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LA VIE EST BELLE - Première Partie - Eclipse - VI - Les Ombres de Tellhouët .

24 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Château du Pas du Houx .

Château du Pas du Houx .

 
 
LA VIE EST BELLE !

 

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

 

VI - Les Ombres de Tellhouët

 

 

 

" Avant que je m'en aille sans retour 

  Au pays des ténèbres et de l'ombre épaisse , 

  Où l'aurore même ressemble

  A la nuit sombre ... "

JOB 10 , 21 / 22 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14 - La nuit était déjà tombée lorsque Paol Goulvan quitta la route départementale pour s’enfoncer dans les chemins étroits de la forêt de Paimpont . Bien avant d’atteindre Tellhouët , il avait coupé les phares de sa voiture , la laissant dissimulée sous un couvert de hêtres . Le reste du trajet , c'est à pied qu'il le fit . L’air était humide , chargé de cette odeur de terre noire et de feuilles humides paraissant monter des profondeurs du lac . Ici , chaque pas résonnait comme un écho . La forêt n’était pas seulement un décor : on aurait dit qu'elle vous observait . Faisant une halte , il consulta son téléphone , constatant qu'il n'y avait aucun réseau : 

- Parfait … murmura-t-il . On est seuls .

Devant lui , se dressaient les vestiges décharnés de l’ancien monastère consacré à saint Samson , masse de pierre ouverte au vent du soir , où quelques lueurs mouvantes , comme si on circulait à l’intérieur , tremblant comme des veilleuses clandestines , paraissaient retenir encore , à travers de larges ouvertures laissant passer leur lumière incertaine , des prières oubliées .

L'enquêteur se glissa dans l’ombre des murs , longeant leurs arcades presque effondrées , puis il se mit à contourner l’édifice en prenant soin d’éviter les branches mortes pour ne faire aucun bruit . C’est alors qu’il les vit , silhouettes drapées de noir , capuches rabattues , qui avançaient sans bruit comme si elles répétaient un ancien rite , portant des charges , des caisses peut-être , et des objets tous enveloppés d'étoffes épaisses .Tapi dans un fourré , retenant son souffle , il finit par sortir de sa poche un appareil , réglant celui-ci sur le mode " nocturne " , et malgré qu'il captât les formes avec difficulté , il prit une première photo ,  puis une seconde . Mais au moment où il ajustait l’objectif , l'une des silhouettes se détacha légèrement du groupe , comme pour donner une consigne muette d'un geste de la main bref et précis . La manche glissa . Un poignet apparut . Le photographe n’y prêta guère attention sur l’instant . Mais l’appareil , lui , enregistra : une peau fine , presque translucide , marquée d’une petite cicatrice en forme de croissant , juste au-dessus de l’articulation . 

Puis , le groupe reprit sa marche vers le " Tombeau de Merlin " . L'ex-gendarme serra les dents , car il connaissait bien cette légende que certains racontaient , prétendant que ce tombeau n’était qu’un leurre , une simple butte de pierres , tandis que le véritable Merlin , enfermé par Viviane , reposait en réalité dans une grotte invisible , sous terre , prisonnier d’un enchantement qui ne serait jamais tout à fait rompu .

Il décida de les suivre . Le sentier descendait vers une clairière qu’il n’avait jamais remarquée sur les cartes . Là , surgissant derrière une haute grille de fer forgé , apparut une immense propriété aux contours imprécis , dans laquelle un majestueux château se trouvait , dont quelque lumière diffuse , avant de se perdre dans les ombrages , filtrait derrière les fenêtres d'une tourelle accolée à la grande salle , sans jamais éclairer vraiment l’ensemble ...

 

15S’enfonçant sous la futaie avec cette obstination silencieuse propre à Brocéliande , Julian avait quitté Brest à l'aube , afin de rejoindre le détective à l’étang du " Pas du Houx " , lorsque l’eau , encore immobile , retient le ciel comme un secret mal gardé dans cette nappe sombre où quelque chose d’inquiétant semble naître d'une profondeur sans fond qui ne renvoie pas seulement aux nuages , mais aussi aux pensées les plus folles ! Goulvan marchait en silence quelques pas derrière lui , avec cette manière qu’ont certains hommes de ne pas troubler les lieux qu’ils observent . Depuis la veille , il parlait peu . On aurait dit qu’il écoutait la forêt .

- Vous y croyez , vous ? , demanda Julian sans se retourner .
- À quoi ?
- À toutes ces histoires ... Merlin , les pierres , les prisons invisibles ...

L'autre eut un souffle qui ressemblait à un rire , mais sans joie .

- Peu importe ce que je crois , lui répondit-il . Ce qui compte avant tout , n'est-ce pascest ce que les gens cachent derrière elles . Quelquun est venu ici il y a peu , rajouta-t-il en désignant le sol . Regardez !

L’intérieur de la bâtisse était plus vaste qu’il n’y paraissait , composée d'une pièce centrale , nue , et , sur le côté , d'un escalier de pierre qui montait en colimaçon . Julian posa la main sur la rampe , observant la poussière .

- Oui , plutôt récent , confirma-t-il .

À l’étage , une pièce unique , éclairée par la fenêtre qu’ils avaient aperçue , et , sur une table grossière , étaient étalés de vieux journaux datant de la guerre , avec les photos de Paol , prises la veille , près d'une lampe de campagne . 

Ce dernier s’était figé .

- Quy a-t-il ? , demanda Julian .

Le détective ne répondit pas tout de suite . Il observait le sol , près de la table . Puis il s’accroupit lentement , comme si le moindre geste risquait de faire disparaître tout ce qu’il venait de localiser .

- Jai déjà vu ça hier , murmura-t-il .

Julian fronça les sourcils.

Quoi ? , s'inquiéta-t-il .

Un silence épais tomba dans la pièce .

Je nai pas reconnu son visage , coupa l'autre . Il était à moitié caché . Mais ... il y avait un détail .

Il désigna du doigt une trace sur la poussière , presque effacée . Comme une empreinte laissée par une main appuyée .

- Elle a du poser ici sa main . Jai vu ... quelque chose . Une marque .

Le prof sentit comme un froid lui remonter le long de la nuque .

- Quel genre de marque ?

Même si ce n’était pas dans ses habitudes , l'enquêteur hésita .

- Une cicatrice . Fine . En forme de demi-lune , ici ...

Il effleura son propre poignet , côté intérieur .

Le monde sembla vaciller . L'enseignant recula d’un pas .

- Cest impossible ...

- Vous connaissez cette marque ?

Julian ne put lui répondre immédiatement . Choqué , il regardait le vide , comme si une image ancienne tentait de remonter à la surface .

Puis , très lentement , d'un murmure , sa voix devenant presque inaudible :

- Oui ...

- Bon sang ! Ce ne pouvait pas être Janig ! , poursuivit-il d'un air extrêmement bouleversé , levant les yeux vers le détective . Et pour la première fois depuis le début de l'enquête , il n’y avait plus de doute dans son regard , seulement l'expression d'un profond malaise .

- Ma mère !

 

 
 
FIN DE LA 1ère PARTIE
 
 
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - Eclipse VI - Les Ombres de Tellhouët - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - V - Doutes .

22 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Janig et Mona ( Sabine Pigalle d'après Hans Memling ) .

Janig et Mona ( Sabine Pigalle d'après Hans Memling ) .

 
LA VIE EST BELLE !

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

V - Doutes

 

 

 

" C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit des pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " *

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12 - La porte se referma . Face au vide laissé par cette curieuse visite , Julian était resté là , seul , immobile , dans la pénombre , durant plusieurs minutes , comme si l’obscurité convenait mieux aux pensées qui se formaient en lui . Au dehors , la pluie avait cessé de dégouliner sur la vitre , et la pièce n'était plus éclairée maintenant que par les reflets incertains d'une lune entre les nuages , spectres de la nuit . Sur la table du salon , la carte postale semblait plus sombre , comme si l’encre avait absorbé quelque chose de la scène . 

Il s’en rapprocha encore tandis que son esprit tourmenté parut lui poser toujours la même question , mais de manière plus précise , presque tranchante : si Clara était morte , qui avait pu lui écrire ces mots étranges ? Les faits qu’on lui avait présentés d'une façon si évidente s’agençaient fort mal , trop de lignes se croisant sans jamais se rejoindre tout à fait . Quelque chose , dans cette entrevue avec Alice Fanny , une impression plus qu’un fait , lui semblait complètement faux , celle-ci lui rappelant un visage du passé entr'aperçu dans une foule , et qu’on reconnaît trop tard . Qui était-elle , en vérité ? Presque malgré lui , il murmura :

- Ce nest pas possible ...

Il bougea enfin , presque à regret , comme si cela risquait de dissiper quelque chose d’essentiel , allant chercher le carnet de poche où il avait consigné , presque machinalement , les éléments épars de cette histoire . Il le feuilleta , plus vite qu’il n’aurait voulu , avec une attention nouvelle , comme si chaque mot pouvait désormais en cacher un autre .

Cette femme venue chez lui , calme , précise , presque trop maîtrisée , portant le même patronyme que celui de la copine " introuvable " à Paris de Clara , n’était peut-être pas une apparition fortuite , pensa-t-il en éprouvant une tension froide lui parcourir le dos . Coïncidence ? Il sentit une idée plus dérangeante encore émerger , si son amie l’avait conduite jusqu’à lui , non par hasard , mais délibérément ? N'était-ce pas absurde , une lieutenante de police venue seule , sans convocation , sans suite apparente , sans trace officielle , avec aucun contact , aucune carte laissée ? Gêné par la sueur perlant sur ses joues , le professeur se passa une main sur le visage . Il regarda autour de lui , comme si l’appartement pouvait soudain lui révéler quelque chose qu’il n’avait pas déjà vu . Mais le doute , une fois entré , ne se retirait plus .

Tout semblait identique. Et pourtant , une infime dissonance persistait . Comme si une couche de réalité avait été déplacée .

Son regard , nouant un second fil immédiatement au premier , se posa sur la carte postale une nouvelle fois . Désormais , ce n’était plus une intuition vague , c’était une hypothèse . Il ferma un bref instant les yeux .

- Tu voulais comprendre , ou bien me faire payer ? , se demanda-t-il quand il les rouvrit . La pièce semblait plus étroite . Un autre visage s’imposa alors , presque malgré lui , celui de Janig , le sosie de sa mère , Mona .

13 - Un geste presque machinal le conduisit vers le bureau , où son ordinateur était resté en veille . L’écran s’alluma dans un halo bleuté qui découpa brutalement la pièce . Il y avait , parmi d'autres , dans la boîte SPAM de la messagerie électronique , une nouvelle notification qui lui parut bizarre . Il hésita , fronçant les sourcils , mais il finit par cliquer sur le texte qui ne contenait qu'une seule ligne : 

" Archives complémentaires . Berlin . Consultez la pièce jointe . "

Rien d’autre . Aucune signature . 

Julian sentit une crispation dans sa nuque en découvrant le document scanné , jauni , lié à ce court message , texte dactylographié , surmonté d’une tête de mort , symbole SS à demi effacé , avec des annotations manuscrites de style gothique , plus sombres , presque nerveuses , figurant en marge ! 

Les mots , d’abord flous , prirent forme peu à peu . Il n'eut pas trop de mal , ayant étudié la langue de Goethe à l'école , à les déchiffrer , réalisant qu'il s'agissait d'un rapport d'arrestation d'un sujet féminin , suivi d'une mention soulignée plus bas :

" Signalement transmis par une source interne , identifiée sous le code JG-17. "

Il continua à lire , plissant les yeux , son cœur battant plus fort de manière imperceptible . Une ligne  avait été ajoutée à la main , mais en français cette fois , traduction tardive ou note archivée de la préfecture :

" Correspondance probable : Janig Le Guern ."

Il sentit brutalement s’installer en lui une forme de fournaise intérieure , éruption volcanique , plus nette que tout ce qu’il avait pu éprouver jusque-là ! Néanmoins , ce n'était pas une surprise , mais une confirmation ! Comme si , tout au fond , dans les recoins de son âme , il avait déjà su . Son regard resta fixé longtemps sur le code " JG-17 ", désignation froide , presque administrative , réduisant un geste , peut-être une vie , à une simple combinaison de signes !

- Pourquoi ? , se demanda-t-il . Qui lui avait envoyé ce document ?

La question , tout de suite , ne trouvait pas de réponse . Mais une autre , plus aiguë , s’imposa immédiatement lorsqu'il comprit que quelqu’un , quelque part , ne se contentait plus uniquement de l’observer , tandis qu'une vérité intime avait affleuré au mauvais moment, dans un monde déjà fracturé par la guerre . Si quelqu’un , dans l’entourage , avait su ou deviné ... si cette trahison pouvait avoir pris un visage familier ?

Longtemps , l'air pétrifié par ce contenu imprescriptible qui lui était revenu  à la face comme un boomerang ,  il resta incapable de bouger . Puis , lentement , son regard tombant par hasard sur le téléphone , un peu plus loin , le pauvre malheureux comprit qu' un nom s'imposait avec la netteté des évidences tardives . Celui d'un ancien camarade d’université devenu enquêteur privé après quelques années dans la gendarmerie , quelqu'un de méthodique , plutôt discret qu'il venait de revoir , quelques jours plus tôt , sur les quais de Recouvrance , avant de discuter avec lui jusque tard dans la nuit pour évoquer leur folle jeunesse et ses problèmes ! Goulvan avait d'ailleurs gardé , il le constata , cette manière d’écouter sans interrompre , et de laisser , sans y paraître , les choses venir tout doucement à lui . Mais après avoir quitté trop tôt , sans doute par goût de l'action , l'enseignement supérieur , il était parti d'un coup de tête à l'armée , s'engageant par la suite dans sa branche policière avant de vite s’en retirer , car c'était en fin de compte , un navigateur solitaire !

 

( A Suivre )
 
 
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - Eclipse V - Doutes - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
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* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .
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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - IV - Fanny .

18 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

 Alice Fanny ( The Blog Magazine style Terry O'Neil )

Alice Fanny ( The Blog Magazine style Terry O'Neil )

 
LA VIE EST BELLE !

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

IV - Fanny

 

 

 

" Comme les anges à l'oeil fauve ,

  Je reviendrai dans ton alcôve ... " 

 

Charles Baudelaire - " Les Fleurs du Mal " -

Spleen et Idéal " - LXIII , " Le Revenant " .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10 - De retour chez lui , Julian referma la porte avec cette lenteur instinctive que l’on adopte lorsqu’on pressent qu’un seuil a déjà été franchi , non pas celui d’une maison , mais celui d’une vérité . La nuit tombait sur la rade , un de ces crépuscules épais de Bretagne où le silence semble avoir une consistance , où chaque objet , dans la pénombre , paraît chargé d’une mémoire obscure . Il resta un long moment à réfléchir immobile dans l’entrée , son manteau sur les épaules , tandis que tournait encore en lui , comme une énigme , le récit de sa tante Janig , à laquelle s'ajoutait le spectacle de cette tombe mystérieuse où étaient gravés les mêmes noms et prénoms que ceux de son amie disparue ! Pourquoi cette impossible coïncidence , pensa-t-il en sortant la carte postale de sa poche , sinon pour masquer quelque chose - ou pour le révéler ? Puis , la tenant entre ses doigts , le professeur traversa lentement le salon , la posant sur la table avec précaution , tentant à nouveau de la déchiffrer . L’encre en semblait presque fraîche , comme si la main qui l’avait tracée appartenait encore au présent : " La Vie est belle " ... Etait-ce un code , une signature ?

Sa tante avait eu beau lui parler d’un réseau , d’une femme . Son regard se perdit un instant dans le vide . Mais alors , qui était cette autre Clara Michel

Et surtout ... Quel rôle sa propre famille avait-elle joué dans cette histoire ? Une pensée , jusqu’ici repoussée , s’imposa à lui avec une brutalité froide . Le suicide , sans explication , de sa mère . Et si , au contraire , elle avait su ? , réfléchit-il . Si elle avait porté , toute seule , ce poids d’un secret ancien qui touchait à la guerre , à la dénonciation , à la mort d'une malheureuse ? On lui avait toujours parlé d’un geste inexplicable , d’une fragilité silencieuse . Une histoire close , presque interdite . Mais si ce n’était pas toute la vérité ? Si ce drame trouvait son origine ailleurs , dans une faute bien trop lourde à porter suivant ces années troubles ? 

Julian , fermant les yeux pour contenir l'intuition qu’il refusait d’abord de formuler , mais qui , pourtant , s’imposait à lui , sentit , dans un frisson le parcourant avec une force incroyable , la violence d'une fissure qui s’ouvrait en lui ! Si quelqu’un , dans sa famille , avait parlé ? Si cette parole avait conduit à la mort ? Dans le même mouvement , se superposa une autre image , presque absurde , et pourtant persistante : le diamant ! Pourquoi cette histoire étrange revenait-elle sans cesse d'un trésor que les nazis voulaient emporter dans leur fuite , un bijou de valeur incertaine , presque mythique ?

Certains disaient qu’il ne s’agissait pas d’une simple pierre , mais d’une relique plus ancienne encore , d'une sorte de prisme , une " cage de verre " où Viviane aurait enfermé Merlin L'Enchanteur ... Il esquissa un sourire nerveux , voulant sans doute rejeter cette idée comme une fantaisie locale parmi d’autres . Pourtant , quelque chose en lui résistait . Comme si , historiques ou légendaires , ces récits convergeaient tous vers un même point obscur : l’enfermement d'une prison ! 

- Tout cela na aucun sens ! , murmura-t-il à part lui , passant la main sur son visage en sueur .

Mais à peine avait-il prononcé ces mots qu’un bruit le fit sursauter . Celui de trois coups contre la porte . Il resta figé . À cette heure ? Qui ça pouvait être ? , se demanda-t-il , inquiet . Le silence retomba , plus dense encore . Puis , à nouveau , trois autres coups , précis , mesurés , plutôt secs , paraissant annoncer , cette fois , comme au théâtre , le dénouement d'une tragédie , le firent se diriger vers l’entrée avec une prudence presque instinctive , avant d'ouvrir à une femme qui se tenait sur le seuil avec un drôle de petit chapeau ...

 

11 - Elle devait avoir une trentaine d’années , peut-être un peu plus , avec un visage à la fois peu ordinaire , mais étrangement difficile à saisir , comme si quelque chose en lui , avec des yeux l'éclairant de leur fixité troublante , échappait immédiatement à l'évidence .

- D'ailleurs , comment jauger quelqu'un dont on ne sait trop ce qu'il vient faire ici ? , se questionna-t-il avec une certaine froideur .

- Julian Le Guern ?

Il hésita une seconde .

- Oui .

Elle inclina légèrement la tête , comme pour confirmer une certitude .

- Je peux entrer ?

Sans trop savoir pourquoi , il s’effaça , la laissant avec une assurance tranquille pénétrer presque aussitôt dans la pièce , l'observant brièvement , tandis que son regard , la parcourant avec une rapidité méthodique , s’attardait à peine , mais ne laissant rien au hasard , finit par se poser sur la carte postale . Ce n’était pas de la curiosité . C’était une vérification .

Je vois que vous lavez trouvée .

Il sentit son cœur se serrer davantage .

- Mais qui êtes-vous ?

Elle se tourna vers lui . Un léger sourire passa sur ses lèvres .

- Vous pouvez mappeler Fanny .

Il y eut un silence .

Est-ce que cela veut dire que ce nest pas votre vrai nom ? , releva-t-il avec une certaine inquiétude .

Elle ne lui répondit qu'avec une autre pirouette littéraire .

" Un nom doit-il toujours signifier quelque chose ? " ( 8 )

Julian se raidit .

- Que pouvez-vous me dire sur Clara ?

La femme , ayant fait un pas vers la table , avait effleuré ensuite délicatement la carte du bout de ses doigts effilés . Puis , levant les yeux vers lui , elle s'était mise à parler , légèrement en retrait , ne cherchant pas à instaurer quelque familiarité qu'elle devait juger inutile , mais à lui énoncer une série de faits d'apparence plutôt fragmentaire .  

- La première Clara apparaît dans plusieurs dossiers d'après-guerre , bouclés à la hâte , sans conclusion claire , dans un premier temps , résistante avérée , agent de liaison dans un réseau local , avant d'être signalée dans des rapports allemands commeintermédiaire instable " , soupçonnée même de manipuler des informations sensibles .

- La question , pour moi , est de savoir pourquoi l'autre est venue me trouver ? , demanda-t-il avec une certaine curiosité mêlée de crainte .

Un froid diffus envahit la salle .

- L'autre Clara ? , lui répéta-t-il encore . Que veut-elle ?

Fanny secoua la tête .

- Elle est morte !

Le professeur , abasourdi par la nouvelle , sentit monter en lui une colère sourde avant d'éclater en sanglots , lui jetant un regard courroucé de bête sauvage ! Un silence pesant s’installa .

- Écoutez , je ne sais pas à quel jeu vous jouez , fit-il en tentant de sécher ses larmes qui paraissaient sincères , mais jen ai assez des demi-vérités . Qui êtes-vous vraiment ? Quest-ce que vous me voulez ?

L'autre tenta d'abord de soutenir son regard sans ciller , mais troublée par l'expression de ce chagrin , s'en voulut , semblait-il , de cet aveu qu'elle jugeait maintenant trop brutal , finissant par s'excuser tout en lui lui affirmant très calmement :

- Vous protéger .

- Mais de quoi , mon Dieu ?

Elle marqua une pause , comme si elle pesait chaque mot .

- De ce que quelqu'un peut-être dans votre famille , a essayé denterrer .

Julian resta sans voix .

Le nom de sa mère lui traversa l’esprit comme un éclair .

- Vous parlez de ...

- Du passé , le coupa-t-elle avec douceur . Et du prix quil exige toujours .

Elle lui présenta sa carte : lieutenant Fanny Alice de la brigade criminelle . 

- Cette Clara ... nest pas venue chez vous par hasard .

Julian sentit le vertige de l'amour le reprendre .

- Quest-ce que ça veut dire ? , dit-il en hoquetant sous le coup de l'émotion .

La policière s’approcha un peu plus de lui , jusqu’à réduire à presque rien la distance entre eux , le touchant à l'épaule pour le réconforter . Sa voix se fit plus basse , quasi confidentielle .

- Cela veut dire ... que vous êtes concerné ... et que , si nous continuons à chercher ... ajouta-t-elle en esquissant un geste à peine perceptible ... nous pourrions peut-être découvrir que certains morts n'ont pas tout révélé de leur mystère !

Le silence retomba . Mais cette fois , il n’était plus vide . Il était chargé d’une terrible menace . Et d’une promesse !

 

( A Suivre )
 
 
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - EclipseIV - Fanny - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
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Notes :
 
8 -Un nom doit-il toujours signifier quelque chose ? " , citation de Lewis Carroll
( 1832 -1898 ) essayiste , romancier photographe amateur et professeur de mathématiques britannique . Il est principalement connu pour son roman " Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles " ( 1865 ) et sa suite " De l'Autre Côté du Miroir " ( 1871 ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE - Teaser / Bio .

16 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Château des Ducs de Bretagne ( Nantes )

Château des Ducs de Bretagne ( Nantes )

 

L'ESCARBOUCLE

LA MONTRE FANTASTIQUE

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

Où se trouve la fameuse ESCARBOUCLE de Novalis , qu'on disait capable , grâce à un état de conscience modifié , d'ouvrir la " Porte des origines " , celle dont les derniers " nazis " voulurent se rendre maître au moment de la débâcle , se demande un ex-commissaire du contre-espionnage ? Ne s'agit-il pas plutôt de la propriété de madame Elisabeth , soeur de Louis XVI guillotinée en 1794 , et que celle-ci , au moment de l'heure fatale , avait confiée à une certaine Esther , carmélite de Compiègne venue se réfugier en Bretagne ? Mais ce prénom , servant d'acronyme , ne dissimulerait-il pas aussi l'action d'une organisation secrète voulant expérimenter les prodigieuses propriétés de la Pierre ? 

LA MONTRE FANTASTIQUEUn bijoutier de Nantes ne trouve plus le cadeau qu'il voulait offrir à sa fiancé pour leur mariage , une montre suisse d'une grande valeur , et qu'on lui a , peut-être volé , dont on raconte qu'elle avait été découverte lors d'un naufrage , sur la côte de l'Île de Groix , le bateau ayant appartenu à sa famille qui , jadis , navigant sur toutes les mers du globe , avait peut-être croisé la piste " LOUIS XVII " ?

 

 

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE  " , copyright 2026 .

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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - III - Janig Le Guern .

15 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Eglise de Tréhorenteuc

Eglise de Tréhorenteuc

LA VIE EST BELLE !

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

III - Janig Le Guern

 

 

 

" Profond est le puits du passé .

  Ne devrait-on pas dire qu'il est insondable ? "

 Thomas Mann - " Les Histoires de Jacob " *

 

 

 

 

 

 

 

 

8 - Allô ? Tante Janig , c'est Julian !

- Julian ! Cela fait si longtemps que tu ne m'as pas donné de tes nouvelles . Comment vas-tu , à Brest ?

- Comme toujours ... Très humide et philosophique ! , lui répondit-il en essayant de plaisanter malgré la triste conjoncture .

Elle rit doucement .

- Quest-ce qui tamène à mappeler ce dimanche soir ?

Il hésita un instant , ne l'ayant pas revue depuis un lointain séjour d'enfance au merveilleux domaine des fées et sources de la forêt d'enchantement !

- Dis-moi ... Est-ce que mon père venait souvent se balader du côté de Brocéliande ?

Il y eut un silence .

- Pourquoi cette question ? Bien sûr , c'est aussi le pays de ton oncle ...

- Parce que jai trouvé une vieille carte postale avec une photo de lui devant un endroit nommé Bellevue ... et sais-tu ce qu'on y trouve noté au dos

La Vie est Belle

Au bout du fil , en réponse , il y eut encore un silence assez long qui sembla ne plus vouloir finir . Puis , la voix de Janig se fit plus grave .

- Où as-tu trouvé ça ?

- Dans un vieux livre .

- Tu as remarqué quelque chose d'autre ?

- Oui ... une signature .

- Laquelle ?

Julian inspira légèrement .

- Clara .

Cette fois , la réaction fut immédiate .

- Mon DieuTu connais ce nom ?

- Bien sûr que je le connais ! , répliqua aussitôt le neveu qui sentit une tension soudaine monter dans la voix de sa correspondante .

- Tante Janig , dis-moiQui était-elle ?

On entendit un léger soupir passer dans le téléphone .

- Tu sais , ce nest pas qu'un prénom , cest toute une histoire !

- Quelle histoire ?

- Celle de la Résistance , ici , pendant la guerre .

Julian se redressa dans son fauteuil .

" La Vie est Belle ", reprit Janig , ce nétait pas une phrase anodine . Cétait un nom de code . Celui dun petit réseau de combattants bretons qui opérait dans la forêt .

- Papa en faisait partie ?

- Oui .

- Et Clara ?

La voix de la vieille femme se fit presque respectueuse .

- Elle dirigeait le groupe .

Il resta d'abord stupéfait par ses mots , presque incapable d'y répondre .

- Elle sappelait Clara Michel  , continua-t-elle malgré tout , jeune institutrice arrivée ici juste avant la guerre . Personne ne savait vraiment d’où elle venait , mais elle avait un courage ... exceptionnel !

- Que lui est-il arrivé ?

- Elle a été arrêtée en 1944 . Une dénonciation , probablement ...

- Les Allemands l'ont embarquée ?

- Oui .

Un lourd silence passa entre eux .

- Je crois qu'elle est morte peu après , rajouta doucement la tante .

Il sentit un frisson lui parcourir le crâne .

- Et la photo ?

- Je pense que ton père la gardait sur lui parce qu'il disait que Clara avait sauvé plusieurs membres du réseau .

Julian regarda la signature encore une fois . L’écriture semblait étonnamment nette .

- Tante Janig ... Est-ce quelle est enterrée là-bas ?

- Oui .

- Où exactement ?

- Derrière léglise du Graal , à Tréhorenteuc .

Nouveau silence .

Puis , elle ajouta doucement :

- Si tu veux comprendre cette histoire viens donc passer le week-end avec moi . Je ty conduirai .

 

9 - Le samedi suivant , Julian arriva à Paimpont sous un ciel clair . Sa tante était une femme mince , aux cheveux blancs tirés en arrière , avec ce regard vif que certains Bretons gardent jusqu’à un âge avancé . Il se demandait pourquoi il ne se voyaient jamais ou presque , lui , fils unique , trop accaparé par son travail de philosophe et les livres qui lui servaient de refuge ou de prétexte pour ne pas réfléchir et s'isoler comme un ours face à un passé douloureux qui avait vu survenir successivement comme une tempête le divorce de ses parents , puis la mort de sa mère ...

Ils prirent la petite route qui serpentait dans la forêt .

Les arbres formaient un tunnel sombre au-dessus de la voiture .

- Tu vois , dit Janig en regardant les bois , pendant la guerre , ces chemins étaient remplis de messagers et de cachettes . Les Allemands naimaient pas trop sy aventurer sans motif .

- Et Clara ?

- Elle avait appris , par nécessité à en connaître chaque recoin .

Le véhicule , une vieille " Peugeot 504 " , finit par s’arrêter devant l’église de Tréhorenteuc .

Le petit bâtiment semblait presque irréel dans la lumière de cette fin d’après-midi .

- Viens ! , lui dit Janig .

Ils contournèrent l’église avant d'entrer dans le petit cimetière attenant .

Les pierres anciennes étaient recouvertes de mousse .

La vieille femme marcha lentement jusqu’à une tombe toute simple , légèrement à l’écart .

- La voilà ! , murmura-t-elle avec une sorte de déférence , n'osant poser sa main sur la pierre .

Il s’approcha .

Sur la stèle on pouvait lire :

CLARA MICHEL
1919 — 1944
Réseau  " La Vie est Belle

Julian sentit un froid étrange l’envahir .

Il resta sans rien dire un long moment .

Puis il murmura :

- Ma tante ... Il y a quelque chose que je ne comprends pas .

- Quoi donc ?

Son neveu sortit la carte postale de sa poche et la lui tendit .

- Regarde bien lécriture , au dos ...

La vieille femme plissa les yeux .

- Cest bien son écriture , ton père me lavait montrée autrefois

Julian se mit à hésiter .

- Tu en es sûre ?

- Pourquoi ?

- Parce que ... Cette encre ne semble pas avoir cinquante ans .

Janig leva les yeux vers lui .

- Quest-ce que tu veux dire ?

Il regarda la tombe une dernière fois .

Puis , il répondit lentement :

- Je veux dire que quelquun , peut-être , a pu écrire ce message récemment .

Soudain , planté au milieu du cimetière , il eut une pensée troublante .

Si Clara Michel était bien morte en 1944 , qui avait signé cette carte ?

L'autre Clara , la sienne ?

À cet instant précis, il comprit que la disparition de la jeune femme n’était peut-être pas un simple mystère , mais qu’elle appartenait à une histoire qui , d’une manière inexplicable , avait un rapport quelconque avec sa propre naissance , ici même , dans cette forêt étrange de Brocéliande où affleuraient les plus fantastique légendes bretonnes !

 

 
 
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - EclipseIII - Janig Le Guern - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
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* " Joseph und seine Brüder " ( Joseph et ses Frères ) - I - " Die Geschichten Jaakobs " ( Les Histoires De Jacob , 1926 / 1930 ) de Thomas Mann ( 1875 - 1955 ) , Prix Nobel 1929 .
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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - II - Curieuse Disparition .

13 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Reflet ( David Peterson )

Reflet ( David Peterson )

 

 

LA VIE EST BELLE !

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

II - Curieuse Disparition

 

 

 

" Ne suis-je pas la même que , sous d'autres formes , tu avais toujours désirée ? Chacune de tes épreuves masquant mon image d 'un voile d'ombre , un journe me verrais-tu pas telle que je suis ? ... " 

Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) - " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) .

 

 

 

 

 

 

5 - Cependant , Paris , dont elle avait murmuré le nom de temps à autre avec une sorte de nostalgie ou d’impatience lumineuse , était une destination plausible pour quelqu’un comme elle qui témoignait d'un profond besoin d'indépendance et de liberté , mais également , lui avait-elle parfois parlé avec bonheur de certains séjours qu'elle avait effectué là-bas dans sa jeunesse avec sa famille . Aussi , tout de suite après son départ , Julian , dévoré par l'angoisse , fit mine de ne pas trop s’inquiéter . Peut-être avait elle eu simplement l’envie de revoir une amie complice des bons souvenirs d'autrefois ? D'autant plus que , chez Clara , il y avait une mobilité naturelle , presque solaire , comme si elle appartenait à ces êtres qui ne s’installent nulle part mais traversent les vies des autres comme un songe , avec la légèreté d’un été !

Le prof de philo , lui , n’était pas de cette espèce . Il vivait dans un monde rationnel d'où les êtres , généralement , ne pouvaient disparaître sans laisser de trace , où les idées prenaient racine , où les causes produisaient des effets . Même le hasard , s'il existait vraiment , devait y obéir à une logique exprimée par des concepts dans des livres . Du moins , voilà ce qu’il enseignait .

Le premier doute lui vint un soir , au bout d'une semaine à guetter désespérément l'arrivée d'un signal , alors que même sa coloc n'avait pas eu de nouvelles , dans la petite rue voisine où elle habitait . C'était le jour où , cherchant un ancien message dans son téléphone , il était retombé sur le numéro que Clara lui avait donné pour joindre son amie parisienne .
- Si jamais tu viens me voir , appelle Fanny . Elle soccupe dune boutique près du Marais .

Julian composa le numéro presque machinalement . Ce fut une voix professionnelle assez sèche qui lui répondit .

- Maison Lavigne joaillerie bonjour !

Il resta un instant silencieux .

- Pardon ... Je cherche Fanny .

- Quelle Fanny ?

- Une jeune femme qui travaillerait chez vous .

Court silence .

- Je suis désolée monsieur , mais vous devez faire erreur : il ny a jamais eu de personne de ce nom par ici .

La conversation s’arrêta là .

Il resta longtemps immobile avec le téléphone à la main .

Quelque chose ne collait pas .

Le lendemain , lorsqu'il évoqua discrètement Clara devant deux de ses confrères l’ayant juste rapidement croisée , au lycée , puisqu'ils essayaient de ne pas trop afficher leur liaison , près de la salle des professeurs .

- Clara ? dit l’un d’eux .
- Oui , la jeune femme qui travaillait sur le port .

Les deux hommes l'écoutaient dans l'indifférence , échangeant , embarrassés , des regards pleins d'incertitude et de sous-entendus .

- Vous êtes vraiment sûr quelle travaillait là ? , plaisanta son collègue d'histoire .

Julian se mit à lui sourire avec amertume . 

- Cest elle qui me la dit voyons .

Mais déjà , il sentait quelque chose d'obscur , comme de la gêne , en prononçant ces mots .

Les jours qui suivirent , s’installa en lui une inquiétude presque méthodique .

Il alla se promener du côté de l'arsenal , constatant que la capitainerie n’avait jamais entendu parler d’elle .

Quant au fameux petit bistro où elle disait retrouver , le midi , ses collaborateurs :

- Quelle blonde ? interrogea le patron du bar en haussant les épaules . Par ici , on en voit des tas , cher monsieurmême des fausses ! , conclut-il dans un éclat de rire imbibé d'alcool .

Mais le plus troublant se passa au lycée , où Clara lui avait affirmé y avoir gardé des amitiés parmi les anciennes élèves , de toutes jeunes femmes qu’elle retrouvait parfois le soir . 

Julian eut beau mentionner leurs prénoms , personne ne sembla les connaître .

Une surveillante , sans doute candidate au prochain concours de philo , finit par lui dire d'un air ironique :

- Vous savez , monsieur le professeurle souvenir des élèves ... N'est-ce pas Descartes qui a écrit que peut aisément nous tromper " le malin génie " de nos sens et de notre mémoire ? Hélas , on mélange souvent les générations . ( 3 )

D'ailleurs , plus avançait son enquête improvisée , plus la figure de la disparue lui devenait étrangère , presque translucide , comme si elle avait vécu dans un angle mort du monde .

Alors , tenta-t-il de se rappeler avec précision ce fameux séjour en Grèce , théâtre d'une rencontre soi-disant due au " hasard " . Mais déjà , ce mot , désignant une ignorance déguisée , lui paraissait fort suspect . N'est-ce pas de lui dont on parle trop souvent quand on ne comprend pas quelque chose , pensait-il ? Un soir qu'il rentrait à son logement du quartier Saint-Marc , il contempla longtemps le large depuis la promenade , se répétant la première phrase que son amie lui avait dite , assez simple en apparence , mais qui , aujourd'hui , lui semblait presque inquiétante :

- Il y a une manière brestoise de regarder la mer .

Sur le moment , cela l'avait fait sourire . Car si Clara avait réellement vécu , quelqu’un , quelque part , devait bien se souvenir d’elle . 

Or il avait beau interroger , chercher , vérifier , comme si elle n’avait été qu’une parenthèse dans sa courte vie , une conclusion commençait à s’imposer à lui , absurde et pourtant de plus en plus nette : elle semblait n’avoir laissé aucune trace , ou pire encore , n'avoir jamais été présente !

Il frissonna . Pour la première fois depuis longtemps , le professeur de philosophie se trouvait confronté à une énigme que ni Aristote , ni bien sûr Descartes , ni Kant ne pouvaient vraiment éclairer : comment quelqu’un peut-il disparaître du monde sans même y avoir laissé de souvenir ? Et surtout , pensée plus troublante encore , comment pouvait-il être le seul témoin de son hypothétique existence ? 

6 - Les journées passèrent , mais l’énigme ne se dissipait pas . Bien au contraire , elle semblait s’épaissir autour de lui comme ces brumes insidieuses qui montent parfois de la rade de Brest , effaçant lentement les formes les plus familières . Pourtant , le pauvre homme s’efforçait de continuer sa vie ordinaire . Le lycée , les copies à corriger , quelques cours à construire sur la mémoire chez Henri Bergson , dont les analyses lui paraissaient soudain bizarrement concrètes . La mémoire , expliquait-il à ses élèves , n’est pas une simple archive , elle sélectionne , transforme , invente , parfois . ( )

Mais une question silencieuse s’imposait à lui :

Et si c’était moi qui inventais Clara 

Cette hypothèse , absurde quelques jours plus tôt , commençait à rôder autour de lui comme une ombre ...

Un dimanche après-midi , pour se changer les idées , Julian décida de ranger une vieille bibliothèque dormant , depuis des années , dans la petite pièce qui donnait sur le jardin . Là , devaient se trouver de vieux livres paternels , dont certains hérités des temps anciens , volumes aux reliures fatiguées , souvent annotés au crayon . Tout en choisissant " au hasard " l’un d’entre eux , recueil d’histoires plus ou moins légendaires consacré à la recherche de la " Pierre Philosophale " , quelque chose glissa entre les pages , puis tomba sur le parquet . C'était une photographie , qu'il ramassa aussitôt . L’image était ancienne , légèrement jaunie . Deux hommes posaient devant un paysage forestier . ( 5 )
Le premier , qu'il reconnut immédiatement , c'était son père très jeune , portant une veste brune qu’on apercevait sur plusieurs photos familiales . Quant à l'autre ... Il lui ressemblait comme un jumeau . Les deux chasseurs ( puisqu'ils portaient en bandoulière un fusil ) paraissaient se tenir devant un petit café de campagne . Derrière eux , des massifs d'arbres formaient une voûte sombre . Au verso de la photographie , était agrafée une carte postale de l'époque représentant le quartier " Bellevue " , à Brocéliande . Ce nom fit naître en lui une résonance vague avec les récits de sa mère qui avait , là-bas , dans le bourg de Gaël , passé sa jeunesse , dans la mythique forêt bretonne , celle des récits arthuriens , des enchantements et des fantômes , des illusions périlleuses . Quand il retourna la carte , il remarqua une phrase notée à l'encre , d'une écriture un peu penchée : " La Vie est Belle " ! , formule presque naïve que sa chérie aimait aussi souvent répéter , songea-t-il avec un léger sourire teinté d'amertume . Puis il constata encore autre chose . Une signature figurait sous la phrase : Clara

7 - Restant immobile durant de longues minutes , comme figé , abasourdi , il sentit son cœur battre plus vite . Une seconde , approchant la carte de la fenêtre , il pensa qu’il avait mal lu , la logique la plus élémentaire voulant qu’il s’agisse d’une simple coïncidence . En effet , Clara était un prénom courant . Mais quelque chose dans la situation lui paraissait profondément étrange . 

La photographie semblait dater d’au moins cinquante ans , peut-être . Or , la fille qu’il avait connue , ou cru connaître , n’en avait guère plus de vingt-cinq !

Il eut alors une drôle de sensation , comme si cette image contenait une question qu’il n’avait pas encore osé se poser , que tout ceci n'était peut-être en lui qu'une obsession maladive hantant  sa conscience coupable d'un véritable chemin de ténèbres , voire l'héritage d'un triste problème , un peu comme celui de ce héros grec tombant amoureux d'une créature de rêve dont l'existence était en sursis . Pourquoi cette photo se trouvait-elle dans son livre d’enfance ? Et pourquoi portait-elle ce message ? ( 6 )

Pouvait-il s'agir d'une affreuse mystification , parce qu'elle lui ressemblait , s'imagina-t-il ensuite , et que , véritablement possédée par le souvenir d'une aïeule devenue folle , peut-être , et qui , encore pire , s'était , comme dans le film , suicidée peu après qu'on lui ait pris son fils ? 

 " Il me reste à faire une dernière chose , et je serai délivrée du passé ... " ( 7 )

Il retourna encore la photo . Tonton Herri souriait légèrement , pendant que son père , l’autre homme , regardait l’objectif avec une expression plus grave .

La coïncidence lui parut trop troublante pour être simplement ignorée . En fin de compte , il se souvint qu’une personne pourrait peut-être l’éclairer : sa tante qui , vivant depuis des années près de l'étang de Paimpont , n'ignorait rien des chemins forestiers dont , jadis , elle avait arpenté chaque détour avec sa soeur jumelle Mona , la maman de Julian .

Celui-ci composa son numéro . Après une brève tonalité de retour , un timbre de voix chaleureuse lui répondit .

 

 
 
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Notes :
 

3 -  Dans " Méditations Métaphysiques " , 1647 , version française (  Meditationes de Prima Philosophia , 1641 , version latine ) , René Descartes ( 1596 - 1650 ) , mathématicien , physicien , philosophe français , développe cette hypothèse d'un " malin génie " pouvant , à travers nos sens et notre mémoire , nous tromper .

C'est pourquoi , nous devons toujours douter de tout ce qui peut être mis en doute : souvenirs , perceptions comme expériences passées .

4 -" Matière et Mémoire " ( 1896 ) de Henri Bergson ( 1859 -1941 ) , philosophe français .

5 - Pierre philosophale ( en latin : lapis philosophorum ) , hypothétique substance alchimique aux propriétés merveilleuses.

6 - Légende d'Orphée et Eurydice ( Mythologie grecque ) .

7 - " Vertigo " ( Sueurs Froides ) - 1958 - film d'Alfred Hitchcock ( 1899 , Londres - 1980 , Los Angeles ) , d'après le roman de Boileau / Narcejac , " D'Entre Les Morts " ( 1954 ) , avec James Stewart , Kim Novak , Barbara Bel Geddes - 

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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - I - Troublant Départ .

11 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Port de Brest ( Emmanuelle Le Goascoz )

Port de Brest ( Emmanuelle Le Goascoz )

 
LA VIE EST BELLE !

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

I - Troublant Départ

 

 

Je me suis jeté à genoux devant elle ,

  Et l 'ombre du Paradis a enveloppé mon âme ... "

 Gustav Meyrink - " Le Golem " ( 1915 ) , 11 - Détresse .

 

 

 

 

1 - Elle était partie la veille au matin . Rien de théâtral ou de dramatique dans ce départ . Pas de scène , pas de mots définitifs qui claquent aussi fort que les portes . Juste un sac sportif , l'achat rapide d'un billet de train rapide qu’elle lui avait montré en enfilant sa veste légère !

Il avait hoché la tête .

- Je vais passer quelques jours chez Fanny .

Comme si cela allait de soi .

Depuis , l’appartement lui semblait trop grand , silencieux , de manière inhabituelle . Pourtant , c’était un modeste logement , deux-pièces banal au troisième étage d’un immeuble gris du quartier Saint-Marc de Brest , avec vue sur un morceau de rade que l’on pouvait apercevoir , avec un peu de chance , entre deux toits , par la fenêtre du salon , de temps à autre , quand il n'y avait pas trop de brume .

Il n’avait pas dormi .

Ou plutôt , dérivant toute la nuit dans cette zone étrange où la fatigue empêche le sommeil mais où les souvenirs s’obstinent à revenir , des images d'un bonheur nostalgique avaient défilé devant lui avec une précision presque douloureuse . Celles de leur premier jour , l'été dernier , sur une plage de galets clairs , chauffés à blanc par le soleil , qui luisaient comme des pièces de monnaie sous le ciel bleu de Grèce . La mer , d’un turquoise presque irréel , respirait lentement , quelque part parmi les Cyclades , le vent du large soulevant par rafales l’odeur du sel et des herbes sèches .

Légèrement à l’écart , près des rochers , pour éviter le bruit de la marmaille ambiante , Julian s'était allongé sur sa serviette . Il avait emporté un livre , comme toujours , tentant d'en lire quelques pages malgré la chaleur , et levant , malgré tout , distraitement la tête au moment où une silhouette de jeune femme passait assez vite devant lui . 

Il avait remarqué , d'ailleurs , qu'elle se lançait dans l’eau avec une énergie contrastant avec la nonchalance alentour , marchant pieds nus , d'allure élancée , sans même ralentir , pour éviter , sans doute , que soit brûlée la plante de ses pieds . 

Grande , souple et bronzée , elle avait plongé devant lui , sans hésiter , dans l’eau turquoise comme si la terre entière lui appartenait . Quelques moments plus tard , de retour enfin vers la grève , elle avait naturellement passé la main dans ses cheveux mouillés , l’eau ruisselant encore sur ses épaules dorées , quand elle avait retrouvé le petit sac posé à côté de lui qu'il n'avait même pas remarqué . 

Puis , par surprise , ayant jeté un bref regard sur la couverture du livre posé sous le parasol de son voisin , la belle nageuse avait éclaté de rire en voyant que Schopenhauer était sur la serviette ! Elle avait penché la tête , l'oeil pétillant d'ironie !

- Encore les grandes questions ? , l'avait-elle questionné sans aucune gêne . 

Il n'osait pas lui avouer qu'il avait eu tout le loisir de l'observer , avec une sorte de fascination tranquille , avancer dans l’eau avec des mouvements souples , puissants , presque joyeux . Le prof referma lentement son livre .

- Oui , lui répondit-il sans la reconnaître . Le sens de lexistence , la nature du bonheur , ce genre de détails . Qu'aurait-il bien pu lui dire d'autre ? Qu'il s'intéressait aussi , grâce à un télescope , à l'observation des galaxies , qu'il recherchait dans l'oeuvre de Paracelse un autre chemin de développement de l'âme humaine au sein de la matière ? ( 1 )

Brusquement , elle se flanqua tout près de lui , sur les galets . Julian la vit alors vraiment de très près pour la première fois , reconnaissant , sur son visage , quelque chose d’insaisissable , comme une franchise presque enfantine mêlée à une assurance tranquille . Mais surtout , ce sourire irrésistible et lumineux comme un diamant de cristal qui semblait éclairer tout autour de lui . 

- Eh bien moi , ma réponse est simple !

- Je vous écoute .

Elle désignait la mer d’un geste large .

- Plongez là-dedansVous verrez ! Le bonheur est assez clair !

 

2 - Mais c'est dans ses bras , pensait-il ce matin-là de son départ , qu'il avait eu envie de se jeter , comme un pauvre naufragé recherchant désespérément secours !

- Vous lisez vraiment ça , ici ? , reprit-elle , ensuite , avec une sorte de condescendance , avec ce décor-là ... sur une plage grecque ?

Il avait levé les yeux , quelque peu déstabilisé .

- Cest précisément dans ce genre dendroit que se posent les grandes questions , n'est-ce pas ?

Quelque chose dans son visage l'avait immédiatement fasciné , une énergie franche , une vitalité lumineuse , mais surtout ce sourire étrange , captivant , qui semblait contenir une promesse . Il sentit monter en lui une émotion rapide , presque vertigineuse , comme une certitude immédiate ! Un vrai coup de foudre !

Elle le fixait avec curiosité .

- Vous êtes toujours aussi sérieux ?

- Seulement quand je lis Schopenhauer . ( 2 )

- Ah ! Cest donc lui le responsable !

Elle lui tendit la main.

- Clara Michel .

Ne dit-on pas que le hasard , s'il existe , a quelque chose d’absurde ? Ils avaient découvert qu’ils habitaient la même ville , et que leurs appartements se trouvaient à moins d’un kilomètre l’un de l’autre , dans une ville battue par le vent de l’Atlantique .

Et pourtant , c’est ainsi que tout avait commencé .

Ils parlèrent toute l’après-midi . De voyages , de mer , de montagne . Elle lui avait raconté ses randonnées en solitaire , ses traversées à vélo , ses courses dans tous les coins de la planète . Elle travaillait sur le port , dans une petite entreprise de matériel nautique , et semblait vivre en mouvement permanent .

Julian Le Guern , lui , enseignait la philosophie .

Quand il évoqua l'indifférence de ses élèves concernant les questions interminables sur la liberté ou le destin , Clara le regarda avec une curiosité amusée .

- C'est drôle , je crois que vous êtes le prof qui a succédé à Monsieur Le Fur . Nous avons dû , sans le savoir , nous passer le relais !

 

3 - Tout avait été simple , au début , malgré la différence d'âge et les cancans . 

Pour elle , vivre n'était qu'une succession de gestes à accomplir : grimper , courir , décider , construire ... Elle apportait un mouvement dynamique auquel il n’était pas très habitué . Balades improvisées sur les sentiers côtiers , footing dans l’eau glacée de la mer d’Iroise , marches du dimanche matin dans un club , alors que lui aurait volontiers prolongé la lecture et le café . 

Elle avançait pendant que lui la contemplait . C’était peut-être cela , finalement , l'amour , une sorte de déférence muette envers l'éclat de son sourire plutôt qu'une longue déclaration qu'il  n’aurait su formuler . Pour lui , elle restait un mystère à interroger . Ce décalage s’était installé avec le temps , comme un courant presque invisible . Rien de violent . Juste une distance lente , imperceptible . Il se souviendrait de sa lumière avant tout .

 

4 - Vers trois heures du matin , ce jour , comme on traverse une mer agitée , balloté par des rêves disloqués qui sans cesse reviennent se briser contre la même image , il s’était réveillé brusquement , le cœur battant à tout rompre , avec cette sensation oppressante d’avoir vu sa propre vie défiler comme un film mal monté . Il se leva enfin lentement du canapé où il avait passé la nuit . La lumière grise du matin brestois filtrait à travers les rideaux , tandis que , dans la rue , on entendait ces bruits familiers que les bus et le vent venu de la mer amplifiaient déjà .

Il alla jusqu’à la fenêtre . La rade était calme , d’un gris laiteux . Quelques mouettes tournoyant au-dessus de l’eau , lui firent penser à cette phrase qu’elle répétait sans cesse avec ce mélange de simplicité et d’ironie , quand il avait l'audace de montrer trop d'empressement pour sa personne :

- Arrête de compliquer les choses . La vie est si belle ! 

Restant immobile un moment , presque malgré lui , il sanglota :

- Oui ... peut-être .

Mais pour la première fois , tournant aussi de manière lancinante , la question revenait en lui avec une obstination presque douloureuse . Il se demandait sérieusement s’il savait encore ce que cette phrase voulait dire et ce qui , réellement , n'avait pas fonctionné . Puis , il tenta de raisonner , vieux réflexe de prof de philo cherchant la cause , l’enchaînement des événements , la logique secrète des choses . Mais plus il réfléchissait , plus le malaise s’épaississait . Quelque chose le rongeait , malaise diffus , presque métaphysique . Ce n’était pas une faute précise . Pas un événement unique . Une lente dérive , plutôt . Comme si quelque chose en lui s’était déplacé imperceptiblement au fil des années .

Julian ,  pensant à Clara , passa la main sur son visage fatigué . Elle était partie la veille . Mais le mot lui semblait soudain lourd d’une ambiguïté inquiétante . Officiellement , selon son dernier message , elle passait quelques jours chez une amie . Mais une autre hypothèse , plus obscure , s’insinua en lui . Et si cette distance était déjà une séparation ?

 
 
 
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Notes :
 
1Paracelse ( Philippe Théophraste Bombast Von Hohenheim , 1493 - 1541 ) médecin philosophe , alchimiste suisse de langue allemande .
 
2Arthur Schopenhauer ( 1788 - 1860 ) , philosophe allemand . 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 

 

 

 

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L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE - VIII - Table des Matières .

10 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Château des Ducs de Bretagne ( Nantes )

Château des Ducs de Bretagne ( Nantes )

L'ESCARBOUCLE /

LA MONTRE FANTASTIQUE

 

 

 

 

Table des Matières

 

I -  Préface / Dédicace : La Pierre du Miracle  

II - Prologue - Une Etrange Visite .

III Première Partie ( Complot ) : 2 - Apparition - 3 - Dans le Fracas des Guerres - 4 - Le Parchemin du Mausolée - 5 - Esther . 

IV Deuxième Partie ( L'Affrontement : 6 - Novalis - 7 - Franz Keller .

V - Troisième Partie ( Lux Perennis : 8 - La Porte Etroite - 9 - Le Royaume sous la Mer .

VI - Epilogue : 10 - La Croisée des Chemins .

VII - LA MONTRE FANTASTIQUE ( Nouvelle )

VIII - Table des Matières .

 

DAN AR WERNL'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE - VIII Table des Matières - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE " , Copyright 2025 / 2026 .

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La Montre Fantastique ( Nouvelle ) .

2 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA MONTRE FANTASTIQUE

La Montre Fantastique ( Nouvelle ) .
 
 

 

La Montre Fantastique
 

 

 

 

 

 

 

" On se penche sur la ruine calcinée par le feu du ciel :

  on espère y surprendre les secrets de l'inspiration ... "

Maurice Barrès - " L'Abdication du Poète " ( 1914 )

 

 

 

 

 

1 - La veille du mariage , Yann Kerjean retourna sa boutique sens dessus dessous . Les tiroirs de noyer claquaient , les vitrines tremblaient sous ses doigts nerveux . La montre n’y était plus , la  montre Droz à gousset décoré de fleurs de lys qui devait sceller son avenir , comme elle avait scellé le passé de sa famille . Une montre suisse au boîtier d’or patiné , au verre légèrement voilé par le sel et les ans , dont le tic-tac semblait parfois trop hésiter , comme si le temps lui-même doutait de la bonne voie à prendre . Il ferma les yeux , revoyant son grand-père Jakez , penché sur la table de la cuisine , murmurant presque :
- Cette montre ne se donne pas , vois-tu ? Elle se mérite . Et surtout ... ne la perds jamais de vue !

Il n’avait pas écouté . Ce précieux bijou avait été , disait-on , repéché en 1801 sur  la côte Pen Lann de l'île de Groix , dans l’épave d’un navire en provenance de Saint-Domingue à destination de Lorient , le " Santez-Anna " , qui portait le nom de la famille Kerjean . L'ancêtre Corentin , vieux loup de mer , autant marchand que contrebandier , parfois sauveur , parfois pilleur , avait navigué un peu partout , sur toutes les mers du globe : un homme traitant la mer comme le temps , qui croyait , sans doute , pouvoir les dominer . L'ironie suprême était que le mécanisme de cette montre miraculeusement récupérée par des hommes qui n’étaient ni tout à fait des sauveteurs , ni tout à fait des voleurs , pourtant , s'était retrouvé bloqué sur l'heure précise de la catastrophe ! ( 1 )

Son père lisait peu . Son grand-père presque rien . Les silences , chez les Kerjean , pesaient plus lourd que les aveux . Les archives ne s'étalèrent pas trop sur ce fait divers , la gazette locale du jour ne mentionnant que brièvement le violent orage ayant calciné le navire et quelques passagers du bord , comme ce " comte de Montmorin , qui , " heureusement " , revenant , en compagnie de sa fille Marie et de leur cousin Charles de Montfort , des îles Caraïbes " , furent sauvés du naufrage " ... A cette époque , on préférait d'ailleurs parler de commerce ou d’audace , plutôt que du contenu des cales . C'était le temps  des traversées lointaines , des cargaisons mal définies , des routes qui évitaient les ports officiels ... ( 2 )

Discrètement , la montre , en même temps que la prospérité , était entrée dans la famille . Et peut-être aussi que le déclin , se disait , à part lui , Yann , qui se souvenait encore de l'étrange histoire que sa grand-mère lui racontait , le soir , au coin du feu et du récit qu'elle lui avait souvent répété avec une précision trop nette , de cette bizarre trouvaille sur la grève , comme s'il s'agissait d'un conte de fée ! Pourtant , chaque fois qu’il en observait les aiguilles - reparties pour une minute , sans raison apparente , au jour de sa naissance , avant de s'arrêter à nouveau - il se demandait si le temps n’avait pas simplement réclamé son dû , et si la montre avait , en ce moment-là , mesuré autre chose que son malheur et celui de sa pauvre maman , qu'une fatalité médicale avait emportée si jeune , à cause de la difficile venue de son bébé au monde et d'un cœur trop fragile !

2 - Il s'était souvenu de ce soir-là où il était descendu au sous-sol , en ce lieu où l’humidité rongeait les murs de l'arrière-boutique . C'était là que reposaient des objets que l’on n’exposait plus . Puis , il avait fait basculer deux rayonnages de livres dans une armoire bretonne " Renaissance " aux portes finement sculptées . La montre , dont il avait d'abord perçu , très étonné , le son du tic-tac lent , trop régulier , se trouvait bien à l’intérieur de ce vieux meuble jamais ouvert , dans un petit coffre , posée , intacte , comme si elle n’avait jamais disparu . Mais , lorsqu’il avait essayé d'en enfiler le bracelet , celle-ci s'était brusquement arrêtée . Et dans le reflet du verre , il avait vu  autre chose que son visage : un corridor obscur , fait d’eau et de cordages fantomatiques , de bois brisé et de silhouettes figées comme des spectres !

L’air était soudain devenu plus dense , la lumière plus sourde , pendant qu'il réalisait que la montre ne mesurait plus le temps , mais qu'elle tentait obstinément de le retenir dans un éternel présent .
Douce et lointaine , une voix monta en lui comme une source claire , cristalline .
- Ne te retourne pas !

Tout de suite , il la reconnut . C'était son Eliza , sa fiancée aux yeux pleins d’amour et d’effroi mêlés , qu'il vit apparaître , toute pâle , derrière lui , vêtue de la robe qu’elle porterait le lendemain pour la cérémonie . 

- Yann ... Si tu me regardes , je reste ici ! Ne tournes pas la tête !

Il voulut protester , lui poser mille questions . Mais la montre vibrait dans sa paume , comme un cœur impatient , lorsqu'il comprit enfin qu'il avait remonté le temps trop loin , jusqu’à ce point fragile où tout pouvait se rompre , pour la retrouver .

- Je taime ! , se mit-il à lui crier alors comme un fou .

Il marcha . Un pas . Puis deux . Le tic-tac s’était accéléré , battant aussi fort que son pouls . Le corridor se refermait déjà . Le temps exigeait son dû ! La jeune fille , quant à elle , pleurait derrière lui de plus en plus . À un souffle du retour , il douta . Comment offrir une telle montre à cette admirable femme qu’il ne pouvait déjà plus voir ? Comment l'aimer sans certitude ?

Par malheur , il se retourna ! Et le monde se brisa dans un silence absolu !

3 - Il était resté longtemps immobile devant la porte du buffet , la clé encore dans la serrure , à écouter , dans le silence , les derniers sanglots de la femme disparue . La montre n’avait jamais été exposée , songea-t-il , trop ancienne et trop chargée d'histoire , trop liée à un drame dont on ne parlait partout qu’à voix basse , un modèle signé Jaquet-Droz , fabriqué , apparemment , en Suisse , à La Chaux-de-Fonds , mais entré secrètement dans la famille par une sorte de fatalité mystérieuse . ( 3 )

D’ordinaire , elle reposait dans ce tiroir , enveloppée dans un cuir usé qui sentait la cire et le sel . Cependant , quelques jours plus tard , quand il voulut rouvrir le meuble , il constata qu'elle n'était plus là , bien qu'à l'étage supérieur , dans la bijouterie du passage de la Pommeraye , aucun coffre n'avait été forcé , aucune vitrine fracturée !

Il avait bien des clients discrets , des collectionneurs qui posaient trop de questions , des amateurs d’objets rares . Certains connaissaient , sans doute , la rumeur de cette montre retrouvée après un naufrage , au large de Lorient , dans l’épave d’un navire qui portait autrefois le nom des Kermeur . D’autres , peut-être , en savaient moins , mais devinaient qu’il y avait là plus qu’un mécanisme ancien . Tout indiquait , pour finir , qu'il ne s'agissait pas de l'oeuvre d'un simple amateur , mais , au contraire de l'acte ciblé d'un professionnel assez habile . 

Car , en général , un voleur laisse toujours quelque trace : un oubli , une précipitation , une odeur étrangère ? Ici , rien . Comme si la montre avait simplement cessé d’être là , comme si la marée ou le temps n'étaient venus qu'afin de récupérer cet objet qu’on leur avait trop longtemps dérobé .

Le mariage était proche . Faire l'offrande à sa promise de ce cadeau généreux lui avait d'abord paru être un geste de confiance en ce qui n'avait pesé ni sur la conscience familiale , ni sur la sienne . Après tout , de quoi s'agissait-il ? Juste d'un débris que la mer avait , comme tant d'autres , jeté sur le rivage . Mais à mesure que la date approchait , s’était insinué en lui un malaise , une question qu’il n’osait pas formuler , mais qui revenait toujours à la même heure , tard dans la nuit :

- Et si certaines choses ne se transmettaient qu'en détruisant ? , se demanda-t-il en rêvant à sa mère .

On lui avait dit qu’elle était morte en le mettant au monde , comme on racontait aussi souvent , dans la famille , par habitude , qu'un voyage en mer pouvait être dangereux . Complication chirurgicale , cœur trop faible , concours de circonstances ? Qui peut expliquer la fatalité ? Dans les souvenirs flous de l’enfant , ne résistait qu'un détail : la montre avait été posée sur la table ce jour-là . Son père l’avait sortie de son étui , presque solennellement , comme pour marquer le moment de sa venue .

Yann , pourtant ,  n’avait jamais su si ce souvenir était réel ou reconstruit . Mais à partir de ce jour , la montre , ayant regagné sa cachette à l’heure exacte du crépuscule , avait cessé , pour toujours , d'être visible . 

Il se leva , fit quelques pas dans la boutique . Derrière la vitre , la galerie s’animait lentement , les rares passants de l'heure matinale devant ignorer tout de ce qui se tramait ici sournoisement .

- Qui aurait eu intérêt à posséder la montre ? , s'interrogea-t-il à voix basse . 

Désirait-on seulement qu’elle ne change pas de main ?

Et si elle refusait ? , pensa-t-il encore . Si elle choisissait ?

L’idée lui parut absurde , mais elle s’imposa peu à peu , avec la force d’une évidence ancienne . On parlait , chez les Kerjean , parfois , de la montre comme d’un repère vivant , jamais comme d’un porte-bonheur . Un simple témoin ne protège pas . 

Le soir , il referma le tiroir vide , comprenant que la disparition n’était peut-être pas un vol , mais un avertissement , quelque chose , ou quelqu’un d'inconnu , ayant jugé que le moment n’était pas arrivé . Ou qu’il était déjà trop tard ?

4 - Plus troublé encore , il pensait à une autre histoire que son père lui avait racontée par un soir d’ivresse maîtrisée . Pendant l’Occupation , disait-il , des officiers allemands fouillèrent un manoir dominant la mer , non loin de Camaret , la demeure du poète Saint-Pol-Roux .

Cependant , d'après la rumeur , ils n’y avaient cherché ni tableaux , ni manuscrits , mais un objet précis , décrit avec une minutie obsessionnelle , une montre suisse ancienne , supposée avoir transité par La Chaux-de-Fonds , qui aurait été liée , par des raisonnements que personne ne pouvait vraiment plus comprendre aujourd'hui , à une lignée disparue . 

On murmurait même le nom de Louis XVII .

Il n’avait jamais su s’il fallait prendre cette histoire au sérieux . Pourtant , ce détail l’avait toujours troublé : ils n’avaient rien emporté d'autre . Comme si c'était seulement cet objet qu’ils cherchaient , lié peut-être aux recherches de certains savants nazis sur la maîtrise du temps , 
Ce souvenir lui revint avec une netteté si obsédante que , le lendemain , la boutique était fermée . 

On raconta plus tard que le bijoutier , désespéré du départ de sa femme , avait disparu sans laisser de trace . Certains curieux jurèrent l’avoir vu marcher seul sur la côte de Camaret , parlant au vent , tenant une lettre contre son cœur , tandis que d’autres , l’oreille collée contre la porte close , prétendirent avoir entendu parfois , tout au fond de l'échoppe , un tic-tac discret , comme un rappel cruel : jamais le temps ne regarde en arrière ! Quant à lui , le pauvre , il se demandait si la montre , autour d’elle , comme une invisible faux détachant l'âme du corps , n’avait pas , au fil des siècles , focalisé les plus effroyables malédictions !

Longeant le château de sable en ruine du poète , bâti par un certain Philippe , selon la légende , il alla se planter tout au bout de la falaise , face à l'abîme de Pen-Hat , essayant en vain de détourner sa pensée de certaines questions qui n'avaient pas été faites pour être résolues toutes ensemble . Pourquoi le nom de l'architecte ressemblait-il à celui du roi tentant d'assassiner Louis XVII , lui dont le père avait déjà voté la mort du souverain guillotiné ?

Etait-ce l'ombre de Coecilian , le fils du " Magnifique " tombé au champ d'honneur , qu'on voyait faire fuir , en riant comme un fou , les douze cormorans des sept sabliers de la plage ?

Les gens de Kerbonn affirmaient que , certaines nuits , lorsque le ciel se couvrait d'une lueur anormalement froide , la montre se remettait à battre contre son coeur , toujours à la même heure , celle où l'Etoile divine était tombée du firmament ... 

( 4 )

 

FIN
 
                                                       ___
 
 
DAN AR WERN - La Montre Fantastique ( Nouvelle ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Montre Fantastique " , copyright 2026 . 
                                           
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Notes :
 
1 - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - VIII - Les Kerjean de Nantes - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 .
 
2 - Les Compagnons de L'Etoile ( Cycle de L'Etoile XXIX ) - XI - Adieu Copyright 2024 Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - All rights reserved .

3Henri-Louis Jaquet-Droz ( 13 octobre 1752 à La Chauds-de-Fonds - 15 novembre 1791 à Naples ) , fils de Pierre , horloger neuchâtelois de la fin du XVIIIe siècle .

   - " Le Fils de Louis XVI en Suisse " de Paul F. Macquat , 1922 .

4 - " Les Sabliers " ( 1892 ) , de Saint-Pol-Roux ( 1861 - 1940 ) , poète symboliste français .

 

 

 
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Perspectives - VI - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , 2 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .

27 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

Perspectives - VI - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , 2 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .
Perspectives 
V - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " , 2 .
       ( Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient

 

 

 

La Demeure Enchantée

 

 

 

" Tout ce qui ne remonte pas en conscience revient sous forme de Destin  "

Carl-Gustav Jung " Aion " Aion : Beiträge zur Symbolik des Selbst , 1951 

 

 

Auteur : DAN AR WERN
Titre : La Demeure Enchantée
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2016

Suite du " Passeur des Mondes " ( Cycle de L'Etoile I ) , " La Demeure Enchantée " ne se contente pas de prolonger une intrigue : le roman creuse une dynamique spirituelle déjà amorcée , celle du passage entre les plans du réel . Toutefois , là où le premier ouvrage explorait essentiellement l’expérience du seuil , celui-ci en interroge les conséquences intérieures . L’aventure extérieure devient le théâtre d’un processus psychique profond que l’on peut mettre en lumière avec la pensée de Carl Gustav Jung .

4 - Double et Lumière
 

Roll , en tant que protagoniste , se confronte ici à une série d’expériences qui représentent la descente dans l’inconscient . L’apparition de la mystérieuse " dame en noir " , avec son accent slave et son parfum évoquant des souvenirs d’enfance , illustre ce que Jung appelle l’Anima , figure féminine intérieure , médiatrice entre le conscient et l’inconscient , qui attire le jeune homme vers la révélation .

Le cadre de la basilique Saint-Denis renforce ce symbolisme : la lumière sur le mausolée de Louis XVI et Marie-Antoinette peut être interprétée comme un halo de conscience éclairante , tandis que le cri infernal et le mélange du rêve et de la réalité traduisent la peur de l'ombre et la confrontation à des forces psychiques inconnues . Le papier signé " Belphégor " agit comme l'ombre projetée , un message venant du côté obscur de la psyché que le héros doit intégrer pour évoluer . L'éloignement de Pierre-Henry ( symbolique de celle de Louis XVI et de la Monarchie ) et les mécanismes mystérieux du mausolée , symbolisent la confrontation de son ami avec certains aspects cachés de son psychisme où le double disparu représente la part inconnue ou refoulée de l’individu . La découverte de la salle d’Horus et de la voix résonnant sous la voûte introduit le thème de l'archétype du mage ou du " Grand-Prêtre " , modèle de sagesse ancestrale et de puissance occulte précédant le christianisme , cette statue du dieu égyptien suggérant au jeune explorateur de progresser dans un processus d’individuation figuré par le symbolisme solaire initial confrontant la divinité intérieure aux forces obscures qui ont structuré , d'abord , l’univers primitif . Ainsi , la descente dans les galeries souterraines , comme la rencontre avec les mécanismes cachés de la basilique , traduisent le voyage initiatique vers l'inconscient profond , ces escaliers tortueux , grilles et cryptes , qui sont des métaphores de la descente dans un lieu où l’individu affronte ses peurs et ses désirs inconscients . La vision du halo de lumière sur le mausolée , en contraste avec la silhouette drapée de noir , témoignent de cette lutte entre l'ombre et la lumière , confrontation nécessaire à l’intégration de la psyché . L’expérience de Roll , drogué et désorienté , illustre aussi cette frontière floue entre rêve et réalité où le moi doit se réconcilier avec ses contenus inconscients . Le motif de la réincarnation du personnage de Morgane en sa doublure Anna Pavlovska , et la transformation de celle-ci en Lady Richmond pendant la séance de spiritisme , mettent en avant ce masque social que l’individu doit porter pour naviguer dans le monde réel , tout en dissimulant les aspects les plus profonds de sa psyché . La substitution , motif récurrent , révèle , ici , la difficulté de distinguer le " Soi " authentique des projections et illusions qui structurent notre identité véritable hantée par un double , celui-ci préfigurant , lors de confrontations ultérieures , la lutte avec ces forces de perdition qui vont accuser Roll d'avoir assassiné , sous le masque de Belphégor , le " Grand-Maître " survivant dans son " Immortelle " , Sophie !

Le personnage de Rhéa , dame d’atours d’Antinéa , relie encore celui-ci au mythe atlantéen , symbolisant la fluidité océanique ambivalente de la psyché féminine , à la fois traîtresse , mais aussi nourricière , mystérieuse et initiatrice , l’eau et l’Atlantide représentant l’inconscient profond , tandis que la princesse incarne un archétype de guide spirituel pour le héros .

 

5 - Chute et Rédemption

 

En tant que gardienne des Cristaux d’Équilibre , elle est , grâce à sa relation télépathique avec la créature de Baal et la Pierre vivante en forme de cœur , la figure féminine sage et intuitive capable de percevoir et de communiquer aussi bien avec l'invisible qu'avec ce noyau intérieur où se rejoignent toutes les polarités psychiques . Les " Mutants " d’Orion , conduits par Seth , représentent quant à eux les forces hostiles de l’inconscient projetées sur l’extérieur , menaçant l’harmonie et l’équilibre . La capture d’Horiosis et la trahison de Rhéa sont autant de manifestations des conflits non résolus qui mettent en péril la totalité psychique et le monde symbolique du continent fabuleux . Rhéa elle-même , préfigurant la destinée de Roll , illustre l'incapacité de l’homme reconnue trop tard lorsqu'il croit agir correctement , tandis que sa naïveté , sa faiblesse et son irresponsabilité conduisent à la destruction . La " Prophétie du Nord " , miracle attendu , symbolise cette force guidant vers la réconciliation et la réalisation de l’individu , même lorsque les repères ordinaires sont perdus . La fuite vers la patrie céleste et le voyage interstellaire représentent l’archétype d'une Assomption permettant de rejoindre un ordre supérieur de conscience . Enfin , la destruction finale de l’Île et la dispersion des Cristaux , de même que l’émergence du fragment du Saint Graal à travers les siècles , montrent la mort symbolique et la rédemption d'une civilisation perdue qui , métaphore d'un naufrage collectif , doit être réintégrée dans l'ordre céleste pour permettre à l’âme de renaître sur de nouvelles bases . Pour conclure , " La Demeure Enchantée " , au fil de ses cinq parties , nous offre un récit où archétypes et symboles s’entrelacent avec les mythes universels . Ce voyage dans l’Atlantide n’est pas seulement un récit d’aventures fantastiques , mais une allégorie de la psyché humaine , de ses crises , de ses trahisons comme de sa quête incessante vers l’unité intérieure et la transcendance .

 

 

 

FIN

 

 

DAN AR WERN - Perspectives - VI - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " - Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient - 2 - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " Perspectives " - copyright 2025 Dan Ar Wern .

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