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LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - Sils - IV - Docteur Clarissa Dorn .

18 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LABYRINTHE

L'Ombre de l'Amour ( 1867 ) de Anthony Frederick Sandys

L'Ombre de l'Amour ( 1867 ) de Anthony Frederick Sandys

 

 

LABYRINTHE

( Cycle de L'Etoile XXXIII )

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

Pour Annemarie Schwarzenbach ...

 

 

 

 

 

Sils

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre au bord du fleuveJe le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

 

Annemarie Schwarzenbach - "Tod in Persien " ( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - Docteur Clarissa Dorn 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Monte à la Pierre et tu verras la Rose !
Dan Ar Wern - " La Nuit de Cézembre " * 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

         9 - Même si j'avais eu la chance de survivre à ce conflit planétaire , mon esprit s'en était trouvé tellement meurtri et mon village des Forges natal ayant fini par me rappeler tant de souvenirs douloureux, que , hanté par les fantômes du passé , j'avais choisi de me retirer temporairement en Suisse , à Sils-Maria , dans un genre d'établissement réputé pour soigner des âmes brisées comme la mienne . À première vue , d'ailleurs , " La Belle Étoile " était un lieu paisible , presque hors du temps , niché dans un paysage de montagnes et de lacs paisibles .

Cet endroit merveilleux de l'Engadine , à mi-chemin entre sanatorium et maison de repos , accueillait des gens souffrant de divers troubles psychologiques , désireux , comme moi , d'y panser leurs blessures . Je m’y étais installé discrètement . Mais derrière cette façade de quiétude , je découvris peu à peu qu’on ne m'y avait pas envoyé par hasard .

C'est ainsi qu'un soir , un étrange personnage , se présentant comme un ancien contact de la Résistance , Mr K , vint me confirmer une mission dont j'avais plus ou moins déjà accepté l'idée en échange de la gratuité de mon séjour , mais dont la teneur dépassait tout ce que j'avais pu jusque là imaginer , puisqu'il s'agissait de récupérer une mystérieuse valise bleue , cachée dans une ancienne cache alpine , confiée à un cercle secret pendant la guerre , et qui devait représenter , même s'il en ignorait la nature exacte , prétendait-il , ainsi que le contenu à l'heure

actuelle , un ultime recours pour protéger la planète d’une humanité devenue désormais presque incontrôlable .
Au départ , j'avais pensé à une mauvaise plaisanterie . Cependant , comme j'avais déjà travaillé avec mon visiteur , et connaissant son côté professionnel et sérieux , poussé même par une certaine curiosité , je finis par accepter son offre . D'autant plus qu'une ravissante doctoresse de l'hôpital , un peu énigmatique néanmoins , professeure d'alchimie à ses heures , qui semblait en savoir plus qu’elle ne m'en laissait paraître sur la question , se proposa de m'accompagner .

 

     10 - Le lendemain , tandis que d'énormes nuages concentrant toute la noirceur du monde s'amoncelaient au-dessus du Piz Corvatsch , la rumeur d'un premier coup de tonnerre , suivie d'un éclair bleuâtre , déchira bientôt le ciel . De grosses gouttes s'abattirent contre la paroi , précédant une violente averse . Un effroyable orage agitait la nature en furie ! Une fraction de seconde , la jeune femme avait du se demander si celui qu'elle accompagnait n'aurait pas eu raison de s'inquiéter comme elle des soldats qu'on avait sans doute dépêchés pour leur venir aide , et si ce n'était pas eux , plutôt , le vrai danger ! Pouvait-on leur faire confiance ? ( 18 )

            Terrorisée , elle se mit à marcher d'un pas de plus en plus rapide au fil des flaques d'eau ,  essayant d'échapper aussi au terrible fracas de la foudre comme au bruit d'une pluie torrentielle battant contre les parois de la montagne . Cependant , peu avant le sommet , nous nous étions engagés par une grille à l'intérieur d'un tunnel obscur s'enfonçant dans les profondeurs du rocher ! Grâce à une clé sortie de sa poche , madame Clarissa Dorn parvint à ouvrir celle-ci , à moitié mangée par la rouille , puis , saisissant à l'intérieur une lampe à huile posée contre la paroi , en alluma la mèche avec son briquet . Le bruit d'un mécanisme se fit entendre alors , déclenchant l'ouverture d'une trappe en métal sous laquelle apparaissaient quelques marches ... ( 19 )

           Mon cerveau était en feu ! Bien que tombant de fatigue et rempli

d'inquiétude , perdu au milieu de tous ces mystères d'un monde où les mots , les chiffres se mêlaient comme nombre de petits cailloux blancs semés sur le chemin d'une unique vérité , nous découvrîmes , posée sur un autel , une plaque de fonte où était gravé le dessin d'une carte céleste représentant la discrète constellation du Dragon qui , tel un serpent lugubre avec sa traînée noire , tentait de se faufiler au seuil d'un étrange passage de lumière entre Grande et Petite Ourse ! C'était aussi le seuil d'un immense mausolée surmonté d'une grande croix de fer , ouvrant sur une porte secrète recouverte de poussière aboutissant , quant à elle , à un coffre encastré dans la roche et qui , à un moment précis , le déclenchement d'un mécanisme avec un code secret provoquant l'ouverture du panneau , permettait de découvrir effectivement , au milieu de la cache , une petite mallette de couleur bleue !

Elle se crut peut-être victime d'un complot lorsqu'elle perçut au loin l'appel d'une lumière blanche , aveuglante , au sommet du mont , celui-ci n'étant pas la sourde menace qu'elle s'imaginait peut-être d'une ombre silencieuse et funeste lancée à leur poursuite : en vain , m'efforçais-je de la retenir quand , déjà , en grande hâte , une force incroyable avait dû réussir à m'entraîner dans un flamboiement d'images multicolores , de symphonies spirituelles ! Puis , ce ne fut plus qu'une petite tache écarlate s'effaçant à l'horizon des sphères bleutées de mon rêve tourbillonnant ... 

- Pourquoi aurais-je peur ? , m'inquiétais-je malgré tout , revoyant défiler , quelques scènes de ma vie au milieu de cette prodigieuse descente vers la vallée ! Mais plus se réduisait la distance vers le but inconnu de notre voyage , paraissant désagréger à l'infini les innombrables particules de mon être éclatant , plus l'astre brillait dans l'espace d'un amour indicible et réconfortant pour ma compagne !

" De vieilles légendes nous ont toujours parlé d'une pierre étrange ayant le pouvoir de nous libérer " , me déclara-t-elle de son plus beau sourire , tandis que sept soldats vêtus de noir , encapuchonnés , fusils mitrailleurs en main , finirent par nous embarquer à bord de leur hélicoptère et que juste au-dessus , nous faisant face , brûlait un grand crucifix entourée de douze étoiles blanches ! 

         

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - SilsIV - Docteur Clarissa Dorn - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LABYRINTHE " , copyright 2024 . 

 

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Notes :

 

 

18 - Piz Corvatsch , sommet des Alpes culminant à 3451 mètres d'altitude , il se trouve en Suisse , dans la chaîne de la Bernina , en Haute-Engadine .

 

19 - Gerhard Dorn ( 1530 - 1584 ) , alchimiste belge de la Renaissance .

Dorn = main , poignée en langue bretonne .

 

* " La Nuit de Cézembre " ( Cycle de L'Etoile V )  , II - 1 , VII - Le Roi Perdu - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

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LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - Sils - III - Esther Jung .

17 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LABYRINTHE

Portrait of Marie Breunig ( 1894 ) - Gustav Klimt .

Portrait of Marie Breunig ( 1894 ) - Gustav Klimt .

 

 

LABYRINTHE

( Cycle de L'Etoile XXXIII )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

Pour Annemarie Schwarzenbach ...

 

 

 

 

 

Sils

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre au bord du fleuveJe le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

 

Annemarie Schwarzenbach - "Tod in Persien " ( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé ) . 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Esther Jung

 

 

 

 

 

 

 

 

" Ouvre mes yeux, que je contemple les merveilles de Ta Loi ! "

Psaumes - 118 , 18  ( Ghimel ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

     7 - Evidemment , j'étais là aussi pour soigner une dépression consécutive aux dures épreuves de la guerre , la nouvelle du décès de Grida , que je venais d'apprendre , n'ayant rien arrangé , de même que le départ de notre fille dont je n'avais plus aucune nouvelle .

          Cependant , l'intérêt de mon séjour en ce lieu fut la fascination qu'exerça sur moi une résidente à la beauté sans doute particulière , aussi difficile à interpréter pour moi qu'une énigme , et me touchant surtout parce que j'avais l'impression qu'elle était inexplicable , fondée sur un désespoir encore plus profond que le mien . D'ailleurs , la première fois que je l'aperçus dînant toute seule à une table du restaurant , j'eus ce sentiment que nous nous connaissions depuis longtemps !

         Bien sûr , chaque être a son double pour plaire au soleil des apparences , comme la lune ,  masquant sans cesse d'un faux sourire la face cachée de son côté le plus sombre , belle rencontre , sans doute , me dis-je en l'observant de plus près , mais quel devrait être notre lien , même fragile , sur ce difficile chemin de l'exil et de la solitude emprunté par chacun de nous , pour une raison certainement

différente , au jour de notre départ ? Même si elle parvenait , par une sorte de miracle , à tenter de me séduire et donner un nouveau sens à ma vie , pourrait-elle aussi nourrir ma conscience en rassemblant tout mon être , et faire de nos âmes l'unique dessein des multiples passions vivant dans le désert de nos coeurs meurtris , dans la grande désespérance de l'amour que j'avais encore pour ma femme et mon enfant brusquement perdues ? 

         Me sortant d'un destin que je croyais inéluctable , une autre était arrivée , que je n'attendais pas , pourtant si belle avec son manteau demi-saison , couleur de feuille d'automne , et ses yeux purs , transparents comme du

verre , disant qu'elle demeurait ici avec moi , à l'auberge de la " Belle Etoile " , pour un court séjour de rétablissement , qu'elle avait trouvé cette offre publicitaire sur le conseil d'un ami médecin , dans un journal de Vienne .

         Je la dévisageais , bouche bée , sur le seuil de la porte . Comment apprendre à l'écouter , me dis-je , lorsqu'elle commence par séduire mon âme illico ? Alors , ne sachant quoi lui répondre , je réalisais que je n'avais pas eu le temps de lui préciser que j'étais devenu la victime collatérale de son sourire aguicheur ...

- Enchantée , monsieur ! , me répondit-elle sur un ton de politesse assez mécanique et le plus froid possible malgré cette force irréfrénable qui , par un ardent magnétisme , me poussait irrésistiblement vers elle qui venait de me planter une lame sauvage dans le corps ! 

        Je m'efforçais pourtant , ni de trop la regarder , ni de lui faire sentir cette soudaine fièvre qui , furieuse et bouillonnante , s'était emparée de moi ! Mais elle , c'était visible , ne ressentait pas grand chose , figée comme une statue lointaine , immobile , paraissant indifférente ou étrangère à mon désarroi !

- Je me nomme Esther Jung , psychanalyste autrichienne ! 

        " ... Solitude  , espoir  " , j'avais noté ses premiers mots que je désirais précieusement garder en mémoire . C'était tout ce qui me resterait d'elle , sans

doute , avec , aussi , le souvenir de son parfum , l'odeur imprégnée de sa présence 

où , souvent , j'essaierais , le soir , de cacher ma peine , feignant de croire qu'elle sonnerait à ma porte , qu'elle se trouverait là , près de moi , même un bref

instant ... La nostalgie d'un rêve nous console parfois des ordonnances d'une implacable destinée ! Mais peut-on découvrir ce qui se dissimule au plus profond de la conscience ?

        Nous eûmes , par la suite , une conversation très intéressante à-propos de la soi-disant civilisation des hommes lorsque je comparais la masse obscure des montagnes environnantes qui semblait écraser le vide , en-dessous d'elles , des vallées ...

- Vous avez certainement raison , mon cher , de vous demander pourquoi il faut qu'une société parvienne au plus grand raffinement de la musique et des arts , de la philosophie et de la culture , avant de sombrer dans la barbarie et le culte de la

mort , sans se rendre compte que , tout en-bas , la plaine était riche , pourtant , de nombreuses promesses d'avenir par son eau vivifiante et la variété de sa

végétation ...

 " ... Ma blessure saigne à l 'intérieur  , accentuant son emprise . Ma tristesse est lourde  ... " , m'avait-elle confié ensuite en évoquant la mort tragique de son fils à Auschwitz . Et près d'elle , qui m'avait parlé de son existence lugubre , j'avais ressenti toute la misère du monde plantée là , dans mon âme comme une ombre funeste des vestiges de la guerre , telle une épine au sein de la Vierge ! 

               

8Certes , j'aurais du aimer davantage me souvenir des belles phrases qu'elle

m'avait , ce soir-là , parcimonieusement laissées , mais pouvais-je  croire encore aux promesses d'une amitié trop tôt disparue ? Notre amour aurait-il un jour le temps d'exister ? Car si je ne pouvais m'empêcher de dissocier cette insupportable attirance de mes souvenirs les plus chers , lorsque je portais en moi son âme d'oiseau blessé , blottie au milieu de ce " puzzle " incompréhensible de nos existences , de nos univers interdits , comme de mes questionnements incessants , remplis de vanité , sur les erreurs possibles du plan divin concernant le " fatum " de nos vies face à celui du monde , je savais également qu'elle était mariée à un homme sur qui elle avait toujours compté .  

      Alors , je m'isolais le plus possible , et me repliant sur moi-même afin d'essayer de pouvoir comprendre enfin l'indicible vérité , je retrouvais seulement parfois sa trace lors d'un voyage nocturne où , le long du lac , promenant ses regards pleins de tristesse et de feu  , elle venait noyer parfois ses yeux d'astre pâle dans le miroir sombre de mon coeur endormi ...   

      Malheureusement , quelques semaines plus tard , j'appris qu'elle avait succombé , victime d'une méningite , celle que j'avais reconnue de loin , petite silhouette grise au milieu de l'étendue forestière et , sans savoir pourquoi , j'eus l'impression de revenir en arrière , au temps du souvenir et des illusions enfantines que ce paysage infiniment sinistre et prometteur , déjà revu en rêve de si nombreuses fois , me rappelait : Brocéliande ! 

      Que signifiait donc le fugitif passage ici-bas de cette amie , morte si jeune ? Que voulait dire cette infinie douceur cachée en elle comme une rose délicieuse et légère d'un jardin de souffrance ? N'en connaîtrais-je que cette épine plantée sur son front maculé de rouge comme celui de ma femme , petite dormeuse du Val qu'une funeste balle avait défigurée ? Et ce beau sourire de lumière arraché à la Mort du fond de la mer étoilée , quand me le redonnerait-elle ? ( 17 )

         

                 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - SilsIII - Esther Jung - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LABYRINTHE " , copyright 2024 . 

 

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Notes :

 

17" C'est un petit val qui mousse de rayons ... "

Arthur Rimbaud - " Le Dormeur du Val "- Octobre 1870 .

 

 

 

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LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - Sils - II - L'Homme en Noir .

16 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LABYRINTHE

LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - Sils - II - L'Homme en Noir .

 

LABYRINTHE

( Cycle de L'Etoile XXXIII )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

Pour Annemarie Schwarzenbach ...

 

 

 

 

 

Sils

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre au bord du fleuveJe le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

 

Annemarie Schwarzenbach - "Tod in Persien " ( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé ) . 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - L'Homme en Noir

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre existence se passe à la périphérie de notre

êtrenous ignorons les sentiers de notre âme qui nous conduisent en la crypte souterraine où Dieu réside ...  "

 

Père Henri Caffarel ( 1903 - 1996 ) - Cahiers sur L'Oraison N°223 ( janvier / février 1989 ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

     4 - La nuit de mon arrivée , regardant par la fenêtre , j'avais remarqué quelques traces de l'orage nocturne venant agiter sous mon crâne un ouragan bien plus dévastateur , mais je ne me rappelais plus de rien sinon de ma journée de voyage d'hier vers ce nouveau monde inconnu couronné de nuages menaçants qui , encore plus

loin , m'entrainaient au-dessus d'un lac et d'une rivière " sillonnant sur le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du

cerveau ... " , dans les lointains inaccessibles d'un paysage mystérieux de hautes vallées et de cimes enneigées ! (

          Pendant mon sommeil , j'avais cru voir un monstre au bout de ces énormes gouffres de rocailles ténébreuses trouant le ciel ! Sa silhouette s'était mise à devenir tantôt brillante et tantôt sombre , au fil d'étendues cosmiques bizarrement parcourues d'étranges lueurs verdâtres tandis que , plongeant dans le vide interstellaire , et fasciné par l'éclat du ciel parsemé d'étoiles , je me souvins de ces visiteurs de l'espace que , lors de mon retour d'Ecosse , j'avais repérés jadis avec une longue-vue dirigée vers la Grande Ourse et la constellation d'Orion . ( 10 )

 Mais , cette fois , c'était une boule immense qui s'était détachée d'un gigantesque vaisseau-mère planant au-dessus de l'eau du " Silsersee " devenue toute rouge où , s'étant retranchée d'un rictus méprisant , la créature avait , dans mon imagination , su trouver un passage vers les royaumes souterrains . ( 11 )

Plus tard , me demandant soudain ce que je faisais là , couché dans cette chambre , trempé de sueur , j'écoutais craintivement le dernier des trois coups de téléphone

qui , d'une voix caverneuse , m'avait réveillé , m'enjoignant de me rendre à un étrange rendez-vous ...

     

     5 - J'avais peur . Que voulait dire cette convocation ? Le moment crucial était-il donc venu ? , me demandais-je quand je pénétrais dans une vieille

rue , puis , la porte cochère d'un immeuble une fois franchie , parvins à une arrière-cour où gisait , dans une sorte de remise attenante , un bric-à-brac de skis et de bicyclettes plus ou moins rouillées . 

          C'est en appuyant sur un mécanisme soigneusement dissimulé dans l'un des murs , qu'un dispositif se mit en branle , déclenchant l'ouverture d'un étroit corridor où je m'engageais , muni d'une lampe électrique , descendant peu à peu d'innombrables marches le long d'un couloir plein de poussière , mal éclairé . Puis , foulant avec précaution les dalles glissantes , je débouchais dans une salle dont la lumière dépendait seulement de quelques chandeliers fixés à la roche grâce à des tenons de fer .
         
Au centre , assis contre une grande table de chêne entourée de chaises vides de la même matière , se trouvait , derrière une plaquette en métal doré , indiquant : Mr K , une espèce de bureaucrate au veston gris ressemblant à un " zombie " dont le visage invisible portant capuche et 

masque noir , était dissimulé par des lunettes de la même couleur . Je m'inclinais respectueusement devant celui qui devait être mon supérieur , spectre à l'oeil glacial marchant comme une

ombre , tandis qu'il prenait la parole d'un ton monocorde , un brin de rose fixé sur sa veste au coeur d'une croix .

Bonjourquelle joie de vous retrouver monsieur le Cavalier de la Dernière Heure , fanfaronna-t-il avec ironie à la cantonadebienvenue dans notre petite station   

          La veille , un mystérieux homme était passé à la résidence afin de me remettre une invitation me rappelant ce qui avait été prévu de longue date , et maintenant , les terreurs nocturnes retombant déjà comme un voile d'encre , au bout de ce jour d'angoisse et de fatigue , j'étais là , obéissant docilement en silence au mystérieux guide qui , tout en plaisantant , me parlait . Celui-ci , une fois qu'il eût franchi la lourde porte , m'entraînait à pas lents dans un escalier menant à une autre salle encore plus petite et discrète .

- Voyez-vous , mon cher , nous vous avons fourni un alibi contre ceux qui ont quelque chose à nous cacher ! D'ailleurs , n'ont-ils pas trop tôt voulu cueillir le fruit d'un Arbre défendu et , comme cette pierre maladroite ricochant à la surface d'un insondable bassin , désiré trop vite atteindre l'autre rive ? Le potier ne doit-il pas rester maître , après tout , de son argile ? Hélas , vous le savez , l'homme futur est encore à construireAdam forma futuri , note Pascal , mais son âme demeure à jamais éternelle ! ( 12 )

 

         

     6 Ma présence était justifiée , je m'en

doutais , par l'enquête personnelle que j'avais eu à mener pour enrichir un dossier secret sur les évènements de la deuxième guerre mondiale en Bretagne . Nous nous connaissions peu , même s'il avait su l'importance de mon rôle pendant la résistance .

- Le Graal est divin , poursuivit-il , et son message ne peut être une simple recette d'énergie destinée à la conquête du monde ! ( 13 )

La distance nous est encore trop grande , sans doute , jusqu'à l'Etoile de Dieu ! , fit mon hôte

- Mais la pierre dont parle Jung , poursuivit-il ensuite ,  fut plongée dans l'eau divine où Osiris lui-même ressuscita pour bâtir son temple d'albâtre ! ( 14 )

Il faut d'abord connaître l'obscurité , la souffrance avant d'apercevoir seulement ce phare lumineux des profondeurs que chaque marin du " peuple des éons " rejoindra par vagues lorsqu'il sera temps , dans le flux sans cesse renouvelé de l'essences créatrice ... ( 15 )

          Autant pour maintenir notre réputation que pour préserver la naissante notoriété de nouvelles technologies , nous devions faire mine , expliqua-t-il , de ne pas être au courant de ce qui se tramait en cachette . Bien sûr , avions-nous été victime d'un complot international , sinon d'un cruel malentendu , et nous nous étions laissés berner par des espions venus de l'Est qui , à leur habitude , avaient abusé de notre naïveté . Mais tout allait maintenant rentrer dans l'ordre ! On ne toucherait plus impunément à ce précieux héritage venu des siècles , me déclara-t-il ensuite d'un air martial :

" Exortum est in tenebris lumen rectis corde " !

( 16 )

Bientôt , sans doute , allez-vous reprendre la route de Paris vers ceux qui , là-bas , doivent sûrement vous attendre avec impatience ? 
          Il suffira , prétendait-il , qu'on me remette un certain objet dont nul ne pouvait encore déceler la trace .

         Alors , tout ceci n'était pas un piège ? , me consolais-je enfin moi-même , presque soulagé ...

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - Sils - II - L'Homme en Noir- Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LABYRINTHE " , copyright 2024 . 

 

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Notes :

 

9 -" Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , I , 4 , par Gérard de Nerval 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

 

10 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , X - Au Temps des Chevaliers de l'An Mil , 4 - Fontaine Sainte-Marie - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

11 Silsersee = Lac de Sils .

 

12 - L'Arbre de Vie , L'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal ( Ge , 2 , 9 ) .

   - " Pensées " ( 1669 , posthume ) de Blaise Pascal ( 1623 - 1662 ) , philosophe , théologien français - Pensée 656 .

 

13 - Thème de l'énergie " Vril " associé à celle du Graal , inventé par Edward Bulwer-Lytton

( 1803 - 1873 ) dans son roman " The Coming Race " ( 1871 ) , fut développé avec celui de l'Agartha , royaume souterrain fabuleux , par les ésotéristes du 19è siècle ." Société du Vril " : proche de l'Ordre de Thulé , cette société secrète préparait l'évasion d'Hitler vers l'Antarticque ( associée ici à l'Atlantide ) .

 

14 - " Les Racines de la Conscience " ( 1954 ) - Livre IV : Les Visions de Zosime , du psychiatre suisse Carl-Gustav Jung ( 1875 - 1961 ) . Mythe d'Osiris . 

 

15  - " Nuit noire de l'âme " , expérience passagère de désolation spirituelle dans l'expérience mystique ( St Jean de la Croix ) , période où Dieu est caché ( signification du prénom d'Esther en hébreu ) .

     - Le thème du PhareAUBERIVE ( Cycle de L'Etoile III )  " Histoire d'un Chef d'Orchestre "

( Auberive 11 , 11-23 ) - " La Porte Océane " ( Auberive 13 , 15 ) - " Laura " ( Auberive , 14 ) - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

     - Les " Eons " porteurs d'Esprit représentent les incarnations divines ( Jésus , Sophia ) , mais aussi le flux d'énergie spirituelle dans la matière selon les gnostiques platoniciens . Jean-Emile Charon

( 1920 - 1998 ) , philosophe et physicien français , les oppose aux " Electrons " dans son livre " Mort , Voici ta Défaite " ( 1979 ) .

 

16 - " Exortum est in tenebris lumen rectis corde " ( Une lumière s'est élevée dans les ténèbres pour ceux qui ont le coeur pur ) - Psaume CXII , 4 .

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LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - Sils - I - Partir .

14 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LABYRINTHE

Sils-Maria

Sils-Maria

LABYRINTHE

( Cycle de L'Etoile XXXIII )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

Pour Annemarie Schwarzenbach ...

 

 

 

 

 

 

 

Sils

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre au bord du fleuveJe le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... "

 

Annemarie Schwarzenbach -Tod in Persien " ( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé ) . 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - Partir

 

 

 

 

 

 

 

 

Il essayait de rassembler

  Les fils de sa vie ,

  D'en tisser un motif ,

  De trouver son chemin

  Dans le labyrinthe où il errait ... "

 

D'après Oscar Wilde - " Le Portrait de Dorian

Gray1891 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

 

       

 

        

     

 

 

 

     1 - Qu'est-ce qu'une nuit , songea-t-il , quand j'ai maintenant perdu tout le rire de sa

jeunesseA quelle distance de ce que je suis encore vit celle que je chérissais ?

            Doit-on lui pardonner , cette femme qui , avant de mourir , avait voulu suivre ce libérateur à l'accent américain , vêtu d'un jean et d'une chemisette à carreaux , visage d'ange aux yeux bleus délavés , buriné par le soleil , cédant au charme de ce cow-boy du far-west à la silhouette sauvage dont la présence ridiculisait un peu la mienne , et qui détruisant notre ménage comme tant d'autres parmi la foule des survivants de la guerre , brisait aussi la naïveté d'un pauvre bougre heureux de sortir , un peu grâce à lui tout de même , des griffes de l'occupant nazi ?

- Vous êtes là pour la perforation du coeur ? Faites , faites , je vous en prie ... , dit un artiste . ( 1 )

Ô , douleur , tu m'a tenu plus fermement que je ne tiens ce livremais j'ai voulu lâcher prise et lui échapper !

            Ne peut-on partir qu'en abandonnant tout derrière soi ?

           Qui prier maintenant que Dieu vous a pris le plus cher de votre chair ? Où aller quand votre avenir ne semble conduire nulle part , sinon par cette longue route traversant ce pays torturé de votre âme ?

            Grida , te souviendras-tu encore de notre rencontre dans le manoir ? ( 2 )

           Mais la glace du rétro faisant défiler devant mes yeux , la bande grise , uniforme , insensible , de paysages de plus en plus changeants , malgré moi , kilomètre après kilomètre , je m'interrogeais , puis , comme il était midi , et que le bus réclamant , comme nous , sa nourriture , allait faire une pause à la pompe à essence la plus proche , j'en déduisais qu'il m'avait ainsi été donné , par sa trahison , le pouvoir de comprendre que nos sens ont définitivement plus de force que l'Esprit . C'est alors qu'un type bizarre est monté , comme tombé du ciel à l'improviste , réclamant l'aumône d'un siège à l'avant droit du véhicule .

- Pouvez-vous m'emmener ? , avait-il d'abord poliment demandé au chauffeur avec un calme trompeur bien que paraissant sur des charbons ardents .

- J'ai de l'argent , je peux payer !  Mais , voyez-vous , c'est une urgence ! Une personne m'attend , qui compte sur moi !

             Intrigué par l'étranger , mais sans doute aussi par le dessin d'une carte sur son sac sous l'inscription " VALLEE HEUREUSE " en lettres capitales , notre conducteur accepta l'offre avec un peu de réticence , l'idée de gagner quelques sous n'étant pas non plus pour lui déplaire ...

- Il faut que j'y aille ! Vous comprenez ?

 

 

     2 -   Au lendemain de la " Shoah " , quel avenir ? , avais-je noté un matin dans mon journal d'une écriture fiévreuse et tourmentée .

Personne ne peut vraiment comprendre le sens du destin , pas même un soi-disant prophète visité par l'esprit de Dieu , ajoutais-je en pensant peut-être aux curieuses visions que j'avais eues lors du fameux voyage avec mon cousin dans les contrées celtiques ... ( 3 )

            Mais désirais-je vraiment détruire le récit de mes souvenirs , le brûler comme aurait pu le faire Virgile avec l'Enéide avant de disparaître sans laisser de trace ? ( 4 )

            Un libraire de Saint-Malo , pour sauver sa peau , avait jadis trahi mon

épouse , et celle-ci , institutrice et membre de la Résistance , était morte à Auschwitz . ( 5 )

            Par dérision sans doute , on m'avait surnommé le " Sage " ou " l' "Archiviste " parce que , pendant la guerre , je travaillais à Rennes dans les sous-sols de ce service de l'hôtel de ville répertoriant toute l'histoire et la cartographie de la région . Mais ce qu'on ignorait à l'époque , l'affaire étant restée secrète , c'est que Grida , mon épouse institutrice , lasse , prétendait-on , d'une vie trop pantouflarde , s'était enfuie avec ce lieutenant de l'armée yankee en contact avec le groupe , un certain Yowan , et que , à la suite de ça , j'avais apparemment " pété les plombs " ! ( 6 )

         

 

     3 -  Dans l'arrière-salle du restaurant " La Croix Bleue " de Sils-Maria ,  finissant de boire ma bière , je repensais avec tristesse à toute cette affaire , observant ce curieux personnage rencontré dans le bus , lui qui , parfois ,  parlait aux cygnes du lac . Il les regardait , semblait-il , comme s'il avait voulu d'abord s'envoler au ciel avec eux , croyant prendre son essor au milieu des oiseaux affolés par les cris que poussait soudain cet étrange promeneur qu'on prenait pour un fou , avant qu'il ne se mette à brusquement courir pour s'élancer tout au bout du village où il hurlait comme un albatros ou un cerf blessé par la meute !

            Un soir , pendant la veillée , le récit d'un autre " client " de l'institut me fascina , car je crus y reconnaître mon histoire :               

- J'ai retrouvé , révélait l'héritier devant l'assistance émue , comme la postface d'un opuscule que l'on peut lire avec peine , petit recueil dont beaucoup de pages furent arrachées , de nombreuses lignes biffées , tout ce que j'avais cru essentiel de dire à-propos d'une tentative littéraire pendant cette époque si difficile à mon

égard , juste après guerre , où j'avais perdu la foi , semblait-il , abasourdi d'apprendre que mon copain d'enfance avait été assassiné par sa propre fille ! Mais désirais-je vraiment détruire le récit de ces souvenirs , les brûler comme aurait pu le faire Virgile avec l'Enéide avant de disparaître sans laisser de trace Je l'ignore , en vérité , j'étais si seul , car je m'étais brouillé avec toute ma famille ... " ( 7 )

            Par quel autre miracle aurais-je pu trouver la paix , ce soir-là , pendant que l'orage martelait de ses coups les os tremblants de cette vieille carcasse d'auberge où j'avais fini par trouver une chambre au dernier moment ?   

Je suis le vent qui geint

  Dans le creux des cavernes fauves ... " , chante le poète .  ( )

           Je désirerais n'être que la pluie et le vent frappant sans cesse aux persiennes closes pour qu'enfin s'ouvrent mes yeux ! Qu'est-ce que l'amour , après tout , pensais-je , sinon cette flèche cruelle venant comme l'éclair zébrant à l'infini l'océan céleste plombé de chaleur lourde où explosera tout à l'heure ma peine en déluge ?

           

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - Sils - I - Partir - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LABYRINTHE " , copyright 2024 . 

 

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Notes :

 

1 - " Les Cahiers de Malte Laurids Brigge " ( Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge , 1910 ) , de Rainer Maria Rilke ( 1875 -1926 ) , écrivain , poète autrichien .

 

2 La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) - Deuxième Partie - La Prisonnière du Temple - X - Haligan - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

3" L'Abdication du Poète " ( 1914 ) , par Maurice Barrès ( 1862 - 1923 ) , écrivain français . 

     " Le Passeur des Mondes " ( Cycle de L'Etoile I ) , I , 9 - Gaeltacht ( Voyage dans les Îles ) - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

- " La Mort de Virgile " ( Der Tod des Vergil , 1945 ) , par Hermann Broch ( 1886 - 1951 ) , écrivain , philosophe austro-hongrois .

     " La Vie Derrière Soi " , Fins de la Littérature ( 2021 ) , 6 - Brûlez l'Enéide ! , par Antoine Compagnon - Editions Equateurs - Tous droits réservés .

 

5 - " Itinérance " , I , 2 - L'Ombre Blanche .

     " La Nuit de Cézembre " ( Cycle de l'Etoile V ) , I , 6 - Mardochée - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

6" La Nuit de Cézembre " ( Cycle de l'Etoile V ) , I , 6 - Mardochée - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

7 - " La Nuit de Cézembre " ( Cycle de l'Etoile V ) , II , 6 - Assomption - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

Grida Lenn : " La Demeure Enchantée " ( Cycle de l'Etoile II ) , II , 10 - Haligan - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre .

     " Dramatis Personae " , XIX - Yann Kervern I ( Suite ) .

     - Boris " Yowan " Dagan : " La Demeure Enchantée " - III , 1 - Une Soirée à

Neuilly ... ( Cycle de l'Etoile II ) , II , 10 - Haligan - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre et " AUBERIVE( Cycle de L'Etoile III ) , XIII - La Porte Océane " , 17 - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre .

 

8 - " Le Moine " ( The Monk , 1786 ) de Matthew Lewis ( 1775 - 1818 ) , roman gothique anglais qui fut adapté en 1931 par Antonin Artaud ( 1896 - 1948 ) , poète , acteur français .

 

 

 

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CARNETS DE ROUTE / LA BELLE DE LAURAC ( Cycle de L'Etoile XXXII ) - III - Table des Matières .

12 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA BELLE DE LAURAC

Ellen Terry

Ellen Terry

 

 

 

 

 

 

 

 

Cycle de L'Etoile XXXII

( Livre 32 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA BELLE DE LAURAC

 

                              - 3 - 

 

 

         Table des Matières

 

 

 

 

 

 

 

I - CARNETS DE ROUTE 

     Préface / Dédicace      

       Les Mouettes Moqueuses

 

1 - Cité Arverne - Kérylos - 3 - Toulouse 4 - Partir - 5 - Haut-Koenigsbourg - 6 - Les Rues de Philadelphie - 7 - Jaffa - 8 - Cabourg - 9 - Guérande / Pays Blanc - 10 - Milan - 11 - Prague - 12 - Chartres - 13 - Athlone - 14 - Bayreuth - 15 - Monticello - 16 - New-York .

 

 

 

II - LA BELLE DE LAURAC ( Cycle de L'Etoile XXXII )      

      Préface / Dédicace      

        L'Eglise Invisible

 

1 - Prologue L'Amour du Christ - 2 - L'Oeil du Cyclone - 3 - Gentiane - 4 - Prisonnier - 5 - Le Chevalier De Saint-Jean - 6 - Massacre ! - 7 - Tolosa Dolorosa ! - 8 - L'Ecrin Merveilleux - 9 - Epilogue : Rédemption .

 

 

 

III - Table des Matières

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - CARNETS DE ROUTE / LA BELLE DE LAURAC - III - Table des Matières - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights

reserved - " LA BELLE DE LAURAC " 

( Cycle de L'Etoile XXXII ) , copyright 2025 .

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Carnets de Route - Préface / Dédicace - Les Mouettes Moqueuses .

11 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CARNETS DE ROUTE

Carnets de Route - Préface / Dédicace - Les Mouettes Moqueuses .

 

 

 

 

CARNETS DE ROUTE

 

 

 

 

 

 

 

I - PREFACE / DEDICACE

 

 

 

 

Pour Charles Baudelaire

 

 

 

 

 

 

 

Les Mouettes Moqueuses 

 

 

 

" Mais permettez , que je vous parle encore de mon

pays ... "

Xavier Grall - " L'Inconnu me Dévore " ( 1984 )

 

 

 

     Nous ne savons rien de l'écume du large qui , impitoyablement , vient ronger les nombreux châteaux de sable de nos illusions , de nos pauvres songes , découvrant peu à peu , enseveli sous nos pieds , comme un chemin d'âme bordé de croix vers d'insondables profondeurs .

     Cet autre monde , où , parfois , nous partons la nuit nous aventurer , n'est , sans doute , qu'un univers double où , telles des sirènes , se faufilent d'étranges créatures venues nous visiter .

     Le jour , longeant ses sentiers d'abîmes , la mer nous appelle de ses jeux de vagues , de ses reflets d'ambre ou des flots majestueux nous ramènent , par la force du ressac et le mouvement de la

houle , aux pays lumineux d'une jeunesse trop vite enfuie .

     Avec cette espèce d'aurore naissant en nos coeurs , nous embarquons , marins solitaires , pensant au périple au long cours devant , à l'avenir , nous conduire sur une côte lointaine , à l'autre bout mystérieux de la mélancolie .

" Croyez-vous au Paradis ? , demandait Xavier

Grall . J'ai rêvé ma vie avant de l'accomplir ... "

( 1 )

     Et si nos yeux parviennent à s'ouvrir davantage , forçant notre esprit à mieux concevoir l'immensité des lointains dans le scintillant clair-obscur des ondes , l'étrange cri de rage des mouettes moqueuses , face au moutonnement de l'eau , hurle secrètement en nous ces mots d'une langue enfin retrouvée , la nôtre , nous permettant enfin de traverser ce gouffre énorme pour pouvoir , au-delà , rejoindre notre vraie patrie , lignes et couleurs lui donnant maintenant ses formes véritables , bien différentes , malgré tout , de cette péninsule que , chaque fois , le banal Hexagone nous force à circonscrire , et si ma famille ressemble à ce sombre archipel , je comprends , moi aussi , l'îlot déserté , qu'une petite lueur d'un phare mystérieux dévoile derrière les rochers , venant subitement éclairer mon ciel impétueux !

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Carnets de Route - Préface / Dédicace - Les Mouettes Moqueuses - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Carnets de Route " , Copyright 2024 .

                            

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Notes :

 

1 - " L'Inconnu me Dévore " , 1984 , de Xavier Grall ( 1930 - 1981 ) , poète , écrivain , penseur breton .

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LE MIRACLE DE BROCELIANDE - Epilogue - XV - Marig .

9 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MIRACLE DE BROCELIANDE

Mary Garden ( 1874 - 1967 ) dans " Thaïs " ( 1907 ) / Liane de Pougy
Mary Garden ( 1874 - 1967 ) dans " Thaïs " ( 1907 ) / Liane de Pougy

Mary Garden ( 1874 - 1967 ) dans " Thaïs " ( 1907 ) / Liane de Pougy

 

 

 

 

LE MIRACLE DE BROCELIANDE

 


 

 

 

 

 

 

Pour Maripol et pour l'abbé Gillard ,

pour Jean Markale et pour Lewis Carroll ...

   

 

 

 

 

- EPILOGUE -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XV - Marig

 

 

 

 

 

 

 

 

Les souvenirs sont moins tangibles que les rêves ... "

 

Isadora Duncan ( 1877 - 1927 ) - " Ma Vie " ( Mémoires , 1928 posth. )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

 

       

 

        

     

 

 

 

     29 - Tu t'es évanoui , mon bonhomme , tu as eu de la fièvre

              Il était vrai que je m'étais retrouvé une fois de plus perdu entre chimère et réalité , incapable de distinguer l'une de l'autre . Au fond de moi , je savais que la stricte vérité n'était pas celle qu'on voulait m'imposer . Mais ce qui s'était réellement passé , je devais le redécouvrir par moi-même , assura mon " psy " , une charmante praticienne nommée , elle aussi , Marig , quitte à replonger maintenant dans les eaux sombres de mon inconscient ! ( 29 )

              Mille et une nuits de rêve m'avaient fait revoir ce bref passage d'une existence réduite à un point de poussière , là-bas , dans l'infinité sud-américaine . Qu'en restait-il ? Ne sommes-nous pas nés pour mourir un jour avant de rejoindre cette gigantesque " Porte " où ni le temps , ni l'espace n'existent plus , ressemblant plus à un regard sans fond , miroir indicible où toutes les vies , petites gouttes lumineuses , viennent se perdre et renaître comme les vagues de la mer dans un incessant ballet d'âmes provenant de toutes les directions de l'univers ! 

             Quant à mon premier amour , celle qui avait suscité mes premiers émois , je l'avais retrouvé dans un couvent de Buenos-Aires , au

parloir . Comment expliquer , d'ailleurs , qu'elle connût déjà par avance tous les périls de cette route difficile où , dans le cadre d'un plan minutieusement préétabli , j'avais obéi à ce qui lui avait été suggéré mentalement par l'entité lumineuse voyageant auprès d'elle depuis l'insondable ? Car des images , réminiscences d'un temps plus ou moins défini , s'étaient formées depuis longtemps dans son esprit . Pourtant , quand je revis soeur Clarisse de la Pénitence , tel était son nouveau nom , celle-ci faillit ne pas me reconnaître , se rappelant difficilement notre lointaine rencontre au mariage de sa soeur , il y avait si longtemps ! Quand je tombais sur elle ,  vers la fin de l'après-midi , elle m'accueillit comme un enfant venu jouer dans le petit bosquet de lierre où l'on voit la statue du saint d'Assise . Nous marchâmes ensuite côte à côte au-delà de l'église Santa Maria , silhouette majestueuse et sombre au milieu d'une forêt de

hêtres . La religieuse , coiffée d'une capuche , voulut sans doute profiter de l'heure crépusculaire pour humblement cacher à la lumière du couchant les traits de son visage qu'elle jugeait , sans

doute , trop changé pour son amoureux du temps jadis .  Qui donc pouvait être cette nouvelle Madone ? , me demandais-je , ce soir-là , dans ma cellule , me sentant presque défaillir , éclatant en sanglots ... Qui était celle , coiffée d'un chapeau de paille , ayant su si bien lire en mes yeux les ombres démesurées du soleil couchant , pour , avec tant de grâce , faire gracieusement tourner devant moi sa robe de bure toute blanche ? Moi , qui n'oublierai jamais cette petite phrase qu'elle m'avait dite en s'asseyant sous un platane :

Rien de tel qu'une affection humaine pour porter de l'ombre sur le soleil de Dieu . " ( 30 )

- Mais l'amour , n'est-ce pas aussi ce qui doit nous sauver un jour du désespoir ou de la médiocrité ? , tentais-je d'argumenter , lui répétant machinalement sans y croire des phrases que j'avais cru apprendre au catéchisme de notre enfance , et parce que je savais qu'elle avait vécu , elle aussi auparavant , l'existence assez relâchée d'une danseuse mondaine , ajoutant , lucide , en voyant s'agiter sur le banc d'en face un couple d'hirondelles toute blanches : ne vend-on pas une paire de moineaux pour un sou ? " ( 31 )

- C'est dommage ! , me répondit-elle avec

dépit , me parlant toujours de notre maison qui ne serait pas de ce monde , mais bâtie bien plus haute sur les nuages d'une montagne inaccessible !

- Un lieu béni , en quelque sorte , et qui rend béni tout ce qui y touche ...

- Qu'ici , reprit l'autre , c'était le royaume du mensonge , et que les belles musiques de nos mots ne serviraient jamais à rien , même chantées d'une voix d'ange , rajoutant qu' il y avait " un autre juge dans le Ciel qui nous rendrait plus de justice " !

( 30 )

             Alors , je lui évoquais mon aventure du lac de Pempont , ce qui la fit rire et lui fit penser à Zacharie ayant perdu sa voix parce qu'il n'avait pas voulu croire à la parole de Gabriel . ( 32 )

             Allant ensuite me recueillir avec elle dans le temple pour l'Adoration , je me demandais qui pouvait bien être cette amie précieuse pour me montrer , de l'estuaire à la source , le chemin de ma destinée , me guidant en mes heures sombres lorsque ,  traversant le pont d'une belle nuit d'été constellée d'astres immortels , je vis tomber soudain dans les eaux noires de la nuit , la trace fulgurante d'un météore ?

- Bien qu'étant nés dans la modicité ou le dénuement sur Terre et malgré que nous ayons pu y associer la force du travail à de précieux dons , me confia-t-elle ensuite en me pressant le bras , nous pouvons tous un jour , homme ou femme dans le miroir des mondes , faire face ici-bas , pour le meilleur ou pour le pire , puisque son mari , disait-elle , avait péri dans un accident tragique , à notre double spirituel ... 

        Alors , dans le sommeil de cet invisible songe , je crus que nos deux vies , peut-être , s'envoleraient un beau jour parmi les nuées d'oiseaux pour se rejoindre , fantômes d'arbres noirs que la chanson du vent sépulcral agiterait au coeur de la forêt millénaire de notre jeunesse !

Et tout s'effacerait ...

        Si la mort n'est qu'un voile , pensais-je ,

 

" Toi et moi ,

  Avec deux formes et deux visages ,

  Mais une seule âme ,

  Nous resterons unis dans l'extase ,

  Par les mots , par le silence ... " ( 33 )

 

   

 

 

 

FIN

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LE MIRACLE DE BROCELIANDE - Epilogue - XV - Marig - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE MIRACLE DE BROCELIANDE " , copyright 2024 . 

 

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Notes :

 

 

29 - Voir chapitre IX , L'Île du Graal  .

 

30 Port-Royal " ( 1954 ) , drame religieux d'Henry de Montherlant ( 1895 - 1972 ) , de l'Académie Française .

 

31Matthieu , 10 , 29 - Lévitique ,15 , 14 - Luc ,

2 , 24 .

 

32Lorsque l’archange Gabriel lui annonça que sa femme, Élisabeth, allait concevoir et donner naissance à un fils ( Luc 1:11-17 ) , Zacharie douta ( et était probablement un peu cynique à ce sujet , Luc 1:18 ) et Gabriel lui ôta la voix ( Luc 1:19-20 ) . Pendant neuf mois , Zacharie resta sans voix , car il ne pouvait plus parler .

 

33 - " Toi et Moi " , oeuvre du poète mystique persan Djalâl ad-Rûmi ( 1207 - 1273 ) .

 

 

 

 

 






 


            

     

   

 

         

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LE MIRACLE DE BROCELIANDE - XIV - Les Ombres du Passé .

9 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MIRACLE DE BROCELIANDE

Miranda - La Tempête ( 1916 ) par John William Waterhouse

Miranda - La Tempête ( 1916 ) par John William Waterhouse

 

LE MIRACLE DE BROCELIANDE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Maripol et pour l'abbé Gillard ,

pour Jean Markale et pour Lewis Carroll ...

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XIV - Les Ombres du Passé

 

 

 

 

 

 

 

 

" Où est la fêlure par où l'on peut apercevoir l'universel désastre ? "

 

Virginia Woolf - " Les Vagues " 

( The Waves , Virginia Woolf , 1931 ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

 

       

 

        

     

 

 

 

     26 Ce n'est que bien plus tard , nous apprit l'enquête , que sa femme reçut la traditionnelle carte postale souvenir du dernier voyage de Laorans , envoyée du

" Romantik Hotel Schloss Rheinfels " :

" Je suis passé par Luxembourg et Trèves , dans le Palatinat , direction Coblence ! ( 27 )

              En fait il avait dû , imagina-t-elle , à l'occasion d'un voyage professionnel , rejoindre Solen , sa maîtresse allemande secrète , une relation née du vide qu'il ressentait depuis la fin de sa carrière , mais dont il ne parlait jamais , cachant aux siens que , dans son grand besoin d'indépendance et d'argent , sinon de liberté , il avait bâti dans les années qui suivirent sa démission de l'armée , une existence de façade , alternant une vie presque mondaine avec les affaires les plus douteuses parmi des étrangers vivant dans l’ombre .

              Ce jour-là , si cette fable , comme elle s'en doutait , n'avait pas été mensongère , ils auraient sans doute pu visiter les ruines de la

Lorelei , cette falaise où , dit la légende , une sirène fait chavirer les bateaux par son envoûtante mélodie .

              Mais consciente que certaines histoires , même réécrites , sont vouées à se terminer là où elles auraient du commencer , croyant qu'il était mort sous les eaux profondes de la ville d'Ys , pour faire son deuil , elle partit contempler le destin suivre les boucles de son cours depuis Lorient jusqu'au bout de l'embouchure du Blavet , se laissant encore , un peu à la manière d'un

coquillage , caresser par l'éclat scintillant d'une lointaine étoile avant d'être elle même engloutie : elle se suicida !

              La vie de son mari , qu’elle avait tenté de sauver , l’avait rattrapé , sous une forme différente mais tout aussi tragique , réalisant alors que même les efforts les plus désespérés pour changer le cours des choses n’étaient qu'illusion .

       

      27 - C'est  ce moment que mes fonctions d'agent secret , liées à celle plus banales , d'officier de  bord , m'amenèrent en Bretagne à la recherche de la vérité sur cette légende du trésor nazi qui attirait déjà des chercheurs , des journalistes , peut-être même des chasseurs de primes .

             Le lendemain du naufrage , les journaux parlèrent d'une curieuse lueur blanche incandescente , surgie à la frange de milliers de particules d'écume , formant , à la surface de la mer , une sorte d'anneau éphémère balayé de violentes rafales de vent , l'entrée , cernée de vagues noires , d'un gouffre aspirant une énorme boule de feu d'abord , pour la rejeter ensuite avec force affirmaient certains charlatans , vers la frontière invisible d'un nouvel espace-temps !

      

     28 - Cette mort si soudaine l'avait tellement bouleversé !
            Qu'il lui avait paru difficile , ensuite , ce sentiment de complète solitude , sans la présence , quelque part , de celle dont il avait fait connaissance , naguère , dans une soirée brestoise , et dont les manières élégantes lui avaient tellement plu , sa classe comme sa gentillesse , qu'il avait du mal à expliquer maintenant ce malheur brusquement surgi des flots saumâtres de l'île de Groix ... 

            Ce que l’on savait de lui , aujourd’hui , lorsque je vins le voir , c’est qu’il vivait bien tranquille dans la petite ville d’Agua de Oro , près de Cordoba , dans le nord de l’Argentine , où il tenait une pâtisserie , " La Confiteria bretona ", sur la route menant à Ascochinga , décorée comme un salon de thé quimpérois , où il vendait de délicieuses crêpes et fars bretons . Ses voisins parlaient de lui comme d’un homme élégant et aimable, vivant avec sa femme , Alice , et recevant des visites régulières de leurs amis . Quand je lui rendis visite, il voulut me raconter sa version de l'histoire en breton : 

Certains parlèrent d'une violente dispute à bord , me dit-il , mais une étrange brume s'était élevée autour de nous , notre navire , comme aspiré par ce brouillard , bascula soudain dans un immense tourbillon ! C'est Solen qui est tombée , suite à une violente dispute avec sa soeur Alice dont elle était follement jalouse ! J'avais bien essayé de les séparer , mais je faillis moi-même y passer en plongeant pour lui venir en aide ! ( 28 )

Ensuite , je me suis demandé si tout cela n'avait pas été provoqué par le coffre que nous avions trouvé dans la grotte avant de repartir ? Si cet objet n'était pas maudit Quoiqu'il en soit , je devais m'en débarrasser le plus vite possible avant de fuir ici ! Voilà , c'est tout ce que je peux te dire ! Je ne suis pas un meurtrier , juste un imbécile , peut-être

           Bientôt , décrite par la presse , cette mini-tempête localisée , striant les nues d'éclairs sauvages , dut redoubler , car , poursuivait le narrateur , elle secoua de ses trombes d'eaux ruisselantes , les flancs du vaisseau que les vents du large , s'époumonant avec autant de force que de mépris contre les hublots , balancèrent dangereusement !

           Monté au bord du gouffre sans sa voilure abattue , le navire sentit sous sa coque le vertige issu des profondeurs bouillonnantes l'aspirer dans un maelstrom infernal !     

 - Je crus alors tomber à toute vitesse dans un miroir , espèce de puits sans fond , spirale impressionnante à la poursuite de mon double au coeur d'un labyrinthe aux rues abyssales de béton gris , dévalant avec peine le long tunnel interminable me faisant revivre différentes étapes majeures de ma vie et bien d'autres scènes que je ne pourrais décrire , allant à la rencontre d'un immense phare inversé dont je me mettais à descendre les dalles de pierre usées par le temps !  

           Maintenant , passé ce trou noir , tout s'écroula ! Je me réveillais en sueur , frissonnant de fièvre !

           Quelques minutes plus tard ,  les yeux à demi ouverts , je remuais encore tout cela sur la passerelle , fasciné au petit matin par l'immensité du cosmos étoilé qui , dans une guenille au-dessus des toits obscurs m'entouraient , me rappelant mon enfance en Bretagne , et ce long chemin balayé par le vent qui , une seule fois , m'avait amenée nulle-part , lorsque j'étais parti pour en finir à travers champs vers la falaise abrupte ! 

           Je me revis au moment où tout m'avait semblé si sombre , au bout de l'énorme gouffre de ténèbres trouant le flot mystérieux , me

rappelant , comme l'évoquait aussi le martèlement de la pluie sur la coque , cette résonance en moi d'un glas sépulcral au-dessus de la cabine où j'avais essayé de dormir , lorsqu'à minuit sonnant , les fantômes insatisfaits de l'au-delà hurlaient en vain pour m'entraîner de leur côté !

           D'ailleurs, n'était-ce pas le vertige de leur chute interminable , ensuite , qui m'avait conduit dans ce silence horrible à travers l'infini ?

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LE MIRACLE DE BROCELIANDE - XIV - Les Ombres du Passé - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE MIRACLE DE BROCELIANDE " , copyright 2024 . 

 

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Notes :

 

27 - Hôtel proche du château de Rheinfels à Sankt Goar , dans le Palatinat ( Rheinland-Pflaz ) , en face du rocher de la Lorelei .

 

28 " La Confiteria bretona " = La Confiserie Bretonne .

 






 


            

     

   

    

 

 

       

 

       

 

      

         

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LE MIRACLE DE BROCELIANDE - XIII - Malédiction .

8 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MIRACLE DE BROCELIANDE

" La Conscience " ( 1877 ) , illustration pour Victor Hugo , fusain sur papier de François Chifflart ( 1825 - 1901 ) , peintre , dessinateur et graveur français .

" La Conscience " ( 1877 ) , illustration pour Victor Hugo , fusain sur papier de François Chifflart ( 1825 - 1901 ) , peintre , dessinateur et graveur français .

 

 

 

LE MIRACLE DE BROCELIANDE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Maripol et pour l'abbé Gillard ,

pour Jean Markale et pour Lewis Carroll ...

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XIII - Malédiction

 

 

 

 

 

 

 

 

" Songe aux cris des vainqueurs , songe aux cris des mourants ... "

Jean Racine - Andromaque ,  III ,  8 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

 

       

 

        

     

 

 

 

     23 - Tu sais , j'ai l'impression d'être allé dans un autre monde ... Mon Dieu , c'est ce qu'ils voulaient , n'est-ce pas ? Juste se servir de nous pour voler le code ! , s'était-il écrié bouleversé , me serrant dans ses bras .

- Qui a dit déjà que " tout homme est deux

hommes , mais que le véritable , c'est l'autre ? " , lui répondis-je alors d'un demi-sourire ! ( 26 )

              Qu'est-ce qui avait justifié la réouverture du dossier ? Car la seule victoire que j'avais remportée dans cette affaire , c'était précisément d'être encore en vie . Si j'avais eu le malheur de dire un seul mot de toute cette histoire à la presse , j'aurais connu sans doute , comme la

pauvre noyée , une fin très rapide !

 - Pourquoi suis-je venu ici ? Rien n'arrive sans raison , me dit-il . Je suis pourtant lié à notre

terrej'ai son sang dans mes veines comme toi , même l'ayant quittée depuis si longtemps !

              Le scénario était connu . Après quelques années d'un mariage  assez terne , il avait fini par céder aux démons de l'adultère , sans doute afin de se rassurer sur son propre pouvoir de séduction . Mais c'était autour de la victime d'un banal accident de mer , que s'était noué le drame .

- Ne doit-on pas d'abord lever l'ancre , se consolait-il , pour ouvrir la route aux navires abandonnés ?Mon ancienne épouse n'ignorait pas , me connaissant bien , que la probabilité pour notre couple de poursuivre paisiblement le cours de son existence incolore était faible ... 

              Playboy sans scrupules , ressemblant peut-être un peu trop à son image de marque , il avait taché , rentré d'exil au pays depuis peu , de tout faire pour être à la page . Mais maintenant , n'avait-il pas d'arrière-pensées , l'heureux élu ? Car c'est toujours le profit qui met l'héritage en péril ... Et comme on l'avait chargé de remonter le " patrimoine " à la surface ... Leur ai-je vendu

mon âme ? , se mit-il à craindre .... D'abord , quelques images vivantes se mêlèrent à sa conscience troublée . Un naufrage ... Il ouvrit les yeux , n'ayant aucun souvenir , en vérité , de ce qui avait pu se passer .
- C'était tout blanc d'écume , comme un linceul , autour de moi . Une chambre d'hôpital ? , se demanda-t-il .
Comme je me sentais lourd , faible à la fois , frissonnant de fièvre ... Des coups de marteau me heurtèrent la tête ! Un rocher , sans doute ? Et puis soudain , les faits me revinrent , cet absurde accident sur une mer houleuse ! 
Une voix d'adolescente qui s'était levée brusquement après des cris étouffés , m'appelant au secours , troublant mes réflexions , tandis qu'un frisson d'épouvante me glaçait d'effroi !

              Solen , version plus sombre d'Alice qui faisait partie de leur bande , était venu en amoureuse le voir en cachette sur le bastingage , lui avouant les secrets de son coeur , se montrant bien plus lucide que sa jumelle dont , malgré sa jeunesse , elle était farouchement jalouse , avec ce mal qui la rongeait , se justifiait-elle , traduisant l'échec d'une société à l'image de cette capitale de béton devenue piteux Eldorado du capitalisme industriel cancérisé par les nouvelles solitudes méfiantes , les embouteillages que nous connaissons , la drogue , la paupérisation galopante , l'errance des peuples , l'alcool , bref ... Elle était membre d'un réseau terroriste , rencontré dans la capitale allemande où elle avait fait ses études , qui lui avait confié cette mission tellement délicate ... Quant à lui , il dut considérer l'illusion d'un autre bonheur possible au milieu des flots ténébreux de sa propre vie sentimentale et comprenant alors qu'ils devraient expier à deux le mal qu'il allait faire à l'autre ... 

              Alentour , pendant que des ténèbres effrayantes couvraient son âme déchue , il lui sembla que la lumière avait diminué . Puis il sentit la fièvre l'envahir , des gouttes de sueur perlaient sur son front .
              Comment , se dit-il , éviter le terrible châtiment devant s'abattre sur moi , ridicule créature ayant osé défier la Loi Divine ? Il voulut se lever , fuir à toutes jambes ...
              Mais ses blessures lui rappelèrent qu'il n'était plus qu'une plaie vivante aux multiples bandages , défigurée par de nombreux

tubes , cependant que ses traits s'obscurcissaient de plus en plus , affichant ce délire de persécution qui l'avait saisi tout entier de son emprise effroyable !
              Terreur noire !
              Il crut avoir affaire à une bête monstrueuse aux yeux clairs de serpent !
Ne s'était-elle pas déjà , lorsque cette fille était partie , sournoisement glissée dans la chambre à sa place , ne désirait-elle pas ardemment l'étrangler de ses mains griffues ?
              L'étrange menace fut conclue d'un rire sardonique résonnant dans ses oreilles :
Quelques heures , trois jours peut-être , et nous serions ensemble ? , ricanait la sauvage Lilith .
- Trois jours !... 
 Laorans , avant de sombrer , se souvint des étranges visions qu'il avait eues  , de ces images défilant à nouveau dans sa tête . En même temps qu'il réentendait les reproches de son grand amour endormi dans sa cabine et les ultimes paroles de sa victime lui répétant qu'il devrait se méfier de ce nouvel " Eldorado " , qui était un piège , il revit une dernière fois l'image de la jeune fille qu'une équipe avait recherchée en vain pour la sauver  !
              Dans sa poitrine , son coeur se mit à battre violemment .
Hurlant de rage comme des loups , les ombres de la nuit pourchassaient leur proie sans relâche avant de l'offrir aux Dieux !
              Cependant , la fatigue fit son oeuvre , il ne tarda pas à s'endormir . L'horrible regard s'effaça
peu à peu .
Au bout du compte , il finit par goûter la paix fragile d'un sommeil réparateur ...

 

      24 Sa femme , abandonnée et humiliée en profita pour raconter tout ce qu’elle savait . Bien qu’elle ignorât certains détails , la pauvre sema suffisamment de doutes pour éveiller l’intérêt de certaines autorités et curieux . Généreusement gratifié d'une part du trésor , il se fondit dans le paysage , d’abord à Buenos Aires , où il investit dans un petit bar fréquenté par des expatriés , puis plus au nord , dans cette région montagneuse des Andes proche de Cordoba .
Mais l’exil ne fut pas la libération qu’il avait espérée . La distance et l'argent ne suffirent pas à effacer ses souvenirs . Les rires d’Alice avant le tumulte de l'altercation , surtout , ce moment où il l’avait vue sombrer dans l’eau glaciale , revenaient comme des spectres dans ses rêves !

 

25 - Le ministre de la Guerre , un général d'origine germanique , avait fait , lors d'un

conseil restreint , la déclaration suivante :

La faute véritable serait de ne pas mettre en oeuvre l'obscure puissance qui gisait dans les gouffres de l'océan !

              C'était un homme curieux , mais plein de ressources , qui se croyant incontournable , tentait de se montrer vainement perspicace . Plus ou moins farfelue , sa dernière théorie fumeuse était l'invasion probable de l'hémisphère sud , mais lorsque la guerre l'embraserait tout entière , affirmait-il , cette arme secrète héritée du Grand Reich pourrait la tirer des griffes de l'ennemi !

- Que dites-vous de cela , mes amis ? , conclut-il un jour , en esquissant un tel projet de façon mensongère devant l'assemblée . Incroyable ? Mais pourtant  ?

Belle histoire ! , se dirent quelques membres de l'opposition , paraissant peu convaincus par la rumeur de ce qu'ils prirent pour une fable . Parlait-il vrai , après tout ? Car beaucoup , dans le peuple , s'interrogeaient sur ce tissu de mensonges , prétendant qu'il n'était qu'un traître , un voleur , un charlatan  , qu'il avait d'abord sans doute pensé , comme tout homme politique , ils en savaient quelque chose , à se servir lui-même avant d'aider vraiment les autres ! Fallait-il faire confiance à tous ces criminels de guerre et leurs complices

qui , après la guerre , avaient fui une Allemagne vaincue et dévastée pour une nouvelle vie dans la cordillère andine ou ici , au Rio de la Plata ? Qui était-il vraiment , cet Hermann Guth ? Un salaud ordinaire ou un simple exécutant du IIIe Reich ?

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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Notes :

 

26 - Citation dans " L'Aleph " ( les Théologiens , 1947 ) , de Jose-Luis Borges ( 1899 - 1986 ) , écrivain argentin .

 

 

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LE MIRACLE DE BROCELIANDE - XII - Le Pays des Merveilles .

7 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MIRACLE DE BROCELIANDE

 Agua de Oro

Agua de Oro

 

 

 

 

LE MIRACLE DE BROCELIANDE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Maripol et pour l'abbé Gillard ,

pour Jean Markale et pour Lewis Carroll ...

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XII - Le Pays des Merveilles

 

 

 

 

 

 

 

 

" Peut-être qu'une rafale de vent m'emportera ailleurs , là où la vie reprendra formeElle fait semblant d'être vivante , sa douce chair de femme est glacée ... Que veut-elle de moi si elle est morte ? " 

 

 

Francisco Coloane - " Tierra Del Fuego " ( Sur le Cheval de l'Aurore1956 )

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

 

       

 

        

     

 

 

 

     21 - Cependant , Laorans Kerner savait que son mensonge ne tiendrait pas éternellement . Bien que les autorités locales aient rapidement classé la mort d’Alice comme un accident , les regards de sa femme et des rares proches qu’il avait encore en Bretagne se faisaient plus insistants . La culpabilité n’était pas la seule chose qui le rongeait , c’était aussi le sentiment d’être prisonnier d’une vie qui ne lui ressemblait pas , terne et banale , où son passé glorieux d’homme d’action n’était plus qu’un souvenir lointain . C'est alors qu'il se mit fréquenter trop souvent les bars de la côte afin de pouvoir oublier dans l'alcool ce que rien , malgré tout , ne pourrait effacer ...
Mais au cœur de son tourment , celui qu'on surnommait encore maintenant , par dérision , " le Magnifique " fit une découverte qui changea tout . Lors d'une dernière visite à l’Île de Groix , dans une grotte isolée , il trouva ce que la jeune étudiante avait cherché : un coffret de métal

rouillé , dissimulé sous des pierres . À l’intérieur , il découvrit des lingots d’or frappés de croix gammées et des bijoux soigneusement emballés . Le trésor nazi était bien réel .
C’était aussi sa chance de tout quitter .
Sans prévenir personne , abandonnant sa femme qu'il n'aimait plus de même que cette existence nouvelle devenue pour lui trop prosaïque , il disparut une nuit , laissant derrière lui celle qu’il n'avait épousée que par devoir , et qui représentait à

ses yeux , désormais , tout ce qu’il détestait de cette routine liée à l’absence de défis , de cette grisaille monotone dans laquelle il vivait . Dissimulant soigneusement son magot dans une vieille valise , il quitta discrètement Lorient , s'en-

volant , après avoir liquidé ses maigres biens tout en utilisant une partie de l’or pour falsifier des papiers , vers l’Amérique du Sud , cette terre lointaine et mystérieuse où personne , se dit-il , ne viendrait plus le chercher .

 

22 - C'est donc en Argentine , ce pays de cocagne où de nombreux criminels de guerre et aventuriers de l’ombre avaient trouvé refuge après la Seconde Guerre mondiale , que j'atterris , moi

aussi , quelques années plus tard . Nul n'est en mesure de fuir éternellement son passé . Un jour , à la terrasse d’un bar de Agua de Oro , dans le nord du pays , j'aperçus le visage familier de mon ancien camarade de régiment qui , tout de suite , malgré sa grande surprise , me reconnut . La rumeur de ma présence avait fini , sans doute , par l'atteindre ici . Néanmoins , ce qui m'étonna le plus , fut de découvrir bientôt la présence d'un sosie d'une Marig plus jeune à ses côtés , les deux tourtereaux paraissant liés par un sort commun !

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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