vie parut un tourbillon de concerts , de belles-lettres et de

visites partagés , les deux amants passant leurs nuits à se lire des poèmes , déchiffrer des partitions , croire à un avenir imaginaire , mais aussi à se disputer , car leur amour était aussi tumultueux que parfois , le flot de circulation sous leur fenêtre , et leurs ambitions plus grandes ,

même , que la tour Eiffel ! Un jour , après une dispute plus violente que les autres , Anton , rentrant dans leur chambre , découvrit qu'Odile était partie sans laisser de note ou d'explication , seulement un vide immense !
Cette absence lébranla . Pendant des mois , le fauve arpenta les lieux quils fréquentaient ensemble , interrogeant leurs amis dans l'espoir de retrouver sa trace . Mais elle semblait sêtre évanouie pour de bon dans le tumulte de Paris
.

Peu à peu , il se résigna et comprit qu’elle lavait quitté sans retour possible , ce chagrin finissant , tout de même , par se transformer en un moteur puissant pour son écriture et sa créativité . Dans chaque mot de chaque page , il avait mis un peu de cet amour perdu , de sa douleur et de ses déceptions . Puis un jour , bien des années plus

tard , grâce à un collègue de l'université , un éditeur accepta de publier son histoire damour impossible avec une jeune étudiante alsacienne dans les lumières incertaines du Paris d 'hier :

" Nouvel Espoir "!

 

14Anton s'était senti vieillir d'un seul coup , dans une vie soudain redevenue morne . Il

espérait , sans y croire vraiment , qu'un jour l'inspiration reviendrait , peut-être avec le départ de la fugitive , mais il était aussi victime

d'insomnies , repensant à l'autre fille , Laura , cette américaine qu'il avait jadis connue , pour tenter de calmer sa douleur actuelle . De retour dans sa routine quotidienne , il avait découvert que celle-ci semblait avoir " disparu " des réseaux sociaux , notamment de cet ermitage en Californie , Santa-Rosa , où on la voyait , sur l'écran , s'occuper à soigner les bêtes , mais aussi danser au milieu d'une ribambelle joyeuse ! Elle qui y avait sans doute passée les dernières années de sa vie et qui , autrefois , partageait ses instants de fou-rire et de larmes de façon compulsive , semblait s'être effacée d'un coup , comme si elle avait décidé de mourir socialement . Lui , pris de curiosité , tentait de retrouver ses traces , mais c'était comme si elle n'avait jamais existé !

 

15 - Ce matin-là , il se rendit à son travail après avoir traîné le long du boulevard de l'Opéra avec ce besoin d'être ballotté par la foule tout en s'abandonnant à quelque sentiment de flânerie intérieure , de laisser refluer de son corps ce flot de mille hallucinations oppressives qui le hantaient pendant son sommeil , macérant au plus profond de ses entrailles , mêlées d'une colère sourde ,

qui , à la longue , s'était  transformée en désir de vengeance impitoyableA peine arrivé au bureau , il en vit partir , lui dit le directeur , une stagiaire , une certaine Clarisse Kempf dont il devrait , peut-être , assurer de temps à autre la

formationCela arrivait , surtout pendant les vacances , lorsque la clientèle étrangère affluait à la recherche des dernières pacotilles à bas prix de la mode parisienne . Mais , cette fois-ci , il fut complètement abasourdi , croyant brusquement la revoir , au-dessus des eaux sombres , traverser avec lui le Pont des Artsvêtue d'une robe blanche , d'un manteau noir , couleurs de la Bretagne , avec une écharpe toute rouge de l'espérance farouche d'un printemps renaissant sur sa gorge !
Pris d'un frisson de fièvre et sentant son coeur battre  violemment dans sa poitrine , il s'était élancé sans réfléchirtentant de la suivre , cherchant un signe d'elle , une parole , mais elle avait déjà disparu dans la foule . Dans sa tête , qui ressemblait à un volcan , d'innombrables pensées se précipitèrent , pleines de force et de vitesse , ravivées par cette nouvelle rencontre . Son coeur avait tressailli , frémissant comme la terre lorsqu'elle s'enflamme , ravivant en lui l'envie de puiser dans son passé pour essayer d'en recoller les morceaux , tel un " puzzle " de ses amours fantomatiques dont il avait , à cause de sa timidité maladive , laissé filer les pièces . Car elle aussi lavait marqué , mais dune manière différente , plus douce , plus tendre , et maintenant , c'était son sosie qui , soudain , surgissait devant lui ! Et plus le souvenir d'Odile s'intensifierait grâce à la présence de Clarisse , plus le visage masqué de Laura seffa-

cerait , sans doute , plus il serait tenté de poursuivre , pris dans un étrange triangle entre passé et présent , ce scénario qu'il avait déjà commencé d'écrire , la suite , enfin , du premier volume , qui , peu à peu , le délivrerait du brouillard où il avait , jusqu'ici , confondu la réalité avec l'imaginaire ! "

 

 

( Fin du Scénario d 'Anton )

 

 


 

 

 

      
                                                                                   

FIN DE LA DEUXIEME PARTIE

 

 

                               ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Deuxième Partie - Le Romancier ( " Nouvel

Espoir " , Scénario 'AntonX - Clarisse Kempf - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

Notes :

 

 

11 - René Schikele ( 1883 - 1940 ) essayiste , romancier , poète alsacien de langue allemande , membre de l'académie de Berlin - Anny Wienbruch ( 1899 , Metz - 1976 ) , femme de lettres mosellane de langue allemande de même que Adrienne Thomas ( Hertha Strauch , 1897 , Saint-Avold - 1980 ) , autrice de " Catherine Soldat " ( Die Katrin wird Soldat ,1930 ) - Youenn Drezen ( 1899 - 1972 ) , journaliste , auteur breton de " Itron Varia Garmez " ( Notre-Dame des Carmes , 1941 ) , ami de Jakez Riou ( 1899 - 1937 ) , auteur breton de

" Geotenn ar Werc'hez " ( L'Herbe de la Vierge , 1928 ) et Xavier Grall ( 1930 - 1981) , poète , écrivain , journaliste breton . 



 

 

 

* Friedrich Nietzsche  ( 1844 - 1900 ) - Ainsi Parlait Zarathoustra ( Also Sprach Zarathustra , 1883 / 1885 ) , IV , 19 , XII - Le Chant 'Ivresse .

" O Mensch ! Gib Acht ! " ( 4ème Mouvement de la 3ème Symphonie de Mahler , 1893 ) . 


     

   

 


               

 


 

Lire la suite