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LUCILE - III - Le Domaine Interdit .

10 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LUCILE

LUCILE - III - Le Domaine Interdit .
 
LUCILE
 
 
 
 
 
 
 
III - Le Domaine Interdit
 
 
 
 
 
 
" Toi seule verses des larmes Déesse charmante , et les fleurs naissent "
  Chateaubriand - " Mémoires d'Outre-Tombe " , Livre III , 8 - Manuscrit de Lucile - L'Aurore .
 
 
 
 

8 - Je me sentais tellement seul après ce nouvel aller-retour New-York où la blessure de mon âme avait encore saigné en silence quand je m'étais rappelé celle qui , sur ce vol , autrefois , par sa joie de vivre , avait réussi à rallumer le feu de l'espérance et la grisaille d'une vie d'errance au service de ce que je jugeais de médiocres futilités . 

De retour à Paris , par un soir de janvier plutôt lugubre , je me rendis à la Cité universitaire , le froid collant aux façades grises que la lumière blafarde des réverbères dévoilait à peine , faisant , par endroits , ressortir une impression de solitude et d’abandon lorsque le vent d'hiver , soufflant en violentes bourrasques , les balayaient de pluie , au-dessus de la morne agitation de quelques boutiques plongées , comme moi , et quelques rares passants solitaires , dans un sentiment de tristesse et de profonde torpeur . Je grimpai en vitesse l’escalier du bâtiment où logeait Claire , le cœur serré , décidé à obtenir des explications . Frappant sur sa porte , je n'obtins aucune réponse , et dut revenir le lendemain , puis encore un autre jour . Ce fut seulement le quatrième soir , que le " sésame " fonctionna . Claire apparut sur le seuil , emmitouflée dans un manteau sombre . À côté d’elle se tenait une autre fille , plus jeune , qui m'observait avec une curiosité prudente .

- Paol ? , fit-elle , surprise .

- Oui , je te cherchais . J'ai besoin que tu m'expliques ... Lucile ?

Secouant la tête , l'étudiante hésita .

- Je n'habite plus ici . Je suis juste passée prendre une lettre .

- Une lettre ?

- De Lucile , justement .

Le prénom tomba entre nous comme une pierre .

- On peut se parler ? , demandais-je .

- Pas ce soir . Et , baissant la voix :

- Rendez-vous dans quelques jours . Je te dirai tout ! C'est promis !

Puis , retenant sa nervosité , elle referma doucement l'entrée .

9 - Claire avait , sans doute , voulu éviter tout décor qui pût retenir la mémoire , car elle avait choisi un petit restaurant près de la gare , un de ces lieux de passage que le flot des voyageurs vide et remplit selon l'horaire des trains , comme une marée montante et descendante , à chaque arrivée ou départ . Dehors , la froidure mordante paraissait enserrer la ville dans son manteau d'hiver , durcissant l’air et faisant glisser les trottoirs , tandis qu'à l’intérieur , la lumière d'un doux crépuscule éclairait faiblement la salle qui semblait hors du temps , dernière antichambre avant le voyage ...

Nous nous étions installés près de la vitre . Elle me résuma l'essentiel , parlant doucement , comme si tout devait déjà appartenir au souvenir , d’abord qu'elle devait revenir ici le lendemain . Puis, sans transition :

- Lucile n'est jamais allée à Combourg de sa vie

Je relevai la tête , abasourdi par ce que je venais d'entendre .

- Je sais bien , mais elle y a vécu autrement , lui répondis-je , expliquant ce que j'avais fini par comprendre , que ce lieu n’avait , sans doute , jamais été pour notre amie un lieu réel , mais un symbole emprunté , surtout lorsqu'elle parlait de lui en évoquant le donjon , l’escalier très étroit , l’effort qu’il fallait pour atteindre la chambre haute , là où l’air se faisait plus rare et la lumière plus incertaine , avec une précision qui nous étonnait .

- Lucile aimait surtout cette montée , me confirma-t-elle avec nostalgie , pas le château lui-même , la montée ...

Je la regardais faire glisser sa tasse entre ses doigts .

- Comme l'autre , ajoutai-je après un silence , la soeur de Chateaubriand , toujours enfermée , toujours à l'écart , bien trop sensible au monde pour y rester longtemps faire son pas de danse , et qui montait là-haut comme on se retire en soi-même !

- Oui , elle s'est reconnue là-dedans , poursuivit Claire , dans cette tristesse qu'elle voulait fuir comme la peste en donnant l'image fausse d'une bonne vivante , alors que , profondément , elle ressemblait à son père . Elle voulait monter , s'élever , quitter le bas pour atteindre quelque chose de plus haut , même si ça signifiait la solitude . Le couvent , l'Espagne , c'était la suite logique ... 

- Le renoncement , jusquà ne plus appartenir quà soiou à Dieu , le couvent , mourir au monde , murmurai-je  avec rage sans vouloir croire encore l'horrible nouvelle qui m'avait été annoncée au début de la rencontre .

Je pensais aux parents de Lucile , à Suzanne et Joseph . À leur inquiétude muette , à leur rigidité aussi . À la dispute violente qui avait précipité son départ . À cette honte dont parlait la lettre : s’être servie de moi pour apaiser ses parents , pour donner le change , puis rompre avec sa copine et tout abandonner brusquement ! 

- Elle est partie de Brig avec Elise Montandon , m'avait précisé ma voisine , qui l'a accompagnée jusqu'en Andalousie . Après , je crois qu'elle est restée seule

10 - La porte du restaurant s’ouvrit , faisant place à une jeune femme qui , se frayant son chemin vers nous parmi les convives , cherchait Claire du regard . Celle-ci se leva lorsqu’elles se reconnurent , leurs deux visages s’éclairant d’un même mouvement . 

Je te présente Heidi ! Mais tu l'as déjà aperçue dans l'appartement , non

La jeune femme , posant , d'un geste simple et rassurant , sa main sur l’avant-bras de Claire , se mit à lui sourire . Elles échangèrent toutes deux quelques mots à voix basse . Je les observais discrètement , sans m’imposer : l’évidence des regards prolongés , l'intimité évidente , et cette façon qu’avait Claire de s’orienter vers elle , comme vers un point stable à l'horizon des tempêtes , me troubla . Et quand elle revint s’asseoir à table , je trouvais que le visage de mon invitée avait changé : plus serein , plus déterminé . 

- Je pars demain , déclara-t-elle . Je rentre en Suisse !

- Elle ne voulait pas te faire souffrir , essaya-t-elle de m'expliquer une fois de plus , me montrant la lettre à nouveau .

Je ne savais que dire .

À cet instant , la nouvelle venue se leva et vint poser sa main sur l'épaule de mademoiselle Bender .

- On y va ?

Claire se leva à son tour , Heidi l'aidant à enfiler son manteau , ajustant son écharpe sur son col , geste attentif , presque intime., effleurant sa joue du bout de ses lèvres fines . Rien n’était vraiment démonstratif , mais rien n’était caché non plus . Je compris alors la force de leur attachement - discret , jamais formulé - mais qui ne pouvait laisser aucun doute possible à la phrase de Lucile , prononcée devant la crèche :

- Quelle horrible douleur ce doit être d'accoucher !

Posant la main sur mon bras ,  la fille de Sierre fit un geste d’adieu plus que de consolation .

- Prends soin de toi !

Je les regardais prendre le large , déjà presque absentes , réalisant que j'avais voulu franchir , sans le savoir , les limites d’un territoire qui ne m'appartenait pas , comme un domaine interdit , pays mystérieux d’un amour inconnu , où la foi et la faute se refermaient désormais sur moi .

11 - " Dis-lui pardon , dis-lui que je lai entraîné sur le chemin des sept douleurs malgré moi , avouait Lucile dans sa lettre .

Solitude , espérance , elle avait aussi noté ces mots . La nostalgie d'un rêve nous console souvent des ordonnances d'un implacable Destin .

C'est tout ce qui me restait d'elle , avec , aussi , ce petit livre oublié sur son beau pays du Valais que , triste à mourir , je courus chercher dans ma chambre pour y reconnaître une odeur imprégnée de sa présence , un parfum subtil de sa montagne . Je le portais à mon visage , le soir , afin d'y cacher ma peine , feignant de croire qu'elle allait encore sonner à ma porte , qu'elle se trouverait là , un jour , près de moi .

Sur le chemin du retour , flânant le long du quai , je m'efforçai d'y voir plus clair , sombre paradoxe devant le spectacle des flots boueux de la Seine . Alors , je repensais à Bellwald et revis sa route étroite , l’hiver , la neige tassée qui oblige à monter lentement , virage après virage , sans certitude d’arrivée .

Puis , je songeais au téléphérique , à cette solution de facilité qui élève sans effort , qui efface la pente , le froid , la fatigue , et qui , en retour , escamote la difficulté du relief .

Je compris que la vie citadine de Lucile avait un peu trop ressemblé à ce téléphérique , l'éloignant peu à peu de son enfance montagnarde , élévation rapide , artificielle , qui l’avait dispensé de l’épreuve réelle de l'alpe suisse qui ne se livre pas , mais qui exige la marche , le silence , l’acceptation tacite d'une douleur . Ce silence , le père de Lucile , Joseph , l'ayant certainement mieux compris que les autres , l’avait toujours porté en lui . Mais il n’avait rien dit . Non par dureté , mais parce que certaines vérités , quand elles se traversent , ne s’énoncent pas . Je revis son regard grave et retenu , ce mutisme qui n’était ni refus ni ignorance , mais lucidité . Il savait que sa fille ne pouvait emprunter qu’un seul chemin , celui qui monte sans raccourci , même s’il isole .

Quant à moi ,  je me disais que je finirai par accepter que ma place n’était pas sur cette route-là , que je n'étais pas fait pour l’ascension dans la neige , ni pour le silence prolongé des hauteurs .

Peut-être avait elle souhaité m'indiquer la route ? Moi qui confondait l’élévation spirituelle avec ma profession , je me souvins de ces mots de Rilke , lus autrefois sans vraiment en saisir l'importance , où il affirmait que nous serions un jour futur capable de trouver la vraie réponse aux nombreuses questions que nous étions entrain de vivre hier sans jamais les comprendre ... ( 5 )
Alors , tout se rassembla dans mon esprit confus comme une sorte de puzzle imaginaire .

Je les reconnaissais tous , Ils étaient bien sept , dans mon rêve , cette nuit-là : 

Lucile , ma première douleur , incarnait l’appel intérieur .
Claire , la seconde , montrait la compréhension sans promesse .
Pour moi , la troisième , c'était l’attente confuse .
Joseph et Suzanne , le couple de la quatrième , unissaient la loi et la rupture .
Élise Montandon , la cinquième , indiquait le passage .
Heidi , la sixième , détournait la révélation silencieuse .
Et enfin Thérèse dAvila , montait jusqu'à la septième demeure .

Les sept douleurs formaient donc un chemin .
La sainte l’avait écrit quelque part :
" L’âme est comme un château tout de diamant , de cristal très clair . Il faut passer par de grandes peines pour arriver aux dernières demeures ."  ( 6 )

Lucile accepterait ses peines . Claire suivrait les siennes . Moi , je devais partir , non pour arriver ailleurs , mais pour m’éloigner de moi-même ... 

 

 

 

FIN

 

 

                                             ___

 

DAN AR WERN - LUCILE III - Le Domaine Interdit - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LUCILE " , copyright 2026 . 

                                             ___

Notes :

5 - Rainer Maria Rilke - " Lettres à un Jeune Poète " , IV , lettre du 16 juillet 1903 ( à Franz-Xaver Kappus ) .

6 - Sainte Thérèse D'Avila - " Le Château Intérieur " ( 1577 ) , premières demeures , I , 1 et II , 12 .

 

 

 

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LUCILE - II - Noël à Bellwald .

7 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LUCILE

LUCILE - II - Noël à Bellwald .
LUCILE - II - Noël à Bellwald .
 
 
 
LUCILE
 
 
 
 
 
 
 
II - Noël à Bellwald
 
 
 
 
 
 
" Neige éternelle qui fait pâlir les étoiles ,
  Toi qui portes à tes flancs de grandes vallées
  Où l'âme de la terre s'exhale en odeurs de fleurs ,
  Me suis-je enfin perdu en toi ,
  Uni au basalte comme un métal inconnu "
 
Rainer Maria Rilke - Le Livre de la Pauvreté et de la Mort .
 
 

3 - Après notre balade à Paris , l’hiver , avec une rigueur presque administrative , avait refermé ses portes sur la vie de Lucile . Son stage d’hôtesse-étudiante achevé , elle était rentrée à Sion , dans l’appartement clair qu’elle partageait encore à moitié avec ses parents , pour reprendre là-bas des études de commerce . Les semaines d'automne , auparavant , avaient filé , aussi denses que studieuses , lui permettant de se réfugier derrière cette prétendue charge de travail pour espacer , puis éluder , les lettres qu'elle daignait m'adresser , ne me répondant que brièvement , toujours très en retard , mais avec une précision qui évitait soigneusement toute confidence .

À l’approche de Noël , un élan , peut-être mélange de culpabilité et de nostalgie , l’avait pourtant décidée à m’inviter en Suisse .

" Viens pour les fêtes , m'avait-elle griffonné sur une carte postale . Tu verras comme cest beau , l’hiver à Bellwald ! "

J'arrivais un matin de décembre , après un long périple sur des quais glacés , ponctué de correspondances dans des villes que je ne connaissais que trop peu . Puis , le village , comme un edelweiss planté au-dessus de la vallée du Rhône , surgissant au bout d'un autre long voyage en car , m'offrit soudainement son sourire de blancheur sur l'immensité du  ciel bleu , et ses chalets enfouis dessous leur manteau de neige aux fumées droites dans l'air immobile , tandis que , dans le lointain , retentissaient ses cloches , presque assourdies par le froid . 

Lucile m’attendait devant la maison familiale , au bout du téléphérique . Elle n’était pas seule. À ses côtés se tenait Claire Bender , la jeune femme qui l’avait hébergée à Paris .

Brune , emmitouflée dans un manteau trop léger pour la montagne , elle souriait avec une aisance un peu surfaite , qui me surprit . Le choc me figea un instant , car je ne m’attendais pas à cette présence , encore moins à la familiarité évidente qui semblait unir les deux jeunes femmes .

- Claire passe la soirée de Noël avec nous , m'expliqua l'étudiante . Elle navait pas envie de rentrer tout de suite à Sierre chez ses parents . 

J'acquiesçais de la tête , sans rien dire , mais je sentis quelque chose d'imperceptible pouvant remettre en cause le caractère important que j'avais espéré de ma venue .

Bellwald était le village du père de Lucile , Joseph Bauer , un homme d'une cinquantaine d'années , trapu et silencieux , germanophone , dont les mains portaient les marques d’une vie de charpentier passée à façonner le bois . Laissant dans les escaliers et les poutres comme une trace , une signature personnelle invisible que chacun reconnaissait pourtant , puisqu'il avait travaillé à presque toutes les maisons du village , en tant qu'ébéniste , il fabriquait aussi , avec les essences de la montagne , des meubles rustiques traditionnels de chêne ou pin massifs . Passant avec prudence du dialecte alémanique à un français plus lent , mais précis , portant sur lui la retenue des hommes qui , préférant l'action , parlent peu , il m'accueillit avec une poignée de main ferme , un sourire réservé .

La mère de Lucile Suzanne Bévilard , contrastait avec lui .

Francophone , pasteure , elle officiait à Brig , le bourg voisin , faisant chaque jour la route à travers la vallée . Son engagement pour le " Simultaneum " – cette cohabitation des cultes dans un même lieu – était connu et discuté à Bellwald , village resté majoritairement catholique . Elle rêvait de voir l’église du lieu s’ouvrir à cette pratique , mais ce projet fraternel ne suscitait généralement qu'une ironie condescendante faite de sourires et de silences polis .

Les préparatifs de Noël commencèrent dès le lendemain . Joseph sciait du bois derrière la maison , tout en m'expliquant la façon de choisir une bûche qui brûle lentement . Suzanne et Lucile , à l’intérieur , préparaient les biscuits , pendant que Claire essayait de se rendre utile , curieuse et volontaire , posant mille questions sur les traditions villageoises .

Les langues se croisaient , français dans la cuisine , allemand dans l’atelier , parfois transformées en un curieux mélange des deux tout autour de la table . Je me mis à observer Lucile évoluant avec aisance dans ce monde qui était le sien , la sentant plus proche de Claire , et d’une manière nouvelle , presque exclusive .

Le soir , je pouvais mesurer la distance qui s’était installée entre nous , non pas de manière brutale , mais progressive , comme un paysage qui change peu à peu sous l’effet de la neige , lorsque les flocons se mettent à tomber dru et que les lumières du village se raréfient .

Les répétitions pour la veillée de Noël réunirent tout le monde à l’église . Suzanne y participait en invitée , tolérée comme une substance étrangère examinée avec une curiosité railleuse , mêlée de réserve , au microscope .

Joseph , lui , restait en retrait , fidèle à ses habitudes , plus à l’aise à fabriquer un meuble qu’à débattre de théologie .

Dans cette attente feutrée de la fête , entre odeur de résine , craquement du bois et prières murmurées , chacun préparait Noël à sa façon . Je compris alors que ce séjour à Bellwald ne serait pas seulement une parenthèse hivernale , mais un moment de vérité silencieuse , où se jouaient bien plus que des retrouvailles .

4 Le soir de Noël tomba bientôt sur Bellwald . La neige réfléchissait une clarté presque lunaire , et le village entier , semblant pris dans une sorte de suaire blanchâtre , entra justement , comme un chapelet de " lièvres " et "coucous " vaincus par le frimas , dans son église basse et massive de " Marie des Sept Douleurs " , saturée d’odeur de cire ancienne et de laine humide . ( 3 )

Je m’assis entre les deux étudiantes , légèrement en retrait , observant les visages connus et inconnus , burinés par l’altitude et les hivers .

Devant l'autel baroque , au moment de l’homélie , le prêtre invita Suzanne à dire un mot pendant qu'un murmure discret parcourait les bancs de la nef . Elle s'exprima d'une voix calme , sans solennité .

- On ma demandé de parler de fraternité , dit-elle simplement .  Je ne parlerai pas de dogme . La fraternité commence quand on accepte de ne pas se comprendre entièrement , mais de rester unis ensemble malgré tout , pour affronter la tempête . N'est-ce pas ce que nous avons toujours vécu en Suisse ?

Après une pause , elle rajouta :

- Noël nous rappelle que Dieu n’est pas venu résoudre nos divisions , mais naître au milieu delles .

Cette manière simple de prêcher , convainquit plutôt l'assemblée , car ce n’était pas le fait d'une fervente mystique éthérée , mais la reconnaissance d'un travail quotidien de chaque fidèle tentant , chaque jour , d'accueillir le nouveau-né dans le secret de son âme . 

Alors , je sentis quelque chose en moi se dénouer . Lucile , à côté de moi , écoutait poliment . Claire fixait un point vague au-dessus du tabernacle .

5 Après la messe , la pasteure m'invita , moi , l'ami de son enfant bien-aimé , à monter à l’étage de la maison , dans une petite pièce mansardée qu'on aurait pu prendre pour une échoppe de bouquiniste .

Elle m'ouvrit la porte presque timidement . 

- C'est mon désordre , me dit-elle en souriant .

J'y vis des piles de livres instables qui s'entassaient partout sur des étagères doubles , des volumes ouverts parmi les papiers traînant sur le bureau , annotés , des poèmes , de la théologie , des carnets reliés à la main .

- Vous écrivez , paraît-il ? , m'a confié ma fille .

- J'essaie , répondis-je . Surtout de la poésie . Et  j'en lis aussi quand je n'arrive pas à dormir .

Elle tira un recueil d’un amoncèlement d'ouvrages tenant en équilibre . 

- Rilke .

Un sourire immédiat s'afficha sur mon visage .

- " Malte ", dis-je . Et " Les Élégies " !

- Plus " Les Lettres à un Jeune Poète " que voici , ajouta-t-elle , toute fière de brandir une vieille édition , toute poussiéreuse , mais reliée de cuir aux lettres d'or . Sa tombe est à Rarogne , à côté de chez nous . (

- Je le sais , répondis-je avec douceur . Mais je n'ai jamais osé y aller .

- Nous irons ensemble , alors , conclut-elle simplement .

C'est à cet instant que j'eus la sensation troublante d’être plus à ma place ici , dans ce grenier littéraire , et de m'y sentir plus proche , en tout cas , de sa mère que de Lucile elle-même .

6 - Dans la grande pièce commune chauffée par le poêle , se tint le réveillon . La table était solide , sans nappe , dressée avec soin par Joseph , qui avait participé en silence , découpant le pain , disposant les assiettes . 

Le menu était celui des fêtes valaisannes , composé d'une belle raclette , avec du fromage fondu à la flamme , servi avec des pommes de terre en robe des champs , cornichons , plus oignons vinaigrés . Puis , vint une viande séchée du Haut-Valais , fine et sombre . Enfin , pour le dessert , ce fut une tarte aux noix et des brislets croustillants .

- Chez vous , dis-je en servant Lucile , j'ai l'impression que Noël est beaucoup plus ... convivial .

- Protestant , me corrigea-t-elle avec un sourire . Chez les catholiques , j'ai toujours trouvé l'ambiance plus froide , plus hiérarchique .

- Et pourtant , repris-je , c'est ici qu'on m'a parlé de fraternité .

Elle haussa les épaules .

- Bien sûr , mais moi … Elle hésita . J'ai un faible pour la Vierge . Et pour l'architecture italienne . Les églises du Tessin , par exemple . Tout est plus charnel là-bas . Les fresques les madones , les bougies ...

- Tu crois encore à tout ça , toi ? , lui demandais-je sans ironie .

- Je ne crois pas , me répondit-elle . Je ressens .

Joseph mangeait en silence , découpant soigneusement sa portion de gâteau , hochant parfois la tête comme s’il voulait donner le change pour avoir la paix , suivant son propre monologue intérieur .

On ne savait jamais très bien s’il se tenait à l'écart , faisant semblant de ne rien comprendre , ou s’il choisissait plutôt de ne rien vouloir commenter .

Claire , elle , était là sans y être . Elle souriait quand on la regardait , mais ses gestes mécaniques témoignaient de son absence effective . Elle tournait machinalement son verre entre ses doigts , jetant parfois vers la fenêtre un vague regard , comme si quelque chose - ou quelqu’un - l’attendait ailleurs .

- Tout va bien ? , lui demanda Suzanne .

- Oui oui , répondit-elle trop vite . Je pensais à Paris .

Je la regardais avec attention : son beau visage semblait tiré par une inquiétude sourde , une attente qui n’avait rien à voir ni avec Noël , ni avec Bellwald .

La conversation s’étiola doucement . Le feu crépitait . La neige continuait de tomber en silence , régulière , épaisse . Je compris alors que cette soirée , si paisible apparemment , révélait déjà ses lignes de fracture : entre croyance et ressenti , entre parole et non-dit de ceux qui étaient là , et de ceux qui , déjà , semblaient ailleurs ...

7 - Je me réveillai tard .

La maison , comme un vaisseau fantôme sur une mer déserte , paraissait vide . Ce n'était plus la ouateur nocturne de la veille , tombant tel un voile de communiante sur les façades enneigées , mais la sensation du vide après un départ précipité . Le poêle était encore tiède . La lumière d’hiver entrait rasante , coupant la pièce en bandes pâles .

J'appelais d'abord Lucile . Pas de réponse .

Dans la cuisine , Joseph Bauer était assis à la table , une tasse de café noir entre les mains .

Levant la tête , il esquissa un signe de bienvenue , puis retourna à sa boisson .

- Bonjour, lui dis-je .

- Bonjour , me répondit-il après un temps .

Le mot semblait avoir demandé un effort .

Je regardais tout autour de lui .

- Où sont ... les autres ? , demandais-je .

Il chercha ses mots , fronçant légèrement les sourcils .

- Suzanne ... temple . Brig . Il fit un geste vague vers la vallée . Office du matin .

Puis , après une pause :

- Les fille ... parties tôt . Sion .

- Déjà ? , fis-je avec une pointe de surprise , aussitôt suivie d’un malaise . Pourquoi ?

L'ébéniste haussa les épaules .

- Sans doute affaire… urgente . Il chercha encore . Une amie . Problème .

Il se tut , comme si cela suffisait .

- Quelle amie ? , insistais-je poliment .

L'autre leva les mains , paumes ouvertes , dans un geste à la fois d’impuissance et de retrait .

- Je ne sais pas bien . Claire parle vite . Lucile aussi .
Il esquissa un sourire bref . Moi ... français difficile .

Nous restâmes quelques secondes muets . Finalement , Joseph se leva , enfila sa veste.

- Je vais à l'atelier, se décida-t-il avant de désigner la table derrière lui :

- Pain . Fromage . Si tu veux .

La porte se referma avec un bruit mat , qu'on aurait dit définitif .

Je m'assis à mon tour .

On voyait que le petit-déjeuner matinal avait été préparé à la hâte : deux tasses non rangées , plus une écharpe oubliée sur le dossier d’une chaise , celle de Claire , j'en étais presque sûr . Aucune note . Aucun mot .

Je pris mon téléphone . Aucun message . Ni de Lucile , comme d'habitude , ni de son amie .

Par la fenêtre , le village s’éveillait lentement . Les cloches de Brig , étouffées par la neige , résonnaient dans le lointain . Je pensais à Suzanne , à sa promesse de Rilke , à la tombe proche , intacte , immobile pour l'éternité , à l’opposé de ce qui venait de se produire .

Une " affaire urgente " .
Formule commode , élastique . Elle pouvait contenir un malaise , une peur , un appel pressant venu de l'extérieur , ou quelque chose de plus intime , de plus décisif . Ce qui me troublait n’était pas tant le départ que la manière : ensemble , sans moi , sans explication !

Je compris alors que le cœur du séjour ne se jouait plus ici , à Bellwald , ni même entre Lucile et moi , mais ailleurs , dans un espace fermé , auquel je n’avais pas accès , de la ville de Sion .

Je me levais , remis mon manteau . Avant de sortir , mon regard fut attiré par un livre laissé sur le buffet : " Les Cahiers de Malte Laurids Brigge " . À l’intérieur , un marque-page improvisé : un ticket de train SionParisJe refermais l'ouvrage sans le remettre à sa place . Le chapitre s’achevait ainsi : dans une maison pleine de vestiges du passé , un homme laissé derrière , et deux jeunes femmes parties pour une urgence dont le nom , volontairement , m'échappait ... 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - LUCILE II - Noël à Bellwald - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LUCILE " , copyright 2026 . 

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Notes :

3Bellwald est une commune suisse du canton du Valais , située dans le district de Conches Les habitants de la commune sont surnommés " die Hasen " , soit les lièvres , tandis que ceux de la localité voisine de Bodmen sont surnommés " di Guggera " , soit les coucous en patois valaisan L'église de Bellwald construite en style baroque en 1698 est dédiée à Marie des Sept Douleurs

4 - Rainer Maria Rilke ( -écrivain , poète austro-hongrois qui , au terme d'une vie de voyages entrecoupés de longs séjours à Paris , finira par s'installer en 1921 à Veyras-en- Valais ( Suisse ) pour y soigner la leucémie dont il mourra .

Auteur de : " Les Cahiers de Malte Laurids Brigge " Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge ,1910 ) - " Les Élégies de Duino " Duineser Elegien ,1923 ) - " Lettres à un Jeune Poète " Briefe an einen Jungen Dichter , 1929 

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LUCILE - I - Combourg .

5 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LUCILE

Lucile ( Noémie Schmidt )

Lucile ( Noémie Schmidt )

 
 
 
LUCILE
 
 
 
 
 
 
 
I - Combourg
 
 
 
 
 
" Au printemps , tu verras , je serai de retour ,
  Le printemps , c'est joli pour se parler d'amour ... "
 
Barbara - " Dis , quand reviendras-tu ? " *
 
 

 

 

 

1 - Qu'y-avait-il au fond de moi pour que j'aie si mal ? Je me promenais à Combourg , dans le parc du château , lieu chargé d’histoire et de réminiscences littéraires , qui agissait en moi comme un déclencheur de mémoire . Je m'y souvenais d’une jeune femme rencontrée jadis , parce qu’elle avait , lors d’une conversation , parlé d'un souvenir lié à cet endroit magique , et parce qu’elle portait le même prénom que Lucile de Chateaubriand .

Je sortais d'une rupture à l’époque de cette rencontre , affrontant , malgré le décorum illusoire propre à mon activité professionnelle , une solitude sourde , presque résignée . Pourtant , c’est lors d’un vol , dans le tourbillon factice des faux sourires hypocrites , que j'avais croisé cette Lucile , jeune hôtesse de l’air étudiante , figure à la fois lumineuse et tellement vraie par son dynamisme et son enthousiasme qu'une relation timide avait fini par s'esquisser dans l’entre-deux de nos multiples va-et-vient en cabine , genre d'intimité fragile née de quelques coups d'oeil complices , d'encouragements , de rapides confidences , toutes ces marques éphémères témoignant de la vie d'un équipage entre deux escales .

Ce matin-là , New-York se profilait une fois de plus comme un fantôme à travers les hublots , dans cette contrée intemporelle où les premières lueurs conquérantes de l'aube semblent magnifier le paysage . Le film était fini , beaucoup de gens dormaient encore plus ou moins bien dans l'avion . D'autres luttaient par la lecture , sous un quelconque lumignon , dans la cabine obscure de ce 747  " Jumbo " , s'efforçant avec peine d'oublier leur fatigue .

- Eh bien , mon cher , j'ai l'impression que c'est pas le " top " aujourd'hui ?

La vie semble si étrange , parfois , difficile à comprendre . 

Présage ou coïncidence ? 

Elle était arrivée si vite , la veille , dans l'allée de la Cité PN , comme une ombre qui s'était mise à surgir là , brutalement dévoilée , des lignes de son propre Destin ! Sans doute était-il temps ? ( 1 )

Qui peut savoir ? Maintenant , l'océan des nuages gris et roses colorait , au dehors , l'immensité sombre de l'atlantique , s'irisant des éclats d'or du soleil émergeant peu à peu au-dessus de l'horizon . Sa lumière commençait à poindre , et la nuit se voyait contrainte , en même temps que lui , de donner naissance à la beauté d'un nouveau jour sans doute incomparable , comme celui du retour d'une voyageuse tant attendue depuis des lustres . Vraiment , c'est avec une grande surprise que je la voyais chaque fois réapparaître auprès de moi quand elle avait fini de tenir la chandelle à un pauvre passager en détresse ! 

- Oh , si tu l'entendais , cette espagnole !

Qui aurait su le dire ? Sans doute aurais-je voulu soudain marcher , courir vers elle comme un fou échappé d'un asile d'aliénés pour la rejoindre ? Et puis , dans le creux de l'oreille , tout lui confier , enfin , du calvaire de mon existence insignifiante . Mais comprendrait-elle vraiment ce désir qui m'avait brusquement saisi de changer mes façons de vivre avec elle pour un immense besoin d'amour et de liberté ?

2 - Je l'avais ensuite revue à Paris . Nous nous étions retrouvés près de l’Opéra , lorsque la lumière tombait encore sur les façades , dorant les statues . Qu'il faisait beau , ce soir-là ! Elle portait un manteau sombre  , simple , presque fonctionnel . Venant de la Cité Universitaire où elle habitait une modeste chambre avec une étudiante qui tentait , comme elle à Sion , d'obtenir un diplôme équivalent d'ingénieur dans une école de commerce française , elle s'était dit , m'avoua-t-elle plus tard , qu'il lui fallait profiter tout de même d'un peu plus de liberté pour marcher à l'aventure en remontant , depuis Châtelet , le boulevard , pour tenter de calmer ce mal sournois qui lui dévorait les entrailles : faire les magasins ! Moi , pendant ce temps , je guettais sa silhouette , pensant avec une légère angoisse à ce qui allait suivre .

2 )

Et lorsqu'enfin je la vis , un peu plus tard , jeune fille ravissante , élancée , surgissant victorieuse de la foule , avec sa chemise de lin , son jean bleu délavé , sa coiffure bonde en chignon , mon coeur se mit à battre plus fort ! C'était bien elle , enfin , Lucile Bauer , je la reconnus dans la multitude , et j'avais l'impression de revenir en arrière , au temps de ma jeunesse triomphante , prêt à bousculer tous les obstacles du rêve et de l'illusion !

J'avais choisi un restaurant discret donnant sur une rue étroite , pavée , à l’écart des grands axes . La salle était étroite , presque trop tranquille . Au mur , une reproduction fatiguée de Doisneau montrait la capitale figée dans un noir et blanc rassurant .

- C'est calme , ici , dit-elle .
- C'est pour ça que j'aime y venir.

Elle hocha la tête . Elle mangeait vite , sans lever les yeux , comme si la ville , au dehors , l’attendait . Pour tenter de rompre la glace , je lui avais parlé de ce que j'aimais à Paris quand on s’y promenait sans but .

Elle acquiesçait , m’écoutant poliment , mais son regard glissait ailleurs , par delà les reflets de la vitre , observant , sous les lumières crues , la foule d'invisibles ombres , fugitive errance humaine ... 

Elle venait de la Suisse , d’un village accroché à la pente , près des forêts de haute montagne . Son père , charpentier , mais aussi époux d'une pasteure , y avait bâti la maison familiale de ses propres mains , pièce après pièce . Elle en parlait sans lyrisme , avec un peu de fierté , tout de même .

Le bois , les hivers , les toits qui tiennent , c'était lui ! 

- Il n’a jamais fait comme ma mère , beaucoup d’études , concédait-elle cependant . Mais tout ce qu’il construit paraît plus durable .

Après le repas nous décidâmes d'une promenade sans but précis . Je me souviens qu'entre deux passages cloutés , nous avions parlé de vols , d’escales , de fatigue . De ces heures suspendues où l’on traverse en l'air les continents sans jamais vraiment savoir où l'on arrive . Et je lui avais demandé comment elle avait obtenu ce poste . Elle avait haussé les épaules .

C'est sûr qu'il faut se placer tôt , m'avait-elle répondu . Et puis tenir , être solide

Tu voles beaucoup en ce moment ?
- Pas mal . J’aime bien les longs trajets .
- Moi aussi . Enfin ... surtout ceux où on a le temps d'établir un contact .

Elle m’avait ensuite interrogé , avec une curiosité douce , presque professionnelle , sur ce qui m’attirait moi-même dans ce difficile métier de navigant , toujours loin d'un port d’attache . Alors , je lui avais parlé du déplacement , du vertige léger de n’appartenir à nulle part . Sans juger , mais je sentais déjà que cette réponse n’était pas tout à fait la sienne , elle m'avait souri .

Aux Tuileries , quelque chose de bizarre se passa , tandis que les grilles , déjà fermées , ne laissaient voir que les silhouettes immobiles des chaises vertes , comme autant de fantômes d'un monde à qui la ville offrait un repos provisoire . Elle n'écoutait plus rien , je sentais que je parlais trop , lorsque soudain , prise d'un malaise , elle me dit qu'elle entendait hurler en elle un garde suisse que la populace assassinait ! 

Nous arrivâmes près de la Seine . L’eau était grise , lente . Les derniers bouquinistes fermaient leurs boîtes , rangeant avec précaution leurs vieux livres dont les titres , presque effacés , témoignaient d'une époque révolue .

- Mon père n’a jamais compris ce genre de choses , reprit-elle .
- Quoi donc ?
- Écrire , voyager sans une raison précise .

Flânant sur les quais , le soir tombant , je lui pris la main pour la calmer . C’est à ce moment que nous avions parlé de nos origines .

Je lui avais dit que j’étais breton .

- C'est çaPaol Germeur , n'est-ce pas ? Je me souviens de la " liste équipage " ! , s'exclama-t-elle sans prétention , s’arrêtant net .
- Alors , tu connais Combourg ?

Puis , presque comme un aveu léger , elle ajoutait :
- Je m
'appelle Lucile . Comme la sœur de Chateaubriand . Tu sais , l'homme de lettres ?

Gênée , elle me sourit un peu .
- On me l'a souvent dit . Ce n'est pas pour la littérature .

C'est le lieu qui m'est resté .

D'abord , je ne lui avais rien répondu . Je pensais à la jeune fille enfermée dans le château , à la mélancolie romantique , aux promenades solitaires . Je pensais surtout à ce que ce prénom faisait naître en moi , cette profondeur que je n'aurais jamais imaginée .

- J’aimerais y aller , me dit-elle encore . Un jour ...

Nous repriment notre marche . Le quai était presque vide .

- Mon père disait que c’était bien , les endroits comme ça , ajouta-t-elle . On sait sur quoi on marche .
- Il y a aussi beaucoup de fantômes , lui dis-je .
Elle sourit .
- Ça ne me dérange pas .

Nous gagnâmes le Pont des Arts . Des cadenas s’accrochaient encore au grillage , montrant la force de l'amour malgré les interdictions .

- Et toi , me demanda-t-elle , tu y retournes souvent ?
- Pas vraiment.
- Pourquoi ?

Je la regardais , troublé par son charme , et sans lui répondre , surpris par la douceur inattendue de ce silence partagé , je crus reconnaître dans cette envie de retour quelque chose de commun .

- Tout est si différent le soir , soupira-t-elle .
- Oui . On dirait que tout est possible ... , lui répondis-je alors que , noyés dans la douceur du clair-de-lune , scintillaient dans le noir , comme des feux-follets merveilleux , les yeux de ma compagne , et que nous observions , tous deux , les masses sombres des péniches glissant lentement sur l'onde et croisant les hublots illuminés des bateaux-mouches qui passaient , chargés de voix étrangères ... 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - LUCILE - Combourg - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LUCILE " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

1 - Cité PN = Cité du Personnel Navigant .

2 Sion ( en langue allemande , Sitten ) , commune de Suisse francophone chef-lieu du canton du Valais  .

 

* " Dis , quand reviendras-tu ? " ( 1962 ) , chanson de Barbara parue sur l'album du même nom - Copyright Odéon / CBS ( 1964 ) - Tous droits réservés .

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L'ENFANT PERDU - IV - La Trahison d'Herveline .

2 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ENFANT PERDU

Henri Guinier ( 1867-1927 ) Femme de Pêcheur Tricotant - Musée du Faouët ( Visage d'Herveline )

Henri Guinier ( 1867-1927 ) Femme de Pêcheur Tricotant - Musée du Faouët ( Visage d'Herveline )

 

 

L'ENFANT PERDU
 

( Suite de : UNE ETOILE QUI TOMBE )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - La Trahison d'Herveline

 

 

 

" Ah ! fallait-il en croire une amante insensée ?
  Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ?

Jean Racine - Andromaque , Acte V , scène 3

 

 

 

 

 

 

 

 

8 - Cependant , tandis qu'ils parlaient ainsi dans le salon , vint se garer , devant le seuil de l'hôtel , une jeep  décorée , sur sa vitre avant , d'une sorte de " kanaga " stylisé . ( 9 )

Bientôt , dans le hall d'entrée , pénétrèrent des gardes de haute stature habillés de combinaisons de toile vert kaki , portant de manière uniforme des masques de cuir dissimulant leurs traits . L'horloge murale sonna sept heures . Poussé plus ou moins brutalement dans un long couloir par deux de ces sbires qui obéissaient aux ordres d'Astyana , Erwan prit , en leur compagnie , un ascenseur avant de parvenir à une sorte de grande salle en sous-sol . Dans l'âtre leur faisant face , il remarqua des motifs de guirlandes sur le manteau de la cheminée , trois cercles piqués de vingt-deux roses  , dont les lettres " P " et " " s'entrelaçant au milieu de jolies fleurs qui , pensa-t-il , évoquaient certainement le fameux emblème de l'empereur Constantin lors de sa bataille victorieuse du Pont Milvius . ( 10 )

Pressant alors du doigt la surface d'une de ces sculptures , l'héritier du dictateur déclencha un mécanisme leur ouvrant un passage vers les souterrains du manoir . Après avoir descendu les nombreuses marches d'un vieil escalier creusé dans la rocaille et mangé par la mousse , munis d'une petite lampe électrique , celle-ci les guida ensuite dans une sorte de cave très humide en direction d'un corridor mal éclairé de quelques appliques murales dont les lueurs tremblaient . Puis , marchant avec précaution sur les dalles glissantes , les marcheurs débouchèrent enfin sur une grotte éclairée seulement de quelques chandeliers fixés à la paroi grâce à des tenons de fer . On aurait dit une ancienne crypte laissant voir parfois sur ses voûtes , par ses bougies de cire à la lumière vacillante , un peu de moisissure verdâtre . Ils s'approchèrent ensuite et , franchissant un autre couloir intérieur , parvinrent aux abords d'une nouvelle caverne encore plus petite où l'écrivain put voir d'autres signes mystérieux gravés sur la muraille qui était entourée de stalles de pierre finement sculptées de dentelle de roche . Là , le " prisonnier " fut invité à s'engager par une grille en fonte à l'intérieur d'un tunnel plus obscur s'enfonçant dans les profondeurs du lac ! 
Devant eux , sur une petite table de roche , scintillait la lumière d'un crucifix en granit rose posé sur son voile blanc de nacre et de corail . 

Connaissez-vous cette légende , monsieur ? , questionna une jolie femme tourbillonnant au milieu de la salle en un ballet vertigineux de soie claire , soudain surgie de l'ombre , et qui , l'oeil rouge et la pupille dilatée , délirait , semblant complètement soule ou droguée , pétrifiant de surprise le visage d'Erwan .

" ... Il était une fois , dans l 'antique empire du Manden , une reine qui , disait-on , fut belle riche , lettrée , dotée d 'une certaine intelligence , mais rongée par un mal qu 'aucun remède n'était parvenu à soigner . 'est alors que lui apparut en rêve un médecin de Bamako , le docteur Astyana , dont sa soeur lui avait parlé . Elle entendit même le son de sa voix qui suffit à la guérir et , le lendemain , cette noble figure se dévouant entièrement à lui , commença de répandre dans tout l'Afrique la doctrine de son nouveau Maître !

Je suis cette nouvelle Zénobie mon cher , gardienne du Temple , et sachez qu'on me nomme Herveline de Mauregard ! " ( 11 )

Le " Renard " , grâce à une clé sortie de sa poche , fit ouvrir , sur son ordre , une grille à moitié mangée par la rouille puis , se saisissant à l'intérieur d'une lampe à huile posée contre la paroi , il en alluma la mèche avec son briquet . Le bruit d'un mécanisme se fit entendre alors , déclenchant l'ouverture d'une trappe en métal sous laquelle apparaissaient quelques marches vermoulues ... 

C'était le seuil d'un nouveau monde étrange , orné  sur la paroi , d'une gravure mystérieuse , un peu la même que sur la jeep , mais en forme d'épée , que chacun des visiteurs crut brandie , à leur approche , par un chevalier du lac voulant les pousser vers l'abîme !

C'est alors qu'une nouvelle porte secrète , recouverte de poussière , découvrit une cache de verre encastrée dans la roche , et qu'à un moment précis , le déclenchement d'un mécanisme provoqua l'ouverture d'un panneau , révélant quelques livres poussiéreux et moisis d'une ancienne bibliothèque , mais rien d'autre ! 

9 - Erwan n’avait rien fait pour empêcher Astyana d’apprendre l’existence d’une seconde cachette . Rien non plus pour la confirmer . Le silence , parfois , peut condamner un homme . Il s’était contenté de se taire . Et lorsqu’ils descendirent dans la salle ornée du chrisme , il sentit peu à peu l’étau se resserrer sur lui . Tout indiquait qu’il n’était qu’un prisonnier de plus , entraîné dans une mécanique fatale pouvant le dépasser . Que savait-il , après tout , sur celui qui avançait avec l’assurance fébrile des êtres qui , croyant accomplir une destinée , sont prêts à n'importe quoi pour l'accomplir , même à tuer leur père ? Selon la mythologie dogon , le " Renard Pâle " était né incomplet , rejeté hors de l’ordre du monde . Il errait , traçant des signes sans jamais en comprendre le sens . Le fils de Nema lui ressemblait : trop clair de peau , trop étranger aux codes , persuadé d’être l’élu , alors qu’il n’était que le messager du désordre .

Rappelle-toi ce jour où grâce au Renard Pâle ,
  Sera enfin trouvé le chemin de l’Opale ...
"

La crypte était apparue au terme du tunnel . Et avec elle , Herveline Le cornouaillais la regarda comme on regarde une preuve inimaginable de déchéance ou de trahison . Celle en qui , naguère , il avait cru placer toute sa confiance et son amour , qui l'avait tiré du gouffre dans lequel sa pauvre vie d'amnésique était tombée , sa chère Herveline s’était placée tout près d’AstyanaElle avait changé d’attitude avec une aisance troublante . Grande , élancée , sa chevelure blonde captant la lumière vacillante de la crypte , elle souriait à peine , d'un sourire calculé , celui des traitres qui ont choisi leur camp .

L'ancien homme de sa vie sentit quelque chose se rompre .

- Tu lui as tout dit ? l'interrogea-t-il , incrédule .

Elle ne daigna même pas lui répondre , se contentant d'éclater de rire en posant d'un geste lent , presque intime , érotique , la main sur l’épaule de son nouvel amant . Ses doigts glissèrent avec une assurance étudiée . La scène était obscène de simplicité .

Le malien se laissa faire . Il savourait l’instant .

- La cache de verre , marmonna encore la fille . Sous la crypte ! Le mécanisme est ancien . Sans le code , impossible de louvrir .

Elle parlait d’une voix calme , détachée . Comme si Erwan n’existait plus . La trahison , parait-il , n’a pas l’éclat des grandes révélations .

Mais elle souvent banale , presque méthodique .

Il détourna le regard , voulant croire à la cupidité , à la peur , à la séduction . Tout , plutôt que l’idée qu’il avait pu se tromper sur elle à ce point .

L'élève-officier s’approcha du coffre translucide . Son sourire disparut .

- Le code , vite , Erwan !

Celui-ci secoua plusieurs fois la tête en signe de refus . Malgré la menace , il ne cilla pas , restant ferme sur sa détermination . C'est alors que tout bascula !

- Tu joues trop bien ! , lança soudain le fils du dictateur en écartant brutalement sa compagne . Mais je naime pas les comédiennes quand le rideau tombe !

La main d’Astyana se referma brutalement sur le bras d’Herveline . La machette apparut , nue , sans emphase , tandis que le métal effleurait sa gorge et que le sang quittait son visage ! Parlant à son bourreau à voix basse , comme on négocie une survie , elle avait changé complètement , toute sensualité pâlissant sur son visage de marbre !

Elle avait enfin compris le piège affreux dans lequel sa folie l'avait entraînée !

- Erwan ... , soupira-t-elle .

Son regard n’avait plus rien de calculé . Seulement la peur , le regret . Puis , la machette se leva , le métal accrocha la lumière des torches .

- Le code , ou elle meurt ! , se contenta de menacer l'autre . 

Erwan finit par céder . Le verre se fendit dans un souffle presque sacré . Il n’y eut ni héroïsme ni discours de sa part . Juste une suite de chiffres mécaniquement arrachés à sa mémoire comme à sa volonté . 

Le coffre de verre s’était ouvert dans souffle . Vide ! L’opale rouge avait disparu !

Astyana resta immobile , se contentant de sourire d'un affreux rictus .

Le " Renard Pâle " venait de comprendre qu’il avait été mené jusqu’au seuil , mais pas jusqu’au trésor !

10Erwan resta , lui aussi , figé devant le coffre ouvert . Le verre n’avait rien d’une prison . Mais Il était pur , presque beau , vivant . Comme si ce qui devait y être enfermé avait choisi de brouiller son image dans les reflets de la glace au sanglantes lueurs . Qu'avait-il fait des rêves d'une jeunesse brisée par le fracas d'une guerre impitoyable ? Et cette illusoire gloriole de maître adulé ?

Il pensa à Lancelot , captif de Viviane , retenu non par des murs , mais par une promesse . Le chevalier du Lac n’avait pas été vaincu par la force , mais par l’illusion de l’amour . Puis à Merlin qui était enfermé dans une cage de verre , invisible aux yeux du monde , façonnée par celle à qui il avait transmis son savoir . Le piège parfait , puisqu'on ne voyait rien , mais que l’on croyait être libre . Chez les Dogons , le " Renard Pâle " errait ainsi . Né inachevé , condamné à tracer des signes qu’il ne comprenait pas , révélant les chemins , sans jamais en atteindre la fin .

La beauté d'Herveline avait suffi à maquiller les grimaces d'une telle imposture ! Tous ses crimes inavoués , ses conquêtes d'un soir n'étaient-ils là que pour annoncer l'inéluctable déchéance ou la dissolution d'un mensonge ? Il aurait voulu que sa main si blanche et ferme puisse , tout entière , le recouvrir d'un linceul d'oubli !

" L'âme humaine aime à s'en aller seule  " , songeait-il néanmoins , flottant sur une barque solitaire vers la lumière imprécise où , dans les bras de cette femme , il pensait encore , dans l'éclat tranchant du verre , à Nema , lui , le héros d'une espèce indicible , qui avait encore le temps de rêver d'un monde où tout serait à réinventer .

 " Mais nous n'avons pas besoin d'autres mondes " , lui répondait celle-ci en retour , observant , curieuse , le flamboiement rosâtre du faisceau lumineux , reflet d'un Ange éternel , se jouer tendrement de son ombre , la mêlant à la sienne ... lorsque le bijou maléfique et chatoyant vira au rouge intense , frappé par la flamme orangée suivant de sa trace la sphère silencieuse d'un énorme disque métallique aux couleurs d'étoile claire ou d'aube naissante , glissant dans le ciel immaculé d'une vespérale fin du monde !

( 13 )

 

FIN

 

                                                        ___

 

DAN AR WERN - L'ENFANT PERDU IV - La Trahison d'Herveline - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'ENFANT PERDU " , copyright 2026 .

 

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Notes :

 

9 - Masque " kanaga " : masque facial utilisé pendant les cérémonies de deuil du peuple Dogon .

10Chrisme sur l'étendard de l'empereur Constantin 1er ( 272 - 337 ) lui ayant assuré la victoire au Pont Milvius ( In Hoc Signo Vinces , 312 ) .

11 - Manden région située en Afrique de l'Ouest , entre le sud du Mali et l'est de la Guinée ( Empire Manding ) .

12 - " Pelléas et Mélisande  " ( Acte V , scène 2 ) , drame symboliste ( 1892 ) de Maurice Maeterlinck ( 1862 - 1949 ) .

13 - " Solaris  " ( 1961 ) , roman de science-fiction de Stanislas Lem ( 1921 - 2006 ) , écrivain polonais .

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L'ENFANT PERDU - III - La Croix des Fées .

30 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ENFANT PERDU

L'ENFANT PERDU - III - La Croix des Fées .
 

L'ENFANT PERDU
 

( Suite de : UNE ETOILE QUI TOMBE )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - La Croix des Fées

 

 

 

" Quils confondent leur haine , et ne distinguent plus

  Le sang qui les fit vaincre , et celui des vaincus . "

Jean Racine - Andromaque , Acte I , scène 2

 

 

 

 

 

 

 

 

6 - Noël enveloppait la forêt d’un silence presque sacré . Une brume fine montait du lac , étouffant les sons et déformant les ombres , comme si Brocéliande elle-même se plaisait à brouiller les identités . Les grands chênes , dépouillés de leurs feuilles , dressaient leurs bras noirs comme des lépreux vers un ciel d’étain . Rien ne semblait immuable ici , sinon le secret .

Bizarrement désertée , l’auberge de la Croix des Fées , grosse bâtisse trapue du Moyen-Âge aux murs de schiste , dominait la rive orientale du lac . A distance respectueuse , quelques voitures stationnaient . Trop respectueuse , sans doute , car ceux qui savaient reconnaître les signes n’auraient eu aucun mal à deviner qu'un oeil attentif derrière les vitres embuées d'une automobile , ou qu'une silhouette figée derrière un sous-bois , dissimulant une arme sous un manteau de laine ou sous son bonnet des écouteurs , pouvaient révéler la présence discrète de gardes du corps . Lorsqu'on entendit sonner midi trente au clocher de l'abbaye Notre-Dame , ce fut Astyana qui entra le premier dans le restaurant .

Son manteau sombre , qui n'était pas d'uniforme , portait encore la rigueur de Saint-Cyr Coëtquidan . ( 5 )

L'élève officier , celui que l'on surnommait le " Renard Pâle " à Bamako , montrait ainsi , par son attitude , cette manière de se tenir droit sans ostentation , d’occuper l’espace sans le réclamer . Son visage était jeune , mais fermé , comme s’il avait appris très tôt qu'il ne fallait rien laisser paraître . À ceux qui l’auraient observé de loin , d'ailleurs , l’héritier discipliné du président Sanogo aurait semblé n’être qu’un fils obéissant . Peu savaient , mais encore moins pouvaient comprendre , qu’il était en réalité le fruit d’un passé trouble et soigneusement enseveli .

Il choisit une table à l’écart , dos au mur , vue dégagée sur la salle .

Réflexe militaire . Instinct de survivant aussi . Erwan arriva hésitant , sur le seuil au rendez-vous , quelques minutes plus tard , comme si franchir cette porte équivalait à traverser une frontière invisible . Il reconnut immédiatement son fils . Il n’y avait aucun doute possible : la ligne du menton , le regard sombre , cette façon de scruter le monde avec une distance presque douloureuse , tout cela venait de lui ... et de Nema . Par politesse , avant se rasseoir assez vite , car il était habitué à ce que ce soit à lui qu'on marque plutôt de la déférence , l'aspirant se leva rapidement pour le saluer . Son regard était calme , attentif , sans dureté apparente .

- Merci dêtre venu , dit-il . Je sais que ce nétait pas sans risqueAsseyez-vous , rajouta-t-il simplement , comme s'il donnait un ordre . Pas de " père ", pas de formule inutile . L'écrivain , sentant s’abattre sur lui , au moment même où leurs regards se croisèrent , le poids des années perdues , ne put que lui obéir . Pourtant , le silence entre eux n’était pas vide : il était saturé de non-dits , de mensonges d’État , d’exil et de sang .

- Vous nêtes pas venu seul , remarqua Erwan .

Un léger sourire passa sur les lèvres d’Astyana .

- Pourquoi ici ? , lui demanda enfin son père . Brocéliande ... ce nest pas qu'un hasard .

- Rien ne lest dans notre famille , n'est-ce pas ? , lui répondit sa progéniture . 

Erwan fronça les sourcils .

- Que savez-vous précisément ?

Le jeune homme posa lentement ses mains sur la table .

- Plus que ce que vous pensez . Moins que ce que je cherche encore à comprendre .

Il marqua une pause , puis reprit , d’un ton presque détaché :

- Les Kerjean crurent toujours qu'avec leur temps , certains de leurs secrets devaient périr. Comme dans le naufrage de 1767 . ( 6 )

Morgat se figea.

- Qui vous a parlé de ça ?

- Personne , répondit le jeune malien . Cest précisément le problème .

Son regard se durcit .

- Cette grotte , à Camaret , de Marie-Lévêquedans laquelle un navire échoua sa cargaison jamais officiellement recensée , dans des circonstances très obscures . Quant à cette inscription en langue bretonne , gravée dans la pierre ... Ar maen a zistroio d’an douar a gollas anezhi ( La pierre retournera à la terre qui la perdue ) ?

Erwan pâlit . Peu de gens connaissaient la phrase exacte , encore moins son sens véritable : " Dar re a fell dezho tapout ar Maenomp deuet da saveteiñ anezhi ! " ( " A ceux qui veulent s'emparer de la Pierre , nous sommes venus la sauver ! " ) . ( 7 )

- Ce bateau transportait la pierre volée aux Dogons , nest-ce pas ? , poursuivit le saint-cyrien sans aucune impatience . Ou du moins quelque chose qui en était indissociable . ( 8 )

- Tu nas aucune preuve !, lui répondit l'autre , excédé , à voix basse .

- Non . Mais vous , je crois que si .

Un silence lourd retomba entre eux . Dehors , le vent , comme une respiration ancienne , fit frémir la surface du lac .

- Pourquoi me dire tout cela ? demanda le breton . Pourquoi maintenant ?

Son fils naturel , sans animosité , mais sans chaleur non plus , le fixa longuement .

- Parce que je refuse dêtre seulement lhéritier dun mensonge . J'ai réussi à survivre , mais au prix de l'effacement de ma filiation réelle . J'ai été confisqué par un tyran qui nétait pas mon vrai pèreet abandonné par mon géniteur biologique . Parce que je crois que vous n'êtes pas venu au Mali par hasard Sanogo ma tout appris sauf une chose : pourquoi il était devenu votre confident , votre ami , et doù je viens réellement . Parce que cette histoire , la pierre , le naufrage , Brocéliandeque vous le vouliez ou non , nous concerne tous les deux .​​​​

Le jeune homme se leva .

- Ceci nétait pas une réconciliation . Juste un premier rendez-vous .

Puis , d'une voix doucement hypocrite :

- A-propos , Noël est une période de révélations , paraît-il . Attendez-moi juste un instant , fit-il ensuite , passant le seuil sans se retourner , faisant signe aux gardes qui parurent s’évanouir dans la forêt presque aussitôt . Conscient que le passé qu’il avait cru enseveli venait de se rappeler à lui , Erwan resta seul un moment , face à la table vide , non pas comme un fantôme du passé , mais comme un otage de son héritier .

 

7 - Celui-ci , vite revenu , leva les yeux vers lui , lentement , comme on le fait avant un jugement .

- Sans doute savez-vous ce que pensait Racine ? , lui lança-t-il soudain . Que les malheurs des vaincus passent pour des crimes

L'autre resta silencieux .

- Ma mère était une vaincue ! , poursuivit Astyana .
Comme tous ceux qui ont cru que lHistoire autorisait le silence .

Il posa la main sur la table , paume ouverte , comme sur une pierre d’autel .

- Ainsi , les Dogons disaient que la terre , toujours , finit par réclamer le prix de ce qui lui est volé .
Les Bretons aussi , dailleurs . Vous lavez gravé dans la roche , en 1767 .

Il sourit sans chaleur .

- Je ne crois ni au pardon , ni à la filiation . Je crois à la restitution .

- Que veux-tu ? lui demanda son père d’une voix rauque , inquiète .

- Que chacun souffre à la mesure de ce quil m'a transmis , répondit Astyana .
Sanogo ma donné le pouvoir sans la vérité .
Vous m’avez donné la vérité sans le courage .

Il se leva , dominant Erwan de toute sa hauteur .

- Je suis l’enfant quon na pas voulu jeter du haut des remparts . Pourquoi doncsinon , vous aurais-je donné rendez-vous en ce lieu ? Mais ne vous en réjouissez pas trop !

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - L'ENFANT PERDU III - La Croix des Fées - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'ENFANT PERDU " , copyright 2026 .

 

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Notes : 

5 - L'école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan se trouve implantée dans la commune de Guer ( Gwern-Porc'hoëd , Morbihan ) .

6 - Naufrage du " Saint-Ronan " ( 1767 ) , voir " Une Etoile Qui Tombe " Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XII - Le Dossier " Kerbonn " - Copyright 2026 Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - Tous droits réservés .  

7 - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIII - Les Enfants de la Grotte - Note 16 - Copyright 2026 Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - Tous droits réservés . 

8Le Pays Dogon s'étend de la falaise de Bandiagara ( Mali ) jusqu'au sud-ouest de la boucle du Niger . Quelques Dogons sont installés dans le nord du Burkina Faso .

 

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L'ENFANT PERDU - II - L'Etoile qui Veille Encore .

28 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ENFANT PERDU

José García Y Ramos - Leaving a Masqued Ball ( 1905 )

José García Y Ramos - Leaving a Masqued Ball ( 1905 )

 
L'ENFANT PERDU
 
( Suite de : UNE ETOILE QUI TOMBE )
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - L'Etoile qui Veille Encore

 

 

" Ah ! de quel souvenir viens-tu frapper mon âme ! "

Jean Racine - Andromaque , Acte III , scène 8

 

 

 

 

 

 

 

 

4 - Sous les lustres de l’ambassade , la lumière ne tombait pas , mais elle ruisselait de pampilles de cristal qui fragmentaient son éclat en myriades d’étincelles , comme si chaque convive avançait sous une pluie d’or brisée . Les miroirs renvoyaient des silhouettes démultipliées , visages masqués , regards absents , corps glissant d’un cercle à l’autre avec une aisance étudiée .

Les tentures de soie aux couleurs sahéliennes - ocre brûlé , indigo profond , rouge de latérite - adoucissaient la rigueur haussmannienne des murs . Paris s’effaçait . À sa place surgissait une Afrique recomposée , diplomatique , esthétisée , où les traditions devenaient motifs , et les drames , noyés dans des coupes de champagne , anecdotes murmurées dans les couloirs feutrés du pouvoir .

Un orchestre discret mêlait cordes européennes et percussions africaines . Le rythme était lent , presque cérémoniel , invitant moins à la danse qu’à la dérive .

Les costumes se croisaient , se frôlaient sans se reconnaître , protégés par le masque et l’étiquette , les voix se mêlaient , les identités se brouillaient . Ce n’était plus le 6e arrondissement , mais une enclave suspendue , hors du temps . L’anonymat n’était pas , ici , une liberté , mais une règle tacite . Les dominos eux-mêmes semblant classer les invités , certains , de style italien raffiné , affichaient un luxe européen d'antan ; d’autres , plutôt sombres , portaient des figures africaines rituelles , stylisées jusqu’à l’abstraction . Dans ce contexte , on ne savait plus vraiment qui représentait quoi , ni qui croyait encore à ce qu’il incarnait .

Mademoiselle Anna Kern observait ce ballet avec une attention presque trop lucide pour son âge . Elle voyait déjà , comme enfant d'une danseuse étoile , ce que le bal cherchait à lui dissimuler : une mise en scène du monde, où chacun valsait pour rester à sa place .

Lorsque la rumeur de l’arrivée présidentielle parcourut la salle , maintes conversations se recalibrèrent aussitôt .

Les rires se firent plus courts , les gestes plus mesurés . Le bal masqué révélait alors sa vérité : sous l’apparente légèreté , chacun guettait le moment exact où il faudrait ôter - ou changer - de masque .

Après le discours officiel , tandis que les lueurs dansantes des candélabres faisaient pétiller leur lumière illuminant les yeux sombres des convives plongés dans leurs verres , le somptueux dîner commença dans une ambiance joyeuse sous les volutes bleuâtres de quelques cigares dont la fumée dessinait aussi les contours imprécis d'un rêve d'autrefois ... 

Puis ,  le bal reprit de plus belle ...

- Votre " Ville Lumière " porte bien son nom , ce soir , 'est-ce pas , général ?  dit une " marquise de Pompadour " ouvrant le quadrille aux bras de l'illustre leader malien .

Regardez donc ce paysage magnifique , sous la Lune , et toutes ces rues illuminées de dizaines de lampions multicolores !

La capitale a bien fait les choses , comme de coutume ! Et ces feux d 'artifice , quel prodige !

On était le 14 juillet .

Peu à peu , alors que "Joséphine " saluait son " Marc-Antoine " et qu'une favorite du temps de " Louis XV " embrassait un mignon de la cour d'Henri III , l'on vit se former d'autres couples d'une existence rêvée ...   

Fascinant les âmes sensibles , la magie des arabesques sonores d'une Diva noire se mêla aux accents envoûtants d'un piano sur une musique merveilleuse de Blues , à l'autre bout du salon , qui vint doucement évoquer le précieux temps perdu de la mélancolie : 

 

" My baby left me for somebody new ,

 ( Mon bébé m'a laissé pour quelqu'un d 'autre )

I don't wanna to talk about it ... 

 (  Je ne veux pas en parler ... )

 

Nostalgique , sa voix semblait provenir d'un temple lointain , balayé de sable , avec ses innombrables grains de poussière évoquant l'oubli des ans , la vanité de l'homme dans le tourbillon des millénaires ...  ( 2 )

- N'est-ce pas encore mieux que d'habitude , ma chère ? , dit en riant le président Sanogo à son épouse et cavalière , 'est une soirée merveilleuse , n'est-ce pas ? ! , lui suggéra-t-il encore avec un peu d'ironie cruelle aux accents de pitié , l'oeil fixé sur son écran de contrôle pendant que le bal poursuivait son mouvement circulaire , ignorant tout de ce qui venait de se fissurer , deux destins , déjà blessés par le temps , commençant à se reconnaître , non dans la lumière , mais dans l’ombre qu’elle projetait !

 

5 - Le carton d’invitation portait un blason discret, embossé d’or mat : Ambassade de la République du Mali – Bal masqué.
Jil Kern l’avait longuement observé avant de le glisser dans la poche intérieure de sa veste, comme s’il redoutait que ce simple rectangle de papier ne fissure un passé qu’il avait cru enseveli.

C’était Étienne Desforges , frère du metteur en scène , secrétaire d’ambassade au Quai d’Orsay , qui avait organisé cette soirée . Un homme élégant , à la courtoisie précise , chez qui l’art des relations semblait relever d’une diplomatie intime autant qu’officielle . Il avait insisté pour que Jil puisse venir accompagné.

Votre fille doit voir cela, avait-il dit. Paris n’est jamais plus lui-même que lorsqu’il se déguise.

Anna Kern avait , depuis longtemps déjà , oublié qu'elle s'était appelée Kerjean . Sous son nom d’artiste , inspiré par le fait qu'elle avait retrouvé son vrai père , elle s’était inventé une distance , une protection . Ce soir-là , elle portait un masque vénitien d’un blanc nacré , ourlé d’un fil noir , qui soulignait la gravité de son regard . Jil , quant à lui , avait choisi un masque simple , presque ascétique , comme s’il refusait d’entrer tout à fait dans le jeu .

Lorsqu'on avait annoncé l’arrivée du président , les conversations s'étaient un instant figées , puis avaient repris , plus feutrées . Nema , son épouse , était apparue à son bras , le visage dissimulé sous un masque sombre , presque rituel , évoquant moins l’Europe que l’Afrique ancienne . Elle avait exigé cet anonymat , prétendait-on , par goût du symbole et par fidélité à certaines traditions .

Jil ne la reconnut pas tout de suite.

La salle bruissait de conversations élégantes . Les masques faisaient leur œuvre : chacun semblait jouer son rôle , dont il n’était plus tout à fait responsable . Il avançait lentement , attentif aux détails , lorsqu’il aperçut la femme masquée aux côtés du président . Quelque chose , sans visage encore , se mit à peser en lui . Ce fut une phrase , lancée presque à voix basse , près d’un plateau d’amuse-bouches , qui fissura le réel .

- Chez les Dogons , disait la femme masquée à un interlocuteur distrait , lâme précède le corps . On naît plusieurs fois , mais on ne sen souvient quune seule .

L'écrivain se figea . Cette phrase , il l’avait entendue autrefois , murmurée dans une chambre de Bamako , au cœur d’une nuit traversée de poussière et de chants lointains . Peu de gens connaissaient cette croyance . Moins encore l’avaient formulée ainsi .

Il se tourna timidement vers elle , s’approchant presque malgré lui . 

- Chez les Dogons , reprit-il à voix basse , sans la regarder directement , quand la parole est confisquée , on la confie aux étoiles . La chute du faux maître , elles seules savent lattendre !

La phrase était précise , trop précise . Nema se raidit imperceptiblement . Personne autour ne pouvait comprendre . Mais elle , oui . Elle finit par tourner lentement la tête vers lui , son regard brûlant derrière le masque sombre .

Un seul homme a osé parler ainsi devant moi ! , lui déclara-t-elle . Et jamais sans danger .

Un silence s'en suivit . L'atmosphère était dense . Presque aussitôt , le faisant se déplacer à toute vitesse comme s'ils avaient répété ce mouvement autrefois , la femme l'entraîna discrètement dans un salon latéral qui les engloutit .

Le battant se referma . Elle arracha tout de suite son masque . Il la reconnut .

Bien sûr , ce n’était plus la jeune femme éclatante qu’il avait connue . Le temps avait creusé son œuvre avec méthode .

Ses traits s’étaient durcis , non par amertume , mais par nécessité . La lumière vive qui l’animait jadis , elle aussi , s’était retirée , laissant place à une vigilance constante , presque austère . Sa beauté n’avait pas disparu , elle s’était juste contractée , comme si , portant sur elle les marques d’une vie tenue sous contrainte , elle avait payé le prix exact de ce qu’elle avait traversé .

Pourtant , la porte était à peine close qu'elle laissa éclater contre lui sa colère !

- Tu as disparu , dit-elle . Et quand le régime est tombé , tu n'es pas revenu . Tu m'as laissée seule avec lui !

Je croyais que c'était toi qui m'avais lâchement abandonné , lui répondit-il doucement . Puis , dans mon délire d'amnésique , j'ai rêvé , au fil des nuits que c'était une morte qui me parlait . Mais je ne savais plus qui , je t'assure !

Elle fronça les sourcils .

- Que veux-tu dire ?

Il hésita , puis , plongeant sa main dans la poche intérieure de sa veste , il en sortit une feuille pliée , froissée , toute jaunie par le sel et le temps .

- Je l'ai trouvée en Bretagne , à Camaret , par hasard . J'étais instinctivement revenu là-bas , chez moi , sans trop savoir pourquoi . Du côté de Pen-Hat . Les gens ne m'ont pas reconnu .
Il marqua une pause .
- La mer était basse , la falaise sombre . Et la bouteille était là , coincée entre deux rochers , comme si elle m’attendait . 

Nema pâlit .

- Cette lettre ...

- Je l'ai prise pour un dernier message d'Eliza Kerjean . La mémoire m'est revenue d'un seul coup , quand j 'ai vu le flacon ! ( 3 )
Sa voix se brisa légèrement .
- 'ai su brusquement que je l'aimais , qu'elle était tombée de la falaise .

Alors quand j 'ai vu cette écriture , cette détresse ... j'ai cru que la mer me parlait d'elle C'était bien avant notre histoire , tu comprends nous étions gosses ! ( 4 )

Nema lui arracha la lettre avec des mains tremblantes . Elle n’eut pas besoin de la lire longtemps .

- Mais cest mon écriture , protesta-t-elle . Chaque boucle . Chaque silence entre les mots .

Bouleversée , elle leva les yeux vers lui .

Cest moi qui ai envoyé cette bouteille , Erwan ! J'étais désespérée !

Le temps sembla se contracter .

- Quand ?

- Cette nuit cruelle où une fois de plus Bakary Sanogo m'a frappée .
Sa voix était calme , presque clinique .
- Nous voguions au large , de retour d'AmériqueIl avait trop bu , il était persuadé que je lui mentais , venant dapprendre que les anciens de chez nous refusaient encore de collaborer . 

Le trésor ?

- Oui . L'opale , murmura-t-elle à son oreille avec douceur , fermant d'une larme ses yeux bleu-vert , couleur océane .
- Une pierre qui n'appartient à aucune montagne connue . Ils disent qu'elle est tombée avant les mondes visibles . Qu'elle ne révèle sa force qu'à ceux qu'elle choisit . 

Jil , sidéré , la regardait avec fascination . 

Il voulait lemplacement exact . Nous étions sur le bastingage , il m’a menacée , poursuivit-elle . De mort . De disparition . Ce soir-là , jai cru que je nen sortirais pas vivante !

- Et tu as écrit ...

- Je ne savais pas où tu étais . Ni même si tu te souvenais de moi . Alors j'ai confié la lettre à la mer . Comme on le fait chez nous quand la parole devient trop dangereuse .
Un sourire douloureux traversa son visage .

A son tour , il hocha la tête :

- Chez les Dogons , ton peuple ...

- Oui , quand le renard pâlit , compléta-t-elle , et que la parole ne peut plus marcher sur la terre , on la fait boire à l’eau noire , pour qu’elle rejoigne létoile qui veille encore ...

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - L'ENFANT PERDU II - L'Etoile qui Veille Encore - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'ENFANT PERDU " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

2 - " Melancholy Blues " ( 1977 ) , chanson de Freddy Mercury sur l'album " News of the World ", copyright 1977 EMI / Parlophone ( 6e album du groupe de rock britannique " Queen " ) .

3 - DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - II - Bouteille à la Mer -copyright 2026 DAN AR WERN  / OmniScriptum & International Book Market LTD - Tous droits

réservés . 

4 - DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIII - Les Enfants de la Grotte - copyright 2026 DAN AR WERN  / OmniScriptum & International Book Market LTD - Tous droits réservés . 

 
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L'ENFANT PERDU - I - La Fontaine et les Ombres .

26 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ENFANT PERDU

L'ENFANT PERDU - I - La Fontaine et les Ombres .

 

L'ENFANT PERDU
( Suite de : UNE ETOILE QUI TOMBE )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - La Fontaine et les Ombres

 

 

 

 

 

 

" Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? "

Jean Racine - Andromaque , Acte V , scène 5

 

 

 

 

 

1 - Le soleil déclinait sur le parc en cette claire journée de printemps , brûlant de ses derniers feux le fronton des orgueilleuses façades royales qu'un groupe insouciant de touristes contemplait avec une sorte d'amour incrédule . En son centre , la fontaine aux eaux jaillissantes , miroir céleste , laissait monter un murmure égal , presque antique , un peu comme si l’eau répétait inlassablement une confidence qu’elle seule avait le droit de garder sur le vieux Paris , persistant à projeter ses gouttes cristallines parmi les rires d'enfants et les fantômes cruels d'un autrefois révolu hantant les parterres fleuris de dahlias et de roses qui longeaient l'allée principale ombragée de ses quelques rangs de tilleuls et de magnolias dont le vent printanier faisait siffler les feuilles comme des serpents ! Le vieil Erwan Morgat s’y tenait immobile , à l’écart des promeneurs , le regard fixé sur la surface tremblante où le ciel indécis venait se briser en éclats de nuées grisâtres ...

" Qu'aurais-je pu faire d'autre ? , se demandait-il encore , tourmenté par ces ombres du passé , pendant que son âme prisonnière se voyait obligée de fuir un terrible sentiment d'angoisse mêlé de culpabilité . Elle était restée en fin de compte si peu de temps , se dit-il , blottie contre lui , dans cette grotte sous-marine , parmi les trésors de jadis , où ils s'étaient réfugiés , comme inexorablement échoués dans un rêve de corail , tels ces arbres bordant de leurs silhouettes roses les sombres impasses de l'ancienne monarchie ...

Parvenant à habiter une vie qui n’était plus tout à fait la sienne , il avait réussi , tout de même , à survivre sous un nom d’emprunt pendant des années . Mais , depuis la lecture de la lettre trouvée à Camaret , roulée dans une bouteille et rejetée par la mer avec une obstination presque surhumaine , son vécu s’était rouvert comme une plaie mal refermée . D’un seul coup , l’Afrique était revenue en lui avec sa poussière ocre et sa lumière verticale , ainsi que le silence tendu des nuits maliennes dans le camp militaire . Un visage surtout , celui de Nema , jeune princesse , interprète infatigable et charmante ambassadrice dont il se rappelait maintenant le port altier , la voix calme , et la manière dont elle portait les messages de son peuple , les Dogons , comme on porte une responsabilité sacrée . Entre eux , il n’y avait jamais eu de promesse formulée , seulement cette évidence partagée dans la violence des circonstances . De cette union clandestine était né un enfant , un fils dont il n'avait appris l’existence que trop tard , lorsqu'il avait du disparaître . Ici , pourtant , c'était une autre filiation qui occupait le devant de la scène . Anna , la fille d’Eliza Kerjean , qu’il avait reconnue comme la sienne , avait décidé de quitter la bijouterie familiale nantaise , déjà fragilisée lorsque son père adoptif avait été incarcéré , l'obligeant à vendre en silence la pacotille des vitrines de la rue Crébillon pour choisir une matière bien plus noble à ses yeux : la parole théâtrale ! C'est ainsi qu'à la Comédie-Française toute proche , elle avait fini par interpréter désormais , pleine de talent , pour les séances du club " amateur " , le personnage fabuleux d'Andromaque !

2Ils s’étaient retrouvés sous les arcades , non loin de l'ancienne boutique du faussaire . Elle sortait d’une répétition , encore habitée par son texte , et le visage pâli d’une fatigue heureuse . Il l’écouta parler d’abord de son rôle , par respect , par pudeur aussi , devant le travail qu'elle avait dû fournir toutes ces années pour acquérir une petite renommée .

- Mon cher , lui dit-elle enfin , bravache , rompant , par une tirade , le fil convenu des " bonjours " de circonstance et le vouvoyant pour le taquiner ... il y a quelque chose d'important que je dois vous transmettre !

Il dressa l'oreille sans y croire , amusé par ce ton de comédie . 

- Un voyage officiel est annoncé . Le chef de l'état malien sera à Paris le mois prochain . Bref , tu vois , réceptions , ministères , protocole ... Nous sommes sur le qui-vive ! Il paraît que la culture française les intéresse ... Elle hésita . Il viendra en compagnie de son épouse !

Il préféra , sans doute , sous le coup de la surprise , ne pas lui répondre immédiatement . 

- Comment le sais-tu ? , lui demanda-t-il ensuite , après une courte hésitation .

- Par des gens que je préfère ne pas nommer . Disons que l'ombre des affaires de mon père adoptif m'a appris à reconnaître ce qui circule avant d'être rendu public .

Un bref sourire passa sur son visage . Il comprit alors qu'elle en connaissait bien plus qu'elle ne disait .

- Elle s'appelle Nema , n'est-ce pas ? , bredouilla-t-elle ensuite avec douceur , l'air un peu gênée , finissant néanmoins sa phrase qui ne manquait pas de toupet ... 

J'ai lu ça une fois par hasard sur un de ces feuillets de votre prochain livre , monsieur Jil Kern , qu'on dirait que vous cachez comme un précieux talisman !

Bouleversé par l'émotion , l'écrivain la fixa du regard , se demandant s'il  n'allait pas lui reprocher d'être un peu trop curieuse . Il se ravisa .

- Mon Dieu , c'était une fille tellement brillante ! Je ne crois pas que tu puisses te rendre compte ! Il me semble qu'il y a des siècles , nous vivions ensemble ... Je la revois , la nuit , dans son village autour d'un grand feu , lorsque , sous la voûte constellée d'étoiles , nous écoutions la parole d'un sage " Dogon " ! 

Des brindilles voltigeaient dans l'azur , s'envolant au royaume de l'indicible, avant de s'éteindre dans le silence , comme ces légendes semblant naître au coeur du bois flambant ... Mais , parfois , dans la frénésie d'une telle extase incendiaire , il m'arrivait de voir scintiller dans le noir , comme des diamants merveilleux , les yeux de ma compagne , irradiés de tous côtés par ceux du patriarche , deux escarboucles de lumière dévorante !

Très ému , il marqua une pause , comme s'il avait accepté , enfin , de se compromettre . Alors , face à la beauté d'un tel souvenir , elle baissa la voix , respectant sa douleur .

- Mon directeur de théâtre , tu l'as rencontré , s'appelle Gabriel Desforges , lui murmura-t-elle ensuite .

Il était vrai , certainement , que ce nom figurait sur l'affiche de la pièce en très gros caractères , juste au-dessus de celui d'Anna Kern ( elle avait cru bon de reprendre le pseudo de son père ) en plus petit  . 

- Mais ce n'est pas seulement un homme de scène . Son frère est secrétaire au Quai d'Orsay . Les conversations circulent vite entre eux , crois-moisurtout quand le papotage et les mondanités artistiques prennent le pas sur la pure diplomatie et les secrets d'état  . Puis , baissant encore plus le son de sa voix si douce : mon amoureux ne trahit rien , je t'assure , mais il m'écoute ... et quelquefois plus qu'il ne faudrait , peut-être , me renseigne ?

Il avait assisté à l'une de leurs répétitions , dissimulé dans le fond de la grande salle obscure , la voyant , comme une reine droite et grave , reporter , depuis le deuil de son mari mort , sa fidélité à un fils menacé par celui qui interprétait Pyrrhus et que , dans la vraie vie , elle aimait avec tant de reconnaissance pour sa généreuse affection . Chaque vers de Racine semblait alors lui revenir comme un écho , on aurait dit qu'elle ne jouait plus , mais qu'elle se souvenait de quelque chose comme d'une accusation personnelle ... Parfois , la figure d'Anne de Bretagne , songeait-il , se fondait dans le miroir temporel avec celui d'Andromaque , les deux femmes tentant , avec désespoir , de sauver l'avenir de leur peuple !

Ainsi se dessinait autour de lui une chaîne invisible , pareille à celle que le fameux dramaturge avait scellée avec ses alexandrins .

Lui-même , sans l'avoir vraiment voulu , réfléchissait-il , s'y trouvait pris au piège d'une implacable destinée ! 

3 - Il avait aimé Eliza d'un amour ancien de jeunesse , tissé de silence et de renoncement . mais un démon l'avait saisi , celui de l'aventure au long cours tandis qu'elle , jamais consolée d'un homme absent , s'était mise à papillonner dans un tourbillon de fausse légèreté , de désespoir aussi quand elle avait su qu'il avait disparu , sans doute victime d'une embuscade ou d'une trahison , loin de chez lui , alors que l'amnésie l'ayant , par la suite , empêché de retrouver ses vrais repères , durant des années , la tribu de Néma avait pris soin de cet Erwan Morgat officiellement mort , dont Jill Kern , auteur à la dérive , n'était que le masque tardif . Anna , pendant ce temps , fidèle à sa mère plus qu'à tout autre , malgré son abandon , rêvait , dans la bijouterie de son beau-père , de suivre sa trace sur les planches , non comme danseuse , mais comme figure de la femme qui n'aime que le souvenir d'une âme et l'avenir d'un enfant . 

Cependant , le village "dogon " fut attaqué par surprise par celui qui , naguère , avait été le frère d'armes du militaire français . Le grand-père de sa jeune épouse , tentant courageusement de la défendre , périt d'un coup de couteau en plein coeur ! Ensuite , ce fut une longue plainte semblant remonter à la surface depuis l'antre infernal , vomissant lave et feu , se propageant telle une onde sur l'agonie de toutes les victimes , quand , au retour de la chasse , les guerriers découvrirent le massacre ! Jamais , il n'oublierait leur cri lui déchirant les entrailles , lui qui aurait voulu , avec eux , pouvoir hurler sa douleur de bête sauvage traquée jusqu'à l'hallali , et qu'on achève sans pitié !

Il décida pourtant de fuir en cachette , dans la cale d'un navire de contrebande , car il ne savait plus qui il était , pourquoi il vivait ...

Nema , quant à elle , avait changé de destin . De messagère , elle était devenue compagne du dictateur au pouvoir . Le bruit courait qu’elle conseillait , qu’elle apaisait parfois , qu’elle protégeait surtout son fils , l’enfant d’Erwan , comme Andromaque protégeait Astyanax . Elle n’aimait plus , mais elle veillait ... ( 1 )

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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Notes :

1 - Une Etoile Qui Tombe Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIII - Les Enfants de la Grotte - copyright 2026 DAN AR WERN  / OmniScriptum & International Book Market LTD - Tous droits réservés . 

 

 

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Une Etoile Qui Tombe - Teaser / Bio .

24 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Teaser / Bio .

 

 

UNE ETOILE QUI TOMBE

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

 

 

L'Opale blanche est une pierre qui laisse à l'homme la liberté de choisir la route qu'il veut suivre . En l'associant , cependant , à la lourdeur tragique de la Pierre Noire , il va connaître sa perte ! Eliza était tombée . Sans doute avait-elle choisi cette chute comme libération , rompant la chaîne fatale de sa destinée ? Alors , comment cette traversée sensorielle hors du commun vers la lumière lui avait-elle évoqué une mélodie si enveloppante qu'elle l'avait conduite , par une irrésistible attraction , vers ce lieu béni , chambre cosmique aux couleurs irréelles , gouffres de conscience océane ? Elle se revit sur la falaise : elle n’était pas seule . Un Ange était là , près d'elle , silhouette floue qui la regardait , lui disant simplement : " C'est à toi de choisir . " Mais ce fut par elle que le voile s'ouvrit pendant que cet être de lumière lui apparut sur la paroi entre couleur et chant , forme vibratoire musicale , translucide , l'accueillant par une  pensée d'amour !

 

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - UNE ETOILE QUI TOMBE Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " UNE ETOILE QUI TOMBE  " , copyright 2025 .

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Une Etoile Qui Tombe - VIII - Table des Matières .

23 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Pointe de Pen-Hir

Pointe de Pen-Hir

 

 

UNE ETOILE QUI TOMBE

 

 

 

 

Table des Matières

 

 

I -  Préface / Dédicace ( Châteaux de Sable ) 

II - Prologue Le Romancier ) : - Message 2 - Bouteille à la Mer - 3 - Anna .

III Première Partie ( L'Anneau Mystérieux ) : - L'Appel 2 - Une Pierre Enigmatique - 3 - Dernière Visite - 4 - On Frappe à la Porte - Le Rêve d'Anna 6 - Goulven Kerneis - 7 - Complot . 

IV Seconde Partie ( Le Cercle des Gardiens : 8 - Les Kerjean de Nantes - 9 - La Pierre Noire- 10 - La Danseuse de Verre - 11 - Le " Night Swan " - 12 - Le Dossier " Kerbonn " - 13 - Les Enfants de la Grotte - 14 - Les Compagnons d'Hyacinthe - 15 - Révélations d'Izold - 16 - Suspects .

V - Epilogue : 17 - Le Chant des Sirènes .

VI - Postface : 18 - Le Sphynx de Pen-Hat .

VII - Personnages

VIII - Table des Matières 

 

DAN AR WERNUNE ETOILE QUI TOMBE - VIII Table des Matières - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " UNE ETOILE QUI TOMBE " , Copyright 2025 .

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Une Etoile Qui Tombe - Personnages .

22 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

L'Ange de l'Abîme

L'Ange de l'Abîme

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Personnages

 

 

 

 

1 - Eliza Le Bihan / Kerjean , danseuse étoile qui tombe d'une falaise à Camaret .

2 - Sa fille , Anna Kerjean , bijoutière à Nantes .

3 - Yann Kerjean , père d'Anna , ex-mari d'Eliza .

4 - Jil Kern , romancier dont le pseudonyme cache sans doute une autre identité .

5 - Malo Guegan , capitaine de gendarmerie à Crozon ( Malo Kerneis ? )

6 - Laura Tregidi , lieutenante détachée de la brigade quimpéroise .

7 - Noella Le Bihan , mère d'Eliza et grand-mère d'Anna , elle-même danseuse dans des groupes folkloriques .

8 - Job Le Bihan , frère d'Eliza .

9 - Yuna Riou , fille d'Izold Kerneis , chamane et medium elle aussi , voisine et confidente d'Eliza .

 

Les Cinq enfants de la grotte : outre Eliza ,

 

10 - Izold Jaouen Kerneis , médium un peu sorcière , amie d'Eliza .

11 - Goulven Kerneis , futur mari d'Izold .

12 - Erwan Morgat , futur militaire en Afrique (  force " barkhane " au Mali )

13 - Koulman Gerlink , futur commandant de bord .

 

La Dynastie des Kerjean

 

14 - Hyacinthe Kerjean , l'armateur du " Saint-Ronan " , navire marchand coulé en 1767 dans la grotte .

15 - Mathurin Kerjean , navigateur au long cours , découvreur d'une opale mystérieuse dans une île lointaine du Pacifique .

16 - Jakez Kerjean , trafiquants d'objets antiques dans les années 1960 .

                                                     

                                                      ___

 

17 - Tim Delaney ( Del ) O'Connor , ancien banquier , trafiquant d'objets d'art , tenancier d'un dancing-bar à Boston , chef du " Cercle des Gardiens " .

18 - Ronan Toussaint , sergent d'origine haïtienne , adjoint de Laura Tregidi .

19 - Yves Barazen , ancien adjudant-chef à la retraite qui s'était occupé de " l'affaire de la grotte de Morgat " en 1967 . 

                                                      ___ 

 

20 - Camille , amie d'Elise au cabaret de Boston .

21 - Madame Clark , chorégraphe du dancing .

22 - Tom , le videur du " Night-Swan " .

23 - Curé Jaouen , frère d'Izold .

24 - Colonel Huet , supérieur de Laura Tregidi , à Quimper .

25 - Nema , l'amie malienne d'Erwan , qui lui parle des secrets du pays Dogon .

 

 

 

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