LE VOL DES OIES SAUVAGES - Epilogue - X - L'Héritage Oublié .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
- EPILOGUE -
X - L'Héritage Oublié
" Vous aviez ouvert ce sillon au couchant du vieux monde , ce sillon sur la mer : l'histoire ne commence-t-elle que lorsqu'elle devient prophétie du passé ? "
Yann- Bêr Kalloc'h ( 1888 - 1917 ) , barde , écrivain breton de l'île de Groix : " Ar En Deulin ( A Genoux , 1904 - 1917 ) , III - Evid Mem Bro ( Pour Mon Pays ) , 7 - Tri Neved , Tèr Bédenn ( Trois Sanctuaires , Trois Prières , nov. 1914 ) .
20 - Un an plus tard , Bridget publia un livre qui la rendit célèbre sur l'histoire cachée de son héritage breton ! Dans toutes les librairies de France , d’Irlande et jusqu’à New York , un ouvrage faisait parler de lui : " Le Vol des Oies Sauvages - L'Héritage Oublié entre la Bretagne , l’Irlande et l’Amérique " , signé Bridget Clare D’Avaugour .
Le livre racontait tout : le collier d’or du duc de Bretagne , les serments secrets des Oies Sauvages dans une crypte irlandaise , l’amour tragique d’Erin et de Morvan , leur fuite , leur espoir brisé à Detroit ... la redécouverte , enfin , de cette histoire dans les souterrains du château de Quéhillac !
Historiens , journalistes , descendants de la diaspora irlandaise et bretonne se passionnèrent pour ce récit où se mêlaient trahison , fidélité , exil , histoire et renaissance !
Invitée sur les plateaux de télévision , l'écrivaine , avec son accent américain et ses racines bretonnes , touchait les cœurs . On venait lui parler de ses personnages comme s’ils étaient vivants . Dans chaque salon du livre , elle portait à son cou une petite hermine d’or , trouvée dans la cache du manoir , dernier vestige du trésor ducal !
Le maire Corbillé , resté dans l’ombre , suivait tout cela avec un mélange de fierté et d’inquiétude . Il savait que d’autres secrets dormaient encore sous les pierres de Bouvron . Mais cette fois , il n’était plus seul pour les porter .
L'héritière , elle , regardait la lande au crépuscule depuis les remparts du château restauré .
Le vent venu de l’Atlantique soufflait dans les grands arbres .
Et dans ce souffle , il lui semblait entendre , comme un ancien chant :
" N’oublie jamais qui tu es ! "
21 - Le soleil de ce dimanche printanier baignait les pierres blondes du château de Quéhillac , dont les tourelles paraissaient émerger parmi les glycines et les rosiers en bouton . Dans le jardin d’honneur , des tables nappées de lin blanc supportaient des piles de livres au titre doré : " Le Vol des Oies Sauvages - L'Héritage Oublié entre la Bretagne , l’Irlande et l’Amérique " .
Des enfants couraient dans l’herbe fraîche , pendant que les adultes , un verre de cidre à la main , formaient des petits groupes entre les bancs et les tonnelles fleuries .
Sur une estrade improvisée , sous un parasol crème , madame D’Avaugour signait son ouvrage d’une plume vive , sourire aux lèvres . Sa robe bleu roi flottait légèrement au vent , assortie à l’opale qu’elle portait autour du cou , comme un discret clin d’œil aux secrets révélés dans son récit .
" À Madame McMiney , pour sa fidélité aux mystères du vieux monde ... " , lut-elle à voix haute en signant un exemplaire , avant de tendre le livre à une femme aux cheveux auburn relevés dans un chignon un peu bohème .
- Merci , Bridget . Ce que vous avez révélé , ça va bien au-delà de cette histoire . Il y a des choses , là-bas , du côté de l'Irlande , à Dun Carraigh , justement , dont on se demande ce qui s'y passe , murmura-t-elle dans un français très approximatif .
- Vous me donnez envie d’y retourner , Brenda . Sans doute pour un deuxième tome ? » répondit Bridget avec un clin d’œil malicieux .
Brenda McMiney sourit , mais son regard se perdit un instant dans le lointain . Son accent d'Ulster chantait encore après toutes ces années passées à Bouvron .
- Mimine ! Viens saluer ! , lança-t-elle .
Un jeune géant aux épaules de rugbyman , en short et polo , s’approcha , rougissant comme une fraise . Magnus , dit Mimine , avait , pour ses quatorze ans , la carrure d’un pilier de Top 14 , mais le cœur tendre et l’âme curieuse .
- Bonjour , madame ... J’ai tout lu . Enfin , presque tout le début de la première partie . J’aime quand y’a de l’action ... Sans parler des bateaux !
- De vieux rafiots , des trahisons , des serments , des fuites ... Je crois que tu pourrais jouer Morvan dans un film à Holywood ! , lui lança Bridget en lui tapant sur l’épaule !
Le maire Corbillé , en costume clair , s’approcha alors , présentant une flute de champagne ainsi qu'un sourire satisfait .
- Ma chère , je vous l’avais bien dit , non ? Cette ruine ancestrale avait besoin de rajeunir pour parler . Grâce à vous , voilà chose faite , si j'ose dire !
- Mais vous saviez tout , Monsieur le Maire , lui répondit-elle d'un air complice .
- Peut-être . Mais certaines aventures ne peuvent être bien racontées que par la bonne personne .
Brenda se pencha alors vers le maire .
- Vous avez vu le vieux blason dans la salle basse ? Celui figurant sur la couverture ? On le retrouve aussi à Dun Carraigh , gravé sur une pierre ... Je crois que l’intrigue n’est pas résolue .
Corbillé acquiesça lentement .
- Je n’en ai jamais douté . Mais ce qui est sûr , c’est que la vérité commence à se faire jour !
Plus loin , un groupe d’admirateurs applaudissait pendant qu’un trio de musiciens jouait un air celtique entraînant . Des crêpes fumaient sur les plaques chaudes , les enfants riaient , et le château de Quéhillac , longtemps endormi , semblait revivre au rythme des secrets retrouvés .
Alors que le soleil commençait à décliner , Bridget leva les yeux vers la tour ronde , où une fenêtre en ogive , celle de sa fille Maggie et de son beau-fils Cormac , venu la rejoindre , brillait doucement , reflétant la lumière dorée .
Elle murmura :
- Merci , Morvan ... Merci à vous tous , membres des " Oies Sauvages " . Vous ne serez jamais oubliés !
Quelque part , porté par la brise , il lui sembla qu’un battement d’ailes effleurait les cieux de Bouvron .
Alors que la fête se prolongeait dans les allées du jardin, Brenda McMiney s’était éloignée un instant , profitant du calme près de la vieille fontaine . Bridget la rejoignit , intriguée par ses allusions de tout à l’heure .
- Vous avez vraiment vu ce blason à Dun Carraigh ? »
L'autre hocha lentement la tête .
- Gravé dans la pierre d’un caveau sous la chapelle du château . Je n’y suis pas descendue souvent . Mon grand-oncle , Eamon , me l’avait montré quand j’étais toute petite . Il disait que c’était “ le sceau du pacte oublié ”. Il avait peur de ce lieu .
- Et vous pensez que c’est lié à Morvan De L'Aulne , aux " Oies Sauvages " ?
- J’en suis certaine . Dun Carraigh a servi de refuge à plusieurs familles bretonnes venues ici après la bataille de Savenay . Il y a un passage souterrain qui est effondré sous la falaise , qu’on dit avoir été creusé pour fuir vers la mer . Et puis il y a toutes ces lettres ...
Brenda sortit de son sac un petit rouleau de parchemin , protégé par une enveloppe plastique , où elles étaient reproduites :
" Ne vo kollet netra eus 'pezh 'oa bet graet gant karantez ! " ( 14 )
- C’est vieux , très vieux , c’est signé M. de L’Aulne . Il parle d’un " second dépôt ", d’un lieu sûr et d’un " serment gravé dans le roc ". Je crois que ce que vous avez découvert ici n’était qu'une partie de l’énigme ...
Bridget frissonna en dépliant le papier . L’écriture ancienne , fine et nerveuse , racontait en effet ce que l’on devinait être les derniers mots de Morvan avant de quitter l’Irlande . Il y parlait d’un artefact précieux , laissé non pas pour être retrouvé , mais pour guider .
- Et si ce trésor n’était pas fait pour enrichir , mais pour protéger une mémoire ? » murmura Bridget .
Brenda hocha la tête .
- Mon fils Mimine descend peut-être de ces exilés , vous savez . Mon grand-père disait souvent qu'un certain Raboceau , cousin de Morvan qu'on surnommait " le barde du Rocher " s’était caché là pendant des années ...
Bridget sentit un frisson parcourir son échine. Une nouvelle enquête s’ouvrait, à cheval entre Bretagne et Irlande. Et cette fois, elle ne partirait pas seule.
- Vous savez quoi , Brenda ? On devrait aller ensemble à Dun Carraigh . Faire parler ces pierres .
Brenda sourit .
- Je vous attendais . Depuis longtemps , je crois ...
Et dans le ciel du soir, le cri lointain d’une oie sauvage rappela que les légendes n’étaient jamais tout à fait mortes.
22 - Alors que le soleil descendait lentement derrière les frondaisons du parc , les visiteurs furent invités à se rassembler devant l’estrade . Un léger silence se fit , ponctué seulement par le bruissement des feuilles que le chant d’un merle , perché sur la grille de la chapelle , accompagnait .
L'écrivaine monta sur l’estrade , tenant un exemplaire de son livre . Son regard balaya la foule : Brenda et son fils Mimine , le maire Corbillé , les enfants de l’école de Bouvron , des historiens , des lecteurs passionnés venus de loin , même quelques descendants des familles exilées . Retenant son souffle avant d'ouvrir son ouvrage , elle inspira fortement , puis , d’une voix claire , en commença la lecture :
Prologue du livre : " Le Vol des Oies Sauvages " , par Bridget Clare D’Avaugour , moment solennel concluant cette émouvante journée à Quéhillac :
" Ils étaient sept , rassemblés dans la crypte d’un château battu par les vents d’Irlande . Sept hommes aux yeux brûlants de fidélité , venus de l’autre côté de la mer , portant en eux les blessures de leur terre perdue . Dans le froid de la pierre , à la lueur d’une flamme vacillante , ils jurèrent silence , loyauté , mémoire ... Ils avaient emporté un diadème , un collier , des pièces d'or et des parchemins , mais c'était un autre trésor qu'ils cherchaient à préserver : celui d'une âme . Celle d'une Bretagne debout dans la tourmente de l'histoire !
Ce livre est leur chant . C’est aussi le mien . Sera-ce aussi le vôtre ? J’ignorais tout de la Bretagne , avant . Je suis née dans le tumulte de New York , élevée entre les murs hauts d’un brownstone de Brooklyn , où flottaient encore les échos d’une Irlande lointaine que ma grand-mère évoquait parfois d’un mot , d’une chanson , d’un silence ...
Enfant , je croyais que mon nom venait d’un conte : D’Avaugour ! Il sonnait comme un écho d'un passé oublié . On disait que notre famille était " venue de la mer " , et que ses femmes , depuis toujours , possédaient ce don étrange de retrouver les traces que les hommes laissaient derrière eux . Un jour , j'ai hérité d'un vieux carnet dont les mots tremblants , sur des pages jaunies , parlaient d'un collier qui avait disparu , puis d'un trésor fondu , d'un homme nommé Morvan De L'Aulne et d'une femme rousse au regard de flamme !
Ce carnet m’a menée à Bouvron .
Et c’est là , dans ce château oublié sous la mousse et les ronces , que j’ai percé un mur , entendu craquer le bois , trouvé les lettres ...
Elles parlaient non seulement d’exil , de trahison , de rêves emportés par les vents de l’histoire ,
mais surtout d’un peuple , le mien , qui avait fui pour ne pas trahir son âme .
Ce livre est leur chronique . C’est aussi la mienne .
Si vous le lisez , que vous soyez de Bretagne , d’Irlande , d’Amérique ou d’ailleurs , je vous le dis comme Morvan le disait à son ami :
" Nous n'avons trahi personne , sinon les chaînes qu’on voulait nous imposer ! "
Et ce que vous tenez entre vos mains constitue la preuve qu’un serment , même ancien , même oublié , peut traverser les siècles ! "
Un frisson parcourut l’assistance . Puis vinrent les applaudissements , d’abord timides , puis plus francs , chaleureux , comme une vague d’émotion partagée . Même le garçon de quatorze ans , Mimine , avec enthousiasme , tapait dans ses grandes paluches de colosse !
Bridget leva doucement les yeux vers la tour du château , éclairée par les derniers rayons du jour .
Elle ne disait plus rien . Mais dans ses yeux brillait la certitude que les " Oies Sauvages " , quelque part , l'avaient entendue .
FIN
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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - Epilogue - X - L'Héritage Oublié - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
" LE VOL DES OIES SAUVAGES " , copyright 2025 .
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Notes :
14 - " Rien ne se perd de ce qui fut fait avec amour . "
LE VOL DES OIES SAUVAGES - IX - La Chambre aux Secrets .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
IX - La Chambre aux Secrets
" Voici , J'ai ouvert devant toi une Porte que nul ne peut fermer ... "
Apocalypse de Saint-Jean , III , 8 , VI - Philadelphie .
19 - Ce fut Maggie , par hasard , qui , fouillant dans les archives familiales , retrouva un jour cette lettre mentionnant un coffre dissimulé , non plus en Irlande , mais au logis de Bouvron . L'invitation du maire de cette localité inconnue d'un pays resté mystérieux malgré l'origine de leur nom qu'ils jugeaient exotique , ici , en cette terre des pionniers américains de la conquête de l'ouest , arrivant juste au même moment , leur parut presque un signe du ciel ! Celui-ci , s'affirmant le descendant du prêtre réfractaire , semblait en savoir long sur cette affaire . Son ancêtre avait-il caché le collier avant d’être guillotiné ? Possédait-il un document clé qu’il gardait précieusement ?
Bridget pensa que ce dernier message de Morvan signifiait que la cachette du trésor ne se trouvait peut-être pas du côté d'Antrim , comme jusque là , on le croyait , mais plutôt dans le Pays nantais . N'était-il donc pas opportun de répondre par l'affirmative afin que les descendants américains des " Oies Sauvages " reviennent en Bretagne pour , officiellement , restaurer cet ancien château familial dont ils avaient perdu la trace , et préserver ainsi leur héritage , mais en réalité , afin de dénicher le fameux butin , persuadés qu’il étaient , de le trouver enfin caché là-bas quelque part !
En restaurant le château , d'ailleurs , les ouvriers mirent au jour un tunnel conduisant à une salle cachée sous le logis de Pierre Raboceau que l'on venait justement de raser pour construire une supérette . Ce jour-là , en explorant le mur souterrain d'une ancienne bibliothèque , Bridget sentit qu'une pierre bougeait sous ses doigts . L'espace d'un déclic , elle trouva un petit coffret de bois noirci contenant des billets à l’encre délavée ainsi qu'une carte ancienne avec un cercle rouge entourant un médaillon gravé de trois hermines . L'un de ces textes parlait de l'interrogatoire à huis clos du malheureux curé par un tribunal révolutionnaire composé seulement de quelques membres bien choisis , réunis en secret . L’américaine d’origine bretonne , qui ne connaissait encore que peu de choses sur ses ancêtres venus d'Europe , se souvint pourtant de sa grand-mère qui , pour l'endormir , le soir , lui parlait parfois d’un collier d’or , d’un certain De L’Aulne et de sa femme au prénom oublié , " mais qui chantait comme une sirène " !
D'autres lettres racontaient tout :
La fuite d’Erin en compagnie de Morvan , l’alliance avec Cheun D'Avaugour , la trahison de Silas , et leur fin tragique à tous : " Ils ont péri , l’âme du duché survivra-t-elle en nous ? " , demande un inconnu .
Bridget resta longtemps immobile , le cœur battant . Ce n’était pas une légende . C’était son histoire.
Quelques jours plus tard , la nouvelle châtelaine fit venir le maire Corbillé , homme discret , passionné d’archives , qui , prenant connaissance de ces précieux documents , pâlit , puis soupira :
- Je le savais , j’avais vu les noms dans les registres . J’ai même retrouvé un acte de mariage falsifié . Mais maintenant ... que faire ?
Il se leva , regarda solennellement la femme d'affaire Yankee .
- Vous êtes l’héritière du duché , madame . Et ce château vous appartient depuis bien plus longtemps que vous ne le croyez .
Bridget sourit. Elle n’était plus seulement une américaine en quête de racines . Elle était le dernier témoin d’un serment ancien , et peut-être , l’ultime gardienne d’un trésor plus grand que l’or : la mémoire !
Quelques extraits de ces feuilles jaunies découvertes dans la cachette furent insérées plus tard par elle dans son livre , fragmentaires mais puissants , dont elle put rythmer son récit , lui donnant cette texture intime et authentique que seuls les mots des disparus peuvent transmettre :
Lettre de Morvan de L’Aulne à son écuyer - frère d’armes resté en Bretagne
( vers 1796 , écrite depuis Philadelphie )
" Mon cher Mikaël ,
J'ai quitté l'Europe avec un poids dans le coeur , plus une promesse au fond des poches !
Le collier ducal dont tu as la charge repose désormais loin des convoitises , l’or fondu de notre peuple alimente une forge nouvelle . Erin est à mes côtés . J'admire son courage , plus grand que le mien . Chaque nuit , je rêve encore de la Blanche Couronne , des genêts sur les talus , du goût du cidre dans nos longues veillées . L’Amérique nous donne l’oubli , mais pas l’âme .
Si un jour tu lis ceci , sache que je n’ai jamais cessé d’être Breton , même à l’autre bout du monde ! "
Morvan
Autre billet trouvé dans un livre creux , écrit par Erin O’Reilly
( non daté , mais probablement juste avant sa mort )
" À celle ou celui qui trouvera ce message - Nous avons cru au pardon , nous n'avons trahi personne , sinon les chaînes qu’on voulait nous imposer . Cheun sait ce que nous avons fait . S’il vit encore , il vous dira tout . Sinon … que les flammes n’emportent pas le souvenir de ce que nous avons tenté . Le trésor n’était pas fait pour être gardé , mais pour être transmis à ceux qui savent rêver ."
Erin
Lettre de Cheun D'Avaugour ( jamais envoyée , mais retrouvée pliée entre deux pages d’un livre de comptes )
" Morvan , mon frère ,
Ils sont morts . Tués par la peur et l’appât du gain . Moi , j’ai survécu .
Le feu que j’ai allumé m’a brûlé l’âme . J’ai fui . Comme tu me l'as demandé , j'ai tout remis à sa place . Je vis maintenant dans une ferme du Missouri , sous mon faux nom . Mais chaque nuit , je revois ton regard , mon frère , au moment où j’ai compris trop tard , que nous avions été trahis ! J’ai gardé un médaillon . Je l’enverrai à ta descendance , un jour , si le vent me le permet . "
Cheun
( A Suivre )
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LE VOL DES OIES SAUVAGES - VIII - Les Descendants .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
VIII - Les Descendants
" Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera pas à eux , qu'on les réduira en esclavage et qu'on les opprimera pendant 400 ans . "
Genèse , 15 , 13 .
16 - Les trois exilés prirent racine à Detroit , Morvan investissant dans une scierie , Cheun dans un comptoir d’échange . L'or ducal , discrètement fondu et réinjecté dans l’économie , permit d’acheter quelques terres , machines et influence . Erin , toujours à leurs côtés , gérait les comptes , veillant sur leurs affaires comme sur un foyer sacré . Mais le rêve ne tarda pas à attirer les convoitises .
Un certain Silas O'Grady , aventurier sans foi ni loi , ancien sbire de Mark émigré d'Irlande , se rappela l’origine de leur fortune . Il retrouva D'Avaugour , et dans une taverne enfumée , un soir , lui murmura ce que son compagnon de beuverie n’avait plus jamais voulu se dire :
- Tu étais chargé de le tuer , non ? Tu aurais dû . Il te manipule . Il ne te laisse que des miettes , mon pauvre ! Imagine donc ce qu’on pourrait faire , toi et moi ... Sans eux !
L'autre hésita encore !
Mais le poison du doute finit par se glisser entre les planches de bois de l'usine , dans les verres partagés lors du récent mariage des deux amants , dans les regards francs d'autrefois . Le chevalier sentit que quelque chose clochait .
Sa femme , elle , avait revu l'escroc rôder tout autour . Une nuit , même , elle surprit une conversation entre lui et Cheun , qui la glaça d'effroi !
Ils parlaient d’un départ , d’un dernier coup , d’un incendie ! Avec une copie en sa possession du document nécessaire à l'ouverture de la crypte de Dun Carraigh , " au cas où il m' arriverait malheur " , lui avait expliqué son cousin , Cheun , avide et ambitieux , comprit vite que c'était lui qui , maintenant , détenait , sinon la clef de l'héritage spirituel , au moins celle d’un vrai trésor !
Quelques semaines plus tard , Morvan D'Avaugour fut retrouvé mort dans une ruelle de banlieue , son carnet disparu , sa dépouille enterrée sans plus de cérémonie . Entretemps , Cheun s’était embarqué discrètement pour l’Irlande .
Usant de la carte , il se présenta au castel de Dun Carraig avec la caution de Silas , comme " envoyé du descendant légitime ". Le vieux Donnellan , très malade , et seul rescapé du groupe depuis la mort de Mark , ne soupçonna rien . Le jeune homme se fit ouvrir la crypte . Une nuit d’hiver , il repartit seul avec le coffret noir - couronne , collier , reliques et objets d’or , ne disant rien à
personne . Installé comme commerçant à Saint Louis , Missouri , son fils , devenu John Clare par son mariage avec Tess , la fille d'Angel , utilisa une partie de l’or pour financer des activités industrielles . Il fit construire une usine de pièces mécaniques , puis investit dans les premières automobiles à vapeur . Il disait venir " d’une vieille famille franco-irlandaise " , mais ne parlait jamais de la Bretagne .
Ses enfants grandirent riches , influents de plus en plus .
Mais le château de Quéhillac , en ruines , jamais , ne fut revendiqué .
17 - Dans un tiroir secret du vieux bureau de son beau-père , Bridget Clare D'Avaugour , veuve de Sean , héritier de l’usine , tomba , un jour , sur un médaillon scellé , contenant un morceau de parchemin presque effacé :
“ Dun Carraig - Crypte - Justice sera faite ! ”
 côté , un nom gratté : Silas .
Intriguée , elle avait commencé à fouiller les papiers de famille , jusqu’à tomber sur un vieux carnet de bord , sorte de journal en français , rédigé d'une écriture nerveuse . Elle s’arrêta net après ces mots :
“ J’ai trahi un homme juste . J’ai volé un mort pour bâtir l’avenir de mes fils . Mais que vaudra cette fortune , si jamais Bretagne se réveille ? ”
18 - L’usine de Detroit , Michigan , résonnait du vacarme des machines et des presses , des bolides aux moteurs rugissants . Bridget , cheveux roux tirés en chignon , gérait d’une main ferme la comptabilité de l’entreprise familiale . Son gendre , Cormac , travaillait sur les chaînes d’assemblage du constructeur Ford .
Leur grand-père , Fergus , parlait encore , parfois , d’un certain " Morvan De L’Aulne " , étrange nom gravé sur une vieille médaille . Mais les papiers épars , les souvenirs flous , nourrissaient seulement cette vieille légende qui voulait qu’ils descendent d'une famille de " nobles bretons venus ici avec un trésor " , mais on riait de toutes ces histoires !
Pourtant … dans une malle conservée au grenier , se trouvait une enveloppe qui n’avait jamais été ouverte , et dedans , presqu'illisible sur son papier jauni , ce texte daté de 1796 , à Philadelphie :
" Si ce monde m’avale et que ma mémoire s’éteint , que celui qui lit ces lignes sache que je ne suis pas venu ici chercher fortune , mais refuge . J’ai fui les flammes de Savenay , supposé porter les espoirs d’un peuple perdu . Ne me prenez pas pour quelqu'un d'exceptionnel ! J'ai honte , malgré tout , d'avouer que j'ai surtout trahi ceux qui avaient mis leur confiance en moi : après avoir déserté le champ de bataille , j'ai volé la femme de mon ami ainsi que le trésor qui m'était confié ! Si le cœur du duché repose encore là-bas , de manière symbolique , en Irlande , sous les pierres du castel de Dun Carraigh , si jamais les miens m’oublient , je les comprends , que cet appel sincère les réveille ! Un jour viendra , j'en suis sûr , où le château de Quéhillac sera repris , quand la Bretagne entendra à nouveau le cri désespéré des " Oies Sauvages " !
Mais la lettre resta longtemps là , jamais lue , cachée dans l'un des nombreux manuels de mécanique , sous les plans d’extension de l’usine familiale .
Les descendants du malheureux chevalier , devenus industriels prospères , bâtirent leur fortune sur l’oubli . Bridget et Maggie , héritières involontaires , ne savaient rien du château en ruines de Quéhillac , ni du trésor scellé en Irlande , ni du sang breton qui coulait dans leurs veines . Ainsi , c'était quelqu'un d'entre eux qui avait volé , celui qu'on prenait pour un héros , permettant aux siens de survivre et de s'enrichir , trahison familiale , presque biblique , liant l’enrichissement des descendants à un acte caché , honteux , oublié par l’histoire officielle !
( A Suivre )
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LE VOL DES OIES SAUVAGES - VII - Le Traître .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
VII - Le Traître
" Ainsi chaque jour je suis à ses côtés ,
Je la touche ici et là - Je connais ma place
Et j’embrasse sa bouche ouverte , je loue sa beauté ,
Mais les gens me jettent le mot " traître " à la face " !
D'après Leonard Cohen - " Le Traître " *
13 - Il revint seul en Irlande au mois de janvier 1794 , gravissant à nouveau les marches du castel à demi abandonné , battu par les flots . Le vent d’hiver hurlait sur la lande déserte . Il était amaigri , couvert de plaies , ne portant autour du cou qu'un petit médaillon qu'Erin lui avait offert , contenant une mèche de ses cheveux , minuscule témoignage du serment qu'ils avaient fait de ne jamais plus s'oublier . Tout ce qui lui restait d'elle .
Pendant la bataille de Savenay , il avait vu tomber l'un après l'autre ses frères d’armes . Treverien avait été blessé , puis capturé . Kerviler s'était vaillamment battu , à la tête d’une poignée de chouans , jusqu'à une mort glorieuse . Mahé avait été fusillé .
Morvan , seul , survécut , caché au milieu des cadavres , finissant par s’échapper .
Dans la crypte , ne restaient plus que deux membres survivants de la confrérie : O’Maoláin , le patriarche d'Antrim , ainsi que Donnellan , ancien capitaine malouin passé aux Amériques sous un nom d’emprunt . Le chevalier sortit les pièces du trésor pour les déposer à nouveau sur la pierre de l'autel , à la lueur des torches , le cœur lourd . Pour encore une fois les revoir .
- Ils sont tombés , Treverien , Mahé , Kerviler ... Tous morts à Savenay . J’ai du fuir comme un traître !
Mais O’Maoláin secoua la tête :
- Non ! Tu as accompli ta mission ! Tu as sauvé la mémoire . Le feu peut renaître d’un seul brandon !
Donnellan prit alors la parole . Il tenait une carte usée , un vieux parchemin tracé à la main :
- La France est devenue un vrai cimetière . Mais l’espoir peut passer de l'autre côté de l’océan . J’ai des contacts à Philadelphie , en Louisiane , jusqu’à Québec . Des familles d'ici et des bretons , comme les d'Avaugour , s’y sont établis . Nous avons là-bas des hommes fidèles !
Même lui était bientôt prêt à prendre la mer en direction de ces nouvelles terres des colonies d'Amérique où beaucoup avaient commencé une nouvelle vie ! Et là , rassurait -il encore , la mission pouvait à nouveau renaître : non plus seulement sauver le passé , mais préparer l’avenir !
Il tendit au pauvre rescapé une clef ancienne et , griffonné sur un billet , le nom d'Angel Clare - Savannah , Géorgie . ( 11 )
- Tu vas partir . Emmène le coffret . Cache-le . Transmets-le . Ceux qui viendront après nous devront savoir que la Bretagne fut libre , qu’elle eut une couronne , un honneur . Un jour , peut-être ... cela servira !
Morvan se redressa . Le deuil ne s’était pas effacé , mais il avait maintenant à franchir un cap .
14 - Sous une fausse identité , vêtu comme un simple bourgeois , De L'Aulne , au printemps 1794 , s'embarqua sur le brigantin " L'Hirondelle Noire " , en partance pour Charleston . Dans sa malle , dissimulé sous les objets grossiers de la vie quotidienne , le petit coffret de bois d'ébène était soigneusement dissimulé , où une partie de l'or seulement , mais bien enveloppé dans une étoffe tachée de cire , se cachait , vestige d’un duché qui , hélas , avait perdu sa précieuse liberté . Il fallait fuir , pensa-t-il , car s’ils étaient tombés dans les mains des Bleus , tout aurait été fini !
Le voyageur ignorait pourtant ce que le Nouveau Monde lui réserverait . Mais il savait une chose : le serment des " Oies Sauvages " vivrait encore en lui , même de l’autre côté de l’Atlantique . Le port de Cork s’effaça peu à peu sous la brume du matin , le navire marchand fendant les flots en direction de l'ouest .
À son bord , la marquise O’Reilly reposait dans sa couchette , épuisée mais , pour la première fois , libre , observant l’horizon , taciturne , tandis que dans la cabine qu’ils partageaient , son amant la pressait dans ses bras !
Laissant derrière elle Mark , son mari , l'amour de son enfance , elle avait quitté , sans un mot , Ballygriffin House et ses lourdes pierres , ses salons étouffants et ses secrets , rompant net leurs chaînes invisibles . Désormais , elle n’était plus qu’Erin , l’amante d’un homme traqué , porteur d’un ancien secret , celui d’un trésor que des générations futures convoiteraient !
15 - La traversée fut longue , malgré tout , presque deux mois , les passagers craignant au bout du compte , malgré l'abondance relative des provisions de bouche , de manquer d'eau potable . Et puis , quelle angoisse que de voir , après une forte tempête et des vents contraires , des couples d'ours courir sur des montagnes de glace à l'horizon ! Philadelphie , où avait sonné la cloche de l'Indépendance , leur apparut enfin , rappelant au fugitif qu'il avait participé jadis à cette guerre et stationné tout un hiver au camp de Valley Forge , au temps du marquis de La Rouërie . Les rues , mêlant bouillonnement et rudesse , les ruelles pavées et les marchés vivants de la ville très pittoresque , s’étalaient en quadrillage parfait . C’est là qu'il crut retrouver un souffle de Bretagne en croisant son parent D'Avaugour , jeune marin de Paimpol installé comme négociant sur le quai de Market Street . ( 12 )
Celui-ci l’accueillit avec effusion :
- Par tous les saints du Léon , Morvan ! Qui aurait cru te retrouver ici , en cette terre étrangère ?
Mais derrière ses manières chaleureuses , cousin Cheun cachait une missive brûlante qui , marquée du sceau de Mark O’Reilly la lui ayant envoyée lui-même depuis Dublin , promettait une belle récompense en échange d’un acte simple : " retrouver le traître , récupérer ce qu’il avait volé , faire en sorte qu’il ne reparte jamais ! "
Cependant , le récipiendaire hésitait , tellement la réputation du courageux breton , qui n’était pas un homme ordinaire , était grande ! Il avait quelque chose d’irréductible dans le regard , qui faisait peur , comme un feu que les océans , même , n’auraient jamais pu éteindre !
Mais l’or de l’héritage des ducs de Bretagne , s’il disait vrai , cela pouvait changer la vie , tout de même ! , pensait en silence le malheureux émigré . Morvan , qui ignorait tout de cette trahison s’ourdissant en cachette , se confia naïvement à lui , membre de la famille à qui il croyait pouvoir faire confiance et qui l'avait généreusement accueilli , évoquant la cache en Irlande , les " Oies Sauvages " , les serments dans la crypte , parlant peut-être un peu trop du destin qui les liait tous à une terre qu’ils avaient dû fuir . Erin , quant à elle , ne quittant plus d’un pas le cher bien-aimé , sentait de plus en plus autour de lui s’épaissir des silhouettes mystérieuses !
Tandis qu’un soir , ils traversaient Elfreth's Alley vers la maison de lady Powel , veuve de l'ancien maire , son fiancé vit un éclat métallique dans l’ombre ... Il eut juste le temps de se jeter sur Erin pour la protéger d'un coup de couteau sifflant près de son flanc . Trop tard ! L’homme avait déjà prit la fuite !
Le chevalier regarda autour de lui , haletant , puis se tournant vers sa compagne :
- Quelqu’un nous suit . Ce n’est pas un voleur ordinaire ! ( 13 )
Ce qu’il ignorait encore , c’est que , rongé par le remords , D'Avaugour hésitait à commettre l’irréparable . Mais d’autres guetteurs , sans doute plus dangereux , couraient déjà sur leur piste ! L’hiver approchait , Morvan sachant qu’ils devaient disparaître avant que le réseau de Mark ne resserre l’étau . Un chariot , quelques vivres , et un plan : rejoindre Detroit , cette ville naissante au bord du lac Érié , où de nombreux exilés européens tentaient leur chance dans le commerce, l’industrie , la construction . Cheun , l’homme censé le tuer , était toujours à ses côtés . Quelque chose avait changé . Le regard du Breton s’était voilé d’un mélange de culpabilité et d’envie . Il écoutait son cousin parler de liberté , de reconstruction , d’un avenir en terre américaine .
Et un soir , devant un feu de camp , alors qu’Erin dormait roulée dans un châle , il parla enfin :
- J’ai reçu une lettre ... de ton ennemi . Il m’offrait de l’or pour ta tête . J’ai hésité . Puis j’ai vu ton regard . Tu ne fuis pas ... Tu bâtis .
- Et que comptes-tu faire maintenant ? , lui demanda Morvan , calmement .
- Je ne veux plus de leur sale argent ! Mais si tu me laisses une part de rêve , avec un peu de ton courage seulement , je me battrai pour toi comme un frère !
L'autre , avec émotion , lui tendit une main chaleureuse . Un pacte fut scellé .
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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - VII - Le Traître - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
" LE VOL DES OIES SAUVAGES " , copyright 2025 .
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Notes :
11 - Angel Clare , nom d'un personnage du roman de Thomas Hardy ( 1840 - 1928 ) , Tess d'Urberville ( 1891 ) .
12 - Market Street , anciennement High Street , rue centrale historique de Philadelphie , en Pennsylvanie , aux États-Unis .
- Valley Forge , lieu où séjourna l'armée de George Washington opposée aux Britanniques ( Dec. 1777 - Juin 1778 ) .
- Armand-Charles Tuffin , marquis De La Rouërie ( héros breton de la guerre d’indépendance américaine , organisateur de l'Association bretonne et précurseur de la Chouannerie .
13 - Elfreth's Alley , plus ancienne rue de Philadelphie ( début 18è siècle ) .
- Powel House , demeure historique située entre Willings Alley et Spruce Street , dans le quartier de Society Hill à Philadelphie , en Pennsylvanie . Construite en 1765 dans le style géorgien , embellie par son second propriétaire , Samuel Powel ( 1738 - 1793 ) , maire de la ville .
Voir " Brywn Mawr " ( The Fall - Cycle de L'Etoile 7 ) - IV - Valley Forge - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - février 2018 .
* Leonard Cohen - "The Traitor " , dans son album " Recent Songs " , copyright 1979 Leonard Cohen / CBS Inc./ Stranger Music Inc. - All rights reserved .
LE VOL DES OIES SAUVAGES - VI - Les Croix de Savenay .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
VI - Les Croix de Savenay
" Songe aux cris des vainqueurs , songe aux cris des mourants ... "
Jean Racine - Andromaque , III , 8 .
10 - À la fin de cette réunion , tous décidèrent de dissimuler le trésor dans une cachette inviolable , une alcôve murée dans la crypte , protégée par un système ancien de contrepoids , derrière une dalle gravée de symboles . Seul un plan sommaire fut tracé , scellé dans une capsule de plomb , confiée à Donnellan . Morvan , lui , demanda à revenir sur le continent .
- Je ne peux rester ici pendant qu’ils meurent là-bas . La guerre continue . Les paysans n’ont plus d’armes . Je dois y retourner .
O’Maoláin lui donna alors une mission complémentaire :
- Va ! Mais si tu survis … tu devras faire plus que te battre . Tu devras transmettre notre serment de veiller à ce que les " Oies Sauvages " ne soient jamais oubliées !
11 - Tout ce temps perdu ! , soupirait-elle tendrement , lui prenant la main . Me pardonneras-tu ?
- Pourquoi ? , lui lança l'autre en guise de réponse , avec un mélange de colère contenue , d'impatience et d'incompréhension .
L'air embaumé de cet après-midi de printemps 1793 , mélange d'iode et de tamaris anglais , portait lui aussi le chant de la campagne comme réponse mystérieuse à ces paroles ...
- Même s'il n'y avait plus de lendemain ? , lui avait-elle chuchoté en lui pressant le bras . Je suis mariée , n'est-ce pas , que vais-je devenir ?
- Vois-tu , la famille , c'est important ! , s'était-il mis à bredouiller ensuite sans conviction .
- Je veux te revoir , m'entends-tu ? Je veux vivre avec toi ! , l'avait-elle ensuite sèchement coupée .
Quant à Mark O'Reilly , ombre impuissante , il semblait effondré , faisant espionner de loin son rival , comme on assiste au spectacle navrant de sa propre déchéance , mais espérant qu'il partirait quand même au combat le plus vite possible . Peu avant , sous la tonnelle du bal populaire , on avait vu , dans l'enivrante odeur des syringas et du jasmin , des ombres masquées poursuivre un vol effarouché de tourterelles blanches ...
Morvan , son gardénia à la boutonnière , avait à peine achevé sa phrase qu'une lumière éclatante déchira le ciel , précédée d'une terrible déflagration , musique interrompue , orchestre et valses lentes laissant les gens épouvantés par l'orage , signal d'une guerre toute proche , se précipiter en désordre vers l'unique sortie , effroyable torrent de malheur balayant sans pitié sous leurs cris les plus faibles du troupeau !
12 - La pluie , maintenant , tombait sans relâche , glaciale et lourde comme le plomb . Les chemins étaient boueux , les visages creusés par la faim , les blessures , la fatigue . Autour de Morvan , de retour au combat sur le sol de France , les derniers Vendéens , vieillards , femmes , enfants , soldats épuisés , fuyaient en désordre , poursuivis par les colonnes infernales de l’armée républicaine !
Parmi les officiers , il reconnut le comte Treverien , sabre au poing , criant ses ordres dans le tumulte ; Mahé , le médecin aux lunettes cassées , soignait à même la boue ; Kerviler , le colosse de Plouha , couvrait la retraite , fusil sur l’épaule . Eux aussi étaient membres des " Oies Sauvages " , revenus d’Irlande pour combattre une dernière fois en terre bretonne !
Alors que les ultimes coups de canon résonnaient dans les collines , le chevalier se tourna vers ses compagnons .
- Je dois repartir , vous le savez ! Je ne dois pas être capturé .
Treverien posa une main sur son épaule .
- Pars , frère ! Nous tiendrons aussi longtemps que possible . C’est notre serment . Nous sommes les derniers .
Mahé lui tendit une bourse de pièces d’or et une carte froissée :
- Passe par le gué de la Mée . Un passeur t’y attend . De là , tu pourras regagner la côte et l’Irlande .
La larme à l'oeil , il recula , songeant à Erin en ce moment crucial , avant de murmurer :
- Je reviendrai . Pour vous . Pour la Bretagne !
Et il disparut dans les fourrés , tandis qu’au loin , les tambours républicains se rapprochaient .
Trois jours plus tard , sur le champ de bataille de Savenay , la neige avait recouvert les cadavres . Des centaines de paysans , de femmes et d’enfants étaient tombés , massacrés sans pitié . Parmi eux , on retrouva le corps de Kerviler , mort debout , son épée brisée à la main . Mahé , fusillé près de l’église , avait laissé dans sa poche une lettre inachevée . Treverien avait disparu : certains disaient l’avoir vu capturé , d’autres , qu'il avait réussi à s'évader . ( 10 )
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Notes :
10 - La bataille de Savenay a lieu le 23 décembre 1793 à Savenay , pendant la guerre de Vendée . Elle est la dernière bataille de la " Virée de Galerne " et se solde par l’anéantissement de l’armée catholique et royale de Vendée et la victoire des troupes républicaines .
LE VOL DES OIES SAUVAGES - V - La Crypte de Dun Carraigh .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
V - La Crypte de Dun Carraigh
" I have spread my dreams under your feet ;
Tread softly because you tread on my dreams . "
( J'ai répandu mes rêves sous tes pieds ;
Marche avec douceur car tu marches sur mes rêves )
" He Wishes for the Cloths of Heaven " ( 1893 ) , poème de William Butler Yeats ( 1865 - 1939 ) inspiré par Maud Gonne .
9 - Combien de temps , depuis la ville voisine , ils roulèrent dans la fraîcheur de la campagne irlandaise , avant de parvenir , sur la côte , sous un soleil pâle mais radieux , filtré par les derniers nuages de l'hiver , à une petite cour formée de bâtiments anciens qu'on aurait dit ceux d'une grande ferme balayée de noroît ? Puis , ce fut comme un chant céleste où se mêlait au gazouillis d'oiseaux du printemps , tourterelles annonciatrices des temps nouveaux , les voix humaines d'une nuée d'enfants et de jeunes filles en fleur qui accouraient vers la voiture en bande joyeuse depuis la grosse tour ouvrant l'édifice ! Une sorte de petit gnome , alors , bambin d'une dizaine d'années déguisé d'une fausse moustache et d'un manteau d'arlequin , les conduisit vers l'intérieur d'une demeure majestueuse , Ballygriffin House , qui ressemblait à une abbaye ou un monastère au milieu des embruns battant la haute falaise , où , plus loin , se dressait , noir et ruisselant , le vieux castel de Dun Carraigh . C’était un lieu oublié des cartes , connu seulement des initiés . Dans les escaliers en colimaçon de pierre , une torche vacillante les guida , son écuyer Mikaël et lui qui , sans doute , portait sous son bras , dans un tissu de velours fané , quelque objet de valeur .
- Morvan , tu es venu , enfin ! Je ne t'attendais plus , tu sais ! , lui lança d'un ton réjoui , derrière ses petites lunettes rondes , celle qu'il n'avait pas revue depuis tant d'années , depuis le conservatoire de musique à Paris , jeune marquise aux cheveux blonds noués sur la nuque avec un ruban vert , paraissant transie de froid sous son pull écru beige en laine shetland ! Tout de suite , il fut séduit par son charme singulier , de même que par l'exotisme de sa voix si chaude et presque gutturale .
- Je t'en prie , ajouta-t-elle en s'engageant dans cette bâtisse imposante dont la masse noire au-dessus de l'océan , découpée sur un ciel de nuées ténébreuses , rayonnait parfois de lueurs verdâtres venant aussi , par moments , réfracter le clair-obscur des traits d'une Madone qui en était l'hôtesse , en surmontant le seuil avec une croix celtique pendant à son cou , gravée sur la pierre .
- Bienvenue ! , fit-elle encore d'un air dégoûté . Quel temps de chien !
- Le vert , c 'est quand même la couleur de l'espérance ! , lui rétorqua le jeune homme s'efforçant d'encourager sa compagne .
... Et celle aussi du Graal , notre " Pierre du Destin " , conclut-elle d'un sourire mystérieux , ne se doutant pas que ces quelques mots , la frappant soudain d'angoisse et d'incertitude , ne feraient que figer davantage l'expression de son beau regard , peut-être devenu polaire , soudain , comme la bise hivernale alentour ! ( 7 )
- Mais comment parvenir au sanctuaire intérieur ?
La pluie glaçante venait juste , en effet , d'arrêter de tomber . Mais le vent doux soufflant sur la clairière et les semences d'orge printanières , brusquement , se mit à tournoyer dans les arbres comme un fou , ses bourrasques de neige déclenchant un violent orage au-dessus des habitations , tandis que l'apparence de la noble irlandaise vêtue d'aigue-marine paraissait grandir peu à peu , dessinant une silhouette fantastique sur les murs du château comme dans les nues blanches tourmentées !
- ... Erin , n 'est-ce pas le nom que l'on donne aussi à l'île d'Emeraude ? , lui demanda enfin le breton qui connaissait déjà sa réponse .
- Nous nous retrouvons après des siècles , n'est-ce pas ? " , lui psalmodia-t-elle à l'oreille comme une amoureuse pensée ... Mais croyez-vous que le Christ soit seulement venu ici pour mourir ? , ajouta la belle hôtesse .
Non , mais pour commencer ! Ce soir , nous célébrons dans la crypte de la chapelle , et selon le rite de l'église dont je suis diaconesse , le souvenir de l'ancien royaume de Tara ! ( 8 )
On était en effet le 20 mars , veille d'équinoxe . L'exilé qui avait fui sous un nom d'emprunt , s'était embarqué à Saint-Nazaire , aidé par d’anciens marins bretons passés à la contrebande . Il serrait maintenant contre lui le précieux coffret contenant la parure ducale . Au bas des marches , la petite salle vers laquelle ils descendirent , s’ouvrit comme un caveau de géants .
La druidesse avait , d'abord , célébré l'ouverture de la cérémonie , prenant la parole devant sept silhouettes encapuchonnées qui , debout , dans la pénombre de la grotte éclairée par des lampes à huile , les attendaient , rassemblés tout autour d’un cercle de pierres anciennes , C'étaient d'anciens officiers de l'île ou du continent . Chacun avait perdu un frère , une terre ou un rêve dans la tourmente révolutionnaire . Ils s’appelaient Lemoine , La Bourdonnais , Treverien , O’Maoláin , Kerviler , Donnellan , Mahé .
- Le pire , leur dit l'oratrice , ne serait-ce pas de traverser la vie sans naufrages , d'être éternellement resté à la surface des choses , de n'avoir jamais été un jour précipité dans une autre dimension ? , conclut la prêtresse .
- Cher ami , vous avez accompli l’impensable ! , parut lui répondre le plus ancien des sept , un certain comte O'Maolain , ancien brigadier des régiments irlandais au service de la France , dont la voix résonna en écho avec la sienne contre la muraille de roche , et qui avait fait un pas en avant .
Morvan de L'Aulne avait non seulement , résuma-t-il , récupéré à Bouvron le collier d'or , mais également la couronne ducale de l'Abbaye Notre-Dame de Blanche Couronne , à la Chapelle-Launay ... Il s'était enfui afin de retrouver ici ses frères de l'assemblée des " Oies Sauvages " dont les membres , réunis en secret , promettaient de se battre jusqu'au retour de la monarchie en France , mais aussi pour que l'Ouest et l'Irlande retrouvent plus tard leurs libertés ! ( 9 )
Au centre , il y avait une dalle plate gravée d’une hermine stylisée . Le chevalier breton posa lentement les reliques sur la pierre sacrée , déclarant :
- Voici ce que le duc avait confié à Pierre Raboceau pour le salut de mon pays . Voici ce que j’ai sauvé du feu . Ce sont les symboles de notre légitimité . Il n’y aura pas de retour sans mémoire . Ni de liberté sans courage !
Un silence solennel suivit. Puis chacun leva la main droite . Ensemble , ils jurèrent :
- Par l’honneur , la fidélité et le sang , nous promettons de nous battre jusqu’au retour du Lys sur le trône de France … et pour que l'hermine recouvre un jour ses anciennes libertés !
Ainsi renaissait la Confrérie royaliste , sous les voûtes oubliées d’un temple battu par la mer où le chevalier d'Armor était plus qu'un simple noble en fuite : il était porteur d’un héritage !
Le vent d’Atlantique mugissait contre les vitraux obscurs du vieux castel . En contrebas de la falaise , les flots frappaient les rochers comme un tambour funèbre .
Un murmure parcourut l’assemblée. Le plus âgé, le colonel La Bourdonnais , vieux chef chouan , prit la parole :
- La Vendée saigne. La France se livre aux sans-Dieu . Mais tant qu’un seul de nous vivra , notre peuple n’est pas vaincu !
Alors , main sur le cœur , autour du diadème posé comme une relique , à nouveau , ils se signèrent :
- Nous , les " Oies Sauvages " , jurons de défendre l’honneur , de restaurer les libertés , de ne jamais trahir la mémoire de nos morts !
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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - V - La Crypte de Dun Carraigh - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
" LE VOL DES OIES SAUVAGES " , copyright 2025 .
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Notes :
7 - Dans la mythologie celtique irlandaise , la " Pierre de Fal " ( Lia Fàil ) ou " Pierre du Destin " symbolise le pouvoir légitime et la souveraineté .
8 - Tara fut la capitale mythique de l'Irlande , située dans la cinquième province de Mide , dans le centre du pays : c'est la " Colline des Rois " ( en gaélique : Teamhair na Rí ).
9 - L'abbaye Notre-Dame de Blanche-Couronne est une ancienne abbaye bénédictine située à La Chapelle-Launay en Loire-Atlantique .
LE VOL DES OIES SAUVAGES - IV - Morvan De L'Aulne .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
IV - Morvan De L'Aulne
" Tel un navire qui parcourt l 'onde agitée ... "
Sagesse de Salomon , V , 10 . "
7 - Lors des émeutes du 5 mars 1793 , un mandaté fidèle du logis de Bouvron , le chevalier Des Aulnes , qui était au courant de la présence du collier ducal , s'était enfui en toute hâte avec le précieux héritage avant qu'un groupe de brigands ou de mercenaires , but inavoué des émeutes , ne se soit introduit dans la cave pour s’en emparer . Quant au prêtre dit " réfractaire " , ancêtre du maire actuel , qui avait été impliqué à dessein dans la surveillance du bijou , mais qui avait failli à sa mission , le prétexte paraissait trop beau d'en faire un bouc émissaire pour s'en débarrasser ! Vite arrêté et interrogé par un comité de Nantes , les accusations officielles portèrent sur son attitude apparente vis-à-vis des lois révolutionnaires , mais officieusement , un juge , particulièrement soucieux de faire taire la rumeur , insista pour obtenir ses aveux , cherchant à savoir s’il avait trahi en participant au vol de l’or et des objets précieux . Le curé , malgré la torture ou la menace, n’avait rien révélé , renforçant la légende du trésor perdu . Sachant son sort scellé , il avait tenté , pour protéger son secret , de transmettre un message grâce à une lettre codée .
Après son exécution , le presbytère avait été fouillé de fond en comble , mais en vain , par des sans-culottes cherchant biens d'église et reliques .
8 - Ce jour-là , préparant son vieux bateau avec soin , Gwen rassembla ses filets , ses appâts et ses provisions pour le voyage , saluant ses voisins , content d'amener secrètement avec lui un ami de jeunesse , et promettant de revenir avec encore plus de pêche d'ici quelques semaines !
C'était un homme robuste et courageux , dont la passion pour la mer était aussi profonde que les eaux qu'il naviguait . Depuis son enfance , il avait réussi à tirer des flots tumultueux d'Iroise et d'Atlantique , sa subsistance , et les trésors qu'il trouvait aussi bien sous la surface bleue verte de sa " Mor-Breizh " qu'au bord des côtes , lui permettaient ainsi , grâce à son petit vraquier , de satisfaire une clientèle également choisie sur toutes les rives des pays celtes . Les nouveaux horizons ne lui faisaient pas peur , cherchant toujours des débouchés pour son commerce de poissonnerie et de denrées plus rares , tournant son regard vers l'Irlande , terre aux légendes sauvages et si mystérieuses pour tant fasciner les gamins du village ! Un vrai loup de mer que cet homme aguerri par l'expérience , cachant mal derrière de rudes manières sa sensibilité royaliste et bretonne , solide gaillard , bon vivant , dont la cordiale franchise , la détermination , n'avaient jamais pu être entamées par une vie si âpre et difficile !
L'heure venue du départ , le village entier se rassembla sur le rivage pour voir s'éloigner le " Stern-Ar-Vor " . Les vagues battaient contre la coque du bateau alors qu'il faisait voile , déjà , pour attraper les vents qui le porteraient vers l'ouest . Les cris des cormorans , témoignant peut-être de façon plus ostensible des craintes et prières des villageois , résonnaient dans l'air salé alors qu'il disparaissait à l'horizon .
Le voyage vers l'Irlande ne fut , certes , pas très facile . On dut affronter des nuits sans lune et des vents contraires menaçant de pousser hors de sa route le navire . Mais avec une grande volonté s'ajoutant à une bonne connaissance des courants , le capitaine , contournant Land's End après une petite escale à Plymouth , continua son périple .
Finalement , quelques jours de navigation suffirent à faire découvrir , se dessinant à l'horizon , les premières falaises de l'Île d'Emeraude au voyageur , qu'un mélange d'excitation et d'appréhension saisit alors qu'il approchait de cette terre tout aussi familière que plutôt fascinante . À leur arrivée , ils furent accueilli par des gens venus à leur rencontre , assez intrigués , pourtant , par la présence de celui qu'ils nommèrent tout-de-suite l'étranger : Morvan De L'Aulne !
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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - IV - Morvan Des Aulnes - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
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LE VOL DES OIES SAUVAGES - III - Le Collier d'Or .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
III - Le Collier D'Or
" C'est l 'Anneau que je désire ,
Je n'ai que faire de ta vie ! "
Richard Wagner - " Das Rheingold " *
6 - Donc , cette soirée-là , une brise océane faisait ici ou là , résonner sur les nouveaux murs en schiste du manoir , les derniers rebondissements et potins confidentiels :
- Merci , chères amies ... Mais avant toute chose , avez-vous pu retrouver des traces de l'injustice frappant notre famille ? , demanda l'élu .
- Attendez ! Regardez ici ! , lui répondit nerveusement la jeune Maggie , étudiante passionnée d'histoire qui , au bout de ses longs doigts gracieux de guitariste , pointait l'un des feuillets jaunis qu'elle avait pu photocopier , sorti de son sac : " Interrogatoire du dénommé Corbillé , ex-prêtre réfractaire , 17 septembre 1793 " .
- C’est bien lui , n’est-ce pas ?
- Tout à fait ! Mon ancêtre , continua Jean-Baptiste , se raidissant .
La jeune fille poursuivit en chuchotant : " Le suspect refuse obstinément de révéler l'emplacement d'un dépôt d'or qu'il aurait dissimulé avant son arrestation . Selon certains témoignages , le ci-devant prêtre qui , malgré les menaces de mort , persiste en son silence , aurait été en possession d’un objet précieux , remis jadis à un certain P. R. , valet des anciens tyrans . "
Les regards se croisèrent au bout d'un long silence de la lectrice qui fit remarquer :
- P. R ?
Il doit s'agir de Pierre Raboceau , n'est-ce pas , le chancelier de François II ?
Le notable , tendu , détourna le regard :
- Rien ne prouve que ce soit lui . Ce pourrait être n’importe qui .
Bridget , charismatique et déterminée , observa le maire avec attention :
- C'est possible ! Mais pourquoi refusait-il de parler , même sous la menace ? Il devait savoir que le trésor valait plus que sa propre vie …"
Maître Le Gall , plissant les yeux derrière ses petites lunettes rondes , fit remarquer qu'il y avait une annotation en marge , presque effacée : ‘ Le dépôt reste sous la protection de …’
Puis l’encre était tachée , illisible .
Maggie , frappant la table avec le plat de sa main :
- Taratata , voyons , vous savez tous que ce n’est pas un mythe ! Il y avait bien un trésor ici , le fameux collier du duc dissimulé dans un coffre par son fidèle conseiller ! C'est pour ça , d'ailleurs , que la Commune voulait la peau du religieux qui avait sans doute volé l'argent !
La fiancée de Cormac O'Shiell tira encore de sa poche un autre papier témoignant de l'attendu du conseil du 13 avril 1459 , l'un des rares tenu en présence même du souverain breton , ce qui était exceptionnel et montrait son importance , où il était dit que son homme de confiance , devait revendre au plus tôt le collier d'or que son maître ne pouvait acquérir faute d'argent .
Certains prétendirent , alors , que le diadème avait été entreposé dans un coffre au logis de Bouvron , mais qu'ensuite on avait perdu sa trace . Avait-il été volé ?
Par qui ? Comment Raboceau avait-il pu se procurer la somme afin de rembourser le Duc ? Et les Irlandais , les " Oies Sauvages " , n'avaient-elles pu s'envoler , un jour , avec ce fabuleux trésor qui , par la suite , avait peut-être fondé la fortune de certains de leurs descendants américains ? Ceux-ci , justement , qui , revenant en Bretagne pour restaurer leur ancien Château , cherchaient peut-être encore le trésor ? Et que savait , au juste , le nouveau maire de la ville , descendant du prêtre réfractaire guillotiné pendant la Révolution ?
- Tu vas trop vite , ma chérie ! , la rabroua sa mère , qui craignait le parler trop abrupte de ses amis les " Yankees " .
- D'autant , soupira Le Gall , feuillant le registre une fois de plus , que ces documents de la Révolution sont rarement organisés ... Beaucoup ont disparu pendant les troubles de 1793 ! ( 6 )
- Et si c’était le cas ? , remarqua le maire avec une froide ironie . Pensez-vous sérieusement que , deux siècles plus tard , vous alliez le retrouver ?
Certaines choses sont faites pour rester enterrées !
Bridget , fidèle au peu de sang indien coulant dans ses veines , lui décocha l'un de ses sourires les plus ironiques , parti comme une flèche :
- Ou pour être redécouvertes , monsieur le Maire . Moi , je crois que quelqu'un , par ici , en sait plus qu'il ne voudrait l’admettre .
Il la fixa , un éclair de défi dans les yeux . La chasse au trésor venait de prendre une toute nouvelle dimension !
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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - III - Le Collier D'Or - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
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Notes :
6 - Mardi 5 mars 1793 , Loire-Inférieure : Troubles à Bouvron . Pour rétablir l'ordre ,
on décide d'y envoyer un détachement de la Garde Nationale de Paimboeuf .
* ( Wotan ) : Scène IV de " L'Or du Rhin " ( Das Rheingold ) , opéra de
Richard Wagner ( création le 22 septembre 1869 ) constituant
le prologue de " L'Anneau du Nibelung " ( Tétralogie ) .
LE VOL DES OIES SAUVAGES - II - Les Fantômes de Quéhillac .
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
II - Les Fantômes de Quéhillac
" Qu'est-ce qui peut subir la mort , sinon ce qui nous trouble et nous sépare ? "
Thomas Mann - " Tristan " ( 1903 )
3 - En ce jour de tempête sur la Bretagne , ce devait être l'oeil du cyclone , lorsqu'elle se mit à lui sourire pour le remercier , comme elle disait , de s'être occupé du " précieux trésor de sa vie " , celui dont elle n'avait entendu que trop peu parler , précisait-elle , dans de vieux livres familiaux venus d'Irlande , une histoire méconnue en Amérique où , grâce aux films d'Holywood , on ne voyait la France qu'en rêvant seulement de Paris la romantique ou de la " French Riviera ", peut-être ?
Aujourd'hui , le maire de la petite bourgade , Jean-Baptiste Corbillé , recevait les deux étrangères dans son bureau aux boiseries sombres , fixant avec intensité la plus âgée qui venait d’entrer la première , comme si un voile du passé venait soudain de se lever . Troublé , il se leva lentement , marchant vers elle tandis qu'une sensation étrange l’envahissait , cherchant ses mots :
- Madame … Clare , c’est bien cela ?
- Oui , monsieur le maire , fit Bridget , souriante , lui tendant la main . Je vous présente ma fille Maggie . Nous sommes enchantées de faire votre connaissance ! , rajouta-t-elle dans un français balbutiant .
L'élu leur serra la main , le regard fixé sur le visage de celle qui avait commencé à parler . L’écho d’un souvenir lointain s’imposait à lui . Cette femme ... Elle ressemblait tant à sa chère comtesse .
- Comme c’est troublant ... J'ai l'impression de vous avoir déjà vue .
- Oh ? Vous m’auriez rencontrée quelque part , lui répondit-elle en fronçant les sourcils . Pourtant , c'est la première fois , vous savez , que je voyage en Europe continentale .
Comme pour chasser une vague illusion , son vis-à-vis , dubitatif , secoua la tête .
- Non , madame ... ou plutôt , si . Vous ressemblez à quelqu’un dont j’ai retrouvé la trace à la bibliothèque municipale . C'était une " lady " qui venait en cachette , ici , autrefois , communier dans la crypte du château .
Sa fille , en entendant ce titre à l'anglaise , esquissa un petit rire amusé , ses yeux brillant d’une lueur d’intérêt , montrant que , pour une jeune américaine , cette histoire si exotique d'une noblesse clandestine l’intriguait !
Le notable hésita un instant . Devait-il réellement partager cette obsédante réminiscence à-propos d'une héritière de Caitlin Clare de Saint-Avaugour qui , à la fin du XVIIIe siècle , la Révolution battant son plein , venait en secret dans le manoir où un prêtre réfractaire lui donnait , au péril de sa vie , la communion , son ancêtre , Nicolas ?
La veuve resta silencieuse quelques instants , puis reprit d’une voix douce :
- Corbillé … Comme vous . C’était un de vos parents ?
L'autre hocha lentement la tête .
- Oui . Il a été guillotiné en 1794 . Depuis , son nom est gravé dans l’histoire de notre famille … et de cette ville . Certains disent que son esprit hante encore les lieux où il officiait , veillant sur les âmes égarées . ( 3 )
Lourd de sens , un tragique silence prit place , pendant que la visiteuse croisait les bras , pensive . - C'est étrange , en vous regardant , j'ai moi aussi l'impression de déjà-vu ! Comme si ces lieux , ces noms , résonnaient en moi . Parfois , je fais des rêves , j'ai des visions d'une femme en robe d'époque , priant dans l'ombre d'une chapelle .
Mais quand il plongea dans le sien son regard , naquit en lui une troublante évidence née d'une intuition qu’il n’osait encore formuler .
Si l’histoire se répétait , pensa-t-il . Peut-être que certaines âmes sont destinées à se retrouver , au-delà du temps ?
4 - Ce soir-là , dans sa chambre , Bridget sentit une présence . L’air semblait plus froid , comme chargé d’une énergie ancienne . Son regard fut attiré par un coin de la pièce où l’ombre paraissait plus dense . En un éclair , une silhouette fantomatique lui apparut en habit d’époque , un regard grave planté dans le sien , puis disparut tout à coup !
- Qui êtes-vous ? , murmura-t-elle , terrifiée !
Elle perçut une voix lointaine et grave résonnant à l'intérieur de sa conscience , ainsi que le dessin d'une main vengeresse levée en signe d’avertissement .
- Le passé réclame justice ! On a souillé mes terres … L’ancien maire a profané la mémoire du duc en détruisant ma demeure pour y bâtir un commerce vulgaire .
Elle recula contre le mur , le cœur battant à tout rompre.
De quoi parlez-vous ? Que dois-je faire ?
Le fantôme s’effaça peu à peu , ne laissant qu’un murmure suspendu dans l’air :
- Rendez-moi mon nom ! Rétablissez notre honneur perdu !
Elle resta figée , le souffle court . Qui était cet homme ? Et quel secret enfoui cherchait-il à lui révéler ?
5 - Un jour proche , elle se rendit à Nantes pour consulter les archives du Duché en compagnie de Maître Le Gall , traducteur bénévole et de sa fille , étudiante francophone . Après plusieurs heures de recherche , ils tombèrent sur un nom : celui du chancelier Pierre Raboceau , secrétaire , au XVè siècle , des ducs Pierre et François , dont la demeure , jadis un hôtel particulier , avait été rasée récemment pour laisser place à une superette . Pourquoi donc ? , se demanda-t-elle . ( 4 )
Mais un autre détail la frappa : il était également fait mention d'un certain Jehan de Kersaint , son adjoint , qui , en 1478 , avait mystérieusement comploté pour faire disparaître , sans qu'on en retrouve la trace , une partie du trésor ducal . Certains chroniqueurs de l’époque avaient murmuré même qu’il avait été assassiné pour avoir voulu " trop bien " protéger le secret d’État … L'américaine sentit un frisson lui parcourir le dos . Et si la " mafia " irlandaise était dans le coup ? Si cette histoire avait encore une importance aujourd’hui ?
Alors que les deux femmes , consciencieusement , avaient entrepris de superviser la rénovation du manoir , les ouvriers commencèrent aussi à murmurer . Certains prétendaient avoir vu des ombres mouvantes qui s'agitaient comme un voile entre les vieilles pierres , d’autres juraient avoir entendu , au crépuscule , des chuchotements en langue bretonne ou en gaélique .
Un soir , alors que Maggie inspectait les travaux dans l’aile ouest , elle ressentit un courant d'air glacial qui fit trembler la lueur de sa lampe torche , pendant qu'une voix d'épouvante lui fit perdre l’équilibre :
- Pourquoi êtes-vous revenus ?..
Les manifestations s’intensifièrent de plus belle quand , en déblayant l’ancienne cave du manoir , les ouvriers mirent à jour une vieille malle scellée dans laquelle ils découvrirent des vêtements d’époque tachés de sang séché et , plus troublant encore , deux vieux médaillons brisés provenant d'un collier d’or portant les noms de Barry et de sa soeur , Caitlin Clare , derniers maîtres du manoir avant la Grande Révolution .
Les annales du lieu et les lettres trouvées dans la malle révélèrent leur sombre histoire . On sait que les émigrés irlandais constituèrent des régiments de mercenaires dans de nombreux pays , qu'ils fussent catholiques ou non , le principal contingent formant celui qui s'était mis au service de la France en 1691 sous Louis XIV , alors que la Cour jacobite de Saint-Germain en Laye rassemblait des milliers d'émigrés . Sous Louis XV , les Irlandais s'étaient illustrés en particulier à la bataille de Fontenoy . Ils avaient pris part également pour le compte de la France sous Louis XVI à la guerre d'indépendance américaine avec deux régiments Berwick et Dillon . C'est l’Assemblée nationale qui avait ensuite prononcé la dissolution de ces régiments , parce qu'ils étaient suspects d'être fidèles au Roi en 1791 . Le comte de Provence , futur Louis XVIII , avait prononcé , en 1792 , un discours de remerciement pour honorer la très longue fidélité des émigrés irlandais dont le service avait au moins duré une centaine d'années ! Barry et Caitlin Clare D'Avaugour , fervents royalistes et soutiens des Chouans , avaient organisé , aux côtés des insurgés bretons , des sabotages et des embuscades contre les troupes républicaines . Mais en 1794 , dénoncés par un traître , ils furent capturés par les Bleus . Jugés à Nantes par un tribunal révolutionnaire , ils furent accusés de conspiration contre la République . Le 17 mars 1794 , conduits sur la place publique , ils furent exécutés par la guillotine , laissant une malédiction non résolue derrière eux , plus un manoir vidé de ses meubles et occupants . ( 5 )
Depuis , de temps à autre , on croyait voir leurs fantômes qui erraient entre les murs de Boisjourdan , attendant sans doute le retour de leurs descendants pour briser leur destin tragique .
Maggie , fascinée , voulut en savoir plus . Elle engagea une spécialiste bretonne qui lui expliqua que les âmes des morts injustement condamnés restaient prisonnières tant que leur vérité n’était pas reconnue .
La nuit suivante , Bridget fut réveillée en sursaut . Dans l’ombre de sa chambre , une silhouette féminine se tenait près de la fenêtre , vêtue d’une robe d’un autre âge . Etait-ce encore cette Caitlin ?
- Aidez-nous , ne laissez pas notre mémoire s’effacer ! , lui murmura-t-elle .
Pour libérer les âmes du couple maudit , Maggie et Bridget décidèrent d’organiser une cérémonie de mémoire en leur honneur . Elles firent graver leurs noms sur une plaque commémorative et réunirent les habitants de Bouvron pour raconter leur infortune .
Le soir de l’inauguration , tandis que la plaque fut dévoilée , comme le vent soufflait à travers les ruines du manoir , une dernière bourrasque agita violemment le feuillage des chênes centenaires !
Depuis ce jour , les manifestations cessèrent plus ou moins , Boisjourdan retrouvant un peu de paix . Mais parfois , au détour d’un couloir , un éclat d’or brisé scintille sous la lune …
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - II - Les Fantômes de Quéhillac - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
" LE VOL DES OIES SAUVAGES " , copyright 2025 .
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Notes :
3 - Nicolas Corbillé , ( 1755 - prêtre catholique ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé , il exerce clandestinement son ministère . Dénoncé , il est arrêté par un détachement militaire et fusillé à Bouvron , le long du mur de l'église . Premier maire de Bouvron .
4 - Pierre Raboceau , né vers 1395 au duché de Bretagne , secrétaire des ducs Pierre II et François II de Bretagne de 1459 à 1476 , Chancelier de Bretagne.
5 - Les régiments irlandais portaient le nom de leur colonel-propriétaire :
- Le régiment de Berwick , régiment d'infanterie irlandais au service du royaume de France créé le 1er mars 1698 pour Jacques Fitz-James ( 1670 - 1734 ) , duc de Berwick , fils naturel du roi Jacques II Stuart d'Angleterre , renforcé le 26 avril 1775 par incorporation du régiment de Clare , et renommé le 1er janvier 1791 , le 88e régiment d'infanterie de ligne .
- Le régiment de Dillon , régiment d'infanterie irlandais qui , après avoir servi l'Angleterre avant 1690 sous le nom de régiment " Shrewsberry-Dillon " , devint le 87e régiment d'infanterie de ligne lors de la réorganisation des corps d'infanterie français de 1791 .
LE VOL DES OIES SAUVAGES - I - Les Exilés de Boisjourdan
Essai de restitution de la demeure médiévale de Boisjourdan au XVe siècle qui fait apparaître l’ancienne église entourée du cimetière © Patrice Maillard
LE VOL DES OIES SAUVAGES
" Le jour est à nous , mes enfants ... "
Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim .
I - Les Exilés de Boisjourdan
" Longtemps , nous avons tenu le flanc de la colline ,
Au-dessus de nos têtes , les robustes branches de chêne ,
La nuit , dans un profond chagrin ,
Nous avons attendu notre navire ,
Là où montait la profonde Néra ,
L'eau claire et piquante de la rivière venait gonfler son sein
De tous nos adieux , de nos coeurs tristes et douloureux ... "
D'après la chanson de Niamh Parsons sur son album " Contradiction " ( 2003 )
" After Aughrim's great Disaster " ( Après le Grand Désastre d'Aughrim ) * - All rights reserved .
1 - Après la bataille de la Boyne en 1690 , celle d'Aughrim un an plus tard , suivie de la chute de Limerick fin 1691, l’Irlande fut perdue pour le catholique Jacques II qui se réfugia en France , bientôt suivi des troupes fidèles aux Stuart qui , ayant combattu pour sa cause , l'accompagnèrent dans son exil . Ce " Vol des Oies Sauvages " désigna par la suite tous les mercenaires de la verte Erin qui s’engagèrent dans les armées continentales , formant en France , la fameuse brigade irlandaise . ( 1 )
La famille Clare , des cambro-normands originaires du Pays de Galles , qui s'étaient ensuite établis dans le comté de Kilkenny au 12è siècle , et dont le chef conduisait ces courageux soldats , trouva ainsi refuge dans le duché de Bretagne , accueillie par Louis XIV qui lui accorda un domaine à Bouvron , lieu où fut bâti le manoir de Boisjourdan , s'intégrant ainsi peu à peu à la noblesse locale en préservant la foi catholique et les traditions de ses ancêtres . ( 2 )
Mais la Révolution française balaya leur monde . En 1793 , alors que les soulèvements vendéens et chouans embrasaient l’Ouest , le domaine fut pris pour cible par les sans-culottes qui les accusèrent de complicité avec les insurgés royalistes . Les derniers Wash de France furent contraints de s'enfuir , abandonnant à son sort Boisjourdan . Peu à peu , les pierres tombant , les tourelles s’effondrèrent , la forêt reprenant ses droits . L’histoire aurait pu s’arrêter là , mais elle s’écrivit ailleurs !
Au XXe siècle , un lointain descendant , Sean Clare , avait quitté l’Europe pour tenter sa chance en Amérique , s'installant à Detroit , la capitale de l’automobile , où il fit fortune en ouvrant un garage de réparation / vente de voitures de luxe . Innovateur et travailleur acharné , il transforma peu à peu son modeste atelier en un empire prospère . Le destin , cependant , le frappa de plein fouet lorsqu' un matin d’automne , alors qu’il testait le " horsecraft ", un prototype expérimental à coussin d’air , sur le lac Michigan , il eut un accident tragique et trouva la mort ! Sa veuve Bridget , une femme aussi déterminée que son défunt mari , refusa de voir l’entreprise familiale péricliter de la sorte . Aidée de sa fille Maggie , une brillante mécanicienne et gestionnaire avisée , elle prit les rênes du business et le développa encore plus . Puis , le fiancé de celle-ci , l'ingénieur Cormac O'Shiell , s'ajouta au duo .
2 - Cependant , le maire de Bouvron , qui , soucieux de redynamiser le tourisme de sa petite commune bretonne , avait entrepris des recherches concernant les héritiers de la prestigieuse demeure médiévale en ruine , décida de leur lancer une aimable et convaincante invitation , contactant la famille pour qu'elle accepte d'en relever l'héritage . Parvint donc un jour chez eux , les priant de revenir afin de restaurer le domaine familial , un courrier inattendu orné de jolis timbres bretons . D’abord sceptique , Bridget se laissa convaincre par sa fille , elle-même ne s'intéressant que très peu à l'histoire , mais fascinée par l’idée de retrouver des racines européennes qu'elle avait largement oubliées , malgré les confidences de son cher papa !
Débarquant en Bretagne , les deux américaines furent frappées par la beauté sauvage de l'endroit . Le bâtiment , réduit à un squelette de pierres envahi par la végétation , n’était plus que l’ombre de lui-même . Pourtant, quelque chose d’indéfinissable flottait encore dans l’air autour de sa splendeur passée : l’écho des générations perdues , la mémoire des exilés . Le restaurer constituerait sans doute un défi colossal , mais mère et fille étaient bien décidées à courageusement s’y atteler . Grâce à leur fortune , ainsi qu'à de maigres subventions touristiques , des artisans locaux se mirent à leur disposition , s'engageant auprès d'elles pour ce projet de réhabilitation mêlant histoire , artisanat et modernité d'un nouveau centre-ville à l'ancienne .
Peu à peu , sous les échafaudages , la résidence reprit vie . Mais alors que les travaux s'avançaient , d’anciens secrets refirent surface : un coffret scellé depuis plus de deux siècles fut découvert dans ses caves , contenant , à l’intérieur , des lettres signées par le dernier Clare ayant vécu en France , un mystérieux testament surgi du passé ...
Que révélait-il ? Un trésor caché ? Un secret d’État du dernier duc ? Une énigme familiale qui changerait à jamais leur destinée ? Ici , tout le monde savait qu'un couple venu d'Irlande , engagé du côté des Chouans contre les Bleus pendant la Terreur , avait été décapité et qu'il revenait hanter parfois le château !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - I - Les Exilés de Boisjourdan - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
" LE VOL DES OIES SAUVAGES " , copyright 2025 .
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Notes :
1 - A l'issue du traité de Limerick ( 13 octobre 1691 ) , entérinant la défaite de Jacques II Stuart , un grand nombre d'irlandais , dont plus de 10.000 soldats que commandait le général Patrick Sarsfield , surnommés " Les Oies Sauvages " ( Wild Geese ) , quittèrent leur pays pour venir en France avec le vaincu . Les réfugiés jacobites , favorablement accueillis par le roi Louis XIV , formèrent la brigade irlandaise .
2 - Château de Quéhillac , sur la commune de Bouvron .
* Bataille d'Aughrim où plus de 7000 soldats trouvèrent la mort , qui opposa les Jacobites aux Orangistes ( forces de Guillaume III ) , le 22 juillet 1691 .
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