LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE - Teaser / Bio - Dernière Page .
LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE
( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV )
Teaser / Bio
Dernière Page
Il l'aimait en cachette , elle en regardait un autre . Quand la guerre éclate , les illusions tombent , mais les blessures du passé ne meurent jamais tout à fait . Rêveur d’absolu ,Yann Kervern voit sa vie basculer en 1914 . Dans l’ombre d’un amour de jeunesse qu’il n’a jamais pu déclarer , le jeune Breton va au front avec celui que Janed aime , Jakez . Mais à quel prix ? Pouvait-il seulement choisir de le sauver , lui qui commandait sa section ? Revenu estropié , Yann se tait .
Comme après un mortel incendie , le silence s’installe au coeur de la forêt . Des années plus tard , quand il revient de Suisse , une rencontre inattendue bouleversera l’ordre établi . Là où la guerre semblait avoir clos le livre , une dernière page restait à écrire . Entre Brocéliande et les neiges alpines ," Labyrinthe " et " Le Veilleur de Brocéliande " tissent le destin d’un homme partagé entre sacrifice d'un amour impossible et loyauté .
Un roman où le secret des âmes parle plus fort que les mots ...
DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la musique , la culture celte , l'ésotérisme et la spiritualité ...
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( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV )
LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV ) - V - Table des Matières .
LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE
( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV )
V - TABLE DES MATIERES
1 - Préface / Dédicace
Notre-Dame des Anges
2 - Labyrinthe
( Cycle de L'Etoile XXXIII )
Première Partie : Sils
I - Partir - II - L'Homme en Noir - III - Esther Jung - IV - Docteur Clarissa Dorn - V - Celle qui Montre la Route - VI - L'Albatros .
Seconde Partie : Janed Kerneis
VII - Les Semences du Ciel - VIII - Soeur Gabrielle .
3 - Le Veilleur de Brocéliande
( Cycle de L'Etoile XXXIV )
I - La Dame du Lac ( Prologue ) - II - L'Amour et la Guerre - III - Transformations - IV - La Reine Endormie - V - L'Orpheline - VI - Les Ombres du Concerto - VII - Rolf Darnheim - VIII - Nostalgie ( Epilogue ) .
4 - Le Jaspe du Cercle D'Or
( Résumé )
I - Prologue - II - Première Partie - III - Deuxième Partie : " Nouvel Espoir " - IV - Troisième Partie - V - Quatrième Partie .
5 - Table des Matières
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LES CLAIRIERES DE L'ÂME ( Nouvelles ) - VII - L'Autre .
FIN
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DAN AR WERN - Les Clairières de l'Âme ( Nouvelles ) - VII - L'Autre- Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Les Clairières de l'Âme " , copyright 2025 .
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Notes :
25 - " Un nouveau monde fait irruption ,
Qui assombrit le soleil le plus brillant ,
Tu peux maintenant voir , depuis les ruines moussues ,
Cet avenir fabuleux scintiller ,
Et ce qui était autrefois banal ,
Semble maintenant si étrange et merveilleux ... "
Es bricht eine neue Welt herein
Und verdunkelt den hellsten Sonnenschein
Man sieht nun aus bemoosten Trümmern
Eine wunderseltsame Zukunft schimmern
Und was vordem alltäglich war
Scheint nun so fremd und wunderbar ...
Novalis - Astralis - " Henri D'Ofterdingen " ( Posth.1802 )
26 - " Souvent , pour s'amuser , les hommes d'équipage
Prennent des albatros , vastes oiseaux des mers ... "
Baudelaire , " Les Fleurs du Mal " , Spleen et Idéal , II , " L'Albatros " .
* " Lover , Lover , Lover " ( 1974 ) , chanson de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) dans son album " New Skin For the Old Ceremony " - Copyright 1974 Leonard Cohen / Sony Music Entertainment INC. / Columbia - All rights reserved - Traduite en français par Graeme Allwright ( 1926 - 2020 ) dans son album " De Passage ... " ( 1975 ) - Copyright 1975 Graeme Allwright / Mercury Records - Tous droits réservés .
LES CLAIRIERES DE L'ÂME ( Nouvelles ) - VI - Pentecôte .
5 - L’Œuvre ( Notes de Travail )
Il n’est rien de plus fragile que le moment où l’on commence une symphonie . On se tient là , désarmé devant cette immensité blanche , et l’on doute . Tout n'est encore qu'incertitude , vertige en face de l'inconnu , mais parfois , quelque chose comme une vision surgit , s’impose , un rythme s’esquisse , et l’on sent alors que , sans la comprendre encore , une force travaille en nous . Ce n’est pas volonté , ce n’est pas métier . Le musicien ne la maîtrise pas , c’est un feu ancien qui soudain réclame sa forme . Il doit s’effacer , servir , attendre . Car l’œuvre , si elle est véritable , ne vient pas de lui : elle passe à travers lui , médium . Et le plus grand don , ce n’est pas le talent , c’est l’humilité , celle de s’abstraire devant le mystère de ce qui cherche à naître .
L’écrivain , seul aussi devant la blancheur de sa page , s’interroge : d’où vient cet élan qui le pousse à écrire ? Est-il , soit le maître de son projet , soit le scribe docile d’une voix intérieure , d’une main providentielle qui déroulerait pour lui le fil d’une histoire à venir ? Stefan Zweig , déjà , s’était penché sur cette énigme , celle de ne pas savoir si l’on invente ou si l’on découvre . Peut-être n’est-il alors qu’un arpenteur d’un labyrinthe ancien , pèlerin du mystère , à l’image de celui qui , un jour , s’était avancé dans le dédale de la cathédrale de Chartres . Là , le fil d’Ariane , sur la pierre usée du sol , prend la forme d’un tracé symbolique . On marche lentement , comme on entre en spirale dans une méditation , dans une œuvre . Et parfois , vient le " flash " , fulgurant choc intérieur comme celui de Saul sur le chemin de Damas , violente illumination qui retourne l’être et le pousse à bâtir . Mais elle ne suffit pas . La cathédrale se construit pierre après pierre , et la musique , note après note , dans l’humilité de celui qui accepte de n’être que l’instrument d’un dessein plus vaste que lui-même . Le compositeur devient alors l’apprenti d’un architecte , le musicien l'élève d'un chef d'orchestre ! Il ne s’agit plus de créer , mais de suivre la partition . Souvent , l’inspiration n’est pas un torrent qui déborde , mais une source cachée , lente à surgir , il faut parfois de longs silences pour trouver la note absolue . Elle naît souvent dans des zones d’ombre , loin de l’agitation du tourbillon , là où l’âme , enfin , consent à se taire . Il y a dans la création ce rythme qui échappe au temps des horloges . Comme la croissance d’un arbre ou l’érosion d’une falaise , l’œuvre mûrit peu à peu . ( 22 )
Elle exige que l’on renonce à l’empressement , que l’on accepte le doute , la veille , l’attente incalculable . Dans cet espace suspendu , où rien ne semble se passer , tout est pourtant gestation . C’est là , dans cette lenteur consentie , que le souffle de l'Esprit descend , sans bruit , sans éclat , comme une brise légère entre les flammes blanches . L’inspiration n’est pas conquise , elle est reçue . L’écrivain devient alors guetteur , il veille au seuil du monde , il apprend à reconnaître , dans un frémissement de voyelles et de consonnes , la venue discrète de ce qui veut naître par lui , l'accoucheur .
6 - Des mois plus tard, c’est par hasard qu’Elouan tomba sur un banal article de presse britannique en cliquant sur un forum obscur : " Une jeune artiste galloise retrouvée morte dans un accident de voiture suspect " . Il n’y avait pas de nom dans le titre , juste un lieu — Snowdonia — et une date , mais en poursuivant la lecture il trouva le nom de Lilwen Evans , 27 ans , dont la voiture accidentée avait été retrouvée au pied d'un ravin . L'accident n'avait pas eu de témoin . ( 23 )
Certains commentateurs , faisant remarquer l'absence de traces de freinage , parlaient de vieilles tensions autour d’un " carnet " bleu disparu qui , selon des rumeurs , n’avait jamais été remis à la police , dossier constitué avant sa mort par son ancien compagnon , jeune chercheur indépendant en histoire ancienne et tradition celtique . Celui-ci , Owain Morgan , avait mis au jour des documents secrets dans les montagnes de Snowdonia , suggérant l'existence d’un culte druidique encore actif . Mais ces recherches , qu’il pensait inoffensives , touchaient en réalité à un réseau néodruidique mêlé à des affaires d'espionnage industriel et de trafic d’antiquités . Cependant , lorsqu’il avait eu décidé de publier un article dénonçant certaines pratiques ésotériques utilisées comme façade , il avait été discrètement éliminé lors d’une randonnée , officiellement déclaré mort par accident . Mais sa compagne , Lilwen , en avait vu plus que ce qu’elle aurait dû ce jour-là . Traquée après avoir récupéré les fameuses notes , la jeune galloise avait fui le pays , gagnant sous une fausse identité Liverpool à toute vitesse . De là , sans but , elle avait pris le premier ferry vers la France , fuyant dans cette errance que , un an auparavant , Elouan avait croisée dans le jardin du Palais-Royal , à Paris , juste avant qu’un orage éclate , symbole de sa tempête intérieure . ( 24 )
Le cœur de l'écrivain breton se serra . Elle n’était donc pas revenue à la vie légère affichée auparavant sur les réseaux , mais avait seulement voulu donner le change , n’ayant pas eu la force de lui raconter sa tragédie . En coupant tout lien , elle avait non seulement cherché à le protéger , mais à l'empêcher aussi d'être mêlé à cette dangereuse histoire qu’elle traînait derrière elle , celle d’un complot diabolique enfoui sous les apparences du folklore , entre une société secrète mafieuse et la mémoire celte qui leur était si chère , et qui avait été manipulée .
Son attitude effacée , son indifférence apparente , prenaient un tout autre sens . Elle n’avait pas voulu qu’il porte un deuil supplémentaire . Elle l’avait assez aimé pour lui laisser croire , s'il n'allait pas plus loin , qu’elle n'avait été qu'une hirondelle de passage . Il referma l’article , les mains tremblantes . Dehors , la pluie commençait à tomber sur les vitraux de la cathédrale de Quimper , comme un retour du même orage , un an plus tard .
Lilwen était morte . Et lui , vivant . Parce qu’elle l’avait tenu à l’écart , puis effacé par précaution de son sillage comme un nom griffonné , rayé à la hâte . Il ne saurait jamais exactement ce qu’elle avait affronté . Ni à qui appartenait l’ombre tapie derrière la mort d’Owain . Mais il se surprit à murmurer son prénom dans les rues désertes .
Ce n’était pas un adieu . Plutôt une reconnaissance muette . Une dette aussi , peut-être . Celle de ceux qu’on a aimés trop brièvement , mais assez fort pour vouloir les sauver d’eux-mêmes .
Sur le chemin du retour après le week-end , il frissonna de tristesse en sortant de la cathédrale , sentant sur sa peau le vent qui l'avait suivi depuis l’ouest . Déjà , il pensait au jour où il retournerait là-bas . Pas pour elle , seulement . Mais pour comprendre ...
Il ferma les yeux pour la revoir un instant .
LES CLAIRIERES DE L'ÂME ( Nouvelles ) - V - La Tentation de Maël .
LES CLAIRIERES DE L'ÂME
V - La Tentation de Maël
Pour Gustave Flaubert
" La vie d'un homme est une île lointaine où l'on n'accède qu'après une traversée plus ou moins périlleuse . "
Henri Queffelec - " Un Recteur de l'Île de Sein " , III , 1 ( 1952 )
1 - Maël était un jeune homme silencieux , presque timide , toujours vêtu d’un manteau trop grand pour lui , qui passait plus de temps dans les livres des saints que dans les conversations des vivants , qu'il jugeait souvent trop terre-à-terre . Très tôt s'était dessiné son appel au sacerdoce , mais comme une ascension lente et obscure , non comme une certitude lumineuse .
Un jour de brume , en septembre , où le vent marin portait l’odeur des algues depuis le petit bourg de Landéda où il prenait , dans sa famille , ayant tout juste été admis au séminaire , quelques jours de repos pour se reconnecter avec la vie océane , il avait décidé de grimper sur la falaise jusqu'à un austère cloître en ruines dominant le large de ses murailles blanchies par le sel et le temps , l'abbaye Notre-Dame-des-Anges . ( 11 )
Ce matin-là , il ne savait trop pourquoi , une sensation étrange l'avait poussé à y monter , comme si quelque chose ou quelqu'un l’attendaient là-bas .
Le lieu était ancien , presque oublié , protégé par des buissons d’aubépines et de ronciers fleuris de roses blanches . Dans le pays , comme une source jaillissait d’un repli de rochers moussus , certains disaient que saint Guénolé s’y était lavé les pieds peu avant de gagner l’île de Tibidy . ( 12 )
Quand le jeune homme arriva , il était essoufflé , les cheveux en bataille et les yeux brûlants , tout étonné de voir qu'on avait enfin restauré la chapelle .
Après avoir bu l'eau de la fontaine , il s’agenouilla , puis relevant la tête vers le ciel ennuagé , il crut apercevoir une jeune fille prier dans l'église , resplendissante et rêveuse , et qui , elle aussi à genoux dans la lumière oblique d'un vitrail de la Vierge , était seule , telle une Madone transpercée d'un glaive . Il sentit en lui une secousse inexplicable , comme un feu sans nom . D'où lui venait cette douleur , il n'osa se le demander , n’osant l’aborder , se trouvant indigne d'elle . Dès l’entrée , pourtant , la fille , dont le visage s'éclairait d'un beau sourire éclatant de jeunesse , avait tourné les yeux vers lui . Mais Il ne bougea pas malgré sa présence fugace et bouleversante , et qui allait le poursuivre toute sa vie !
De plus , il ne savait rien d'elle que son visage et ce qu'il y avait lu , cette douceur mystique , cette détermination silencieuse et ce trouble presque sacré que l’on éprouve devant les icônes .
Dans son journal , il écrivit ce soir-là : " Je croyais avoir donné mon cœur à Dieu . Mais voilà qu’Il me le rend , retourné , bouleversé , dans la silhouette d'une fille . Est-ce Toi que je cherche , ou elle ? Et si c'était Toi à travers elle , comment Te distinguer ? "
Le futur prêtre pria longtemps pour que ce trouble passe . Mais il ne passait pas . Bien au contraire , avec l'évidence d'une brûlure inextinguible , il devenait une offrande au moment de la communion , lui faisant comprendre que ce n’était pas seulement un appel vers une créature , mais un signe de sa propre vulnérabilité humaine . Sa foi même était en cause . Etait-elle fidélité ou peur de vivre ?
2 - C’était dans les jours d’avant l’ordination . L’air sentait l’ajonc , les pierres de l’ancien monastère exhalaient leur silence millénaire . Aziliz avait demandé l’ermitage de Kergrist , sur la côte sauvage , pour se recueillir . Elle voulait faire mourir en elle tout reste d’attache qui ne menait pas à Dieu .
Mais le Père Lui-même ne devait pas être sourd , bien sûr , au cri des corps . Le Diable , songea-t-elle , s'il ne se montre plus sous forme de bouc , peut prendre , parfois , la forme d’un homme au regard brûlé de lumière.
On l’appelait maintenant soeur Gabrielle .
Etant venue jadis déposer des fleurs devant l’autel brisé d'une chapelle en ruine , elle l’avait aperçu comme une prière non dite , son bréviaire figé dans ses mains glacées par le froid .
Cet instant-là où le ciel était d’encre , où le vent soufflait sa symphonie des âmes surgie des abîmes de la mer , s'était-elle doutée qu’il n’était pas venu là par hasard ?
Quelques printemps d'après , comme chaque année où le ciel avait fléchi son regard sur la terre en ce jour où d’un seul coup , les pommiers se mettent à fleurir , marchant sur le sentier menant à la vieille abbatiale de Landevennec , elle portait une robe simple , grise , une petite croix de bois qu’elle avait sculptée elle-même à son cou , un châle jeté sur ses épaules .
Frère Maël , qui avait été ordonné prêtre à l’automne , siégeait dans son confessionnal , mais son cœur lui semblait de plus en plus désertique . Il priait sans feu , s'efforçant d'écouter avec le plus de soin possible les litanies ennuyeuses de fidèles aussi déboussolés que lui .
C’est alors qu’elle entra en compagnie des autres soeurs , tandis que les derniers cierges fumaient doucement au pied de la Vierge .
Il ne savait pas qu'elle allait venir en cette fin d’après-midi , elle n'avait fait aucun bruit . Mais tout changea soudain . L’atmosphère , la lumière , le silence même sembla retenu .
Elle s’agenouilla à la première rangée , juste devant lui.
Elle avait un visage fin , clair , impassible . Un manteau de laine bleu nuit . Une auréole de cheveux bruns , noués à la hâte , sortait de son voile . Le jeune moine sentit comme une brûlure monter en lui . Non de désir , il le sut aussitôt , mais de vertige . Quelque chose en elle lui révélait une faille inconnue dans son propre édifice intérieur . Il se mit à trembler légèrement .
- Seigneur , est-ce possible, que quelqu'un entre ainsi dans votre vie sans l''avoir jamais croisée avant ? , supplia-t-il , tentant de détourner les yeux , de se remettre à son chapelet . Mais chaque battement de son cœur lui répétait : elle est là . Plus qu’une femme . Une présence . Une lumière incarnée . Une interrogation adressée à sa foi même . Elle l'avait saisi , bouleversé , " renversé comme Saul sur le chemin de Damas ! "
Il se souvenait d’avoir lu , chez saint Jean de la Croix , que l’âme est souvent conduite à Dieu à travers une nuit où l’on ne distingue plus ce qui est spirituel de ce qui est charnel . Où l’on souffre comme un homme , mais en profondeur d’Ange . ( 13 )
Il s'était mis à jeûner , à s’imposer des veilles . Mais cela ne calmait rien .
La tentation du saint ? Non pas le péché , mais l’adoration d’un visage trop pur pour qu’on puisse s’en défendre , est-ce cela ? , se torturait-il .
La prière devenait impossible !
Il resta immobile longtemps après qu’elle fut partie .
Puis , dans sa cellule , ce soir-là , il écrivit :
" Elle s’est agenouillée devant moi comme un miracle muet . Et dans son mutisme , j’ai entendu un appel plus grand que tout ce que je croyais avoir compris de Toi , Seigneur !
Si c’est Toi qui me l’envoies , pourquoi fais-Tu de son apparence une telle blessure en moi ? "
Elle s'assit à la même place , le lendemain , restant plus longtemps , cette fois , prostrée dans la même adoration silencieuse . Il n’osa même pas lever les yeux vers elle . Ce n’est qu’à la fin , quand elle sortit , qu’il la vit poser , en passant, un petit mot sur le banc de communion .
Dès qu'elle fut sortie , il se leva , tremblant , pour le lire .
" Pardon . Je ne voulais pas troubler votre paix . Mais je viens souvent ici prier pour mon entrée au Carmel . Et j’ai senti ... que vous portiez quelque chose de lourd . Je prierai pour vous . Soeur Gabrielle . "
En un éclair , il réalisa qu’il ne pourrait plus jamais prier comme avant !
3 - Ma Soeur ? murmura-t-il .
Cela fit naître en lui un écho lointain , celui de vacances d'été dans sa famille maternelle des Abers , Gabrielle … Cela faisait si longtemps qu'il n’avait entendu un prénom comme celui-ci évoquant une mystérieuse voisine oubliée , sur la côte , la petite Aziliz , insaisissable et rêveuse , qui disparaissait souvent dans les champs pour observer les étoiles .
- Je savais que tu viendrais , lui dit-elle , se tournant lentement vers lui , comme si ces retrouvailles , d'après elle , avaient été inscrites dans une trame invisible .
Puis , elle lui expliqua qu’elle avait trouvé refuge comme novice au couvent .
Mais ce qui le bouleversa le plus furent ses révélations , car elle avait , lui confia-t-elle , commencé à recevoir des messages lui parvenant depuis l’ " au-delà ".
- Ils me parlent de semences du ciel , déclara-t-elle , de graines lumineuses , porteuses d’espoir et de transformation , qui ne viennent pas de l’ombre , pas du Malin , mais d’une source pure dépassant notre compréhension .
Elle lui montra ensuite un carnet qu’elle gardait précieusement sur elle , contenant une carte du ciel à l’intérieur , et des prières qu’elle recevait chaque jour , convaincue que ces paroles n’étaient pas qu’un simple symbole , mais qu'elles demeuraient bien vivantes .
Perplexe , il resta tout de même une heure en sa compagnie , lui parlant longuement , pendant qu'elle lui racontait ainsi , avec une clarté qui le troublait profondément , ses visions d'êtres venus des cieux les plus éclatants qu’elle voyait descendre comme des météores sur la terre .
Avant de partir, elle lui prit encore la main et murmura :
- Nous avons tous une part de paradis en nous , n'est-ce pas ?
Quand tu le trouveras , ne l'ignore pas . Je crois qu'il te guidera .
Ils se regardèrent longtemps , sans parler . Puis il avoua simplement :
- Je vous ai reconnu aussitôt . Vous étiez comme un appel . Je n'ai jamais oublié ce jour , à l'église .
Il ferma les yeux .
- J'ai cru que j'étais fou . Je n'ai jamais osé vous parler . Mais votre souvenir m'a accompagné plus fidèlement que bien des psaumes du Livre Sacré .
Elle sourit .
- J'ai cru , longtemps , que j'avais trahi le Christ en pensant à vous . Puis j'ai compris que c'était Lui qui passait par votre regard . J'ai passé ma vie à prier pour nos deux âmes . Dans la nuit de la foi .
Il baissa la tête , bouleversé .
- Peut-être étions-nous appelés à porter la Croix ainsi ? Non dans le désir , ni dans la possession , mais dans le renoncement . Peut-être que cette blessure , lance de l’amour , nous ouvre à Sa Passion ?
Les yeux humides , pour toute réponse , elle murmura :
- Il y a une fêlure en toute chose . C’est ainsi qu’entre la lumière . ( 14 )
Et dans cet aveu partagé , ils surent enfin qu’ils avaient aimé . Que cet amour , blessé , brûlé , offert , était devenu prière , et peut-être même , un sceau de sainteté ...
4 - Il apprit plus tard qu’elle devait rejoindre le Carmel de Morlaix . Chaque fois qu’il élevait le calice , une image traversait son cœur comme une grâce douloureuse : une jeune fille agenouillée , les yeux fermés , au pied de la Vierge , un amour dont il ne pourrait jamais rien dire , sauf à Dieu .
Il avait , cependant , demandé à la voir , " une dernière fois , juste avant la clôture "
Guidé par je ne savais quelle intuition profonde , il suivit la tourière sans rien dire jusqu’au jardin du couvent . Là , elle se tenait debout , silhouette majestueusement blanche au milieu d'un buisson de lys , le regard perdu dans une lointaine rêverie toute illuminée d'une lumière intérieure , coiffée d'un chapeau fleuri pour s'abriter du soleil ou , peut-être , humblement cacher au jour son apparence qu'elle jugeait , sans doute , trop insignifiante et trop changée pour ses amoureux du temps jadis . Quand il tomba sur elle , vers la fin de l'après-midi , elle l'accueillit comme un enfant venu jouer dans le petit bosquet de lierre où l'on peut voir la statue d'un saint breton . Sans doute aurait-il pu alors l’embrasser , l'étreindre , et tout aurait changé . Mais il n'en fit rien , se contentant de frissonner de tristesse , en s'efforçant de ne pas le lui montrer .
Pourtant , dans ses larmes cachées , la professe vit que l’amour le plus grand n’est pas celui qu’on prend , c’est celui qu’on donne .
Ils s’assirent sur un tronc d’arbre renversé , côte à côte .
Elle regarda longuement celui qu’elle aimait depuis les vêpres chantées dans la chapelle blanche de l'Aber . Mais ce n’était pas le même amour . Quelque chose de nouveau y brillait : un feu calme , sans orgueil , mais dévorant .
- Tu sais ce que je ressens ? reprit-il . En pensant trop à toi , j’ai l’impression de trahir le Christ …
- Et moi ... j’ai l’impression de Lui mentir en voulant t’effacer . C’est Lui qui m’as appris à Le prier autrement .
Ponctué par le ruissellement de la source , Il y eut un nouveau soupir .
- Je n’ai jamais rien voulu que le don total , murmura-t-il . Mais quel est ce Dieu qui voudrait m’arracher à toi ? Est-ce Lui , ou est-ce moi qui me mens ?
- Peut-être que l’amour , le vrai , n’a pas à choisir entre chair et esprit . Peut-être que ce que tu ressens pour moi , ce que je ressens pour toi , est déjà un appel . Mais nous ne savons pas à quoi .
Elle baissa les yeux.
- Et si j’étais ton épreuve ?
- Ou mon chemin , reprit-il avec effroi .
Elle le laissa faire quand il voulut prendre sa main , mais doucement la retira . Puis se leva .
- Autant que tu seras prêtre , tu seras mon frère dans l’Esprit . Car il faut que ce jour existe . Sinon , ce sera moi que tu renieras .
Laissant son bréviaire ouvert sur le tronc d'arbre couché , elle s'éloigna mais , devenant cette épine de lumière enfoncée en celui qu'une blessure avait transformé , non par dégoût du monde , mais par amour crucifié de tout ce qui vibre , ne disparut pas .
5 - Les années passèrent . Maël , hanté par cette fulgurante vision d'un jour , n’avait jamais su comment vivre avec un désir mal déguisé qui n'était pas une illusion . Mais il sentait que rien ni personne , jamais , ne l’avait autant rapproché de Dieu que ce trouble-là .
Aziliz , jeune religieuse , avait cherché comment le simple regard furtif d'un homme inconnu pouvait mettre le feu à toutes ses certitudes . Persuadée , comme sainte Claire ou Marie-Madeleine , que seule la prière pouvait donner un sens à ce vertige , elle était entrée au Carmel . ( 15 )
Lui , ce vertige , il ne savait comment le fuir . Le plus terrible était qu’il ne voulait pas le fuir .
Une nuit , il écrivit dans son carnet secret :
" Elle a réveillé en moi une tendresse plus haute que toute contemplation . Ce n’est pas elle que je désire . C’est ce qu’elle me révèle de Toi , Seigneur . Mais comment Te voir sans elle désormais ? Elle est devenue Ton miroir , Ton passage , Ton souffle . Je suis perdu . Et pourtant sauvé ... "
Pendant des décennies , les deux amis célestes , priant l’un pour l’autre , ne se croisèrent jamais que dans le secret de leur âme , sans le savoir .
Un jour futur , l'abbé aux cheveux blancs fut invité à prêcher une retraite spirituelle dans un monastère du Finistère . Il avait beaucoup vieilli , plus de soixante-dix ans , marchant doucement , les mains jointes derrière le dos , les épaules voûtées , n’attendant plus rien de la vie , le visage raviné par le vent des années . C’est dans le parloir du Carmel qu’il reconnut " sa " bonne soeur . Elle aussi avait un peu changé . Mais ses yeux portaient cette même lumière précaire et foudroyante .
- Je suis venu vous rapporter votre bréviaire , ma soeur .
Il s’agenouilla près d'elle .
- Quand j’entre dans une chapelle , c’est votre visage qui , toujours , me revient , pendant les vêpres , votre regard , pendant l’élévation ... Chaque fois que j'élève le calice , votre image traverse mon cœur comme la grâce douloureuse d'une jeune fille agenouillée au pied de la Vierge , amour jamais confessé , sauf à Dieu . Je croyais vouloir Lui donner ma vie .
Mais je sens qu’il me demande plus encore , l’impossible , aimer sans comprendre .
Ils pleurèrent longtemps , jusqu’à ce que les ombres grandissent autour d’eux . Puis , dans le crépuscule , elle lui dit d’une voix faible :
- Peut-être que notre amour n’est pas à vivre , mais à offrir . Peut-être que ce feu n’est pas fait pour réchauffer, mais pour brûler ?
Le prêtre la releva , lui tendant un petit galet blanc qu'il plaça dans sa main .
- Porte-le en souvenir . Porte-le toujours . Ce sera notre secret , cette pierre que j’ai trouvée dans l’église de Saint-Michel-en-Grève , là où les eaux montent comme un jugement . N'a-t-il pas la forme d’un cœur fendu ?
Elle le prit sans un mot , restant là encore un moment , sans parler . Puis une sœur vint chercher Aziliz .
Avant de partir , il ajouta , simplement :
- Priez pour moi , ma soeur . Pour que je comprenne enfin , là-haut , pourquoi le Seigneur nous a laissés si près l’un de l’autre , et si loin , comme deux flammes qui se reconnaissent au creux du même souffle ...
6 - Sur le chemin du retour , il se rappela que dans un sermon qu’il avait prononcé un dimanche d’hiver , il avait prétendu que le plus grand sacrifice n’était pas de renoncer à l’amour charnel , mais de le porter sans le consumer , que la pureté n’était pas l’absence de désir , mais sa transfiguration , parlant de ce que Pascal nommait " la grandeur et la misère de l’homme " . ( 16 )
- Et si mon charme n’avait pas été un piège , mais une grâce ? Et si ta foi ne résistait qu’au vide ? , lui avait même , un jour , écrit soeur Gabrielle . Tu n’as pas fui le monde , et Dieu n’est pas jaloux , Lui qui veut des hommes vivants , pas des statues de plâtre .Tu parles d’amour divin , mais tu veux en faire un désert sans corps , sans désir , sans frisson , sans faille . Le Créateur pourrait-il avoir peur de cette Beauté qu'il façonne avec amour comme un jardinier sa rose ?
" Aimez-vous les uns les autres ! ", a-t-il ordonné , non ? ( 17 )
La lumière de la crypte où ils s’étaient retrouvés , filtrait par un vitrail brisé , bleutée , presque irréelle . Des cierges consumés traçaient les ombres du passé sur le sol .
- Jésus dit aussi : " Celui qui veut me suivre , qu’il renonce à lui-même , et " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur ... "L’amour dont tu parles fait trembler ma foi . Il fait de moi un homme . Je ne sais plus si c’est une chute ou un éveil . ( 18 )
- Et si c’était les deux ? , lui avait-elle répondu avec douceur . Marie-Madeleine n’a pas seulement pleuré aux pieds du Christ . Elle l’a aimé , d’un amour pur et brûlant . Crois-tu qu’il l’a rejetée ? Il l’a laissée toucher son âme et son corps .
- Tu dis cela quand l'océan tout entier semble vouloir m’emporter .
- Laisse-toi emporter. Peut-être qu’on ne monte vers Dieu qu’après avoir connu la beauté qui fait souffrir . C’est dans la faille que passe la lumière , n'est-ce pas ?
Rappelle-toi ! Peut-être qu'il faut du désordre autant que de l'ordre pour faire un monde ? Laisse venir la mer ... Il l'avait quittée avec un étrange sentiment de calme et d'émerveillement , ne sachant pas si elle avait véritablement accès à un autre monde ou si ses visions étaient le fruit d’une imagination fervente . Mais quelque part au fond de lui , il sentait que leurs retrouvailles n’étaient pas un hasard ! ( 19 )
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DAN AR WERN - Les Clairières de l'Âme ( Nouvelles ) - V - La Tentation de Maël - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Les Clairières de l'Âme " , copyright 2025 .
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Notes :
11 - Ruines de l' Abbaye Notre-Dame-Des-Anges , fondée en 1509 à Landéda par les Franciscains .
12 - La légende ( Cartulaire de l'abbaye de Landevennec ) veut que Saint Guénolé ( Gwenole , 461 - 532 ) , accompagné de onze autres disciples de Saint Budoc
( Beuzeg , 538-585 ) , arrive de l'Île Lavrec ( Lavred , archipel de Bréhat ) , débarque sur l'île de Tibidy , à l'embouchure du Faou , en 482 , s'y installe , y établissant un oratoire , avant , trois ans plus tard , de quitter l'île pour fonder Landévennec .
13 - Saint Jean de la Croix ( 1542 - 1591 ) prêtre carme espagnol , saint mystique , souvent appelé le " Réformateur " , déclaré Docteur de l'Église en 1926 .
14 - " Anthem " ( 1992 ) , chanson de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) sur son album " The Future " , copyright 1992 Leonard Cohen / Columbia - Sony Music Entertainment Inc. - All rights reserved .
" There is a crack , a crack in everything , That's how the light gets in ... "
15 - Sainte Claire d'Assise ( 1194 - 1253 ) religieuse italienne , disciple et amie de saint François d'Assise , fondatrice de l'ordre des Clarisses .
- Sainte Marie-Madeleine ( vers 8 - 60 ? ) "Apôtre des Apôtres " , Marie de Magdala , amie de Jésus , vécut à la sainte-Baume en ermite avant d'y mourir .
16 - " Car qui se trouve malheureux de n’être pas roi , sinon un roi dépossédé ? "
" Pensées " ( Posth .1670 ) , Chap. XXIII – Grandeur de l’Homme : 1669 - Blaise Pascal ( 1623 - 1662 ) , philosophe , théologien français.
17 - Jean , 13 -34/35
18 - Matthieu , 16 - 24/25 - Deutéronome , 6-5 - Matthieu , 22-37 .
19 - " Il fallait du désordre , autant que de l'ordre , pour faire un monde ... "
Henri Queffelec - " Laissez Venir la Mer " ( 1974 )
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