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LE GARDIEN DU MARAIS - IV - La Dame Blanche .

16 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

LE GARDIEN DU MARAIS - IV - La Dame Blanche .
 
 
 
 
 
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
IV - La Dame Blanche

 

 

 

" Il y eut alors un combat dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent contre le Dragon . Et le Dragon lui aussi combattait avec son Ange " 

 
Apocalypse , chapitre 12 , verset 7-9

 

9 - Le lendemain , sous un ciel bas et chargé , il prit la route de Loqueffret 
Le vent du " Yeun " balayait la lande , soulevant les herbes comme une mer grise . Au détour d’un chemin pierreux , Cheun aperçut la maison de Ronan Kermeur , une bâtisse lourde , aux volets clos , plantée à l’orée d’un bois de pins . La cheminée fumait faiblement . Réticent , malgré tout , le visiteur frappa . Au bout d'un silence ,  la porte s’entrouvrit , révélant un vieil homme aux traits tirés , la barbe blanche mal taillée , les yeux d’un bleu froid .
Tu n'aurais pas dû venir , Cheun , lui dit Ronan d’une voix rocailleuse .
- Je veux comprendre .
- Comprendre ? Tu crois quil y a encore quelque chose à comprendre ? Tout a commencé quand elle a vu ...

Il s’interrompit , regardant par-dessus l’épaule du jeune homme , comme s’il craignait qu’on les observe .

Entre ! Mais parle bas ...

La maison sentait le fer et la poussière . Des papiers couvraient la table : schémas , relevés d’ondes , cartes du " Yeun " , avec , au milieu , une photo jaunie de Maela , souriante , une main levée contre le soleil .

Ronan s’assit , le regard perdu .

Tu sais , Laig n’était pas comme les autres , car elle percevait ce que nous ne voyons plus . Depuis toute petite . Elle me disait , à la fin , que " les visages changeaient " autour d’elle . Que certains habitants du Yeu ... n’étaient plus les mêmes .
- Des hallucinations
?
- Je ne pense pas . Ma fille voyait clair . Ces choses peuvent imiter les hommes . Elles ont pris forme après la tempête de 2019 , dans les algues de brume . C’est là que tout a commencé . Et la Marine le sait .

Cheun fronça les sourcils.

Tu parles de ces " dragons " dont parle la légende ?
- Les anciens les appelaient ainsi . Mais ce sont des formes d’intelligence non humaines qui vivent dans la profondeur du Yeun , sous la nappe du lac . C’est là qu’a été construite la Base 22 . Une station d’écoute , soi-disant scientifique . En réalité , un point de contact .
- Tu veux dire ... avec eux
?
Le vieil homme fit un signe de la tête .

Oui .

Il se leva brusquement , fouilla dans un tiroir , en sortit une vieille clé rouillée .

- Sous la croix du mont , se cache une trappe . Je l’ai vue . Michel y a planté son épée , mais les hommes d'ici y ont posé des antennes . Si tu veux comprendre , va là-bas . Mais ne reste pas seul quand la nuit tombe .

Il posa la clé dans la main de Cheun , qui sentit un froid étrange le traverser .   

Et toi , Ronan ?
- Moi , j’attends qu 'ils osent venir me chercher comme ils ont déjà pris ma fille . Ils savent que je lui parle . Parfois , c'est elle qui  m’appelle depuis sa prison ...

 

10 - Selon une vieille histoire locale , en effet , que son grand-père lui racontait au coin du feu , Saint Michel avait jadis terrassé le Dragon dans ces terres de bruines et de crachins , l’enfermant sous la montagne . ( 6 )  
Mais le mal , jamais totalement mort , dormait encore , tapi dans les profondeurs du " Yeun Elez " , prêt à resurgir lorsque les hommes oublieraient la lumière .

Les notes du carnet de Ronan , qu'il avait réussi à prendre en photo , évoquaient cet épisode apocalyptique , mais transposé dans un langage d’ingénieur :
anomalies gravimétriques , fréquences , perturbations de l'atmosphère , ondes subtiles ...
Comme si la foi et la science se mêlaient en lui .

" Dragons = entités plasmatiques 
  Pouvant imiter les formes humaines 
?
 Testent la résistance des consciences.
 Leur but
: infiltration . Lieu pivot = Yeun / Base 22. "

Il y avait même un schéma : un cercle tracé autour du lac de Brennilis , relié par des flèches menant à la chapelle Saint-Michel , avec une mention manuscrite :

" Point d’équilibre entre Ciel et Abîme ."

 

11 - Cette nuit-là , il rêva de Laig . Peut-être n'était-elle pas morte , après tout , quand il la vit se tenir sur la digue , dans le crépuscule , toute vêtue de blanc .
Ses yeux luisaient d’une lumière douce , presque surnaturelle .

Tu dois continuer , Cheun . Ils ont franchi la frontière . Mon père les a vu . Toi , tu dois me rejoindre . 
- Où ça , Maela ? Qui sont-ils 
?
Ceux que Saint Michel nommait les Dragons , qui se sont glissés parmi nous . Tu as vu , à Paris ,  comment l'homme devient un " zombie " 
? Maintenant , c'est ce qu'ils veulent pour toute la planète .

Puis son visage se brouilla , se superposa à d’autres : des visages d’hommes , de femmes , changeant de traits comme l’eau change de reflet .

Ne crois qu’à la vraie lumière de l'Ange ! Tout le reste est mensonge !

Il se réveilla en sursaut . Dehors , la cloche de la chapelle sonnait l’angélus du matin .
Sur sa table , le carnet de Ronan était ouvert à une nouvelle page ... qu’il n’avait pourtant jamais lue .

" Si je disparais , cherche sous la croix du Mont .
Là où Michel a planté son épée . 
"

 

 

 

( A Suivre )

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Notes :

 

6 - Voir note 5 . Au-dessus de la chapelle saint-Michel , apparaît l'Archange abaissant son glaive vers le " Yeun " : " Sant Mikêl vraz a oar an tu dampich ioual ar bleizi-du " ( Le grand saint Michel sait la manière dempêcher de hurler les loups noirs  , Anatole le Braz - Les Saints Bretons , 1893

 

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LE GARDIEN DU MARAIS - III - Visite .

14 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

La Ferme des Artisans ( Brasparts )

La Ferme des Artisans ( Brasparts )

 
 
 
 
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
III - Visite

 

 

 

"Ma belle étoile , je t'en prie !

 Ô , ne laisse pas ta belle lumière

 Se troubler par la brume

Qui est en moi ... " 
 
Friedrich Rückert *

 

6 - Elle arriva dans une Clio grise , sans gyrophares , les yeux pâles barrés d'une mèche d’argent dans les cheveux bruns , petite , la trentaine , comme lui , se présentant simplement :

Lieutenante Lena Morvan , section de recherches de Quimper . Vous êtes bien monsieur Pierre -Eugène Le Guern ?
- Cheun , corrigea-t-il machinalement , gêné de paraître dans la tenue approximative de quelqu'un qui venait juste d'émerger de la salle de traite . Ouais , balbutia-t-il , ... entrez , je vous en prie .

Elle observa la pièce : un feu couvait dans l’âtre , des livres de médecine et quelques carnets posés sur la cheminée . Une odeur de café noir flottait dans l’air .

- Je suppose que vous savez pourquoi je viens , dit-elle en s’asseyant à la grande table .
- Laffaire Maela Kermeur ?
- Exactement . Lenquête a été rouverte .
- Après trois ans ? Pourquoi maintenant ?

L'officière sortit un dossier de sa sacoche , l’ouvrit devant lui , en tirant quelques photographies de la carcasse du véhicule , un rapport d’analyse , quelques plans techniques .

- Nous avons reçu un signalement anonyme , lui expliqua-t-elle , affirmant que Ronan Kermeur, le père de Laig , aurait été victime de pressions au moment de la mort de sa fille .
- Des pressions ? Quel genre ?
- Professionnelles . Comme vous le savez , ce monsieur travaillait à lÎle Longue avec un sous-traitant de la Marine nationale . Je ne devrais pas vous le dire , mais il ressort de son CV confidentiel que son service gérait une pièce électronique utilisée dans les systèmes de guidage des sous-marins . D'après mon analyse , il semble quun contrat ait été compromis peu avant le drame .
- Vous voulez dire qu'il s'agirait d'un chantage ?
- Cest mon hypothèse . Mais ce nest pas tout .

D'une chemise en plastique , avec délicatesse , elle sortit une autre feuille , jaunie , pliée en deux .

- Lorsquon a réexaminé la voiture , un technicien a découvert , sur la pédale de frein , la trace d'une empreinte partielle , non identifiée à lépoque. Elle correspond aujourdhui à un certain Paul Prigent .
- Prigent ?... , réfléchit son hôte .
- Un ancien étudiant de votre promotion brestoise , répondit-elle , qui a quitté la fac de médecine la même année que vous . Vous le connaissiez ?
- Vaguement . Je crois qu'il tournait autour de Maela , qu'il avait du mal à comprendre quelle ne voulait pas de lui .
- Il vit maintenant à Lorient . Chef de clinique . Et il nie tout lien personnel avec cette affaire .

Un silence tomba , troublé par le bruit du vent s’engouffrant dans l'âtre , faisant tressaillir la flamme .

- Pourquoi me dites-vous tout cela maintenant ? , demanda Cheun .
- Parce que vous étiez le dernier à l'avoir vuvivante , et que son père refuse toujours de nous parler , prétendant que sa fille est désormaispartie là où personne ne peut la rejoindre " , et qu'il faut la laisser en paix .

- Dites-moi , monsieur Le Guern … insista-t-elle en appuyant . Qu'est-ce que vous êtes allé faire à Paris ? , le fixa-t-elle au fond des yeux  , comme si elle cherchait déjà en lui " 
la fêlure par où l'on peut apercevoir l'universel désastre ? " ( 4 )

Gêné , Cheun détourna les yeux vers la fenêtre où un timide rayon de soleil hésitait lui aussi , pensa-t-il , à lui venir en aide à faire en lui toute la lumière sur les ombres de son passé !

- Est-ce vrai que vous receviez des messages delle ?
Etonné par la vitesse à laquelle pouvaient , en province , courir les rumeurs les plus insidieuses , le pauvre homme reconnut qu'il avait tenté de l’oublier , puis , répondant à voix basse , qu'il avait cru parfois , dans un songe , entendre sa voix comme un murmure dans le vent du mont , mais que , chaque matin , tout s'effaçait , comme si la mémoire elle-même refusait de l’épargner .

- Ce n'étaient pas des rêves comme les autres ?

- Je ne sais plus .
- Vous seriez prêt à men parler ?
- Je vous ai déjà précisé que cela ne mènerait à rien .

La lieutenante Morvan rangeant ses papiers , lentement , se leva .
Alors nous irons ensemble au lac , lui dit-elle . Il y a des choses qui , vous le savez , peuvent remonter à la surface quand on y retourne .

 

7 - La militaire était partie de la maison depuis une heure .
Dehors , la brume montait du marais par le couchant , mordorée , épaisse . Il resta longtemps à contempler les collines , le mont dressé dans la lumière déclinante . Là-haut , la chapelle de Saint-Michel-de-Brasparts semblait flotter dans l’air , telle une sentinelle de pierre entre ciel et terre .

Il pensa à Ronan Kermeur, le père de sa fiancée , un homme droit , taiseux , qu’on disait patriote jusqu’à l’obsession , qui avait " bossé " depuis trente ans pour un consortium lié à la Marine nationale , sur les systèmes de détection et de communication des sous-marins basés à l'Île Longue . Un poste sensible , classé " secret défense ".
Mais depuis la mort de sa fille , Ronan s’était enfermé dans un mutisme presque religieux , n'ouvrant sa porte à personne . Il avait quitté Brest , vendu son appartement sur le quai de Recouvrance , et s’était retiré dans une vieille maison près de Loqueffret , à la lisière du " Yeun Elez " , là où , disait-on , les âmes s’en vont quand les cloches cessent de sonner . ( 5 )

 

8 - Ce fut par hasard que Cheun retrouva au grenier , dans une boîte de fer oubliée , un carnet appartenant à son futur beau-père .
Des pages serrées , couvertes d’une écriture nerveuse , mêlant calculs , relevés de terrain , phrases énigmatiques :

" Activité électromagnétique anormale - zone du lac Nord .
Fréquence 18
,2 kHz .
Mouvement circulaire sous la surface - pas d
'origine naturelle .
Contact avec
"eux " possible ." 

Plus loin :   

" Laig sentait les choses avant qu’elles n'arrivent . Elle savait quils étaient là .
Elle parlait de voix , de visages qui changent d
un jour à lautre .
Parfois elle me fixait et me disait
: " Ce n’est plus toi ! "

Quand il parcourut cet étrange compte-rendu , se souvenant de ses moments d'absence , comme traversée par quelque chose d’invisible , il ressentit , comme à cette époque où il était incrédule , un drôle de frisson lui parcourir le dos lorsque , avec un demi-sourire , elle confessait :

- Le Yeun n’est pas qu’un marais , tu sais . C'est une frontière .

Mais , de l’autre côté , ils nous observent !

 

( A Suivre )

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Notes :

4 - " Les Vagues " ( 1931 ) de Virginia Woolf ( 1882 - 1941

5 - La légende locale situait au coeur des tourbières du " Yeun Elez " , le " Youdig " , un marécage sans fond , l'une des portes des enfers .

 

 

* " Lyrische Gedichte " poèmes de Friedrich Rückert ( 1788 - 1866 ) , mis en musique par Clara et Robert Schumann , op. 101 n°4 ( Minnespiel , 4 , 1840 )

" Mein schöner Stern , ich bitte dich !

 O lasse du dein heitres Licht

 Nicht trüben durch den Dampf

 In mir... "

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LE GARDIEN DU MARAIS - II - Le Retour .

12 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

Mont Saint Michel de Brasparts

Mont Saint Michel de Brasparts

 

LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
II - Le Retour

 

 

 

" Avant que je m'en aille sans retour 

  Au pays des ténèbres et de l'ombre épaisse

  Où l'aurore même ressemble

  A la nuit sombre ... "

JOB 10 , 21 / 22 .

4 - Tout ceci était arrivé parce qu'un jour , en pleine consultation de médecine , son attitude s'était figée . Devant lui , une vieille dame en pleurs gémissait . Posant la main sur la sienne , il lui dit alors , d'une manière spontanée , sans prendre conscience qu'il pouvait lire en elle comme au travers d'un miroir :
- Ce nest pas votre cœur qui souffre , cest votre mémoire .
Elle le regarda , bouleversée .
Après cet instant , l'interne avait compris que quelque chose parlait en lui plus fort , quelque chose qu’il n'arrivait pas à maîtriser , mais que la ville , trop dense , ne lui permettait pas non plus d'extirper . Peu à peu , il perdit son goût de vivre . Il soignait sans conviction , marchant sans direction , parfois , dans les rues , croyant voir l'ombre de Laig au détour d’une vitrine qui le regardait , silencieuse , comme pour lui dire qu’il devait rentrer . Sans prévenir , il rassembla , une nuit , quelques affaires , puis , fermant la porte de son studio , il marcha longtemps sur le boulevard Raspail , sans but . Le vent d’ouest soufflait . Dans son esprit , cette phrase n'arrêtait pas de tourner en boucle :
" Pars vite , avant quil ne soit trop tard ! "
Dans l’église du boulevard du Montparnasse , un soir , comme il s'était agenouillé devant l'autel en pensant à Claire qui , d'ici deux à trois jours , devait partir , il vit Laig lui dessinant à sa façon trois chemins : rester à Paris , persévérer dans la médecine rationnelle , ou suivre mademoiselle Delatour dans son élan missionnaire , chercher Dieu dans le service , ou bien encore repartir vers la Bretagne , là où tout avait commencé , où quelque chose , peut-être , l’attendrait encore .
Il ferma les yeux . Dans le silence , une phrase monta en lui , sans qu’il sache , cette fois , d'où elle venait : 
" Il ny a pas de salut dans la fuite ."
Le surlendemain jeudi , il accompagnait Claire à l'aéroport . Paisible en apparence , mais triste , elle s'efforçait de lui sourire , avant de monter dans l'appareil , un énorme" Jumbo " 747 , puis posant fermement la main sur son bras , tout en l'embrassant :
- Toi aussi , Cheun , tu partiras un jour . Pas pour soigner , mais pour guérir ...
Elle disparut dans la foule des passagers , le laissant tout seul derrière la porte du départ , les yeux mouillés par son dernier baiser d'adieu . Il avait grandi à Saint-Rivoal , au cœur des Monts d’Arrée , là où , dans l'odeur du granit , sur genets et bruyère , se posait aussi la brume en voile mélancolique de rosée . Il était venu à Paris pour y étudier l'art médical , d’abord par vocation , certes , mais plutôt par besoin de comprendre la douleur , celle des autres , par dessus la sienne . Un jour pourtant , ses études  prirent un tournant inattendu : à la faculté , il s’était intéressé à la médecine vétérinaire .
Les bêtes souffrent sans mensonge , leur regard ne triche pas , prétendait-il . Dans les cliniques universitaires , le jeune homme observait , avec une patience que ses collègues ne pouvaient pas toujours concevoir , les animaux blessés , poursuivant , par ailleurs , des formations en acupuncture et chiropraxie , convaincu que le corps et l’âme ne sont pas séparés . Car , s'il aimait , en essayant d'apaiser la souffrance de celle-ci , soigner la chair vive , il haïssait bien plus la froideur des hôpitaux , la mécanique de la ville . Tout y allait trop vite , selon lui . On voulait y suivre des protocoles convenus par loi et nécessité sans vraiment se préoccuper du ressenti de l'être . 

 

5 - Le retour fut étrange . Les chemins semblaient le reconnaître . Le vent , la lande , les pierres couvertes de lichens , tout portait la mémoire de ce qu’il avait fui . Dans le village , les gens le regardèrent avec étonnement . Lui parlait peu , marchait seul , et parfois , près de l’église , s’asseyant longuement sur le muret , les yeux perdus dans le vide . On l’appela bientôt Le Prophète , d’abord par moquerie , puis par respect . Non parce qu’il annonçait l’avenir , mais parce qu’il voyait ce que chacun portait en secret . Car , peu à peu , les gens du village vinrent le voir . Certains se souvenaient du " petit Cheun " parti à la capitale faire ses études . D’autres cherchaient à comprendre pourquoi il était revenu ici après la triste affaire Kermeur , lui qui disait maintenant : " Je soigne un peu , surtout , je vous soulagerai si je le peux " , posant alors les mains sur vos épaules , vous écoutant longtemps , parlant ensuite d’une voix calme . Ce n’était pas de la médecine au sens strict du terme , puisqu'il n'avait pas eu son diplôme . 

Il mêlait gestes appris , pression des vertèbres , points d’énergie , à des paroles qui touchaient juste . Comme s’il voyait la douleur avant qu’on la lui raconte . Il ne demandait rien en échange , sinon , comme il était seul avec sa mère , désormais , chacun lui donnait un bol de soupe , un peu de pain , parfois du lait . La maison familiale l’attendait , figée dans le temps . Le toit fuyait , les pierres verdaient de mousse , mais il y avait là quelque chose de vivant , d’intact . Il remit la ferme en état , racheta deux vaches bretonnes , quelques poules , trouva un chien errant qu’il nomma " Ankou " , par ironie ou par fidélité à la mort . ( 1 )

C'est ainsi qu'il retrouva le rythme ancien de ses aïeux , les matins froids , les pas dans la boue . Les animaux semblaient le comprendre . Il leur parlait avec douceur , presque à voix basse , comme à des êtres conscients . Certains juraient qu’il avait avec eux une entente mystérieuse . On disait qu’il soignait les bêtes malades sans remède apparent , simplement par sa présence .

Il vivait simplement , vendant un peu de lait , réparant des clôtures , cultivant un jardin . Les villageois venaient le voir , d’abord pour des maux de dos ou des rhumatismes , puis pour autre chose : un chagrin mal soigné , une angoisse , un silence . Il les écoutait longuement , posait la main sur leur épaule , et parlait d’une voix basse , presque rêveuse . Ses paroles touchaient juste . On repartait plus léger , sans savoir pourquoi .

Certains le prenaient pour un guérisseur , d’autres pour un illuminé . Les plus âgés disaient : " Il a reçu un don ." Les plus jeunes venaient par curiosité , puis restaient troublés .

Pourtant , chaque séance terminée , il semblait oublier tout . Comme s’il n’avait été qu’un passage , un souffle entre l’homme et Dieu .

La rumeur courait qu’il parlait parfois avec celle qu’il avait perdue . Mais lui ne disait rien . Il se contentait de sourire , le regard perdu vers la crête des monts .

Depuis Brest , Il avait prit un un autocar jusqu’à son village natal , disant à son entourage qu’il venait pour " quelques semaines de repos ". Mais les semaines s'étaient changées en mois pendant qu'il s’installait dans la maison familiale , simple bâtisse de granit sur les pentes du Mont Saint-Michel . On le vit réparer le toit , remettre du feu dans la cheminée , puis marcher longtemps jusqu'au sommet sur les chemins de la lande . Il ne parlait pas de retour définitif , mais quelque chose en lui savait qu’il ne repartirait plus . ( 2 )

Car il lui arrivait de dire des choses justes quand une jeune fille venait lui parler de ses peurs , qu'un paysan se plaignait de sa terre ingrate , ou qu'une femme lui confiait son fils malade .

Il les écoutait sans jugement , ses paroles , toujours simples , les calmaient . C’était comme si une clarté passait à travers lui , une lumière dont il ne connaissait pas l'origine . Mais après chaque rencontre , il oubliait tout . Les visages , les histoires , les mots . Ne restait seulement qu'une fatigue immense , une impression de vide , comme si son âme avait prêté sa voix à quelqu’un d’autre .

Et puis il y avait eu Laig , sa fiancée partie un jour de tempête , emportée par le vent du large dans une histoire étrange dont il était sortie innocenté . Depuis , il n’avait plus su où poser sa vie . Paris , dans son vacarme , n’avait fait qu’élargir le vide .

Il vivait ainsi , entre veille et prière , entre deux mondes . Le village accepta peu à peu son retour , sans chercher à le comprendre . Les enfants le saluaient avec un mélange de crainte et de tendresse . On disait qu’il parlait avec les morts , qu’il voyait ce que personne ne voyait .

Pourtant , dans le secret de ses nuits , l'homme demeurait blessé par les accusations de jadis .

La grande ville lui avait montré quelque chose de précieux , non pas la joie , mais la lutte au coeur du réel . En outre , il y avait appris que le monde pouvait continuer sans lui , que la douleur ne fait pas de bruit . C’est peut-être pour cela qu’il était revenu : non pour retrouver la paix , mais pour apprendre à vivre avec le vide , au plus près de la terre , là où le vent et la foi se confondent .

Sans parler de son désir immense de faire toute la lumière sur cette horrible tragédie qui avait ruiné sa jeunesse !

Le soir , écoutant leur souffle régulier témoin de leur présence rassurante , il allait s’asseoir près de ses vaches quand la brume montait sur les monts , satisfait qu’elles continuent de porter cette sagesse ancienne , celle des êtres qui ont connu le monde avant les hommes . Parfois , les caressant avec tendresse , il leur murmurait qu’une âme ne disparaît jamais , qu’elle se réincarne peut-être dans une prunelle d'animal , humble et patient .

Ainsi vivait Cheun Le Guern , médecin sans cabinet , paysan sans fortune , prophète sans message .
Tout autour de lui , pourtant , quelque chose changeait : les gens parlaient plus doucement , les bêtes semblaient plus calmes , le vent plus clair . Comme si , en revenant , il avait voulu ramener un peu de paix sur la terre des Monts d’Arrée . Pouvait-il se douter que certains craignaient qu'il n'aille révéler des choses qu'on préférait voir pour toujours enfouies dans le lac de Brennilis ? ( 3 )

 

 

( A Suivre )

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Notes :

1 - Ankoù , en Bretagne , personnification spectrale de la Mort .   

2 - Mont Saint Michel de Brasparts ( Tuchenn Mikael ) , l'un des sommets de la chaîne des monts d'Arrée située en Bretagne sur la commune de Saint-Rivoal ( Finistère ) .

3 - Lac de Brennilis , plan d'eau artificiel dans les marais et tourbières du

" Yeun Elez " .

 

 

 

          

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LE GARDIEN DU MARAIS - Prologue - I - Une Âme de Grande Solitude .

9 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

Toits de Paris - Alain Cornu - " Sur Paris " ( 2015 )

Toits de Paris - Alain Cornu - " Sur Paris " ( 2015 )

 
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
PROLOGUE
 
 
 
 
 
 
 
 
 
I - Une Âme de Grande Solitude
1 - Au sixième étage d’un immeuble gris d'une ville de grande solitude , un homme vivait reclus dans un petit studio . Le matin , comme chaque jour , il ouvrait sa fenêtre sur le tumulte des avenues , mais rien ne le touchait vraiment , pas même ces grosses gouttes qui , souvent , s'abattaient sur les toits , précédant une violente averse !
La foule s’agitait à ses pieds , lui demeurait immobile , comme suspendu entre deux vies . 
C'est qu'il était venu à Paris pour fuir , pour échapper au vent du passé qui lui ramenait sans cesse le visage de celle qu’il aimait , jeune femme au regard clair , disparue trop tôt . Pourtant , même au cœur de la grande cité , elle revenait . Quelquefois , dans la lumière tremblée d’une flamme , ou dans un songe . Elle ne lui parlait pas toujours , mais il sentait simplement sa présence , comme un baume invisible sur son chagrin , lorsqu'il marchait sans but dans les rues , pendant ses rares jours de congé , effleurant les vitrines sans les voir , entrant dans une église . Alors , le front contre ses mains , le souffle à peine perceptible , il restait des heures devant le Saint-Sacrement . Là , il écoutait des pas résonnant dans le silence , et même s'il ne priait pas vraiment , le battement de son propre cœur .
" Quand tout devient trop dur , s'avouait-il en rédigeant son journal , une présence m'effleure . Elle me demande de m'éloigner , de quitter cette vaine frénésie du bruit des voitures sur le bitume Cest là , dans cette immobilité, que je sens parfois sa clarté venir à moi , quelque chose qui nest pas de ce monde . "

 

2 - Le reste du temps , la vie de Cheun s’était rétrécie à quelques trajets réguliers : la faculté , l’hôpital , et cet apart' sous les toits du quartier du Marais . Dormant mal et mangeant peu , il travaillait trop . Dans la lumière pâle des matins d’hiver , il descendait les escaliers comme un étranger , s’effaçant dans le flot anonyme des passants .

De temps à autre , au détour d’un couloir de l'Hôtel-Dieu , il croisait Claire , interne en médecine générale , assez grande et plutôt calme , le regard limpide . Elle n'était pas non plus très bavarde , mais quand elle se confiait , c’était avec une franchise qui l'apaisait , lui disant qu'elle croyait au service médical comme à une forme de vocation . Dans la fatigue des gardes , quand c'était possible , ils se parlaient souvent à voix basse , entre deux urgences , côte à côte sur un banc du service .

Elle ne ressemblait pas à Laig  . Celle-ci , comme Balzac , pouvait un peu se moquer , parfois , de la " comédie humaine " , Claire n'en parlait qu'avec douceur , et d'une manière toujours compatissante . Son collègue , sentant en elle cette paix qu’il n’avait jamais trouvée ailleurs , lui dit un soir , dans le silence d'une salle de soins :

- Vous ne croyez pas que la médecine seule suffit , nest-ce pas ?

La jeune fille ne répondit pas tout de suite .
- Non . Derrière la souffrance , il y a toujours quelque chose qu’on ne touche pas , l'âme ...
Il acquiesça , presque soulagé de l’entendre .

Durant quelques mois , leur amitié devint une présence quotidienne . Ils se retrouvaient parfois dans une église toute proche de la cathédrale , éclairée à la bougie . Elle priait , lui écoutait , car elle avait ce don de silence qui ne juge pas .

Mais un matin , tandis qu’ils buvaient leur café dans un bistrot de la rue du Fouarre , elle lui annonça calmement :
- Je pars .
- Partir ? ?
- En Afrique . Dans une mission catholique , près de Ouagadougou . Jai demandé à la congrégation de my envoyer .

Cette brusque nouvelle , si tranquillement annoncée , lui fit l'effet d'un séisme . Le voisinage attentif aurait pu , sans doute , en mesurer les conséquences dans l'expression de stupeur affichée soudain sur les traits de son visage , devenu pâle et décomposé .
Il la regarda longuement , sans un mot.
- Vous êtes sûre ?
- Oui . Je ne peux plus retarder cet appel . Ici , je ne soigne que des corps . Là-bas , japprendrai peut-être à sauver des vies .

Cette décision le bouleversa tellement qu'il comprit qu’elle s'en irait seule vers la lumière , alors que lui demeurerait dans l’ombre . Il aurait voulu la retenir , mais il savait qu’il n’avait aucun droit sur elle .

Comme un homme sans ancrage , il erra dans Paris les jours suivants . La Ténèbre baignait les âmes , Claire s’envolait , Laig était morte , et lui restait suspendu entre deux absences . Plein d'incertitude , il retourna à l’hôpital , mais le cœur n’y était plus . Tout lui semblait mécanique , inutile , figé .

Il commença à faire des rêves étranges : la mer en furie , la lande noyée de brume , une voix l’appelant par son prénom , celle de sa fiancée qui , alors qu'il croyait sentir son parfum de goémon et de vent , lui tendait la main . 

 

3 - Puis un jour , sans raison apparente , il décida lui aussi de partir . Il prit le train vers l’ouest , vers les Monts d’Arrée , là où les nuages couvrent les toits d'ardoise d'un suaire de brume , où le vent , qui parle encore avec les pierres , les frôle de ses caresses . Dans le village , on le reconnut à peine , mais on le surnomma bientôt " Le Prophète ". 

Car il semblait voir plus loin que vos mots lorsqu’il vous regardait , percevant vos blessures , vos espérances , vos secrets enfouis , vous parlant avec douceur , et ses paroles , quoique simples en apparence , touchaient juste .

Mais quand la séance se terminait , tout s’effaçait , comme si une autre voix avait parlé à travers lui . Il ne se souvenait plus de rien .

Seul à nouveau , il s’éloignait alors par les chemins de bruyère , sous le ciel changeant des monts ...

 

( A Suivre )

                                                        ___

 

DAN AR WERN - LE GARDIEN DU MARAIS - Prologue I - Une Âme de Grande Solitude - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." LE GARDIEN DU MARAIS "- Copyright 2025 .

          

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LE VOL DES OIES SAUVAGES - Teaser / Bio - L’Appel du Passé .

8 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VOL DES OIES SAUVAGES

LE VOL DES OIES SAUVAGES - Teaser / Bio - L’Appel du Passé .

 

LE VOL DES OIES SAUVAGES

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

L'Appel du Passé

 

 

 

Un jour , le maire de Bouvron qui , soucieux de redynamiser le tourisme de sa petite commune bretonne , avait entrepris des recherches sur l’histoire du manoir de Boisjourdan invita les O’Callaghan de Detroit , aux USA , à revenir , afin de restaurer le domaine familial , sur la terre de leurs ancêtres . Peu à peu , celui-ci reprit vie . Mais alors que les travaux s'avançaient , le passé refit aussi surface , révélant la présence en ce lieu d'une cassette autrefois cachée par le Duc de Bretagne , petit état souverain jeté aux oubliettes . Convoité par les révolutionnaires , ce trésor avait été ensuite emporté par les " Oies Sauvages " , ces irlandais , contraints de fuir , qui s'en étaient servis pour faire fortune aux Amériques . Cette énigme , ignorée de leurs descendants peu intéressés par l'histoire européenne , allait-elle maintenant changer leur destinée ?

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - L'Appel du PasséPep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VOL DES OIES SAUVAGES  " , copyright 2025 .

 

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LE VOL DES OIES SAUVAGES - V - Table des Matières .

8 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VOL DES OIES SAUVAGES

LE VOL DES OIES SAUVAGES - V - Table des Matières .

LE VOL DES OIES SAUVAGES

 

                 - V -

 

 Table des Matières

 

I -  Préface / Dédicace      

       Le Trèfle et le Lys

II - Les Exilés de Boisjourdan 2 - Les Fantômes de Quéhillac - 3 - Le Collier d'Or - 4 - Morvan De L'Aulne - La Crypte de Dun Carraigh 6 - Les Croix de Savenay - 7 - Le Traître - 8 - Les Descendants - 9 - La Chambre aux Secrets .

 

III EPILOGUE

       

10 - L'Héritage Oublié .

 

IV L'INVITATION DE L'ANGE 

         Résumé

- TABLE DES MATIERES 

 

DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES  - V - Table des Matières - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved . " LE VOL DES OIES SAUVAGES  " , copyright 2025 . 

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L'ESCARBOUCLE - Epilogue - X - La Croisée des Chemins .

3 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

L'ESCARBOUCLE - Epilogue - X - La Croisée des Chemins .

 

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Epilogue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

X - La Croisée des Chemins

 

 

 

La pluie tombe sur l'homme de l'an passé ,   Il y a une guimbarde sur la table ,   Un crayon dans sa main ... "

Leonard Cohen / Graeme Allwright

" L'Homme de l'An Passé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24 - Revenu dans son corps terrestre au soir du 26 octobre , près de lampe qu'il n'éteignait jamais tout à fait , l’homme , sentant sa main trembler , posa enfin son stylo . Il se si sentait seul , et le silence lui pesait à tel point , comme si , ayant fait un mauvais rêve , il avait maintenant tout oublié . Lui , qui venait de partir à la retraite , n'avait plus cette fraîcheur juvénile . Contemplant le spectacle des bûches qui se mouraient avec lenteur au coeur de l'âtre , cette soirée-là d'automne lui avait , comme tant d'autres , paru bien terne .

Sur la falaise battue par les vents , la nuit avait repris ses droits . La faille s’était refermée comme si elle n’avait jamais existé . Le sol de l'île invisible n’était plus qu’une dalle lisse, couverte d’embruns . Mais soudain , la mer s’illumina . Pas d’éclairs , pas de lune : une lueur bleutée montait des profondeurs , vaste , mouvante , comme si un cœur battait sous l’océan . Les vagues se teintèrent d’un éclat d’opale , oscillant du bleu sombre au rouge incandescent .

Sur la côte , un vieux marin du village voisin , attiré par l’étrange clarté , s’arrêta au bord du rivage . Ses yeux fatigués se remplirent de larmes .

C’est le feu des Veilleurs , murmura-t-il . Quelqu'un a franchi la Porte ...

Puis , dans le ressac , une pierre jaillit , charriée par l’écume , petite escarboucle polie par les flots , qui scintillait faiblement , comme un éclat tombé d’un astre . Le marin la ramassa avec précaution , la serra contre son cœur et la porta à la chapelle , au pied d’une Vierge de granit .

La rumeur se répandit : certains parlaient d’un signe céleste , d’autres d’un simple phénomène de marée . Mais ceux qui savaient comprirent au fond d'eux-mêmes qu’un être nouveau venait de naître , et que la pierre lui serait confiée pour un temps . Lui aussi se rendit compte qu'au-delà des craquements du bois dans la cheminée , quelque chose avait changé . Il était redevenu , sans savoir pourquoi , ce gamin guettant l'aube et le souffle du vent dans les volets de la maison familiale qui , depuis si longtemps , respirait la vieille cire et les livres anciens .

Dans les profondeurs nocturnes , le chant des " Veilleurs " traversa la mer , montant dans le ciel comme le faisceau d'un phare lointain , qui se gravait dans le silence des étoiles .

Pourtant , l'homme n'avait cessé d’attendre , mais la solitude était devenue sa seule et patiente compagne . Et lorsqu’une présence douce , presque palpable , se posa soudain derrière son fauteuil , il tourna la tête . Elle était là , qui lui souriait , celle qui était morte à vingt ans depuis bien longtemps , dont les yeux portaient une maturité que seul l’autre monde donne . Elle n’avait pas vieilli . Mais aujourd'hui , elle prenait un autre visage !

Tu me reconnais ? , lui suggéra-t-elle doucement pendant qu'un courant chaud traversait tout son être . Ce n’était pas une hallucination , car il percevait sa lumière intérieure autant que son parfum de jeunesse et ses pensées . Leur ressemblance le troubla lorsque le sourire enjôleur de la jeune femme , qu'elle adressait à son reflet d'homme , lui apparut de façon sensible dans un miroir de conscience pure au-delà du temps .

- Sais-tu vraiment qui je suis , reprit-elle avec un léger reproche tendre . Tu crois n'avoir qu’une vie derrière toi . Mais regarde ... Il ne répondit pas , mais il sentit que des mains très douces caressaient son front déjà ridé , pendant que , derrière la glace , un voile se déchirait , faisant affluer le flot de ses souvenirs d'hier . 

Elle lui dictait :

" Lau-delà est conscience pure . Ce que tu as cru perdu se retrouve
Les demeures de lâme sont faites de lumière et damour .
Chaque vie terrestre est une pierre posée pour un temple invisible .
Rien nest oublié : les lieux , les visages , les gestes de foi deviennent éternels .
Mais ici , tout est vérité nue . Seul lamour ouvre les portes . "

Lorsqu’il releva la tête , elle était toujours là .

Il comprit alors que son existence terrestre n’était qu’une chambre de passage , tandis que leur demeure véritable , au-delà du temps , les attendait déjà , que la lumière éternelle était comme un soleil où les âmes viennent se régénérer , cathédrale mystique où chacun trouve l'énergie d'amour utile et nécessaire à la vie de son âme , celle-ci voyageant dans le temps comme dans l'espace au coeur de milliers de galaxies composant la symphonie du chef d'orchestre suprême , chaque monde ayant plus ou moins suivi , avec des partitions différentes , mais d'essence divine , le même chemin que l'on peut découvrir ici ou là , avec patience , en fonction de son degré d'évolution . Tout autour de lui , sa vie s'était mise à défiler comme un fleuve en crue traversé de silhouettes fugitives .

Mais surtout , ce train , témoin de son balancement , qui l'avait traversée  comme une flèche silencieuse , où il l'avait aperçue , l’espace d’un instant , jeune femme dont le visage s’était effacé d'abord , puis brouillé , parasité par une autre présence , lui fit réaliser que cette existence n'avait été , en fait , qu'hésitation maladroite et manque d'assurance entre l'attrait d'une ombre séduisante et la vérité , que ses enquêtes même , ses errances comme ses amours manqués , n’avaient été que des excuses pour un choix toujours trivial de survie .

Je choisis la Porte Étroite , s'écroula-t-il en pleurs pour finir , déchirant sa feuille blanche sur sa table de travail . Car c’est là que bat la lumière !

Alors Ister , ombre et double maléfique dont le sourire paraissait un éclat de verre , et les yeux cruels des gouffres noirs , poussa un horrible hurlement . Pendant que son visage se brisait comme un masque de cendre , elle tombait dans la faille , elle qui avait semé la confusion dans ses visions pour provoquer sa mort . Car il fallait bien cette épreuve , cette déchirure , pour qu'enfin la vérité éclate !

Puis il tourna son visage vers celle qu’il avait croisée sans pouvoir jamais l’approcher , la pure Esther , qui lui ouvrit les bras tendrement , la clarté de son amour faisant jaillir derrière elle une mer infinie .

Jean fit le pas . La fêlure en lui refermée ouvrit un nouvel espace où brillait l’Escarboucle sur le cœur vivant de sa bien-aimée  " Lux Perennis " !

 

25 - Tout à coup , l’espace entier vibra . Les galaxies , par milliers , semblèrent se répondre .
Il entendit un chœur immense où chaque planète , chaque étoile , chaque souffle avait sa note particulière .
C’était une musique sans début ni fin , comme un océan d’harmonies .

Ceci est la symphonie suprême , lui dit-elle d’une voix émue . Chaque monde joue sa part . Certains suivent la mélodie avec pureté , d’autres se dissonent , mais même les fautes servent la beauté finale . Rien n’est perdu dans cette partition !

Tendant l'oreille , il crut distinguer , au cœur de la symphonie , un motif familier : le cri d’un enfant , le rire d’une mère , le chant d’un mendiant sur une route bretonne . Sa propre vie résonnait dans la musique infinie .

La jeune femme posa une main sur son épaule .
- Plus loin , je ne peux t'accompagner . 

C'est alors qu'il perçut au loin l'éclat d'une présence le regardant déjà , plus pure que toutes les lumières , d'une blancheur contenant toutes les couleurs .
Devant elle , il sentit ses genoux fléchir , son âme prête à se dissoudre dans l’amour .

Mais elle le retint doucement.
- Pas encore . La terre a besoin que certains se souviennent de l'offrande musicale . Tu dois y retourner pour écrire , témoigner . Ton heure viendra , mais pour l’instant , ton rôle est de chanter ici bas ce que tu as entendu là-haut .

D’un souffle , il se retrouva dans sa chambre , le stylo à la main , vibrant encore de l’immensité céleste , prêt à écrire ...

 

                                          ___

 

 

DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Epilogue - X - La Croisée des Chemins - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " L'ESCARBOUCLE " , copyright 2025 .

                 

                                                    ___

FIN

 

 

* " Last Year's Man " ( 1971 ) , chanson de Léonard Cohen ( 1934 - 2016 ) dans son album " Songs of Love and Hate " ( 1971 ) , copyright Leonard Cohen / Stranger Music Inc. and Sony Music Entertainment - All rights reserved , traduite et interprétée par Graeme Allwright en français dans son album " Graeme Allwright Chante Leonard Cohen " , copyright 1973 Mercury / Pathé-Marconi - Tous droits réservés .

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L'ESCARBOUCLE - Troisième Partie - Lux Perennis - IX - Le Royaume sous la Mer .

3 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

The-Mermaid ( 1910 ) Howard Pyle

The-Mermaid ( 1910 ) Howard Pyle

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Troisième Partie

( Lux Perennis )

 

 

 

 

 

 

 

 

IX - Le Royaume sous la Mer

 

 

 

" Le monde extérieur est un monde d'ombres : il jette son ombre sur le royaume de lumière ... " 

Novalis  - " Pollens " , 16 ( Blüthenstaub , 1798 ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21 - D'ailleurs , plus le phare diffusait sur lui sa splendeur étincelante , plus l’homme âgé s'était vu rajeunir . Et quand il avait enfin pu relever la tête , il l'avait bien vue , tout à côté de lui , cette jeune femme au sourire clair , celle qui avait quitté la terre à vingt ans , mais qui se tenait maintenant près de lui comme si elle n’avait plus jamais cessé d’exister , lui faisant comprendre aussitôt que sa présence n’était pas une hallucination , mais , puisqu'elle l’invitait à la suivre , cette chaleur douce qui émanait d'elle comme d'une flamme invisible !

- Viens . Je vais te montrer comment nous vivons de l'autre côté .

Il n’eut pas le temps de lui répondre , et , déjà , son regard se brouillait lorsqu'ils se trouvèrent devant une maison qui n’était pas bâtie seulement de lumière condensée , mais brillait d'un éclat semblable à celui d'un miroir opalescent comme du cristal ! 

- Voici notre demeure , lui murmura-t-elle . Chacun de nous , dans le monde spirituel , façonne l'espace qui correspond à son âme . Nous ne construisons pas avec nos mains , mais avec la vérité de ce que nous avons aimé , désiré , prié . Ce lieu est un reflet de ta fidélité et de la mienne .

Il reconnut les formes familières d'un jardin comparable à celui de son enfance , d'une fontaine qui lui rappela la place de son village où des livres flottaient d’eux-mêmes , tout autour d'étagères d'onde musicale transparente , avec le flamboiement du ciel qui mêlait le sourire de sa teinte argentée aux visages ruisselants d'ange et de nymphe des délicates statues d'albâtre , irradiant leurs multiples jeux d'eau .

Tout ce qui est vrai demeure vois-tu . Ce que nous avons aimé avec pureté nous attend ici  transfiguré .

Elle ajouta avec un sourire :
- Mais personne ne peut entrer sans mon accord . Ce lieu est sacré , comme une chapelle intérieure . Et c'est moi qui en garde l'entrée , car tu n'as pas encore conscience de ta force .

 

22 - Ayant franchi la porte étroite , l’eau l’avait enveloppé sans qu’il s’y noie . C’était une mer différente , une substance limpide , plus claire que l’air , traversée de lueurs comme d’innombrables vitraux vivants . Devant lui s’étendait une cité engloutie . Ses dômes de nacre s’élevaient dans un silence majestueux , reliés par des arches de corail qui vibraient comme des cordes d’instruments . Les rues ressemblaient à des fleuves de lumière où chaque pierre semblait respirer .

Tout autour , se tenaient les vestiges d'un monde disparu : colonnes de marbre brisées couvertes de runes marines , menhirs dressés comme à Brocéliande , mais baignés d’une clarté lunaire , portiques d’orichalque , forgés par des mains oubliées , vibrants encore de chants perdus .

Les habitants du lieu , silhouettes d’écume et de perle , s’étaient avancés vers lui en procession . Leurs voix n’étaient pas des mots , mais une forme de cet air à plusieurs voix composé d'ondulations sonores qui , traversant le cœur plus que l’oreille , tissait une toile immense où chaque âme venue ici y devenait une note , un accord unique de la symphonie éternelle .

Au centre de la cité se dressait un dôme plus vaste que tous les autres . Là , pulsait la " Lux Perennis " , une escarboucle gigantesque , plus vaste qu’une cathédrale , irradiant une lumière bleutée ,  rougeoyante , comme un cœur cosmique . Chaque battement de sa lueur envoyait des ondes jusque dans les galaxies , reliant le Royaume englouti à la création entière .

Esther conduisit Jean vers ce sanctuaire.

Voici le Royaume des âmes , dit-elle . Toutes les routes finissent ici , mais tous n’y entrent pas . Ceux qui ont choisi la voie étroite , ceux qui ont affronté leurs ténèbres , rejoignent cette lumière pour l’éternité . Les autres errent dans les ombres que tu as vues , prisonniers de l’illusion d'Ister .

Jean sentit alors que ses combats , ses douleurs , ses échecs même , n’avaient pas été vains : ils étaient les marches de l’escalier secret qui menait jusque au sommet du sémaphore .

Un cortège d’âmes s’approcha , certaines familières , d’autres inconnues mais pleines de tendresse . Toutes l’accueillaient . Il n’était plus seul . Il faisait désormais partie de la " Confrérie des Veilleurs ", ces gardiens de la flamme éternelle au cœur de l’océan sacré .

Et tandis que l’Escarboucle battait sa pulsation cosmique , il entra dans la paix du Royaume sous la Mer , où le temps n’existe plus et où chaque être retrouve enfin son vrai visage .

 

23 - Ils avançaient dans le jardin . Les fleurs s’ouvraient en silence devant eux , mais chacune émettait une couleur et un parfum qui vibraient jusque dans son âme .

- Ici , dit-elle , nul ne peut se cacher . Tout est visible , comme les animaux dont parlait Steiner : leur être intérieur vit au dehors , offert . Les masques tombent . Seule la vérité subsiste . ( 21 )

Il vit soudain défiler des visages connus .

Certains étaient rayonnants , d’autres ternis . Ce n’était pas un jugement , mais une évidence : chacun , sans fard ni mensonge , était vu tel qu’il était réellement .

- Pourtant , reprit-elle , ici , l’intimité demeure . Chacun garde sa chambre secrète ,  là où il accueille qui il veut . L’amour est la clé des portes .

Elle le prit par la main . Le miroir se liquéfia et ils traversèrent ensemble son éclat .
Il se retrouva , stupéfait , flottant bien au-dessus de la terre . Les continents luisaient comme des formes vivantes . Le temps d'un soupir , ils furent à Notre-Dame de Paris dont les pierres chantaient une liturgie muette . Puis , d’un souffle , ils se retrouvèrent sur une planète lointaine , au ciel vert pâle , peuplée de fleurs gigantesques .

- Vois-tu , ici , l’espace n’existe plus . Nous pouvons être en plusieurs lieux à la fois . Nous visitons les planètes comme des voyageurs du silence . Nous accompagnons les vivants , nous inspirons leurs prières , nous portons leurs fardeaux . Mais tout cela ne se fait pas par volonté , cela jaillit de notre union à Dieu . 

Elle s’approcha de lui , son regard , soudain devenu plus grave , refléta dans la glace immense et translucide , à l'intérieur d'un château oublié au milieu de la lande , une enfant de Bretagne qui priait dans une chapelle dont le calvaire était battu par la pluie ... 

( A Suivre )

 

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                                                  ___

Notes :

 

21 - " La Mort , Métamorphose de la Vie " ( Der Tod als Lebenswandlung , 1918 ) conférence de Rudolf Steiner ( 1861 - 1925 ) , théosophe , occultiste autrichien .

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L'ESCARBOUCLE - Troisième Partie - Lux Perennis - VIII - La Porte Etroite .

1 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

L'ESCARBOUCLE - Troisième Partie - Lux Perennis - VIII - La Porte Etroite .
 
L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Troisième Partie

( Lux Perennis )

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII - La Porte Etroite

 

 

 

" La route est longue , pour aller au bout du monde ... " 

J.M.G LE Clézio - " Alma " ( 2017 )

 

" Toute vie est , bien entendu , un processus de démolition ... "

Francis Scott Fitzgerald - La Fêlure ( The Crack Up , 1936 )

 

 

 

 

 

 

 

19 - Jean sentit à peine la morsure de la balle qui lui avait traversé l’épaule . Une chaleur fulgurante l’envahit soudain , suivie d’un froid brutal . Ses jambes cédèrent . La faille s’ouvrit sous lui comme une gueule noire et , dans un souffle de roche et d’écume , il y fut précipité ! Alors , tout se brouilla pour lui . Le grondement de la mer devint une mélodie étrange , profonde , presque liturgique . Autour de lui , des éclats d’images jaillissaient , comme des vitraux brisés , dans le miroir des eaux sombres de Brocéliande où l’odeur des ajoncs brûlés par le vent caressait la silhouette d’un chêne qu’il avait caressé tout enfant . Puis , ce fut Nice et la lumière crue de la Promenade , les soirs d’orage sur la baie , quand il rêvait dans sa petite chambre proche de la voie ferrée où , à travers les vitres qui vibraient comme une cage de résonance , dans la lecture toujours recommencée du livre de sa souffrance intérieure , le bruit métallique des roues d'un train lui avait soufflé qu'une voyageuse l'attendait là-bas , dans l'autre monde . ( 19 )

Mais , comme une photographie saturée de parasites , la beauté de son visage était longtemps restée voilée derrière la bienveillante pénombre tamisée des persiennes , par ces après-midi solitaires d'interminables vacances d'été où une chaleur de plomb paraissant défier toute vie à la surface , elle se tenait devant lui , immobile dans l’éclat de sa clarté subaquatique , belle et grave en son regard , qui avait traversé le temps , lui parlant de son message incompris .  C'était bien elle , pensait-il , cette femme de la première apparition !

Il fallait passer cette épreuve , lui dit-elle d’une voix qui se confondait avec le roulis du train mêlé de la houle des abysses de l'océan . C’était le seul chemin , crois-moi . Aujourd’hui , nous nous rejoignons au Royaume sous les Flots  .

Parlait-elle de ces violents orages qui , sous les imprécations du Mistral sauvage venu de l'ouest , avec ses senteurs capiteuses de tamaris et de cyprès , balayaient avec force la poussière des rues comme les illusions clinquantes des nouveaux riches ? De l'odeur âcre de la pluie , ensuite , qui tombait en déluge , ravinant la terre , et creusant ses rigoles toutes rouges jaillissant sur le bitume fondu ? 

Et de cette lumière crue , éblouissante , chauffant à nouveau le paysage , qui , sous la mer écumante , vous écrasait de toute la puissance d'un soleil impérial ?

Maintenant , la porte étroite s'était refermée derrière lui , le vacarme s’effaçant tandis qu'il glissait , non plus dans un gouffre de roche , mais dans un sanctuaire d’écume et de lumière , vaste nef bleutée . Autour de lui , s’allumaient des gemmes phosphorescentes qui , semblables à des escarboucles , pulsaient comme autant de cœurs vivants ! Le projectile avait , certes , touché son épaule , mais même s'il n’avait senti qu’une piqûre quand le gouffre s’était ouvert sous lui , tandis qu’il chutait , tout s’était accéléré , des scènes de sa vie avaient défilé à une vitesse vertigineuse , des visages , des enquêtes , des rires , des colères , d'innombrables mains serrées , comme si chaque instant , même oublié , cherchait à s’inscrire une dernière fois dans son cerveau ! Et partout , cette impression d’avoir poursuivi une vérité plus grande que lui . 

Il ne s’attendait à rien , ce jour-là , lorsqu'il était monté dans ce bus anonyme et gris du cœur de la ville où il avait senti , à peine assis , pourtant , cette chose étrange glisser en lui , dans ce décor sans grâce du véhicule , depuis les fenêtres grand ouvertes sur le large et sur une nature quasi-luxuriante aux manifestations brutales , presqu'imprévisibles , la vision d'un monde oublié , celui de son enfance .

Le siège usé , la lumière pâle ainsi que les passagers muets , tout lui était devenu familier . Pas dans le détail , mais dans l’âme .

Comme si ce moment du flux temporel appartenait à une autre vie , dans une version plus ancienne où , dans une forme plus subtile de " déjà-vu existentiel " , il avait traversé ce carrefour de bitume et de hasard , non pas une simple impression d’avoir vécu là cette scène précise , mais la sensation profonde que tout un morceau de cet univers lui appartenait d’une manière mystérieuse , comme si il y était retourné plutôt que venu , méditation sur les strates , les identités multiples d'une existence qu’on porte en soi , éternelle fêlure , avec cette capacité intime qu’ont certains endroits , même les plus lointains , les plus banals , de nous révéler des fragments enfouis de nous-mêmes . 

Vivons-nous plusieurs fois en une seule , sans quitter notre corps d'aujourd'hui ? Suffit-il d’un changement de latitude , d’un paysage qui nous regarderait autrement , pour que notre mémoire profonde se réactive ?

Alors , le passé se courbe , le futur s’efface , et le présent devient plus vaste , traversé d’échos et de présences invisibles , comme si le chêne sacré de nos ancêtres projetait ses branches bien au-delà du sol natal , jusqu’aux confins de ce monde . La mémoire familiale devient alors non seulement enracinée , mais aussi transplantée , migrante , universelle . Il y a des lieux qui nous réveillent , des lieux étrangers qui nous reconnaissent comme une pluie tiède sur la peau . Ils ne disent rien d’emblée , ils nous murmurent l’odeur d’un figuier , la moiteur pâle d’une fin d’après-midi , la chaleur insupportable d’une plage d'Afrique sous les pieds nus d’un enfant .

Le tunnel ,  promesse de paix qui vous réchauffe de sa clarté blanche , dense et vivante , et dont les parois vibrent comme si elles étaient faites de musique et de souvenance , est un battement de coeur ,  lumière dans les yeux de la fille du train qui vous raconte , avec le son de sa voix , l'histoire de votre propre vie : 

Tu as marché si longtemps parmi les ombres , mon cher , lui dira-t-elle doucement . Mais il fallait tout cela pour que nous soyons réunis . Viens . 

Puis , le regard s’ouvrira sous l'eau , découvrant l’autre rive . Il entrera dans une immensité claire où l’on respire comme dans l’air qui , n’étant plus un élément hostile , deviendra un temple où les vagues , formant des voûtes mouvantes , des coupoles translucides , brilleront d'escarboucles comme autant d'étoiles prisonnières dans des jardins de corail qui s’étendront en spirales de sel , irradiant de tellement de couleurs que l’œil humain n’en a sans doute jamais connues ! La cité de cristal et de nacre , grandiose cathédrale traversée de fleuves lumineux , s'élèvera au centre , parmi d'autres bâtisses ressemblant à des orgues gigantesques , prêtes à faire tressaillir leurs tubulures veinées d'héliotrope et de prase ! ( 20 )

Des êtres s’y mouvront , silhouettes fluides , mi-humaines , mi-marines , dont la peau vibrera dans l'eau , luisante comme des perles d'écume , ou comme un chant de sirène entrant directement dans l’âme .

20 - Il sentit que ce royaume n’était pas une illusion mais la matrice même de la vie terrestre . Ici , reposaient les vestiges des civilisations englouties , les secrets de l’Atlantide et des druides , le feu originel de l’Escarboucle .

La jeune femme du train l’accompagna jusqu’au Dôme central , où pulsait une gemme gigantesque , cœur battant de la mer . C’était la " Lux Perennis ", la lumière éternelle , source de toute âme .

C’est ici que nous demeurerons désormais , lui murmura-t-elle avec tendresse . Ici se rejoignent ceux qui ont traversé l’épreuve . Rien n’a été perdu de ta vie , de tes combats , de tes échecs !

Ta fidélité y a trouvé sa place . Tu es revenu à la maison .

Alors , Jean comprit que la mort n’était pas une simple fin , mais un passage , et qu’il était désormais , parmi les veilleurs de ce royaume sous-marin , gardien d'un trésor pour l’éternité ! 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Troisième Partie - Lux Perennis - VIII - La Porte Etroite - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." L'ESCARBOUCLE "- Copyright 2025 .

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Notes :

 

19 - CHEMINS D'ÂME MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 5 , 6 ) -Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - mai 2023 - Tous droits réservés . 

20 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , III , 12 , II - Dans le Palais de Cristal - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 
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L'ESCARBOUCLE - Deuxième Partie - L'Affrontement - VII - Franz Keller .

28 Septembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Le Roi Arthur , de Charles Ernest Butler ( 1903 )

Le Roi Arthur , de Charles Ernest Butler ( 1903 )

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Affrontement )

 

 

 

 

 

 

 

 

VII - Franz Keller

 

 

 

" Le soleil du monde s'est couché , qui brillait sur les peuples , le soleil du droit , l'asile de la paix . "

Lettre de Manfred 1er de Sicile à Conrad IV à-propos de la mort de leur père , Frédéric II

 

 

 

 

 

 

 

16 - Il essaya de se souvenir alors des récits épars de son enfance lorsqu'on évoquait parfois près de lui , à la veillée , son aïeule , née Morlaix de Kermadec , d'une famille de petite noblesse bretonne qui , disait son père , avait servi à la cour de la duchesse Anne .

Il savait aussi qu'un de ses ancêtres du côté maternel , Étienne Le Goff , officier de la Garde du Roi , avait été exécuté en 1794 à Nantes pour avoir tenté de sauver une religieuse venue de Compiègne .
Et surtout , qu'un mystérieux codicille avait été découvert dans les papiers de son père , un parchemin scellé portant un lys effacé , avec la devise latine " Lux perennis " ( lumière éternelle ) . 

À l’époque , il n’y avait vu qu’une curiosité d’archives . 

Mais aujourd’hui , ces bribes formaient une trame : sa lignée avait , à différents moments , frôlé le cercle intime de cette pauvre sœur de Louis XVI , Madame Élisabeth , qui aurait ainsi , en désespoir de cause , en confiant l’escarboucle capétienne à une carmélite chargée de la sauver des horribles griffes de sanglants Révolutionnaires , voulu préserver l'âme du trône et de la Monarchie . Plus il y pensait , plus le puzzle s’illuminait . Son arrière-grand-père archiviste au couvent des Carmélites de Nantes n’avait pas seulement inventorié des manuscrits : peut-être avait-il été aussi dépositaire d'un fragment de la carte menant à la pierre ? Le codex ne serait alors qu’un message destiné à transmettre l’existence du joyau sans jamais en révéler l’emplacement exact . 

Et s’il avait rêvé d’Esther , ce n’était sans doute pas uniquement à cause des manipulations psychiques d’un laboratoire : les ondes minérales , comme si le rubis reconnaissait le sang de ceux qui l’avaient jadis protégé , pouvaient avoir activé en lui une mémoire latente , un appel génétique . Il sentit comme une brûlure au creux de sa poitrine , un mélange de fascination , de colère .
Oui , sa famille avait bien possédé ce trésor , ou du moins , peut-être , la connaissance de sa cache . A présent , c’était à lui , vieil enquêteur désabusé , de choisir : laisser ces héritiers de l’ombre déterrer la gemme , ou , s'il voulait reprendre sa garde avant qu’elle ne rallume les ténèbres du Reich infernal , renouer avec le destin silencieux des siens !

Tombant de fatigue sur le duvet moelleux de son lit , Jean ne put que songer à ce légendaire empereur germanique s'endormant , comme Arthur dans son île , au fond d'une grotte thuringienne et qui , selon Novalis , aurait dû offrir au monde , pour le guérir , sa souffrance gravée sur le coeur d'un grenat pétri de sa chair et de son sang . ( 16 )

N'était-ce point la marque d'un énigmatique passé ?

Et puis n'avait-il pas , en fouillant les fiches d'Interpol , découvert que sa propre famille aurait gardé la pierre depuis le Moyen Âge , avant que des membres pro-nazis de la collaboration ne tentent de l’emporter en Allemagne en 1944 ?
Le carnet d’un ancien résistant parlait même d'un transfert avorté à la fin de la guerre et d'une cachette mystérieuse dans un château du Morvan ..., lieu de convergence énergétique . ( 17 )

Il se rappela également que le fragment caché dans la pierre funéraire mentionnait un " crépuscule " sur une petite île servant de repère qui , à marée haute , n'était qu'un rocher mais que les flux d'équinoxe découvraient brièvement , que la " lumière éternelle " pouvait ne pas être  seulement un rayon de soleil , mais une lueur intérieure , une intime vibration que seul un cœur pur pouvait percevoir à chaque solstice d’été , le soleil couchant s'y glissant , formant un couloir lumineux qui , prolongé , venait frapper l’entrée d'une grotte . Et c'est ce rayon qui , semblait-il , méritait le nom de " Lux perennis " ! Il se mit presqu'à rire de faire semblant de croire à ce qu'il appelait souvent des " racontars de bonne femme " !

Pourtant , réfléchit-il , dans la tradition bretonne , c'était aussi ce " Roi perdu " qui était l’héritier caché du duché , endormi avec son peuple comme la Belle au Bois Dormant . Ne disait-on pas que seule une lumière éternelle ( Lux perennis ) venue de l'espace réveillerait la Bretagne à l’heure du grand retour ? Mais ce mythe trouvait également son écho troublant dans la légende germanique du " Kyffhäuser " , en Thuringe , où l'on racontait que l’empereur Frédéric Barberousse dormait sous la montagne et se lèverait un jour pour sauver l'Empire . Il comprit alors la logique glaciale des conspirateurs : parmi les descendants de cette lignée , il devait être comme Frédéric II , surnommé " Stupor Mundi " , un précurseur de l'empereur endormi , le dernier vivant possédant à la fois la mémoire policière capable de décrypter efficacement un réseau , mais aussi tous ces fragments d’archives familiales . Peut-être que leurs rêves induits n’étaient qu’un moyen de fouiller son inconscient pour extraire ce qu’il ignorait savoir ? , se demanda-t-il avant de sombrer dans une certaine mélancolie . ( 18 )

17 - La nuit était lourde , gorgée d’embruns . La marée d’équinoxe gonflait l’océan comme une bête impatiente . Il arriva essoufflé au crépuscule . Jean Morlaix scrutait la houle depuis la plate-forme rocheuse qui dominait l’îlot . Celui-ci , " Enez ar Roc'h " était à peine mentionné sur les cartes . Pouvait-il s'agir de la fameuse " Île Neuve " ?
Derrière lui , quelques membres du groupe " Kalon Vreizh " , parmi les plus sûrs , se tenaient en silence . Ils portaient des parkas sombres de combat , mais autour du cou , chacun avait noué un mince cordon de laine verte , signe de leur serment de gardiens . 

Le soleil déclinait . Chaque minute comptait . La paroi était humide . Il fallait la descendre en rappel improvisé avec de vieux bouts de cordages trouvés dans la casemate .

En contrebas , l’écume s’engouffrait dans la faille . L'entrée , presqu'invisible , n’apparaissant que lorsque le soleil du crépuscule éclairait une fissure verticale , minuscule , comme une bouche d’ombre , nichée derrière un amas de goémons . Le dernier rayon rougeoyant s'engouffra dans l'interstice , et frappant la dalle au moment où ils parvenaient au seuil , dévoila un relief gravé d'un symbole rosicrucien , croisement de deux cercles , qui indiquait l’emplacement du reliquaire , signe discret laissé par l’ancêtre alchimiste . À l’intérieur , l’acoustique amplifiait le ressac ; chaque vague résonnait comme une note d’orgue , rappelant la " musique des sphères " chère à Saint-Pol-Roux , dont la demeure était toute proche , ainsi qu'à Novalis , le poète romantique .

Sous leurs pieds , dans une crypte naturelle creusée par les vagues , reposait donc le précieux trésor , scellé depuis des siècles dans une dalle d’ardoise . Chaque seconde comptait : dans moins de vingt minutes , la mer remonterait , noyant l’accès . Jean s’écorcha aux arêtes de granit , mais continua . Dans son sac , la clé codée du grimoire cognait contre ses côtes comme un rappel du temps qui file !

Au loin , la mer s’illuminait par intermittence sous la lune voilée .
Il reconnut soudain le clignotement régulier de lampes de plongée .
Ils viennent ! " , leur lança-t-il dans un souffle .

18 - Des bulles éclatèrent dans la passe étroite .
Un premier plongeur surgit , puis un deuxième , leurs combinaisons noires luisant comme la peau d’un phoque .
En quelques secondes , ce fut une escouade entière qui jaillit de l’eau , huit hommes casqués , tous équipés d’armes à feu sous-marines .
Sur leur poitrine , une marque : un cercle blanc traversé d’un éclair runique . L
es hommes d’Ister étaient là , cagoulés .

Leur chef , un certain Franz Keller , ôta son masque .

- Commissaire ... nous vous suivons depuis Nantes !

Deux silhouettes émergèrent alors de la brume salée , armées de pistolets équipés de silencieux , leurs lampes frontales braquées sur lui .

La  Lux Perennis " nous appartient . Remettez la clé !

Le commissaire recula , dos au vide , mais un coup de vent détourna le faisceau lumineux des assaillants , tandis qu'un vif éclat de soleil , traversant l’entre-deux des rochers , frappa la paroi derrière lui .
Dans la seconde d’aveuglement qui suivit , il se jeta dans la fissure étroite , roulant dans l’eau glacée .

- Vous cherchez la lumière éternelle , commissaire ? Sachez quelle appartient désormais à Ister ...

Ses yeux d’acier reflétaient la pâle clarté de la lune .

Remettez nous la pierre ! Elle appartient à l’Europe véritable , lança-t-il d’une voix grave qui portait au-dessus du fracas des vagues . Mais , la gorge serrée , Jean lui répondit qu'elle n'appartenait qu'à la mer et venait du ciel . 
Vous ne trouverez ici que ce que votre cœur mérite !

Keller esquissa un sourire glacé , faisant signe à ses hommes qui se mirent en formation , marchant pas à pas sur la roche glissante .

Derrière , Maëlys , la doyenne du groupe " Kalon Vreizh " , entonna une complainte bretonne qui roulait comme le ressac :

" Kalon Vreizh , digor da sklerijen ..."
Cœur de Bretagne , ouvre-toi à la lumière ...)

Les autres reprirent en chœur .
Le vent sembla se lever avec leur voix , la houle redoubla .
Sous leurs pieds , la dalle du reliquaire vibra , émettant un son grave , presque un battement de cœur .

Les hommes-grenouilles d’Ister , surpris par la résonance qui leur frappait la poitrine comme un tambour invisible , se montrèrent embarrassés .

- Mais avancez ! , leur ordonna Keller .

Alors que les néo-nazis progressaient avec peine , une lueur rouge sombre se mit à filtrer des interstices de la dalle .
Une brume chaude s’éleva , comme si la roche respirait .
Jean sentit la vibration remonter le long de ses jambes , pénétrant sa cage thoracique .
Les mots " Lux perennis " jaillirent de ses lèvres presque malgré lui .

La pierre lui avait répondu .
Une pulsation de lumière écarlate éclatait soudain , plus vive qu’un éclair !
L’océan sembla retenir son souffle . Les lampes des plongeurs vacillèrent , plusieurs hommes reculèrent , comme aveuglés ! 
Le chef tenta de lever son arme , mais une secousse parcourant soudain la roche , l’eau jaillit d'entre les failles , l’enveloppant d’un nuage de vapeur .
Le métal de son pistolet , qu'Il lâcha en hurlant , lui brûla les mains !

Le regard fixé sur lui , l'ex-policier fit un pas en avant .

Le Ciel ne sert qu'un maître , lui dit-il calmement . L'océan reconnaît seulement la lumière qui ne cherche pas à le posséder .

Puis , un grondement sourd monta des profondeurs , faisant surgir une lame plus haute que les autres , qui se dressa derrière le commando .
En un instant , elle les submergea , les projetant vers la passe d’où ils venaient .
Les lampes disparurent dans un tourbillon d’écume !

À l’intérieur , un couloir s’enfonçait . Les rayons du couchant , filtrant par la brèche , se réfléchirent sur les parois ruisselantes , mettant le feu à la dalle circulaire incrustée d’opales et de quartz , disposées en rosace .
Au centre , le petit médaillon d’argent portait la gravure : " Lux Perennis "

En approchant la clé codée du grimoire , le commissaire déclencha un mécanisme ancien :
la rosace s’illumina d’une lueur bleutée , semblable à une aurore boréale miniature .
Le bijou – un cristal vermeil incandescent – apparut dans sa niche secrète , irradiant une chaleur incroyablement douce ! Puis , on entendit le sifflement d'une balle à travers la grotte , un cri jaillit soudain de la gorge de Maelys quand elle vit une petite tache rouge sang sur le vêtement militaire de son cher ami qui tomba comme un bloc dans la faille !

Ensuite , lorsque celle-ci se referma , seul le silence resta , rythmé par le battement sourd de l’Escarboucle et le clapotis des vagues ...

 

 

 

FIN DE LA 2ème PARTIE

 

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DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Deuxième Partie - L'AffrontementVII - Franz Keller - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." L'ESCARBOUCLE "- Copyright 2025 .

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Notes :

 

16 - Novalis ( 1772 - 1801 ) :  " Heinrich Von Ofterdingen " ( 1802 , posth. ) III , "L'Escarboucle " ( Der Karfunkel ) .

17 - LENACycle de l'Etoile XI ) , I , 6 - Le Clos-Du-Loup - Copyright Dan Ar Wern / Edilivre - janvier 2021 - Tous droits réservés .

18 -

Vieilles légendes germaniques

Frédéric 1er Barberousse ( 1122 - 1190 ) et Frédéric II Hohenstaufen ( 1194 - 1250 ) - Monument-Souvenir de Bruno Schmitz ( 1858 - 1916 ) en l'honneur du héros légendaire endormi dans une caverne des montagnes du Kyffhaüser ( Thuringe ) .

 

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