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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - II - Curieuse Disparition .

13 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Reflet ( David Peterson )

Reflet ( David Peterson )

 

 

LA VIE EST BELLE !

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

II - Curieuse Disparition

 

 

 

" Ne suis-je pas la même que , sous d'autres formes , tu avais toujours désirée ? Chacune de tes épreuves masquant mon image d 'un voile d'ombre , un journe me verrais-tu pas telle que je suis ? ... " 

Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) - " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) .

 

 

 

 

 

 

5 - Cependant , Paris , dont elle avait murmuré le nom de temps à autre avec une sorte de nostalgie ou d’impatience lumineuse , était une destination plausible pour quelqu’un comme elle qui témoignait d'un profond besoin d'indépendance et de liberté , mais également , lui avait-elle parfois parlé avec bonheur de certains séjours qu'elle avait effectué là-bas dans sa jeunesse avec sa famille . Aussi , tout de suite après son départ , Julian , dévoré par l'angoisse , fit mine de ne pas trop s’inquiéter . Peut-être avait elle eu simplement l’envie de revoir une amie complice des bons souvenirs d'autrefois ? D'autant plus que , chez Clara , il y avait une mobilité naturelle , presque solaire , comme si elle appartenait à ces êtres qui ne s’installent nulle part mais traversent les vies des autres comme un songe , avec la légèreté d’un été !

Le prof de philo , lui , n’était pas de cette espèce . Il vivait dans un monde rationnel d'où les êtres , généralement , ne pouvaient disparaître sans laisser de trace , où les idées prenaient racine , où les causes produisaient des effets . Même le hasard , s'il existait vraiment , devait y obéir à une logique exprimée par des concepts dans des livres . Du moins , voilà ce qu’il enseignait .

Le premier doute lui vint un soir , au bout d'une semaine à guetter désespérément l'arrivée d'un signal , alors que même sa coloc n'avait pas eu de nouvelles , dans la petite rue voisine où elle habitait . C'était le jour où , cherchant un ancien message dans son téléphone , il était retombé sur le numéro que Clara lui avait donné pour joindre son amie parisienne .
- Si jamais tu viens me voir , appelle Fanny . Elle soccupe dune boutique près du Marais .

Julian composa le numéro presque machinalement . Ce fut une voix professionnelle assez sèche qui lui répondit .

- Maison Lavigne joaillerie bonjour !

Il resta un instant silencieux .

- Pardon ... Je cherche Fanny .

- Quelle Fanny ?

- Une jeune femme qui travaillerait chez vous .

Court silence .

- Je suis désolée monsieur , mais vous devez faire erreur : il ny a jamais eu de personne de ce nom par ici .

La conversation s’arrêta là .

Il resta longtemps immobile avec le téléphone à la main .

Quelque chose ne collait pas .

Le lendemain , lorsqu'il évoqua discrètement Clara devant deux de ses confrères l’ayant juste rapidement croisée , au lycée , puisqu'ils essayaient de ne pas trop afficher leur liaison , près de la salle des professeurs .

- Clara ? dit l’un d’eux .
- Oui , la jeune femme qui travaillait sur le port .

Les deux hommes l'écoutaient dans l'indifférence , échangeant , embarrassés , des regards pleins d'incertitude et de sous-entendus .

- Vous êtes vraiment sûr quelle travaillait là ? , plaisanta son collègue d'histoire .

Julian se mit à lui sourire avec amertume . 

- Cest elle qui me la dit voyons .

Mais déjà , il sentait quelque chose d'obscur , comme de la gêne , en prononçant ces mots .

Les jours qui suivirent , s’installa en lui une inquiétude presque méthodique .

Il alla se promener du côté de l'arsenal , constatant que la capitainerie n’avait jamais entendu parler d’elle .

Quant au fameux petit bistro où elle disait retrouver , le midi , ses collaborateurs :

- Quelle blonde ? interrogea le patron du bar en haussant les épaules . Par ici , on en voit des tas , cher monsieurmême des fausses ! , conclut-il dans un éclat de rire imbibé d'alcool .

Mais le plus troublant se passa au lycée , où Clara lui avait affirmé y avoir gardé des amitiés parmi les anciennes élèves , de toutes jeunes femmes qu’elle retrouvait parfois le soir . 

Julian eut beau mentionner leurs prénoms , personne ne sembla les connaître .

Une surveillante , sans doute candidate au prochain concours de philo , finit par lui dire d'un air ironique :

- Vous savez , monsieur le professeurle souvenir des élèves ... N'est-ce pas Descartes qui a écrit que peut aisément nous tromper " le malin génie " de nos sens et de notre mémoire ? Hélas , on mélange souvent les générations . ( 3 )

D'ailleurs , plus avançait son enquête improvisée , plus la figure de la disparue lui devenait étrangère , presque translucide , comme si elle avait vécu dans un angle mort du monde .

Alors , tenta-t-il de se rappeler avec précision ce fameux séjour en Grèce , théâtre d'une rencontre soi-disant due au " hasard " . Mais déjà , ce mot , désignant une ignorance déguisée , lui paraissait fort suspect . N'est-ce pas de lui dont on parle trop souvent quand on ne comprend pas quelque chose , pensait-il ? Un soir qu'il rentrait à son logement du quartier Saint-Marc , il contempla longtemps le large depuis la promenade , se répétant la première phrase que son amie lui avait dite , assez simple en apparence , mais qui , aujourd'hui , lui semblait presque inquiétante :

- Il y a une manière brestoise de regarder la mer .

Sur le moment , cela l'avait fait sourire . Car si Clara avait réellement vécu , quelqu’un , quelque part , devait bien se souvenir d’elle . 

Or il avait beau interroger , chercher , vérifier , comme si elle n’avait été qu’une parenthèse dans sa courte vie , une conclusion commençait à s’imposer à lui , absurde et pourtant de plus en plus nette : elle semblait n’avoir laissé aucune trace , ou pire encore , n'avoir jamais été présente !

Il frissonna . Pour la première fois depuis longtemps , le professeur de philosophie se trouvait confronté à une énigme que ni Aristote , ni bien sûr Descartes , ni Kant ne pouvaient vraiment éclairer : comment quelqu’un peut-il disparaître du monde sans même y avoir laissé de souvenir ? Et surtout , pensée plus troublante encore , comment pouvait-il être le seul témoin de son hypothétique existence ? 

6 - Les journées passèrent , mais l’énigme ne se dissipait pas . Bien au contraire , elle semblait s’épaissir autour de lui comme ces brumes insidieuses qui montent parfois de la rade de Brest , effaçant lentement les formes les plus familières . Pourtant , le pauvre homme s’efforçait de continuer sa vie ordinaire . Le lycée , les copies à corriger , quelques cours à construire sur la mémoire chez Henri Bergson , dont les analyses lui paraissaient soudain bizarrement concrètes . La mémoire , expliquait-il à ses élèves , n’est pas une simple archive , elle sélectionne , transforme , invente , parfois . ( )

Mais une question silencieuse s’imposait à lui :

Et si c’était moi qui inventais Clara 

Cette hypothèse , absurde quelques jours plus tôt , commençait à rôder autour de lui comme une ombre ...

Un dimanche après-midi , pour se changer les idées , Julian décida de ranger une vieille bibliothèque dormant , depuis des années , dans la petite pièce qui donnait sur le jardin . Là , devaient se trouver de vieux livres paternels , dont certains hérités des temps anciens , volumes aux reliures fatiguées , souvent annotés au crayon . Tout en choisissant " au hasard " l’un d’entre eux , recueil d’histoires plus ou moins légendaires consacré à la recherche de la " Pierre Philosophale " , quelque chose glissa entre les pages , puis tomba sur le parquet . C'était une photographie , qu'il ramassa aussitôt . L’image était ancienne , légèrement jaunie . Deux hommes posaient devant un paysage forestier . ( 5 )
Le premier , qu'il reconnut immédiatement , c'était son père très jeune , portant une veste brune qu’on apercevait sur plusieurs photos familiales . Quant à l'autre ... Il lui ressemblait comme un jumeau . Les deux chasseurs ( puisqu'ils portaient en bandoulière un fusil ) paraissaient se tenir devant un petit café de campagne . Derrière eux , des massifs d'arbres formaient une voûte sombre . Au verso de la photographie , était agrafée une carte postale de l'époque représentant le quartier " Bellevue " , à Brocéliande . Ce nom fit naître en lui une résonance vague avec les récits de sa mère qui avait , là-bas , dans le bourg de Gaël , passé sa jeunesse , dans la mythique forêt bretonne , celle des récits arthuriens , des enchantements et des fantômes , des illusions périlleuses . Quand il retourna la carte , il remarqua une phrase notée à l'encre , d'une écriture un peu penchée : " La Vie est Belle " ! , formule presque naïve que sa chérie aimait aussi souvent répéter , songea-t-il avec un léger sourire teinté d'amertume . Puis il constata encore autre chose . Une signature figurait sous la phrase : Clara

7 - Restant immobile durant de longues minutes , comme figé , abasourdi , il sentit son cœur battre plus vite . Une seconde , approchant la carte de la fenêtre , il pensa qu’il avait mal lu , la logique la plus élémentaire voulant qu’il s’agisse d’une simple coïncidence . En effet , Clara était un prénom courant . Mais quelque chose dans la situation lui paraissait profondément étrange . 

La photographie semblait dater d’au moins cinquante ans , peut-être . Or , la fille qu’il avait connue , ou cru connaître , n’en avait guère plus de vingt-cinq !

Il eut alors une drôle de sensation , comme si cette image contenait une question qu’il n’avait pas encore osé se poser , que tout ceci n'était peut-être en lui qu'une obsession maladive hantant  sa conscience coupable d'un véritable chemin de ténèbres , voire l'héritage d'un triste problème , un peu comme celui de ce héros grec tombant amoureux d'une créature de rêve dont l'existence était en sursis . Pourquoi cette photo se trouvait-elle dans son livre d’enfance ? Et pourquoi portait-elle ce message ? ( 6 )

Pouvait-il s'agir d'une affreuse mystification , parce qu'elle lui ressemblait , s'imagina-t-il ensuite , et que , véritablement possédée par le souvenir d'une aïeule devenue folle , peut-être , et qui , encore pire , s'était , comme dans le film , suicidée peu après qu'on lui ait pris son fils ? 

 " Il me reste à faire une dernière chose , et je serai délivrée du passé ... " ( 7 )

Il retourna encore la photo . Tonton Herri souriait légèrement , pendant que son père , l’autre homme , regardait l’objectif avec une expression plus grave .

La coïncidence lui parut trop troublante pour être simplement ignorée . En fin de compte , il se souvint qu’une personne pourrait peut-être l’éclairer : sa tante qui , vivant depuis des années près de l'étang de Paimpont , n'ignorait rien des chemins forestiers dont , jadis , elle avait arpenté chaque détour avec sa soeur jumelle Mona , la maman de Julian .

Celui-ci composa son numéro . Après une brève tonalité de retour , un timbre de voix chaleureuse lui répondit .

 

 
 
( A Suivre )
 
 
 
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - EclipseII - Curieuse Disparition - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
                                             ___
Notes :
 

3 -  Dans " Méditations Métaphysiques " , 1647 , version française (  Meditationes de Prima Philosophia , 1641 , version latine ) , René Descartes ( 1596 - 1650 ) , mathématicien , physicien , philosophe français , développe cette hypothèse d'un " malin génie " pouvant , à travers nos sens et notre mémoire , nous tromper .

C'est pourquoi , nous devons toujours douter de tout ce qui peut être mis en doute : souvenirs , perceptions comme expériences passées .

4 -" Matière et Mémoire " ( 1896 ) de Henri Bergson ( 1859 -1941 ) , philosophe français .

5 - Pierre philosophale ( en latin : lapis philosophorum ) , hypothétique substance alchimique aux propriétés merveilleuses.

6 - Légende d'Orphée et Eurydice ( Mythologie grecque ) .

7 - " Vertigo " ( Sueurs Froides ) - 1958 - film d'Alfred Hitchcock ( 1899 , Londres - 1980 , Los Angeles ) , d'après le roman de Boileau / Narcejac , " D'Entre Les Morts " ( 1954 ) , avec James Stewart , Kim Novak , Barbara Bel Geddes - 

All rights reserved .

 

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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - I - Troublant Départ .

11 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Port de Brest ( Emmanuelle Le Goascoz )

Port de Brest ( Emmanuelle Le Goascoz )

 
LA VIE EST BELLE !

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

I - Troublant Départ

 

 

Je me suis jeté à genoux devant elle ,

  Et l 'ombre du Paradis a enveloppé mon âme ... "

 Gustav Meyrink - " Le Golem " ( 1915 ) , 11 - Détresse .

 

 

 

 

1 - Elle était partie la veille au matin . Rien de théâtral ou de dramatique dans ce départ . Pas de scène , pas de mots définitifs qui claquent aussi fort que les portes . Juste un sac sportif , l'achat rapide d'un billet de train rapide qu’elle lui avait montré en enfilant sa veste légère !

Il avait hoché la tête .

- Je vais passer quelques jours chez Fanny .

Comme si cela allait de soi .

Depuis , l’appartement lui semblait trop grand , silencieux , de manière inhabituelle . Pourtant , c’était un modeste logement , deux-pièces banal au troisième étage d’un immeuble gris du quartier Saint-Marc de Brest , avec vue sur un morceau de rade que l’on pouvait apercevoir , avec un peu de chance , entre deux toits , par la fenêtre du salon , de temps à autre , quand il n'y avait pas trop de brume .

Il n’avait pas dormi .

Ou plutôt , dérivant toute la nuit dans cette zone étrange où la fatigue empêche le sommeil mais où les souvenirs s’obstinent à revenir , des images d'un bonheur nostalgique avaient défilé devant lui avec une précision presque douloureuse . Celles de leur premier jour , l'été dernier , sur une plage de galets clairs , chauffés à blanc par le soleil , qui luisaient comme des pièces de monnaie sous le ciel bleu de Grèce . La mer , d’un turquoise presque irréel , respirait lentement , quelque part parmi les Cyclades , le vent du large soulevant par rafales l’odeur du sel et des herbes sèches .

Légèrement à l’écart , près des rochers , pour éviter le bruit de la marmaille ambiante , Julian s'était allongé sur sa serviette . Il avait emporté un livre , comme toujours , tentant d'en lire quelques pages malgré la chaleur , et levant , malgré tout , distraitement la tête au moment où une silhouette de jeune femme passait assez vite devant lui . 

Il avait remarqué , d'ailleurs , qu'elle se lançait dans l’eau avec une énergie contrastant avec la nonchalance alentour , marchant pieds nus , d'allure élancée , sans même ralentir , pour éviter , sans doute , que soit brûlée la plante de ses pieds . 

Grande , souple et bronzée , elle avait plongé devant lui , sans hésiter , dans l’eau turquoise comme si la terre entière lui appartenait . Quelques moments plus tard , de retour enfin vers la grève , elle avait naturellement passé la main dans ses cheveux mouillés , l’eau ruisselant encore sur ses épaules dorées , quand elle avait retrouvé le petit sac posé à côté de lui qu'il n'avait même pas remarqué . 

Puis , par surprise , ayant jeté un bref regard sur la couverture du livre posé sous le parasol de son voisin , la belle nageuse avait éclaté de rire en voyant que Schopenhauer était sur la serviette ! Elle avait penché la tête , l'oeil pétillant d'ironie !

- Encore les grandes questions ? , l'avait-elle questionné sans aucune gêne . 

Il n'osait pas lui avouer qu'il avait eu tout le loisir de l'observer , avec une sorte de fascination tranquille , avancer dans l’eau avec des mouvements souples , puissants , presque joyeux . Le prof referma lentement son livre .

- Oui , lui répondit-il sans la reconnaître . Le sens de lexistence , la nature du bonheur , ce genre de détails . Qu'aurait-il bien pu lui dire d'autre ? Qu'il s'intéressait aussi , grâce à un télescope , à l'observation des galaxies , qu'il recherchait dans l'oeuvre de Paracelse un autre chemin de développement de l'âme humaine au sein de la matière ? ( 1 )

Brusquement , elle se flanqua tout près de lui , sur les galets . Julian la vit alors vraiment de très près pour la première fois , reconnaissant , sur son visage , quelque chose d’insaisissable , comme une franchise presque enfantine mêlée à une assurance tranquille . Mais surtout , ce sourire irrésistible et lumineux comme un diamant de cristal qui semblait éclairer tout autour de lui . 

- Eh bien moi , ma réponse est simple !

- Je vous écoute .

Elle désignait la mer d’un geste large .

- Plongez là-dedansVous verrez ! Le bonheur est assez clair !

 

2 - Mais c'est dans ses bras , pensait-il ce matin-là de son départ , qu'il avait eu envie de se jeter , comme un pauvre naufragé recherchant désespérément secours !

- Vous lisez vraiment ça , ici ? , reprit-elle , ensuite , avec une sorte de condescendance , avec ce décor-là ... sur une plage grecque ?

Il avait levé les yeux , quelque peu déstabilisé .

- Cest précisément dans ce genre dendroit que se posent les grandes questions , n'est-ce pas ?

Quelque chose dans son visage l'avait immédiatement fasciné , une énergie franche , une vitalité lumineuse , mais surtout ce sourire étrange , captivant , qui semblait contenir une promesse . Il sentit monter en lui une émotion rapide , presque vertigineuse , comme une certitude immédiate ! Un vrai coup de foudre !

Elle le fixait avec curiosité .

- Vous êtes toujours aussi sérieux ?

- Seulement quand je lis Schopenhauer . ( 2 )

- Ah ! Cest donc lui le responsable !

Elle lui tendit la main.

- Clara Michel .

Ne dit-on pas que le hasard , s'il existe , a quelque chose d’absurde ? Ils avaient découvert qu’ils habitaient la même ville , et que leurs appartements se trouvaient à moins d’un kilomètre l’un de l’autre , dans une ville battue par le vent de l’Atlantique .

Et pourtant , c’est ainsi que tout avait commencé .

Ils parlèrent toute l’après-midi . De voyages , de mer , de montagne . Elle lui avait raconté ses randonnées en solitaire , ses traversées à vélo , ses courses dans tous les coins de la planète . Elle travaillait sur le port , dans une petite entreprise de matériel nautique , et semblait vivre en mouvement permanent .

Julian Le Guern , lui , enseignait la philosophie .

Quand il évoqua l'indifférence de ses élèves concernant les questions interminables sur la liberté ou le destin , Clara le regarda avec une curiosité amusée .

- C'est drôle , je crois que vous êtes le prof qui a succédé à Monsieur Le Fur . Nous avons dû , sans le savoir , nous passer le relais !

 

3 - Tout avait été simple , au début , malgré la différence d'âge et les cancans . 

Pour elle , vivre n'était qu'une succession de gestes à accomplir : grimper , courir , décider , construire ... Elle apportait un mouvement dynamique auquel il n’était pas très habitué . Balades improvisées sur les sentiers côtiers , footing dans l’eau glacée de la mer d’Iroise , marches du dimanche matin dans un club , alors que lui aurait volontiers prolongé la lecture et le café . 

Elle avançait pendant que lui la contemplait . C’était peut-être cela , finalement , l'amour , une sorte de déférence muette envers l'éclat de son sourire plutôt qu'une longue déclaration qu'il  n’aurait su formuler . Pour lui , elle restait un mystère à interroger . Ce décalage s’était installé avec le temps , comme un courant presque invisible . Rien de violent . Juste une distance lente , imperceptible . Il se souviendrait de sa lumière avant tout .

 

4 - Vers trois heures du matin , ce jour , comme on traverse une mer agitée , balloté par des rêves disloqués qui sans cesse reviennent se briser contre la même image , il s’était réveillé brusquement , le cœur battant à tout rompre , avec cette sensation oppressante d’avoir vu sa propre vie défiler comme un film mal monté . Il se leva enfin lentement du canapé où il avait passé la nuit . La lumière grise du matin brestois filtrait à travers les rideaux , tandis que , dans la rue , on entendait ces bruits familiers que les bus et le vent venu de la mer amplifiaient déjà .

Il alla jusqu’à la fenêtre . La rade était calme , d’un gris laiteux . Quelques mouettes tournoyant au-dessus de l’eau , lui firent penser à cette phrase qu’elle répétait sans cesse avec ce mélange de simplicité et d’ironie , quand il avait l'audace de montrer trop d'empressement pour sa personne :

- Arrête de compliquer les choses . La vie est si belle ! 

Restant immobile un moment , presque malgré lui , il sanglota :

- Oui ... peut-être .

Mais pour la première fois , tournant aussi de manière lancinante , la question revenait en lui avec une obstination presque douloureuse . Il se demandait sérieusement s’il savait encore ce que cette phrase voulait dire et ce qui , réellement , n'avait pas fonctionné . Puis , il tenta de raisonner , vieux réflexe de prof de philo cherchant la cause , l’enchaînement des événements , la logique secrète des choses . Mais plus il réfléchissait , plus le malaise s’épaississait . Quelque chose le rongeait , malaise diffus , presque métaphysique . Ce n’était pas une faute précise . Pas un événement unique . Une lente dérive , plutôt . Comme si quelque chose en lui s’était déplacé imperceptiblement au fil des années .

Julian ,  pensant à Clara , passa la main sur son visage fatigué . Elle était partie la veille . Mais le mot lui semblait soudain lourd d’une ambiguïté inquiétante . Officiellement , selon son dernier message , elle passait quelques jours chez une amie . Mais une autre hypothèse , plus obscure , s’insinua en lui . Et si cette distance était déjà une séparation ?

 
 
 
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - EclipseI - Troublant Départ - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
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Notes :
 
1Paracelse ( Philippe Théophraste Bombast Von Hohenheim , 1493 - 1541 ) médecin philosophe , alchimiste suisse de langue allemande .
 
2Arthur Schopenhauer ( 1788 - 1860 ) , philosophe allemand . 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 

 

 

 

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L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE - VIII - Table des Matières .

10 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Château des Ducs de Bretagne ( Nantes )

Château des Ducs de Bretagne ( Nantes )

L'ESCARBOUCLE /

LA MONTRE FANTASTIQUE

 

 

 

 

Table des Matières

 

I -  Préface / Dédicace : La Pierre du Miracle  

II - Prologue - Une Etrange Visite .

III Première Partie ( Complot ) : 2 - Apparition - 3 - Dans le Fracas des Guerres - 4 - Le Parchemin du Mausolée - 5 - Esther . 

IV Deuxième Partie ( L'Affrontement : 6 - Novalis - 7 - Franz Keller .

V - Troisième Partie ( Lux Perennis : 8 - La Porte Etroite - 9 - Le Royaume sous la Mer .

VI - Epilogue : 10 - La Croisée des Chemins .

VII - LA MONTRE FANTASTIQUE ( Nouvelle )

VIII - Table des Matières .

 

DAN AR WERNL'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE - VIII Table des Matières - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE " , Copyright 2025 / 2026 .

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La Montre Fantastique ( Nouvelle ) .

2 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA MONTRE FANTASTIQUE

La Montre Fantastique ( Nouvelle ) .
 
 

 

La Montre Fantastique
 

 

 

 

 

 

 

" On se penche sur la ruine calcinée par le feu du ciel :

  on espère y surprendre les secrets de l'inspiration ... "

Maurice Barrès - " L'Abdication du Poète " ( 1914 )

 

 

 

 

 

1 - La veille du mariage , Yann Kerjean retourna sa boutique sens dessus dessous . Les tiroirs de noyer claquaient , les vitrines tremblaient sous ses doigts nerveux . La montre n’y était plus , la  montre Droz à gousset décoré de fleurs de lys qui devait sceller son avenir , comme elle avait scellé le passé de sa famille . Une montre suisse au boîtier d’or patiné , au verre légèrement voilé par le sel et les ans , dont le tic-tac semblait parfois trop hésiter , comme si le temps lui-même doutait de la bonne voie à prendre . Il ferma les yeux , revoyant son grand-père Jakez , penché sur la table de la cuisine , murmurant presque :
- Cette montre ne se donne pas , vois-tu ? Elle se mérite . Et surtout ... ne la perds jamais de vue !

Il n’avait pas écouté . Ce précieux bijou avait été , disait-on , repéché en 1801 sur  la côte Pen Lann de l'île de Groix , dans l’épave d’un navire en provenance de Saint-Domingue à destination de Lorient , le " Santez-Anna " , qui portait le nom de la famille Kerjean . L'ancêtre Corentin , vieux loup de mer , autant marchand que contrebandier , parfois sauveur , parfois pilleur , avait navigué un peu partout , sur toutes les mers du globe : un homme traitant la mer comme le temps , qui croyait , sans doute , pouvoir les dominer . L'ironie suprême était que le mécanisme de cette montre miraculeusement récupérée par des hommes qui n’étaient ni tout à fait des sauveteurs , ni tout à fait des voleurs , pourtant , s'était retrouvé bloqué sur l'heure précise de la catastrophe ! ( 1 )

Son père lisait peu . Son grand-père presque rien . Les silences , chez les Kerjean , pesaient plus lourd que les aveux . Les archives ne s'étalèrent pas trop sur ce fait divers , la gazette locale du jour ne mentionnant que brièvement le violent orage ayant calciné le navire et quelques passagers du bord , comme ce " comte de Montmorin , qui , " heureusement " , revenant , en compagnie de sa fille Marie et de leur cousin Charles de Montfort , des îles Caraïbes " , furent sauvés du naufrage " ... A cette époque , on préférait d'ailleurs parler de commerce ou d’audace , plutôt que du contenu des cales . C'était le temps  des traversées lointaines , des cargaisons mal définies , des routes qui évitaient les ports officiels ... ( 2 )

Discrètement , la montre , en même temps que la prospérité , était entrée dans la famille . Et peut-être aussi que le déclin , se disait , à part lui , Yann , qui se souvenait encore de l'étrange histoire que sa grand-mère lui racontait , le soir , au coin du feu et du récit qu'elle lui avait souvent répété avec une précision trop nette , de cette bizarre trouvaille sur la grève , comme s'il s'agissait d'un conte de fée ! Pourtant , chaque fois qu’il en observait les aiguilles - reparties pour une minute , sans raison apparente , au jour de sa naissance , avant de s'arrêter à nouveau - il se demandait si le temps n’avait pas simplement réclamé son dû , et si la montre avait , en ce moment-là , mesuré autre chose que son malheur et celui de sa pauvre maman , qu'une fatalité médicale avait emportée si jeune , à cause de la difficile venue de son bébé au monde et d'un cœur trop fragile !

2 - Il s'était souvenu de ce soir-là où il était descendu au sous-sol , en ce lieu où l’humidité rongeait les murs de l'arrière-boutique . C'était là que reposaient des objets que l’on n’exposait plus . Puis , il avait fait basculer deux rayonnages de livres dans une armoire bretonne " Renaissance " aux portes finement sculptées . La montre , dont il avait d'abord perçu , très étonné , le son du tic-tac lent , trop régulier , se trouvait bien à l’intérieur de ce vieux meuble jamais ouvert , dans un petit coffre , posée , intacte , comme si elle n’avait jamais disparu . Mais , lorsqu’il avait essayé d'en enfiler le bracelet , celle-ci s'était brusquement arrêtée . Et dans le reflet du verre , il avait vu  autre chose que son visage : un corridor obscur , fait d’eau et de cordages fantomatiques , de bois brisé et de silhouettes figées comme des spectres !

L’air était soudain devenu plus dense , la lumière plus sourde , pendant qu'il réalisait que la montre ne mesurait plus le temps , mais qu'elle tentait obstinément de le retenir dans un éternel présent .
Douce et lointaine , une voix monta en lui comme une source claire , cristalline .
- Ne te retourne pas !

Tout de suite , il la reconnut . C'était son Eliza , sa fiancée aux yeux pleins d’amour et d’effroi mêlés , qu'il vit apparaître , toute pâle , derrière lui , vêtue de la robe qu’elle porterait le lendemain pour la cérémonie . 

- Yann ... Si tu me regardes , je reste ici ! Ne tournes pas la tête !

Il voulut protester , lui poser mille questions . Mais la montre vibrait dans sa paume , comme un cœur impatient , lorsqu'il comprit enfin qu'il avait remonté le temps trop loin , jusqu’à ce point fragile où tout pouvait se rompre , pour la retrouver .

- Je taime ! , se mit-il à lui crier alors comme un fou .

Il marcha . Un pas . Puis deux . Le tic-tac s’était accéléré , battant aussi fort que son pouls . Le corridor se refermait déjà . Le temps exigeait son dû ! La jeune fille , quant à elle , pleurait derrière lui de plus en plus . À un souffle du retour , il douta . Comment offrir une telle montre à cette admirable femme qu’il ne pouvait déjà plus voir ? Comment l'aimer sans certitude ?

Par malheur , il se retourna ! Et le monde se brisa dans un silence absolu !

3 - Il était resté longtemps immobile devant la porte du buffet , la clé encore dans la serrure , à écouter , dans le silence , les derniers sanglots de la femme disparue . La montre n’avait jamais été exposée , songea-t-il , trop ancienne et trop chargée d'histoire , trop liée à un drame dont on ne parlait partout qu’à voix basse , un modèle signé Jaquet-Droz , fabriqué , apparemment , en Suisse , à La Chaux-de-Fonds , mais entré secrètement dans la famille par une sorte de fatalité mystérieuse . ( 3 )

D’ordinaire , elle reposait dans ce tiroir , enveloppée dans un cuir usé qui sentait la cire et le sel . Cependant , quelques jours plus tard , quand il voulut rouvrir le meuble , il constata qu'elle n'était plus là , bien qu'à l'étage supérieur , dans la bijouterie du passage de la Pommeraye , aucun coffre n'avait été forcé , aucune vitrine fracturée !

Il avait bien des clients discrets , des collectionneurs qui posaient trop de questions , des amateurs d’objets rares . Certains connaissaient , sans doute , la rumeur de cette montre retrouvée après un naufrage , au large de Lorient , dans l’épave d’un navire qui portait autrefois le nom des Kermeur . D’autres , peut-être , en savaient moins , mais devinaient qu’il y avait là plus qu’un mécanisme ancien . Tout indiquait , pour finir , qu'il ne s'agissait pas de l'oeuvre d'un simple amateur , mais , au contraire de l'acte ciblé d'un professionnel assez habile . 

Car , en général , un voleur laisse toujours quelque trace : un oubli , une précipitation , une odeur étrangère ? Ici , rien . Comme si la montre avait simplement cessé d’être là , comme si la marée ou le temps n'étaient venus qu'afin de récupérer cet objet qu’on leur avait trop longtemps dérobé .

Le mariage était proche . Faire l'offrande à sa promise de ce cadeau généreux lui avait d'abord paru être un geste de confiance en ce qui n'avait pesé ni sur la conscience familiale , ni sur la sienne . Après tout , de quoi s'agissait-il ? Juste d'un débris que la mer avait , comme tant d'autres , jeté sur le rivage . Mais à mesure que la date approchait , s’était insinué en lui un malaise , une question qu’il n’osait pas formuler , mais qui revenait toujours à la même heure , tard dans la nuit :

- Et si certaines choses ne se transmettaient qu'en détruisant ? , se demanda-t-il en rêvant à sa mère .

On lui avait dit qu’elle était morte en le mettant au monde , comme on racontait aussi souvent , dans la famille , par habitude , qu'un voyage en mer pouvait être dangereux . Complication chirurgicale , cœur trop faible , concours de circonstances ? Qui peut expliquer la fatalité ? Dans les souvenirs flous de l’enfant , ne résistait qu'un détail : la montre avait été posée sur la table ce jour-là . Son père l’avait sortie de son étui , presque solennellement , comme pour marquer le moment de sa venue .

Yann , pourtant ,  n’avait jamais su si ce souvenir était réel ou reconstruit . Mais à partir de ce jour , la montre , ayant regagné sa cachette à l’heure exacte du crépuscule , avait cessé , pour toujours , d'être visible . 

Il se leva , fit quelques pas dans la boutique . Derrière la vitre , la galerie s’animait lentement , les rares passants de l'heure matinale devant ignorer tout de ce qui se tramait ici sournoisement .

- Qui aurait eu intérêt à posséder la montre ? , s'interrogea-t-il à voix basse . 

Désirait-on seulement qu’elle ne change pas de main ?

Et si elle refusait ? , pensa-t-il encore . Si elle choisissait ?

L’idée lui parut absurde , mais elle s’imposa peu à peu , avec la force d’une évidence ancienne . On parlait , chez les Kerjean , parfois , de la montre comme d’un repère vivant , jamais comme d’un porte-bonheur . Un simple témoin ne protège pas . 

Le soir , il referma le tiroir vide , comprenant que la disparition n’était peut-être pas un vol , mais un avertissement , quelque chose , ou quelqu’un d'inconnu , ayant jugé que le moment n’était pas arrivé . Ou qu’il était déjà trop tard ?

4 - Plus troublé encore , il pensait à une autre histoire que son père lui avait racontée par un soir d’ivresse maîtrisée . Pendant l’Occupation , disait-il , des officiers allemands fouillèrent un manoir dominant la mer , non loin de Camaret , la demeure du poète Saint-Pol-Roux .

Cependant , d'après la rumeur , ils n’y avaient cherché ni tableaux , ni manuscrits , mais un objet précis , décrit avec une minutie obsessionnelle , une montre suisse ancienne , supposée avoir transité par La Chaux-de-Fonds , qui aurait été liée , par des raisonnements que personne ne pouvait vraiment plus comprendre aujourd'hui , à une lignée disparue . 

On murmurait même le nom de Louis XVII .

Il n’avait jamais su s’il fallait prendre cette histoire au sérieux . Pourtant , ce détail l’avait toujours troublé : ils n’avaient rien emporté d'autre . Comme si c'était seulement cet objet qu’ils cherchaient , lié peut-être aux recherches de certains savants nazis sur la maîtrise du temps , 
Ce souvenir lui revint avec une netteté si obsédante que , le lendemain , la boutique était fermée . 

On raconta plus tard que le bijoutier , désespéré du départ de sa femme , avait disparu sans laisser de trace . Certains curieux jurèrent l’avoir vu marcher seul sur la côte de Camaret , parlant au vent , tenant une lettre contre son cœur , tandis que d’autres , l’oreille collée contre la porte close , prétendirent avoir entendu parfois , tout au fond de l'échoppe , un tic-tac discret , comme un rappel cruel : jamais le temps ne regarde en arrière ! Quant à lui , le pauvre , il se demandait si la montre , autour d’elle , comme une invisible faux détachant l'âme du corps , n’avait pas , au fil des siècles , focalisé les plus effroyables malédictions !

Longeant le château de sable en ruine du poète , bâti par un certain Philippe , selon la légende , il alla se planter tout au bout de la falaise , face à l'abîme de Pen-Hat , essayant en vain de détourner sa pensée de certaines questions qui n'avaient pas été faites pour être résolues toutes ensemble . Pourquoi le nom de l'architecte ressemblait-il à celui du roi tentant d'assassiner Louis XVII , lui dont le père avait déjà voté la mort du souverain guillotiné ?

Etait-ce l'ombre de Coecilian , le fils du " Magnifique " tombé au champ d'honneur , qu'on voyait faire fuir , en riant comme un fou , les douze cormorans des sept sabliers de la plage ?

Les gens de Kerbonn affirmaient que , certaines nuits , lorsque le ciel se couvrait d'une lueur anormalement froide , la montre se remettait à battre contre son coeur , toujours à la même heure , celle où l'Etoile divine était tombée du firmament ... 

( 4 )

 

FIN
 
                                                       ___
 
 
DAN AR WERN - La Montre Fantastique ( Nouvelle ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Montre Fantastique " , copyright 2026 . 
                                           
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Notes :
 
1 - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - VIII - Les Kerjean de Nantes - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 .
 
2 - Les Compagnons de L'Etoile ( Cycle de L'Etoile XXIX ) - XI - Adieu Copyright 2024 Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - All rights reserved .

3Henri-Louis Jaquet-Droz ( 13 octobre 1752 à La Chauds-de-Fonds - 15 novembre 1791 à Naples ) , fils de Pierre , horloger neuchâtelois de la fin du XVIIIe siècle .

   - " Le Fils de Louis XVI en Suisse " de Paul F. Macquat , 1922 .

4 - " Les Sabliers " ( 1892 ) , de Saint-Pol-Roux ( 1861 - 1940 ) , poète symboliste français .

 

 

 
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Perspectives - V - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II - Deuxième Cercle ) , 2 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .

27 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

Perspectives - V - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II - Deuxième Cercle ) , 2 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .
 
 
Perspectives 
V - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " , 2 .
       ( Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient

 

 

 

La Demeure Enchantée

Cycle de L'Etoile II - Deuxième Cercle ) 

 

 

" Tout ce qui ne remonte pas en conscience revient sous forme de Destin  "

Carl-Gustav Jung " Aion " Aion : Beiträge zur Symbolik des Selbst , 1951 

 

 

Auteur : DAN AR WERN
Titre : La Demeure Enchantée
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2016

Suite du " Passeur des Mondes " ( Cycle de L'Etoile I ) , " La Demeure Enchantée " ne se contente pas de prolonger une intrigue : le roman creuse une dynamique spirituelle déjà amorcée , celle du passage entre les plans du réel . Toutefois , là où le premier ouvrage explorait essentiellement l’expérience du seuil , celui-ci en interroge les conséquences intérieures . L’aventure extérieure devient le théâtre d’un processus psychique profond que l’on peut mettre en lumière avec la pensée de Carl Gustav Jung .

4 - Double et Lumière
 

Roll , en tant que protagoniste , se confronte ici à une série d’expériences qui représentent la descente dans l’inconscient . L’apparition de la mystérieuse " dame en noir " , avec son accent slave et son parfum évoquant des souvenirs d’enfance , illustre ce que Jung appelle l’Anima , figure féminine intérieure , médiatrice entre le conscient et l’inconscient , qui attire le jeune homme vers la révélation .

Le cadre de la basilique Saint-Denis renforce ce symbolisme : la lumière sur le mausolée de Louis XVI et Marie-Antoinette peut être interprétée comme un halo de conscience éclairante , tandis que le cri infernal et le mélange du rêve et de la réalité traduisent la peur de l'ombre et la confrontation à des forces psychiques inconnues . Le papier signé " Belphégor " agit comme l'ombre projetée , un message venant du côté obscur de la psyché que le héros doit intégrer pour évoluer . L'éloignement de Pierre-Henry ( symbolique de celle de Louis XVI et de la Monarchie ) et les mécanismes mystérieux du mausolée , symbolisent la confrontation de son ami avec certains aspects cachés de son psychisme où le double disparu représente la part inconnue ou refoulée de l’individu . La découverte de la salle d’Horus et de la voix résonnant sous la voûte introduit le thème de l'archétype du mage ou du " Grand-Prêtre " , modèle de sagesse ancestrale et de puissance occulte précédant le christianisme , cette statue du dieu égyptien suggérant au jeune explorateur de progresser dans un processus d’individuation figuré par le symbolisme solaire initial confrontant la divinité intérieure aux forces obscures qui ont structuré , d'abord , l’univers primitif . Ainsi , la descente dans les galeries souterraines , comme la rencontre avec les mécanismes cachés de la basilique , traduisent le voyage initiatique vers l'inconscient profond , ces escaliers tortueux , grilles et cryptes , qui sont des métaphores de la descente dans un lieu où l’individu affronte ses peurs et ses désirs inconscients . La vision du halo de lumière sur le mausolée , en contraste avec la silhouette drapée de noir , témoignent de cette lutte entre l'ombre et la lumière , confrontation nécessaire à l’intégration de la psyché . L’expérience de Roll , drogué et désorienté , illustre aussi cette frontière floue entre rêve et réalité où le moi doit se réconcilier avec ses contenus inconscients . Le motif de la réincarnation du personnage de Morgane en sa doublure Anna Pavlovska , et la transformation de celle-ci en Lady Richmond pendant la séance de spiritisme , mettent en avant ce masque social que l’individu doit porter pour naviguer dans le monde réel , tout en dissimulant les aspects les plus profonds de sa psyché . La substitution , motif récurrent , révèle , ici , la difficulté de distinguer le " Soi " authentique des projections et illusions qui structurent notre identité véritable hantée par un double , celui-ci préfigurant , lors de confrontations ultérieures , la lutte avec ces forces de perdition qui vont accuser Roll d'avoir assassiné , sous le masque de Belphégor , le " Grand-Maître " survivant dans son " Immortelle " , Sophie !

Le personnage de Rhéa , dame d’atours d’Antinéa , relie encore celui-ci au mythe atlantéen , symbolisant la fluidité océanique ambivalente de la psyché féminine , à la fois traîtresse , mais aussi nourricière , mystérieuse et initiatrice , l’eau et l’Atlantide représentant l’inconscient profond , tandis que la princesse incarne un archétype de guide spirituel pour le héros .

 

5 - Chute et Rédemption

 

En tant que gardienne des Cristaux d’Équilibre , elle est , grâce à sa relation télépathique avec la créature de Baal et la Pierre vivante en forme de cœur , la figure féminine sage et intuitive capable de percevoir et de communiquer aussi bien avec l'invisible qu'avec ce noyau intérieur où se rejoignent toutes les polarités psychiques . Les " Mutants " d’Orion , conduits par Seth , représentent quant à eux les forces hostiles de l’inconscient projetées sur l’extérieur , menaçant l’harmonie et l’équilibre . La capture d’Horiosis et la trahison de Rhéa sont autant de manifestations des conflits non résolus qui mettent en péril la totalité psychique et le monde symbolique du continent fabuleux . Rhéa elle-même , préfigurant la destinée de Roll , illustre l'incapacité de l’homme reconnue trop tard lorsqu'il croit agir correctement , tandis que sa naïveté , sa faiblesse et son irresponsabilité conduisent à la destruction . La " Prophétie du Nord " , miracle attendu , symbolise cette force guidant vers la réconciliation et la réalisation de l’individu , même lorsque les repères ordinaires sont perdus . La fuite vers la patrie céleste et le voyage interstellaire représentent l’archétype d'une Assomption permettant de rejoindre un ordre supérieur de conscience . Enfin , la destruction finale de l’Île et la dispersion des Cristaux , de même que l’émergence du fragment du Saint Graal à travers les siècles , montrent la mort symbolique et la rédemption d'une civilisation perdue qui , métaphore d'un naufrage collectif , doit être réintégrée dans l'ordre céleste pour permettre à l’âme de renaître sur de nouvelles bases . Pour conclure , " La Demeure Enchantée " , au fil de ses cinq parties , nous offre un récit où archétypes et symboles s’entrelacent avec les mythes universels . Ce voyage dans l’Atlantide n’est pas seulement un récit d’aventures fantastiques , mais une allégorie de la psyché humaine , de ses crises , de ses trahisons comme de sa quête incessante vers l’unité intérieure et la transcendance .

 

 

 

FIN

 

 

DAN AR WERN - Perspectives - V - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " - ( Cycle de L'Etoile II - Deuxième Cercle ) - Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient - 2 - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " Perspectives " - copyright 2025 Dan Ar Wern .

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L'ESCARBOUCLE - Préface / Dédicace - La Pierre du Miracle .

26 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

L'ESCARBOUCLE - Préface / Dédicace - La Pierre du Miracle .

 

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Préface / Dédicace

 

 

 

 

 

Pour Novalis

 

 

 

 

 

La Pierre du Miracle

 

 

 

" Il y a dans la Pierre un Signe énigmatique ,
 
 Gravé dans le profond de Son Sang flamboyant ... 
  Es ist dem Stein ein rätselhaftes Zeichen ,
  Tief eingegraben in Sein glühend Blut
... "

 

Novalis - " Heinrich Von Ofterdingen " - L'Escarboucle / der Karfunkel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les nazis , persuadés que certaines pierres tombées du ciel recelaient une énergie cosmique susceptible d'accélérer l'évolution de l'homme arien , s'intéressaient à une " Carbunculus Brittany " , escarboucle décrite par Novalis comme " l'Etoile Rouge du sang primordial ", et qu'on disait capable , grâce à un état de conscience modifié , d'ouvrir la " Porte des origines " ! La légende voulait qu’en avril 1945 , dans le chaos de la guerre , un convoi secret en provenance de Bretagne ait disparu avant d’atteindre la capitale du Reich ... L'ex-commissaire Morlaix qui , durant ses années de contre-espionnage , avait pu enquêter sur certaines organisations secrètes revendiquant le maudit héritage , se demandait maintenant si , en fait , il ne s'agissait pas de la même pierre appartenant à madame Elisabeth , la malheureuse soeur du roi Louis XVI , guillotinée en 1794 , et que celle-ci , au moment de l'heure fatale , avait confiée à une certaine Esther , carmélite de Compiègne échappée par miracle au massacre en venant se réfugier dans sa famille . De plus , ayant vécu son " apparition " pendant son sommeil , le policier commence à comprendre peu à peu que le phénomène a très bien pu avoir été ... fabriquée de toute pièce par une organisation tapie derrière toutes ces manipulations , le pseudonyme d'Esther , évoquant la pureté , le sacrifice , ayant ainsi servi de masque à une entreprise beaucoup plus profane , comme jadis , un collègue des services secrets le lui avait suggéré , parlant d’un cercle obscur opérant depuis Genève et Bruxelles , connu dans certains milieux sous l’acronyme E.S.T.H.E.R. Expérimentations Synaptiques et Transmissions Hypno-Électriques Rémanentes ?
Même , si , à l'époque , il avait cru à une mauvaise plaisanterie , aujourd’hui , ce souvenir prenait une teinte plutôt glaciale.

Alors , leur but ? , se demandait-il avec angoisse , tandis qu'une sueur froide glissait le long de sa nuque ...

 

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DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Préface / Dédicace - La Pierre du Miracle - Février 2026 - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " L'ESCARBOUCLE " , copyright 2025 .

                     

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Perspectives - V - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II - Deuxième Cercle ) , 1 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .

24 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

Perspectives - V - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II - Deuxième Cercle ) , 1 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .
 
Perspectives 
V - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " , 1 .
       ( Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient

 

 

 

La Demeure Enchantée

Cycle de L'Etoile II - Deuxième Cercle ) 

 

 

 

" Tout ce qui ne remonte pas en conscience revient sous forme de Destin  "

Carl-Gustav Jung " Aion " Aion : Beiträge zur Symbolik des Selbst , 1951 )

 

 

 

 

Auteur : DAN AR WERN
Titre : La Demeure Enchantée
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2016

Suite du " Passeur des Mondes " ( Cycle de L'Etoile I ) , " La Demeure Enchantée " ne se contente pas de prolonger une intrigue : le roman creuse une dynamique spirituelle déjà amorcée , celle du passage entre les plans du réel . Toutefois , là où le premier ouvrage explorait essentiellement l’expérience du seuil , celui-ci en interroge les conséquences intérieures . L’aventure extérieure devient le théâtre d’un processus psychique profond que l’on peut mettre en lumière avec la pensée de Carl Gustav Jung .

 

1 / 2 - L'Ombre et l'Anima

Le récit s’ouvre en 1899 sur la traversée de Virginia Dagan vers la France . Héritière américaine d’une fortune bâtie sur le pétrole par un père d’origine galloise , elle incarne d’emblée la tension entre Nouveau Monde et mémoire archaïque . Son voyage en terre bretonne , vers le manoir d’Auberive , ne relève pas seulement d’un déplacement géographique : il constitue un mouvement de retour vers une source mythique . La figure paternelle , passionnée de légendes celtiques , a transmis à sa fille un imaginaire chargé de résonances arthuriennes .

La Bretagne n’est pas ici un décor , mais une matrice symbolique . Le passé familial , marqué par un incendie tragique et par l’apparition d’une énigmatique Morgane , installe une atmosphère où la mémoire se confond avec la légende .

Dès les premiers chapitres , la forêt de Brocéliande et les îles lointaines du rêve celtique apparaissent comme des lieux où réel et fantastique se superposent . C’est dans ces espaces que se déroulent les énigmes , les tempêtes et les disparitions qui ébranlent les certitudes de nos protagonistes .

L’histoire s’ouvre sur la venue du commissaire Le Louarn , chargé d’enquêter sur des phénomènes climatiques inexplicables qui ont , sans doute , entraîné la disparition de la ferme de Laou Kamm . Très vite , nous découvrons que , derrière ces événements , des forces dépassant la simple logique humaine , se cachent : la " Pierre " , les artefacts magiques des créatures venues d’ailleurs , qui incarnent un pouvoir si terrifiant et fascinant à la fois que cette symbolique évoque le chaos intérieur , ces forces inconscientes qui , si elles ne sont pas comprises , voire intégrées , menacent de bouleverser l’ordre établi .

En 1909 , dix ans plus tard , le récit se déplace vers Roll Dagorn , étudiant parisien hanté par un crime dont il se croit obscurément responsable . Le silence de la presse sur l’assassinat d’un vieux maître , jadis rencontré en forêt de Brocéliande , crée une fissure dans un réel où la vérité semble délibérément refoulée , attitude collective faisant écho à la sienne . Car il est en proie au cauchemar , traversant une crise de culpabilité personnelle excédant les faits . L’aventure policière , en effet , se double d’un drame intérieur . L’apparition d’un billet signé " Belphégor ", la remise d’un manuscrit médiéval évoquant la Première Croisade , suivie d'une convocation dans les jardins du Luxembourg , puis de la plongée dans les catacombes de Saint-Denis forment autant de scènes qui , sous leur dimension romanesque , figurent une descente dans les strates profondes de la psyché .

Dans une perspective jungienne , cette descente correspond à la confrontation avec l’Ombre . Celle-ci n’est pas seulement la culpabilité morale , mais l’ensemble des contenus refoulés que le moi refuse de reconnaître .

Roll ne sait pas s’il est coupable , mais il se sent impliqué . Cette dissociation signale que l’enjeu est moins juridique qu’archétypal . Le meurtre occulté agit comme le symptôme d’une vérité enfouie : ce que la conscience moderne , rationalisée et médiatique , ne peut intégrer , l’inconscient le dramatise sous forme de visions macabres , de hantises .

Parallèlement , comme une trinité à quatre , les figures féminines structurant le roman selon une logique symboliquement forte . Viviane , héritière de l'ancienne monarchie et des traditions secrètes , nous renvoie aux archétypes de la Grande Mère Primordiale et de la prêtresse antique, symbole de sagesse et de puissance régénératrice . Virginia et la femme masquée vêtue de noir , Morgane , et Sophie , qui devient progressivement l'Immortelle ayant fusionné avec l'âme de celui que Boris a fait assassiner , seule guide capable de maîtriser les forces de la Pierre : toutes participent d’une même constellation .

D'abord prisonnière et mystère vivant , Virginia , l’innocence confrontée à l’Ombre inconnue , paraît être , notamment , comme une figure d’Anima au sens jungien , c’est-à-dire une médiatrice entre la conscience masculine et l’inconscient . Lorsqu’elle joue du violon dans la chapelle Saint-Jean , la scène suspend le temps narratif . La musique , espace d’harmonie , ouvre une brèche dans le monde ordinaire . Mais cette harmonie se trouve brusquement troublée , intrusion du chaos dans l’ordre sacré , par un fracas de chevaux et de rires . L’Anima , surgissant et disparaissant , ne se laisse pas fixer , mais propose , au contraire , un dépassement de lui-même au héros , plutôt qu’une possession .

La forêt de Brocéliande , évoquée comme lieu de rencontre avec le Grand-Maître assassiné , constitue le centre symbolique du roman . Dans la légende arthurienne , elle est l’espace de l’épreuve et de l’errance . Dans une lecture psychanalytique , elle correspond à l’inconscient collectif , réservoir des archétypes et des mythes . Roll , en y pénétrant , ne traverse pas seulement un paysage , il entre dans une mémoire plus vaste que la sienne . Le manuscrit de Barthélémy de LÉtoile , relatant la Première Croisade , inscrit l’intrigue contemporaine dans une profondeur historique dépassant l’individu . Le passé , agissant comme une force autonome , n’y est jamais aboli .

Les jeunes héros cousins , figures du dieu JanusRoll et Yann , incarnent quant à eux la quête initiatique . Les tunnels secrets , les corridors cachés et les laboratoires souterrains sont autant de métaphores alchimiques de l’exploration de l’inconscient . Chaque épreuve , chaque mécanisme mystérieux les rapprochant d'un affrontement  périlleux avec le vampire androgyne Barthélémy / Sophie , révèle la nécessité de traverser ses peurs , d’affronter les forces obscures qui défient l’Esprit . Les doubles , sosies et figures réincarnées – Virginia et Sophie , Viviane et Morgane – témoignent des facettes multiples d'une seule identité confrontée au dragon qui la hante .

Le récit , avec ses tempêtes déchaînées , ses phénomènes surnaturels et ses artefacts magiques , illustre le conflit entre ordre et chaos , entre le monde extérieur et la psyché des personnages . Les aventures extraordinaires deviennent alors une allégorie de l’expérience humaine : la maîtrise de soi et la lutte contre ses démons intérieurs sont indispensables pour surmonter l’adversité .

C’est ici qu’intervient la figure du Graal . Annoncé comme mystère à révéler , celui-ci ne peut être réduit à une relique sacrée . Dans une perspective jungienne , le Graal symbolise le Soi , c’est-à-dire la totalité psychique vers laquelle tend le processus d’individuation . La Quête du Graal devient métaphore de l’unification intérieure . Le héros , confronté à l’Ombre et guidé par l’Anima , doit intégrer ces polarités négatives pour accéder à une forme de béatitude . Ainsi , la mission chevaleresque se transforme en itinéraire spirituel .

Enfin , le manoir d’Auberive donne , en partie , son titre au roman sous la forme de " La Demeure Enchantée " . Cette habitation peut être lue comme une représentation de la psyché elle-même . Les pièces lumineuses , les chapelles , mais aussi les zones obscures et les souterrains , figurent les différentes strates du moi . L’enchantement qui renvoie à l’état d’âme d’un sujet encore prisonnier de forces qu’il ne comprend pas , n’est pas seulement magique . Explorer le manoir , c’est entreprendre une archéologie intérieure .

Ainsi , le récit romanesque - traversée maritime , apparitions nocturnes , complot mystérieux , grimoire ancien , meurtre occulté - ne constitue pas une simple intrigue à suspense . Il met en scène un processus d’individuation jungienne où les personnages sont les porteurs d’archétypes . Virginia est la médiation lumineuse , Roll incarne l'homme en crise , le Grand-Maître , un sage sacrifié , le Graal , cette promesse d’un centre retrouvé .

" La Demeure Enchantée " apparaît alors comme une œuvre de transition reliant invisible et visible , histoire familiale et mémoire mythique , Amérique moderne ou traditionnelle et Bretagne légendaire .

En cela , elle prolonge " Le Passeur des Mondes " , tout en en approfondissant sa portée . Le passage entre les univers devient passage entre les instances de la psyché . L’aventure devient introspection . Le mythe devient langage de l’inconscient pendant que le roman propose une synthèse singulière , celle d’une aventure initiatique où fantastique et symbolique ne sont pas que des ornements esthétiques , mais deviennent les instruments d’une exploration de la totalité intérieure .

La demeure n’est enchantée que parce que l’âme humaine peut l'être ou le devenir elle-même , traversée , d'abord , de forces archaïques , puis appelée à leur transformation .

 

3 - Ordre et Chaos
 

" Les Mystères du Palais de Cristal " , cette troisième partie riche en intrigues et symboles , nous plonge dans un univers que le réel et l’imaginaire entrelacent comme un rêve éveillé , révélateur de dynamiques psychiques profondes . Pierre-Henry De Montfort , fils du marquis dont le destin tragique – probablement assassiné – plane en filigrane sur l’ensemble de l’œuvre , est au centre de ce récit . C'est lui qui entreprend de raconter , dans un cahier-souvenir , les aventures extraordinaires de son ami Roll Dagorn , figure archétypale d’un héroïque aventurier que Jung nous inviterait à voir en animus incarné , projection de l’énergie active et courageuse , qui confronte l’ombre et les forces mystérieuses du monde . 

Lors d’une soirée au somptueux " Crystal Palace " de Neuilly , le 13 juillet 1909 , organisée par sa demi-sœur Sophie de Brocéliande – nouvelle " Immortelle " et légitime épouse , en apparence , de Boris Dagan – se dévoile un réseau complexe de filiations et de trahisons . Boris Junior , surnommé Yowan , fruit d’une liaison adultérine entre Sophie et Roll , devient ainsi l’héritier d’une dynastie , mais son identité réelle demeure floue , oscillant entre innocence et malédiction d'un héritage .

Cette fête somptueuse , emplie de bals et crinolines , donnée en l'honneur de sa naissance , est également le théâtre de présences symboliques . Cléo de Mérode , égérie et danseuse , incarne la féminité idéalisée , tandis que le " Talisman de lÉtoile " – relique volée aux tsars de Russie et convoitée par Napoléon – représente l’archétype du pouvoir et du destin , pierre de fondation psychique autour de laquelle gravitent ambitions , trahisons et prophéties .

Le lendemain , 14 juillet , jour de fête nationale , Pierre-Henry , tandis qu'il se rend chez son ami Roll , se remémore l’histoire de celui-ci avec Virginia , amour impossible rencontré , par " hasard " dans les rues de Paris , rappelant l’éternelle quête du " Grand Meaulnes " . L’enlèvement mystérieux de la jeune fille , avec la succession d’événements imprévisibles qui introduisent le motif musical du déluge et de la tempête localisée , survient alors qu’elle s’apprêtait à donner , la veille au soir , un récital , pendant la réception grandiose de Neuilly : elle devient ainsi symbole de l’âme pure enlevée par les forces obscures , tandis que la présence de la fausse Morgane , portant la parure de Marie-Antoinette , inscrit l’événement dans une dimension mythique et historique .

Le texte nous montre ici l’importance des archétypes féminins Virginia , Cléo , Morgane – et de l’éveil du complexe maternel et du féminin sacré dans le récit , chacune de ces figures projetant sur Pierre-Henry et Roll des images de désir , de peur et de transcendance , typiques de l’exploration jungienne des psychés en formation . Puis , les deux élèves de Lakanal , sous l’impulsion de Roll , foncent vers la rue de Téhéran , chez Cléo , l'idole de Pierre-Henry qui , intimidé et fasciné , bascule dans un monde parallèle où l'interprète de " Phryné " , transformée en créature aux yeux de rapace , lui dévoile , en apparence , l’histoire secrète de sa famille , révélations dont on suppose , à moins que ce ne soit déjà fait , qu'elles vont changer la nature prétendument " naïve et bon enfant " de l'intéressé : survivance de Louis XVII , refuge au manoir d’Auberive , identité travestie sous le nom d'emprunt significatif de Charles de Montfort .

 

Nous nous trouvons , ici , face à un jeu de miroirs et de doubles , motif récurrent dans le roman et que Jung relierait au concept de " l'ombre et du soi " . La figure de Cléo – ou de l’entité qui prend le masque de Belphégor – incarne à la fois terreur et fascination , montrant l’attrait pour l’inconnu et l’effroi face à l’inconscient . Le portrait de Yann et Roll devant la " Mari-Morgane " agit comme un talisman mnésique , déclenchant visions et prophéties : le retour de l’enfant du Temple et la grande catastrophe annoncée lors de la réapparition du " collier " royal !

En conclusion , cette partie du roman illustre magistralement l’idée jungienne selon laquelle l’aventure extérieure reflète toujours une quête intérieure . Les événements extraordinaires qu'elle relate – objets mythiques , mystères familiaux comme enlèvements – sont autant de symboles de transformation psychique , de l’initiation , passage alchimique vers la construction d'une conscience élargie . Ainsi , " La Demeure Enchantée " ne se contente pas de développer une intrigue , elle construit un espace où le lecteur est invité à explorer , jeu éternel entre ombre et lumière , entre rêve et réalité , du sous-sol à la toiture de l'édifice , les différents archétypes pouvant structurer son inconscient . Ce roman nous montre , à travers ses mystères , que le fantastique est une porte ouverte sur l'invisible , une invitation donnée à l'explorateur curieux comme à l'artisan charpentier , de comprendre que chaque aventure extérieure est une métaphore de l’évolution intérieure , devenant ainsi un miroir pour chacun de nous , " cristal magique " où se reflètent , dans le combat contre nos peurs , nos propres rêves , nos ombres , nos potentialités .

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

DAN AR WERN - Perspectives - V - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " - ( Cycle de L'Etoile II - Deuxième Cercle ) - Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient - 1 - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " Perspectives " - copyright 2025 Dan Ar Wern .

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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .

22 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .

 

      

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

V - La Fin d'un Rêve

 

 

 

 

" L'amour est le seul rêve qui ne rêve pas  " .

Paul Fort ( 1872 - 1960 ) , Ballades Françaises , " Sur Les Jolis Ponts De Paris " .

 

 

 

  

 

 

12 - " Tout est mouvement , tout est danse ... " , avait-elle marmonné , avant son réveil , à l'infirmière qu'elle regardait à peine , semblait-il , à moitié ivre , doutant si ce qu'elle venait d'entendre et de vivre , ce qu'elle avait écouté d'un air étrange et si envoutant , pouvait être vrai , ayant sans doute cherché la vérité de son propre visage au miroir impénétrable des mensonges de sa vie ... Mais maintenant ? La vraie Heidi  ? Elle avait juste cherché à vouloir vivre à la place d'une autre , un peu comme un coquillage se laisse caresser par le feu clignotant d'une étoile sous-marine avant d'être englouti , contemplant le flamboiement rosâtre du crépuscule , frissonnant de désir , ayant laissé le faisceau lumineux , reflet d'un ange immortel , se jouer tendrement de son ombre , la mêlant à la sienne ... Illusions de l'amour ? ... L'éclairage d'une chambre blanche , traversée par le battement régulier d’un moniteur et l’odeur sèche des antiseptiques , la réveilla brutalement . C'était une grosse lampe d'hôpital , toute ronde , incrustée de six boules lumineuses qu'elle avait prises , dans son cauchemar , pour les lunes d'Auberive . mais elle ne se souvenait plus de rien . Des ombres floues , vêtues de blouses blanches , le dévisagèrent comme une bête curieuse . Dans son demi-sommeil , elle glana quelques bribes de phrases :
" ... La piqûre a dû lui faire beaucoup de bien ... Il lui faudra une douche froide ... "

Tout ceci , après tout , n'avait été qu'illusions . Dehors , le soleil brillait de toute la force d'un nouveau printemps ! Par la fenêtre de sa chambre , elle aperçut une petite fille jouant toute seule sur la pelouse . Chose étrange , elle crut se revoir lorsqu'elle était gosse , elle qui , par la suite , avait brillamment réussi son concours d'entrée au Conservatoire pour faire des études de piano ! 

En Bretagne , sous le nom de Lena Kermeur , elle était devenue professeure de piano indépendante donnant des cours à domicile , parfois chez ses élèves , parfois chez elle , activité en cohérence parfaite avec sa formation , mais aussi , avec sa volonté d'approcher le dénommé Roll Trevern ( alias Rolf Rieux ) dans le but de savoir où était cachés les codes de l'Etoile Rouge que celui-ci avait dérobés . Car la musique n’avait jamais été seulement , pour elle , qu'un refuge , mais un outil . Dans les années de la RDA , on lui avait enseigné cet instrument non pour la scène , mais pour la structure : lecture horizontale et verticale , mémoire polyphonique , dissociation des mains , domaines de compétences directement transférables au renseignement . La musique lui avait été apprise aux fins de recherches de microfilms dans les partitions du maître ! 

A travers la vitre , elle reconnut le ciel de Brest , bas et mouvant , qui s’écrasait contre la mer grisâtre avec sa lumière pâle , insistante , glissant sur les murs blancs de la chambre . Brest . Elle le sut sans qu’on le lui dise . Le port , la base , l’Île Longue tapie derrière ses silences militaires . Rien ne lui était étranger , rien , non plus , n’était tout à fait réel .

Puis , on lui dit qu’elle avait été retrouvée inconsciente , dérivant entre veille et fièvre . On parla de choc , d’épuisement , d’un délire post-traumatique . Elle acquiesça . C’était plus simple . Elle écouta ,  fit mine d'acquiescer , sachant que l'art consommé de l’ellipse fait partie du langage des médecins comme il est celui des états dont les mots officiels possèdent cette vertu de fermer les portes sans bruit .
Pourtant , tout au fond d'elle , quelque chose de vivant persistait , comme ces images d'une noce interrompue qui ressemblait à la musique fragile d'une symphonie inachevée où dormaient certains microfilms , promesse d’une arme dont l’activation pouvait signer la fin d’un monde déjà en train de disparaître .
Elle revit aussi le manoir de Kernoël et sa longue traversée vers l'île d'Arz immobile , cernée par les eaux . ( 14 )
 
13 - La porte s’ouvrit sans bruit .

Vous êtes réveillée ?

Elle n’eut pas besoin de tourner la tête .

- Oui , depuis longtemps , Rolf .

Un silence . Elle sentit qu’il hésitait . Ce n’était plus le prof timide ou le diplomate sûr de lui des salons feutrés , ni l’époux charmant du mariage trop parfait qu'elle avait cru vivre . C’était quelqu’un d’autre , un homme qui venait poursuivre son enquête.

- Je nétais pas certain que vous accepteriez de me voir .

Il s’approcha lentement . Son regard passa du moniteur à son visage , comme s’il cherchait des preuves , des fissures ...  Le silence se tendit alors , non de menace , mais d’attente , lorsqu'il s’assit près d'elle qui pensait qu’elle avait déjà vécu cet instant dans une autre vie , à travers d’autres femmes , Lola , Angela , des noms qu’il n’avait peut-être jamais prononcé , mais qu’elle connaissait pourtant .

Puis vinrent des mots qui avaient du mal à franchir ses lèvres , presque trop dépouillés , méfiants , pour lui présenter ses excuses , malgré  la peur qu'il avait pu ressentir de cette lumière qu’elle portait sur elle sans le savoir . 

- Urlicht , dit-il enfin , comme on ose enfin nommer une évidence trop longtemps tenue secrète .

Elle l’écoutait sans l’interrompre , attentive moins aux faits qu’à ce qu’ils révélaient , comme cette impossibilité d’aimer sans calcul lorsqu’on a passé sa vie à en faire . Avait-elle seulement rêvé à l'amour dans son regard , pendant cette fraction de seconde où il semblait céder la place aux intrigues ?

Il secoua la tête.

- Avoir cru que je pouvais vous séduire avait un risque .

Le battement de cœur , sur l’écran de contrôle , poursuivait son rythme indifférent .
- Je vous aime , Heidi . Et cest précisément pour cela que je me suis méfié .
- Les microfilms ? l'interrogea-t-elle en laissant échapper un souffle presque rieur parce qu'elle avait réussi à s'en souvenir

- Vous savez ce que jai compris ici ? poursuivit-elle avec l'assurance d'avoir enfin retrouvé un peu de mémoire .

- Dites-moi .

- Que même si javais fait activer cette arme , elle aurait éclaté dans un monde qui nexistait déjà plus . Le mur était tombé , les lignes avaient bougé . Nous aurions été les derniers à croire encore à lancien théâtre .

Il la regarda longuement.

- Alors , pourquoi cette arme , à Kernoël ?

- Parce que je voulais voir jusquoù vous iriez , lui répondit-elle en soutenant amèrement son regard .

- Vous avez vu ?

- Oui , grâce à cette lumière brillante dont vous parliez , l'Urlicht , qui parvient à éclairer toutes ces ombres de notre passé 

- Vous incarniez , mais sans leur fatalité , les femmes qu'avant javais aimées , lui avoua-t-il  pour finir en hochant tristement la tête . Angela était imprévisible , et Lola déjà perdue avant même que je la rencontreCétait insupportable Alors , peut-être pour ça que j'ai cherché en vous le défaut de ma cuirasse

14 Heidi réfléchissait .

Peut-être que son rêve n’était pas ce qui l’avait conduite ici ?
Elle se redressa légèrement .

- Je ne vous ai pas faite enlever pour vous faire taire , essaya-t-il de se justifier . Je voulais juste vous protéger .
- De moi ?
- De ce que nous serions devenus si vous aviez été jusquau bout !

- Rolf ... si le monde doit être pacifié , ce ne sera ni par loubli , ni par le renoncement . Vous avez choisi à ma place .

Elle ferma les yeux , réalisant que l'amour ,  désormais , ne pouvait plus être une simple conquête ni le prétexte d'une quelconque protection , qu'il fallait construire un nouveau monde en acceptant de ne pas en être le centre . 

Il se leva .

- Je ne suis pas venu vous reprendreni vous surveiller . Je suis venu vous dire que je vous aime encore . Même si cela ne mène nulle part .

- Vous savez ce qui est inattendu ? , le rassura-t-elle .

- Dites-moi .

- Cest que je vous crois .

Dans l'apparente immobilité du jour finissant , ce ne fut pas la fin d'un rêve , mais elle sentit naître en elle , avec cette petite clarté sans promesse du crépuscule sur la blancheur des murs , ce qui restait de son visage , sur le miroir de la chambre , vestige  d'un monde cherchant encore sa forme après l’effondrement d'anciennes certitudes .

- L'oeuvre demeure ouverte , soupira-t-elle . Ce n'est pas une fin !

 

FIN

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - Epilogue - La Fin d'un Rêve - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

 

14 ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) , II , 12 - Le Cygne Noir et 13 - Le Mystère de l'Île d'Arz ( Epilogue ) - Copyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - Tous droits réservés .

 

 

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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - IV - Mission d'Herena .

21 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - IV - Mission d'Herena .

 

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

IV - Mission d'Herena

 

 

 

 

Ce rêve de partage , de complétude d'une réponse trouvée dans la solitude de la plage n'était donc qu'un reflet dans un miroir Le miroir s'était brisé ... " 

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , II , 6 - Le Temps Passe . *

 

 

  

 

 

8 - Ils tont choisie comme réceptacle , dit Aelyra sans détour , portant bien haut la coupe en or massif , habillée d'une longue robe de satin noir serrée , à la taille , et d'une écharpe aux couleurs de sang ! Parce que ton esprit pouvait survivre à linterface !

Heidi serra les poings . Rolf , Lola ... , se rappelait-elle .

- Oui , confirma la princesse , tu étais à la fois son ancienne épouse et sa maîtresse , deux consciences résiduelles partiellement conservées dans des matrices neuronales interdites .
Elle fixa la sirène avec une intensité presque douloureuse .

- Ils ont greffé en toi une portion du cerveau de l'une et les schémas mnésiques de lautre ,
un acte que même les "
Veilleurs " nauraient jamais osé accomplir .

- Je croyais que cétait pour survivre ... , lui rétorqua la captive , pour réparer ce quils avaient détruit .

- Cétait surtout pour tester une hypothèse , corrigea un conseiller . Que lURLICHT pouvait bien être morcelé , et que ses différents fragments pouvaient être aussi recomposés dans un être vivant . Mais la raison principale , sous le prétexte d'une mission de formation dans une unité française , était que vous retrouviez les codes permettant d'activer leur arme secrète redoutable , à partir de la partition d'un musicien germanique emportée par votre "ex " en fuite 

- Et , rajouta la souveraine , malgré la haine sourde que tu éprouvais pour celui qui t'avait laissé froidement mourir en temps qu'épouse , tu avais ressenti paradoxalement aussi dans ta chair un grand manque , celui d'une maîtresse pour son amant perdu !

Un lourd silence tomba .

- C'est à ce moment-là que nous avons compris , reprit la " Dame Blanche " , Aelyra ,  que léquilibre était rompu , et que la surface nétait plus capable de contenir seule ce quelle manipulait sans en connaître la nature exacte .

Elle posa solennellement la main sur sa poitrine .

- Les " Veilleursperçurent alors les dissonances de la planète . Lorsque leurs expériences  commencèrent , locéan s'était mis à changer de rythme , les courants furent troublés , le tocsin résonna sur les anciens sanctuaires de Kêr-Ys !

Un autre membre du Conseil , Akor , s’avança .

Vous êtes devenue un point de convergence , Herena , une interface entre ces fragments de lURLICHT , seuil dimensionnel , et la mémoire de l'humanité .

Celui-ci , dont la coupe en or , posée au centre de la salle , projetait un faisceau plus étroit , plus précis , frappa le front de Heidi . Elle sentit immédiatement une mise en ordre : les voix intérieures , les souvenirs greffés , les tensions , tout retrouva sa place !

- Ce que les puissances de l’Est ont voulu faire de notre force en la détournant pour bâtir un instrument de mort , dit la souveraine , lURLICHT va le changer en harmonie .

- Alors ... demanda Heidi , inquiète , à voix basse , je ne pourrai plus être contaminée ?

Aelyra secoua lentement la tête .

- Voyons , ma chère fille , au contraire , maintenant , vous serez raccordés 
Puis , elle se tourna vers le Conseil .

- Cest pour cela que nous sommes intervenus

Pas pour juger ton action , bien sûrmais pour empêcher que dautres fragments ne soient utilisés contre la Terre .

Elle revint , plus douce , aux côtés d'Herena .

- En toi , tu portes , désormais , ce que nul autre ne peut porter sans se perdre .

Les " Veilleurs " ne tont pas choisie , c'est l'URLICHT qui t'a reconnue malgré la profanation .

La pierre pulsa , claire et stable .

- Maintenant , conclut la présidente , il te faudra réunifier ce qui a été fragmenté afin que les miroirs ne puissent plus jamais devenir des armes !

Heidi releva la tête .

- Et si les puissances de lEst recommencent ? , lui demanda-t-elle , tandis qu'un léger sourire empreint de gravité passait sur le visage de sa mère .

- Alors , pour la première fois depuis la chute de lAtlantide , les " Veilleurs " ne resteraient pas dans l'ombre ...
Le Trident gravé au sol s’illumina . La mer venait de choisir son camp ...

 

9Celle qui , en effet , sur les instructions d'autorités supérieures de l'armée , avait été entraînée de force à la base d'Arzamas , en Nouvelle-Zemble , afin d'y subir une opération chirurgicale au moyen du minerai inconnu , fut ensuite subjuguée par cette indescriptible vision pénétrant tout son être de la mémoire d'Angela qu'on avait réussi à lui transplanter ! Lorsque celle-ci parut enfin sur les ailes déchaînées d'un vent de tempête , elle fit scintiller son oeil plein de feu à la surface de ces marais obscurs dissimulant , au plus profond de gouffres insondables , de terribles engins de mort ! La Porte de l'Esprit s'était ouverte , pourtant , laissant apparaître sous les eaux la splendeur divine ! ( 8 )

" Il y a une fissure en toute chose , murmurait la sirène , et c'est ainsi qu'entre la Lumière ... " ( )

Elle avait cru voir alors , quittant soudain , malgré l'interdiction , sa chambre d'hôpital pour mieux les regarder depuis la fenêtre d'une Tour subaquatique , les cavaliers de l'Apocalypse dans le miroir des flots en ébullition . C'est à ce moment précis que la malédiction s'était accomplie , songeait-elle , quand la vraie mission qu'elle devait accomplir , loin des fausses merveilles d'un univers déchu , lui fut révélée , brisant son coeur , en même temps que se fissurait de toute part le miroir suspendu au mur , dans lequel se reflétait la corruption de la Terre !

- La malédiction sest abattue sur moi ! ,  s’écriait celle qui , semblable à Elaine , tentait de s'enfuir au loin sur une rive du lac où elle pourrait enfin trouver une barque de secours . Mais d'où surgissait cet autre héros vêtu d'un manteau vert luminescent qui s'élançait déjà courageusement dans l'eau boueuse pour tenter de sauver la pauvre créature manquant de s'y noyer ? ( 10 

- Tu en as trop vu , lui dit cet inespéré compagnon d'infortune . Sache que je viens d'un autre monde et que je protège à leur insu tous ceux qui ont une tâche à y accomplir . ( 11 )

Alors , ce dieu de l'onde , roi pêcheur des profondeurs guettant ses chercheurs de perles dans son palais de cristal au fond d'un insondable précipice de l'immensité céleste se mirant en elle , ressemblait-il à mon frère jumeau ?

" La création , lui dit-il , est pleine de formations vertigineuses ! ( 12 )

" Plongez ! , recommande saint EphremTirez de l'eau la pureté qui s'y trouve cachée , ce bijou dont est sortie la couronne de la divinité ! " ( 13 )

10L'Annonce de Roll Trevern , sur le journal , avait été d'une sobriété presque anachronique :  Cherche professeur de piano . Cours de reprise et perfectionnement . Discrétion certaine .

Pour n’importe qui , une simple offre locale . Pour Heidi Moser ( alias Lena Kermeur ) , une anomalie révélatrice . Le mot " discrétion " s'avérait inutile , commercialement absurde . Sauf s’il ne s’adressait pas à quelqu'un d'ordinaire . Elle y reconnut une tournure ancienne , issue des réseaux culturels utilisés comme zones de contact à la fin de la " Guerre Froide " .

Elle répondit . Pas immédiatement . Mais elle attendit trois jours - délai conventionnel - avant d'envoyer un message bref , neutre , sans emphase , proposant une rencontre au client , non formelle , mais avec des mots choisis . Ce glissement subtil constituait le véritable test . Et l'intéressé comprit , sans doute , qu’elle n’était pas venue simplement pour enseigner , quand , ce jour-là , assis côte à côte au piano , ils jouèrent un " lied " composé par Mahler à quatre mains . La musicienne , sans rien dire , avait , elle aussi , décidé de le revoir  , partageant cet espace où les mots devenaient inutiles , parce qu'ils se connaissaient déjà si bien , réalisant que leur intimité se construirait si vite à travers les " adagios " et les silences , les reprises , les erreurs volontairement laissées en suspens , jusqu'à un aveu final mouillé de tant de pleurs et de regrets de la part de cette charmante agent venue du froid !

 

11 - Ensuite , au sens ordinaire , ils ne devinrent pas tout de suite amants . Pour Heidi , en effet , Rolf représentait une chose rare : quelqu’un devant qui elle n’avait pas besoin de devenir Lena Trevern en reniant Heidi Moser . Cela l'avait rendu vulnérable . Elle le savait . Pourquoi , alors , ne pas utilement récupérer les fameux codes d'activation de l' " Etoile Rouge " , cachés dans la partition du maître , auprès d'un agent de l'ex-RDA chargé de les dissimuler en Bretagne ? Mais la seule victoire qu'elle avait remportée , c'était précisément d'être encore en vie !

- Tu sais , j'ai eu l'impression d'être allée dans un autre monde ... Mon Dieu , c'est ce qu'ils voulaient , n'est-ce pas ? Juste se servir de moi pour voler le code ! , s'était-elle écriée bouleversée , le serrant fortement dans ses bras .

- Qui a dit déjà que " tout homme est deux hommes , mais que le véritable , c'est l'autre ? " , lui répondit-il alors dans un dernier sourire devant l'autel de leur mariage avant qu'elle ne disparaisse en un éclair , brutalement foudroyée à la sortie de la messe ! 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) IV - Mission D'Herena - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

 

8 - ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) , I , 3 - Le Château RougeCopyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group .

9 - " There's a crack in everything , 

       That's how the light gets in ... "

paroles d' " Anthem " ( 1992 ) , chanson de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) , dans son album " The Future " , copyright 1992 Leonard Cohen - Sony Music Entertainment Inc. / Columbia - All rights reserved .

10 - Dans le cycle arthurien , Elaine la Blanche , décrite comme ayant une chevelure d’or qui envahit ses épaules en lourdes vagues , meurt d’un amour à sens unique qu’elle portait à Lancelot . Son histoire a inspiré à Tennyson son poème " The Lady of Shalott ".

11 - Al-Khidr , " L'Homme Vert " du soufisme coranique - " L'Histoire Secrète du Monde " , 20 - L'Homme Vert des Mondes Cachés . ( The Secret  - History of The World , 2007 ) , de Jonathan Black .

12 - " Les Travailleurs de la Mer " ( 1866 ) , 2è Partie , III , 3 - La Mer et le Vent , Victor Hugo .

13 - Prière de Saint Ephrem le Syrien , docteur de l'Eglise ( 306 - 373) .

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .
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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - III - La Salle des Veilleurs .

16 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - III - La Salle des Veilleurs .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

 

III - La Salle des Veilleurs

 

 

 

 

Dire le Graal est vain ,

  Vers lui ne s'ouvre aucun sentier ,

  Et nul ne peut trouver la route

  Qu'il n'ait lui-même dirigé son chemin ... "

Richard Wagner - " Parsifal " , Acte I .

 

  

 

 

5 - Le Rayon vert déclencha la rupture en heurtant la surface glacée du miroir . Heidi fut arrachée à la réalité , puis projetée soudain dans un tourbillon d’eau et de poussière si dense qu’il semblait absorber la lumière elle-même . Cela ressemblait un peu à une déflagration , mais silencieuse . Tout était obscur . Elle voulut crier , mais aucun son ne put franchir ses lèvres . 

La pression liquide , mouvante , écrasante , l’entraînait toujours plus loin dans un gouffre sans contours , l’enveloppant seule , comme si le monde se repliait sur elle-même .

Puis , peu à peu , la panique céda la place à l’étrangeté . Elle comprit qu'elle respirait . Non par ses poumons , constatait-elle avec stupeur , mais grâce à des branchies frémissantes le long de son cou . Son corps , bizarrement , s'était métamorphosé . Ses jambes , fondues en une puissante queue écailleuse , s'irisaient de reflets nacrés . Quant à ses bras , plus souples , qui fendaient l’eau avec une aisance instinctive , on aurait dit qu'ils ressemblaient , maintenant , plus à des nageoires .

Tout autour d’elle , une faune aquatique se déployait : silhouettes bioluminescentes , bancs de créatures translucides , formes anciennes dont les yeux intelligents l’observaient sans crainte .

Elle vit une lueur , au loin , qui , l'attirant comme un appel muet , la conduisit vers une clarté diffuse , traversant des arches de pierre englouties , des colonnes de corail noir . C’est alors qu’apparut la créature , mi-poisson , mi-ange , au corps fuselé couvert d’écailles pâles , dont les membres , consistant en deux ailes diaphanes , lui servaient pour se mouvoir , et dont on sentait que le visage , presque humain , d’une beauté grave et intemporelle , exprimait , par un regard brillant d'intelligence , une sagesse très ancienne . Elle invita , sans parole aucune , la jeune sirène à la suivre afin de traverser , ensemble , ces eaux profondes jusqu’à un palais colossal , dressé sur le lit de l’océan comme un vestige d’un âge oublié , dont les tours élancées s’élevaient dans la pénombre bleutée , incrustées de symboles mouvants . Devant une immense porte en glaces de cristal transparent dont les multiples dorures figuraient tridents et dauphins lançant des flammes écarlates , deux gardes gigantesques , mesurant au moins quatre mètres de hauteur , tout vêtus d'azur , se tenaient immobiles , mi-humanoïdes , mi-pisciformes , faisant majestueusement onduler , sur leurs appendices caudaux , les peaux d'écaille striée de motifs marins de leurs puissants torses sculptés . Leurs regards , à la fois bienveillants et implacables , se posèrent sur Heidi comme s’ils jaugeaient non son corps , mais ce qu’elle était devenue .

Ensuite , sur ordre de son compagnon , les battants de la porte commencèrent de s’entrouvrir , dévoilant un paysage inimaginable où de grands miroirs incandescents prolongeaient à l'infini la vision d'un palais aux colonnes de porphyre scintillant de mille feux , centre d'une ville immense avec ses canaux , ses artères bordées d'arbres gigantesques poussant sous des voûtes inaccessibles ! La métamorphose , comprit-elle alors , ne faisait que commencer !

6Dans l'obscurité , elle suivit son guide , remplie d'inquiétude , le long des parois rouge sombre d'un couloir tortueux très humide et finit par se retrouver bientôt devant l'entrée majestueuse d'un nouveau monde extraordinaire , une citadelle sous-marine aux tentacules innombrables ! Des avenues liquides , mêlant géométrie sacrée et courbes organiques , louvoyaient entre des édifices aux formes impossibles dont les structures paraissaient à la fois minérales et vivantes , tout incrustées de nacre , d’orichalque et de pierres translucides pulsant une lumière douce . Des jardins d’algues monumentales , baignés d'une lumière diffuse , ondulaient lentement sous des sphères bioluminescentes suspendues comme des constellations captives .

Partout , des êtres aquatiques , circulant en silence , aux silhouettes élancées , créatures hybrides , peuples de la mer dont les regards portaient la mémoire d'un âge englouti !

Elle avançait sans effort , portée par des courants maîtrisés , tandis que son mentor lui ouvrait le passage . À mesure qu’elle progressait , sentant une résonance nouvelle en elle , comme si la cité reconnaissait sa présence , la marque du Trident revenait sans cesse , gravé à de multiples reprises dans l’architecture : trois pointes , trois axes , trois royaumes . L'eau , la terre ... et ce qui se trouvait au-delà , peut-être , songea-t-elle ? 

Soudain , leur chemin s’inclinant vers les profondeurs , les deux voyageurs quittèrent les quartiers lumineux de la ville pour emprunter la voie d'une monumentale descente taillée dans la roche abyssale où la lumière se faisait plus rare , plus concentrée . Des glyphes anciens , révélant des scènes figées dans la pierre , animées d’un éclat intérieur , s’illuminaient à leur passage : la splendeur d’Atlantide avant la chute , le déchaînement des eaux , les vaisseaux de lumière quittant la Terre ... et ceux qui , sans doute , y étaient restés , réfléchit-elle ! Sans qu'on le lui dise , elle commençait à comprendre !

La descente s’acheva devant une faille monumentale dissimulée derrière une paroi d’eau sombre . À un signe de son compagnon , la surface liquide se fendit , révélant un passage circulaire . Au-delà , s’ouvrait une salle souterraine , creusée dans le socle même de la cité , " La Salle des Veilleurs ", qui était vaste , presque écrasante , et dont le plafond , perdu dans les ténèbres , constellé de points lumineux rappelant un ciel nocturne inversé , semblait invisible . Au centre , le sol circulaire était encore gravé de ce même symbole du Trident , si ancien qu’il semblait faire partie de la roche elle-même . Autour , disposés en demi-cercle , se tenaient les membres du Conseil spécial .

Ils étaient peu nombreux , mais leur présence emplissait l’espace . Leurs formes variaient , certains conservant une apparence humanoïde , d’autres portant les marques de profondes adaptations marines . Mais tous dégageaient une autorité calme , presque écrasante , comme si le temps lui-même se courbait devant eux . La présidente , avec , sur la tête , une couronne flamboyante formée de cristal et de corail , trônait , majestueuse , en leur centre , mais , dans ses yeux globuleux , d’une clarté pénétrante , Heidi crut percevoir une autorité bien plus grande ! Alors , pour la première fois depuis son passage à travers le miroir , elle comprit que sa métamorphose n’était pas un accident , qu'elle avait été appelée par la souveraine !

 

7 - Et lorsque celle-ci , se leva , montrant sa taille immense , le silence parut se densifier davantage .

- Je suis Aelyra , dit-elle enfin .

Sa voix ne résonnait pas seulement dans l’eau , mais dans la pierre , dans la chair , dans l’esprit même de Heidi .
- Je suis cousine d'
Antinéa , notre héritière partie dans l'espace lorsque lAtlantide sombra . ( 4 )

Puis , elle désigna le centre de la salle .

Là se dressait un autel circulaire , taillé dans un cristal sombre veiné de lumière . Au-dessus , suspendue comme si aucune force ne la retenait , brillait , à l'intérieur d'une coupe translucide , une pierre d’une pureté irréelle qui n’émettait pas qu'une simple clarté , mais battant comme un coeur  d'une vibration lente , primordiale , révélait une présence vivante !

- LURLICHT, murmura la princesse . ( 5 )
- La Lumière Originelle , ajouta un autre membre du Conseil .
- La première étincelle , qui précéda même les étoiles d’Auberive .

Heidi sentit son cœur battre plus vite . À mesure qu’elle s’approchait , la pierre semblait lui répondre . La lumière pulsait , plus vive , plus chaude .

- Pourquoi suis-je ici ? demanda-t-elle d'une voix tremblante mais ferme .
- Je ne suis quhumaine , après tout … 

Sur le visage d’Aelyra , passa un léger sourire .

- Tu ne l'as jamais été tout à fait Ton passage à travers le miroir nétait pas une rupture , mais un appel . Ce n'est pas le " Rayon vert " qui a créé la métamorphose : il na fait que la provoquer .

La princesse leva la main faisant s'animer des images , comme des hologrammes liquides , qui se déployèrent autour d’elle , dans l’eau : on vit la chute de l’Atlantide , puis , disparaissant vers les étoiles , des vaisseaux de lumière quittant la Terre en direction d' ANA et ADAMA , tandis que d’autres demeuraient .

- Lorsque lAtlantide sest effondrée , poursuivit-elle ensuite , lURLICHT dont la puissance maintenait léquilibre entre les trois royaumes d'AtlantisAdon ( votre Terre ) et des deux étoiles jumelles dAuberive ANA plus ADAMA  , mais également celui du passage vers la Conscience universelle , fut descellé .

Ceux qui , lors de la chute , nétaient pas retournés vers l'espace , ayant choisi de demeurer , non par faiblesse , mais par fidélité envers ce monde , y étaient restés pour contenir leffondrement , préserver les savoirs , tout en protégeant la planète Terre dun déséquilibre irréversible . ( 6 )

Elle fixa Heidi intensément .

- Mais lURLICHT ne répond plus aux " Veilleurs ". Ce qu'il attend , c'est une porte vivante !
- Une ... porte ? répéta la sirène . ( 7 )

- Une passeuse , plutôt , corrigea Aelyra , quelquun capable de traverser , sans se perdre , les miroirs , les mondes et les formes , quelquun dont lâme peut vibrer à lunisson de la Lumière Originelle sans être consumée !

L’URLICHT s’illumina brusquement . De la pierre jaillit un rayon qui enveloppa tout à coup la pauvre Heidi . Elle sentit des souvenirs qui n’étaient pas les siens affluer dans son cerveau en feu : océans primordiaux , cités de verre , ciels étrangers … visions d'une ancienne promesse !

Elle tomba à genoux , complètement bouleversée !

- Je...je le sens , murmura-t-elle , à la fois terrifiée mais fascinée , comme si cette lumière me connaissait depuis toujours .

Aelyra s’agenouilla à son tour , geste qui fit frémir le Conseil .

- Parce quelle ta reconnueHeidi , mon Herana , devrais-je dire , tu es la Gardienne de lURLICHT , celle qui devra le réveiller lorsque les trois royaumes entreront de nouveau en dissonance .

- Et si jéchoue ? demanda la femme poisson , ses larmes mêlées à l’eau .

Le regard de la souveraine se fit grave , presque humain .

- Alors , les miroirs se briseront Cette fois , ma chérieil ny aura plus de retour vers les étoiles !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) III - La Salle des Veilleurs - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

4 - LA DEMEURE ENCHANTEE ( Cycle de L'Etoile II ) , V , 2 - Antinea - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

5 - L'ETOILE BLEUE ( Cycle de L'Etoile XVII ) , 8 - Urlicht - Copyright 2022 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved . 

6 - ANA et ADAMA , lunes jumelles d'AUBERIVE l'invisible .

7Veilleurs d'Elohim , race métamorphe en provenance d'Orion , de Cassiopée , des Pléiades dont la conscience collective peut se glisser dans les faille obscures d'un être aux mauvais penchants - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) - Préface , 3 - Secessio Metamorphosis ) - I , 12 , XXIII - La Porte du Ciel - II , 14 , XXIX - Si le Grain ne Meurt ... ) - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Dramatis Personae - XVI - Tom ) - copyright Dan Ar Wern 2010 - Tous droits réservés .

 
 
 
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