AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Première Partie - L'Etranger - IV - L'Invité à la Noce .
Notes :
13 - Diane Keaton ( 1946 - 2025 ) actrice, réalisatrice et productrice américaine , interprète de " A la Recherche de Mr Goodbar " ( Looking for Mr Goodbar , 1977 ) de Richard Brooks et d' " Annie Hall " ( 1977 ) de Woody Allen .
14 - Glenmor ( 1931 - 1996 ) , auteur-compositeur-interprète , écrivain , poète breton - Xavier Grall ( 1930 - 1981 ) poète , écrivain , journaliste breton - Julien Gracq
( 1910 - 2007 ) , auteur de " Le Château d'Argol " ( 1938 ) , écrivain français .
15 - Chouchen ( en breton : chouchenn ou mez , d'après les dictionnaires Catholicon et An Here ) , breuvage liquoreux issu de la fermentation d'un mélange de moût de pomme et de miel .
16 - " Suzanne " ( 1967 ) , chanson de Leonard Cohen sur son premier album " Songs of Leonard Cohen "- copyright 1968 Leonard Cohen / Columbia - Sony Music Entertainment - EMI Music publishing - All rights reserved , adaptée et chantée en français par Graeme Allwright , copyright 1973 / " Graeme Allwright Chante
Leonard Cohen " , Mercury / Phonogram - Tous droits réservés .
17 - Triskell , symbole du flux vital des trois éléments de la Triade Celtique .
18 - Chanson traditionnelle bretonne : " Celle que j'aime , je l'ai perdue à jamais ... "
* " Why Don't You Try ? " chanson de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) , dans son album " New Skin For the Old Ceremony " , copyright Leonard Cohen 1974 / CBS Inc./ Sony Music Entertainment Inc. - Columbia - All rights reserved .
AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Première Partie - L'Etranger - I - Baie des Anges .
AU SEUIL DE L'INVISIBLE
Première Partie
L'Etranger
" Le rêve est une seconde vie "
Gérad de Nerval - " Aurélia " *
Chapitre I - Baie des Anges
" C'est alors que tout a vacillé . La mer a charrié un souffle épais et ardent , le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu ! "
Albert Camus - " L'Etranger " ( 1942 )
1 - Pierre Matignon , comme , plus tard , lui-même fut connu de son pseudo d'artiste , à l'âge de dix-sept ans , vivait à Nice , dans cette lumière éclatante et crue d'une Méditerranée drapée de miroitements et de reflets fauves , qu'un mistral sauvage friselait parfois d'écume , où l’air lui-même portait une odeur mêlée de sel , de pins brûlés et de poussière d'azur chaude sur les façades blanchies par le soleil . L'été y débarquait en masses , par bandes , comme un vol de mouettes se posant soudain sur la promenade des Anglais , des cars de touristes venant y admirer la baie dans son décor éternel . Pourtant , lui y éprouvait souvent une étrange sensation d’exil , y marchant seul , regardant la mer immense dont la couleur changeait selon les heures du jour , mais où rien ne semblait vraiment lui appartenir .
Les sonorités autour de lui , les accents du Midi , les gestes mêmes des gens lui demeuraient étrangers , comme s’il avait été placé là par erreur . Il souriait peu . Il observait beaucoup . Depuis quelque temps déjà , " cela " s’était réveillé en lui , surtout depuis les vacances d'août , peu de mois auparavant , quand ses parents l’avaient emmené en Bretagne . Ce voyage avait agi comme une révélation . Les landes battues par le vent , les chapelles perdues parmi les ajoncs , les ports de pêche noyés dans la brume du soir , tout cela lui avait donné , certainement , l’impression troublante de retrouver un pays qu’il connaissait déjà sans y avoir réellement vécu . C'était dans les Monts d’Arrée , surtout , qu'il avait ressenti cette émotion singulière , devant ces pierres noires et ces tourbières silencieuses qu'il lui avait paru entendre comme une plainte ancienne remonter en lui de la terre jusqu'au ciel immense !
Après son retour dans le Sud , cette sensation ne l’avait plus quitté lorsqu'un soir , il avait reconnu à la radio , presque par hasard , cette voix grave et lente , habillée de mystère , qu’un nouveau barde avait retrouvée avec son idiome inconnu , et qui l'avait immédiatement séduit , parce que , même s'il ne comprenait pas bien ce qu'en chantant il voulait dire , il réalisa que ce n’était pas une simple balade , mais un appel étrange venu du fond du coeur ! Alors , dans sa petite chambre , tandis que la musique se déroulait comme une immense vague surgie de l'océan des siècles , des images lui revinrent aussitôt , celles de cormorans et de mouettes blanches perchés , face à la colère marine , sur des falaises noires , du crachin sans fin sur les vitres d’une vieille auberge , d'un antique " pardon " dans une cité sans âge où , près de l'église , les silhouettes obscures d'un calvaire paraissaient , comme lui , hurler au crépuscule , ce soir-là où , souffrant de vivre si loin de sa terre , il s'était soudain rendu compte qu'elles représentaient sa propre souffrance !
Il commença dès lors à se considérer comme un exilé . Ce mot lui-même , qui lui paraissait faire écho aux sermons du prêtre pendant la messe , revenait pourtant sans cesse dans son esprit . Mais exilé de quoi ? D’un pays qu’il connaissait à peine ? D’une mémoire oubliée ? Il n’aurait su le dire , sentant au fond de lui se creuser de plus en plus une fracture secrète entre ce qu’il vivait et ce qu’il aurait dû vivre . C'est ainsi qu'après avoir , quelques semaines de réflexion plus tard , consulté une annonce , il entreprit de prendre , par correspondance , des cours de langue bretonne .
Lorsque les premières leçons lui parvinrent , l'élève éprouva une telle joie étrange en découvrant ces mots rugueux et musicaux à la fois , qu'il se plut à répéter à plaisir les sons à voix basse dans sa chambre pendant que , derrière ses fenêtres ouvertes , montaient les rumeurs de la Riviera , vespas et radios d'Italie , conversations d'une terrasse encore animée dans la douceur du soir .
Deux univers , désormais , coexistaient en lui : le premier , celui de la Méditerranée éclatante , des palmiers , des étés sans fin , de cette jeunesse niçoise à laquelle il ne parvenait pas à appartenir , et l’autre , fait de granit et de pluie , de silence et d'histoires légendaires qui , plus les semaines passaient , devenait réel à cet âge où l’âme hésite entre plusieurs voies , lui faisant ignorer qu'un jour viendrait où il éprouverait aussi la nostalgie de Nice et de la Riviera , car on ne quitte jamais sans blessure les paysages que l’on a traversé avec une intensité tellement douloureuse pendant l’adolescence .
Mais , peu à peu , l’étude du breton transforma profondément sa manière de voir le monde .
Au tout début , sans doute , il n’y eut qu’une curiosité confuse , presque sentimentale pour quelques mots appris le soir , aux sonorités mystérieuses , de même que ce plaisir d’écrire des phrases simples dans un idiome lui semblant venir d’un autre âge . Mais bientôt , quelque chose de plus grave apparut , chaque mot nouveau lui donnant l’impression de rejoindre une partie oubliée de lui-même , lui faisant découvrir qu’une langue ne sert pas seulement à parler , mais qu'elle façonne une manière d’habiter le réel , certains termes intraduisibles pouvant évoquer soit mille nuances de vent , de lumière ou de tristesse qu’il avait toujours profondément ressenties sans pouvoir jamais leur donner un nom véritable , soit , peut-être , lui faire comprendre que son malaise ne venait pas uniquement de l’adolescence , car , à Nice , il vivait ailleurs , comme derrière une vitre invisible , percevant , autour de lui , de vagues bribes de conversations presque irréelles , parfois lointaines , parlant de la " Baie des Anges " , magnifique , éclatante sous le soleil de la Riviera , mais qui avait cessé pourtant d’être la sienne lorsqu'il avait découvert la langue bretonne et qu’il avait pris conscience de ce qu’il était devenu : un étranger !
2 - Le mot lui revint un soir en refermant un exemplaire du livre de Camus , non pas au sens ordinaire , mais comme ce protagoniste séparé de son entourage par une distance que les autres ne peuvent jamais concevoir , Meursault , qui avançait avec une douloureuse impression de décalage permanent parmi les êtres . ( 1 )
Pourtant , chez lui , l'étrangeté ne naissait ni de l’indifférence ni de l’absurde , venant au contraire d’un indéfinissable attachement à une absente , obscure fidélité à celle , trop tardivement retrouvée , dont , sans qu'il comprenne pourquoi , on l'avait ici tenu cruellement éloigné ! Paradoxalement , cette découverte douloureuse lui apporta aussi une forme de paix . Car pour la première fois de sa vie , il pouvait enfin comprendre ce qu’il avait ressenti pendant son jeune âge , se demandant pourquoi , à cette époque , il s'était mis à inventer une langue à lui , très gutturale , avec des déclinaisons , pourquoi il était , maintenant , plus attiré par les langues du nord que par les latines , pourquoi il rêvait , après l'apprentissage du breton , de parler couramment le gaélique , cette révélation l’amenant à s’interroger également sur les mystères de son enfance et sur ces souvenirs très anciens que l'on remonte un jour à la surface comme des objets longtemps engloutis dans une eau sombre . Alors que ses camarades rêvaient de Rome et de Venise , de l’Espagne ou des plages italiennes , lui imaginait des côtes battues par la tempête , des falaises perdues dans la brume , des pubs obscurs dans lesquels résonnaient des chants d'outre-tombe .
À quinze ans déjà , il s’était vaillamment plongé dans les " Mémoires " de Chateaubriand , qui avaient agi sur lui comme une révélation . Dans les descriptions de Combourg , des landes et des soirées bretonnes , le jeune homme retrouvait cette tristesse diffuse qu’il portait en lui sans parvenir à bien la définir . Il lui semblait parfois que l’auteur parlait directement à cette part secrète de son âme qui se sentait née ailleurs . C’était précisément vers cette Bretagne-là , plus romantique , à l’ouest de Saint-Brieuc , peut-être , et vers Saint-Malo , entre l’héritage introspectif , aristocratique et littéraire de la Haute Bretagne , et celui plus archaïque et charnel issu de la branche maternelle , que son âme semblait vouloir revenir , là où une partie de sa famille avait vécu , entre Binic-sur-Mer et Saint-Cast-le-Guildo . ( 2 )
Les soirs d’insomnie , il restait longtemps devant sa fenêtre ouverte , regardant les lumières de la Riviera trembler au loin dans la douceur nocturne .
Au milieu de cette ville lumineuse , il éprouvait une solitude immense . Non pas la solitude ordinaire de l’adolescence , mais quelque chose de plus grave : la sensation d’être arraché à sa véritable place !
- Faut-il souffrir de ce que l’on aime le plus ? , pensait-il alors , torturé par cette contradiction fondamentale qui , entre le désir profond d’une âme et l'impitoyable réalité concrète du monde , bouleversait sa vie !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Première Partie - L'Etranger - I - Baie des Anges - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " AU SEUIL DE L'INVISIBLE " , copyright 2026 .
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Notes :
1 - " L'Etranger " ( 1942 ) , roman d'Albert Camus ( 1913 - 1960 ) .
2 - " Les Mémoires d'Outre-Tombe " ( 1809 -1841 ) de François-René de Chateaubriand ( 1768 - 1848 ) .
* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .
LE DOMAINE INTERDIT - III - Table des Matières .
LE DOMAINE INTERDIT
- III -
Table des Matières
I - LE GARDIEN DU MARAIS
1 - Préface / Dédicace : Le Fond du Calice
2 - Prologue : I - Une Âme de Grande Solitude
3 - II - Le Retour - III - Visite - IV - La Dame Blanche - V - Ondine - VI - Base 22 - VII - Le Fou sur la Colline - VIII - Zombie - IX - Invasion - X - Le Retour de Claire .
4 - Epilogue : XI - Le Signe de l'Archange
II - LUCILE
1 - Combourg - 2 - Noël à Bellwald - 3 - Le Domaine Interdit . 4 - Postface : Les Sept Douleurs .
III -TABLE DES MATIERES
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LE DOMAINE INTERDIT - Teaser / Bio - Le Prophète .
LE DOMAINE INTERDIT
Teaser / Bio
Le Prophète
LE GARDIEN DU MARAIS : Ayant quitté Paris , ville de grande solitude , où très affecté par la mort de sa fiancé bretonne , il était parti fuir le passé mais aussi faire des études de médecine , Cheun Le Guern , sans avoir obtenu son diplôme , est revenu s'installer dans la maison familiale de Saint-Rivoal , au pied du mont Saint Michel de Brasparts . Là , vite rattrapé par son passé , il voit remonter à la surface , en même temps que l'horrible tragédie ayant envoyé à la mort sa fiancé d'autrefois , Maela Kermeur , la voiture tombée à la lisière du lac de Brennilis , dans les marais d’eaux noires du " Yeun Elez " où , disaient les anciens , les âmes perdues descendent dans l’autre monde , le domaine interdit . Depuis , Cheun , qu'on appelle , par dérision , le " prophète " , car il a prétendu recevoir des messages de Maela , n'arrive jamais à s'en souvenir ...
LUCILE : Alors , faut-il suivre sur sa montagne la mystérieuse étudiante suisse qui , membre saisonnier de votre équipage , a tenté de soigner la blessure qui déchirait votre coeur ? Peut-être a-t-elle simplement voulu vous montrer le chemin ? Le jour de Noël , sans rien dire à personne , elle disparaît . Sa trace est retrouvée du côté de l'Espagne . On l'a vue dans un couvent . Mais peut-être a-t-elle rejoint le " Pays des Ombres " ?
DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...
DAN AR WERN - LE DOMAINE INTERDIT - Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Le Prophète - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE DOMAINE INTERDIT " , copyright 2026 .
LUCILE - Postface - Les Sept Douleurs .
LUCILE
Postface
Les Sept Douleurs
" Lucile " , ou " Le Domaine Interdit " ( 2è partie ) , se construit comme une nouvelle à forte densité symbolique , fondée sur un jeu d’analogies intertextuelles entre trois figures spirituelles et littéraires : Lucile de Chateaubriand , Thérèse d’Avila et Lucile , ma jeune suissesse . L’intrigue , volontairement resserrée sur une seule soirée , la nuit de Noël , fonctionne moins comme un récit d’action que comme un moment de révélation privilégié , au sens presque mystique du terme .
1 - Combourg : du lieu historique au symbole intérieur
Le château de Combourg, omniprésent dans les " Mémoires d’Outre-Tombe " , est ici explicitement désancré de toute réalité géographique . Le texte insiste sur le fait que Lucile , une Suissesse , n’y est jamais allée :
Combourg devient un lieu lu , intériorisé , symbolique . Cette transposition reprend le geste même de Chateaubriand , pour qui Combourg est moins un espace concret qu’un originel foyer de mélancolie , associé à l’enfance , à la solitude , à l'introversion.
La sœur de Chateaubriand , Lucile , apparaît dans les " Mémoires " comme une figure de l’excès dans le repli sur soi : trop sensible , trop grave , portée à l’isolement . L’image du donjon comme de son escalier très étroit sert déjà chez l'auteur à figurer une ascension spirituelle négative , un retrait du monde plutôt qu’une élévation sociale .
Ma nouvelle prolonge cette symbolique : Lucile , notre Suissesse , reconnaît dans cette figure une sœur d’âme , et substitue au donjon breton le cloître espagnol .
2 - Les Sept Douleurs comme Chemin Narratif
La structure profonde du récit repose sur une lecture symbolique des sept personnages comme autant de stations ou douleurs , dans le sens spirituel plutôt que
moral .
Ces douleurs ne sont ni fautes ni châtiments , mais constituent , pour parcourir son chemin vers l'intérieur , des épreuves nécessaires , chaque personnage n’existant pleinement que par la fonction qu’il assume dans le parcours de Paol :
Si Lucile incarne , pour lui , l’appel absolu , qui exclut toute médiation humaine ,
Claire symbolise la compréhension sans appropriation , pendant qu' Heidi révèle une vérité non formulable par ses gestes et regards .
Suzanne et Joseph figurent la loi , l’origine et la rupture .
Élise Montandon est celle qui , tel un passeur , accompagne jusqu’au seuil .
Paol est , lui-même , la douleur de l’attente et du malentendu .
Thérèse d’Avila , enfin , représente la figure tutélaire qui donne sens à l’ensemble .
Ainsi , la nouvelle transpose la dévotion des " Sept Douleurs " dans un cadre laïcisé , intime , où la souffrance devient principe de connaissance .
3 - Le Château Intérieur : des Douleurs aux Demeures
La référence au " Château intérieur " de Thérèse D’Avila permet de dépasser la simple mélancolie romantique pour inscrire le récit dans une dynamique mystique . Chez Thérèse , les " Demeures " sont des états successifs de l’âme , accessibles seulement par des épreuves croissantes . La nouvelle suggère que Lucile a accepté ce chemin , tandis que Paol demeure , lui , à l’extérieur du château - non par échec moral , mais par différence de vocation .
Le " Domaine Interdit " n’est donc pas un espace défendu , mais un espace non destiné , une frontière intérieure que le personnage reconnaît sans la transgresser . Le renoncement final n’est pas une défaite , mais une prise de conscience .
4 - Une Poétique de la Suggestion
Enfin , le texte s’inscrit résolument dans une poétique du non-dit . Les relations affectives ne sont jamais nommées , mais perçues à travers des gestes , des regards , des silences . Cette retenue stylistique fait écho à la spiritualité évoquée : ce qui compte ne peut être affirmé , seulement approché .
La nouvelle propose ainsi une méditation sur la limite - limite de l’amour , de la compréhension , de la présence - et sur la nécessité , parfois , de reconnaître que certaines ascensions ne se font pas à deux .
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DAN AR WERN - LUCILE - Postface - Les Sept Douleurs - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LUCILE " , copyright 2026 .
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Le Piège - Epilogue - XIV - L'Abîme .
Le Piège
Epilogue
XIV - L'Abîme
" Et lorsque tu regardes longtemps dans un abîme ,
l’abîme regarde aussi en toi "Friedrich Nietzsche - " Par Delà le Bien et le Mal / Prélude d'une Philosophie de L'Avenir "
( Jenseits von Gut und Böse - Vorspiel einer Philosophie der Zukunft , 1886 )
35 - Le monde ne sut jamais réellement ce qui s’était produit à Belle Harbor . Pendant plusieurs semaines , les médias diffusèrent en continu les mêmes images confuses d'hélicoptères militaires tournoyant au-dessus des plages de Rockaway , de barrages de police , d'ambulances qui déboulaient avec leurs sirènes stridentes dans les rues de la petite ville sous escorte de silhouettes en combinaison NBC disparaissant dans des nuages de fumée blanche ! ( 37 )
Les autorités parlèrent d’abord d’un accident industriel , puis d’une fuite chimique liée à une ancienne installation militaire . Enfin , certains experts commencèrent à évoquer un virus expérimental ou une mutation provoquée par une pollution inconnue . Sur les réseaux , les rumeurs de complot proliféraient , des témoins parlant d’hommes devenus anormalement puissants , tandis que d’autres prétendaient avoir vu des soldats désintégrés par une lumière bleutée . Quelques vidéos montrant des silhouettes aux mouvements inhumains furent même rapidement supprimées .
Très vite , pourtant , l’affaire disparut sous le flot des nouvelles mondiales . Belle Harbor devint un simple dossier classifié . Un évènement sans explication officielle .
36 - Quelques mois plus tard , Maël Tremen quitta définitivement les États-Unis . Comme Il avait refusé les propositions d'argent de même que la surveillance discrète que le gouvernement prétendait destinée à sa protection , celui-ci lui accorda , en fin de compte , la liberté de partir . Il voulait juste rentrer , retrouver sa Bretagne , expliqua-t-il , avec le vent des grèves , la pluie grise sur les monts , le silence ancien des pierres de sa jeunesse . Le voyage lui parut irréel . Comme si tout ce qu'il avait vécu appartenait déjà à une autre existence . Il lui arrivait pourtant , parfois , par une nuit de pleine Lune , de revoir encore le halo bleuté du " Miroir " , les silhouettes immenses des entités d'Orion , surtout le regard blanc du " Leader " fixé sur lui avec cette étrange pitié glaciale qu’une intelligence supérieure pourrait éprouver envers une espèce condamnée par ses propres instincts . Car il avait fini par comprendre une chose . Les créatures n’étaient peut-être pas venues pour conquérir l’humanité . Elles avaient simplement découvert une civilisation déjà prête à s’autodétruire .
Ayant franchi le miroir du cosmos comme une promesse de salut , la source sacrée de leur être s'échoua dans l'estuaire humain , engloutie par une mer immuable de corruption .
Le Piège - Troisième Partie - Invasion - XIII - Aresh-Kaël .
Le Piège
Troisième Partie
( Invasion )
" Le véritable élève apprend à extraire l'Inconnu du Connu , et se rapproche du Maître ... "
Johann Wolfgang Von Goethe ( 1749 - 1832 ) : " Les Années d'Apprentissage de Wilhelm Meister " ( Wilhelm Meisters Lehrjahre , 1795 / 1796 ) , Livre VII ( Lettre d'Apprentissage ) .
XIII - Aresh-Kaël
" Je suis moi-même le piédestal
Pour ce monstre que tu regardes ... "
Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) - " Avalanche " ( traduction de Graeme Allwright ) *
30 - Maël , aussitôt , ressentit une sensation de vertige en croisant ce regard .
Comme si cette créature , qui ressemblait à Christie et Katalin , avait la capacité d'observer simultanément toutes les pensées humaines présentes dans la pièce . L’être s’avança encore . Les autres entités demeurèrent immobiles derrière lui . Alors , directement dans les esprits , résonna sa voix !
- Je suis Aresh-Kaël ... Premier Veilleur d’Orion .
Plusieurs soldats portèrent immédiatement les mains à leurs tempes , le son mental provoquant une douleur physique extrême !
Puis , le leader télépathe observa lentement les humains .
- Votre monde arrive à son terme ! , leur annonça-t-il d'un ton grave et solennel , tandis que des images d'apocalypse traversaient brutalement l’esprit de Maël : océans de feu , champignons nucléaires qui s’élevaient au-dessus des continents , villes noyées , famines provoquant des émeutes !
Mais , au bout d'un instant , plus pacifiques , d’autres visions remplacèrent les premières , dans lesquelles des cités gigantesques , baignées d’une lumière bleue , se profilaient au milieu d'un paysage enchanteur , des structures transparentes flottaient au-dessus d’eaux calmes , pendant que des foules silencieuses marchaient , se promenant à leur pied , parmi les jardins merveilleux et les fleurs qui , dans un ordre parfait , les embaumaient .
- Sur Orion , dit Aresh-Kael , nous avons supprimé , il y a des millénaires , le chaos . Celui-ci n’existe plus , ni les guerres , ni les frontières , d'ailleurs ... Plus de pauvreté , de maladie ...
Caldwell demeurait figé . Katalin , elle , semblait déjà connaître ce discours .
- Nous pouvons sauver votre espèce !
L’un des soldats , pris de panique , leva brusquement son arme automatique vers la créature .
- Reculez ! , cria-t-il , tandis que l'orateur tournait simplement la tête . Le mouvement fut instantané . Une intense lumière blanche traversa ses yeux effilés . Le soldat eut à peine le temps de hurler . Son corps entier se désintégra dans un éclair silencieux .
Pas d'explosion , pas de feu , mais une dissolution totale de la chair , des os , de l’arme , le tout se fragmentant en grains de poussière lumineuse qui disparurent aussitôt dans l’air !
Le silence qui suivit fut absolu . Les six autres militaires du commando reculèrent , terrorisés .
Le dirigeant de l'espace reprit alors calmement :
- Toute résistance est inutile .
Puis , il étendit lentement ses longs bras translucides .
- Nous vous offrons ce que votre civilisation a toujours été incapable de créer : la paix durable .
Sa voix devenait presque douce , hypnotique .
- Mais , en échange , vous devrez accepter les Lois d’Orion , rajouta-t-il avec , pour la première fois , quelque chose ressemblant à un sourire traversant son visage translucide , expression superficielle qui ne contenait aucune chaleur , seulement une certitude glaciale !
- Nous réclamons juste votre totale soumission ! , conclut-il , faisant vibrer davantage le miroir derrière lui tel un lac d’huile plongé dans l'obscurité , pendant que d’autres silhouettes invasives comme la sienne , telles des ombres traversant la matière même du réel , continuaient d’en émerger une à une , s'en détachant inlassablement !
31 - Pendant ce temps , dans les profondeurs blindées de la forteresse de " Castle William " , à plusieurs centaines de kilomètres de là , le professeur Steinberg observait les écrans de contrôle sans la moindre émotion apparente . Les transmissions de Belle-Harbor arrivaient maintenant par intermittence , images brouillées , parasites , parce que la pluie et le vent s'étaient jetés en rafales , déchaînant la tempête sur les toits des maisons basses du village . Au loin , la mer , écrasée sous un ciel de cendre , était barrée d'un rideau noir , presque métallique , et les rares lampadaires qui étaient encore en état , diffusaient une lumière jaunâtre se perdant dans la brume .
Autour de la vieille église battue par les embruns , les véhicules militaires demeuraient immobiles , phares allumés dans la nuit sombre , humide , tandis qu’un silence irréel semblait avoir englouti la côte tout entière . Plus personne n’osait parler !
Le " Miroir " venait de se refermer . L’onde qui , auparavant , avait traversé la crypte durant quelques secondes , laissait derrière elle une odeur méthanière organique , rappelant à la fois l’ozone et la chair brûlée . Les soldats survivants du commando restaient figés , incapables de comprendre ce qu’ils venaient de vivre !
32 - Les créatures , menées par leur chef , sortaient craintivement du portail comme des silhouettes arrachées , contre leur volonté , à leur cocon . Aresh-Kaël avançait le premier . Son corps gigantesque paraissait composé d’une matière instable , semi-liquide , vibrante , et ses membres démesurés d’insecte oscillaient comme le mat d'un navire sur la houle océane .
Son visage étroit ne possédant ni véritable bouche ni nez identifiable , seuls ses yeux effilés , mouillés d'écume et traversés de reflets argentés , demeuraient fixes , terriblement conscients . Pourtant , quelque chose avait changé . Le monstre vacilla tout à coup , frappé par une sorte de faiblesse nouvelle . Autour de lui , les autres manifestèrent les mêmes signes de déséquilibre . Leur enveloppe organique se craquela peu à peu sous l’effet de l’atmosphère terrestre . De fines particules grisâtres se détachaient de leurs membres , qui s’envolaient ensuite , comme des feuilles mortes , dans les bourrasques nocturnes . Levant lentement les yeux vers le ciel , Aresh-Kaël comprit enfin que la Terre lui était hostile !
33 - Paul retira lentement ses lunettes . Contrairement aux autres responsables du Pentagone, il avait prévu cette possibilité depuis le début . C’était précisément pour cette raison qu’il avait refusé de se rendre sur le terrain . Le scientifique échangea un regard rapide avec le général Harris , chef de l'état-major , à ses côtés . Le Pentagone avait vu juste . Les calculs s'avéraient exacts . Les êtres d’Orion , certes , possédaient une puissance psychique capable de pulvériser un homme , de traverser la matière ou de déformer certains champs énergétiques . Mais leur structure profonde demeurait instable hors du " Miroir " . Et surtout ... certains humains , d'une manière encore inexplicable , résistaient ! Maël en était la vivante preuve . Depuis plusieurs minutes , le " Veilleur " avait essayé en vain de pénétrer son esprit . Steinberg le comprenait maintenant aux légères contractions des membranes noires parcourant le visage du dirigeant extraterrestre . Or , le breton restait imperturbable , comme si quelque chose en lui demeurait inaccessible , opaque , une zone morte .
- Il ne peut pas l’atteindre , murmura le professeur .
Katalin , elle aussi , avait compris . Le projet secret des blocs ennemis prenait soudain , par cette avatar inattendu , un sens terrifiant . Ceux de l'Est avaient cru offrir un cadeau empoisonné aux Américains , leur permettant discrètement de " découvrir " ce " Miroir d’Orion " qu'ils croyaient déjà connaître . Quant à elle , agent double depuis le début , elle avait participé à cette gigantesque manipulation géopolitique . Mais personne, là-bas comme à l’Ouest , n’avait réellement compris la nature du phénomène , sinon , Steinberg ou son collègue de Budapest , Laslo Istvan , le père de Christie . Les créatures n’étaient , sans doute , pas des dieux , mais elles pourraient un jour devenir des armes biologiques capables de remplacer les soldats humains , des guerriers absolus , des prédateurs psychiques ! Pourtant , juste au même instant , ces maîtres supposés de l’espace ignoraient qu’ils étaient eux-mêmes condamnés , leur passage sur Terre déclenchant une lente décomposition de leur structure quantique .
Le leader avança encore de quelques mètres . Des fragments de matière noire se détachaient parfois de ses bras avant de disparaître en poussière lumineuse . Une désagrégation presque invisible autour des contours des créatures .
Comme si leurs corps , feuilles mortes balayées par l'invisible , perdaient une cohésion secrète au contact de l’atmosphère terrestre !
Maël fixa de nouveau le " Miroir " .
C'est alors qu'il comprit brutalement . Les entités d’Orion ne voyageaient pas réellement dans l’univers . Le " Miroir " les fragmentait , les dispersait , leur faisait traverser les distances de l'infini sous forme particulaire avant de les recomposer ailleurs .
Mais ici ... la recomposition prévue avait échoué inexorablement ! L'extra-terrestre sembla percevoir instinctivement le danger . Des témoins remarquèrent que , pour la première fois , la peur avait contracté ses yeux argentés . Caldwell observait la scène quelques mètres plus loin , se sentant incapable de bouger . Tandis qu’il voyait les créatures commencer à s’effriter sous ses yeux , coula , le long de sa nuque , une sueur glacée !
- Mon Dieu ! , murmura-t-il , alors que l’église entière tremblait lorsque les sirènes commencèrent d'hurler à l’extérieur , violentes , assourdissantes !
Toute la vallée était encerclée . Une arche de métal gigantesque avait été déployée autour de l’église , haute de plusieurs dizaines de mètres , formant une structure circulaire hérissée d’antennes et de générateurs électromagnétiques . Partout , des chars immobilisés pointaient leurs canons vers le bâtiment , dans le ciel , illuminé de projecteurs aveuglants , des avions tournaient au-dessus de " Jamaica Bay " , prêts à frapper ! Le piège venait de se refermer . Mais , cette fois , les prisonniers n’étaient pas les humains !
34 - Mais ici , qui avait réellement compris que , si le passage avait permis leur manifestation physique , il n'avait pas assuré leur stabilité biologique ? Dans ce monde dense , lourd , saturé d’oxygène et de matière , leurs structures , très vite , allaient se désagréger . La Terre leur était hostile , bien sûr , mais qui avait anticipé leur réaction de bête sauvage , voisine de celle des grands fauves de notre planète ? Ils avaient besoin d’abris , d’enveloppes vivantes , comme des couvertures de survie ! Immédiatement !
Caldwell , qui s'était précipité sans réfléchir vers la grande porte pendant que les soldats survivants reprenaient position , lorsqu’elles s’ouvrit enfin , sous la pluie battante , assista , lui aussi , à ce spectacle irréel du déploiement d'une force militaire considérable qui , d'une manière ou d'une autre , pensait-il , allait effrayer les envahisseurs ! D'ailleurs , comme un dernier recours , le leader , en désespoir de cause , avait tourné la tête vers lui .
Et soudain , la chose se déploya . Le corps de l’entité se fragmenta en milliers de particules noires qui , avant de s’abattre brutalement sur le malheureux directeur , traversèrent l’air comme une nuée d’insectes microscopiques !
Le corps de l'agent se cambra violemment sous le choc , ses yeux se révulsèrent tandis qu’une substance sombre pénétrait sa bouche , ses oreilles , ses narines . Pendant quelques secondes , ses os paraissant vouloir se briser sous une pression intérieure monstrueuse , il se mit à hurler de douleur ! Puis tout redevint silencieux . L'homme agressé resta immobile au sol , comme paralysé , pendant que les soldats présents , terrifiés par ce spectacle horrible , échangeaient des regards épouvantés ! Pour finir , Andrew Caldwell releva la tête . Mais ce n’était plus tout à fait lui . Son visage demeurait identique , et pourtant , quelque chose d’indéfinissable avait disparu : l’humanité de son regard , même si certains en doutaient , dont les pupilles semblaient désormais plus profondes , presque opaques , comme si une intelligence étrangère observait le monde depuis l’intérieur de son corps !
C'était là , bien sûr , qu'Aresh-Kaël avait trouvé refuge ! Autour de l’église , les autres créatures voulurent imiter leur chef . Les entités mourantes , plutôt que de se désagréger dans les airs , fondirent sur les derniers membres du commando . Des cris retentirent dans la nuit .
Certains soldats tentèrent de fuir , mais il était déjà trop tard !
Le processus ne durant que quelques secondes , les hommes se redressaient , complètement transformés , leurs corps vidés puis réoccupés ! Leurs visages demeuraient humains , leurs voix aussi , mais leurs gestes possédaient désormais l'apparence d'une froideur mécanique presque parfaite . Une présence étrangère venait d’envahir leurs consciences , les refoulant dans les profondeurs de leur propre esprit !
Le capitaine Reese fixa son collègue de l'Agence avec horreur .
- Monsieur ?
Celui-ci tourna vers lui un regard vide . Puis un léger sourire apparut sur son visage .
Un sourire qui n’avait plus rien d’humain !
FIN DE LA 3ème PARTIE
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Le Piège - Troisième Partie - Invasion - XIII - Aresh-Kaël - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .
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