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Le Piège - Seconde Partie - Invasion - XIII - Aresh-Kaël .

11 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Aresh-Kaël

Aresh-Kaël

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" Le véritable élève apprend à extraire l'Inconnu du Connu , et se rapproche du Maître ... "    

Johann Wolfgang Von Goethe ( 1749 - 1832 ) : " Les Années d'Apprentissage de Wilhelm Meister " ( Wilhelm Meisters Lehrjahre , 1795 / 1796 ) , Livre VII ( Lettre d'Apprentissage ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Invasion )

 

 

 

 

 

 

 

XIII - Aresh-Kaël 

       

         

 

 

 

 

 

 " Je suis moi-même le piédestal

   Pour ce monstre que tu regardes  ... "
  

Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) - " Avalanche " ( traduction de Graeme Allwright )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30 - Maël  , aussitôt , ressentit une sensation de vertige en croisant ce regard . 

Comme si cette créature avait la capacité d'observer simultanément toutes les pensées humaines présentes dans la pièce . L’être s’avança encore . Les autres entités demeurèrent immobiles derrière lui . Alors , directement dans les esprits , résonna sa voix !

- Je suis Aresh-Kaël ... Premier Veilleur dOrion .

Plusieurs soldats portèrent immédiatement les mains à leurs tempes , le son mental provoquant une douleur physique extrême !

Puis , le leader télépathe observa lentement les humains .

- Votre monde arrive à son terme ! , leur annonça-t-il d'un ton grave et solennel , tandis que des images d'apocalypse traversaient brutalement l’esprit de Maël : océans de feu , champignons nucléaires qui s’élevaient au-dessus des continents , villes noyées , famines provoquant des émeutes !

Mais , au bout d'un instant , plus pacifiques , d’autres visions remplacèrent les premières , dans lesquelles des cités gigantesques , baignées d’une lumière bleue , se profilaient au milieu d'un paysage enchanteur , des structures transparentes flottaient au-dessus d’eaux calmes , pendant que des foules silencieuses marchaient , se promenant à leur pied , parmi les jardins merveilleux et les fleurs qui , dans un ordre parfait , les embaumaient .

Sur Orion , dit Aresh-Kael , nous avons suppriméil y a des millénaires , le chaos . Celui-ci nexiste plus , ni les guerres , ni les frontières , d'ailleurs ... Plus de pauvreté , de maladie ...

Caldwell demeurait figé . Katalin , elle , semblait déjà connaître ce discours .

- Nous pouvons sauver votre espèce !

L’un des soldats , pris de panique , leva brusquement son arme automatique vers la créature .

- Reculez ! , cria-t-il , tandis que l'orateur tournait simplement la tête . Le mouvement fut instantané . Une intense lumière blanche traversa ses yeux effilés . Le soldat eut à peine le temps de hurler . Son corps entier se désintégra dans un éclair silencieux . 

Pas d'explosion , pas de feu , mais une dissolution totale de la chair , des os , de l’arme , le tout se fragmentant en grains de  poussière lumineuse qui disparurent aussitôt dans l’air !

Le silence qui suivit fut absolu . Les six autres militaires du commando reculèrent , terrorisés .

Le dirigeant de l'espace reprit alors calmement :

- Toute résistance est inutile .

Puis , il étendit lentement ses longs bras translucides .

- Nous vous offrons ce que votre civilisation a toujours été incapable de créer : la paix durable .

Sa voix devenait presque douce , hypnotique .

- Mais , en échange , vous devrez accepter les Lois dOrion , rajouta-t-il avec , pour la première fois , quelque chose ressemblant à un sourire traversant son visage translucide , expression superficielle qui ne contenait aucune chaleur , seulement une certitude glaciale !

- Nous réclamons juste votre totale soumission ! , conclut-il , faisant vibrer davantage le miroir derrière lui tel un lac d’huile plongé dans l'obscurité , pendant que d’autres silhouettes invasives comme la sienne , telles des ombres traversant la matière même du réel , continuaient d’en émerger une à une , s'en détachant  inlassablement ! 

31 - Pendant ce temps , dans les profondeurs blindées de la forteresse de " Castle William " , à plusieurs centaines de kilomètres de là , le professeur Steinberg observait les écrans de contrôle sans la moindre émotion apparente . Les transmissions de Belle-Harbor arrivaient maintenant par intermittence , images brouillées , parasites , parce que la pluie et le vent s'étaient jetés en rafales , déchaînant la tempête sur les toits des maisons basses du village . Au loin , la mer , écrasée sous un ciel de cendre , était barrée d'un rideau noir , presque métallique , et les rares lampadaires qui étaient encore en état , diffusaient une lumière jaunâtre se perdant dans la brume . 

Autour de la vieille église battue par les embruns , les véhicules militaires demeuraient immobiles , phares allumés dans la nuit sombre , humide , tandis qu’un silence irréel semblait avoir englouti la côte tout entière . Plus personne n’osait parler ! 

Le " Miroir " venait de se refermer . L’onde qui , auparavant , avait traversé la crypte durant quelques secondes , laissait derrière elle une odeur méthanière organique , rappelant à la fois l’ozone et la chair brûlée . Les soldats survivants du commando restaient figés , incapables de comprendre ce qu’ils venaient de vivre !

32 - Les créatures , menées par leur chef , sortaient craintivement du portail comme des silhouettes arrachées , contre leur volonté , à leur cocon . Aresh-Kaël avançait le premier . Son corps gigantesque paraissait composé d’une matière instable , semi-liquide , vibrante , et ses membres démesurés d’insecte oscillaient comme le mat d'un navire sur la  houle océane .

Son visage étroit ne possédant ni véritable bouche ni nez identifiable , seuls ses yeux effilés , mouillés d'écume et traversés de reflets argentés , demeuraient fixes , terriblement conscients . Pourtant , quelque chose avait changé . Le monstre vacilla tout à coup , frappé par une sorte de faiblesse nouvelle . Autour de lui , les autres manifestèrent les mêmes signes de déséquilibre . Leur enveloppe organique se craquela peu à peu sous l’effet de l’atmosphère terrestre . De fines particules grisâtres se détachaient de leurs membres , qui s’envolaient ensuite , comme des feuilles mortes , dans les bourrasques nocturnes . Levant lentement les yeux vers le ciel , Aresh-Kaël comprit enfin que la Terre lui était hostile !

33Paul retira lentement ses lunettes . Contrairement aux autres responsables du Pentagone, il avait prévu cette possibilité depuis le début . C’était précisément pour cette raison qu’il avait refusé de se rendre sur le terrain . Le scientifique échangea un regard rapide avec le général Harris , chef de l'état-major , à ses côtés . Le Pentagone avait vu juste . Les calculs s'avéraient exacts . Les êtres d’Orion , certes , possédaient une puissance psychique capable de pulvériser un homme , de traverser la matière ou de déformer certains champs énergétiques . Mais leur structure profonde demeurait instable hors du " Miroir " . Et surtout ... certains humains , d'une manière encore inexplicable , résistaient ! Maël en était la vivante preuve . Depuis plusieurs minutes , le " Veilleur " avait essayé en vain de pénétrer son esprit . Steinberg le comprenait maintenant aux légères contractions des membranes noires parcourant le visage du dirigeant extraterrestre . Or , le breton restait imperturbable , comme si quelque chose en lui demeurait inaccessible , opaque , une zone morte .

- Il ne peut pas latteindre , murmura le professeur .

Katalin , elle aussi , avait compris . Le projet secret des blocs ennemis prenait soudain , par cette avatar inattendu , un sens terrifiant . Ceux de l'Est avaient cru offrir un cadeau empoisonné aux Américains , leur permettant discrètement de " découvrir " ce " Miroir dOrion " qu'ils croyaient déjà connaître . Quant à elle , agent double depuis le début , elle avait participé à cette gigantesque manipulation géopolitique . Mais personne, là-bas comme à l’Ouest , n’avait réellement compris la nature du phénomène , sinon , Steinberg ou son collègue de Budapest , Laslo Istvan , le père de Christie . Les créatures n’étaient , sans doute , pas des dieux , mais elles pourraient un jour devenir des armes biologiques capables de remplacer les soldats humains , des guerriers absolus , des prédateurs psychiques ! Pourtant , juste au même instant , ces maîtres supposés de l’espace ignoraient qu’ils étaient eux-mêmes condamnés , leur passage sur Terre déclenchant une lente décomposition de leur structure quantique .

Le leader avança encore de quelques mètres . Des fragments de matière noire se détachaient parfois de ses bras avant de disparaître en poussière lumineuse . Une désagrégation presque invisible autour des contours des créatures .

Comme si leurs corps , feuilles mortes balayées par l'invisible , perdaient une cohésion secrète au contact de l’atmosphère terrestre ! 

Maël fixa de nouveau le " Miroir " .

C'est alors qu'il comprit brutalement . Les entités d’Orion ne voyageaient pas réellement dans l’univers . Le " Miroir " les fragmentait , les dispersait , leur faisait traverser les distances de l'infini sous forme particulaire avant de les recomposer ailleurs . 

Mais ici ... la recomposition prévue avait échoué inexorablement ! L'extra-terrestre sembla percevoir instinctivement le danger . Des témoins remarquèrent que , pour la première fois , la peur avait contracté ses yeux argentés . Caldwell observait la scène quelques mètres plus loin , se sentant incapable de bouger . Tandis qu’il voyait les créatures commencer à s’effriter sous ses yeux , coula , le long de sa nuque , une sueur glacée !

- Mon Dieu ! , murmura-t-il , alors que l’église entière tremblait lorsque les sirènes commencèrent d'hurler à l’extérieur , violentes , assourdissantes !

Toute la vallée était encerclée . Une arche de métal gigantesque avait été déployée autour de l’église , haute de plusieurs dizaines de mètres , formant une structure circulaire hérissée d’antennes et de générateurs électromagnétiques . Partout , des chars immobilisés pointaient leurs canons vers le bâtiment , dans le ciel , illuminé de projecteurs aveuglants , des avions tournaient au-dessus de " Jamaica Bay " , prêts à frapper ! Le piège venait de se refermer . Mais , cette fois , les prisonniers n’étaient pas les humains !

34 - Mais ici , qui avait réellement compris que , si le passage  avait permis leur manifestation physique , il n'avait pas assuré leur stabilité biologique ? Dans ce monde dense , lourd , saturé d’oxygène et de matière , leurs structures , très vite , allaient se désagréger . La Terre leur était hostile , bien sûr , mais qui avait anticipé leur réaction de bête sauvage , voisine de celle des grands fauves de notre planète ? Ils avaient besoin d’abris , d’enveloppes vivantes , comme des couvertures de survie ! Immédiatement !

Caldwell , qui s'était précipité sans réfléchir vers la grande porte pendant que les soldats survivants reprenaient position , lorsqu’elles s’ouvrit enfin , sous la pluie battante , assista , lui aussi , à ce spectacle irréel du déploiement d'une force militaire considérable qui , d'une manière ou d'une autre , pensait-il , allait effrayer les envahisseurs ! D'ailleurs , comme un dernier recours , le leader , en désespoir de cause , avait tourné la tête vers lui .

Et soudain , la chose se déploya . Le corps de l’entité se fragmenta en milliers de particules noires qui , avant de s’abattre brutalement sur le malheureux directeur , traversèrent l’air comme une nuée d’insectes microscopiques !

Le corps de l'agent se cambra violemment sous le choc , ses yeux se révulsèrent tandis qu’une substance sombre pénétrait sa bouche , ses oreilles , ses narines . Pendant quelques secondes , ses os paraissant vouloir se briser sous une pression intérieure monstrueuse , il se mit à hurler de douleur ! Puis tout redevint silencieux . L'homme agressé resta immobile au sol , comme paralysé , pendant que les soldats présents ,  terrifiés par ce spectacle horrible , échangeaient des regards épouvantés ! Pour finir , Andrew Caldwell releva la tête . Mais ce n’était plus tout à fait lui . Son visage demeurait identique , et pourtant , quelque chose d’indéfinissable avait disparu : l’humanité de son regard , même si certains en doutaient , dont les pupilles semblaient désormais plus profondes , presque opaques , comme si une intelligence étrangère observait le monde depuis l’intérieur de son corps !

C'était là , bien sûr , qu'Aresh-Kaël avait trouvé refuge ! Autour de l’église , les autres créatures voulurent imiter leur chef . Les entités mourantes , plutôt que de se désagréger dans les airs , fondirent sur les derniers membres du commando . Des cris retentirent dans la nuit .

Certains soldats tentèrent de fuir , mais il était déjà trop tard ! 

Le processus ne durant que quelques secondes , les hommes se redressaient , complètement transformés , leurs corps vidés puis réoccupés ! Leurs visages demeuraient humains , leurs voix aussi , mais leurs gestes possédaient désormais l'apparence d'une froideur mécanique presque parfaite . Une présence étrangère venait d’envahir leurs consciences , les refoulant dans les profondeurs de leur propre esprit !

Le capitaine Reese fixa son collègue de l'Agence avec horreur .

- Monsieur ?

Celui-ci tourna vers lui un regard vide . Puis un léger sourire apparut sur son visage . 

Un sourire qui n’avait plus rien d’humain !

 

 

 

( A Suivre )

                                  ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Seconde Partie - InvasionXIII - Aresh-Kaël - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                  ___

*Songs of Love and Hate " album , copyright 1971 Leonard Cohen / Sony Music Entertainment - All rights reserved / " Graeme Allwright Chante Leonard Cohen " - Copyright 1973 Graeme Allwright / Mercury Records - All rights reserved .

 

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Le Piège - Seconde Partie - Invasion - XII - L'Attaque de Belle Harbor !

10 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Seconde Partie - Invasion  - XII - L'Attaque de Belle Harbor !

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" Le véritable élève apprend à extraire l'Inconnu du Connu , et se rapproche du Maître ... "    

Johann Wolfgang Von Goethe ( 1749 - 1832 ) : " Les Années d'Apprentissage de Wilhelm Meister " ( Wilhelm Meisters Lehrjahre , 1795 / 1796 ) , Livre VII ( Lettre d'Apprentissage ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Invasion )

 

 

 

 

 

 

 

XII - L'Attaque de Belle Harbor !

       

         

 

 

 

 

 

 " Car il est arrivé le grand jour de la colère ,

  Et qui donc peut tenir ? "

Apocalypse , 6 , 17 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28Pedro ... , fis-je lentement . Qu'est-ce qu'il savait au juste  ?

- Il en avait suffisamment appris pour comprendre la valeur du déclencheur , ajouta Steinberg .

- Et Katalin ?

Aucun des deux ne se précipita , cette fois , pour me répondre .

- Elle a vu le schéma , dit Caldwell , et je crois quelle est informée quil ne faut pas lactiver sans contrôle .

Je fronçai à nouveau les sourcils .

- Vous voulez dire , sans votre contrôle ?

Un très léger sourire passa sur le visage du directeur .

- Cest une façon de voir les choses .

Le professeur Steinberg , lui, ne souriait pas .

- Le problème , énonça-t-il avec lenteur , ce nest pas dentrer en contact .

Il me fixait avec une intensité nouvelle .

- Cest de savoir qui ... répondra , et comment ?

Et vous pensez que moi ...

- Nous vous avons observé , coupa Caldwell Vous êtes protégé vous nêtes pas compatible !

Je reculai d’un pas.

- Vous êtes en train de me dire que ... tout ça ...

Je désignai les deux hommes  , la pièce , la forteresse .

- ... était prévu ?

Les deux autres , qui échangèrent un regard complice , conclurent , presque à voix basse :

- Tout converge vers vous !

29 - Le vent hurlait au-dessus de Belle Harbor . Des vagues noires venaient se fracasser contre les digues tandis qu’une brume épaisse recouvrait les rues désertes du vieux quartier maritime . Les rares lumières encore allumées paraissaient flotter dans le brouillard comme des veilleuses funéraires . Le convoi s’arrêta sans bruit près de la petite église Saint-François-de-Sales . Caldwell descendit le premier . Derrière lui apparurent sept hommes d'un commando , vêtus d'uniformes neutres n'arborant aucun signe , munis d'armes automatiques , portant lunettes nocturnes et casques noirs . 

Maël ,  poignets entravés , deux militaires l’encadrant étroitement , marchait au centre de ce groupe . Katalin referma lentement la portière du dernier véhicule , puis leva les yeux vers le clocher sombre de l’église .

- Lentrée se trouve derrière le mur nord , dit-elle calmement .

Le  directeur l’observa en silence . Il avait toujours connu la vérité . Depuis le début , la fille ayant conservé le schéma cristalin près d’elle , ne l’avait , en fait , jamais caché . Le microfilm , qui avait servi de " leurre " vis-à-vis du prisonnier , constituant la clé même du dispositif enfoui sous Belle Harbor , avait été développé à l’insu de celui-ci dans la base secrète . Les techniciens avaient mis à jour ce qu’il contenait réellement : le plan d'une structure géométrique reliant le " Grand Miroir " de la forteresse à un second point de passage situé sous l’église . Il s'agissait bien d'une clé pour ouvrir une porte , ou peut-être pire encore !

Katalin écarta le lierre humide recouvrant une vieille plaque métallique . Elle introduisit une fine clé argentée dans un mécanisme invisible . Un grondement sourd ne tarda pas à résonner aussitôt sous leurs pieds . Puis une partie du mur , lentement , pivota , un souffle glacé montant des profondeurs . Les soldats , l'air soucieux , virent apparaître un passage étroit devant eux , totalement taillé dans une roche noire parcourue d’étranges veines bleutées .

- Formation serrée ! , ordonna leur chef . Les lampes s’allumèrent .

Sans attendre davantage , le groupe s’enfonça dans les profondeurs . Très vite , Maël sentit que quelque chose n’était pas normal . Autour de lui , comme si le tunnel était lui-même un organisme vivant , l’air vibrait bizarrement . Des symboles comparables à ceux du " schéma cristalin " se montraient parfois sur les parois humides : lignes brisées ressemblant à une écriture inconnue , spirales fractales , figures hexagonales ...

- Vous saviez tout cela , n'est ce pas ? murmura-t-il à Katalin .

Avant de répondre , elle continua d’avancer prudemment quelques secondes .

- Pas au début .

- Mais vous travaillez pour qui ?

Elle ralentit , souriant légèrement .

- Pour ceux qui croient pouvoir en tirer profit .

Cette phrase hypocrite , encore plus que l’humidité des lieux , glaça le jeune breton .

Pour finir , après plusieurs minutes de progression , le passage déboucha derrière la petite église . Ils pénétrèrent dans une ancienne crypte abandonnée . L’odeur de bois pourri , de pierre humide et d’encens froid stagnait encore dans la pièce . Un Christ de plâtre gisait au sol , décapité . Le directeur s’approcha immédiatement du mur du fond .

- Le " schéma " , vite ! , ordonna-t-il .

Alors , l'agent Varga sortit de sa veste la fameuse figure cristalline , document translucide soigneusement plié . Sous les lampes , les lignes géométriques parurent lentement se déplacer à l’intérieur même de la matière . Le technicien du groupe installa ensuite un petit projecteur optique . Le " schéma " fut placé contre le mur . Pendant quelques secondes , rien ne se produisit . Puis , Katalin fit légèrement pivoter le document . D'à peine quelques millimètres . Soudain , les lignes de cristal s’illuminèrent d’une phosphorescence bleutée . Un grondement traversa aussitôt toute la salle souterraine , tandis que la pierre du mur se fendait peu à peu en son centre . Et derrière elle , apparut une surface noire parfaitement lisse : ni verre , ni métal , une matière obscure et liquide absorbant la lumière elle-même , semblable au " Grand Miroir " de la forteresse ! Maël sentit immédiatement sa présence . Comme si la salle secrète de " Castle William " existait désormais juste derrière cette membrane mouvante . Le miroir vibra . Puis une faible lumière brilla dans ses profondeurs , tandis que des silhouettes de type humanoïde , monstrueusement étrangères , commençaient d'en émerger lentement Leurs corps semblaient composés de matière translucide et de fragments lumineux , certaines parties de leurs membres paraissant puis disparaissant comme si leur structure hésitait encore entre deux réalités .

Les soldats reculèrent instinctivement . L’un d’eux leva son arme .

- Bordel ! Quest-ce que cest que ça ?…

La première créature posa sa longue main tentaculaire contre la surface noire . La vitre se déforma comme de l’eau . Puis , l’être traversa la paroi dans un bruit humide et métallique , pendant que d’autres silhouettes le suivaient . Des dizaines , peut-être davantage , comme une armée attendant depuis des siècles qu’une porte s’ouvre enfin ! Mais l’entité de tête était différente , plus grande et plus stable , dépassant les deux mètres largement . 

Son corps mince était soutenu par des membres anormalement longs , presque démesurés , dont les articulations semblaient trop nombreuses .

Bien au-dessous des genoux , descendaient ses bras , qui se terminaient par les doigts interminables de ses longues mains filiformes ressemblant à du cristal vivant , comme sa peau translucide , parcourue de pulsations bleutées . Mais c’était surtout son visage allongé , étroit , presque noble dans sa froideur inhumaine , dont les pommettes très hautes donnaient une dureté minérale à ses traits , deux fines fentes verticales remplaçant les narines humaines , qui paralysait les regards . La minceur de sa bouche en paraissait incapable d’exprimer la moindre émotion . Quant à ses yeux effilés , mais sans aucune pupille visible , ils occupaient presque toute la largeur de sa face , immenses comme un ciel étoilé vivant faisant tourner , à l'intérieur , une lumière blanche constellée de minuscules points noirs !

 

 

 

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Le Piège - Seconde Partie - InvasionXII - L'Attaque de Belle

Harbor ! - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - XI - Professeur Steinberg .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - XI - Professeur Steinberg .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

XI - Professeur Steinberg

       

         

 

 

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

25 - Le silence qui suivit le départ de Caldwell sembla se dilater , comme si la pièce elle-même retenait son souffle . Puis quelque chose changea . La paroi de verre ondula , tandis que l’image qu’elle renvoyait , vibrant  imperceptiblement , non plus comme un simple reflet , mais comme une surface d'eau qui cède , se troubla , faisant apparaître une silhouette un peu floue , d'abord , puis de plus en plus nette , celle d'un homme âgé , droit malgré la fatigue visible dans ses traits , qui entra donc sans qu'aucune porte ne s’ouvre . Il y avait dans son regard l'expression d'une intelligence dure , ancienne , presque obstinée .

- Qui êtes-vous ? , lui demandai-je , de plus en plus déconcerté .
L’homme finit par se présenter .
- Je suis le professeur Steinberg .
Puis , avec une précision presque clinique , il me déclara :
- Je crois que vous êtiez en train d’écouter une version très incomplète de notre propre histoire . Christie , la fille de mon collaborateur Lazslo Istvan , prisonnier de l'est poursuivit-il avec une certaine lenteur , n'était pas qu'une correspondante chargée de récupérer le microfilm , fruit de notre travail , récupéré par un cubain , Pedro , à Budapest .
Je sentis brusquement monter en moi la tension .
- J'avais besoin d'un relais discret , mobile , suffisamment éloigné pour ne pas être immédiatement relié à mes travaux , continua-t-il pendant que nous prenions un petit déjeuner dans la salle commune .
Je fronçai les sourcils .
- Quels travaux ?
Dans le regard de l'homme de science , passa une brève lueur .
- Ceux qui , à Budapest ont été volés dans un premier temps .
Cette fois , Caldwell intervint :
- Katalin n'était pas prévue dans le processus initial .
Paul Steinberg tourna légèrement la tête.
- Non , mais elle a compris quelque chose que nous n’avions pas anticipé .
Je fixai les deux hommes .
- Quoi  ?
- Que ce microfilm n'était pas qu'un simple travail scientifique à protéger , répondit le chercheur , après un silence , me regardant droit dans les yeux .
- C'était un déclencheur !

 

26 - Personne ne parla pendant plusieurs secondes . Le mot était comme suspendu dans l’air .

- Ce que vous appelez " microfilm " n'est , cependant qu'un support , poursuivit Paul comme s’il cherchait , non pas ses mots , mais la limite à ne pas franchir . Il s’approcha de la paroi de verre. Celle-ci s’illuminant faiblement , comme si elle reconnaissait sa présence . 

Alors , bizarrement , des formes apparurent , géométriques , non pas des données instables , mais autre chose .

- Elles ont besoin d'un encodage , poursuivit-il . Mais pas au sens classique , dun schéma cristallin permettant de communiquer avec elles , ce document qu'on m'a volé , parce qu'on avait peur ! Ces entités , vivant dans un monde parallèle , peuvent en effet , par leur vision du futur , aussi bien ruiner les modèles capitalistes que communistes !

Je plissai les yeux .

Les formes se mirent à évoluer lentement , s’imbriquant les unes dans les autres selon une logique non linéaire .

- Initiée par nos travaux , rappela Steinberg , et perfectionnée par cet ancien collègue retenu à lEst .

Puis , lançant Un bref coup d'oeil vers Caldwell :

Un homme qui avait compris avant moi ce que nous étions en train de créer .

- Un protocole dinterface , intervint le directeur .

- Non , corrigea l'autre . Un seuil .

Le mot résonna différemment .

- Ce schéma , voyez-vous lorsqu'il est correctement interprété ne transmet pas qu'une information précise .

Et , se tournant vers moi :

- Il ouvre une possibilité infinie de communications .

Fasciné , je voulais en savoir plus :

- Avec quoi , lui demandai-je après un silence .

Paul hésita .

- Avec ces entités .

Le mot tomba sans emphase . Ce qui le rendit encore plus lourd .

- Des intelligences , précisa Caldwell , situées dans un cadre que nous ne pouvons pas décrire avec nos modèles physiques standards .

Je restais immobile , pétrifié comme une statue de sel !

- Un autre monde ?

- Pas exactement , répondit le savant . Disons qu'il s'agit plutôt d'une autre configuration de la réalité .

 

27 - La surface de verre pulsant légèrement , les formes , devenues presque organiques , changèrent .

- Ces entités , reprit Steinberg n'interagissent pas avec nous directement .

- Pas sans médiation , précisa Caldwell .

- Mais elles perçoivent aussi bien notre présent que les lignes du futur !

Soudain , je sentis mon souffle se bloquer !

- Vous êtes en train de me dire ... 

-  ... que ce dispositif permet d’accéder à des projections temporelles venant d’un système extérieur au nôtre , ajouta l'homme de la CIA .

- Et pas que des projections , coupa le physicien car elles peuvent constater des futurs possibles comme des états déjà réalisés dans leur propre référentiel .

Je secouai la tête .

- Et ça peut changer quoi ? , demandai-je naïvement .

Caldwell répondit sans détour :

- Tout , mon cher Imaginez un système économique , peu importe qu’il soit capitaliste ou communiste , reposant sur une hypothèse commune l'incertitude .

Il marqua une pause :

- Supprimez , maintenant , cette incertitude ...

Et vous supprimez le système  ! , termina Steinberg .

 

 

 

FIN DE LA 1ère PARTIE

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxXI - Professeur Steinberg - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - X - La Forteresse .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

X - La Forteresse

       

         

 

 

 

 

" C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit des pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " *

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

22 - Avec un fracas métallique , l’hélicoptère , à la tombée de la nuit , s’était posé dans un cercle de couleur blanche , devant une sombre bâtisse médiévale balayée par les vents venus de l’océan qui , en contrebas , frappait la roche avec la régularité d'un mécanisme , comme si l’île elle-même respirait . Je n’avais pas parlé durant tout le trajet . Katalin non plus . La forteresse avait surgi de la côte brumeuse de Boston , masse néo-gothique improbable , hérissée de tourelles sombres et de baies étroites , posée là comme une monstruosité architecturale , prétexte à un camouflage parfait , celui , sans doute , d'une zone militaire secrète , hautement sécurisée . On nous avait conduits séparément . Bientôt , nous nous retrouvâmes dans le hall d'entrée où la surveillance était assurée par des gardes en treillis de combat , portant de manière uniforme des masques de verre fumé dissimulant leur visage . ( 36 )

On nous enferma ensuite chacun dans une cellule séparée , plutôt rudimentaire mais dotée d'un lit relativement confortable et d'un écran de télévision diffusant un discours d'accueil convenu . Le lendemain matin seulement , je fus introduit dans une pièce austère , presque clinique , dont les murs nus contrastaient violemment avec l’apparence extérieure du bâtiment . 

Derrière un bureau de verre , un homme se leva .

Directeur Andrew Caldwell .

Voix posée , accent neutre et regard sans profondeur apparente , on aurait dit un professionnel du mensonge .

Asseyez-vous , mon cher .

Il fit glisser un dossier épais sur la surface du bureau .

- Nous allons tenter de clarifier tout ce qui vous est arrivé , m'expliqua-t-il .

Puis , sans détour :

Christie , vous savez , n’a jamais eu de sœur ...

Je ne réagis pas immédiatement . Je m’étais attendu à une manipulation ... Mais pas à une négation si brutale de ce que j'avais cru vivre !

La femme que vous avez rencontrée ... faisait partie d’un dispositif adverse , un leurre sophistiqué destiné à récupérer le microfilm .

Il marqua une pause , m'observant comme on ausculte un vulgaire patient .

- Et vous avez failli tomber dans le piège .

Lentement , je relevai la tête .

- " Failli " ?   

Un très léger sourire passa sur le visage de Caldwell .

- Parce que quelquun a réagi plus vite que prévu .

Il ouvrit le dossier . Photos , rapports d'enquête , analyses biométriques furent étalés d'un seul coup sur la table . Puis , une image plus ancienne de Katalin

Ou plutôt , me confia-t-il , une autre version delle ... Kathleen Varga , origine incertaine formation multiple nom d’emprunt , chirurgie reconstructive avancée ...

Il fit pivoter le dossier vers moi .   

- Regardez bien cette superposition numérisée des deux figures Nous avons la certitude qu’elle a été modifiée pour ressembler à votre amie . Ce n’est pas une coïncidence . Il s'agit d'une reconstruction .

Je sentis une tension froide me parcourir la nuque .

- Pourquoi ?

Mon voisin se leva , arpentant la pièce avec nervosité .

- Pour mieux vous infiltrer vous approcher , vous manipuler !

Tandis que je serrais les mâchoires , plus lourd encore , s'en suivit un autre silence .

- Et le microfilm ?

Cette fois , le regard du directeur se fit plus incisif .

- C'est là que notre histoire devient intéressante.

Il hôcha la tête .

Nous pensons que Varga , comprenant le piège a pu cacher au dernier moment le microfilm dans la maison de Belle Harbor . Avant même que nos équipes n’interviennent .

- Vous en êtes sûr ? , dis-je , revoyant la scène et la détresse dans le regard de Katalin .

- Disons que nous avons de très fortes raisons de le croire .

Se rasseyant , il referma le dossier , le rangeant dans un tiroir .

- Mais cela signifie aussi autre chose . Elle vous a utilisé .

Le mot resta suspendu dans l'ambiance glaciale de la pièce .

Au loin , la mer continuait de frapper la plage . Inlassablement .

23 - Caldwell avait dû , momentanément , quitter l'endroit , me laissant seul avec un garde quelques secondes . J'eus assez de temps , néanmoins , pour me rendre compte que le cadre dans lequel nous nous trouvions ne correspondait pas tout à fait au récit qu’il venait de m'imposer . Tout était trop propre . On aurait dit un décor de théâtre . Il n'y avait pas de traces d’usure , aucun marquage opérationnel , ni aucun de ces détails anodins qui trahissent les lieux réellement utilisés : câbles apparents , micro-rayures déparant le mobilier , stylos ou crayons oubliés , lots d'étiquettes . Même le drapeau américain , dans un angle , semblait beaucoup trop récent Comme un accessoire . Un frisson me parcourut l’échine quand je remarquais autre chose . Les vitres paraissaient artificielles , comme des surfaces de projection !

Je me retournais brusquement . La voix du directeur se fit à nouveau entendre derrière moi .

- Alors ? , me demanda-t-il d'un ton soucieux montrant qu'il avait perçu mon inquiétude . Qu’est-ce qui vous dérange ?

Puis , paraissant capter encore plus mon malaise après avoir fait quelques pas vers moi :

- Je me demandais combien de temps cela vous prendrait !

Le ton avait changé . Moins administratif . Plus ... direct .

- Alors non , reprit-il . Vous nêtes pas dans une base de la CIA . Pas au sens où vous lentendez .

Je sentis mon rythme cardiaque soudain s’accélérer .

- Disons que nous représentons une structure parallèle ... Cest bien plus commode .

- Pour qui ?

- Pour tout le monde .

Cependant , jugeant qu'il avait dû sentir , au bout d'un bref instant , que sa mauvaise foi était vaine , je décidai de l'attaquer frontalement :

Katalin sait-elle où est effectivement le microfilm ?

Cette fois , Caldwell , après un très léger temps de latence , et malgré que je le fixais d'un oeil courroucé , ne me répondit pas immédiatement .

- Alors pourquoi tout ça ?

Il me fit un autre sourire hypocrite , mais différent , plus froid .

- Parce que savoir nest pas suffisant . Disons ... que nous ne sommes pas certains que ce soit un simple microfilm .

Il s’approcha lentement . Puis , presque à voix basse :

- Et nous ne sommes pas certains que Katalin soit capable dy accéder toute seule .

Je sentis alors bouger une pièce de cet incroyable puzzle !

- Moi ? , demandai-je , intrigué .

Caldwell hocha imperceptiblement la tête .

- Vous avez été choisi pour une raison , Maël . Ce nest pas par hasard .

24 - Le vent n’avait pas cessé . Toute la nuit , frappant les parois de la forteresse avec une régularité obstinée , j'avais perçu , à travers les murs épais , la sourde rumeur d'une marée invisible , d'un mélange de houle et de structures métalliques en tension . C'est ainsi que j'avais très peu dormi , mais comme une masse , au milieu d'un cauchemar dont je ne me souvenais plus . La cellule dans laquelle on m’avait placé ne ressemblait ni à une prison , ni à une chambre . Elle occupait un entre-deux dérangeant : trop nue pour être confortable , trop précise pour être improvisée : un lit fixé au sol , une table intégrée dans le mur , avec aucune aspérité , ni aucune vis apparente . Même la lumière semblait sans source identifiable , diffuse et faible , mais constante , sans variation . Pas d’interrupteur . Pas d’ombre nette . Je m'étais levé plusieurs fois . Mais toujours , j'avais ressenti la même impression . Touchant la paroi , froide mais pas totalement minérale , j'avais l'impression , sous mes doigts , d'un matériau souple, presque imperceptible . Comme si le mur absorbait le contact !
Ensuite , balayant la pièce du regard , je constatai qu'aucune caméra , aucun dispositif identifiable , n'étaient visibles . Pourtant , j'étais certain de ne pas être seul . 
Un instant , je fermai à nouveau les yeux , tentant de me souvenir : l’hélicoptère , la côte, la forteresse . Puis , tout ce que Caldwell m'avait suggéré , ou laissé entendre . 
Chaque version des faits semblait s’effriter dès que je m'efforçais de la fixer . Comme si le récit lui-même était instable . Le temps passa sans repère . Aucune fenêtre , aucune horloge . Seulement cette impression diffuse d’un cycle qui ne m'appartenait pas . Puis , sans avertissement , le directeur entra , faisant quelques pas dans la cellule , effleurant même la surface du mur du bout des doigts .

- Vous avez passé une bonne nuit mon cher Les conditions sont particulières , n'est-ce pasVous êtes dans une installation de confinement avancé , précisa-t-il . C’est tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment .

- " Pour le moment " ?

- Les informations sont délivrées par étapes .

Je m'approchai un peu plus de lui .

- Vous m'aviez parlé d’une base de la CIA ?

- Convenons qu'il s'agit plutôt d'un cadre opérationnel compatible avec ce type de structure .

J'observais attentivement son regard , le rythme de sa respiration , de ses gestes . Le ton restait calme et poli .

- Il y a des informations qui une fois comprises ne peuvent plus être ignorées , rajouta-t-il .

- Alors , dites-les clairement !

- Pas encore .

La réponse était nette , sans détour . 

- Vous nêtes pas encore prêt .

Soudain , le vent redoubla au-dehors , faisant vibrer la structure , ou donnant , peut-être , l’illusion qu’elle vibrait . Caldwell se détourna .

- On va bientôt venir vous chercher .

 

( A Suivre )

                                  ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxX - La Forteresse - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

36 Fort Independence ( Castle William ) , bastion en granit ayant servi de défense portuaire à Boston Massachusetts ( USA, situé sur Castle Island .

 

* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

 

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - IX - La Maison de Katalin .

3 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

IX - La Maison de Katalin

       

         

 

 

 

 

" Dame Folie est impulsive ,

  Elle s'assied à la porte de sa maison ,

  Sur un trône , en haut de la Cité ... "

Proverbes , 9 , 13 .

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

20 - La demeure de Katalin était située dans une rue de Belle Harbor , à l'abri de Jamaica Bay , dans le Queens , à l’écart du tumulte . Auparavant , nous avions réussi à semer nos poursuivants , puis à prendre le ferry à Wall Street , jetée 11 , occasion , sur le pont du navire , d'un bref échange respiratoire au grand air à-propos des avions qui , non loin de là , décollaient de l'aéroport Kennedy . ( 34 )

- Ainsi , vous connaissez ma soeur
Rien ne distinguait sa maison des autres façades anonymes , sinon peut-être cette obscurité persistante aux fenêtres, comme si la lumière elle-même hésitait à y pénétrer .

- Bienvenue chez les István !

À l’intérieur , tout était dépouillé . Bien sûr , j'avais pensé tout de suite au fameux chercheur atomiste , László István ... Un bureau . Une lampe .
Sur une étagère , quelques livres de langue hongroise , aux tranches fatiguées , cotoyaient , sur le mur , une reproduction ancienne de la Basilique Saint-Étienne de Budapest Immédiatement , je l'avais remarquée , la comparant à la petite église que j'avais vue par la fenêtre près d'un terrain de basket .
- Saint-François de Sales , m'annonça-t-elle , pleine de révérence .
- Budapest ... C'est de là que sont venus vos parents ?
Katalin ne me répondit pas . Elle avait déjà allumé la lampe et tendait la main .
- Donnez-moi lobjet .
J'hésitais avant de lui remettre une nouvelle fois mon précieux bien , dont elle parvint à extraire , dans une chambre noire ,  une imperceptible pellicule qu'elle tint dans la paume comme un fragment de hasard , chose insignifiante à première vue . Pourtant , juste au moment où elle l'avait saisie au moyen d'une pincette , l’air sembla se contracter autour de nous .
- Ce que vous avez transporté , me dit-elle avec solennité , ce nest pas qu'un document . Cest une mémoireCe microfilm vient de beaucoup plus loin que vous ne pouvez limaginer . Beaucoup de gens sont prêts à tuer pour le récupérer !
Elle installa un petit lecteur sur la table , ajusta la bande avec une précision presque rituelle , enfin , fit défiler les premières images composées de signes , formules et fragments d’équations barrées , reprises , dissimulées sous des notations liturgiques . Puis apparurent des mots , des noms formant toute une liste . Je me penchais vers elle avec une certaine curiosité .
- Ce sont des scientifiques ?
- Certains , comme mon père , oui . Dautres ... non .
Par la suite , elle fit se dérouler le film encore plus lentement . Chaque nom semblait accompagné d’un symbole , d’un verset tronqué , d’une référence obscure . Mais rien n’était vraiment explicite , et pourtant tout donnait l’impression d’un ordre caché .
- Notre père appelait cela une " cartographie de la conscience " , murmura Katalin . Il pensait que certaines structures de la matière pouvaient conserver plus que de lénergie ... quelles pouvaient retenir une trace .
- Une trace de quoi ?
Elle tourna légèrement la tête vers moi .
- De notre passé lointain , sans doute .
Un silence assez dense s’installa lorsqu'apparut une nouvelle série de documents sur l’écran , des schémas de cristaux , traversés de lignes comme des réseaux nerveux . Puis , des annotations en latin , mêlées à des équations .
- Dans son laboratoire d'Arverne-by-the-Sea , la petite ville voisine , il travaillait , reprit-elle , à la frontière entre science et ce que dautres appelleraient ... lâme . Le pouvoir ne venait pas du cristal lui-même , mais de ce quil pouvait enregistrer . Comprendre cela , cétait comprendre comment influencer , conserverpeut-être même reproduire une présence humanoïde inexplicable à travers des schémas cristallins provenant d'une civilisation jusqu'ici inconnue , certains d'entre eux ne se contentant pas de stocker seulement linformation , mais réagissant à l’identité d'êtres qui , nous observant depuis l'aube de l'humanitéles activaient sous une forme d'onde télépathique ! ( 35 )
Je reculais , presque abasourdi par ce que je venais d'entendre !
- Cest impossible ! , m'écriais-je .
- Cest pour cela quils ont voulu le faire taire . Un jouril est retourné là-bas , faisant confiance à un ancien collègue . Mais il n'est jamais revenu ! Notre mère en est morte , et c'est le père Molnár , le curé de la paroisse , notre oncle , qui s'est occupé de nous ... Quant à Christie , je sais qu'elle avait essayé , par un ami cubain , de passer le rideau de fer sous une fausse identité ...
Elle désigna encore l’écran.
- Ce nest pas qu'une simple liste . Cest une hiérarchie . Chaque nom correspond à quelquun qui a approché la découverte . Certains lont protégée . Dautres , bien entendu , ont tenté de sen servir pour la revendre .
Un nom venait d’apparaître , souligné , différent des autres . Je sentis immédiatement que quelque chose basculait . Katalin , elle , ne bougeait plus.
- Vous le reconnaissez ? , demanda-t-elle .
Je m’approchais , constatant qu'il était accompagné d’une annotation manuscrite , plus récente que le reste . Un mot revenait : " Compagnon " .
Mon cœur s'accéléra .
- Cest ...
Je n’achevais pas . Le visage de Christie me revint avec une netteté brutale , de même que ses silences quand elle venait de parler de cet homme à demi-mot , jamais vraiment nommé , toujours relégué dans une zone floue .
- Dorigine cubaine , fit sa soeur doucement . Nest-ce pas ?
Je la fixais , l'oeil interrogatif , avec cette sensation d’avoir été déplacé comme une pièce sur un échiquier dont j'ignorais les règles , tandis que les indices qu’on m' avait laissés , ce carnet , ce dessin , cette adresse incomplète , n’étaient pas vraiment destinés à me guider , car ils étaient pour quelqu’un d’autre , quelqu’un que je remplaçais sans le savoir .
- Vous étiez au courant ?
- J'étais informé de son existence . Je croyais , d'ailleurs , que c'était lui que j'allais trouver au parc !

 

21 - Un bruit lointain , dans la rue , le vrombissement d'un hélicoptère , ensuite , comme un moteur qui ralentit . Katalin éteignit brusquement le lecteur . L’obscurité reprit possession de la pièce .

- Ils approchent ! , dit-elle simplement .
Je serrais les poings de rage .
- Alors , qu'est-ce qu'on fait
Le regard plus dur et déterminé que jamais , elle se rapprocha de moi .
- Maintenant , nous allons découvrir pourquoi votre présence ici nétait pas un hasard , pourquoi vous avez été choisi !
Elle se saisit de la pellicule , sur la table , afin d'aller vite la cacher . Dehors , claqua une portière . Puis le silence , un court silence chargé , presque vivant , comme si quelque chose , au-delà d’eux , les attendait .
Mais ils n'eurentt pas le temps de réagir lorsque deux malabars masqués , vêtus de combinaisons vert kaki , les interceptèrent vigoureusement pour les conduire " manu militari  " à l'intérieur de l'appareil qui , juste après , redécolla dans un bruit d'enfer !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxIX - La Maison de Katalin - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

34 Belle Harbor est un petit quartier résidentiel de New-York situé dans l'arrondissement du Queens au sud-ouest de Long Island , et dans la partie centrale de la péninsule de Rockaway qui sépare la baie de Jamaica de l'océan Atlantique .

35 - Arverne-sur-Mer est un quartier de New-York situé dans l'arrondissement du Queens , au sud-ouest de Long Island , situé sur la péninsule de Rockaway .

 
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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VIII - Hôtel Wellington .

1 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

VIII - Hôtel Wellington

       

         

 

 

 

 

" ... Tant de gens passent , chacun absorbé par ses propres problèmes , tant de visages qu'il est facile d'en manquer un ... "

Dialogue de " Lettre d'une Inconnue " ( Letter From an Unknown Woman ) *

 

 

 

 

 

    

 

 

 

18 - Je m’appelle Maël Tremen . J'étais venu à New York pour une raison simple , ou que je croyais telle : revoir Christie . C’était une idée fragile , je sais , presque absurde , mais elle s’était imposée à moi peu à peu , avec la même évidence que son rire autrefois , ce phénomène qui , parce qu'elle avait beaucoup d' humour , un caractère si vif et précis , vous prenait de court , ne surgissant jamais par hasard , car elle riait franchement , parfois jusqu’aux larmes , toujours plein d'entrain ! Pourtant , ce n'est pas elle qu'ici , j'avais trouvée , mais une certaine Katalin , fille à son image , d'une certaine manière , sans être elle , mais d'une ressemblance troublante , faite de mêmes gestes et silences , qui avait une tendance identique à retenir ses mots au bord des lèvres .

D'ailleurs , depuis mon arrivée à New-York , tout me semblait légèrement décalé , comme si j'étais entré dans une ville qui , elle aussi , sans en être tout à fait sûr , ne devait être qu'un mirage d'une autre réalité .

La voix , au téléphone , du même timbre que la sienne , avec cette façon de laisser entendre , de suggérer , de suspendre ses phrases juste avant l’essentiel , n’avait rien dit clairement .

Mais moi , j'avais foncé comme un fou au rendez-vous de Central Park , revoyant encore , à Paris , le visage de ma chère prof d'anglais venue , au temps des adieux , m'offrir ce petit carnet que je garderais comme un souvenir de notre rencontre , et , peut-être , avait-elle ajouté , la larme à l'oeil , une occasion de nous revoir un jour .

M'étais-je trompé ? Maintenant , deux hommes marchaient à distance régulière , ni pressés , ni réellement discrets , leurs silhouettes se détachant , menaçantes , des troncs d'arbres , l’un portant un manteau sombre , trop rigide , l’autre ayant cette manière très professionnelle de scruter sans bouger le visage .

Terrifié , j'accélérai .

- Vous devriez éviter de galoper , me lança discrètement ma voisine .

Alors , tandis qu'avec une fermeté inattendue , sa main se refermait sur mon bras , je sentis mon estomac se nouer . Nous quittâmes Central Park rapidement , sans courir d’abord , puis de plus en plus vite , comme si la ville elle-même se refermait derrière nous . Les rues se succédaient sans logique apparente . Katalin avançait sans hésiter , bifurquant brusquement , changeant de trottoir , puis ralentissant parfois sans raison visible . Je n’avais plus le temps de l'interroger .

19 - Le Wellington Hotel se dressait comme un point fixe dans un déplacement continu de la fièvre new-yorkaise . J’y étais descendu presque par hasard , sans savoir que ce lieu deviendrait , lui aussi , incertain . Nous y étions entrés sans échanger un seul mot . Le hall était calme , apparemment vide . Le réceptionniste leva à peine les yeux. . Dans l’ascenseur , elle observa , dans le miroir , le reflet des chiffres des étages .

- Vous étiez censé la retrouver ici ? , m'interrogea-t-elle .

- Oui .

- Et vous pensez quelle vous aurait attendu ?

- Christie ne fait jamais rien sans raison , vous la connaissez peut-être ? , lui demandais-je à mon tour .

Elle détourna légèrement le regard .

La porte de ma chambre , au 7è , était fermée. À première vue , rien d’anormal . Ce fut elle qui , cependant , posant la main sur la poignée , puis  figée un instant , comme à l’écoute , remarqua un léger détail .

- Elle a été ouverte ! , me dit-elle en m'indiquant un décalage presque imperceptible dans l’alignement de la serrure .

Un silence étrange emplissait la pièce , comme si quelqu’un venait de la quitter . Je vis qu'une valise avait été légèrement déplacée , qu'une chemise était pliée autrement .

Katelin se dirigea rapidement vers la fenêtre , écartant légèrement le rideau .

- On ne reste pas ici ! , ordonna-t-elle .

- Où alors ? , lui demandais-je .

Elle hésita une seconde très brève .

- Chez moi !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxVIII - Hôtel Wellington - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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* " Letter From an Unknown Woman  " ( Lettre d'une Inconnue ) , film de Max Ophüls ( 1948 ) , avec Joan Fontaine , Louis Jourdan

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VII - Christie .

30 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Cathédrale épiscopalienne de la Saint-Trinité , avenue George V , à Paris .

Cathédrale épiscopalienne de la Saint-Trinité , avenue George V , à Paris .

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

VII - Christie

       

         

 

 

 

 

" Nous ne pleurerons pas ,

  Nous tirerons notre force 

  De ce qui subsiste ... "

William Wordsworth ( 1770 - 1850 )

" Suggestions de l'Immortalité

   A partir de Réminiscences

   de la Tendre Enfance " ( 1804 )

 

 

 

 

 

    

 

 

 

13 - Sans doute en est-il des rêves d'antan comme de ces feuilles mortes que le vent pousse sans jamais les détruire ?

Elles changent de place , mais demeurent . Je me souviens encore d’elle , mais peut-être avait-elle disparu trop vite , cette fille de mon passé ? Je ne saurais dire où , exactement . Dans ces déserts trop vastes d'Amérique , où les visages se perdent sans même avoir été regardés ? Comme si elle savait déjà qu’elle partirait un jour , avec cette manière de sourire qui désarme . Et moi , naïvement , je croyais encore que certaines rencontres pouvaient échapper aux lois du siècle . J'étais tombé amoureux d’elle avec la brutalité presque ridicule d'un chercheur d'or ! Un vertige , une évidence . Et puis elle s’était effacée comme une silhouette qui tourne au coin de la rue et ne revient jamais . D'ailleurs , comment l'oublier si je n'arrêtais pas de revenir sur les lieux de nos rencontres , du côyé de l'avenue George V , par exemple , en cette église épiscopalienne de la Sainte-Trinité ? ( 32 )

Etait-ce pour déplacer ma douleur , ou tenter de distraire ma souffrance , que , repérant une annonce de cours particulier d'anglais derrière une vitrine , je fis la connaissance de l'autre ? Elle aussi , par ironie du destin , me confia-t-elle ensuite , était venue à Paris depuis New-York pour étudier la danse , mais avec des origines hongroises qu’elle évoquait parfois avec une gravité inattendue .

Elle avait des gestes précis , presque retenus , comme si elle se sentait surveillée dans chacun de ses mouvements .

Contrairement à la première , elle ne se livrait pas , d'ailleurs , mais préférant se tenir à distance , elle finissait par éclater toujours d'un rire sonore . Je crois que c’est ce qui m’avait attiré , son sens de l'humour ! Christie ne ressemblait à personne . Elle me donnait l'étrange impression d’être toujours légèrement en avance sur ce qu’elle voulait dire . Comme si ce que j'entendais d’elle n’était qu’un écho . Elle pouvait rester silencieuse très longtemps , puis soudain parler avec une précision désarmante en reprenant une conversation interrompue bien avant la nôtre . Et puis , il y avait ces moments imprévisibles , crises de fou rire , brutales , incontrôlables , qui , parfois , la prenaient sans raison apparente après une intonation maladroite , un mot mal prononcé par son élève , parfois même un silence , un détail insignifiant . Je riais avec elle de bon coeur , alors , la larme à l'oeil , moi aussi , incapable de m’arrêter quand elle se pliait en deux , lui pressant la main , comme si quelque chose en elle cédant enfin , pouvait nous rapprocher davantage !

14 - Elle parlait parfois d’un homme , un compatriote , ajoutait-elle . Ce mot sonnait comme une frontière . Je n’ai jamais su s’il existait en vérité , ou s’il n’était qu’un écran protecteur dressé entre elle et moi , couverture commode pour détourner ma curiosité . Nos conversations restaient inachevées . Plusieurs jours de suite , elle disparaissait puis revenait comme si rien n’avait été interrompu . Et moi , je m’accrochais à ces fragments . Puis , elle est partie pour de bon , sans adieu véritable , sans un regard , ce regard que je n’ai compris que trop tard . Juste quelques mots , presque administratifs . J’aurais pu en rester là , comme avec l’autre . Mais non . Je n’ai compris qu’une fois sur place . Il y avait ces détails , des choses qu’elle avait laissées derrière elle , un carnet volontairement oublié , peut-être , avec , à l'intérieur , une phrase soulignée suivie d'une adresse incomplète . Et surtout , ce dessin maladroitement tracé d'une allée bordée d’arbres , d'un bassin , d'une arche de pierre à Central Park , où elle aimait se promener , me confiait-elle parfois , presque distraitement , du côté de la " Statue de l’Ange " , me décrivant les arbres , la lumière , le silence inattendu au milieu de la ville . ( 2 )

Je ne sais pas pourquoi ce lieu m’est revenu . Ni pourquoi , un jour , j’y suis allé .

15 - Alors , New-York m’est apparue comme une ville étrangère , presque hostile . Trop vaste pour contenir une réponse , trop bruyante pour laisser remonter la vérité . Pourtant , j’ai suivi les indices . Méthodiquement . Comme si je répondais à une injonction silencieuse . Mais les souvenirs ne reviennent pas dans l’ordre . Ils s’imposent peu à peu . L’endroit correspondait exactement au dessin .

Tout était là , à l’identique , ou du moins tel que je l’avais reconstruit dans ma mémoire . Le monument se dressait à l’écart , presque oublié , comme s'il n’appartenait plus vraiment à ce paysage , l'être céleste semblant penché en avant , dans un mouvement suspendu , entre chute et envol . J’y suis venu avec le carnet . Je ne savais pas pourquoi je l’avais gardé , ni pourquoi je l’avais apporté .  Il faisait si froid . Le vent passait avec un bruit sec entre les arbres . Peu de monde , à cette heure . Ou peut-être que je ne les regardais pas . Pourtant , c’était là que je devais l’attendre ! Mais ce n’était plus elle ! Une autre femme , immobile , avait pris maintenant sa place devant la fontaine , bien que rien dans son style vestimentaire ne le suggérât ouvertement . Lorsqu’elle s’approcha de moi , je remarquais tant son angoisse que sa nervosité ! 

- Vous ne devriez pas être ici !

Sa voix était grave et ferme , et pourtant , je ne lui avais pas répondu . J’attendais autre chose , peut-être , qu'une mise en garde , un petit mot d'accueil , une quelconque explication ? 

- Partez ! , avait-elle insisté . Vous êtes en danger !

Tout cela était censé me faire peur , malgré toute la peine que j'avais prise pour honorer ce rendez-vous que mon étudiante parisienne m'avait tacitement donné avec ce carnet remplis de notes , lui aussi négligemment oublié , de même que son ancien élève : 

- Si jamais tu viens là-bas , passe un coup de fil !  
Oui , j'aurais pu en sourire à cause de ce que je prenais pour une mise en scène , une nouvelle blague de cette prof aux plaisanteries facétieuses ! De loin , je me rappelle avoir demandé à cette femme si elle connaissait la danseuse ,  et si tout cela avait un sens . Elle avait hésité , me semble-t-il , une fraction de seconde .

- Il est déjà trop tard pour poser ces questions !

Le vent faisait , autour de nous , tomber les feuilles qui , avant de toucher le sol , tournaient lentement , comme si leur décor lui-même hésitait encore à vouloir continuer de jouer cette mascarade . C'est alors que , rempli soudain de peur , je me suis dit que j'étais peut-être tombé dans un piège !

16 - Ce rendez-vous n’en avait que l'apparence . On ne m’avait pas donné d’heure précise .  Uniquement ce dessin d'une silhouette d’ange , dans un carnet , grossièrement esquissée , au-dessus d’un socle , ailes ouvertes ... Je l’avais reconnu sans certitude . Une statue dans un parc , à l’entrée d’un pont . 

Lorsque je lui parlais de Paris , des cours de Christiemon interlocutrice me fixa longuement . Puis quelque chose changea dans son expression .

Non pas de la surprise , mais de l’inquiétude .

Elle avait détourné les yeux .

- Vous nauriez pas dû venir .

- Pourquoi ?

Elle hésita un moment .

- Parce qu'ils savent , maintenant .

- Quoi ? Qui ?

Elle esquissa un demi-sourire , sans joie.

- Vous posez bien trop de questions !

Le vent s’était levé davantage , faisant s'envoler une brume de fines gouttelettes de rosée .  

- Écoutez-moi . Partez !

- Et Christie ?

Elle avait brusquement reculé , cette fois .

- Ne prononcez pas ce nom , surtout pas ici !

Un instant , j’avais cru qu’elle allait ajouter quelque chose , une explication , même fragmentaire . Alors , je m'étais rapproché d'elle . 

- Ils se sont trompés , murmura-t-elle .

- Qui ça ?

Elle secoua la tête .

- Ça na plus dimportance mais ils voudront corriger leur erreur .

Cette phrase avait eu sur moi un étrange effet , comme si elle venait confirmer une intuition que je refusais encore de formuler .

- Vous êtes en train de me dire que , à cause dune erreur , je suis en danger ?

- Non , répondit-elle . À cause dune ressemblance .

Elle ajouta , plus bas :

- Et dans leur monde , ça suffit .

Je voulus en savoir plus , comprendre pourquoi Christie avait impliqué cet homme dont j’avais pris la place , et ce qu’il avait fait . 

Mais déjà , elle s'apprétait à partir .

- Écoutez-moi bienDonnez-le moi ! , dit-elle simplement .

Je lui tendis alors , comme convenu , le précieux cahier qu'elle n'ouvrit pas tout de suite , le prenant d'abord comme on vérifie une consistance , un poids . Puis , elle en tourna quelques pages , rapidement , ses doigts le feuilletant à un endroit précis .

- Je crois qu'on a eu raison de vous faire confiance , me dit-elle d'un air ironique .

- Où se trouve-t-elle ? , insistai-je encore .

17 - Elle avait relevé les yeux vers moi . Un instant , je cru reconnaître l'ombre du rire de Christie . Elle lui ressemblait sans lui ressembler . Même port de tête . Même manière de s’arrêter avant de parler . Mais quelque chose de plus dur dans le regard . Moins d’hésitation .

- Si elle a fait ça , cest quelle navait pas le choix , se contenta -t-elle de me répondre . Partez , maintenant ! Quittez la villeChangez de nom , si vous le pouvez . Mais , avant toute chose ...

Elle hésita .

- Nessayez plus de nous retrouver !

La phrase était presque identique à l' autre , celle que j'avais déjà oubliée .

C’est à ce moment-là que j’ai remarqué la présence de deux hommes . Trop loin pour entendre . Trop proches pour être indifférents . Ceux-ci ne regardaient pas directement vers nous .

Mais leur immobilité avait quelque chose de volontaire , témoignant physiquement d'une impatience , d'une attente .

Je fis un mouvement , pendant que la femme posait plus fermement la main sur le carnet .

- Ne vous retournez pas !

Je m"étais figé .

- Ils sont là , avais-je murmuré .

Oui .

Le vent avait traversé l’allée , soulevant les feuilles telles des âmes qui tournaient comme un nuage sombre dans l'eau du ciel , avant de retomber mouillées tout autour de la statue .

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxVII - Christie - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

 

32 - Cathédrale américaine de Paris ( American Cathedral in Paris ) , également cathédrale de la Sainte-Trinité ( Cathedral of the Holy Trinity ) , 23 , avenue George-V - 75008 .

33 - Fontaine Bethesda , ornée de la " Statue de l'Ange " , se situe au centre de Bethesda Terrace à Central Park ( New-York ) . 

 
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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - Epilogue - V - Vertige .

18 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Proxima b

Proxima b

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

Epilogue

 

 

 

 

V - Vertige

 

 

" O toi , sosie , personnage au teint pâle ,

  Pourquoi revivre mon haut mal ? "

Heinrich Heine *

 

 

 

 

 

 

 

36 - Le vaisseau ne descendait plus par lui-même : il semblait être aspiré . 

Au-delà du hublot que constituait le bassin de la salle bleutée , la mer n’était plus une surface , mais une profondeur inversée , un ciel liquide où , au cœur de cette immensité , lentement , irréfutablement , pulsaient des lueurs faisant naître la ville d'Ys , d’abord comme un mirage , puis comme une évidence , faite de tours élancées et translucides , pareilles à des orgues de cristal , et se déployant en spirales concentriques , tandis que , suspendues , des passerelles courbes dans une architecture défiant toute gravité , reliaient les hauteurs . L’eau n’engloutissait pas la ville , mais la traversait , la nourrissait , la révélait , des flux lumineux circulant dans ses artères de couleur sanguine , mêlant or , azur et vert profond . Des jardins fleuris flottaient dans des bulles d’air stable où croissaient des arbres de métal aux feuilles phosphorescentes , dont chaque frémissement semblait répondre à une musique inaudible . Des créatures évoluaient entre les structures : silhouettes centaurides , peut-être , étirées , fluides , presque liquides elles aussi . Yowan , d’abord , sentit une pression derrière ses tempes . Rien de douloureux , comme une ouverture  en lui  qui , toutà coup , cessait de lui résister . Des images multiples , fragments d’une époque antérieure à toute histoire connue où l’individu n’était pas une frontière , mais un point de passage , se mirent à affluer comme un film sous son crâne en feu et dans les ondoiements de la vasque circulaire en fibre de verre : mers retirées , ciels différents , corps multiples , consciences partagées . Posant sa main dans celle de son double terrestre , Izold n'avait plus besoin de le regarder . Son geste n’ayant plus rien de symbolique , avait déclenché une onde véritable qu'affleurait maintenant , sans passer par les mots , l'unicité de leur pensée .

- Tu vois ? , lui dit-elle avec douceur .

Leurs perceptions se superposaient , deux angles , deux mémoires , deux sensibilités qui refusaient désormais de rester distinctes . Leur respiration se synchronisa , leurs identités , loin de disparaître , s’intensifiait au point de les traverser mutuellement , tandis qu'un frisson les parcourait . Chaque pensée de l’un trouvait son écho exact chez l’autre , mais transformé , enrichi , prolongé .

Oui ... mais je ne vois pas seulement avec mes yeux , lui répondit-il en tremblant .

La lumière d’Ys continuait de pénétrer le vaisseau , ne venant pas de l’extérieur , mais , émanant d'eux , comme un reflet dans le miroir des origines , la vitre organique aux chatoiements ondulatoires ! Alors , la trajectoire changea imperceptiblement , comme si la cité elle-même validait cette naissance . Les structures lumineuses s’intensifièrent , pendant qu'un passage s’ouvrait au cœur des spirales , voie directe vers le centre où l'entité Eoghan  , maintenant , pouvait ,  avec une conscience élargie , capable de percevoir simultanément les flux d’énergie , contempler toutes les mémoires inscrites dans la matière terrestre ou centaurienne ,  invisibles présences qui , alternativement , l'ayant reconnu , habitaient en lui et dans la cité . 

37 - Le gardien de phare , lui , s'était senti si fatigué qu'il était tombé tout habillé sur son lit ! 

L'espace d'un instant , perdu dans son délire , s'interrogeant sur sa solitude effroyable au milieu des cieux de couleur sombre où évoluait un ange noir le narguant , son double , marionnette ridicule , sinistre pantin voguant comme un aigle aux serres sanguinolentes , faisant planer son ombre tragique sur d'ineffaçables traces de ses crimes inexpiables ! Puis , il se demanda , sanglotant , s'il était vraiment possible de survivre au terme du parcours , comme si , en sautant dans le vide , en franchissant ainsi le seuil de cet au-delà inespéré du mal depuis le haut du cercle , on parvenait , pour finir , à se débarrasser du vieil uniforme de ses illusions perdues ... Qu'offrons-nous , pensait-il , à la douleur des autres qu'un peu d'indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ?

C'était l'été 2088 , on était au bord du gouffre , un vent de folie meurtrière s'apprêtait à embraser toute la planète ! Mais qui aurait vraiment voulu s'en préoccuper ? Cette fois , ça se passerait en silence Après tout , réfléchit-il , quand il n'y aurait plus de futur , la mort viendrait comme une voleuse , et la foudre tomberait , chantant sa funeste mélopée ! Une fois de plus , il se souvint de la théorie de ce professeur de Douarnenez qui , lui ayantt parlé de la chute de la Bretagne en juillet 1488 , prétendait qu'elle avait anticipé , le même mois , celle de la France , juste trois siècles plus tard , lorsque après l'appel du château de Vizille ( 21 juillet 1788 ) , furent convoqués par Louis XVI les états généraux qui allaient entraîner sa chute , signe avant-coureur de l'inévitable déclin de la puissance coloniale .

Décidément , l'été , songea-t-il ... ( XIII )

C'est alors que , se réveillant , il crut voir un énorme gouffre de ténèbres trouer le ciel ! Tout lui semblait si sombre soudainement , mystérieux comme le martèlement de la pluie sur la vitre , résonance en lui d'un glas sépulcral au-dessus de la loge où il dormait . Regardant par la fenêtre , il remarqua quelques traces de l'orage nocturne ayant agité sous son crâne un ouragan bien plus dévastateur que sur les quais détrempés , tandis qu'à l'horizon mystérieux couronné de nuages menaçants , dans les lointains d'un bras de mer assoupi , le veilleur vit soudain surgir les batîments d'une immense armada ennemie sillonnant l'océan comme les vaisseaux et les veines qui serpentaient parmi les lobes de son cerveau en feu !  

 

 

 

 

FIN

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - Epilogue - V - Vertige - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Breizh-Terminal " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

XIII - Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier ( Sant-Albin-an-Hiliber ) le 28 juillet 1488 / Appel du château de Vizille ( 21 juillet 1788 ) . 

 

" Du , Doppelgänger ,

    Du , bleicher Geselle ,

    Was äffst du nach mein Liebesleid ? "

 

" Der Doppelgänger / Le Double "

 Poème de Heinrich Heine ( 1787 - 1856 ) ,

 Musique de Franz Schubert ( 1797 - 1828 )

( SchwanengesangLe Chant du Cygne , Posth. 1829 ) .

    

 
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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - IV - Terre Nouvelle .

16 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Proxima Centauri b .

Proxima Centauri b .

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

IV - Terre Nouvelle

 

 

" Je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe . Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu , et mille fleuve pareils , dont les teintes indiquaient les différences chimiques , sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " I ,4 . *

 

 

 

 

 

 

 

32 - Elle s’était éloignée vers la passerelle de pilotage , en périphérie de la salle , mais son passage occupait encore chaque repli de l’espace qui semblait simplement se réorganiser autour d’eux , comme si le monde extérieur avait décidé de glisser , silencieusement , vers une autre configuration .

Sans comprendre , ils percevaient qu’elle n’était pas seulement la commandante de ce vaisseau , dont le mouvement n'était perçu par personne , mais en était sinon l’interface , peut-être même l’origine , par sa présence indicible , et dans le hall bleuté où , peu à peu , le temps se dilatait , la cohorte d'êtres brisés dont ils faisaient partie croyait renaître , sensation si douce , dans le ventre d'une mère aux clartés apaisantes , car il n’y avait ni vibration , ni accélération , ni ce vertige propre aux départs irréversibles . Certains s’étaient assis , d’autres restaient debout , rêvant immobiles , comme suspendus à une pensée qui ne parvenait pas à se formuler . La vision de la cité d’Ys continuait de palpiter dans le bassin central , mais elle s’était faite plus diffuse , presque irréelle , comme un souvenir que l’on tente de retenir au réveil .

Yowan , lui , ne la quittait pas des yeux de l'âme ! À un moment , la lumière changea presque imperceptiblement . Le bleu ambiant se fit plus profond , tirant vers des teintes abyssales , tandis que les parois cessèrent de respirer , leur rythme devenant autre , plutôt , beaucoup plus lent . Quelque chose , en dessous , les appelait ! C'est alors qu'un frémissement parcourut le sol .

Non pas une secousse , mais une résonance , comme si le vaisseau venait d’entrer en contact avec une structure plus vaste , enfouie , oubliée . Ce fut une révélation . L’eau s’ouvrit , laissant apparaître des formes cyclopéennes , des arches brisées , des colonnes inclinées , toute une ville en ruine envahie par une obscurité dense , avec une architecture que rien , dans le monde connu de la Terre d'en-haut , ne pouvait vraiment expliquer !

- Ce que vous voyez , précisa un officier centaure , nest pas qu'un vestige du passé .

Le sol vibra à nouveau , plus nettement . Sous le sable et les sédiments , quelque chose persistait à vivre , un murmure , presque instinctif , montant du groupe , confirmait que c'était évident :

- L’Atlantide ! ( XII )

Portant la main à leur cœur , les passagers ressentirent alors tous monter comme un appel dans leur poitrine , lorsqu'ils virent à l'extérieur , un signe lumineux , par un hublot , clignotant en résonance avec ce qu’ils percevaient en eux-mêmes comme dans le bassin !

- Nous ne faisons quarriver , précisa Izold . Nous sommes attendus .

33 - Dehors , posée comme une pieuvre tapie au cœur de cette immensité , s’étendait une structure gigantesque , un astronef que la cité engloutie semblait avoir engendré , ou accueilli depuis des siècles oubliés , dont la forme quasi invisible échappait à toute géométrie simple , se déployant en anneaux concentriques et spirales qui se repliaient sur elles-mêmes , composé de zones entières semblant en sommeil , tandis que d’autres pulsaient d’une activité discrète , presque organique . Yowan cligna des yeux . Pendant une fraction de seconde , il eut la sensation très nette de comprendre que le vaisseau venu de l’île Tristan s’intégrerait entièrement à l’aéronef abyssal , et qu'ils étaient en train d’entrer dans quelque chose de bien plus vaste , comme une cellule retrouvant une structure-monde , une arche interstellaire !

34 - Elle s’approcha de lui . Chacun de ses mouvements , pourtant naturel , semblait calculé , comme s’il obéissait à une loi plus profonde . Lorsqu’elle fut devant lui , elle ne parla pas immédiatement , mais l'observa . Et dans ses yeux de cristal , Yowan sentit une reconnaissance .

- Nous ne sommes pas séparés , lui murmura-t-elle mentalement . Pas au sens où tu las toujours cru .

Elle lui tendit la main . Le geste aurait pu sembler simple . Il hésita parce qu’il pressentait que ce contact ne serait pas anodin , qu’il ne s’agirait pas d’un simple geste humain d'habitude , mais d’un point de bascule . Posant pourtant sa paume dans la sienne , ce fut comme une déchirure , une expansion brutale de la perception , comme si toutes les limites de son être venaient d’être abolies d’un seul coup ! La peau d’Izold n’était pas de chair . Il ne sentait plus seulement la sienne , il percevait en elle des flux , des courants , des structures invisibles circulant entre eux , pendant que des fragments de la centauride affluaient en lui , avec des paysages inconnus , des architectures vivantes , des constellations qui ne correspondaient à aucune carte terrestre . Et à travers tout cela , une continuité , une mémoire qui n’était pas individuelle , mais collective , stratifiée , légendaire ! 

- Connais-tu le pouvoir de la volonté ?

Le vertige devint alors presque insoutenable .

- Arrête ! , lui souffla-t-il , complètement exténué .

Mais elle ne retira pas sa main . Bien au contraire . Elle resserra légèrement son étreinte , comme pour stabiliser ce qui menaçait de se dissoudre .

- Ne me résiste pas !

Sa voix vibrait en lui , impérative , mais , de plus en plus , comme si une logique interne commençait à émerger de ce chaos apparent , se mettait à devenir consolatrice et bienfaisante .

- Nous avons été séparés , lui dit-elle , fragmentéspour habiter des formes incompatibles .

Quant à lui , face à celle qui observait la scène , silencieuse , il ne pouvait encore comprendre que c'était leur façon de parcourir le cosmos à des distances vertigineuses , de voyager dans les étoiles par la pensée !

- Où nous allons , vous ne pourrez pas rester tels que vous êtes ... , finit-elle par ajouter . La transition doit rester invisible ...

35 - Yowan rouvrit les yeux .

- Nous approchons de Proxima , précisa-t-elle .

Ce nom , jadis inconnu , résonnait en lui  désormais , comme une évidence .

- Notre système est devenu le centre dun nouvel équilibreun autre foyer pour ce que votre monde na pas su préserver .

Sans rompre totalement le contact , elle relâcha légèrement son étreinte .

- Là-bas , les lignes de mémoire que vous appelez " celtiquesperdurent depuis l'aube de manière fondamentale .

Une lumière nouvelle , comme en écho à ses paroles , traversa les coeurs .

- Plusieurs nations coexistent , poursuivit l'extra-terrestre , chacune ayant conservé sa singularitéUn empire sest ainsi structurénon pas dans le sens de domination coloniale que vous pourriez lui donner , mais comme une organisation vivante de peuples reliés .

Des images fugaces traversèrent l’esprit du breton qui fixait encore le hublot central , bassin de l'Arche : des terres vertes sous un ciel double , des cités faites de pierre et de lumière , des voix chantant dans une langue qu’il reconnaissait sans l’avoir apprise .

Elle le fixa .

- Breizh en fait partie .

Le cœur de Yowan se serra .

- Sa langue na pas disparu .

Il frissonna .

- Elle a juste évolué .

Puis , presque imperceptiblement , elle ajouta :

- Et cest là que se trouve Ys , capitale de la Nouvelle-Bretagne ...

Leurs mains se séparèrent enfin . Mais le lien , lui , demeurait , irréversible , désormais .

Dans le lointain , l'éclat d' une étoile rouge commençait à croître dans l’obscurité . Avec elle , une promesse , un destin !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - IV - Terre Nouvelle - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Breizh-Terminal " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

XII - La Demeure Enchantée  ( Cycle de L'Etoile II ) , V - L'Île Fabuleuse - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

 

 

*  " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - III - Traversée .

15 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Ker Is , acrylique de Marc Mosnier

Ker Is , acrylique de Marc Mosnier

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

III - Traversée

 

 

" La traversée jusqu'à cette terre fabuleuse

  Où s'anéantissent nos plus belles espérances ,

  Où nos frêles esquifs s'abîment dans les ténèbres ,

  Voyage qui exige avant tout courage , probité ,

  Patience dans l'épreuve ... "

  

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , I , 1 . *

 

 

 

 

 

 

30La mer , ce soir-là , autour de l’île Tristan , demeurait lisse , n’ayant cependant plus la même respiration , presque irréelle , comme si , suspendue , elle avait cessé , dans un silence trop vaste pour être naturel , d’appartenir au monde connu . Même les quelques goélands qui restaient en l'air s’étaient tus , dessinant dans le ciel des cercles vides , des trajectoires interrompues . Le vaisseau apparut sans vague , sans remous , presque sans déplacement perceptible .

Il était arrivé là , simplement , masse aux contours fluides , parcourue de veines lumineuses d’un bleu sombre , comme si une énergie intérieure y circulait . Sa surface , qui ne réfléchissait rien , paraissait absorber le paysage autour d’elle . Le Guern , gardien du phare , fut le premier à percevoir cette petite lueur depuis la salle des lanternes , croyant à un quelconque reflet lumineux sur l’horizon . Mais la lumière persistante , immobile tout d’abord , ne clignotait pas , ne vacillait pas , grandissant peu à peu , et semblant franchir l'épaisseur du réel , depuis une autre dimension . Lorsqu’il toucha la rive , aucun choc ne se produisit . La matière du rivage sembla l’accueillir , se déformant légèrement , comme une mémoire qui reconnaîtrait ce qu’elle n’avait pourtant jamais vu . Alors , l’île fut parcourue d'un souffle et les derniers habitants de la zone , qui n’étaient plus très nombreux , regroupés depuis des jours dans une attente sans nom , sortirent lentement de leurs demeures . Quelques dizaines tout au plus . Des visages marqués , creusés par les nouvelles inquiétantes venues de l'est . Paris , la capitale , détruite  , selon le communiqué laconique de la radio , qui avait d'abord parlé d’effondrement de l'armée , avant d'évoquer ensuite cette nuit qui avait brusquement avalé , une à une , les lumières de la ville ainsi que toute la richesse de sa prestigieuse architecture ! Aucun détail précis , pourtant , seulement des fragments de voix , des témoignages incohérents , des transmissions interrompues . Tout convergeait . Maintenant , d'après une rumeur insistante d'attaque imminente sur la Bretagne , ce serait , bientôt , le tour de l’île Longue , évidemment , base nucléaire stratégique devenue cible !

31 - Une ouverture s'était dessinée dans la coque , non pas comme une porte , mais comme une absence progressive de matière . Une forme humaine en avait émérgé . 

Lorsqu’elle posa le pied sur le sol de l’île , le silence se fit plus dense encore . Elle avançait lentement , vêtue d’une tenue aux reflets irisés , pareille à la surface du vaisseau . Ses traits semblaient à la fois jeunes et anciens , comme s’ils avaient traversé plusieurs âges sans jamais s’y fixer . L'îlien qui devait l'accueillir sentit alors quelque chose se fissurer en lui . Ce n’était pas une émotion ordinaire .

Ni admiration , ni désir au sens commun . C’était une reconnaissance brutale , presque douloureuse , comme si une partie de lui-même , oubliée depuis toujours , venait soudain d’être réveillée . Il tenta de détourner le regard . Mais c'était impossible !

Izold s’arrêta un instant , balayant l’assemblée de ses yeux clairs . Lorsqu’elle croisa ceux de Yowan , le temps sembla se contracter une seconde , peut-être moins , mais elle contenait une densité insoutenable . Puis elle reprit sa marche , entourée de ses lieutenants , dont la taille dépassait la normale , et dont la physionomie différait étrangement de celle des terriens de l'endroit .

- Vous devez embarquer ! , dit-elle avec autorité .

Sa voix ne portait pas , et pourtant chacun l’entendit distinctement , comme si elle s’adressait à lui seul . Personne , d'ailleurs , n'aurait osé lui poser de questions . Docilement , ils avancèrent , un à un , vers l’ouverture du vaisseau . Alors , complètement résignés , mais avec une lenteur propre à ces instants de doute et d'angoisse où la conscience n’a pas encore bien décidé si elle doit croire ou fuir , ils montèrent tous à bord . La commandante et son équipage , à l’intérieur , les rassembla dans une vaste salle circulaire où une lumière bleutée , organique , émanant des parois qui respiraient comme une peau vivante , enveloppait les corps , calmant les esprits . Le sol y était lisse , presque liquide . Au centre , une légère dépression formait une sorte de bassin sec , dans lequel se reflétait une lumière mouvante , comme une mer miniature en perpétuelle transforma- tion . Les réfugiés s’y regroupèrent avec résignation .

Lorsqu’elle entra dans la salle , un frisson parcourut l’assemblée , puis le silence devint total .

- Vous avez quitté un monde qui seffondre ! , leur déclara-t-elle avec une certaine solennité , dressant le tableau desespéré des derniers évènements . 

Certains baissèrent les yeux . D’autres fermèrent les paupières , comme pour contenir une douleur devenue trop vaste . Un murmure parcourut le groupe . Non pas de protestation, mais d’acceptation difficile . Quand elle leva légèrement la main , la surface du bassin central s’anima . Des formes émergèrent , d’abord indistinctes , puis progressivement reconnaissables , dessinant une cité qui s’élevait au-dessus des flots , mais aussi en dessous , comme si elle avait existé sur plusieurs plans simultanément .

- La ville d’Ys doit renaître aux derniers temps !  , s'écria l'officière tournant lentement sur elle-même , son regard croisant celui de chacun , tandis qu'un souffle collectif traversait la salle , bouleversée par ce nom chargé de légendes et d’ombres , qui semblait résonner en eux avec quelque chose de plus profond qu'ils n'arrivaient pas à définir . ( XI )

Le voyage se fit sans mouvement , en apparence . Le bâtiment glissait hors du visible à une vitesse inimaginable , puis s’immergea dans des profondeurs que nul regard humain n’aurait pu soutenir . Là , au cœur d’un océan devenu opaque , apparut une structure immense , un astronef dissimulé parmi les ruines d’une Atlantide oubliée !

Pourtant, les passagers ne se rendirent compte de rien , laissant leur esprit transformer le réel sans aucune rupture dans leur nouvel habitat s’intégrant à l’ensemble , silencieusement , comme une cellule retrouvant son organisme .

Seul Yowan perçut une dissonance , une fissure , avec , au centre de cette faille : Izold !

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - III - Traversée - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Breizh-Terminal " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

XIUne légende dit que quand Paris sera engloutie , ressurgira la ville d'Ys : Pa vo beuzet Paris , ec'h adsavo Ker-Is ( Par-Is signifiant en breton " pareille à Ys " ).

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .

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