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Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - XI - Professeur Steinberg .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - XI - Professeur Steinberg .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Histoire de Maël Tremen )

 

 

 

 

 

 

 

XI - Professeur Steinberg

       

         

 

 

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

25 - Le silence qui suivit le départ de Caldwell sembla se dilater , comme si la pièce elle-même retenait son souffle . Puis quelque chose changea . La paroi de verre ondula , tandis que l’image qu’elle renvoyait , vibrant  imperceptiblement , non plus comme un simple reflet , mais comme une surface d'eau qui cède , se troubla , faisant apparaître une silhouette un peu floue , d'abord , puis de plus en plus nette , celle d'un homme âgé , droit malgré la fatigue visible dans ses traits , qui entra donc sans qu'aucune porte ne s’ouvre . Il y avait dans son regard l'expression d'une intelligence dure , ancienne , presque obstinée .

- Qui êtes-vous ? , lui demandai-je , de plus en plus déconcerté .
L’homme finit par se présenter .
- Je suis le professeur Steinberg .
Puis , avec une précision presque clinique , il me déclara :
- Je crois que vous êtiez en train d’écouter une version très incomplète de notre propre histoire . Christie , la fille de mon collaborateur Lazslo Istvan , prisonnier de l'est poursuivit-il avec une certaine lenteur , n'était pas qu'une correspondante chargée de récupérer le microfilm , fruit de notre travail , récupéré par un cubain , Pedro , à Budapest .
Je sentis brusquement monter en moi la tension .
- J'avais besoin d'un relais discret , mobile , suffisamment éloigné pour ne pas être immédiatement relié à mes travaux , continua-t-il pendant que nous prenions un petit déjeuner dans la salle commune .
Je fronçai les sourcils .
- Quels travaux ?
Dans le regard de l'homme de science , passa une brève lueur .
- Ceux qui , à Budapest ont été volés dans un premier temps .
Cette fois , Caldwell intervint :
- Katalin n'était pas prévue dans le processus initial .
Paul Steinberg tourna légèrement la tête.
- Non , mais elle a compris quelque chose que nous n’avions pas anticipé .
Je fixai les deux hommes .
- Quoi  ?
- Que ce microfilm n'était pas qu'un simple travail scientifique à protéger , répondit le chercheur , après un silence , me regardant droit dans les yeux .
- C'était un déclencheur !

 

26 - Personne ne parla pendant plusieurs secondes . Le mot était comme suspendu dans l’air .

- Ce que vous appelez " microfilm " n'est , cependant qu'un support , poursuivit Paul comme s’il cherchait , non pas ses mots , mais la limite à ne pas franchir . Il s’approcha de la paroi de verre. Celle-ci s’illuminant faiblement , comme si elle reconnaissait sa présence . 

Alors , bizarrement , des formes apparurent , géométriques , non pas des données instables , mais autre chose .

- Elles ont besoin d'un encodage , poursuivit-il . Mais pas au sens classique , dun schéma cristallin permettant de communiquer avec elles , ce document qu'on m'a volé , parce qu'on avait peur ! Ces entités , vivant dans un monde parallèle , peuvent en effet , par leur vision du futur , aussi bien ruiner les modèles capitalistes que communistes !

Je plissai les yeux .

Les formes se mirent à évoluer lentement , s’imbriquant les unes dans les autres selon une logique non linéaire .

- Initiée par nos travaux , rappela Steinberg , et perfectionnée par cet ancien collègue retenu à lEst .

Puis , lançant Un bref coup d'oeil vers Caldwell :

Un homme qui avait compris avant moi ce que nous étions en train de créer .

- Un protocole dinterface , intervint le directeur .

- Non , corrigea l'autre . Un seuil .

Le mot résonna différemment .

- Ce schéma , voyez-vous lorsqu'il est correctement interprété ne transmet pas qu'une information précise .

Et , se tournant vers moi :

- Il ouvre une possibilité infinie de communications .

Fasciné , je voulais en savoir plus :

- Avec quoi , lui demandai-je après un silence .

Paul hésita .

- Avec ces entités .

Le mot tomba sans emphase . Ce qui le rendit encore plus lourd .

- Des intelligences , précisa Caldwell , situées dans un cadre que nous ne pouvons pas décrire avec nos modèles physiques standards .

Je restais immobile , pétrifié comme une statue de sel !

- Un autre monde ?

- Pas exactement , répondit le savant . Disons qu'il s'agit plutôt d'une autre configuration de la réalité .

 

27 - La surface de verre pulsant légèrement , les formes , devenues presque organiques , changèrent .

- Ces entités , reprit Steinberg n'interagissent pas avec nous directement .

- Pas sans médiation , précisa Caldwell .

- Mais elles perçoivent aussi bien notre présent que les lignes du futur !

Soudain , je sentis mon souffle se bloquer !

- Vous êtes en train de me dire ... 

-  ... que ce dispositif permet d’accéder à des projections temporelles venant d’un système extérieur au nôtre , ajouta l'homme de la CIA .

- Et pas que des projections , coupa le physicien car elles peuvent constater des futurs possibles comme des états déjà réalisés dans leur propre référentiel .

Je secouai la tête .

- Et ça peut changer quoi ? , demandai-je naïvement .

Caldwell répondit sans détour :

- Tout , mon cher Imaginez un système économique , peu importe qu’il soit capitaliste ou communiste , reposant sur une hypothèse commune l'incertitude .

Il marqua une pause :

- Supprimez , maintenant , cette incertitude ...

Et vous supprimez le système  ! , termina Steinberg .

 

 

 

FIN DE LA 2ème PARTIE

( A Suivre )

                                  ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël TremenXI - Professeur Steinberg - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

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Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - X - La Forteresse .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Histoire de Maël Tremen )

 

 

 

 

 

 

 

 

X - La Forteresse

       

         

 

 

 

 

" C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit des pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " *

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

22 - Avec un fracas métallique , l’hélicoptère , à la tombée de la nuit , s’était posé dans un cercle de couleur blanche , devant une sombre bâtisse médiévale balayée par les vents venus de l’océan qui , en contrebas , frappait la roche avec la régularité d'un mécanisme , comme si l’île elle-même respirait . Je n’avais pas parlé durant tout le trajet . Katalin non plus . La forteresse avait surgi de la côte brumeuse de Boston , masse néo-gothique improbable , hérissée de tourelles sombres et de baies étroites , posée là comme une monstruosité architecturale , prétexte à un camouflage parfait , celui , sans doute , d'une zone militaire secrète , hautement sécurisée . On nous avait conduits séparément . Bientôt , nous nous retrouvâmes dans le hall d'entrée où la surveillance était assurée par des gardes en treillis de combat , portant de manière uniforme des masques de verre fumé dissimulant leur visage . ( 36 )

On nous enferma ensuite chacun dans une cellule séparée , plutôt rudimentaire mais dotée d'un lit relativement confortable et d'un écran de télévision diffusant un discours d'accueil convenu . Le lendemain matin seulement , je fus introduit dans une pièce austère , presque clinique , dont les murs nus contrastaient violemment avec l’apparence extérieure du bâtiment . 

Derrière un bureau de verre , un homme se leva .

Directeur Andrew Caldwell .

Voix posée , accent neutre et regard sans profondeur apparente , on aurait dit un professionnel du mensonge .

Asseyez-vous , mon cher .

Il fit glisser un dossier épais sur la surface du bureau .

- Nous allons tenter de clarifier tout ce qui vous est arrivé , m'expliqua-t-il .

Puis , sans détour :

Christie , vous savez , n’a jamais eu de sœur ...

Je ne réagis pas immédiatement . Je m’étais attendu à une manipulation ... Mais pas à une négation si brutale de ce que j'avais cru vivre !

La femme que vous avez rencontrée ... faisait partie d’un dispositif adverse , un leurre sophistiqué destiné à récupérer le microfilm .

Il marqua une pause , m'observant comme on ausculte un vulgaire patient .

- Et vous avez failli tomber dans le piège .

Lentement , je relevai la tête .

- " Failli " ?   

Un très léger sourire passa sur le visage de Caldwell .

- Parce que quelquun a réagi plus vite que prévu .

Il ouvrit le dossier . Photos , rapports d'enquête , analyses biométriques furent étalés d'un seul coup sur la table . Puis , une image plus ancienne de Katalin

Ou plutôt , me confia-t-il , une autre version delle ... Kathleen Varga , origine incertaine formation multiple nom d’emprunt , chirurgie reconstructive avancée ...

Il fit pivoter le dossier vers moi .   

- Regardez bien cette superposition numérisée des deux figures Nous avons la certitude qu’elle a été modifiée pour ressembler à votre amie . Ce n’est pas une coïncidence . Il s'agit d'une reconstruction .

Je sentis une tension froide me parcourir la nuque .

- Pourquoi ?

Mon voisin se leva , arpentant la pièce avec nervosité .

- Pour mieux vous infiltrer vous approcher , vous manipuler !

Tandis que je serrais les mâchoires , plus lourd encore , s'en suivit un autre silence .

- Et le microfilm ?

Cette fois , le regard du directeur se fit plus incisif .

- C'est là que notre histoire devient intéressante.

Il hôcha la tête .

Nous pensons que Varga , comprenant le piège a pu cacher au dernier moment le microfilm dans la maison de Belle Harbor . Avant même que nos équipes n’interviennent .

- Vous en êtes sûr ? , dis-je , revoyant la scène et la détresse dans le regard de Katalin .

- Disons que nous avons de très fortes raisons de le croire .

Se rasseyant , il referma le dossier , le rangeant dans un tiroir .

- Mais cela signifie aussi autre chose . Elle vous a utilisé .

Le mot resta suspendu dans l'ambiance glaciale de la pièce .

Au loin , la mer continuait de frapper la plage . Inlassablement .

23 - Caldwell avait dû , momentanément , quitter l'endroit , me laissant seul avec un garde quelques secondes . J'eus assez de temps , néanmoins , pour me rendre compte que le cadre dans lequel nous nous trouvions ne correspondait pas tout à fait au récit qu’il venait de m'imposer . Tout était trop propre . On aurait dit un décor de théâtre . Il n'y avait pas de traces d’usure , aucun marquage opérationnel , ni aucun de ces détails anodins qui trahissent les lieux réellement utilisés : câbles apparents , micro-rayures déparant le mobilier , stylos ou crayons oubliés , lots d'étiquettes . Même le drapeau américain , dans un angle , semblait beaucoup trop récent Comme un accessoire . Un frisson me parcourut l’échine quand je remarquais autre chose . Les vitres paraissaient artificielles , comme des surfaces de projection !

Je me retournais brusquement . La voix du directeur se fit à nouveau entendre derrière moi .

- Alors ? , me demanda-t-il d'un ton soucieux montrant qu'il avait perçu mon inquiétude . Qu’est-ce qui vous dérange ?

Puis , paraissant capter encore plus mon malaise après avoir fait quelques pas vers moi :

- Je me demandais combien de temps cela vous prendrait !

Le ton avait changé . Moins administratif . Plus ... direct .

- Alors non , reprit-il . Vous nêtes pas dans une base de la CIA . Pas au sens où vous lentendez .

Je sentis mon rythme cardiaque soudain s’accélérer .

- Disons que nous représentons une structure parallèle ... Cest bien plus commode .

- Pour qui ?

- Pour tout le monde .

Cependant , jugeant qu'il avait dû sentir , au bout d'un bref instant , que sa mauvaise foi était vaine , je décidai de l'attaquer frontalement :

Katalin sait-elle où est effectivement le microfilm ?

Cette fois , Caldwell , après un très léger temps de latence , et malgré que je le fixais d'un oeil courroucé , ne me répondit pas immédiatement .

- Alors pourquoi tout ça ?

Il me fit un autre sourire hypocrite , mais différent , plus froid .

- Parce que savoir nest pas suffisant . Disons ... que nous ne sommes pas certains que ce soit un simple microfilm .

Il s’approcha lentement . Puis , presque à voix basse :

- Et nous ne sommes pas certains que Katalin soit capable dy accéder toute seule .

Je sentis alors bouger une pièce de cet incroyable puzzle !

- Moi ? , demandai-je , intrigué .

Caldwell hocha imperceptiblement la tête .

- Vous avez été choisi pour une raison , Maël . Ce nest pas par hasard .

24 - Le vent n’avait pas cessé . Toute la nuit , frappant les parois de la forteresse avec une régularité obstinée , j'avais perçu , à travers les murs épais , la sourde rumeur d'une marée invisible , d'un mélange de houle et de structures métalliques en tension . C'est ainsi que j'avais très peu dormi , mais comme une masse , au milieu d'un cauchemar dont je ne me souvenais plus . La cellule dans laquelle on m’avait placé ne ressemblait ni à une prison , ni à une chambre . Elle occupait un entre-deux dérangeant : trop nue pour être confortable , trop précise pour être improvisée : un lit fixé au sol , une table intégrée dans le mur , avec aucune aspérité , ni aucune vis apparente . Même la lumière semblait sans source identifiable , diffuse et faible , mais constante , sans variation . Pas d’interrupteur . Pas d’ombre nette . Je m'étais levé plusieurs fois . Mais toujours , j'avais ressenti la même impression . Touchant la paroi , froide mais pas totalement minérale , j'avais l'impression , sous mes doigts , d'un matériau souple, presque imperceptible . Comme si le mur absorbait le contact !
Ensuite , balayant la pièce du regard , je constatai qu'aucune caméra , aucun dispositif identifiable , n'étaient visibles . Pourtant , j'étais certain de ne pas être seul . 
Un instant , je fermai à nouveau les yeux , tentant de me souvenir : l’hélicoptère , la côte, la forteresse . Puis , tout ce que Caldwell m'avait suggéré , ou laissé entendre . 
Chaque version des faits semblait s’effriter dès que je m'efforçais de la fixer . Comme si le récit lui-même était instable . Le temps passa sans repère . Aucune fenêtre , aucune horloge . Seulement cette impression diffuse d’un cycle qui ne m'appartenait pas . Puis , sans avertissement , le directeur entra , faisant quelques pas dans la cellule , effleurant même la surface du mur du bout des doigts .

- Vous avez passé une bonne nuit mon cher Les conditions sont particulières , n'est-ce pasVous êtes dans une installation de confinement avancé , précisa-t-il . C’est tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment .

- " Pour le moment " ?

- Les informations sont délivrées par étapes .

Je m'approchai un peu plus de lui .

- Vous m'aviez parlé d’une base de la CIA ?

- Convenons qu'il s'agit plutôt d'un cadre opérationnel compatible avec ce type de structure .

J'observais attentivement son regard , le rythme de sa respiration , de ses gestes . Le ton restait calme et poli .

- Il y a des informations qui une fois comprises ne peuvent plus être ignorées , rajouta-t-il .

- Alors , dites-les clairement !

- Pas encore .

La réponse était nette , sans détour . 

- Vous nêtes pas encore prêt .

Soudain , le vent redoubla au-dehors , faisant vibrer la structure , ou donnant , peut-être , l’illusion qu’elle vibrait . Caldwell se détourna .

- On va bientôt venir vous chercher .

 

( A Suivre )

                                  ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen X - La Forteresse - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

Notes :

36 Fort Independence ( Castle William ) , bastion en granit ayant servi de défense portuaire à Boston Massachusetts ( USA, situé sur Castle Island .

 

* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

 

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Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - IX - La Maison de Katalin .

3 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Histoire de Maël Tremen )

 

 

 

 

 

 

 

 

IX - La Maison de Katalin

       

         

 

 

 

 

" Dame Folie est impulsive ,

  Elle s'assied à la porte de sa maison ,

  Sur un trône , en haut de la Cité ... "

Proverbes , 9 , 13 .

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

20 - La demeure de Katalin était située dans une rue de Belle Harbor , à l'abri de Jamaica Bay , dans le Queens , à l’écart du tumulte . Auparavant , nous avions réussi à semer nos poursuivants , puis à prendre le ferry à Wall Street , jetée 11 , occasion , sur le pont du navire , d'un bref échange respiratoire au grand air à-propos des avions qui , non loin de là , décollaient de l'aéroport Kennedy . ( 34 )

- Ainsi , vous connaissez ma soeur
Rien ne distinguait sa maison des autres façades anonymes , sinon peut-être cette obscurité persistante aux fenêtres, comme si la lumière elle-même hésitait à y pénétrer .

- Bienvenue chez les István !

À l’intérieur , tout était dépouillé . Bien sûr , j'avais pensé tout de suite au fameux chercheur atomiste , László István ... Un bureau . Une lampe .
Sur une étagère , quelques livres de langue hongroise , aux tranches fatiguées , cotoyaient , sur le mur , une reproduction ancienne de la Basilique Saint-Étienne de Budapest Immédiatement , je l'avais remarquée , la comparant à la petite église que j'avais vue par la fenêtre près d'un terrain de basket .
- Saint-François de Sales , m'annonça-t-elle , pleine de révérence .
- Budapest ... C'est de là que sont venus vos parents ?
Katalin ne me répondit pas . Elle avait déjà allumé la lampe et tendait la main .
- Donnez-moi lobjet .
J'hésitais avant de lui remettre une nouvelle fois mon précieux bien , dont elle parvint à extraire , dans une chambre noire ,  une imperceptible pellicule qu'elle tint dans la paume comme un fragment de hasard , chose insignifiante à première vue . Pourtant , juste au moment où elle l'avait saisie au moyen d'une pincette , l’air sembla se contracter autour de nous .
- Ce que vous avez transporté , me dit-elle avec solennité , ce nest pas qu'un document . Cest une mémoireCe microfilm vient de beaucoup plus loin que vous ne pouvez limaginer . Beaucoup de gens sont prêts à tuer pour le récupérer !
Elle installa un petit lecteur sur la table , ajusta la bande avec une précision presque rituelle , enfin , fit défiler les premières images composées de signes , formules et fragments d’équations barrées , reprises , dissimulées sous des notations liturgiques . Puis apparurent des mots , des noms formant toute une liste . Je me penchais vers elle avec une certaine curiosité .
- Ce sont des scientifiques ?
- Certains , comme mon père , oui . Dautres ... non .
Par la suite , elle fit se dérouler le film encore plus lentement . Chaque nom semblait accompagné d’un symbole , d’un verset tronqué , d’une référence obscure . Mais rien n’était vraiment explicite , et pourtant tout donnait l’impression d’un ordre caché .
- Notre père appelait cela une " cartographie de la conscience " , murmura Katalin . Il pensait que certaines structures de la matière pouvaient conserver plus que de lénergie ... quelles pouvaient retenir une trace .
- Une trace de quoi ?
Elle tourna légèrement la tête vers moi .
- De notre passé lointain , sans doute .
Un silence assez dense s’installa lorsqu'apparut une nouvelle série de documents sur l’écran , des schémas de cristaux , traversés de lignes comme des réseaux nerveux . Puis , des annotations en latin , mêlées à des équations .
- Dans son laboratoire d'Arverne-by-the-Sea , la petite ville voisine , il travaillait , reprit-elle , à la frontière entre science et ce que dautres appelleraient ... lâme . Le pouvoir ne venait pas du cristal lui-même , mais de ce quil pouvait enregistrer . Comprendre cela , cétait comprendre comment influencer , conserverpeut-être même reproduire une présence humanoïde inexplicable à travers des schémas cristallins provenant d'une civilisation jusqu'ici inconnue , certains d'entre eux ne se contentant pas de stocker seulement linformation , mais réagissant à l’identité d'êtres qui , nous observant depuis l'aube de l'humanitéles activaient sous une forme d'onde télépathique ! ( 35 )
Je reculais , presque abasourdi par ce que je venais d'entendre !
- Cest impossible ! , m'écriais-je .
- Cest pour cela quils ont voulu le faire taire . Un jouril est retourné là-bas , faisant confiance à un ancien collègue . Mais il n'est jamais revenu ! Notre mère en est morte , et c'est le père Molnár , le curé de la paroisse , notre oncle , qui s'est occupé de nous ... Quant à Christie , je sais qu'elle avait essayé , par un ami cubain , de passer le rideau de fer sous une fausse identité ...
Elle désigna encore l’écran.
- Ce nest pas qu'une simple liste . Cest une hiérarchie . Chaque nom correspond à quelquun qui a approché la découverte . Certains lont protégée . Dautres , bien entendu , ont tenté de sen servir pour la revendre .
Un nom venait d’apparaître , souligné , différent des autres . Je sentis immédiatement que quelque chose basculait . Katalin , elle , ne bougeait plus.
- Vous le reconnaissez ? , demanda-t-elle .
Je m’approchais , constatant qu'il était accompagné d’une annotation manuscrite , plus récente que le reste . Un mot revenait : " Compagnon " .
Mon cœur s'accéléra .
- Cest ...
Je n’achevais pas . Le visage de Christie me revint avec une netteté brutale , de même que ses silences quand elle venait de parler de cet homme à demi-mot , jamais vraiment nommé , toujours relégué dans une zone floue .
- Dorigine cubaine , fit sa soeur doucement . Nest-ce pas ?
Je la fixais , l'oeil interrogatif , avec cette sensation d’avoir été déplacé comme une pièce sur un échiquier dont j'ignorais les règles , tandis que les indices qu’on m' avait laissés , ce carnet , ce dessin , cette adresse incomplète , n’étaient pas vraiment destinés à me guider , car ils étaient pour quelqu’un d’autre , quelqu’un que je remplaçais sans le savoir .
- Vous étiez au courant ?
- J'étais informé de son existence . Je croyais , d'ailleurs , que c'était lui que j'allais trouver au parc !

 

21 - Un bruit lointain , dans la rue , le vrombissement d'un hélicoptère , ensuite , comme un moteur qui ralentit . Katalin éteignit brusquement le lecteur . L’obscurité reprit possession de la pièce .

- Ils approchent ! , dit-elle simplement .
Je serrais les poings de rage .
- Alors , qu'est-ce qu'on fait
Le regard plus dur et déterminé que jamais , elle se rapprocha de moi .
- Maintenant , nous allons découvrir pourquoi votre présence ici nétait pas un hasard , pourquoi vous avez été choisi !
Elle se saisit de la pellicule , sur la table , afin d'aller vite la cacher . Dehors , claqua une portière . Puis le silence , un court silence chargé , presque vivant , comme si quelque chose , au-delà d’eux , les attendait .
Mais ils n'eurentt pas le temps de réagir lorsque deux malabars masqués , vêtus de combinaisons vert kaki , les interceptèrent vigoureusement pour les conduire " manu militari  " à l'intérieur de l'appareil qui , juste après , redécolla dans un bruit d'enfer !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

                                 ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël TremenIX - La Maison de Katalin - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

34 Belle Harbor est un petit quartier résidentiel de New-York situé dans l'arrondissement du Queens au sud-ouest de Long Island , et dans la partie centrale de la péninsule de Rockaway qui sépare la baie de Jamaica de l'océan Atlantique .

35 - Arverne-sur-Mer est un quartier de New-York situé dans l'arrondissement du Queens , au sud-ouest de Long Island , situé sur la péninsule de Rockaway .

 
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Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - VIII - Hôtel Wellington .

1 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Histoire de Maël Tremen )

 

 

 

 

 

 

 

VIII - Hôtel Wellington

       

         

 

 

 

 

" ... Tant de gens passent , chacun absorbé par ses propres problèmes , tant de visages qu'il est facile d'en manquer un ... "

Dialogue de " Lettre d'une Inconnue " ( Letter From an Unknown Woman ) *

 

 

 

 

 

    

 

 

 

18 - Je m’appelle Maël Tremen . J'étais venu à New York pour une raison simple , ou que je croyais telle : revoir Christie . C’était une idée fragile , je sais , presque absurde , mais elle s’était imposée à moi peu à peu , avec la même évidence que son rire autrefois , ce phénomène qui , parce qu'elle avait beaucoup d' humour , un caractère si vif et précis , vous prenait de court , ne surgissant jamais par hasard , car elle riait franchement , parfois jusqu’aux larmes , toujours plein d'entrain ! Pourtant , ce n'est pas elle qu'ici , j'avais trouvée , mais une certaine Katalin , fille à son image , d'une certaine manière , sans être elle , mais d'une ressemblance troublante , faite de mêmes gestes et silences , qui avait une tendance identique à retenir ses mots au bord des lèvres .

D'ailleurs , depuis mon arrivée à New-York , tout me semblait légèrement décalé , comme si j'étais entré dans une ville qui , elle aussi , sans en être tout à fait sûr , ne devait être qu'un mirage d'une autre réalité .

La voix , au téléphone , du même timbre que la sienne , avec cette façon de laisser entendre , de suggérer , de suspendre ses phrases juste avant l’essentiel , n’avait rien dit clairement .

Mais moi , j'avais foncé comme un fou au rendez-vous de Central Park , revoyant encore , à Paris , le visage de ma chère prof d'anglais venue , au temps des adieux , m'offrir ce petit carnet que je garderais comme un souvenir de notre rencontre , et , peut-être , avait-elle ajouté , la larme à l'oeil , une occasion de nous revoir un jour .

M'étais-je trompé ? Maintenant , deux hommes marchaient à distance régulière , ni pressés , ni réellement discrets , leurs silhouettes se détachant , menaçantes , des troncs d'arbres , l’un portant un manteau sombre , trop rigide , l’autre ayant cette manière très professionnelle de scruter sans bouger le visage .

Terrifié , j'accélérai .

- Vous devriez éviter de galoper , me lança discrètement ma voisine .

Alors , tandis qu'avec une fermeté inattendue , sa main se refermait sur mon bras , je sentis mon estomac se nouer . Nous quittâmes Central Park rapidement , sans courir d’abord , puis de plus en plus vite , comme si la ville elle-même se refermait derrière nous . Les rues se succédaient sans logique apparente . Katalin avançait sans hésiter , bifurquant brusquement , changeant de trottoir , puis ralentissant parfois sans raison visible . Je n’avais plus le temps de l'interroger .

19 - Le Wellington Hotel se dressait comme un point fixe dans un déplacement continu de la fièvre new-yorkaise . J’y étais descendu presque par hasard , sans savoir que ce lieu deviendrait , lui aussi , incertain . Nous y étions entrés sans échanger un seul mot . Le hall était calme , apparemment vide . Le réceptionniste leva à peine les yeux. . Dans l’ascenseur , elle observa , dans le miroir , le reflet des chiffres des étages .

- Vous étiez censé la retrouver ici ? , m'interrogea-t-elle .

- Oui .

- Et vous pensez quelle vous aurait attendu ?

- Christie ne fait jamais rien sans raison , vous la connaissez peut-être ? , lui demandais-je à mon tour .

Elle détourna légèrement le regard .

La porte de ma chambre , au 7è , était fermée. À première vue , rien d’anormal . Ce fut elle qui , cependant , posant la main sur la poignée , puis  figée un instant , comme à l’écoute , remarqua un léger détail .

- Elle a été ouverte ! , me dit-elle en m'indiquant un décalage presque imperceptible dans l’alignement de la serrure .

Un silence étrange emplissait la pièce , comme si quelqu’un venait de la quitter . Je vis qu'une valise avait été légèrement déplacée , qu'une chemise était pliée autrement .

Katelin se dirigea rapidement vers la fenêtre , écartant légèrement le rideau .

- On ne reste pas ici ! , ordonna-t-elle .

- Où alors ? , lui demandais-je .

Elle hésita une seconde très brève .

- Chez moi !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël TremenVIII - Hôtel Wellington - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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* " Letter From an Unknown Woman  " ( Lettre d'une Inconnue ) , film de Max Ophüls ( 1948 ) , avec Joan Fontaine , Louis Jourdan

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VII - Christie .

30 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Cathédrale épiscopalienne de la Saint-Trinité , avenue George V , à Paris .

Cathédrale épiscopalienne de la Saint-Trinité , avenue George V , à Paris .

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

VII - Christie

       

         

 

 

 

 

" Nous ne pleurerons pas ,

  Nous tirerons notre force 

  De ce qui subsiste ... "

William Wordsworth ( 1770 - 1850 )

" Suggestions de l'Immortalité

   A partir de Réminiscences

   de la Tendre Enfance " ( 1804 )

 

 

 

 

 

    

 

 

 

13 - Sans doute en est-il des rêves d'antan comme de ces feuilles mortes que le vent pousse et  qui changent de place ? Peut-être avait-elle disparu trop vite , cette fille de son passé , il ne savait dire où , exactement , dans ces déserts trop vastes d'Amérique , où les visages se perdent sans même avoir été regardés ? Comme si elle savait déjà qu’elle partirait un jour , avec cette manière de sourire qui désarme , et lui , naïvement , qui croyait encore que certaines rencontres pouvaient échapper aux lois du siècle , il en était tombé amoureux avec la brutalité presque ridicule d'un chercheur d'or ! Un vertige , une évidence ! Et puis elle s’était effacée comme une silhouette qui tourne au coin de la rue et ne revient jamais . D'ailleurs , comment l'oublier s'il n'arrêtait pas de revenir sur les lieux de rencontre , du côyé de l'avenue George V , par exemple , en cette église épiscopalienne de la Sainte-Trinité ? ( 32 )

Etait-ce pour déplacer sa douleur , ou tenter de distraire sa souffrance , que , repérant une annonce de cours particulier d'anglais derrière une vitrine , il avait fait la connaissance de l'autre ? Elle aussi , par ironie du destin , se confia-t-elle ensuite , était venue à Paris depuis New-York pour étudier la danse , mais avec des origines hongroises qu’elle évoquait parfois avec une gravité inattendue .

Elle avait des gestes précis , presque retenus , comme si elle se sentait surveillée dans chacun de ses mouvements .

Contrairement à la première , elle ne se livrait pas , d'ailleurs , mais préférant se tenir à distance , elle finissait par éclater toujours d'un rire sonore . Il crut crois que c’était ce qui l’avait attiré , son sens de l'humour ! Christie ne ressemblait à personne . Elle lui donna l'étrange impression d’être toujours légèrement en avance sur ce qu’elle voulait dire . Comme si ce qu'il entendait d’elle n’était qu’un écho . Elle pouvait rester silencieuse très longtemps , puis soudain parler avec une précision désarmante en reprenant une conversation interrompue bien avant . Puis , il y avait ces moments imprévisibles , crises de fou rire , brutales , incontrôlables , qui , parfois , la prenaient sans cause apparente après une intonation maladroite , un mot mal prononcé par son élève , parfois même un silence , un détail insignifiant . Lui riait avec elle de bon coeur , la larme à l'oeil , incapable de l’arrêter , lui pressant la main , comme si quelque chose en elle cédant enfin , pouvait les rapprocher davantage !

14 - Elle parlait parfois d’un homme , un compatriote , ajoutait-elle . Ce mot sonnait comme une frontière . Il n’avait jamais su s’il existait en vérité , ou s’il n’était qu’un écran protecteur dressé entre elle et lui , couverture commode pour détourner sa curiosité . leurs conversations restaient inachevées . Plusieurs jours de suite , elle disparaissait puis revenait comme si rien n’avait été interrompu . Et lui , il s’accrochait , malgré tout , bien qu'un jour , elle lui déclara qu'elle partait pour de bon , ce qu'elle fit sans adieu véritable , sans un regard , ce regard qu'il ne comprit que trop tard . Juste quelques mots , presque administratifs . Comme avec l’autre , il aurait pu en rester là . Mais non . Ce ne fut qu’une fois sur place qu'il se rendit compte . Il y avait ces détails , des choses qu’elle avait laissées derrière elle , un carnet volontairement oublié , peut-être , avec , à l'intérieur , une phrase soulignée suivie d'une adresse incomplète . Et surtout , ce dessin maladroitement tracé d'une allée bordée d’arbres , d'un bassin , d'une arche de pierre à Central Park , où elle aimait se promener , lui confiait-elle parfois , presque distraitement , du côté de la " Statue de l’Ange " , lui décrivant les arbres , la lumière , le silence inattendu au milieu de la ville . ( 2 )

Il ne savait pas pourquoi tout cela lui était soudain revenu . Ni pourquoi , un jour , il décida d'y aller .

15 - New-York , alors , lui apparut comme une ville étrangère , presque hostile . Trop vaste pour contenir une réponse , trop bruyante pour laisser remonter la vérité . Pourtant , suivant méthodiquement les indices , comme s'il répondait à une injonction silencieuse , les souvenirs lui revinrent , mais pas dans l’ordre . Ils s’imposèrent peu à peu , l’endroit correspondant exactement au dessin . Tout était là , à l’identique , ou du moins tel qu'il l’avait reconstruit dans sa mémoire . Le monument se dressait à l’écart , presque oublié , comme s'il n’appartenait plus vraiment à ce paysage , l'être céleste semblant penché en avant , dans un mouvement suspendu , entre chute et envol . Il y était venu avec le carnet , ne sachant pas pourquoi il l’avait gardé , ni pourquoi il l’avait apporté .  Il faisait si froid . Le vent passait avec un bruit sec entre les arbres .

Peu de monde , à cette heure . Ou peut-être qu'il ne les voyait pas . Pourtant , c’était là qu'il devait l’attendre ! Mais ce n’était plus elle ! Une autre femme , immobile , avait pris maintenant sa place devant la fontaine , bien que rien dans son style vestimentaire ne le suggérât ouvertement . Lorsqu’elle s’approcha de lui , il remarqua tant son angoisse que sa nervosité ! 

- Vous ne devriez pas être ici !

Sa voix était grave et ferme . Il ne lui avait pourtant pas répondu , attendant autre chose , peut-être , qu'une mise en garde , un petit mot d'accueil , une quelconque explication ? 

- Partez ! , avait-elle insisté . Vous êtes en danger !

Tout cela , sans doute , était censé lui faire peur , malgré toute la peine qu'il avait prise pour honorer ce rendez-vous que son étudiante parisienne lui avait tacitement donné avec ce carnet remplis de notes , lui aussi négligemment oublié , de même que son ancien élève : 

- Si jamais tu viens là-bas , passe un coup de fil !  
Oui , il aurait dû en sourire à cause de ce qu'il prenait certainement pour une mise en scène , une nouvelle blague de cette prof aux plaisanteries facétieuses ! De loin , il se rappela avoir demandé à cette femme si elle connaissait la danseuse ,  et si tout cela avait un sens . Elle avait hésité , lui sembla-t-il , une fraction de seconde .

- Il est déjà trop tard pour poser ces questions !

Le vent faisait , autour d'eux , tomber les feuilles qui , avant de toucher le sol , tourbillonnaient lentement , comme si leur décor lui-même hésitait encore à vouloir continuer de jouer cette mascarade . C'est alors que , rempli soudain de peur , il se dit que , peut-être , il était tombé dans une sorte de piège !

16 - Ce rendez-vous n’en avait que l'apparence . On ne lui avait pas donné d’heure précise .  Uniquement ce dessin d'une silhouette d’ange , ailes ouvertes ,  dans un carnet , grossièrement esquissée , au-dessus d’un socle ... Il l’avait reconnu sans certitude : une statue dans un parc , à l’entrée d’un pont . 

Lorsqu'il lui parla de Paris , des cours de Christie , son interlocutrice le fixa longuement . Puis quelque chose changea dans son expression .

Non pas de la surprise , mais de l’inquiétude .

Elle avait détourné les yeux .

- Vous nauriez pas dû venir .

- Pourquoi ?

Elle hésita un moment .

- Parce qu'ils savent , maintenant .

- Quoi ? Qui ?

Elle esquissa un demi-sourire , sans joie.

- Vous posez bien trop de questions !

Le vent s’était levé davantage , faisant s'envoler une brume de fines gouttelettes de rosée .  

- Écoutez-moi . Partez !

- Et Christie ?

Elle avait brusquement reculé , cette fois .

- Ne prononcez pas ce nom , surtout pas ici !

Un instant , le visiteur crut qu’elle allait ajouter quelque chose , une explication , même fragmentaire qui le fit se rapprocher d'elle . 

- Ils se sont trompés , murmura-t-elle .

- Qui ça ?

Elle secoua la tête .

- Ça na plus dimportance mais ils voudront corriger leur erreur .

Cette phrase avait eu sur lui un étrange effet , comme si elle venait confirmer une intuition qu'il refusait encore de formuler .

- Vous êtes en train de me dire que , à cause dune erreur , je suis en danger ?

- Non , répondit-elle . À cause dune ressemblance .

Elle ajouta , plus bas :

- Et dans leur monde , ça suffit .

Maël voulut en savoir plus et comprendre pourquoi Christie avait impliqué cet homme dont il avait pris la place , et ce qu’il avait fait . 

Mais déjà , elle s'apprétait à partir .

- Écoutez-moi bienDonnez-le moi ! , dit-elle simplement .

Comme convenu , il lui tendit alors le précieux cahier qu'elle n'ouvrit pas tout de suite , le prenant d'abord comme on vérifie une consistance , un poids . Puis , elle en tourna quelques pages , rapidement , ses doigts le feuilletant à un endroit précis .

- Je crois qu'on a eu raison de vous faire confiance , lui dit-elle d'un air ironique .

- Où se trouve-t-elle ? , insista-t-il encore .

17 - Elle avait relevé les yeux vers lui . Un instant , le voyageur crut reconnaître l'ombre du rire de Christie . Elle lui ressemblait sans lui ressembler . Même port de tête . Même manière de s’arrêter avant de parler . Mais quelque chose de plus dur dans le regard . Moins d’hésitation .

- Si elle a fait ça , cest quelle navait pas le choix , se contenta -t-elle de lui répondre . Partez , maintenant ! Quittez la villeChangez de nom , si vous le pouvez . Mais , avant toute chose ...

Elle hésita .

- Nessayez plus de nous retrouver !

La phrase était presque identique à l' autre , celle qu'il avait déjà oubliée .

C’est à ce moment-là qu'il remarqua la présence de deux hommes . Trop loin pour entendre . Trop proches pour être indifférents . Ceux-ci ne regardaient pas directement vers eux . Mais leur immobilité avait quelque chose de volontaire , témoignant physiquement d'une impatience , d'une attente . Il fit un mouvement , pendant que la femme posait plus fermement la main sur le carnet .

- Ne vous retournez pas !

Presque figé , il la supplia , dans un  murmure :

- Ils sont là ?

Oui .

Le vent avait traversé l’allée , soulevant les feuilles telles des âmes tournant comme un nuage sombre dans l'eau du ciel , avant de retomber mouillées tout autour de la statue .

 

 

FIN DE LA 1ère Partie

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxVII - Christie - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

 

32 - Cathédrale américaine de Paris ( American Cathedral in Paris ) , également cathédrale de la Sainte-Trinité ( Cathedral of the Holy Trinity ) , 23 , avenue George-V - 75008 .

33 - Fontaine Bethesda , ornée de la " Statue de l'Ange " , se situe au centre de Bethesda Terrace à Central Park ( New-York ) . 

 
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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - Epilogue - V - Vertige .

18 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Proxima b

Proxima b

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

Epilogue

 

 

 

 

V - Vertige

 

 

" O toi , sosie , personnage au teint pâle ,

  Pourquoi revivre mon haut mal ? "

Heinrich Heine *

 

 

 

 

 

 

 

36 - Le vaisseau ne descendait plus par lui-même : il semblait être aspiré . 

Au-delà du hublot que constituait le bassin de la salle bleutée , la mer n’était plus une surface , mais une profondeur inversée , un ciel liquide où , au cœur de cette immensité , lentement , irréfutablement , pulsaient des lueurs faisant naître la ville d'Ys , d’abord comme un mirage , puis comme une évidence , faite de tours élancées et translucides , pareilles à des orgues de cristal , et se déployant en spirales concentriques , tandis que , suspendues , des passerelles courbes dans une architecture défiant toute gravité , reliaient les hauteurs . L’eau n’engloutissait pas la ville , mais la traversait , la nourrissait , la révélait , des flux lumineux circulant dans ses artères de couleur sanguine , mêlant or , azur et vert profond . Des jardins fleuris flottaient dans des bulles d’air stable où croissaient des arbres de métal aux feuilles phosphorescentes , dont chaque frémissement semblait répondre à une musique inaudible . Des créatures évoluaient entre les structures : silhouettes centaurides , peut-être , étirées , fluides , presque liquides elles aussi . Yowan , d’abord , sentit une pression derrière ses tempes . Rien de douloureux , comme une ouverture  en lui  qui , toutà coup , cessait de lui résister . Des images multiples , fragments d’une époque antérieure à toute histoire connue où l’individu n’était pas une frontière , mais un point de passage , se mirent à affluer comme un film sous son crâne en feu et dans les ondoiements de la vasque circulaire en fibre de verre : mers retirées , ciels différents , corps multiples , consciences partagées . Posant sa main dans celle de son double terrestre , Izold n'avait plus besoin de le regarder . Son geste n’ayant plus rien de symbolique , avait déclenché une onde véritable qu'affleurait maintenant , sans passer par les mots , l'unicité de leur pensée .

- Tu vois ? , lui dit-elle avec douceur .

Leurs perceptions se superposaient , deux angles , deux mémoires , deux sensibilités qui refusaient désormais de rester distinctes . Leur respiration se synchronisa , leurs identités , loin de disparaître , s’intensifiait au point de les traverser mutuellement , tandis qu'un frisson les parcourait . Chaque pensée de l’un trouvait son écho exact chez l’autre , mais transformé , enrichi , prolongé .

Oui ... mais je ne vois pas seulement avec mes yeux , lui répondit-il en tremblant .

La lumière d’Ys continuait de pénétrer le vaisseau , ne venant pas de l’extérieur , mais , émanant d'eux , comme un reflet dans le miroir des origines , la vitre organique aux chatoiements ondulatoires ! Alors , la trajectoire changea imperceptiblement , comme si la cité elle-même validait cette naissance . Les structures lumineuses s’intensifièrent , pendant qu'un passage s’ouvrait au cœur des spirales , voie directe vers le centre où l'entité Eoghan  , maintenant , pouvait ,  avec une conscience élargie , capable de percevoir simultanément les flux d’énergie , contempler toutes les mémoires inscrites dans la matière terrestre ou centaurienne ,  invisibles présences qui , alternativement , l'ayant reconnu , habitaient en lui et dans la cité . 

37 - Le gardien de phare , lui , s'était senti si fatigué qu'il était tombé tout habillé sur son lit ! 

L'espace d'un instant , perdu dans son délire , s'interrogeant sur sa solitude effroyable au milieu des cieux de couleur sombre où évoluait un ange noir le narguant , son double , marionnette ridicule , sinistre pantin voguant comme un aigle aux serres sanguinolentes , faisant planer son ombre tragique sur d'ineffaçables traces de ses crimes inexpiables ! Puis , il se demanda , sanglotant , s'il était vraiment possible de survivre au terme du parcours , comme si , en sautant dans le vide , en franchissant ainsi le seuil de cet au-delà inespéré du mal depuis le haut du cercle , on parvenait , pour finir , à se débarrasser du vieil uniforme de ses illusions perdues ... Qu'offrons-nous , pensait-il , à la douleur des autres qu'un peu d'indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ?

C'était l'été 2088 , on était au bord du gouffre , un vent de folie meurtrière s'apprêtait à embraser toute la planète ! Mais qui aurait vraiment voulu s'en préoccuper ? Cette fois , ça se passerait en silence Après tout , réfléchit-il , quand il n'y aurait plus de futur , la mort viendrait comme une voleuse , et la foudre tomberait , chantant sa funeste mélopée ! Une fois de plus , il se souvint de la théorie de ce professeur de Douarnenez qui , lui ayantt parlé de la chute de la Bretagne en juillet 1488 , prétendait qu'elle avait anticipé , le même mois , celle de la France , juste trois siècles plus tard , lorsque après l'appel du château de Vizille ( 21 juillet 1788 ) , furent convoqués par Louis XVI les états généraux qui allaient entraîner sa chute , signe avant-coureur de l'inévitable déclin de la puissance coloniale .

Décidément , l'été , songea-t-il ... ( XIII )

C'est alors que , se réveillant , il crut voir un énorme gouffre de ténèbres trouer le ciel ! Tout lui semblait si sombre soudainement , mystérieux comme le martèlement de la pluie sur la vitre , résonance en lui d'un glas sépulcral au-dessus de la loge où il dormait . Regardant par la fenêtre , il remarqua quelques traces de l'orage nocturne ayant agité sous son crâne un ouragan bien plus dévastateur que sur les quais détrempés , tandis qu'à l'horizon mystérieux couronné de nuages menaçants , dans les lointains d'un bras de mer assoupi , le veilleur vit soudain surgir les batîments d'une immense armada ennemie sillonnant l'océan comme les vaisseaux et les veines qui serpentaient parmi les lobes de son cerveau en feu !  

 

 

 

 

FIN

 

                                     

 

 

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Notes :

XIII - Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier ( Sant-Albin-an-Hiliber ) le 28 juillet 1488 / Appel du château de Vizille ( 21 juillet 1788 ) . 

 

" Du , Doppelgänger ,

    Du , bleicher Geselle ,

    Was äffst du nach mein Liebesleid ? "

 

" Der Doppelgänger / Le Double "

 Poème de Heinrich Heine ( 1787 - 1856 ) ,

 Musique de Franz Schubert ( 1797 - 1828 )

( SchwanengesangLe Chant du Cygne , Posth. 1829 ) .

    

 
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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - IV - Terre Nouvelle .

16 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Proxima Centauri b .

Proxima Centauri b .

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

IV - Terre Nouvelle

 

 

" Je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe . Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu , et mille fleuve pareils , dont les teintes indiquaient les différences chimiques , sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " I ,4 . *

 

 

 

 

 

 

 

32 - Elle s’était éloignée vers la passerelle de pilotage , en périphérie de la salle , mais son passage occupait encore chaque repli de l’espace qui semblait simplement se réorganiser autour d’eux , comme si le monde extérieur avait décidé de glisser , silencieusement , vers une autre configuration .

Sans comprendre , ils percevaient qu’elle n’était pas seulement la commandante de ce vaisseau , dont le mouvement n'était perçu par personne , mais en était sinon l’interface , peut-être même l’origine , par sa présence indicible , et dans le hall bleuté où , peu à peu , le temps se dilatait , la cohorte d'êtres brisés dont ils faisaient partie croyait renaître , sensation si douce , dans le ventre d'une mère aux clartés apaisantes , car il n’y avait ni vibration , ni accélération , ni ce vertige propre aux départs irréversibles . Certains s’étaient assis , d’autres restaient debout , rêvant immobiles , comme suspendus à une pensée qui ne parvenait pas à se formuler . La vision de la cité d’Ys continuait de palpiter dans le bassin central , mais elle s’était faite plus diffuse , presque irréelle , comme un souvenir que l’on tente de retenir au réveil .

Yowan , lui , ne la quittait pas des yeux de l'âme ! À un moment , la lumière changea presque imperceptiblement . Le bleu ambiant se fit plus profond , tirant vers des teintes abyssales , tandis que les parois cessèrent de respirer , leur rythme devenant autre , plutôt , beaucoup plus lent . Quelque chose , en dessous , les appelait ! C'est alors qu'un frémissement parcourut le sol .

Non pas une secousse , mais une résonance , comme si le vaisseau venait d’entrer en contact avec une structure plus vaste , enfouie , oubliée . Ce fut une révélation . L’eau s’ouvrit , laissant apparaître des formes cyclopéennes , des arches brisées , des colonnes inclinées , toute une ville en ruine envahie par une obscurité dense , avec une architecture que rien , dans le monde connu de la Terre d'en-haut , ne pouvait vraiment expliquer !

- Ce que vous voyez , précisa un officier centaure , nest pas qu'un vestige du passé .

Le sol vibra à nouveau , plus nettement . Sous le sable et les sédiments , quelque chose persistait à vivre , un murmure , presque instinctif , montant du groupe , confirmait que c'était évident :

- L’Atlantide ! ( XII )

Portant la main à leur cœur , les passagers ressentirent alors tous monter comme un appel dans leur poitrine , lorsqu'ils virent à l'extérieur , un signe lumineux , par un hublot , clignotant en résonance avec ce qu’ils percevaient en eux-mêmes comme dans le bassin !

- Nous ne faisons quarriver , précisa Izold . Nous sommes attendus .

33 - Dehors , posée comme une pieuvre tapie au cœur de cette immensité , s’étendait une structure gigantesque , un astronef que la cité engloutie semblait avoir engendré , ou accueilli depuis des siècles oubliés , dont la forme quasi invisible échappait à toute géométrie simple , se déployant en anneaux concentriques et spirales qui se repliaient sur elles-mêmes , composé de zones entières semblant en sommeil , tandis que d’autres pulsaient d’une activité discrète , presque organique . Yowan cligna des yeux . Pendant une fraction de seconde , il eut la sensation très nette de comprendre que le vaisseau venu de l’île Tristan s’intégrerait entièrement à l’aéronef abyssal , et qu'ils étaient en train d’entrer dans quelque chose de bien plus vaste , comme une cellule retrouvant une structure-monde , une arche interstellaire !

34 - Elle s’approcha de lui . Chacun de ses mouvements , pourtant naturel , semblait calculé , comme s’il obéissait à une loi plus profonde . Lorsqu’elle fut devant lui , elle ne parla pas immédiatement , mais l'observa . Et dans ses yeux de cristal , Yowan sentit une reconnaissance .

- Nous ne sommes pas séparés , lui murmura-t-elle mentalement . Pas au sens où tu las toujours cru .

Elle lui tendit la main . Le geste aurait pu sembler simple . Il hésita parce qu’il pressentait que ce contact ne serait pas anodin , qu’il ne s’agirait pas d’un simple geste humain d'habitude , mais d’un point de bascule . Posant pourtant sa paume dans la sienne , ce fut comme une déchirure , une expansion brutale de la perception , comme si toutes les limites de son être venaient d’être abolies d’un seul coup ! La peau d’Izold n’était pas de chair . Il ne sentait plus seulement la sienne , il percevait en elle des flux , des courants , des structures invisibles circulant entre eux , pendant que des fragments de la centauride affluaient en lui , avec des paysages inconnus , des architectures vivantes , des constellations qui ne correspondaient à aucune carte terrestre . Et à travers tout cela , une continuité , une mémoire qui n’était pas individuelle , mais collective , stratifiée , légendaire ! 

- Connais-tu le pouvoir de la volonté ?

Le vertige devint alors presque insoutenable .

- Arrête ! , lui souffla-t-il , complètement exténué .

Mais elle ne retira pas sa main . Bien au contraire . Elle resserra légèrement son étreinte , comme pour stabiliser ce qui menaçait de se dissoudre .

- Ne me résiste pas !

Sa voix vibrait en lui , impérative , mais , de plus en plus , comme si une logique interne commençait à émerger de ce chaos apparent , se mettait à devenir consolatrice et bienfaisante .

- Nous avons été séparés , lui dit-elle , fragmentéspour habiter des formes incompatibles .

Quant à lui , face à celle qui observait la scène , silencieuse , il ne pouvait encore comprendre que c'était leur façon de parcourir le cosmos à des distances vertigineuses , de voyager dans les étoiles par la pensée !

- Où nous allons , vous ne pourrez pas rester tels que vous êtes ... , finit-elle par ajouter . La transition doit rester invisible ...

35 - Yowan rouvrit les yeux .

- Nous approchons de Proxima , précisa-t-elle .

Ce nom , jadis inconnu , résonnait en lui  désormais , comme une évidence .

- Notre système est devenu le centre dun nouvel équilibreun autre foyer pour ce que votre monde na pas su préserver .

Sans rompre totalement le contact , elle relâcha légèrement son étreinte .

- Là-bas , les lignes de mémoire que vous appelez " celtiquesperdurent depuis l'aube de manière fondamentale .

Une lumière nouvelle , comme en écho à ses paroles , traversa les coeurs .

- Plusieurs nations coexistent , poursuivit l'extra-terrestre , chacune ayant conservé sa singularitéUn empire sest ainsi structurénon pas dans le sens de domination coloniale que vous pourriez lui donner , mais comme une organisation vivante de peuples reliés .

Des images fugaces traversèrent l’esprit du breton qui fixait encore le hublot central , bassin de l'Arche : des terres vertes sous un ciel double , des cités faites de pierre et de lumière , des voix chantant dans une langue qu’il reconnaissait sans l’avoir apprise .

Elle le fixa .

- Breizh en fait partie .

Le cœur de Yowan se serra .

- Sa langue na pas disparu .

Il frissonna .

- Elle a juste évolué .

Puis , presque imperceptiblement , elle ajouta :

- Et cest là que se trouve Ys , capitale de la Nouvelle-Bretagne ...

Leurs mains se séparèrent enfin . Mais le lien , lui , demeurait , irréversible , désormais .

Dans le lointain , l'éclat d' une étoile rouge commençait à croître dans l’obscurité . Avec elle , une promesse , un destin !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - IV - Terre Nouvelle - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Breizh-Terminal " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

XII - La Demeure Enchantée  ( Cycle de L'Etoile II ) , V - L'Île Fabuleuse - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

 

 

*  " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - III - Traversée .

15 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Ker Is , acrylique de Marc Mosnier

Ker Is , acrylique de Marc Mosnier

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

III - Traversée

 

 

" La traversée jusqu'à cette terre fabuleuse

  Où s'anéantissent nos plus belles espérances ,

  Où nos frêles esquifs s'abîment dans les ténèbres ,

  Voyage qui exige avant tout courage , probité ,

  Patience dans l'épreuve ... "

  

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , I , 1 . *

 

 

 

 

 

 

30La mer , ce soir-là , autour de l’île Tristan , demeurait lisse , n’ayant cependant plus la même respiration , presque irréelle , comme si , suspendue , elle avait cessé , dans un silence trop vaste pour être naturel , d’appartenir au monde connu . Même les quelques goélands qui restaient en l'air s’étaient tus , dessinant dans le ciel des cercles vides , des trajectoires interrompues . Le vaisseau apparut sans vague , sans remous , presque sans déplacement perceptible .

Il était arrivé là , simplement , masse aux contours fluides , parcourue de veines lumineuses d’un bleu sombre , comme si une énergie intérieure y circulait . Sa surface , qui ne réfléchissait rien , paraissait absorber le paysage autour d’elle . Le Guern , gardien du phare , fut le premier à percevoir cette petite lueur depuis la salle des lanternes , croyant à un quelconque reflet lumineux sur l’horizon . Mais la lumière persistante , immobile tout d’abord , ne clignotait pas , ne vacillait pas , grandissant peu à peu , et semblant franchir l'épaisseur du réel , depuis une autre dimension . Lorsqu’il toucha la rive , aucun choc ne se produisit . La matière du rivage sembla l’accueillir , se déformant légèrement , comme une mémoire qui reconnaîtrait ce qu’elle n’avait pourtant jamais vu . Alors , l’île fut parcourue d'un souffle et les derniers habitants de la zone , qui n’étaient plus très nombreux , regroupés depuis des jours dans une attente sans nom , sortirent lentement de leurs demeures . Quelques dizaines tout au plus . Des visages marqués , creusés par les nouvelles inquiétantes venues de l'est . Paris , la capitale , détruite  , selon le communiqué laconique de la radio , qui avait d'abord parlé d’effondrement de l'armée , avant d'évoquer ensuite cette nuit qui avait brusquement avalé , une à une , les lumières de la ville ainsi que toute la richesse de sa prestigieuse architecture ! Aucun détail précis , pourtant , seulement des fragments de voix , des témoignages incohérents , des transmissions interrompues . Tout convergeait . Maintenant , d'après une rumeur insistante d'attaque imminente sur la Bretagne , ce serait , bientôt , le tour de l’île Longue , évidemment , base nucléaire stratégique devenue cible !

31 - Une ouverture s'était dessinée dans la coque , non pas comme une porte , mais comme une absence progressive de matière . Une forme humaine en avait émérgé . 

Lorsqu’elle posa le pied sur le sol de l’île , le silence se fit plus dense encore . Elle avançait lentement , vêtue d’une tenue aux reflets irisés , pareille à la surface du vaisseau . Ses traits semblaient à la fois jeunes et anciens , comme s’ils avaient traversé plusieurs âges sans jamais s’y fixer . L'îlien qui devait l'accueillir sentit alors quelque chose se fissurer en lui . Ce n’était pas une émotion ordinaire .

Ni admiration , ni désir au sens commun . C’était une reconnaissance brutale , presque douloureuse , comme si une partie de lui-même , oubliée depuis toujours , venait soudain d’être réveillée . Il tenta de détourner le regard . Mais c'était impossible !

Izold s’arrêta un instant , balayant l’assemblée de ses yeux clairs . Lorsqu’elle croisa ceux de Yowan , le temps sembla se contracter une seconde , peut-être moins , mais elle contenait une densité insoutenable . Puis elle reprit sa marche , entourée de ses lieutenants , dont la taille dépassait la normale , et dont la physionomie différait étrangement de celle des terriens de l'endroit .

- Vous devez embarquer ! , dit-elle avec autorité .

Sa voix ne portait pas , et pourtant chacun l’entendit distinctement , comme si elle s’adressait à lui seul . Personne , d'ailleurs , n'aurait osé lui poser de questions . Docilement , ils avancèrent , un à un , vers l’ouverture du vaisseau . Alors , complètement résignés , mais avec une lenteur propre à ces instants de doute et d'angoisse où la conscience n’a pas encore bien décidé si elle doit croire ou fuir , ils montèrent tous à bord . La commandante et son équipage , à l’intérieur , les rassembla dans une vaste salle circulaire où une lumière bleutée , organique , émanant des parois qui respiraient comme une peau vivante , enveloppait les corps , calmant les esprits . Le sol y était lisse , presque liquide . Au centre , une légère dépression formait une sorte de bassin sec , dans lequel se reflétait une lumière mouvante , comme une mer miniature en perpétuelle transforma- tion . Les réfugiés s’y regroupèrent avec résignation .

Lorsqu’elle entra dans la salle , un frisson parcourut l’assemblée , puis le silence devint total .

- Vous avez quitté un monde qui seffondre ! , leur déclara-t-elle avec une certaine solennité , dressant le tableau desespéré des derniers évènements . 

Certains baissèrent les yeux . D’autres fermèrent les paupières , comme pour contenir une douleur devenue trop vaste . Un murmure parcourut le groupe . Non pas de protestation, mais d’acceptation difficile . Quand elle leva légèrement la main , la surface du bassin central s’anima . Des formes émergèrent , d’abord indistinctes , puis progressivement reconnaissables , dessinant une cité qui s’élevait au-dessus des flots , mais aussi en dessous , comme si elle avait existé sur plusieurs plans simultanément .

- La ville d’Ys doit renaître aux derniers temps !  , s'écria l'officière tournant lentement sur elle-même , son regard croisant celui de chacun , tandis qu'un souffle collectif traversait la salle , bouleversée par ce nom chargé de légendes et d’ombres , qui semblait résonner en eux avec quelque chose de plus profond qu'ils n'arrivaient pas à définir . ( XI )

Le voyage se fit sans mouvement , en apparence . Le bâtiment glissait hors du visible à une vitesse inimaginable , puis s’immergea dans des profondeurs que nul regard humain n’aurait pu soutenir . Là , au cœur d’un océan devenu opaque , apparut une structure immense , un astronef dissimulé parmi les ruines d’une Atlantide oubliée !

Pourtant, les passagers ne se rendirent compte de rien , laissant leur esprit transformer le réel sans aucune rupture dans leur nouvel habitat s’intégrant à l’ensemble , silencieusement , comme une cellule retrouvant son organisme .

Seul Yowan perçut une dissonance , une fissure , avec , au centre de cette faille : Izold !

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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Notes :

XIUne légende dit que quand Paris sera engloutie , ressurgira la ville d'Ys : Pa vo beuzet Paris , ec'h adsavo Ker-Is ( Par-Is signifiant en breton " pareille à Ys " ).

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .

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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - II - L'Île Tristan .

12 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Île Tristan

Île Tristan

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

II - L'Île Tristan

 

 

" Rien de plus fin que la sardine agonisante , qui frétille et qui meurt avec de petits cris , comme si le canot était plein de souris "  

 

Jean Richepin - La Mer , Les Gas , XI , " Les Sardinières " ( 1894 ) *

 

 

 

 

 

 

27 - Yowan Le Guern , tout d'abord , ne vit rien . Dans ce monde contraint , personne ne parlait  facilement de ce qui échappait aux systèmes de contrôle . Sa maison , mi-enterrée , mi-vivante , au pied du phare , ajustait lentement sa température en économisant chaque unité d’énergie . Au loin , les structures organiques réduisaient leur activité nocturne . Le ciel redevint noir , mais pas tout à fait vide . Il parut s’allonger comme le veilleur qui , se rendormant presque aussitôt , se met à rêver sans transition , se retrouvant debout , tout à coup , face à la surface sombre d'un miroir . Mais ce n'était pas une glace ordinaire . La matière en était instable , tel un flot figé en attente de mouvement , celui d'une marée grise où , peut-être , l'eau de ce lac où il avait failli se noyer , tout petit , parmi les feuilles de la forêt qui lui criaient dessus , bousculées par le vent d'automne ! 

Puis une forme , lentement , comme une goutte les reflétant , sembla se détacher d'elles tandis qu'apparut , peu à peu , l'ombre d'un visage qui , instinctivement , le fit s'agiter . Car ce qu’il voyait n’était pas humain !

28 - L’île Tristan , vivotant en silence au large de Douarnenez , comme détachée du reste du monde , ressemblait plus à une épave ayant , par chance , échappé à l’effacement général qu'à un refuge providentiel pour mouettes et goélands . Les marées ayant changé , les courants aussi , l’océan , devenu instable depuis l’effondrement énergétique du siècle précédent , respirait maintenant d’une manière inconnue . Certains disaient qu’il se souvenait quand même de sa grandeur passée , que la Terre , ailleurs , s’était comme vidée d'elle-même , les réseaux énergétiques s’étant tus les uns après les autres , non dans un fracas , mais dans une extinction progressive , irréversible . On avait parlé de crise , de rupture , d’effondrement ! Le gardien vivait là depuis quelques années , nommé par le gouvernement pour surveiller la zone . Il n’avait pas fui le continent , mais , au contraire , il s’en était retiré , nuance essentielle . De l'autre côté , en effet , là-bas , rongées par la pénurie , les migrations , les conflits pour les dernières sources d’énergie , villes et campagnes , peu à peu , s’étaient éteintes les unes après les autres . La capitale , même , n’était plus qu’un nom chargé de cendres et de récits contradictoires . Mais ici , sur Tristan , le temps semblait retenu . Chaque matin , l'ilien parcourait des sentiers battus par le vent , se mettant à observer les pierres levées , les racines anciennes , les fragments d’un passé que personne ne savait plus vraiment dater , croyant , ou faisant semblant de croire , que son havre n’était pas seulement une curiosité géographique , mais un vestige de la cité d’Ys On racontait partout que la ville engloutie n’avait jamais disparu . Qu’elle attendait . Que ses portes s’ouvriraient de nouveau lorsque la folie des hommes aurait oublié la lumière . Mais le monde , il s'en rendait compte , chaque semaine , en prenant sa petite barque pour aller visiter les quelques survivants d'en face , avait préféré , comme toujours , ne rien voir . Le vent , cette nuit-là , était brusquement tombé . Le militaire ne dormit pas bien . Depuis quelque temps déjà , son temps de sommeil était assez troublé par des rêves d'un genre prémonitoire au sens habituel , des images trop nettes , trop cohérentes pour être le fruit d'un simple hasard . Néanmoins , tandis qu'il s'efforçait de fermer les yeux pour vaincre sa terrible lassitude , il crut l'apercevoir , petite vibration , tout d'abord , puis , dans l'obscurité , lumière infime , suspendue à une profondeur infinie . Elle n’était pas une étoile comme les autres , certes , pensa-t-il , toute la galaxie semblant inondée , plutôt , par cette lueur fulgurante qui ne brillait pas au dedans d'elle , mais venait de très loin derrière . Yowan sentit sa présence pulsante qui le transperçait . ( X )

- Tu me regardes enfin ! , lui dit une voix sans nom .

Le dormeur voulut répondre , mais sentit bientôt qu'il n’avait plus de corps , transformé en nuage incandescent , pendant que l'incendie du ciel grandissait sans cesse en lui avant , tout à coup , d'éclater en un violent orage !

29 - Le lendemain , dès l'aube , un vaisseau de mer apparut  , non pas comme un objet , mais comme une déformation de la réalité elle-même , avec une architecture de clarté pure , traversée de lignes mouvantes , comme si la matière y obéissait à d’autres lois .

- Commandante Izold Le Marec !

Le nom s’imposa à lui sans qu’il l’ait jamais entendu . 

Elle se tenait au seuil du navire , devant l'éclairage éblouissant de l'entrée . Il se frotta les yeux , sa forme lui semblait instable , traversée d’éclats paraissant appartenir à une autre physique .

Nous venons vous chercher ! , lui dit-elle .

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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Notes :

X - L'île Tristan ( Ar Fort ou Enez Tristan en breton ) , petite île de Bretagne située dans la baie de Douarnenez , face au Port-Rhu 

 

* Le poète , écrivain et auteur de théâtre , Jean Richepin ( 1849 -1926 ) a marqué l'histoire de Douarnenez . Le boulevard qui longe la mer ( du port de pêche au Port-Rhu ) porte son nom . En 1911 , alors devenu académicien , il achète l'île Tristan , à 50m en face , pour en faire une résidence de villégiature . Elle appartenait alors à un patron de sardinerie . L'île est restée aux mains des descendants de Jean Richepin jusqu'à la fin des années 1980 . C'est à eux que l'on doit notamment le jardin exotique qui s'y trouve . Aujourd'hui , l'île est propriété du Conservatoire du littoral . ( Télégramme )

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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - I - Mysterium Conjunctionis .

9 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - I - Mysterium Conjunctionis .
 

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

I - Mysterium Conjunctionis

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

 

 

23 - La nuit était tombée sans éclat . Yowan Le Guern coupa le dernier module actif de son habitation . La paroi organique se referma légèrement , conservant la chaleur accumulée dans la journée . Autour de lui , la maison respirait l'économie , ajustant sans bruit ses paramètres . 

Dans un monde où chaque watt était compté , se dit-il , aucune source inconnue ne pouvait apparaître sans être détectée , tracée , expliquée . Même si , dans la pénombre , le sommeil vient vite , il savait pourtant ce qu'il avait vu  . L'obscurité , dans cette Bretagne du XXIIe siècle , n’était pas qu'un phénomène naturel . Comme l’énergie était comptée , rationnée , distribuée selon des cycles devenus trop stricts , les grandes structures logeant , ici et là , en dehors de fermes et hameaux solitaires , la population locale , avaient du réduire leur activité lumineuse au minimum . Même les flux aériens s’étaient raréfiés . Le silence , lui aussi , avait gagné du terrain .
Mais la veille , il avait déjà remarqué cette lumière . Pas le feu d'une étoile , car il connaissait trop bien le ciel d’hiver au-dessus des Monts d’Arrée , où il avait vécu auparavant , pour s’y tromper , mais une présence immobile , suspendue sur le phare de l'île , point sur un " i " , comme une braise retenue dans l’air noir . Elle n’avait ni clignoté , ni dérivé .

Elle était restée là , obstinée , presque consciente . Puis elle s’était éteinte . Il n’en avait parlé à personne . Dans ce pays , les choses étranges , de peur qu’elles ne prennent racine dans des mots , restent muettes . 

Cette nuit-là , cependant , son rêve qui , peu à peu , avait réussi à triompher de l'angoisse d'une difficile journée , le promenait au bord d’un étang tout lisse et fleuri , celui de son enfance , qu’il ne reconnut pas tout de suite , lorsque l’eau grise et sans vent , reflétant un firmament plus dense , chargé d’une clarté métallique , lui dévoila un curieux visage d'ombre , de l’autre côté de la rive , ni tout à fait proche , ni tout à fait lointain , comme si la distance elle-même hésitait à se fixer , celui d'une silhouette assez insolite portant des vêtements sans âge , aux lignes simples , presque trop simples , comme débarrassées du superflu des siècles .

 

- Tu me vois ? , lui demanda celle-ci . 

Sa voix n’était pas portée par l’air .

Elle semblait , avec une netteté troublante , naître directement de l’âme .

- Oui ... balbutia-t-il , sans s’étonner de répondre .

Un souffle passa , chargé d’une reconnaissance obscure , qui fit s'envoler quelques feuilles d'automne .

- Alors , dit la forme , cest bien toi . Javais peur que ta mémoire soit rompue .

- Quelle mémoire ?

L’autre eut un léger sourire , mais ses yeux restèrent graves .

- Celle qui nous rassemble . Celle qui fait que j'ai pu te retrouver .

L’eau ne bougea pas lorsqu'il fit un pas en avant .

- Je viens de loin dans lespace et le temps .

Dun monde où existe ton nom depuis l'aube .

Le rêveur sentit une inquiétude sourde monter en lui , comme un écho venu d’avant sa naissance .

- Pourquoi moi ?

- Parce que tu es mon point fragile .

Un souffle fit , à nouveau , se rider l'eau du lac . Et cette fois , l’image trembla .

- Si tu avais fait un autre choix , fit-elle , peut-être nexisterais-je pas ?

Marquant une pause , il mesura le poids de ses paroles .

- D'ailleurs , je ne parle pas seulement de moi .

Le rêveur aurait voulu lui poser mille questions , mais une seule put franchir ses lèvres :

- Qui êtes-vous ?

L’homme hésita . Puis , avec douceur :

- Tu es celui qui me rejoindras .

Dans le ciel marbré du songe , à cet instant , reparut une lumière plus proche , presque menaçante ! 

- Ils mont suivi , ajouta-t-il d'un ton qui , avec une opacité inquiétante , vibra dans le feuillage .

- Écoute-moi bien . Tu dois te souvenir de ceci , même en te réveillant :

il y a un lieu , près de la pierre levée , quon appelle ... Mais le voile se déchira !

 

24 - Sur Proxima Centauri b , on apprenait aux enfants des cités minérales de schiste noir battues par des vents rougeâtres chargés d'oxyde et de poussières ferrugineuses , bien avant même qu'ils ne maîtrisent leur propre langue , les noms anciens de leur terre d'origine . ( IX )

ArmorArgoatBrocéliande , autant de mots préservés pour eux comme des prières ou des reliques sonores , transmis avec une précision presque liturgique .

L'entité Eoghan faisait partie de ceux qui les écoutaient religieusement . Les autres , comme de dociles perroquets , ne faisaient qu'obéir , se contentant de les répéter comme on réciterait un rosaire sans âme . Mais lui cherchait quelque chose d'autre , comme une vérité cachée derrière le fil de mécaniques litanies , passant ses heures d'étude à revivre dans les archives immersives de la colonie , salles immenses pouvant artificiellement recréer des environnements virtuels , tous ces paysages disparus des vieilles légendes qu'on lui avait contées dans sa jeunesse à-propos de la Bretagne et de ses landes balayées par la pluie , de ses pierres dressées bordant une mer d’acier sous un ciel mouvant ...

Leur berceau ! Mais ce n’était pas tout . Depuis quelques cycles , dans les relevés généalogiques , persistait une anomalie , une discontinuité pouvant mener à une rupture nette , un point d’effacement dans la lignée , qui , rapidement , si elle n'était pas localisée , deviendrait impossible à corriger . Comme si , à une date précise du XXIIe siècle terrestre , quelque chose avait interrompu la continuité . Et avec elle , une partie de la mémoire .

- Ce nest pas une erreur , avait fini par admettre le Conseil .

La créature se porta volontaire , finissant par obtenir l’accès aux strates interdites . Là , elle découvrit ce que l’on ne montrait pas à tous : des fragments de conscience enregistrés , des tentatives anciennes de communication rétro-temporelle ...

25 - La traversée ne ressembla en rien à ce que les anciens récits décrivaient . Comme si le temps lui-même devenait une surface que l’on plie , il ressentit une sensation de vitesse , de compression . Puis il y eut la chute . Pas uniquement dans l’espace , mais dans la densité du réel . Quand il put enfin rouvrir les yeux , réveillé de sa biostase en cabine cryogénique , il était arrivé là , en Bretagne . Mais pas celle des archives de naguère . Car là où il attendait des lignes de crêtes nues ,  maintenant , s’élevaient des structures élancées , faites de verre sombre et de matériaux organiques , paraissant poussées du sol plutôt que d’y être construites , pour épouser les reliefs alentour au lieu de les dominer . Des flux lumineux parcouraient leurs flancs , comme des veines glissant entre elles , suspendus dans l’air , modules silencieux , ni tout à fait véhicules , ni tout à fait vivants , qui suivaient des trajectoires courbes tout en évitant instinctivement des oiseaux mécaniques dérivant plus haut . 

De l'autre côté , plus bas , le sol avait aussi changé . Les routes n’étaient plus que d'anciennes traces parfois absorbées par une végétation contrôlée . Des bandes de matière souple s'y déroulaient à intervalles réguliers , transportant des créatures humaines sans effort apparent , comme des tapis mouvants adaptatifs . 

Le Centaure sentit brusquement monter en lui une tension étrange . 

Le paysage s'était transformé , mais quelque chose persistait , qui avait été transféré non pas d’un point à un autre , mais reflété d’un état précis du réel à un autre , comme si deux versions du même monde , séparées par des années-lumière et des décennies , commençant à coïncider , mystérieuse conjonction , provoquaient une brèche dans le miroir de l'évolution . Personne , sinon Dieu , peut-être , n’avait jamais réussi à déterminer l'année d'un nouveau contact , pensa-t-il . Ce jour n'était-il pas enfin venu ? Une chose était , néanmoins , certaine : aînée de cette double origine , la Celtie de Proxima , beaucoup plus grande , entretenait avec sa petite soeur , sur la Terre , un lien très instable , intermittent ... mais vivant !

26 - Certains qu'une tentative d'approche , opérée , non par déplacement physique classique , mais par couplage de conscience à travers la structure miroir , avait été décidée , les premiers explorateurs , d'après les archives , relatant déjà , en des temps antédiluviens , leur expérience d'un tel voyage au travers d'une structure que les chercheurs nommèrent plus tard , faute de mieux , sans doute , onde spatio-temporelle . Cette fameuse machine , l'Arche du Centaure , se trouvait en dehors de la cité , dans une dépression naturelle où la roche affleurait comme une cicatrice . Elle ne ressemblait à rien de connu . Ni navire , ni structure fixe . Une forme ovoïde , parfaitement lisse , composée d’un matériau translucide qui semblait à la fois solide et liquide . Sa surface captait la lumière rouge de Proxima Centauri et la diffractait en motifs géométriques mouvants , comme si elle traduisait le spectre en langage . Une soucoupe , auraient dit les antiques récits terrestres d'astronautes , mais une soucoupe vivante .

- Ce nest pas un véhicule ordinaire , lui avait expliqué le superviseur . 

Le pilote , voulant l'apprivoiser , s’en été approché avec cette sorte de crainte respectueuse inspirée par la lecture des plus grands " psychospationautes " , comme on les appelait par ici . À mesure qu’il avançait , la surface cristalline avait réagi à sa présence , et des lignes de lumière , convergeant vers un point central , s'étaient formées sous ses pas . Lorsqu’il entra , il n’y eut ni porte ni seuil . Le cristal s’ouvrit comme une membrane . À l’intérieur , aucun siège , aucun dispositif apparent . Seulement une sphère creuse , parfaitement transparente , dans laquelle flottait une faible luminescence .

- Elle se déplace aussi dans lespace , poursuivit la voix de l'instructeur . La centauride synthétique Dana pourvoira à ton confort .

Alors , le voyageur ayant senti son corps perdre de sa densité , non pas en disparaissant , mais en cessant d’être un point fixe , les vents de Proxima devinrent des flux continus de zéphirs , les ombres se lissèrent de plus en plus comme de la ouate , et les sons s’étirèrent jusqu’à devenir des nappes indistinctes . Puis , la machine ,  immobile d'abord , commença de s'effacer en cessant d’être visible dans cette fréquence du réel , tandis que son passager , plongé dans un profond sommeil , eut la sensation d’être absorbé par l’extérieur , dans une autre couche du monde . Puis il n’y eut plus de Proxima !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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Notes :

IX - Proxima Centauri b , en orbite autour de l'étoile " Proxima Centauri " , approximativement localisée à 4,2 années-lumière de la Terre dans la constellation du Centaure , est l'exoplanète la plus proche du système solaire connue à ce jour .

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