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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .

22 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .

 

      

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

V - La Fin d'un Rêve

 

 

 

 

" L'amour est le seul rêve qui ne rêve pas  " .

Paul Fort ( 1872 - 1960 ) , Ballades Françaises , " Sur Les Jolis Ponts De Paris " .

 

 

 

  

 

 

12 - " Tout est mouvement , tout est danse ... " , avait-elle marmonné , avant son réveil , à l'infirmière qu'elle regardait à peine , semblait-il , à moitié ivre , doutant si ce qu'elle venait d'entendre et de vivre , ce qu'elle avait écouté d'un air étrange et si envoutant , pouvait être vrai , ayant sans doute cherché la vérité de son propre visage au miroir impénétrable des mensonges de sa vie ... Mais maintenant ? La vraie Heidi  ? Elle avait juste cherché à vouloir vivre à la place d'une autre , un peu comme un coquillage se laisse caresser par le feu clignotant d'une étoile sous-marine avant d'être englouti , contemplant le flamboiement rosâtre du crépuscule , frissonnant de désir , ayant laissé le faisceau lumineux , reflet d'un ange immortel , se jouer tendrement de son ombre , la mêlant à la sienne ... Illusions de l'amour ? ... L'éclairage d'une chambre blanche , traversée par le battement régulier d’un moniteur et l’odeur sèche des antiseptiques , la réveilla brutalement . C'était une grosse lampe d'hôpital , toute ronde , incrustée de six boules lumineuses qu'elle avait prises , dans son cauchemar , pour les lunes d'Auberive . mais elle ne se souvenait plus de rien . Des ombres floues , vêtues de blouses blanches , le dévisagèrent comme une bête curieuse . Dans son demi-sommeil , elle glana quelques bribes de phrases :
" ... La piqûre a dû lui faire beaucoup de bien ... Il lui faudra une douche froide ... "

Tout ceci , après tout , n'avait été qu'illusions . Dehors , le soleil brillait de toute la force d'un nouveau printemps ! Par la fenêtre de sa chambre , elle aperçut une petite fille jouant toute seule sur la pelouse . Chose étrange , elle crut se revoir lorsqu'elle était gosse , elle qui , par la suite , avait brillamment réussi son concours d'entrée au Conservatoire pour faire des études de piano ! 

En Bretagne , sous le nom de Lena Kermeur , elle était devenue professeure de piano indépendante donnant des cours à domicile , parfois chez ses élèves , parfois chez elle , activité en cohérence parfaite avec sa formation , mais aussi , avec sa volonté d'approcher le dénommé Roll Trevern ( alias Rolf Rieux ) dans le but de savoir où était cachés les codes de l'Etoile Rouge que celui-ci avait dérobés . Car la musique n’avait jamais été seulement , pour elle , qu'un refuge , mais un outil . Dans les années de la RDA , on lui avait enseigné cet instrument non pour la scène , mais pour la structure : lecture horizontale et verticale , mémoire polyphonique , dissociation des mains , domaines de compétences directement transférables au renseignement . La musique lui avait été apprise aux fins de recherches de microfilms dans les partitions du maître ! 

A travers la vitre , elle reconnut le ciel de Brest , bas et mouvant , qui s’écrasait contre la mer grisâtre avec sa lumière pâle , insistante , glissant sur les murs blancs de la chambre . Brest . Elle le sut sans qu’on le lui dise . Le port , la base , l’Île Longue tapie derrière ses silences militaires . Rien ne lui était étranger , rien , non plus , n’était tout à fait réel .

Puis , on lui dit qu’elle avait été retrouvée inconsciente , dérivant entre veille et fièvre . On parla de choc , d’épuisement , d’un délire post-traumatique . Elle acquiesça . C’était plus simple . Elle écouta ,  fit mine d'acquiescer , sachant que l'art consommé de l’ellipse fait partie du langage des médecins comme il est celui des états dont les mots officiels possèdent cette vertu de fermer les portes sans bruit .
Pourtant , tout au fond d'elle , quelque chose de vivant persistait , comme ces images d'une noce interrompue qui ressemblait à la musique fragile d'une symphonie inachevée où dormaient certains microfilms , promesse d’une arme dont l’activation pouvait signer la fin d’un monde déjà en train de disparaître .
Elle revit aussi le manoir de Kernoël et sa longue traversée vers l'île d'Arz immobile , cernée par les eaux . ( 14 )
 
13 - La porte s’ouvrit sans bruit .

Vous êtes réveillée ?

Elle n’eut pas besoin de tourner la tête .

- Oui , depuis longtemps , Rolf .

Un silence . Elle sentit qu’il hésitait . Ce n’était plus le prof timide ou le diplomate sûr de lui des salons feutrés , ni l’époux charmant du mariage trop parfait qu'elle avait cru vivre . C’était quelqu’un d’autre , un homme qui venait poursuivre son enquête.

- Je nétais pas certain que vous accepteriez de me voir .

Il s’approcha lentement . Son regard passa du moniteur à son visage , comme s’il cherchait des preuves , des fissures ...  Le silence se tendit alors , non de menace , mais d’attente , lorsqu'il s’assit près d'elle qui pensait qu’elle avait déjà vécu cet instant dans une autre vie , à travers d’autres femmes , Lola , Angela , des noms qu’il n’avait peut-être jamais prononcé , mais qu’elle connaissait pourtant .

Puis vinrent des mots qui avaient du mal à franchir ses lèvres , presque trop dépouillés , méfiants , pour lui présenter ses excuses , malgré  la peur qu'il avait pu ressentir de cette lumière qu’elle portait sur elle sans le savoir . 

- Urlicht , dit-il enfin , comme on ose enfin nommer une évidence trop longtemps tenue secrète .

Elle l’écoutait sans l’interrompre , attentive moins aux faits qu’à ce qu’ils révélaient , comme cette impossibilité d’aimer sans calcul lorsqu’on a passé sa vie à en faire . Avait-elle seulement rêvé à l'amour dans son regard , pendant cette fraction de seconde où il semblait céder la place aux intrigues ?

Il secoua la tête.

- Avoir cru que je pouvais vous séduire avait un risque .

Le battement de cœur , sur l’écran de contrôle , poursuivait son rythme indifférent .
- Je vous aime , Heidi . Et cest précisément pour cela que je me suis méfié .
- Les microfilms ? l'interrogea-t-elle en laissant échapper un souffle presque rieur parce qu'elle avait réussi à s'en souvenir

- Vous savez ce que jai compris ici ? poursuivit-elle avec l'assurance d'avoir enfin retrouvé un peu de mémoire .

- Dites-moi .

- Que même si javais fait activer cette arme , elle aurait éclaté dans un monde qui nexistait déjà plus . Le mur était tombé , les lignes avaient bougé . Nous aurions été les derniers à croire encore à lancien théâtre .

Il la regarda longuement.

- Alors , pourquoi cette arme , à Kernoël ?

- Parce que je voulais voir jusquoù vous iriez , lui répondit-elle en soutenant amèrement son regard .

- Vous avez vu ?

- Oui , grâce à cette lumière brillante dont vous parliez , l'Urlicht , qui parvient à éclairer toutes ces ombres de notre passé 

- Vous incarniez , mais sans leur fatalité , les femmes qu'avant javais aimées , lui avoua-t-il  pour finir en hochant tristement la tête . Angela était imprévisible , et Lola déjà perdue avant même que je la rencontreCétait insupportable Alors , peut-être pour ça que j'ai cherché en vous le défaut de ma cuirasse

14 Heidi réfléchissait .

Peut-être que son rêve n’était pas ce qui l’avait conduite ici ?
Elle se redressa légèrement .

- Je ne vous ai pas faite enlever pour vous faire taire , essaya-t-il de se justifier . Je voulais juste vous protéger .
- De moi ?
- De ce que nous serions devenus si vous aviez été jusquau bout !

- Rolf ... si le monde doit être pacifié , ce ne sera ni par loubli , ni par le renoncement . Vous avez choisi à ma place .

Elle ferma les yeux , réalisant que l'amour ,  désormais , ne pouvait plus être une simple conquête ni le prétexte d'une quelconque protection , qu'il fallait construire un nouveau monde en acceptant de ne pas en être le centre . 

Il se leva .

- Je ne suis pas venu vous reprendreni vous surveiller . Je suis venu vous dire que je vous aime encore . Même si cela ne mène nulle part .

- Vous savez ce qui est inattendu ? , le rassura-t-elle .

- Dites-moi .

- Cest que je vous crois .

Dans l'apparente immobilité du jour finissant , ce ne fut pas la fin d'un rêve , mais elle sentit naître en elle , avec cette petite clarté sans promesse du crépuscule sur la blancheur des murs , ce qui restait de son visage , sur le miroir de la chambre , vestige  d'un monde cherchant encore sa forme après l’effondrement d'anciennes certitudes .

- L'oeuvre demeure ouverte , soupira-t-elle . Ce n'est pas une fin !

 

FIN

 

                                             ___

 

 

DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - Epilogue - La Fin d'un Rêve - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

                                             ___

Notes :

 

14 ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) , II , 12 - Le Cygne Noir et 13 - Le Mystère de l'Île d'Arz ( Epilogue ) - Copyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - Tous droits réservés .

 

 

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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - IV - Mission d'Herena .

21 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - IV - Mission d'Herena .

 

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

IV - Mission d'Herena

 

 

 

 

Ce rêve de partage , de complétude d'une réponse trouvée dans la solitude de la plage n'était donc qu'un reflet dans un miroir Le miroir s'était brisé ... " 

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , II , 6 - Le Temps Passe . *

 

 

  

 

 

8 - Ils tont choisie comme réceptacle , dit Aelyra sans détour , portant bien haut la coupe en or massif , habillée d'une longue robe de satin noir serrée , à la taille , et d'une écharpe aux couleurs de sang ! Parce que ton esprit pouvait survivre à linterface !

Heidi serra les poings . Rolf , Lola ... , se rappelait-elle .

- Oui , confirma la princesse , tu étais à la fois son ancienne épouse et sa maîtresse , deux consciences résiduelles partiellement conservées dans des matrices neuronales interdites .
Elle fixa la sirène avec une intensité presque douloureuse .

- Ils ont greffé en toi une portion du cerveau de l'une et les schémas mnésiques de lautre ,
un acte que même les "
Veilleurs " nauraient jamais osé accomplir .

- Je croyais que cétait pour survivre ... , lui rétorqua la captive , pour réparer ce quils avaient détruit .

- Cétait surtout pour tester une hypothèse , corrigea un conseiller . Que lURLICHT pouvait bien être morcelé , et que ses différents fragments pouvaient être aussi recomposés dans un être vivant . Mais la raison principale , sous le prétexte d'une mission de formation dans une unité française , était que vous retrouviez les codes permettant d'activer leur arme secrète redoutable , à partir de la partition d'un musicien germanique emportée par votre "ex " en fuite 

- Et , rajouta la souveraine , malgré la haine sourde que tu éprouvais pour celui qui t'avait laissé froidement mourir en temps qu'épouse , tu avais ressenti paradoxalement aussi dans ta chair un grand manque , celui d'une maîtresse pour son amant perdu !

Un lourd silence tomba .

- C'est à ce moment-là que nous avons compris , reprit la " Dame Blanche " , Aelyra ,  que léquilibre était rompu , et que la surface nétait plus capable de contenir seule ce quelle manipulait sans en connaître la nature exacte .

Elle posa solennellement la main sur sa poitrine .

- Les " Veilleursperçurent alors les dissonances de la planète . Lorsque leurs expériences  commencèrent , locéan s'était mis à changer de rythme , les courants furent troublés , le tocsin résonna sur les anciens sanctuaires de Kêr-Ys !

Un autre membre du Conseil , Akor , s’avança .

Vous êtes devenue un point de convergence , Herena , une interface entre ces fragments de lURLICHT , seuil dimensionnel , et la mémoire de l'humanité .

Celui-ci , dont la coupe en or , posée au centre de la salle , projetait un faisceau plus étroit , plus précis , frappa le front de Heidi . Elle sentit immédiatement une mise en ordre : les voix intérieures , les souvenirs greffés , les tensions , tout retrouva sa place !

- Ce que les puissances de l’Est ont voulu faire de notre force en la détournant pour bâtir un instrument de mort , dit la souveraine , lURLICHT va le changer en harmonie .

- Alors ... demanda Heidi , inquiète , à voix basse , je ne pourrai plus être contaminée ?

Aelyra secoua lentement la tête .

- Voyons , ma chère fille , au contraire , maintenant , vous serez raccordés 
Puis , elle se tourna vers le Conseil .

- Cest pour cela que nous sommes intervenus

Pas pour juger ton action , bien sûrmais pour empêcher que dautres fragments ne soient utilisés contre la Terre .

Elle revint , plus douce , aux côtés d'Herena .

- En toi , tu portes , désormais , ce que nul autre ne peut porter sans se perdre .

Les " Veilleurs " ne tont pas choisie , c'est l'URLICHT qui t'a reconnue malgré la profanation .

La pierre pulsa , claire et stable .

- Maintenant , conclut la présidente , il te faudra réunifier ce qui a été fragmenté afin que les miroirs ne puissent plus jamais devenir des armes !

Heidi releva la tête .

- Et si les puissances de lEst recommencent ? , lui demanda-t-elle , tandis qu'un léger sourire empreint de gravité passait sur le visage de sa mère .

- Alors , pour la première fois depuis la chute de lAtlantide , les " Veilleurs " ne resteraient pas dans l'ombre ...
Le Trident gravé au sol s’illumina . La mer venait de choisir son camp ...

 

9Celle qui , en effet , sur les instructions d'autorités supérieures de l'armée , avait été entraînée de force à la base d'Arzamas , en Nouvelle-Zemble , afin d'y subir une opération chirurgicale au moyen du minerai inconnu , fut ensuite subjuguée par cette indescriptible vision pénétrant tout son être de la mémoire d'Angela qu'on avait réussi à lui transplanter ! Lorsque celle-ci parut enfin sur les ailes déchaînées d'un vent de tempête , elle fit scintiller son oeil plein de feu à la surface de ces marais obscurs dissimulant , au plus profond de gouffres insondables , de terribles engins de mort ! La Porte de l'Esprit s'était ouverte , pourtant , laissant apparaître sous les eaux la splendeur divine ! ( 8 )

" Il y a une fissure en toute chose , murmurait la sirène , et c'est ainsi qu'entre la Lumière ... " ( )

Elle avait cru voir alors , quittant soudain , malgré l'interdiction , sa chambre d'hôpital pour mieux les regarder depuis la fenêtre d'une Tour subaquatique , les cavaliers de l'Apocalypse dans le miroir des flots en ébullition . C'est à ce moment précis que la malédiction s'était accomplie , songeait-elle , quand la vraie mission qu'elle devait accomplir , loin des fausses merveilles d'un univers déchu , lui fut révélée , brisant son coeur , en même temps que se fissurait de toute part le miroir suspendu au mur , dans lequel se reflétait la corruption de la Terre !

- La malédiction sest abattue sur moi ! ,  s’écriait celle qui , semblable à Elaine , tentait de s'enfuir au loin sur une rive du lac où elle pourrait enfin trouver une barque de secours . Mais d'où surgissait cet autre héros vêtu d'un manteau vert luminescent qui s'élançait déjà courageusement dans l'eau boueuse pour tenter de sauver la pauvre créature manquant de s'y noyer ? ( 10 

- Tu en as trop vu , lui dit cet inespéré compagnon d'infortune . Sache que je viens d'un autre monde et que je protège à leur insu tous ceux qui ont une tâche à y accomplir . ( 11 )

Alors , ce dieu de l'onde , roi pêcheur des profondeurs guettant ses chercheurs de perles dans son palais de cristal au fond d'un insondable précipice de l'immensité céleste se mirant en elle , ressemblait-il à mon frère jumeau ?

" La création , lui dit-il , est pleine de formations vertigineuses ! ( 12 )

" Plongez ! , recommande saint EphremTirez de l'eau la pureté qui s'y trouve cachée , ce bijou dont est sortie la couronne de la divinité ! " ( 13 )

10L'Annonce de Roll Trevern , sur le journal , avait été d'une sobriété presque anachronique :  Cherche professeur de piano . Cours de reprise et perfectionnement . Discrétion certaine .

Pour n’importe qui , une simple offre locale . Pour Heidi Moser ( alias Lena Kermeur ) , une anomalie révélatrice . Le mot " discrétion " s'avérait inutile , commercialement absurde . Sauf s’il ne s’adressait pas à quelqu'un d'ordinaire . Elle y reconnut une tournure ancienne , issue des réseaux culturels utilisés comme zones de contact à la fin de la " Guerre Froide " .

Elle répondit . Pas immédiatement . Mais elle attendit trois jours - délai conventionnel - avant d'envoyer un message bref , neutre , sans emphase , proposant une rencontre au client , non formelle , mais avec des mots choisis . Ce glissement subtil constituait le véritable test . Et l'intéressé comprit , sans doute , qu’elle n’était pas venue simplement pour enseigner , quand , ce jour-là , assis côte à côte au piano , ils jouèrent un " lied " composé par Mahler à quatre mains . La musicienne , sans rien dire , avait , elle aussi , décidé de le revoir  , partageant cet espace où les mots devenaient inutiles , parce qu'ils se connaissaient déjà si bien , réalisant que leur intimité se construirait si vite à travers les " adagios " et les silences , les reprises , les erreurs volontairement laissées en suspens , jusqu'à un aveu final mouillé de tant de pleurs et de regrets de la part de cette charmante agent venue du froid !

 

11 - Ensuite , au sens ordinaire , ils ne devinrent pas tout de suite amants . Pour Heidi , en effet , Rolf représentait une chose rare : quelqu’un devant qui elle n’avait pas besoin de devenir Lena Trevern en reniant Heidi Moser . Cela l'avait rendu vulnérable . Elle le savait . Pourquoi , alors , ne pas utilement récupérer les fameux codes d'activation de l' " Etoile Rouge " , cachés dans la partition du maître , auprès d'un agent de l'ex-RDA chargé de les dissimuler en Bretagne ? Mais la seule victoire qu'elle avait remportée , c'était précisément d'être encore en vie !

- Tu sais , j'ai eu l'impression d'être allée dans un autre monde ... Mon Dieu , c'est ce qu'ils voulaient , n'est-ce pas ? Juste se servir de moi pour voler le code ! , s'était-elle écriée bouleversée , le serrant fortement dans ses bras .

- Qui a dit déjà que " tout homme est deux hommes , mais que le véritable , c'est l'autre ? " , lui répondit-il alors dans un dernier sourire devant l'autel de leur mariage avant qu'elle ne disparaisse en un éclair , brutalement foudroyée à la sortie de la messe ! 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) IV - Mission D'Herena - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

 

8 - ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) , I , 3 - Le Château RougeCopyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group .

9 - " There's a crack in everything , 

       That's how the light gets in ... "

paroles d' " Anthem " ( 1992 ) , chanson de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) , dans son album " The Future " , copyright 1992 Leonard Cohen - Sony Music Entertainment Inc. / Columbia - All rights reserved .

10 - Dans le cycle arthurien , Elaine la Blanche , décrite comme ayant une chevelure d’or qui envahit ses épaules en lourdes vagues , meurt d’un amour à sens unique qu’elle portait à Lancelot . Son histoire a inspiré à Tennyson son poème " The Lady of Shalott ".

11 - Al-Khidr , " L'Homme Vert " du soufisme coranique - " L'Histoire Secrète du Monde " , 20 - L'Homme Vert des Mondes Cachés . ( The Secret  - History of The World , 2007 ) , de Jonathan Black .

12 - " Les Travailleurs de la Mer " ( 1866 ) , 2è Partie , III , 3 - La Mer et le Vent , Victor Hugo .

13 - Prière de Saint Ephrem le Syrien , docteur de l'Eglise ( 306 - 373) .

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .
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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - III - La Salle des Veilleurs .

16 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - III - La Salle des Veilleurs .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

 

III - La Salle des Veilleurs

 

 

 

 

Dire le Graal est vain ,

  Vers lui ne s'ouvre aucun sentier ,

  Et nul ne peut trouver la route

  Qu'il n'ait lui-même dirigé son chemin ... "

Richard Wagner - " Parsifal " , Acte I .

 

  

 

 

5 - Le Rayon vert déclencha la rupture en heurtant la surface glacée du miroir . Heidi fut arrachée à la réalité , puis projetée soudain dans un tourbillon d’eau et de poussière si dense qu’il semblait absorber la lumière elle-même . Cela ressemblait un peu à une déflagration , mais silencieuse . Tout était obscur . Elle voulut crier , mais aucun son ne put franchir ses lèvres . 

La pression liquide , mouvante , écrasante , l’entraînait toujours plus loin dans un gouffre sans contours , l’enveloppant seule , comme si le monde se repliait sur elle-même .

Puis , peu à peu , la panique céda la place à l’étrangeté . Elle comprit qu'elle respirait . Non par ses poumons , constatait-elle avec stupeur , mais grâce à des branchies frémissantes le long de son cou . Son corps , bizarrement , s'était métamorphosé . Ses jambes , fondues en une puissante queue écailleuse , s'irisaient de reflets nacrés . Quant à ses bras , plus souples , qui fendaient l’eau avec une aisance instinctive , on aurait dit qu'ils ressemblaient , maintenant , plus à des nageoires .

Tout autour d’elle , une faune aquatique se déployait : silhouettes bioluminescentes , bancs de créatures translucides , formes anciennes dont les yeux intelligents l’observaient sans crainte .

Elle vit une lueur , au loin , qui , l'attirant comme un appel muet , la conduisit vers une clarté diffuse , traversant des arches de pierre englouties , des colonnes de corail noir . C’est alors qu’apparut la créature , mi-poisson , mi-ange , au corps fuselé couvert d’écailles pâles , dont les membres , consistant en deux ailes diaphanes , lui servaient pour se mouvoir , et dont on sentait que le visage , presque humain , d’une beauté grave et intemporelle , exprimait , par un regard brillant d'intelligence , une sagesse très ancienne . Elle invita , sans parole aucune , la jeune sirène à la suivre afin de traverser , ensemble , ces eaux profondes jusqu’à un palais colossal , dressé sur le lit de l’océan comme un vestige d’un âge oublié , dont les tours élancées s’élevaient dans la pénombre bleutée , incrustées de symboles mouvants . Devant une immense porte en glaces de cristal transparent dont les multiples dorures figuraient tridents et dauphins lançant des flammes écarlates , deux gardes gigantesques , mesurant au moins quatre mètres de hauteur , tout vêtus d'azur , se tenaient immobiles , mi-humanoïdes , mi-pisciformes , faisant majestueusement onduler , sur leurs appendices caudaux , les peaux d'écaille striée de motifs marins de leurs puissants torses sculptés . Leurs regards , à la fois bienveillants et implacables , se posèrent sur Heidi comme s’ils jaugeaient non son corps , mais ce qu’elle était devenue .

Ensuite , sur ordre de son compagnon , les battants de la porte commencèrent de s’entrouvrir , dévoilant un paysage inimaginable où de grands miroirs incandescents prolongeaient à l'infini la vision d'un palais aux colonnes de porphyre scintillant de mille feux , centre d'une ville immense avec ses canaux , ses artères bordées d'arbres gigantesques poussant sous des voûtes inaccessibles ! La métamorphose , comprit-elle alors , ne faisait que commencer !

6Dans l'obscurité , elle suivit son guide , remplie d'inquiétude , le long des parois rouge sombre d'un couloir tortueux très humide et finit par se retrouver bientôt devant l'entrée majestueuse d'un nouveau monde extraordinaire , une citadelle sous-marine aux tentacules innombrables ! Des avenues liquides , mêlant géométrie sacrée et courbes organiques , louvoyaient entre des édifices aux formes impossibles dont les structures paraissaient à la fois minérales et vivantes , tout incrustées de nacre , d’orichalque et de pierres translucides pulsant une lumière douce . Des jardins d’algues monumentales , baignés d'une lumière diffuse , ondulaient lentement sous des sphères bioluminescentes suspendues comme des constellations captives .

Partout , des êtres aquatiques , circulant en silence , aux silhouettes élancées , créatures hybrides , peuples de la mer dont les regards portaient la mémoire d'un âge englouti !

Elle avançait sans effort , portée par des courants maîtrisés , tandis que son mentor lui ouvrait le passage . À mesure qu’elle progressait , sentant une résonance nouvelle en elle , comme si la cité reconnaissait sa présence , la marque du Trident revenait sans cesse , gravé à de multiples reprises dans l’architecture : trois pointes , trois axes , trois royaumes . L'eau , la terre ... et ce qui se trouvait au-delà , peut-être , songea-t-elle ? 

Soudain , leur chemin s’inclinant vers les profondeurs , les deux voyageurs quittèrent les quartiers lumineux de la ville pour emprunter la voie d'une monumentale descente taillée dans la roche abyssale où la lumière se faisait plus rare , plus concentrée . Des glyphes anciens , révélant des scènes figées dans la pierre , animées d’un éclat intérieur , s’illuminaient à leur passage : la splendeur d’Atlantide avant la chute , le déchaînement des eaux , les vaisseaux de lumière quittant la Terre ... et ceux qui , sans doute , y étaient restés , réfléchit-elle ! Sans qu'on le lui dise , elle commençait à comprendre !

La descente s’acheva devant une faille monumentale dissimulée derrière une paroi d’eau sombre . À un signe de son compagnon , la surface liquide se fendit , révélant un passage circulaire . Au-delà , s’ouvrait une salle souterraine , creusée dans le socle même de la cité , " La Salle des Veilleurs ", qui était vaste , presque écrasante , et dont le plafond , perdu dans les ténèbres , constellé de points lumineux rappelant un ciel nocturne inversé , semblait invisible . Au centre , le sol circulaire était encore gravé de ce même symbole du Trident , si ancien qu’il semblait faire partie de la roche elle-même . Autour , disposés en demi-cercle , se tenaient les membres du Conseil spécial .

Ils étaient peu nombreux , mais leur présence emplissait l’espace . Leurs formes variaient , certains conservant une apparence humanoïde , d’autres portant les marques de profondes adaptations marines . Mais tous dégageaient une autorité calme , presque écrasante , comme si le temps lui-même se courbait devant eux . La présidente , avec , sur la tête , une couronne flamboyante formée de cristal et de corail , trônait , majestueuse , en leur centre , mais , dans ses yeux globuleux , d’une clarté pénétrante , Heidi crut percevoir une autorité bien plus grande ! Alors , pour la première fois depuis son passage à travers le miroir , elle comprit que sa métamorphose n’était pas un accident , qu'elle avait été appelée par la souveraine !

 

7 - Et lorsque celle-ci , se leva , montrant sa taille immense , le silence parut se densifier davantage .

- Je suis Aelyra , dit-elle enfin .

Sa voix ne résonnait pas seulement dans l’eau , mais dans la pierre , dans la chair , dans l’esprit même de Heidi .
- Je suis cousine d'
Antinéa , notre héritière partie dans l'espace lorsque lAtlantide sombra . ( 4 )

Puis , elle désigna le centre de la salle .

Là se dressait un autel circulaire , taillé dans un cristal sombre veiné de lumière . Au-dessus , suspendue comme si aucune force ne la retenait , brillait , à l'intérieur d'une coupe translucide , une pierre d’une pureté irréelle qui n’émettait pas qu'une simple clarté , mais battant comme un coeur  d'une vibration lente , primordiale , révélait une présence vivante !

- LURLICHT, murmura la princesse . ( 5 )
- La Lumière Originelle , ajouta un autre membre du Conseil .
- La première étincelle , qui précéda même les étoiles d’Auberive .

Heidi sentit son cœur battre plus vite . À mesure qu’elle s’approchait , la pierre semblait lui répondre . La lumière pulsait , plus vive , plus chaude .

- Pourquoi suis-je ici ? demanda-t-elle d'une voix tremblante mais ferme .
- Je ne suis quhumaine , après tout … 

Sur le visage d’Aelyra , passa un léger sourire .

- Tu ne l'as jamais été tout à fait Ton passage à travers le miroir nétait pas une rupture , mais un appel . Ce n'est pas le " Rayon vert " qui a créé la métamorphose : il na fait que la provoquer .

La princesse leva la main faisant s'animer des images , comme des hologrammes liquides , qui se déployèrent autour d’elle , dans l’eau : on vit la chute de l’Atlantide , puis , disparaissant vers les étoiles , des vaisseaux de lumière quittant la Terre en direction d' ANA et ADAMA , tandis que d’autres demeuraient .

- Lorsque lAtlantide sest effondrée , poursuivit-elle ensuite , lURLICHT dont la puissance maintenait léquilibre entre les trois royaumes d'AtlantisAdon ( votre Terre ) et des deux étoiles jumelles dAuberive ANA plus ADAMA  , mais également celui du passage vers la Conscience universelle , fut descellé .

Ceux qui , lors de la chute , nétaient pas retournés vers l'espace , ayant choisi de demeurer , non par faiblesse , mais par fidélité envers ce monde , y étaient restés pour contenir leffondrement , préserver les savoirs , tout en protégeant la planète Terre dun déséquilibre irréversible . ( 6 )

Elle fixa Heidi intensément .

- Mais lURLICHT ne répond plus aux " Veilleurs ". Ce qu'il attend , c'est une porte vivante !
- Une ... porte ? répéta la sirène . ( 7 )

- Une passeuse , plutôt , corrigea Aelyra , quelquun capable de traverser , sans se perdre , les miroirs , les mondes et les formes , quelquun dont lâme peut vibrer à lunisson de la Lumière Originelle sans être consumée !

L’URLICHT s’illumina brusquement . De la pierre jaillit un rayon qui enveloppa tout à coup la pauvre Heidi . Elle sentit des souvenirs qui n’étaient pas les siens affluer dans son cerveau en feu : océans primordiaux , cités de verre , ciels étrangers … visions d'une ancienne promesse !

Elle tomba à genoux , complètement bouleversée !

- Je...je le sens , murmura-t-elle , à la fois terrifiée mais fascinée , comme si cette lumière me connaissait depuis toujours .

Aelyra s’agenouilla à son tour , geste qui fit frémir le Conseil .

- Parce quelle ta reconnueHeidi , mon Herana , devrais-je dire , tu es la Gardienne de lURLICHT , celle qui devra le réveiller lorsque les trois royaumes entreront de nouveau en dissonance .

- Et si jéchoue ? demanda la femme poisson , ses larmes mêlées à l’eau .

Le regard de la souveraine se fit grave , presque humain .

- Alors , les miroirs se briseront Cette fois , ma chérieil ny aura plus de retour vers les étoiles !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) III - La Salle des Veilleurs - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

                                             ___

Notes :

4 - LA DEMEURE ENCHANTEE ( Cycle de L'Etoile II ) , V , 2 - Antinea - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

5 - L'ETOILE BLEUE ( Cycle de L'Etoile XVII ) , 8 - Urlicht - Copyright 2022 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved . 

6 - ANA et ADAMA , lunes jumelles d'AUBERIVE l'invisible .

7Veilleurs d'Elohim , race métamorphe en provenance d'Orion , de Cassiopée , des Pléiades dont la conscience collective peut se glisser dans les faille obscures d'un être aux mauvais penchants - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) - Préface , 3 - Secessio Metamorphosis ) - I , 12 , XXIII - La Porte du Ciel - II , 14 , XXIX - Si le Grain ne Meurt ... ) - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Dramatis Personae - XVI - Tom ) - copyright Dan Ar Wern 2010 - Tous droits réservés .

 
 
 
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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - II - Le Rayon Vert .

15 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

Le Rayon Vert dans " Pirates des Caraïbes : Jusqu'au bout du monde " ( Pirates of the Caribbean : At World's End , 2007 ) , film de Gore Verbinski avec Johnny Depp .

Le Rayon Vert dans " Pirates des Caraïbes : Jusqu'au bout du monde " ( Pirates of the Caribbean : At World's End , 2007 ) , film de Gore Verbinski avec Johnny Depp .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

 

II - Le Rayon Vert

 

 

 

 

" Comme si tout à coup s'ouvrait une fenêtre

  Et si tu renonçais à toujours te cacher ... "

  Louis Aragon - " Lorsque S'en Vient le Soir ... " *

  

 

 

3 - Le soir approchait lorsqu’elle regagna la chambre et que la lumière déclinante modifiait les volumes . Le lit à baldaquin projetait son ombre presque monumentale . Dos au miroir , elle s’assit sur la chaise , et laissa ses pensées revenir là où elles s’étaient interrompues . La Bretagne . Le piano . L’annonce qu’elle avait repérée , trop sobre pour être innocente :

Cours de piano . Adultes . Discrétion assurée .

Elle avait répondu après trois jours d'attente . Elle n’était pas venue comme élève . Rolf avait immédiatement compris . La musique est un langage . Elle pensa à la dernière fois où elle avait quitté sa maison face à la mer , au murmure du vent qui portait , dans le scintillant clair-obscur du friselis des flots grisâtres du port , l'étrange cri de rage des mouettes moqueuses , face au moutonnement de l'eau , à ce silence trop bien organisé , juste avant le noir ... ( 2 )

Et que savons-nous de l'écume du large qui , impitoyablement , vient ronger les nombreux châteaux de sable de nos illusions , de nos pauvres songes , découvrant peu à peu , enseveli sous nos pieds , comme un chemin d'âme , bordé de croix , vers les insondables profondeurs d'un autre monde , où , parfois , la nuit nous partons à l'aventure , et qui n'est , sans doute , qu'un univers double où , telles des sirènes , se faufilent d'étranges créatures venues nous visiter ? Le jour , longeant ses sentiers d'abîmes , l'océan , de ses jeux de vagues , nous appelle ,  et les reflets d'ambre de des flots majestueux nous ramènent , par la force du ressac et le mouvement de la houle , aux pays lumineux d'une jeunesse trop vite enfuie . Avec cette espèce d'aurore naissant en nos coeurs , nous embarquons , marins solitaires , pensant au périple au long cours devant , à l'avenir , nous conduire sur une côte lointaine , à l'autre bout mystérieux de la mélancolie ... Et si nos yeux , parvenant à s'ouvrir davantage , nous permettaient enfin de traverser ce gouffre énorme pour pouvoir , au-delà , rejoindre enfin notre vraie patrie ?

4 - Elle se leva . Le soleil touchait l’horizon . C’est alors que le phénomène se produisit . Quelque chose de curieux comme un rayon vert , net , irréel et très bref , traversa la fenêtre et vint frapper directement le miroir . ( 3 )

Sa surface vibra légèrement , comme si elle cessait un instant d’obéir aux lois ordinaires de la matière . L’air sembla changer de densité .

Heidi s’en approcha . Lorsqu'elle posa la main sur lui , le verre lui renvoya d'abord son image  , mais , peu à peu , se transforma en matière fluide , lumineuse , tiède sous les doigts de sa main , comme une eau sans profondeur apparente .

Elle ne recula pas , pourtant , n’envisageant même pas de le faire , car , ayant souvent analysé des systèmes très avant-gardistes , pendant toute sa vie d'espionne , elle avait appris , dans des situations de panique mortelle , à maîtriser les battements de son coeur , à garder son sang-froid . Dans le reflet devant elle , cependant , son visage lui paraissait devenir de plus en plus changeant . Lentement ,  touchant la surface du verre , elle s'avança , prête à se retirer le plus vite possible au moindre signe de danger . Mais il n’y eut pas de résistance . Complètement fascinée , elle constata que plus elle s'en approchait , plus elle dégageait une lumière chaude , une énergie vivante émanant de milliers de gouttes de rosée condensées en ondes circulaires qui , formant une sorte de bras liquide , s’étendaient inexorablement autour d'elle , sans bruit , sans éclat , pour la prendre et finir par l'entraîner derrière ce voile aqueux . Ce n’était ni froid , ni chaud . C’était… accueillant comme un bain de vapeur ! Et tandis que la chambre , le château , le village et toute l’île demeuraient , derrière elle , figés dans le décor immobile d'une lumière crépusculaire , comme un reflet que l’on abandonne quand on cesse enfin d’y croire , et comme un monde qui n’avait jamais été qu’un seuil , le miroir , avec douceur , l’engloutit ! 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) II - Le Rayon Vert - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

 

2 - ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) - II - Prologue - 1 - La Dame au Piano - Copyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved

3Le rayon vert green flash ) est un photométéore rare qui peut être observé au lever ou au coucher du soleil et qui prend la forme d’un point vert visible quelques secondes au sommet de l’image de l’astre tandis qu’il se trouve en grande partie sous l’horizon - Le Passeur Des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - II - L'Accomplissement / Gaeltacht9 - Voyage dans les Îles - II - Détresse de Diarmaid - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés : N'avez-vous jamais entendu parler du Rayon-Vert qui doit permettre à celui qui a la chance de l'apercevoir , de deviner l'avenir , et de  percer le secret des consciences ? Voir Note 22 : " Le Rayon Vert " ( 1882 ) , roman de Jules Verne inspiré par le phénomène optique du même nom : lueur de couleur émeraude jaillissant à l'horizon lorsque le Soleil se couche .

* Louis Aragon : " Le Voyage de Hollande et autres Poèmes " ( 1965 )

 

 

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MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - I - Rügen .

13 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

Falaises de craie sur l'île de Rügen ( Kreidefelsen auf Rügen , 1818 ) par Caspar David Friedrich .

Falaises de craie sur l'île de Rügen ( Kreidefelsen auf Rügen , 1818 ) par Caspar David Friedrich .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

" La traversée jusqu'à cette terre fabuleuse

  Où s'anéantissent nos plus belles espérances ,

  Où nos frêles esquifs s'abîment dans les ténèbres ,

  Voyage qui exige avant tout courage , probité ,

  Patience dans l'épreuve ... "

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , I , 1 . *

 

 

 

 

I - Rügen

 

 

 

 

" Une île est au milieu de la mer . Une ville sur l'île s'élève , avec des églises aux coupoles d'or , des palais et des jardins .  "  

Alexandre Pouchkine - " Le Conte du Tsar Saltan "  ( 1831 )

  

 

 

1Heidi se réveilla en sursaut . Des poutres sombres , taillées à la main , traversaient la pierre comme les nervures irrégulières d’un organisme ancien . L’air était froid , mais pas hostile . Au centre de la pièce , avec ses montants en torsades gravés de motifs celtiques presque effacés , trônait un lit à baldaquin monumental , taillé dans un chêne noirci par les siècles , qu'un dais de velours grenat surmontait , dont les franges pendaient comme des lianes immobiles . D’un blanc irréprochable , la literie , d'une propreté presque suspecte , contrastait avec la rudesse médiévale du lieu . La chambre , comme une vigie hors du temps , dominait l’île . Édifiée dans l’aile la plus ancienne du château , elle avait des murs , légèrement suintants , de pierre épaisse où la lumière du jour entrait avec parcimonie par une étroite fenêtre ogivale orientée vers l’ouest . Au-delà du verre poli , la jeune femme entendait l'océan battre avec une régularité hypnotique les falaises , comme s’il comptait les secondes d’une captivité invisible . Face au lit , occupant tout un pan de mur , se dressait la glace d'un miroir démesuré , encadré d’un bois sombre veiné d’argent , si ancien que sa surface n’était pas parfaitement plane .

Le reflet qu’il renvoyait semblait toujours légèrement en retard , comme s’il hésitait à obéir aux lois de l’optique . Heidi ( alias Lena ) Kermeur - c'était le nom sous lequel on la connaissait en Bretagne - l’avait remarqué dès son réveil . Jadis espionne , formée à détecter l’anomalie avant même de la nommer , celle-ci , sentant que ce miroir n’était pas un simple objet , resta figée , tout d'abord , les yeux grand ouverts devant lui , parce qu'il reflétait un plafond qu’elle ne reconnaissait pas . Trop haut . Trop différent . Simplement étranger . Lentement , son corps confirma , en s'étirant , ce que son esprit avait déjà compris : qu'elle n’était plus " chez elle " , dans ce pays d'Armorique où elle avait trouvé , non seulement refuge , mais , grâce à un mariage , désormais rompu , un nom discret , solidement ancré dans le paysage , choisi pour ne poser aucune question .

Professeure de piano indépendante , elle donnait des cours à domicile , parfois chez elle , dans une petite maison de Lorient , face à la mer . Une vie lente,  méthodique , exactement ce qu’elle savait tenir sur la durée . Ici , le lit sur lequel elle était allongée n’avait rien de commun . Massif , sculpté , presque cérémoniel . Et ces draps , changés récemment , comme dans un hôtel . Pourquoi ? Portant la main sur son poignet gauche , elle constata qu'elle n'avait plus de montre . Sa bague , aussi , lui avait été enlevée , de même que ses habits d'origine , remplacés par une chemise de nuit simple , presque monacale , et sur le dossier d'une chaise , un survêtement . 

Le souvenir du rapt lui revint alors d'une manière insidieuse , avec cette sensation , fugace , d’être observée de loin sans pouvoir situer d'où cela venait . Le vent , le ciel bas quand elle revenait d'une course chez elle , passant par le port , tandis qu'au travers de nues grisâtres le soleil tentait de pointer son doigt lumineux sur un frêle esquif passant au large , et qu' elle avait vu surgir , vers l'embarcadère , un commando débarquant d'une chaloupe : sept marins encapuchonnés vêtus de scaphandres , fusils mitrailleurs en main ! Puis , une saveur étrange qui se mêlait à celle de l'iode en cette fin d'après-midi sur le bord de mer , une odeur douce , presque florale , et , brusquement , le noir ! Pourtant , rien de brutal , rien d’amateur . Ce qui confirmait ce qu’elle craignait déjà : elle n'avait pas été enlevée par hasard ! 

2 - La femme se leva .

Il y avait peu de meubles dans la chambre , une table massive , une chaise , un coffre fermé . Elle s’approcha de la fenêtre. Là , elle découvrit une île escarpée , ceinturée de falaises . Des bâtisses de pierre , en contrebas , comme pour mieux résister au vent , dressaient leurs silhouettes pimpantes sur le versant d'une colline , se serrant les unes contre les autres . De la fumée montait de leurs cheminées , quelques passants , tout autour , circulant dans des rues étroites . Les premières maisons du village .
Elle reconnut les ruelles pittoresques du petit port de son enfance , à Rügen , et , l'air intrigué , choisit un chemin menant en pente douce vers la plaine littorale .

Bonjour , Frau Moser ! , lui lança un drôle de bonhomme au sourire éclatant dont la mise était singulièrement semblable à la sienne .

Quelle belle journée , n'est-ce pas ?  

Comment le promeneur avait-il pu deviner son ancien patronyme ? Elle n'eut pas le temps de lui répondre , encore moins de comprendre : telle une ombre absorbée par les rayons du Soleil flamboyant , celui-ci avait brusquement disparu !
Des échos lui parvinrent aux oreilles , bribes de musique provenant d'une fanfare , rires et discours d'une  joyeuse troupe s'essayant à rejouer sans cesse le même passage d'un air endiablé ! Avant  d'arriver devant l'hôtel de ville , elle s'interrogea , surprise que le passant de tout à l'heure ait utilisé la vieille langue slave de l'île , et que tous les gens qu'elle croisait depuis lors la dévisage du coin de l'oeil , pressés de s'esquiver au plus vite . Pourtant , le paysage alentour lui offrait un décor de fête joviale , de paix rassurante . Il n'y avait plus aucunes traces des sinistres " bunkers ", mais quelques vestiges d'un passé révolu semblant bizarrement revenir à la surface de sa conscience . Non , se rassura-t-elle , ce ne pouvait être encore cet affreux cauchemar peuplé de ruines , cette vision d'Apocalypse de la dernière guerre qui lui avait fait croire à la destruction totale de la planète ! 
        
D'innombrables bannières noires et blanches claquaient au vent du large .
Elle croisa les musiciens de l'orchestre qui reprenaient toujours la même ritournelle et dont la tenue n'était pas différente des autres . Pourquoi étaient-ils tous donc vêtus du même uniforme ? , se demanda-t-elle . C'était la question qui la taraudait .
Mais plus fort que le brouhaha parfumé de sel marin , lui répondit , surgi de nulle-part , le timbre métallique d'une voix suave et charmante !
- Bonjour à tous  ! , annonçait-elle . Nous voici à l'aube d'une merveilleuse journée ! Votre programme ? La préparation de notre grande parade qui doit avoir lieu ce soir !... 
La visiteuse , curieuse de savoir d'où pouvait provenir , cependant , cette aimable invitation , porta , d'abord , son regard sur les beaux bouquets de fleurs odorantes qu'on avait disposés , sur la place , au pied des vénérables murailles de l'édifice .
Elle cherchait un genre de microphone , réalisant qu'il pourrait se trouver , peut-être adroitement dissimulé , parmi les nombreuses décorations électriques devant illuminer la fête .
En effet , sur tous les monuments de la ville , on préparait de vives explosions florales , de multiples gerbes et guirlandes multicolores qui allaient jaillir de toutes parts comme des feux d'artifice ou des cascades féeriques !

Mais le long des façades bigarrées des immeubles de style baroque ou rococo , des églises de granit et de craie aux coupoles d'or , des hôtels de luxe et des palais orientaux , comme sur le toit de chaume des plus simples cottages de la côte , partout l'on déroulait d'immenses panneaux de toile reproduisant un visage identique , celui de la nouvelle venue qui , frappée d'étonnement , ne se soucia plus , désormais , de l'architecture très kitsch et de l'évolution de l'urbanisme dans la station balnéaire si conformiste et si paisible du temps de son enfance , car elle s'était mise à trembler comme une feuille ! 

Oui , c'était bien elle dans un vieux costume de scène , sur cette photo jaunie d'un concert d'autrefois qu'un sourire de circonstance éclairait sur tous les murs ! 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - Rügen - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

1 - Rügen , île allemande située au large de la côte du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale dans la mer Baltique . À partir du VIIe siècle , des peuples slaves vinrent s'établir à cet endroit . Les habitants parlaient alors la langue des Ranes langue slave de la famille polabe .


       

 
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Perspectives - IV - Analyse critique de " Le Passeur des Mondes " .

12 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

Perspectives - IV - Analyse critique de " Le Passeur des Mondes " .
 

 
 
 
 
 
Perspectives 
IV - Analyse Critique de " Le Passeur des Mondes "

Le Passeur des Mondes

 

" Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ? "

Blaise Pascal - " Pensées "  

 

" Celui qui regarde à l’extérieur rêve , celui qui regarde à lintérieur séveille  "

C.G. Jung , lettre du 22 octobre 1916 adressée à Fanny Bowditch  ( Letters , Volume 1 1906–1950 , p. 33 )

 

 

Auteur : DAN AR WERN
Titre : Le Passeur des Mondes
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2015


 1 - Introduction : un roman du seuil et de la dissociation

Publié en 2015 , Le Passeur des Mondes s’inscrit dans une tradition littéraire du roman liminaire , fondée sur l’expérience du passage et de l’entre-deux .

Loin d’un fantastique spectaculaire ou purement narratif , l’œuvre mobilise le motif du franchissement comme structure symbolique centrale , engageant à la fois une réflexion sur l’identité , la mémoire et la connaissance .

Ce roman peut être abordé comme la mise en scène d’un processus initiatique moderne , caractérisé non par l’unification finale du sujet, mais par sa fragmentation durable . À travers trois personnages majeurs - Yann Kervern , Roll Dagorn et Virginia - le texte donne forme à des instances psychiques , symboliques et mythologiques distinctes , révélant l’impossibilité contemporaine de maintenir une unité intérieure face à l’expérience de l’absolu .


2 - Architecture ternaire et unité fragmentée du sujet

L’un des dispositifs fondamentaux du roman repose sur une structure ternaire , incarnée par Yann , Roll et Virginia . Si ces personnages possèdent une autonomie narrative , leur cohérence profonde invite à une lecture unitaire : ils peuvent être interprétés comme les figures dissociées d’un même sujet , confronté à une expérience fondatrice irréductible à une seule conscience .

Cette triade renvoie à des structures symboliques anciennes - corps / âme / esprit ; pensée / volonté / intuition - tout en s’inscrivant dans une modernité marquée par la dissociation . Là où le mythe classique vise la réintégration , le roman montre au contraire la divergence irréversible des trajectoires .


3 - Lecture psychanalytique : conflit des instances et échec de l’intégration

D’un point de vue psychanalytique , Le Passeur des Mondes peut être lu comme la représentation d’un sujet clivé , au sens freudien et post-freudien .

Yann Kervern : la conscience interrogative

Yann incarne une figure du Moi en quête , caractérisée par le doute , l’ouverture à l’inconscient et l’acceptation de la perte . Il est le sujet capable d’affronter l’angoisse sans immédiatement la neutraliser .

Son parcours relève d’une dynamique de transformation , mais aussi de vulnérabilité : accepter de traverser , c’est accepter de ne pas revenir intact .

Roll Dagorn : la volonté défensive et l’ego

Roll représente la résistance à l’effondrement psychique . Face à l’inconnu , il oppose la maîtrise , la rationalisation et la puissance . Il incarne un Moi rigidifié , proche d’une hypertrophie de l’ego ou de l’idéal du moi , refusant la dépossession nécessaire à l’initiation . Cette posture défensive explique la divergence de sa destinée et son rapport conflictuel au passage .

Virginia : mémoire , intuition et médiation

Virginia renvoie à une strate plus archaïque et profonde du psychisme . Elle peut être rapprochée de l’Anima jungienne ou de la fonction transcendante : elle relie sans expliquer , perçoit sans conceptualiser . Elle est la mémoire affective du sujet , celle qui conserve la trace du monde perdu et rend possible , sans jamais la garantir , une réunification intérieure .

L’échec de la synthèse entre ces trois instances donne au roman sa tonalité mélancolique : l’initiation moderne est inachevée.


4 - Lecture ésotérique : initiation , seuil et connaissance transformante

Sur le plan ésotérique , Le Passeur des Mondes reprend les structures fondamentales du récit initiatique tel qu’on le trouve dans les traditions hermétiques . Le passage n’est jamais gratuit : il implique une mort symbolique et une transformation ontologique .

Yann s’inscrit dans la figure de l’initié authentique , acceptant l’épreuve de l’errance et de la dépossession . Roll , à l’inverse , relève d’une figure faustienne : il cherche le savoir sans métamorphose intérieure , ce qui conduit à une connaissance déséquilibrée , potentiellement destructrice .

Virginia occupe une position centrale dans cette économie symbolique . Elle est la gardienne du seuil , figure indispensable mais non héroïque de l’initiation . Elle ne détient pas le savoir , mais la capacité de reconnaître le moment du passage . Elle incarne une sagesse non discursive , fondée sur la présence et la mémoire .


5 - Références mythologiques : passeur , carrefour et monde perdu

Le roman dialogue implicitement avec plusieurs figures mythologiques majeures :

  • Hermès psychopompe , médiateur entre les mondes , guide des âmes : figure proche de Yann , capable de circuler sans posséder .

  • Charon , passeur des morts : image du passage irréversible , sans retour possible .

  • Prométhée et Faust , associés à Roll Dagorn : figures du savoir transgressif et de la volonté de puissance .

  • Perséphone , Hécate et la Sibylle, associées à Virginia : figures féminines du seuil , du carrefour et de la médiation .

À ces références s’ajoute une filiation littéraire avec Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier : même nostalgie d’un monde entrevu puis perdu, même quête d’un absolu inaccessible , même mélancolie liée à l’irréversibilité du temps et du passage .


6 - Conclusion : une initiation moderne et inachevée

Le Passeur des Mondes se présente ainsi comme un roman du seuil , où le mythe ancien est réinvesti pour dire une expérience moderne de la fragmentation . Là où les récits initiatiques traditionnels conduisaient à l’unité retrouvée , le roman met en scène une dissociation durable des instances de l’être .

Yann traverse , Roll agit , Virginia se souvient - mais aucun ne parvient à incarner à lui seul la totalité du sujet . Le passage transforme , mais ne réconcilie pas . En ce sens , Le Passeur des Mondes n’est pas seulement un roman fantastique ou symbolique : il est une méditation romanesque sur le prix psychique , éthique et existentiel de la connaissance , et sur l’impossibilité contemporaine de rester un face à l’expérience de l’absolu .


7 - Conclusion générale : une poétique moderne de l’initiation inachevée

À l’issue de cette analyse , Le Passeur des Mondes apparaît comme un roman emblématique d’une modernité du seuil , où les structures mythiques et initiatiques anciennes sont réinvesties pour exprimer une expérience contemporaine de la fragmentation du sujet . Là où le mythe classique proposait une traversée suivie d’une réintégration - un retour transformé mais unifié - , le roman met en scène une initiation incomplète , marquée par la dissociation durable des instances de l’être .

Yann Kervern , Roll Dagorn et Virginia ne doivent pas être compris uniquement comme des personnages autonomes , mais comme les figures différenciées d’un même processus psychique et symbolique . Yann incarne l’ouverture à l’inconnu et la conscience interrogative ; Roll , la volonté de maîtrise et la défense de l’ego face à l’angoisse ; Virginia , la mémoire intuitive et la médiation silencieuse entre les mondes . Leur divergence narrative reflète l’impossibilité, pour le sujet moderne , de maintenir une unité intérieure face à l’expérience de l’absolu .

Le roman s’inscrit ainsi dans une tension féconde entre psychanalyse et ésotérisme . La psychanalyse éclaire le clivage du sujet et l’échec de l’intégration des différentes instances psychiques ; l’ésotérisme révèle la dimension initiatique du passage , tout en soulignant que la connaissance véritable exige une transformation ontologique que tous les personnages ne consentent pas à vivre . Cette tension produit une mélancolie structurante , proche de celle que l’on trouve dans les récits du monde perdu , de Le Grand Meaulnes aux grandes œuvres de la nostalgie métaphysique .

En définitive , Le Passeur des Mondes propose une poétique du passage sans résolution , où le franchissement transforme sans réconcilier , et où le mythe n’est plus promesse d’unité , mais mémoire d’une unité désormais inaccessible . C’est en cela que le roman dépasse le cadre du fantastique pour devenir une méditation littéraire sur la condition moderne : celle d’un être condamné à traverser , sans jamais pouvoir demeurer pleinement un .


8 - Bibliographie critique ( sélective )
 a ) Psychanalyse et psychologie des profondeurs
  • Freud, Sigmund, Le Moi et le Ça, Paris, Payot, 1923.

  • Freud, Sigmund, Inhibition, symptôme et angoisse, Paris, PUF, 1926.

  • Jung, Carl Gustav, Les Archétypes et l’Inconscient collectif, Paris, Albin Michel, 1954.

  • Jung, Carl Gustav, Psychologie et alchimie, Paris, Buchet-Chastel, 1953.

  • Rank, Otto, Le Traumatisme de la naissance, Paris, Payot, 1924.


b ) Mythologie, symbolique et initiation
  • Eliade, Mircea, Le Mythe de l’éternel retour, Paris, Gallimard, 1949.

  • Eliade, Mircea, Rites et symboles de l’initiation, Paris, Gallimard, 1958.

  • Durand, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Dunod, 1960.

  • Vernant, Jean-Pierre, Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, Maspero, 1965.

  • Campbell, Joseph, Le Héros aux mille et un visages, Paris, Gallimard, 1949.


c ) Ésotérisme, hermétisme et imaginaire du seuil
  • Corbin, Henry, L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn ‘Arabî, Paris, Flammarion, 1958.

  • Corbin, Henry, Corps spirituel et Terre céleste, Paris, Buchet-Chastel, 1960.

  • Guénon, René, Symboles fondamentaux de la Science sacrée, Paris, Gallimard, 1962.

  • Scholem, Gershom, Les Grands Courants de la mystique juive, Paris, Payot, 1950.


d ) Littérature et monde perdu
  • Fournier, Alain, Le Grand Meaulnes, Paris, Émile-Paul Frères, 1913.

  • Bachelard, Gaston, La Poétique de l’espace, Paris, PUF, 1957.

  • Blanchot, Maurice, L’Espace littéraire, Paris, Gallimard, 1955.

 

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DAN AR WERN - Perspectives - IV - Analyse Critique de " Le Passeur des Mondes " - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " Perspectives " - copyright 2025 Dan Ar Wern .

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LUCILE - III - Le Domaine Interdit .

10 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LUCILE

LUCILE - III - Le Domaine Interdit .
 
LUCILE
 
 
 
 
 
 
 
III - Le Domaine Interdit
 
 
 
 
 
 
" Toi seule verses des larmes Déesse charmante , et les fleurs naissent "
  Chateaubriand - " Mémoires d'Outre-Tombe " , Livre III , 8 - Manuscrit de Lucile - L'Aurore .
 
 
 
 

8 - Je me sentais tellement seul après ce nouvel aller-retour New-York où la blessure de mon âme avait encore saigné en silence quand je m'étais rappelé celle qui , sur ce vol , autrefois , par sa joie de vivre , avait réussi à rallumer le feu de l'espérance et la grisaille d'une vie d'errance au service de ce que je jugeais de médiocres futilités . 

De retour à Paris , par un soir de janvier plutôt lugubre , je me rendis à la Cité universitaire , le froid collant aux façades grises que la lumière blafarde des réverbères dévoilait à peine , faisant , par endroits , ressortir une impression de solitude et d’abandon lorsque le vent d'hiver , soufflant en violentes bourrasques , les balayaient de pluie , au-dessus de la morne agitation de quelques boutiques plongées , comme moi , et quelques rares passants solitaires , dans un sentiment de tristesse et de profonde torpeur . Je grimpai en vitesse l’escalier du bâtiment où logeait Claire , le cœur serré , décidé à obtenir des explications . Frappant sur sa porte , je n'obtins aucune réponse , et dut revenir le lendemain , puis encore un autre jour . Ce fut seulement le quatrième soir , que le " sésame " fonctionna . Claire apparut sur le seuil , emmitouflée dans un manteau sombre . À côté d’elle se tenait une autre fille , plus jeune , qui m'observait avec une curiosité prudente .

- Paol ? , fit-elle , surprise .

- Oui , je te cherchais . J'ai besoin que tu m'expliques ... Lucile ?

Secouant la tête , l'étudiante hésita .

- Je n'habite plus ici . Je suis juste passée prendre une lettre .

- Une lettre ?

- De Lucile , justement .

Le prénom tomba entre nous comme une pierre .

- On peut se parler ? , demandais-je .

- Pas ce soir . Et , baissant la voix :

- Rendez-vous dans quelques jours . Je te dirai tout ! C'est promis !

Puis , retenant sa nervosité , elle referma doucement l'entrée .

9 - Claire avait , sans doute , voulu éviter tout décor qui pût retenir la mémoire , car elle avait choisi un petit restaurant près de la gare , un de ces lieux de passage que le flot des voyageurs vide et remplit selon l'horaire des trains , comme une marée montante et descendante , à chaque arrivée ou départ . Dehors , la froidure mordante paraissait enserrer la ville dans son manteau d'hiver , durcissant l’air et faisant glisser les trottoirs , tandis qu'à l’intérieur , la lumière d'un doux crépuscule éclairait faiblement la salle qui semblait hors du temps , dernière antichambre avant le voyage ...

Nous nous étions installés près de la vitre . Elle me résuma l'essentiel , parlant doucement , comme si tout devait déjà appartenir au souvenir , d’abord qu'elle devait revenir ici le lendemain . Puis, sans transition :

- Lucile n'est jamais allée à Combourg de sa vie

Je relevai la tête , abasourdi par ce que je venais d'entendre .

- Je sais bien , mais elle y a vécu autrement , lui répondis-je , expliquant ce que j'avais fini par comprendre , que ce lieu n’avait , sans doute , jamais été pour notre amie un lieu réel , mais un symbole emprunté , surtout lorsqu'elle parlait de lui en évoquant le donjon , l’escalier très étroit , l’effort qu’il fallait pour atteindre la chambre haute , là où l’air se faisait plus rare et la lumière plus incertaine , avec une précision qui nous étonnait .

- Lucile aimait surtout cette montée , me confirma-t-elle avec nostalgie , pas le château lui-même , la montée ...

Je la regardais faire glisser sa tasse entre ses doigts .

- Comme l'autre , ajoutai-je après un silence , la soeur de Chateaubriand , toujours enfermée , toujours à l'écart , bien trop sensible au monde pour y rester longtemps faire son pas de danse , et qui montait là-haut comme on se retire en soi-même !

- Oui , elle s'est reconnue là-dedans , poursuivit Claire , dans cette tristesse qu'elle voulait fuir comme la peste en donnant l'image fausse d'une bonne vivante , alors que , profondément , elle ressemblait à son père . Elle voulait monter , s'élever , quitter le bas pour atteindre quelque chose de plus haut , même si ça signifiait la solitude . Le couvent , l'Espagne , c'était la suite logique ... 

- Le renoncement , jusquà ne plus appartenir quà soiou à Dieu , le couvent , mourir au monde , murmurai-je  avec rage sans vouloir croire encore l'horrible nouvelle qui m'avait été annoncée au début de la rencontre .

Je pensais aux parents de Lucile , à Suzanne et Joseph . À leur inquiétude muette , à leur rigidité aussi . À la dispute violente qui avait précipité son départ . À cette honte dont parlait la lettre : s’être servie de moi pour apaiser ses parents , pour donner le change , puis rompre avec sa copine et tout abandonner brusquement ! 

- Elle est partie de Brig avec Elise Montandon , m'avait précisé ma voisine , qui l'a accompagnée jusqu'en Andalousie . Après , je crois qu'elle est restée seule

10 - La porte du restaurant s’ouvrit , faisant place à une jeune femme qui , se frayant son chemin vers nous parmi les convives , cherchait Claire du regard . Celle-ci se leva lorsqu’elles se reconnurent , leurs deux visages s’éclairant d’un même mouvement . 

Je te présente Heidi ! Mais tu l'as déjà aperçue dans l'appartement , non

La jeune femme , posant , d'un geste simple et rassurant , sa main sur l’avant-bras de Claire , se mit à lui sourire . Elles échangèrent toutes deux quelques mots à voix basse . Je les observais discrètement , sans m’imposer : l’évidence des regards prolongés , l'intimité évidente , et cette façon qu’avait Claire de s’orienter vers elle , comme vers un point stable à l'horizon des tempêtes , me troubla . Et quand elle revint s’asseoir à table , je trouvais que le visage de mon invitée avait changé : plus serein , plus déterminé . 

- Je pars demain , déclara-t-elle . Je rentre en Suisse !

- Elle ne voulait pas te faire souffrir , essaya-t-elle de m'expliquer une fois de plus , me montrant la lettre à nouveau .

Je ne savais que dire .

À cet instant , la nouvelle venue se leva et vint poser sa main sur l'épaule de mademoiselle Bender .

- On y va ?

Claire se leva à son tour , Heidi l'aidant à enfiler son manteau , ajustant son écharpe sur son col , geste attentif , presque intime., effleurant sa joue du bout de ses lèvres fines . Rien n’était vraiment démonstratif , mais rien n’était caché non plus . Je compris alors la force de leur attachement - discret , jamais formulé - mais qui ne pouvait laisser aucun doute possible à la phrase de Lucile , prononcée devant la crèche :

- Quelle horrible douleur ce doit être d'accoucher !

Posant la main sur mon bras ,  la fille de Sierre fit un geste d’adieu plus que de consolation .

- Prends soin de toi !

Je les regardais prendre le large , déjà presque absentes , réalisant que j'avais voulu franchir , sans le savoir , les limites d’un territoire qui ne m'appartenait pas , comme un domaine interdit , pays mystérieux d’un amour inconnu , où la foi et la faute se refermaient désormais sur moi .

11 - " Dis-lui pardon , dis-lui que je lai entraîné sur le chemin des sept douleurs malgré moi , avouait Lucile dans sa lettre .

Solitude , espérance , elle avait aussi noté ces mots . La nostalgie d'un rêve nous console souvent des ordonnances d'un implacable Destin .

C'est tout ce qui me restait d'elle , avec , aussi , ce petit livre oublié sur son beau pays du Valais que , triste à mourir , je courus chercher dans ma chambre pour y reconnaître une odeur imprégnée de sa présence , un parfum subtil de sa montagne . Je le portais à mon visage , le soir , afin d'y cacher ma peine , feignant de croire qu'elle allait encore sonner à ma porte , qu'elle se trouverait là , un jour , près de moi .

Sur le chemin du retour , flânant le long du quai , je m'efforçai d'y voir plus clair , sombre paradoxe devant le spectacle des flots boueux de la Seine . Alors , je repensais à Bellwald et revis sa route étroite , l’hiver , la neige tassée qui oblige à monter lentement , virage après virage , sans certitude d’arrivée .

Puis , je songeais au téléphérique , à cette solution de facilité qui élève sans effort , qui efface la pente , le froid , la fatigue , et qui , en retour , escamote la difficulté du relief .

Je compris que la vie citadine de Lucile avait un peu trop ressemblé à ce téléphérique , l'éloignant peu à peu de son enfance montagnarde , élévation rapide , artificielle , qui l’avait dispensé de l’épreuve réelle de l'alpe suisse qui ne se livre pas , mais qui exige la marche , le silence , l’acceptation tacite d'une douleur . Ce silence , le père de Lucile , Joseph , l'ayant certainement mieux compris que les autres , l’avait toujours porté en lui . Mais il n’avait rien dit . Non par dureté , mais parce que certaines vérités , quand elles se traversent , ne s’énoncent pas . Je revis son regard grave et retenu , ce mutisme qui n’était ni refus ni ignorance , mais lucidité . Il savait que sa fille ne pouvait emprunter qu’un seul chemin , celui qui monte sans raccourci , même s’il isole .

Quant à moi ,  je me disais que je finirai par accepter que ma place n’était pas sur cette route-là , que je n'étais pas fait pour l’ascension dans la neige , ni pour le silence prolongé des hauteurs .

Peut-être avait elle souhaité m'indiquer la route ? Moi qui confondait l’élévation spirituelle avec ma profession , je me souvins de ces mots de Rilke , lus autrefois sans vraiment en saisir l'importance , où il affirmait que nous serions un jour futur capable de trouver la vraie réponse aux nombreuses questions que nous étions entrain de vivre hier sans jamais les comprendre ... ( 5 )
Alors , tout se rassembla dans mon esprit confus comme une sorte de puzzle imaginaire .

Je les reconnaissais tous , Ils étaient bien sept , dans mon rêve , cette nuit-là : 

Lucile , ma première douleur , incarnait l’appel intérieur .
Claire , la seconde , montrait la compréhension sans promesse .
Pour moi , la troisième , c'était l’attente confuse .
Joseph et Suzanne , le couple de la quatrième , unissaient la loi et la rupture .
Élise Montandon , la cinquième , indiquait le passage .
Heidi , la sixième , détournait la révélation silencieuse .
Et enfin Thérèse dAvila , montait jusqu'à la septième demeure .

Les sept douleurs formaient donc un chemin .
La sainte l’avait écrit quelque part :
" L’âme est comme un château tout de diamant , de cristal très clair . Il faut passer par de grandes peines pour arriver aux dernières demeures ."  ( 6 )

Lucile accepterait ses peines . Claire suivrait les siennes . Moi , je devais partir , non pour arriver ailleurs , mais pour m’éloigner de moi-même ... 

 

 

 

FIN

 

 

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DAN AR WERN - LUCILE III - Le Domaine Interdit - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LUCILE " , copyright 2026 . 

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Notes :

5 - Rainer Maria Rilke - " Lettres à un Jeune Poète " , IV , lettre du 16 juillet 1903 ( à Franz-Xaver Kappus ) .

6 - Sainte Thérèse D'Avila - " Le Château Intérieur " ( 1577 ) , premières demeures , I , 1 et II , 12 .

 

 

 

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LUCILE - II - Noël à Bellwald .

7 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LUCILE

LUCILE - II - Noël à Bellwald .
LUCILE - II - Noël à Bellwald .
 
 
 
LUCILE
 
 
 
 
 
 
 
II - Noël à Bellwald
 
 
 
 
 
 
" Neige éternelle qui fait pâlir les étoiles ,
  Toi qui portes à tes flancs de grandes vallées
  Où l'âme de la terre s'exhale en odeurs de fleurs ,
  Me suis-je enfin perdu en toi ,
  Uni au basalte comme un métal inconnu "
 
Rainer Maria Rilke - Le Livre de la Pauvreté et de la Mort .
 
 

3 - Après notre balade à Paris , l’hiver , avec une rigueur presque administrative , avait refermé ses portes sur la vie de Lucile . Son stage d’hôtesse-étudiante achevé , elle était rentrée à Sion , dans l’appartement clair qu’elle partageait encore à moitié avec ses parents , pour reprendre là-bas des études de commerce . Les semaines d'automne , auparavant , avaient filé , aussi denses que studieuses , lui permettant de se réfugier derrière cette prétendue charge de travail pour espacer , puis éluder , les lettres qu'elle daignait m'adresser , ne me répondant que brièvement , toujours très en retard , mais avec une précision qui évitait soigneusement toute confidence .

À l’approche de Noël , un élan , peut-être mélange de culpabilité et de nostalgie , l’avait pourtant décidée à m’inviter en Suisse .

" Viens pour les fêtes , m'avait-elle griffonné sur une carte postale . Tu verras comme cest beau , l’hiver à Bellwald ! "

J'arrivais un matin de décembre , après un long périple sur des quais glacés , ponctué de correspondances dans des villes que je ne connaissais que trop peu . Puis , le village , comme un edelweiss planté au-dessus de la vallée du Rhône , surgissant au bout d'un autre long voyage en car , m'offrit soudainement son sourire de blancheur sur l'immensité du  ciel bleu , et ses chalets enfouis dessous leur manteau de neige aux fumées droites dans l'air immobile , tandis que , dans le lointain , retentissaient ses cloches , presque assourdies par le froid . 

Lucile m’attendait devant la maison familiale , au bout du téléphérique . Elle n’était pas seule. À ses côtés se tenait Claire Bender , la jeune femme qui l’avait hébergée à Paris .

Brune , emmitouflée dans un manteau trop léger pour la montagne , elle souriait avec une aisance un peu surfaite , qui me surprit . Le choc me figea un instant , car je ne m’attendais pas à cette présence , encore moins à la familiarité évidente qui semblait unir les deux jeunes femmes .

- Claire passe la soirée de Noël avec nous , m'expliqua l'étudiante . Elle navait pas envie de rentrer tout de suite à Sierre chez ses parents . 

J'acquiesçais de la tête , sans rien dire , mais je sentis quelque chose d'imperceptible pouvant remettre en cause le caractère important que j'avais espéré de ma venue .

Bellwald était le village du père de Lucile , Joseph Bauer , un homme d'une cinquantaine d'années , trapu et silencieux , germanophone , dont les mains portaient les marques d’une vie de charpentier passée à façonner le bois . Laissant dans les escaliers et les poutres comme une trace , une signature personnelle invisible que chacun reconnaissait pourtant , puisqu'il avait travaillé à presque toutes les maisons du village , en tant qu'ébéniste , il fabriquait aussi , avec les essences de la montagne , des meubles rustiques traditionnels de chêne ou pin massifs . Passant avec prudence du dialecte alémanique à un français plus lent , mais précis , portant sur lui la retenue des hommes qui , préférant l'action , parlent peu , il m'accueillit avec une poignée de main ferme , un sourire réservé .

La mère de Lucile Suzanne Bévilard , contrastait avec lui .

Francophone , pasteure , elle officiait à Brig , le bourg voisin , faisant chaque jour la route à travers la vallée . Son engagement pour le " Simultaneum " – cette cohabitation des cultes dans un même lieu – était connu et discuté à Bellwald , village resté majoritairement catholique . Elle rêvait de voir l’église du lieu s’ouvrir à cette pratique , mais ce projet fraternel ne suscitait généralement qu'une ironie condescendante faite de sourires et de silences polis .

Les préparatifs de Noël commencèrent dès le lendemain . Joseph sciait du bois derrière la maison , tout en m'expliquant la façon de choisir une bûche qui brûle lentement . Suzanne et Lucile , à l’intérieur , préparaient les biscuits , pendant que Claire essayait de se rendre utile , curieuse et volontaire , posant mille questions sur les traditions villageoises .

Les langues se croisaient , français dans la cuisine , allemand dans l’atelier , parfois transformées en un curieux mélange des deux tout autour de la table . Je me mis à observer Lucile évoluant avec aisance dans ce monde qui était le sien , la sentant plus proche de Claire , et d’une manière nouvelle , presque exclusive .

Le soir , je pouvais mesurer la distance qui s’était installée entre nous , non pas de manière brutale , mais progressive , comme un paysage qui change peu à peu sous l’effet de la neige , lorsque les flocons se mettent à tomber dru et que les lumières du village se raréfient .

Les répétitions pour la veillée de Noël réunirent tout le monde à l’église . Suzanne y participait en invitée , tolérée comme une substance étrangère examinée avec une curiosité railleuse , mêlée de réserve , au microscope .

Joseph , lui , restait en retrait , fidèle à ses habitudes , plus à l’aise à fabriquer un meuble qu’à débattre de théologie .

Dans cette attente feutrée de la fête , entre odeur de résine , craquement du bois et prières murmurées , chacun préparait Noël à sa façon . Je compris alors que ce séjour à Bellwald ne serait pas seulement une parenthèse hivernale , mais un moment de vérité silencieuse , où se jouaient bien plus que des retrouvailles .

4 Le soir de Noël tomba bientôt sur Bellwald . La neige réfléchissait une clarté presque lunaire , et le village entier , semblant pris dans une sorte de suaire blanchâtre , entra justement , comme un chapelet de " lièvres " et "coucous " vaincus par le frimas , dans son église basse et massive de " Marie des Sept Douleurs " , saturée d’odeur de cire ancienne et de laine humide . ( 3 )

Je m’assis entre les deux étudiantes , légèrement en retrait , observant les visages connus et inconnus , burinés par l’altitude et les hivers .

Devant l'autel baroque , au moment de l’homélie , le prêtre invita Suzanne à dire un mot pendant qu'un murmure discret parcourait les bancs de la nef . Elle s'exprima d'une voix calme , sans solennité .

- On ma demandé de parler de fraternité , dit-elle simplement .  Je ne parlerai pas de dogme . La fraternité commence quand on accepte de ne pas se comprendre entièrement , mais de rester unis ensemble malgré tout , pour affronter la tempête . N'est-ce pas ce que nous avons toujours vécu en Suisse ?

Après une pause , elle rajouta :

- Noël nous rappelle que Dieu n’est pas venu résoudre nos divisions , mais naître au milieu delles .

Cette manière simple de prêcher , convainquit plutôt l'assemblée , car ce n’était pas le fait d'une fervente mystique éthérée , mais la reconnaissance d'un travail quotidien de chaque fidèle tentant , chaque jour , d'accueillir le nouveau-né dans le secret de son âme . 

Alors , je sentis quelque chose en moi se dénouer . Lucile , à côté de moi , écoutait poliment . Claire fixait un point vague au-dessus du tabernacle .

5 Après la messe , la pasteure m'invita , moi , l'ami de son enfant bien-aimé , à monter à l’étage de la maison , dans une petite pièce mansardée qu'on aurait pu prendre pour une échoppe de bouquiniste .

Elle m'ouvrit la porte presque timidement . 

- C'est mon désordre , me dit-elle en souriant .

J'y vis des piles de livres instables qui s'entassaient partout sur des étagères doubles , des volumes ouverts parmi les papiers traînant sur le bureau , annotés , des poèmes , de la théologie , des carnets reliés à la main .

- Vous écrivez , paraît-il ? , m'a confié ma fille .

- J'essaie , répondis-je . Surtout de la poésie . Et  j'en lis aussi quand je n'arrive pas à dormir .

Elle tira un recueil d’un amoncèlement d'ouvrages tenant en équilibre . 

- Rilke .

Un sourire immédiat s'afficha sur mon visage .

- " Malte ", dis-je . Et " Les Élégies " !

- Plus " Les Lettres à un Jeune Poète " que voici , ajouta-t-elle , toute fière de brandir une vieille édition , toute poussiéreuse , mais reliée de cuir aux lettres d'or . Sa tombe est à Rarogne , à côté de chez nous . (

- Je le sais , répondis-je avec douceur . Mais je n'ai jamais osé y aller .

- Nous irons ensemble , alors , conclut-elle simplement .

C'est à cet instant que j'eus la sensation troublante d’être plus à ma place ici , dans ce grenier littéraire , et de m'y sentir plus proche , en tout cas , de sa mère que de Lucile elle-même .

6 - Dans la grande pièce commune chauffée par le poêle , se tint le réveillon . La table était solide , sans nappe , dressée avec soin par Joseph , qui avait participé en silence , découpant le pain , disposant les assiettes . 

Le menu était celui des fêtes valaisannes , composé d'une belle raclette , avec du fromage fondu à la flamme , servi avec des pommes de terre en robe des champs , cornichons , plus oignons vinaigrés . Puis , vint une viande séchée du Haut-Valais , fine et sombre . Enfin , pour le dessert , ce fut une tarte aux noix et des brislets croustillants .

- Chez vous , dis-je en servant Lucile , j'ai l'impression que Noël est beaucoup plus ... convivial .

- Protestant , me corrigea-t-elle avec un sourire . Chez les catholiques , j'ai toujours trouvé l'ambiance plus froide , plus hiérarchique .

- Et pourtant , repris-je , c'est ici qu'on m'a parlé de fraternité .

Elle haussa les épaules .

- Bien sûr , mais moi … Elle hésita . J'ai un faible pour la Vierge . Et pour l'architecture italienne . Les églises du Tessin , par exemple . Tout est plus charnel là-bas . Les fresques les madones , les bougies ...

- Tu crois encore à tout ça , toi ? , lui demandais-je sans ironie .

- Je ne crois pas , me répondit-elle . Je ressens .

Joseph mangeait en silence , découpant soigneusement sa portion de gâteau , hochant parfois la tête comme s’il voulait donner le change pour avoir la paix , suivant son propre monologue intérieur .

On ne savait jamais très bien s’il se tenait à l'écart , faisant semblant de ne rien comprendre , ou s’il choisissait plutôt de ne rien vouloir commenter .

Claire , elle , était là sans y être . Elle souriait quand on la regardait , mais ses gestes mécaniques témoignaient de son absence effective . Elle tournait machinalement son verre entre ses doigts , jetant parfois vers la fenêtre un vague regard , comme si quelque chose - ou quelqu’un - l’attendait ailleurs .

- Tout va bien ? , lui demanda Suzanne .

- Oui oui , répondit-elle trop vite . Je pensais à Paris .

Je la regardais avec attention : son beau visage semblait tiré par une inquiétude sourde , une attente qui n’avait rien à voir ni avec Noël , ni avec Bellwald .

La conversation s’étiola doucement . Le feu crépitait . La neige continuait de tomber en silence , régulière , épaisse . Je compris alors que cette soirée , si paisible apparemment , révélait déjà ses lignes de fracture : entre croyance et ressenti , entre parole et non-dit de ceux qui étaient là , et de ceux qui , déjà , semblaient ailleurs ...

7 - Je me réveillai tard .

La maison , comme un vaisseau fantôme sur une mer déserte , paraissait vide . Ce n'était plus la ouateur nocturne de la veille , tombant tel un voile de communiante sur les façades enneigées , mais la sensation du vide après un départ précipité . Le poêle était encore tiède . La lumière d’hiver entrait rasante , coupant la pièce en bandes pâles .

J'appelais d'abord Lucile . Pas de réponse .

Dans la cuisine , Joseph Bauer était assis à la table , une tasse de café noir entre les mains .

Levant la tête , il esquissa un signe de bienvenue , puis retourna à sa boisson .

- Bonjour, lui dis-je .

- Bonjour , me répondit-il après un temps .

Le mot semblait avoir demandé un effort .

Je regardais tout autour de lui .

- Où sont ... les autres ? , demandais-je .

Il chercha ses mots , fronçant légèrement les sourcils .

- Suzanne ... temple . Brig . Il fit un geste vague vers la vallée . Office du matin .

Puis , après une pause :

- Les fille ... parties tôt . Sion .

- Déjà ? , fis-je avec une pointe de surprise , aussitôt suivie d’un malaise . Pourquoi ?

L'ébéniste haussa les épaules .

- Sans doute affaire… urgente . Il chercha encore . Une amie . Problème .

Il se tut , comme si cela suffisait .

- Quelle amie ? , insistais-je poliment .

L'autre leva les mains , paumes ouvertes , dans un geste à la fois d’impuissance et de retrait .

- Je ne sais pas bien . Claire parle vite . Lucile aussi .
Il esquissa un sourire bref . Moi ... français difficile .

Nous restâmes quelques secondes muets . Finalement , Joseph se leva , enfila sa veste.

- Je vais à l'atelier, se décida-t-il avant de désigner la table derrière lui :

- Pain . Fromage . Si tu veux .

La porte se referma avec un bruit mat , qu'on aurait dit définitif .

Je m'assis à mon tour .

On voyait que le petit-déjeuner matinal avait été préparé à la hâte : deux tasses non rangées , plus une écharpe oubliée sur le dossier d’une chaise , celle de Claire , j'en étais presque sûr . Aucune note . Aucun mot .

Je pris mon téléphone . Aucun message . Ni de Lucile , comme d'habitude , ni de son amie .

Par la fenêtre , le village s’éveillait lentement . Les cloches de Brig , étouffées par la neige , résonnaient dans le lointain . Je pensais à Suzanne , à sa promesse de Rilke , à la tombe proche , intacte , immobile pour l'éternité , à l’opposé de ce qui venait de se produire .

Une " affaire urgente " .
Formule commode , élastique . Elle pouvait contenir un malaise , une peur , un appel pressant venu de l'extérieur , ou quelque chose de plus intime , de plus décisif . Ce qui me troublait n’était pas tant le départ que la manière : ensemble , sans moi , sans explication !

Je compris alors que le cœur du séjour ne se jouait plus ici , à Bellwald , ni même entre Lucile et moi , mais ailleurs , dans un espace fermé , auquel je n’avais pas accès , de la ville de Sion .

Je me levais , remis mon manteau . Avant de sortir , mon regard fut attiré par un livre laissé sur le buffet : " Les Cahiers de Malte Laurids Brigge " . À l’intérieur , un marque-page improvisé : un ticket de train SionParisJe refermais l'ouvrage sans le remettre à sa place . Le chapitre s’achevait ainsi : dans une maison pleine de vestiges du passé , un homme laissé derrière , et deux jeunes femmes parties pour une urgence dont le nom , volontairement , m'échappait ... 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - LUCILE II - Noël à Bellwald - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LUCILE " , copyright 2026 . 

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Notes :

3Bellwald est une commune suisse du canton du Valais , située dans le district de Conches Les habitants de la commune sont surnommés " die Hasen " , soit les lièvres , tandis que ceux de la localité voisine de Bodmen sont surnommés " di Guggera " , soit les coucous en patois valaisan L'église de Bellwald construite en style baroque en 1698 est dédiée à Marie des Sept Douleurs

4 - Rainer Maria Rilke ( -écrivain , poète austro-hongrois qui , au terme d'une vie de voyages entrecoupés de longs séjours à Paris , finira par s'installer en 1921 à Veyras-en- Valais ( Suisse ) pour y soigner la leucémie dont il mourra .

Auteur de : " Les Cahiers de Malte Laurids Brigge " Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge ,1910 ) - " Les Élégies de Duino " Duineser Elegien ,1923 ) - " Lettres à un Jeune Poète " Briefe an einen Jungen Dichter , 1929 

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LUCILE - I - Combourg .

5 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LUCILE

Lucile ( Noémie Schmidt )

Lucile ( Noémie Schmidt )

 
 
 
LUCILE
 
 
 
 
 
 
 
I - Combourg
 
 
 
 
 
" Au printemps , tu verras , je serai de retour ,
  Le printemps , c'est joli pour se parler d'amour ... "
 
Barbara - " Dis , quand reviendras-tu ? " *
 
 

 

 

 

1 - Qu'y-avait-il au fond de moi pour que j'aie si mal ? Je me promenais à Combourg , dans le parc du château , lieu chargé d’histoire et de réminiscences littéraires , qui agissait en moi comme un déclencheur de mémoire . Je m'y souvenais d’une jeune femme rencontrée jadis , parce qu’elle avait , lors d’une conversation , parlé d'un souvenir lié à cet endroit magique , et parce qu’elle portait le même prénom que Lucile de Chateaubriand .

Je sortais d'une rupture à l’époque de cette rencontre , affrontant , malgré le décorum illusoire propre à mon activité professionnelle , une solitude sourde , presque résignée . Pourtant , c’est lors d’un vol , dans le tourbillon factice des faux sourires hypocrites , que j'avais croisé cette Lucile , jeune hôtesse de l’air étudiante , figure à la fois lumineuse et tellement vraie par son dynamisme et son enthousiasme qu'une relation timide avait fini par s'esquisser dans l’entre-deux de nos multiples va-et-vient en cabine , genre d'intimité fragile née de quelques coups d'oeil complices , d'encouragements , de rapides confidences , toutes ces marques éphémères témoignant de la vie d'un équipage entre deux escales .

Ce matin-là , New-York se profilait une fois de plus comme un fantôme à travers les hublots , dans cette contrée intemporelle où les premières lueurs conquérantes de l'aube semblent magnifier le paysage . Le film était fini , beaucoup de gens dormaient encore plus ou moins bien dans l'avion . D'autres luttaient par la lecture , sous un quelconque lumignon , dans la cabine obscure de ce 747  " Jumbo " , s'efforçant avec peine d'oublier leur fatigue .

- Eh bien , mon cher , j'ai l'impression que c'est pas le " top " aujourd'hui ?

La vie semble si étrange , parfois , difficile à comprendre . 

Présage ou coïncidence ? 

Elle était arrivée si vite , la veille , dans l'allée de la Cité PN , comme une ombre qui s'était mise à surgir là , brutalement dévoilée , des lignes de son propre Destin ! Sans doute était-il temps ? ( 1 )

Qui peut savoir ? Maintenant , l'océan des nuages gris et roses colorait , au dehors , l'immensité sombre de l'atlantique , s'irisant des éclats d'or du soleil émergeant peu à peu au-dessus de l'horizon . Sa lumière commençait à poindre , et la nuit se voyait contrainte , en même temps que lui , de donner naissance à la beauté d'un nouveau jour sans doute incomparable , comme celui du retour d'une voyageuse tant attendue depuis des lustres . Vraiment , c'est avec une grande surprise que je la voyais chaque fois réapparaître auprès de moi quand elle avait fini de tenir la chandelle à un pauvre passager en détresse ! 

- Oh , si tu l'entendais , cette espagnole !

Qui aurait su le dire ? Sans doute aurais-je voulu soudain marcher , courir vers elle comme un fou échappé d'un asile d'aliénés pour la rejoindre ? Et puis , dans le creux de l'oreille , tout lui confier , enfin , du calvaire de mon existence insignifiante . Mais comprendrait-elle vraiment ce désir qui m'avait brusquement saisi de changer mes façons de vivre avec elle pour un immense besoin d'amour et de liberté ?

2 - Je l'avais ensuite revue à Paris . Nous nous étions retrouvés près de l’Opéra , lorsque la lumière tombait encore sur les façades , dorant les statues . Qu'il faisait beau , ce soir-là ! Elle portait un manteau sombre  , simple , presque fonctionnel . Venant de la Cité Universitaire où elle habitait une modeste chambre avec une étudiante qui tentait , comme elle à Sion , d'obtenir un diplôme équivalent d'ingénieur dans une école de commerce française , elle s'était dit , m'avoua-t-elle plus tard , qu'il lui fallait profiter tout de même d'un peu plus de liberté pour marcher à l'aventure en remontant , depuis Châtelet , le boulevard , pour tenter de calmer ce mal sournois qui lui dévorait les entrailles : faire les magasins ! Moi , pendant ce temps , je guettais sa silhouette , pensant avec une légère angoisse à ce qui allait suivre .

2 )

Et lorsqu'enfin je la vis , un peu plus tard , jeune fille ravissante , élancée , surgissant victorieuse de la foule , avec sa chemise de lin , son jean bleu délavé , sa coiffure bonde en chignon , mon coeur se mit à battre plus fort ! C'était bien elle , enfin , Lucile Bauer , je la reconnus dans la multitude , et j'avais l'impression de revenir en arrière , au temps de ma jeunesse triomphante , prêt à bousculer tous les obstacles du rêve et de l'illusion !

J'avais choisi un restaurant discret donnant sur une rue étroite , pavée , à l’écart des grands axes . La salle était étroite , presque trop tranquille . Au mur , une reproduction fatiguée de Doisneau montrait la capitale figée dans un noir et blanc rassurant .

- C'est calme , ici , dit-elle .
- C'est pour ça que j'aime y venir.

Elle hocha la tête . Elle mangeait vite , sans lever les yeux , comme si la ville , au dehors , l’attendait . Pour tenter de rompre la glace , je lui avais parlé de ce que j'aimais à Paris quand on s’y promenait sans but .

Elle acquiesçait , m’écoutant poliment , mais son regard glissait ailleurs , par delà les reflets de la vitre , observant , sous les lumières crues , la foule d'invisibles ombres , fugitive errance humaine ... 

Elle venait de la Suisse , d’un village accroché à la pente , près des forêts de haute montagne . Son père , charpentier , mais aussi époux d'une pasteure , y avait bâti la maison familiale de ses propres mains , pièce après pièce . Elle en parlait sans lyrisme , avec un peu de fierté , tout de même .

Le bois , les hivers , les toits qui tiennent , c'était lui ! 

- Il n’a jamais fait comme ma mère , beaucoup d’études , concédait-elle cependant . Mais tout ce qu’il construit paraît plus durable .

Après le repas nous décidâmes d'une promenade sans but précis . Je me souviens qu'entre deux passages cloutés , nous avions parlé de vols , d’escales , de fatigue . De ces heures suspendues où l’on traverse en l'air les continents sans jamais vraiment savoir où l'on arrive . Et je lui avais demandé comment elle avait obtenu ce poste . Elle avait haussé les épaules .

C'est sûr qu'il faut se placer tôt , m'avait-elle répondu . Et puis tenir , être solide

Tu voles beaucoup en ce moment ?
- Pas mal . J’aime bien les longs trajets .
- Moi aussi . Enfin ... surtout ceux où on a le temps d'établir un contact .

Elle m’avait ensuite interrogé , avec une curiosité douce , presque professionnelle , sur ce qui m’attirait moi-même dans ce difficile métier de navigant , toujours loin d'un port d’attache . Alors , je lui avais parlé du déplacement , du vertige léger de n’appartenir à nulle part . Sans juger , mais je sentais déjà que cette réponse n’était pas tout à fait la sienne , elle m'avait souri .

Aux Tuileries , quelque chose de bizarre se passa , tandis que les grilles , déjà fermées , ne laissaient voir que les silhouettes immobiles des chaises vertes , comme autant de fantômes d'un monde à qui la ville offrait un repos provisoire . Elle n'écoutait plus rien , je sentais que je parlais trop , lorsque soudain , prise d'un malaise , elle me dit qu'elle entendait hurler en elle un garde suisse que la populace assassinait ! 

Nous arrivâmes près de la Seine . L’eau était grise , lente . Les derniers bouquinistes fermaient leurs boîtes , rangeant avec précaution leurs vieux livres dont les titres , presque effacés , témoignaient d'une époque révolue .

- Mon père n’a jamais compris ce genre de choses , reprit-elle .
- Quoi donc ?
- Écrire , voyager sans une raison précise .

Flânant sur les quais , le soir tombant , je lui pris la main pour la calmer . C’est à ce moment que nous avions parlé de nos origines .

Je lui avais dit que j’étais breton .

- C'est çaPaol Germeur , n'est-ce pas ? Je me souviens de la " liste équipage " ! , s'exclama-t-elle sans prétention , s’arrêtant net .
- Alors , tu connais Combourg ?

Puis , presque comme un aveu léger , elle ajoutait :
- Je m
'appelle Lucile . Comme la sœur de Chateaubriand . Tu sais , l'homme de lettres ?

Gênée , elle me sourit un peu .
- On me l'a souvent dit . Ce n'est pas pour la littérature .

C'est le lieu qui m'est resté .

D'abord , je ne lui avais rien répondu . Je pensais à la jeune fille enfermée dans le château , à la mélancolie romantique , aux promenades solitaires . Je pensais surtout à ce que ce prénom faisait naître en moi , cette profondeur que je n'aurais jamais imaginée .

- J’aimerais y aller , me dit-elle encore . Un jour .

Nous repriment notre marche . Le quai était presque vide .

- Mon père disait que c’était bien , les endroits comme ça , ajouta-t-elle . On sait sur quoi on marche .
- Il y a aussi beaucoup de fantômes , lui dis-je .
Elle sourit .
- Ça ne me dérange pas .

Nous gagnâmes le Pont des Arts . Des cadenas s’accrochaient encore au grillage , montrant la force de l'amour malgré les interdictions .

- Et toi , me demanda-t-elle , tu y retournes souvent ?
- Pas vraiment.
- Pourquoi ?

Je la regardais , troublé par son charme , et sans lui répondre , surpris par la douceur inattendue de ce silence partagé , je crus reconnaître dans cette envie de retour quelque chose de commun .

- Tout est si différent le soir , soupira-t-elle .
- Oui . On dirait que tout est possible ... , lui répondis-je alors que , noyés dans la douceur du clair-de-lune , scintillaient dans le noir , comme des feux-follets merveilleux , les yeux de ma compagne , et que nous observions , tous deux , les masses sombres des péniches glissant lentement sur l'onde et croisant les hublots illuminés des bateaux-mouches qui passaient , chargés de voix étrangères ... 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - LUCILE - Combourg - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LUCILE " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

1 - Cité PN = Cité du Personnel Navigant .

2 Sion ( en langue allemande , Sitten ) , commune de Suisse francophone chef-lieu du canton du Valais  .

 

* " Dis , quand reviendras-tu ? " ( 1962 ) , chanson de Barbara parue sur l'album du même nom - Copyright Odéon / CBS ( 1964 ) - Tous droits réservés .

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L'ENFANT PERDU - IV - La Trahison d'Herveline .

2 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ENFANT PERDU

Henri Guinier ( 1867-1927 ) Femme de Pêcheur Tricotant - Musée du Faouët ( Visage d'Herveline )

Henri Guinier ( 1867-1927 ) Femme de Pêcheur Tricotant - Musée du Faouët ( Visage d'Herveline )

 

 

L'ENFANT PERDU
 

( Suite de : UNE ETOILE QUI TOMBE )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - La Trahison d'Herveline

 

 

 

" Ah ! fallait-il en croire une amante insensée ?
  Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ?

Jean Racine - Andromaque , Acte V , scène 3

 

 

 

 

 

 

 

 

8 - Cependant , tandis qu'ils parlaient ainsi dans le salon , vint se garer , devant le seuil de l'hôtel , une jeep  décorée , sur sa vitre avant , d'une sorte de " kanaga " stylisé . ( 9 )

Bientôt , dans le hall d'entrée , pénétrèrent des gardes de haute stature habillés de combinaisons de toile vert kaki , portant de manière uniforme des masques de cuir dissimulant leurs traits . L'horloge murale sonna sept heures . Poussé plus ou moins brutalement dans un long couloir par deux de ces sbires qui obéissaient aux ordres d'Astyana , Erwan prit , en leur compagnie , un ascenseur avant de parvenir à une sorte de grande salle en sous-sol . Dans l'âtre leur faisant face , il remarqua des motifs de guirlandes sur le manteau de la cheminée , trois cercles piqués de vingt-deux roses  , dont les lettres " P " et " " s'entrelaçant au milieu de jolies fleurs qui , pensa-t-il , évoquaient certainement le fameux emblème de l'empereur Constantin lors de sa bataille victorieuse du Pont Milvius . ( 10 )

Pressant alors du doigt la surface d'une de ces sculptures , l'héritier du dictateur déclencha un mécanisme leur ouvrant un passage vers les souterrains du manoir . Après avoir descendu les nombreuses marches d'un vieil escalier creusé dans la rocaille et mangé par la mousse , munis d'une petite lampe électrique , celle-ci les guida ensuite dans une sorte de cave très humide en direction d'un corridor mal éclairé de quelques appliques murales dont les lueurs tremblaient . Puis , marchant avec précaution sur les dalles glissantes , les marcheurs débouchèrent enfin sur une grotte éclairée seulement de quelques chandeliers fixés à la paroi grâce à des tenons de fer . On aurait dit une ancienne crypte laissant voir parfois sur ses voûtes , par ses bougies de cire à la lumière vacillante , un peu de moisissure verdâtre . Ils s'approchèrent ensuite et , franchissant un autre couloir intérieur , parvinrent aux abords d'une nouvelle caverne encore plus petite où l'écrivain put voir d'autres signes mystérieux gravés sur la muraille qui était entourée de stalles de pierre finement sculptées de dentelle de roche . Là , le " prisonnier " fut invité à s'engager par une grille en fonte à l'intérieur d'un tunnel plus obscur s'enfonçant dans les profondeurs du lac ! 
Devant eux , sur une petite table de roche , scintillait la lumière d'un crucifix en granit rose posé sur son voile blanc de nacre et de corail . 

Connaissez-vous cette légende , monsieur ? , questionna une jolie femme tourbillonnant au milieu de la salle en un ballet vertigineux de soie claire , soudain surgie de l'ombre , et qui , l'oeil rouge et la pupille dilatée , délirait , semblant complètement soule ou droguée , pétrifiant de surprise le visage d'Erwan .

" ... Il était une fois , dans l 'antique empire du Manden , une reine qui , disait-on , fut belle riche , lettrée , dotée d 'une certaine intelligence , mais rongée par un mal qu 'aucun remède n'était parvenu à soigner . 'est alors que lui apparut en rêve un médecin de Bamako , le docteur Astyana , dont sa soeur lui avait parlé . Elle entendit même le son de sa voix qui suffit à la guérir et , le lendemain , cette noble figure se dévouant entièrement à lui , commença de répandre dans tout l'Afrique la doctrine de son nouveau Maître !

Je suis cette nouvelle Zénobie mon cher , gardienne du Temple , et sachez qu'on me nomme Herveline de Mauregard ! " ( 11 )

Le " Renard " , grâce à une clé sortie de sa poche , fit ouvrir , sur son ordre , une grille à moitié mangée par la rouille puis , se saisissant à l'intérieur d'une lampe à huile posée contre la paroi , il en alluma la mèche avec son briquet . Le bruit d'un mécanisme se fit entendre alors , déclenchant l'ouverture d'une trappe en métal sous laquelle apparaissaient quelques marches vermoulues ... 

C'était le seuil d'un nouveau monde étrange , orné  sur la paroi , d'une gravure mystérieuse , un peu la même que sur la jeep , mais en forme d'épée , que chacun des visiteurs crut brandie , à leur approche , par un chevalier du lac voulant les pousser vers l'abîme !

C'est alors qu'une nouvelle porte secrète , recouverte de poussière , découvrit une cache de verre encastrée dans la roche , et qu'à un moment précis , le déclenchement d'un mécanisme provoqua l'ouverture d'un panneau , révélant quelques livres poussiéreux et moisis d'une ancienne bibliothèque , mais rien d'autre ! 

9 - Erwan n’avait rien fait pour empêcher Astyana d’apprendre l’existence d’une seconde cachette . Rien non plus pour la confirmer . Le silence , parfois , peut condamner un homme . Il s’était contenté de se taire . Et lorsqu’ils descendirent dans la salle ornée du chrisme , il sentit peu à peu l’étau se resserrer sur lui . Tout indiquait qu’il n’était qu’un prisonnier de plus , entraîné dans une mécanique fatale pouvant le dépasser . Que savait-il , après tout , sur celui qui avançait avec l’assurance fébrile des êtres qui , croyant accomplir une destinée , sont prêts à n'importe quoi pour l'accomplir , même à tuer leur père ? Selon la mythologie dogon , le " Renard Pâle " était né incomplet , rejeté hors de l’ordre du monde . Il errait , traçant des signes sans jamais en comprendre le sens . Le fils de Nema lui ressemblait : trop clair de peau , trop étranger aux codes , persuadé d’être l’élu , alors qu’il n’était que le messager du désordre .

Rappelle-toi ce jour où grâce au Renard Pâle ,
  Sera enfin trouvé le chemin de l’Opale ...
"

La crypte était apparue au terme du tunnel . Et avec elle , Herveline Le cornouaillais la regarda comme on regarde une preuve inimaginable de déchéance ou de trahison . Celle en qui , naguère , il avait cru placer toute sa confiance et son amour , qui l'avait tiré du gouffre dans lequel sa pauvre vie d'amnésique était tombée , sa chère Herveline s’était placée tout près d’AstyanaElle avait changé d’attitude avec une aisance troublante . Grande , élancée , sa chevelure blonde captant la lumière vacillante de la crypte , elle souriait à peine , d'un sourire calculé , celui des traitres qui ont choisi leur camp .

L'ancien homme de sa vie sentit quelque chose se rompre .

- Tu lui as tout dit ? l'interrogea-t-il , incrédule .

Elle ne daigna même pas lui répondre , se contentant d'éclater de rire en posant d'un geste lent , presque intime , érotique , la main sur l’épaule de son nouvel amant . Ses doigts glissèrent avec une assurance étudiée . La scène était obscène de simplicité .

Le malien se laissa faire . Il savourait l’instant .

- La cache de verre , marmonna encore la fille . Sous la crypte ! Le mécanisme est ancien . Sans le code , impossible de louvrir .

Elle parlait d’une voix calme , détachée . Comme si Erwan n’existait plus . La trahison , parait-il , n’a pas l’éclat des grandes révélations .

Mais elle souvent banale , presque méthodique .

Il détourna le regard , voulant croire à la cupidité , à la peur , à la séduction . Tout , plutôt que l’idée qu’il avait pu se tromper sur elle à ce point .

L'élève-officier s’approcha du coffre translucide . Son sourire disparut .

- Le code , vite , Erwan !

Celui-ci secoua plusieurs fois la tête en signe de refus . Malgré la menace , il ne cilla pas , restant ferme sur sa détermination . C'est alors que tout bascula !

- Tu joues trop bien ! , lança soudain le fils du dictateur en écartant brutalement sa compagne . Mais je naime pas les comédiennes quand le rideau tombe !

La main d’Astyana se referma brutalement sur le bras d’Herveline . La machette apparut , nue , sans emphase , tandis que le métal effleurait sa gorge et que le sang quittait son visage ! Parlant à son bourreau à voix basse , comme on négocie une survie , elle avait changé complètement , toute sensualité pâlissant sur son visage de marbre !

Elle avait enfin compris le piège affreux dans lequel sa folie l'avait entraînée !

- Erwan ... , soupira-t-elle .

Son regard n’avait plus rien de calculé . Seulement la peur , le regret . Puis , la machette se leva , le métal accrocha la lumière des torches .

- Le code , ou elle meurt ! , se contenta de menacer l'autre . 

Erwan finit par céder . Le verre se fendit dans un souffle presque sacré . Il n’y eut ni héroïsme ni discours de sa part . Juste une suite de chiffres mécaniquement arrachés à sa mémoire comme à sa volonté . 

Le coffre de verre s’était ouvert dans souffle . Vide ! L’opale rouge avait disparu !

Astyana resta immobile , se contentant de sourire d'un affreux rictus .

Le " Renard Pâle " venait de comprendre qu’il avait été mené jusqu’au seuil , mais pas jusqu’au trésor !

10Erwan resta , lui aussi , figé devant le coffre ouvert . Le verre n’avait rien d’une prison . Mais Il était pur , presque beau , vivant . Comme si ce qui devait y être enfermé avait choisi de brouiller son image dans les reflets de la glace au sanglantes lueurs . Qu'avait-il fait des rêves d'une jeunesse brisée par le fracas d'une guerre impitoyable ? Et cette illusoire gloriole de maître adulé ?

Il pensa à Lancelot , captif de Viviane , retenu non par des murs , mais par une promesse . Le chevalier du Lac n’avait pas été vaincu par la force , mais par l’illusion de l’amour . Puis à Merlin qui était enfermé dans une cage de verre , invisible aux yeux du monde , façonnée par celle à qui il avait transmis son savoir . Le piège parfait , puisqu'on ne voyait rien , mais que l’on croyait être libre . Chez les Dogons , le " Renard Pâle " errait ainsi . Né inachevé , condamné à tracer des signes qu’il ne comprenait pas , révélant les chemins , sans jamais en atteindre la fin .

La beauté d'Herveline avait suffi à maquiller les grimaces d'une telle imposture ! Tous ses crimes inavoués , ses conquêtes d'un soir n'étaient-ils là que pour annoncer l'inéluctable déchéance ou la dissolution d'un mensonge ? Il aurait voulu que sa main si blanche et ferme puisse , tout entière , le recouvrir d'un linceul d'oubli !

" L'âme humaine aime à s'en aller seule  " , songeait-il néanmoins , flottant sur une barque solitaire vers la lumière imprécise où , dans les bras de cette femme , il pensait encore , dans l'éclat tranchant du verre , à Nema , lui , le héros d'une espèce indicible , qui avait encore le temps de rêver d'un monde où tout serait à réinventer .

 " Mais nous n'avons pas besoin d'autres mondes " , lui répondait celle-ci en retour , observant , curieuse , le flamboiement rosâtre du faisceau lumineux , reflet d'un Ange éternel , se jouer tendrement de son ombre , la mêlant à la sienne ... lorsque le bijou maléfique et chatoyant vira au rouge intense , frappé par la flamme orangée suivant de sa trace la sphère silencieuse d'un énorme disque métallique aux couleurs d'étoile claire ou d'aube naissante , glissant dans le ciel immaculé d'une vespérale fin du monde !

( 13 )

 

FIN

 

                                                        ___

 

DAN AR WERN - L'ENFANT PERDU IV - La Trahison d'Herveline - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'ENFANT PERDU " , copyright 2026 .

 

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Notes :

 

9 - Masque " kanaga " : masque facial utilisé pendant les cérémonies de deuil du peuple dogon .

10Chrisme sur l'étendard de l'empereur Constantin 1er ( 272 - 337 ) lui ayant assuré la victoire au Pont Milvius ( In Hoc Signo Vinces , 312 ) .

11 - Manden région située en Afrique de l'Ouest , entre le sud du Mali et l'est de la Guinée ( Empire Manding ) .

12 - " Pelléas et Mélisande  " ( Acte V , scène 2 ) , drame symboliste ( 1892 ) de Maurice Maeterlinck ( 1862 - 1949 ) .

13 - " Solaris  " ( 1961 ) , roman de science-fiction de Stanislas Lem ( 1921 - 2006 ) , écrivain polonais .

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