Postface / Goudeskrid
V - Métamorphoses
" Oh , mon Dieu , qu'est-ce qui est pire ,
Le passé ou l'avenir ?
Charlottesville ...
Empêchez-moi de penser à cela ... "
William Styron - "Lie Down in Darkness "
( Un Lit de Ténèbres , 1951 ) , IV .
" La traversée jusqu'à cette terre fabuleuse
Où s'anéantissent nos plus belles espérances ... "
Virginia Woolf - " To the Lighthouse " ( 1927 ) Vers le Phare , I , 1 .
I - Le héros , d'abord , cherche à fuir son passé conjugal en répondant à une petite annonce , geste banal , voire trivial où le destin ( la Providence ?) le ramène en pleine face à celle qu’il voulait oublier , sa propre femme . Il ne peut échapper à lui-même . La fuite amoureuse , épiphanie paradoxale , ne mène qu’à une reconnaissance forcée : celle qu’il cherchait à retrouver ( ou effacer ) se trouve déjà là , pas avec un autre , mais avec la vérité de sa vie intime qu'il croyait pouvoir réparer , celle qui lui est rendue dans l'image fausse du miroir , et qui n'est qu’un reflet de son propre échec .
Le couple s'est retrouvé , certes , mais trop tard , dans un autre cadre , sous une autre identité , comme si leurs propres " moi " s’étaient détachées d’eux-mêmes , semblables à ces feuilles arrachées à la branche . L’éclair de reconnaissance existe , mais il ne peut réparer la chute . On a déjà le pressentiment que la société ne propose rien de nouveau , seulement un recyclage des illusions perdues . Pourtant , quelque part , subsiste une lueur : même dans la chute, la feuille garde la mémoire de l’arbre . Le couple n’a peut-être pas disparu , il a seulement , comme une feuille arrachée par le vent , changé de forme .
II - Pour parvenir à cette " métamorphose " , alors qu'il croit trouver un nouvel absolu dans la figure éblouissante d’une Américaine croisée à la montagne , l’histoire bascule dans l’onirique et le romanesque . Dans " Villeneuve ", la figure de la jeune fille cristallise une promesse d’avenir , une ouverture lumineuse , presque exotique , mais qui se délite au fil du temps . L’élan vers l'autre , devenant inaccessible , se dissout dans la confusion et le malentendu , ce rêve de printemps laissant bientôt la place à une sonate d'automne où la feuille morte d'un rêve d’amour idéalisé ne s’accomplira pas , peut-être déjà voué à une autre dimension .
III - Dans “ Celui qui Passe ”, l’éphémère devient la règle : une présence traverse , bouleverse, mais ne s’arrête pas . Cela résonne comme une parabole apocalyptique : les anges , les visions , les civilisations passent , mais l’homme reste seul sur un seuil qu’il n’a pas su franchir .
La figure du voyageur incarne la fragilité des existences croisées qui se frôlent sans vraiment s’attacher . Chaque être humain devient comme une ombre devant nous , que l’on aperçoit juste un instant avant qu’elle ne disparaisse . Ici , la mélancolie se double d’une métaphysique : le passage est la condition même de notre humanité .
IV - Dans " La Terre de nos Promesses " , pourtant , cet élan vers l’avenir , symbolisé par le vol vers New-York , est déçu , ou du moins reporté à un horizon plus lointain . La terre promise ressemble encore à une utopie jamais atteinte , comme si les feuilles mortes n'étaient que les traces de tous ces printemps qui ne sont jamais venus , donnant au motif une dimension plus large : ce n’est plus seulement un individu ou une histoire d’amour , mais toute une génération , peut-être même l’humanité , qui se demande où est passé ce pays d’espérance qui semblait nous attendre . Le narrateur se trouve devant le mirage de ses souvenirs balayés par le vent de l’histoire . L'Eldorado n’est plus à chercher dans l’amour humain , mais dans une pensée plus haute , spirituelle , que celle de la destruction de la " Cité Sainte " , dont le rêve dévasté se changeait en quête d’un ailleurs lumineux confronté au constat amer de sa ruine dans le présent , prenant ainsi l’allure d’un chant élégiaque pour l’humanité . Chaque amour manqué , chaque promesse non tenue , devenant un symbole de notre planète elle-même en train de se consumer lentement , nous livre à nos contradictions . La scène finale , où l'héroïne s’éloigne dans les bras d’une femme superbe , a la même charge symbolique qu'un instant de beauté fragile , rose qui s'effeuille et qu’on croyait pouvoir retenir , mais qui s’éparpille et s'échappe à jamais ...
DAN AR WERN - AUBERIVE 1 ( Cycle de L' Etoile III ) - Version Bilingue - Divyezhek - V - Goudeskrid / Postface - Métamorphoses - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - 2025 .
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