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L'ENFANT PERDU - III - La Croix des Fées .

30 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ENFANT PERDU

L'ENFANT PERDU - III - La Croix des Fées .
 

L'ENFANT PERDU
 

( Suite de : UNE ETOILE QUI TOMBE )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - La Croix des Fées

 

 

 

" Quils confondent leur haine , et ne distinguent plus

  Le sang qui les fit vaincre , et celui des vaincus . "

Jean Racine - Andromaque , Acte I , scène 2

 

 

 

 

 

 

 

 

6 - Noël enveloppait la forêt d’un silence presque sacré . Une brume fine montait du lac , étouffant les sons et déformant les ombres , comme si Brocéliande elle-même se plaisait à brouiller les identités . Les grands chênes , dépouillés de leurs feuilles , dressaient leurs bras noirs comme des lépreux vers un ciel d’étain . Rien ne semblait immuable ici , sinon le secret .

Bizarrement désertée , l’auberge de la Croix des Fées , grosse bâtisse trapue du Moyen-Âge aux murs de schiste , dominait la rive orientale du lac . A distance respectueuse , quelques voitures stationnaient . Trop respectueuse , sans doute , car ceux qui savaient reconnaître les signes n’auraient eu aucun mal à deviner qu'un oeil attentif derrière les vitres embuées d'une automobile , ou qu'une silhouette figée derrière un sous-bois , dissimulant une arme sous un manteau de laine ou sous son bonnet des écouteurs , pouvaient révéler la présence discrète de gardes du corps . Lorsqu'on entendit sonner midi trente au clocher de l'abbaye Notre-Dame , ce fut Astyana qui entra le premier dans le restaurant .

Son manteau sombre , qui n'était pas d'uniforme , portait encore la rigueur de Saint-Cyr Coëtquidan . ( 5 )

L'élève officier , celui que l'on surnommait le " Renard Pâle " à Bamako , montrait ainsi , par son attitude , cette manière de se tenir droit sans ostentation , d’occuper l’espace sans le réclamer . Son visage était jeune , mais fermé , comme s’il avait appris très tôt qu'il ne fallait rien laisser paraître . À ceux qui l’auraient observé de loin , d'ailleurs , l’héritier discipliné du président Sanogo aurait semblé n’être qu’un fils obéissant . Peu savaient , mais encore moins pouvaient comprendre , qu’il était en réalité le fruit d’un passé trouble et soigneusement enseveli .

Il choisit une table à l’écart , dos au mur , vue dégagée sur la salle .

Réflexe militaire . Instinct de survivant aussi . Erwan arriva hésitant , sur le seuil au rendez-vous , quelques minutes plus tard , comme si franchir cette porte équivalait à traverser une frontière invisible . Il reconnut immédiatement son fils . Il n’y avait aucun doute possible : la ligne du menton , le regard sombre , cette façon de scruter le monde avec une distance presque douloureuse , tout cela venait de lui ... et de Nema . Par politesse , avant se rasseoir assez vite , car il était habitué à ce que ce soit à lui qu'on marque plutôt de la déférence , l'aspirant se leva rapidement pour le saluer . Son regard était calme , attentif , sans dureté apparente .

- Merci dêtre venu , dit-il . Je sais que ce nétait pas sans risqueAsseyez-vous , rajouta-t-il simplement , comme s'il donnait un ordre . Pas de " père ", pas de formule inutile . L'écrivain , sentant s’abattre sur lui , au moment même où leurs regards se croisèrent , le poids des années perdues , ne put que lui obéir . Pourtant , le silence entre eux n’était pas vide : il était saturé de non-dits , de mensonges d’État , d’exil et de sang .

- Vous nêtes pas venu seul , remarqua Erwan .

Un léger sourire passa sur les lèvres d’Astyana .

- Pourquoi ici ? , lui demanda enfin son père . Brocéliande ... ce nest pas qu'un hasard .

- Rien ne lest dans notre famille , n'est-ce pas ? , lui répondit sa progéniture . 

Erwan fronça les sourcils .

- Que savez-vous précisément ?

Le jeune homme posa lentement ses mains sur la table .

- Plus que ce que vous pensez . Moins que ce que je cherche encore à comprendre .

Il marqua une pause , puis reprit , d’un ton presque détaché :

- Les Kerjean crurent toujours qu'avec leur temps , certains de leurs secrets devaient périr. Comme dans le naufrage de 1767 . ( 6 )

Morgat se figea.

- Qui vous a parlé de ça ?

- Personne , répondit le jeune malien . Cest précisément le problème .

Son regard se durcit .

- Cette grotte , à Camaret , de Marie-Lévêquedans laquelle un navire échoua sa cargaison jamais officiellement recensée , dans des circonstances très obscures . Quant à cette inscription en langue bretonne , gravée dans la pierre ... Ar maen a zistroio d’an douar a gollas anezhi ( La pierre retournera à la terre qui la perdue ) ?

Erwan pâlit . Peu de gens connaissaient la phrase exacte , encore moins son sens véritable : " Dar re a fell dezho tapout ar Maenomp deuet da saveteiñ anezhi ! " ( " A ceux qui veulent s'emparer de la Pierre , nous sommes venus la sauver ! " ) . ( 7 )

- Ce bateau transportait la pierre volée aux Dogons , nest-ce pas ? , poursuivit le saint-cyrien sans aucune impatience . Ou du moins quelque chose qui en était indissociable . ( 8 )

- Tu nas aucune preuve !, lui répondit l'autre , excédé , à voix basse .

- Non . Mais vous , je crois que si .

Un silence lourd retomba entre eux . Dehors , le vent , comme une respiration ancienne , fit frémir la surface du lac .

- Pourquoi me dire tout cela ? demanda le breton . Pourquoi maintenant ?

Son fils naturel , sans animosité , mais sans chaleur non plus , le fixa longuement .

- Parce que je refuse dêtre seulement lhéritier dun mensonge . J'ai réussi à survivre , mais au prix de l'effacement de ma filiation réelle . J'ai été confisqué par un tyran qui nétait pas mon vrai pèreet abandonné par mon géniteur biologique . Parce que je crois que vous n'êtes pas venu au Mali par hasard Sanogo ma tout appris sauf une chose : pourquoi il était devenu votre confident , votre ami , et doù je viens réellement . Parce que cette histoire , la pierre , le naufrage , Brocéliandeque vous le vouliez ou non , nous concerne tous les deux .​​​​

Le jeune homme se leva .

- Ceci nétait pas une réconciliation . Juste un premier rendez-vous .

Puis , d'une voix doucement hypocrite :

- A-propos , Noël est une période de révélations , paraît-il . Attendez-moi juste un instant , fit-il ensuite , passant le seuil sans se retourner , faisant signe aux gardes qui parurent s’évanouir dans la forêt presque aussitôt . Conscient que le passé qu’il avait cru enseveli venait de se rappeler à lui , Erwan resta seul un moment , face à la table vide , non pas comme un fantôme du passé , mais comme un otage de son héritier .

 

7 - Celui-ci , vite revenu , leva les yeux vers lui , lentement , comme on le fait avant un jugement .

- Sans doute savez-vous ce que pensait Racine ? , lui lança-t-il soudain . Que les malheurs des vaincus passent pour des crimes

L'autre resta silencieux .

- Ma mère était une vaincue ! , poursuivit Astyana .
Comme tous ceux qui ont cru que lHistoire autorisait le silence .

Il posa la main sur la table , paume ouverte , comme sur une pierre d’autel .

- Ainsi , les Dogons disaient que la terre , toujours , finit par réclamer le prix de ce qui lui est volé .
Les Bretons aussi , dailleurs . Vous lavez gravé dans la roche , en 1767 .

Il sourit sans chaleur .

- Je ne crois ni au pardon , ni à la filiation . Je crois à la restitution .

- Que veux-tu ? lui demanda son père d’une voix rauque , inquiète .

- Que chacun souffre à la mesure de ce quil m'a transmis , répondit Astyana .
Sanogo ma donné le pouvoir sans la vérité .
Vous m’avez donné la vérité sans le courage .

Il se leva , dominant Erwan de toute sa hauteur .

- Je suis l’enfant quon na pas voulu jeter du haut des remparts . Pourquoi doncsinon , vous aurais-je donné rendez-vous en ce lieu ? Mais ne vous en réjouissez pas trop !

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - L'ENFANT PERDU III - La Croix des Fées - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'ENFANT PERDU " , copyright 2026 .

 

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Notes :

 

5 - L'école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan se trouve implantée dans la commune de Guer ( Gwern-Porc'hoëd , Morbihan ) .

6 - Naufrage du " Saint-Ronan " ( 1767 ) , voir Une Etoile Qui Tombe Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XII - Le Dossier " Kerbonn " - Copyright 2025 Dan Ar Wern ( A paraître ) -Tous droits réservés . 

7 - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIII - Les Enfants de la Grotte - Note 16 - Copyright 2025 Dan Ar Wern ( A paraître ) -Tous droits réservés . 

8Le Pays Dogon s'étend de la falaise de Bandiagara ( Mali ) jusqu'au sud-ouest de la boucle du Niger . Quelques Dogons sont installés dans le nord du Burkina Faso .

 

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L'ENFANT PERDU - II - L'Etoile qui Veille Encore .

28 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ENFANT PERDU

José García Y Ramos - Leaving a Masqued Ball ( 1905 )

José García Y Ramos - Leaving a Masqued Ball ( 1905 )

 
L'ENFANT PERDU
 
( Suite de : UNE ETOILE QUI TOMBE )
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - L'Etoile qui Veille Encore

 

 

" Ah ! de quel souvenir viens-tu frapper mon âme ! "

Jean Racine - Andromaque , Acte III , scène 8

 

 

 

 

 

 

 

 

4 - Sous les lustres de l’ambassade , la lumière ne tombait pas , mais elle ruisselait de pampilles de cristal qui fragmentaient son éclat en myriades d’étincelles , comme si chaque convive avançait sous une pluie d’or brisée . Les miroirs renvoyaient des silhouettes démultipliées , visages masqués , regards absents , corps glissant d’un cercle à l’autre avec une aisance étudiée .

Les tentures de soie aux couleurs sahéliennes - ocre brûlé , indigo profond , rouge de latérite - adoucissaient la rigueur haussmannienne des murs . Paris s’effaçait . À sa place surgissait une Afrique recomposée , diplomatique , esthétisée , où les traditions devenaient motifs , et les drames , noyés dans des coupes de champagne , anecdotes murmurées dans les couloirs feutrés du pouvoir .

Un orchestre discret mêlait cordes européennes et percussions africaines . Le rythme était lent , presque cérémoniel , invitant moins à la danse qu’à la dérive .

Les costumes se croisaient , se frôlaient sans se reconnaître , protégés par le masque et l’étiquette , les voix se mêlaient , les identités se brouillaient . Ce n’était plus le 6e arrondissement , mais une enclave suspendue , hors du temps . L’anonymat n’était pas , ici , une liberté , mais une règle tacite . Les dominos eux-mêmes semblant classer les invités , certains , de style italien raffiné , affichaient un luxe européen d'antan ; d’autres , plutôt sombres , portaient des figures africaines rituelles , stylisées jusqu’à l’abstraction . Dans ce contexte , on ne savait plus vraiment qui représentait quoi , ni qui croyait encore à ce qu’il incarnait .

Mademoiselle Anna Kern observait ce ballet avec une attention presque trop lucide pour son âge . Elle voyait déjà , comme enfant d'une danseuse étoile , ce que le bal cherchait à lui dissimuler : une mise en scène du monde, où chacun valsait pour rester à sa place .

Lorsque la rumeur de l’arrivée présidentielle parcourut la salle , maintes conversations se recalibrèrent aussitôt .

Les rires se firent plus courts , les gestes plus mesurés . Le bal masqué révélait alors sa vérité : sous l’apparente légèreté , chacun guettait le moment exact où il faudrait ôter - ou changer - de masque .

Après le discours officiel , tandis que les lueurs dansantes des candélabres faisaient pétiller leur lumière illuminant les yeux sombres des convives plongés dans leurs verres , le somptueux dîner commença dans une ambiance joyeuse sous les volutes bleuâtres de quelques cigares dont la fumée dessinait aussi les contours imprécis d'un rêve d'autrefois ... 

Puis ,  le bal reprit de plus belle ...

- Votre " Ville Lumière " porte bien son nom , ce soir , 'est-ce pas , général ?  dit une " marquise de Pompadour " ouvrant le quadrille aux bras de l'illustre leader malien .

Regardez donc ce paysage magnifique , sous la Lune , et toutes ces rues illuminées de dizaines de lampions multicolores !

La capitale a bien fait les choses , comme de coutume ! Et ces feux d 'artifice , quel prodige !

On était le 14 juillet .

Peu à peu , alors que "Joséphine " saluait son " Marc-Antoine " et qu'une favorite du temps de " Louis XV " embrassait un mignon de la cour d'Henri III , l'on vit se former d'autres couples d'une existence rêvée ...   

Fascinant les âmes sensibles , la magie des arabesques sonores d'une Diva noire se mêla aux accents envoûtants d'un piano sur une musique merveilleuse de Blues , à l'autre bout du salon , qui vint doucement évoquer le précieux temps perdu de la mélancolie : 

 

" My baby left me for somebody new ,

 ( Mon bébé m'a laissé pour quelqu'un d 'autre )

I don't wanna to talk about it ... 

 (  Je ne veux pas en parler ... )

 

Nostalgique , sa voix semblait provenir d'un temple lointain , balayé de sable , avec ses innombrables grains de poussière évoquant l'oubli des ans , la vanité de l'homme dans le tourbillon des millénaires ...  ( 2 )

- N'est-ce pas encore mieux que d'habitude , ma chère ? , dit en riant le président Sanogo à son épouse et cavalière , 'est une soirée merveilleuse , n'est-ce pas ? ! , lui suggéra-t-il encore avec un peu d'ironie cruelle aux accents de pitié , l'oeil fixé sur son écran de contrôle pendant que le bal poursuivait son mouvement circulaire , ignorant tout de ce qui venait de se fissurer , deux destins , déjà blessés par le temps , commençant à se reconnaître , non dans la lumière , mais dans l’ombre qu’elle projetait !

 

5 - Le carton d’invitation portait un blason discret, embossé d’or mat : Ambassade de la République du Mali – Bal masqué.
Jil Kern l’avait longuement observé avant de le glisser dans la poche intérieure de sa veste, comme s’il redoutait que ce simple rectangle de papier ne fissure un passé qu’il avait cru enseveli.

C’était Étienne Desforges , frère du metteur en scène , secrétaire d’ambassade au Quai d’Orsay , qui avait organisé cette soirée . Un homme élégant , à la courtoisie précise , chez qui l’art des relations semblait relever d’une diplomatie intime autant qu’officielle . Il avait insisté pour que Jil puisse venir accompagné.

Votre fille doit voir cela, avait-il dit. Paris n’est jamais plus lui-même que lorsqu’il se déguise.

Anna Kern avait , depuis longtemps déjà , oublié qu'elle s'était appelée Kerjean . Sous son nom d’artiste , inspiré par le fait qu'elle avait retrouvé son vrai père , elle s’était inventé une distance , une protection . Ce soir-là , elle portait un masque vénitien d’un blanc nacré , ourlé d’un fil noir , qui soulignait la gravité de son regard . Jil , quant à lui , avait choisi un masque simple , presque ascétique , comme s’il refusait d’entrer tout à fait dans le jeu .

Lorsqu'on avait annoncé l’arrivée du président , les conversations s'étaient un instant figées , puis avaient repris , plus feutrées . Nema , son épouse , était apparue à son bras , le visage dissimulé sous un masque sombre , presque rituel , évoquant moins l’Europe que l’Afrique ancienne . Elle avait exigé cet anonymat , prétendait-on , par goût du symbole et par fidélité à certaines traditions .

Jil ne la reconnut pas tout de suite.

La salle bruissait de conversations élégantes . Les masques faisaient leur œuvre : chacun semblait jouer son rôle , dont il n’était plus tout à fait responsable . Jil avançait lentement , attentif aux détails , lorsqu’il aperçut la femme masquée aux côtés du président . Quelque chose , sans visage encore , se mit à peser en lui . Ce fut une phrase , lancée presque à voix basse , près d’un plateau d’amuse-bouches , qui fissura le réel .

- Chez les Dogons , disait la femme masquée à un interlocuteur distrait , lâme précède le corps . On naît plusieurs fois , mais on ne sen souvient quune seule .

L'écrivain se figea . Cette phrase , il l’avait entendue autrefois , murmurée dans une chambre de Bamako , au cœur d’une nuit traversée de poussière et de chants lointains . Peu de gens connaissaient cette croyance . Moins encore l’avaient formulée ainsi .

Il se tourna timidement vers elle , s’approchant presque malgré lui . 

- Chez les Dogons , reprit-il à voix basse , sans la regarder directement , quand la parole est confisquée , on la confie aux étoiles . La chute du faux maître , elles seules savent lattendre !

La phrase était précise , trop précise . Nema se raidit imperceptiblement . Personne autour ne pouvait comprendre . Mais elle , oui . Elle finit par tourner lentement la tête vers lui , son regard brûlant derrière le masque sombre .

Un seul homme a osé parler ainsi devant moi ! , lui déclara-t-elle . Et jamais sans danger .

Un silence s'en suivit . L'atmosphère était dense . Presque aussitôt , le faisant se déplacer à toute vitesse comme s'ils avaient répété ce mouvement autrefois , la femme l'entraîna discrètement dans un salon latéral qui les engloutit .

Le battant se referma . Elle arracha tout de suite son masque . Il la reconnut .

Bien sûr , ce n’était plus la jeune femme éclatante qu’il avait connue . Le temps avait creusé son œuvre avec méthode .

Ses traits s’étaient durcis , non par amertume , mais par nécessité . La lumière vive qui l’animait jadis , elle aussi , s’était retirée , laissant place à une vigilance constante , presque austère . Sa beauté n’avait pas disparu , elle s’était juste contractée , comme si , portant sur elle les marques d’une vie tenue sous contrainte , elle avait payé le prix exact de ce qu’elle avait traversé .

Pourtant , la porte était à peine close qu'elle laissa éclater contre lui sa colère !

- Tu as disparu , dit-elle . Et quand le régime est tombé , tu n'es pas revenu . Tu m'as laissée seule avec lui !

Je croyais que c'était toi qui m'avais lâchement abandonné , lui répondit-il doucement . Puis , dans mon délire d'amnésique , j'ai rêvé , au fil des nuits que c'était une morte qui me parlait . Mais je ne savais plus qui , je t'assure !

Elle fronça les sourcils .

- Que veux-tu dire ?

Il hésita , puis , plongeant sa main dans la poche intérieure de sa veste , il en sortit une feuille pliée , froissée , toute jaunie par le sel et le temps .

- Je l'ai trouvée en Bretagne , à Camaret , par hasard . J'étais instinctivement revenu là-bas , chez moi , sans trop savoir pourquoi . Du côté de Pen-Hat . Les gens ne m'ont pas reconnu .
Il marqua une pause .
- La mer était basse , la falaise sombre . Et la bouteille était là , coincée entre deux rochers , comme si elle m’attendait . 

Nema pâlit .

- Cette lettre ...

- Je l'ai prise pour un dernier message d'Eliza Kerjean . La mémoire m'est revenue d'un seul coup , quand j 'ai vu le flacon ! ( 3 )
Sa voix se brisa légèrement .
- 'ai su brusquement que je l'aimais , qu'elle était tombée de la falaise .

Alors quand j 'ai vu cette écriture , cette détresse ... j'ai cru que la mer me parlait d'elle C'était bien avant notre histoire , tu comprends nous étions gosses ! ( 4 )

Nema lui arracha la lettre avec des mains tremblantes . Elle n’eut pas besoin de la lire longtemps .

- Mais cest mon écriture , protesta-t-elle . Chaque boucle . Chaque silence entre les mots .

Bouleversée , elle leva les yeux vers lui .

Cest moi qui ai envoyé cette bouteille , Erwan ! J'étais désespérée !

Le temps sembla se contracter .

- Quand ?

- Cette nuit cruelle où une fois de plus Bakary Sanogo m'a frappée .
Sa voix était calme , presque clinique .
- Nous voguions au large , de retour d'AmériqueIl avait trop bu , il était persuadé que je lui mentais , venant dapprendre que les anciens de chez nous refusaient encore de collaborer . 

Le trésor ?

- Oui . L'opale , murmura-t-elle à son oreille avec douceur , fermant d'une larme ses yeux bleu-vert , couleur océane .
- Une pierre qui n'appartient à aucune montagne connue . Ils disent qu'elle est tombée avant les mondes visibles . Qu'elle ne révèle sa force qu'à ceux qu'elle choisit . 

Jil , sidéré , la regardait avec fascination . 

Il voulait lemplacement exact . Nous étions sur le bastingage , il m’a menacée , poursuivit-elle . De mort . De disparition . Ce soir-là , jai cru que je nen sortirais pas vivante !

- Et tu as écrit ...

- Je ne savais pas où tu étais . Ni même si tu te souvenais de moi . Alors j'ai confié la lettre à la mer . Comme on le fait chez nous quand la parole devient trop dangereuse .
Un sourire douloureux traversa son visage .

A son tour , il hocha la tête :

- Chez les Dogons , ton peuple ...

- Oui , quand le renard pâlit , compléta-t-elle , et que la parole ne peut plus marcher sur la terre , on la fait boire à l’eau noire , pour qu’elle rejoigne létoile qui veille encore ...

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - L'ENFANT PERDU II - L'Etoile qui Veille Encore - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'ENFANT PERDU " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

2 - " Melancholy Blues " ( 1977 ) , chanson de Freddy Mercury sur l'album " News of the World ", copyright 1977 EMI / Parlophone ( 6e album du groupe de rock britannique " Queen " ) .

3 - DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - II - Bouteille à la Mer - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 .

4 - DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIII - Les Enfants de la Grotte - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 
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L'ENFANT PERDU - I - La Fontaine et les Ombres .

26 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ENFANT PERDU

L'ENFANT PERDU - I - La Fontaine et les Ombres .

 

L'ENFANT PERDU
( Suite de : UNE ETOILE QUI TOMBE )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - La Fontaine et les Ombres

 

 

 

 

 

 

" Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? "

Jean Racine - Andromaque , Acte V , scène 5

 

 

 

 

 

1 - Le soleil déclinait sur le parc en cette claire journée de printemps , brûlant de ses derniers feux le fronton des orgueilleuses façades royales qu'un groupe insouciant de touristes contemplait avec une sorte d'amour incrédule . En son centre , la fontaine aux eaux jaillissantes , miroir céleste , laissait monter un murmure égal , presque antique , un peu comme si l’eau répétait inlassablement une confidence qu’elle seule avait le droit de garder sur le vieux Paris , persistant à projeter ses gouttes cristallines parmi les rires d'enfants et les fantômes cruels d'un autrefois révolu hantant les parterres fleuris de dahlias et de roses qui longeaient l'allée principale ombragée de ses quelques rangs de tilleuls et de magnolias dont le vent printanier faisait siffler les feuilles comme des serpents ! Le vieil Erwan Morgat s’y tenait immobile , à l’écart des promeneurs , le regard fixé sur la surface tremblante où le ciel indécis venait se briser en éclats de nuées grisâtres ...

" Qu'aurais-je pu faire d'autre ? , se demandait-il encore , tourmenté par ces ombres du passé , pendant que son âme prisonnière se voyait obligée de fuir un terrible sentiment d'angoisse mêlé de culpabilité . Elle était restée en fin de compte si peu de temps , se dit-il , blottie contre lui , dans cette grotte sous-marine , parmi les trésors de jadis , où ils s'étaient réfugiés , comme inexorablement échoués dans un rêve de corail , tels ces arbres bordant de leurs silhouettes roses les sombres impasses de l'ancienne monarchie ...

Parvenant à habiter une vie qui n’était plus tout à fait la sienne , il avait réussi , tout de même , à survivre sous un nom d’emprunt pendant des années . Mais , depuis la lecture de la lettre trouvée à Camaret , roulée dans une bouteille et rejetée par la mer avec une obstination presque surhumaine , son vécu s’était rouvert comme une plaie mal refermée . D’un seul coup , l’Afrique était revenue en lui avec sa poussière ocre et sa lumière verticale , ainsi que le silence tendu des nuits maliennes dans le camp militaire . Un visage surtout , celui de Nema , jeune princesse , interprète infatigable et charmante ambassadrice dont il se rappelait maintenant le port altier , la voix calme , et la manière dont elle portait les messages de son peuple , les Dogons , comme on porte une responsabilité sacrée . Entre eux , il n’y avait jamais eu de promesse formulée , seulement cette évidence partagée dans la violence des circonstances . De cette union clandestine était né un enfant , un fils dont il n'avait appris l’existence que trop tard , lorsqu'il avait du disparaître . Ici , pourtant , c'était une autre filiation qui occupait le devant de la scène . Anna , la fille d’Eliza Kerjean , qu’il avait reconnue comme la sienne , avait décidé de quitter la bijouterie familiale nantaise , déjà fragilisée lorsque son père adoptif avait été incarcéré , l'obligeant à vendre en silence la pacotille des vitrines de la rue Crébillon pour choisir une matière bien plus noble à ses yeux : la parole théâtrale ! C'est ainsi qu'à la Comédie-Française toute proche , elle avait fini par interpréter désormais , pleine de talent , pour les séances du club " amateur " , le personnage fabuleux d'Andromaque !

2Ils s’étaient retrouvés sous les arcades , non loin de l'ancienne boutique du faussaire . Elle sortait d’une répétition , encore habitée par son texte , et le visage pâli d’une fatigue heureuse . Il l’écouta parler d’abord de son rôle , par respect , par pudeur aussi , devant le travail qu'elle avait dû fournir toutes ces années pour acquérir une petite renommée .

- Mon cher , lui dit-elle enfin , bravache , rompant , par une tirade , le fil convenu des " bonjours " de circonstance et le vouvoyant pour le taquiner ... il y a quelque chose d'important que je dois vous transmettre !

Il dressa l'oreille sans y croire , amusé par ce ton de comédie . 

- Un voyage officiel est annoncé . Le chef de l'état malien sera à Paris le mois prochain . Bref , tu vois , réceptions , ministères , protocole ... Nous sommes sur le qui-vive ! Il paraît que la culture française les intéresse ... Elle hésita . Il viendra en compagnie de son épouse !

Il préféra , sans doute , sous le coup de la surprise , ne pas lui répondre immédiatement . 

- Comment le sais-tu ? , lui demanda-t-il ensuite , après une courte hésitation .

- Par des gens que je préfère ne pas nommer . Disons que l'ombre des affaires de mon père adoptif m'a appris à reconnaître ce qui circule avant d'être rendu public .

Un bref sourire passa sur son visage . Il comprit alors qu'elle en connaissait bien plus qu'elle ne disait .

- Elle s'appelle Nema , n'est-ce pas ? , bredouilla-t-elle ensuite avec douceur , l'air un peu gênée , finissant néanmoins sa phrase qui ne manquait pas de toupet ... 

J'ai lu ça une fois par hasard sur un de ces feuillets de votre prochain livre , monsieur Jil Kern , qu'on dirait que vous cachez comme un précieux talisman !

Bouleversé par l'émotion , l'écrivain la fixa du regard , se demandant s'il  n'allait pas lui reprocher d'être un peu trop curieuse . Il se ravisa .

- Mon Dieu , c'était une fille tellement brillante ! Je ne crois pas que tu puisses te rendre compte ! Il me semble qu'il y a des siècles , nous vivions ensemble ... Je la revois , la nuit , dans son village autour d'un grand feu , lorsque , sous la voûte constellée d'étoiles , nous écoutions la parole d'un sage " Dogon " ! 

Des brindilles voltigeaient dans l'azur , s'envolant au royaume de l'indicible, avant de s'éteindre dans le silence , comme ces légendes semblant naître au coeur du bois flambant ... Mais , parfois , dans la frénésie d'une telle extase incendiaire , il m'arrivait de voir scintiller dans le noir , comme des diamants merveilleux , les yeux de ma compagne , irradiés de tous côtés par ceux du patriarche , deux escarboucles de lumière dévorante !

Très ému , il marqua une pause , comme s'il avait accepté , enfin , de se compromettre . Alors , face à la beauté d'un tel souvenir , elle baissa la voix , respectant sa douleur .

- Mon directeur de théâtre , tu l'as rencontré , s'appelle Gabriel Desforges , lui murmura-t-elle ensuite .

Il était vrai , certainement , que ce nom figurait sur l'affiche de la pièce en très gros caractères , juste au-dessus de celui d'Anna Kern ( elle avait cru bon de reprendre le pseudo de son père ) en plus petit  . 

- Mais ce n'est pas seulement un homme de scène . Son frère est secrétaire au Quai d'Orsay . Les conversations circulent vite entre eux , crois-moisurtout quand le papotage et les mondanités artistiques prennent le pas sur la pure diplomatie et les secrets d'état  . Puis , baissant encore plus le son de sa voix si douce : mon amoureux ne trahit rien , je t'assure , mais il m'écoute ... et quelquefois plus qu'il ne faudrait , peut-être , me renseigne ?

Il avait assisté à l'une de leurs répétitions , dissimulé dans le fond de la grande salle obscure , la voyant , comme une reine droite et grave , reporter , depuis le deuil de son mari mort , sa fidélité à un fils menacé par celui qui interprétait Pyrrhus et que , dans la vraie vie , elle aimait avec tant de reconnaissance pour sa généreuse affection . Chaque vers de Racine semblait alors lui revenir comme un écho , on aurait dit qu'elle ne jouait plus , mais qu'elle se souvenait de quelque chose comme d'une accusation personnelle ... Parfois , la figure d'Anne de Bretagne , songeait-il , se fondait dans le miroir temporel avec celui d'Andromaque , les deux femmes tentant , avec désespoir , de sauver l'avenir de leur peuple !

Ainsi se dessinait autour de lui une chaîne invisible , pareille à celle que le fameux dramaturge avait scellée avec ses alexandrins .

Lui-même , sans l'avoir vraiment voulu , réfléchissait-il , s'y trouvait pris au piège d'une implacable destinée ! 

3 - Il avait aimé Eliza d'un amour ancien de jeunesse , tissé de silence et de renoncement . mais un démon l'avait saisi , celui de l'aventure au long cours tandis qu'elle , jamais consolée d'un homme absent , s'était mise à papillonner dans un tourbillon de fausse légèreté , de désespoir aussi quand elle avait su qu'il avait disparu , sans doute victime d'une embuscade ou d'une trahison , loin de chez lui , alors que l'amnésie l'ayant , par la suite , empêché de retrouver ses vrais repères , durant des années , la tribu de Néma avait pris soin de cet Erwan Morgat officiellement mort , dont Jill Kern , auteur à la dérive , n'était que le masque tardif . Anna , pendant ce temps , fidèle à sa mère plus qu'à tout autre , malgré son abandon , rêvait , dans la bijouterie de son beau-père , de suivre sa trace sur les planches , non comme danseuse , mais comme figure de la femme qui n'aime que le souvenir d'une âme et l'avenir d'un enfant . 

Cependant , le village "dogon " fut attaqué par surprise par celui qui , naguère , avait été le frère d'armes du militaire français . Le grand-père de sa jeune épouse , tentant courageusement de la défendre , périt d'un coup de couteau en plein coeur ! Ensuite , ce fut une longue plainte semblant remonter à la surface depuis l'antre infernal , vomissant lave et feu , se propageant telle une onde sur l'agonie de toutes les victimes , quand , au retour de la chasse , les guerriers découvrirent le massacre ! Jamais , il n'oublierait leur cri lui déchirant les entrailles , lui qui aurait voulu , avec eux , pouvoir hurler sa douleur de bête sauvage traquée jusqu'à l'hallali , et qu'on achève sans pitié !

Il décida pourtant de fuir en cachette , dans la cale d'un navire de contrebande , car il ne savait plus qui il était , pourquoi il vivait ...

Nema , quant à elle , avait changé de destin . De messagère , elle était devenue compagne du dictateur au pouvoir . Le bruit courait qu’elle conseillait , qu’elle apaisait parfois , qu’elle protégeait surtout son fils , l’enfant d’Erwan , comme Andromaque protégeait Astyanax . Elle n’aimait plus , mais elle veillait ... ( 1 )

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - L'ENFANT PERDU - La Fontaine et les Ombres - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'ENFANT PERDU " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

1 - Une Etoile Qui Tombe Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIII - Les Enfants de la Grotte - copyright 2025 DAN AR WERN ( A Paraître ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .

 

 

 

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Une Etoile Qui Tombe - Teaser / Bio .

24 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Teaser / Bio .

 

 

UNE ETOILE QUI TOMBE

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

 

 

L'Opale blanche est une pierre qui laisse à l'homme la liberté de choisir la route qu'il veut suivre . En l'associant , cependant , à la lourdeur tragique de la Pierre Noire , il va connaître sa perte ! Eliza était tombée . Sans doute avait-elle choisi cette chute comme libération , rompant la chaîne fatale de sa destinée ? Alors , comment cette traversée sensorielle hors du commun vers la lumière lui avait-elle évoqué une mélodie si enveloppante qu'elle l'avait conduite , par une irrésistible attraction , vers ce lieu béni , chambre cosmique aux couleurs irréelles , gouffres de conscience océane ? Elle se revit sur la falaise : elle n’était pas seule . Un Ange était là , près d'elle , silhouette floue qui la regardait , lui disant simplement : " C'est à toi de choisir . " Mais ce fut par elle que le voile s'ouvrit pendant que cet être de lumière lui apparut sur la paroi entre couleur et chant , forme vibratoire musicale , translucide , l'accueillant par une  pensée d'amour !

 

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - UNE ETOILE QUI TOMBE Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " UNE ETOILE QUI TOMBE  " , copyright 2025 .

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Une Etoile Qui Tombe - VIII - Table des Matières .

23 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Pointe de Pen-Hir

Pointe de Pen-Hir

 

 

UNE ETOILE QUI TOMBE

 

 

 

 

Table des Matières

 

 

I -  Préface / Dédicace ( Châteaux de Sable ) 

II - Prologue Le Romancier ) : - Message 2 - Bouteille à la Mer - 3 - Anna .

III Première Partie ( L'Anneau Mystérieux ) : - L'Appel 2 - Une Pierre Enigmatique - 3 - Dernière Visite - 4 - On Frappe à la Porte - Le Rêve d'Anna 6 - Goulven Kerneis - 7 - Complot . 

IV Seconde Partie ( Le Cercle des Gardiens : 8 - Les Kerjean de Nantes - 9 - La Pierre Noire- 10 - La Danseuse de Verre - 11 - Le " Night Swan " - 12 - Le Dossier " Kerbonn " - 13 - Les Enfants de la Grotte - 14 - Les Compagnons d'Hyacinthe - 15 - Révélations d'Izold - 16 - Suspects .

V - Epilogue : 17 - Le Chant des Sirènes .

VI - Postface : 18 - Le Sphynx de Pen-Hat .

VII - Personnages

VIII - Table des Matières 

 

DAN AR WERNUNE ETOILE QUI TOMBE - VIII Table des Matières - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " UNE ETOILE QUI TOMBE " , Copyright 2025 .

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Une Etoile Qui Tombe - Personnages .

22 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

L'Ange de l'Abîme

L'Ange de l'Abîme

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Personnages

 

 

 

 

1 - Eliza Le Bihan / Kerjean , danseuse étoile qui tombe d'une falaise à Camaret .

2 - Sa fille , Anna Kerjean , bijoutière à Nantes .

3 - Yann Kerjean , père d'Anna , ex-mari d'Eliza .

4 - Jil Kern , romancier dont le pseudonyme cache sans doute une autre identité .

5 - Malo Guegan , capitaine de gendarmerie à Crozon ( Malo Kerneis ? )

6 - Laura Tregidi , lieutenante détachée de la brigade quimpéroise .

7 - Noella Le Bihan , mère d'Eliza et grand-mère d'Anna , elle-même danseuse dans des groupes folkloriques .

8 - Job Le Bihan , frère d'Eliza .

9 - Yuna Riou , fille d'Izold Kerneis , chamane et medium elle aussi , voisine et confidente d'Eliza .

 

Les Cinq enfants de la grotte : outre Eliza ,

 

10 - Izold Jaouen Kerneis , médium un peu sorcière , amie d'Eliza .

11 - Goulven Kerneis , futur mari d'Izold .

12 - Erwan Morgat , futur militaire en Afrique (  force " barkhane " au Mali )

13 - Koulman Gerlink , futur commandant de bord .

 

La Dynastie des Kerjean

 

14 - Hyacinthe Kerjean , l'armateur du " Saint-Ronan " , navire marchand coulé en 1767 dans la grotte .

15 - Mathurin Kerjean , navigateur au long cours , découvreur d'une opale mystérieuse dans une île lointaine du Pacifique .

16 - Jakez Kerjean , trafiquants d'objets antiques dans les années 1960 .

                                                     

                                                      ___

 

17 - Tim Delaney ( Del ) O'Connor , ancien banquier , trafiquant d'objets d'art , tenancier d'un dancing-bar à Boston , chef du " Cercle des Gardiens " .

18 - Ronan Toussaint , sergent d'origine haïtienne , adjoint de Laura Tregidi .

19 - Yves Barazen , ancien adjudant-chef à la retraite qui s'était occupé de " l'affaire de la grotte de Morgat " en 1967 . 

                                                      ___ 

 

20 - Camille , amie d'Elise au cabaret de Boston .

21 - Madame Clark , chorégraphe du dancing .

22 - Tom , le videur du " Night-Swan " .

23 - Curé Jaouen , frère d'Izold .

24 - Colonel Huet , supérieur de Laura Tregidi , à Quimper .

25 - Nema , l'amie malienne d'Erwan , qui lui parle des secrets du pays Dogon .

 

 

 

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Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - III - Anna .

14 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Sophie Anderson ( 1823 - 1903 ) , Portrait d'une Jeune Fille .

Sophie Anderson ( 1823 - 1903 ) , Portrait d'une Jeune Fille .

 

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

Le Romancier

 

 

 

 

 

III - Anna

 

 

 

 " Comme l'âme qui cherche éternellement une tombe

  Vers sa propre et particulière culpabilité ... " 

 

 

William Styron ( 1925 - 2006 ) - " Lie Down In Darkness "

( Un Lit de Ténèbres , 1951 ) , II . 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6 - Jil avait passé la nuit sans dormir , hanté par cette révélation tardive d'un enfant , d'une vie entière qu’il n’avait ni reconnue ni même soupçonnée . À l’aube , une certitude s’imposait à lui : il ne pouvait se résoudre au silence . Il devait savoir pourquoi cette lettre , désormais repliée dans la poche intérieure de sa veste , et pesant contre sa poitrine comme une faute ancienne revenue demander des comptes , lui était parvenue .

S'agissait-il , d'ailleurs , de la même personne ? Il entreprit des démarches prudentes , presque honteuses , cherchant à vérifier s’il y avait eu , récemment , quelque drame dans les environs du lieu où elle avait vécu autrefois . Les réponses furent d’abord vagues , bien sûr , embarrassées . Par ici , on parlait peu , on détournait les regards . La Bretagne , il le savait , garde ses secrets comme la mer garde ses noyés .

Finalement , il décida de se rendre à la gendarmerie la plus proche . Le bâtiment , très austère cependant , semblait indifférent à son trouble . Il s'expliqua maladroitement sur les raisons de sa venue , évoquant d'abord les circonstances de la découverte de la lettre , qui était , pour lui , liée à une inquiétude ancienne , à un nom qu’il n’osait pas d’emblée prononcer . Les gendarmes échangèrent alors un regard rapide , presque imperceptible .

On lui apprit qu’il y avait bien eu , la veille , une chute jugée suspecte , que le corps venait juste d'être retrouvé , et que les circonstances du drame laissaient peu de place au hasard .

La personne disparue , qui résidait dans un lieu différent de celui de son souvenir , vivait avec une enfant décrite comme douce , effacée , sans histoire - une fille , lui précisa-t-on , qui ne correspondait peut-être en rien à la personne évoquée dans la bouteille .

À mesure que les questions se précisaient , le visiteur sentit le sol se dérober sous ses pieds .

La mise au jour du billet , sa présence récente dans la région , son lien ancien avec la victime , tout concourait à dessiner autour de lui une silhouette inquiétante . Qui était vraiment celui dont on avait quelque doute sur la véritable identité ?

L’écrivain en panne devenait , malgré lui , un possible protagoniste du drame !

Le ton changea peu à peu . On lui demanda de s’asseoir . On prit note de ses déplacements , de ses horaires , de ses relations passées . Lorsqu’on lui signifia qu’il pouvait être placé en garde à vue , il ne protesta même pas . Car il éprouvait une étrange lassitude , comme si cette mise à l’écart répondait à une logique implacable : il était entré trop tard dans une histoire qui ne lui appartenait plus , mais dont il devait désormais assumer toute la charge .

Derrière la vitre opaque de la salle d’interrogatoire , le jour déclinait lentement . L'écrivain pensa alors que , pour la première fois , ce n’était plus lui qui cherchait une histoire à écrire : c’était la réalité qui l’avait saisi , implacable , et qui exigeait maintenant de lui autre chose qu’un simple récit - peut-être une vérité oubliée , une expiation !

 
7 - La pauvre Anna se morfondait depuis près d’une heure dans la salle d’attente de la gendarmerie . La pièce , impersonnelle , sentait le café froid mêlé à une odeur de paperasse et d’humidité venant des manteaux d'uniforme . Elle avait cessé de pleurer . Le deuil s’était figé en elle , désormais , comme une masse compacte , douloureuse mais contenue . Elle ne venait pas pour accuser , ni même pour comprendre .
Elle venait parce qu’il fallait être là , parce que les formalités administratives l'exigeant , cela suffirait , sans doute , à masquer l'horreur d'un tel suicide , aussi terrible qu'inattendu ! C’est alors qu’elle  remarqua l’homme au regard perdu , aux mains nerveuses , qui était assis , légèrement penché en avant , pas très loin d’elle . Quelque chose , en lui , la troubla tout de suite , comme une ressemblance diffuse , et pourtant difficile si à caractériser : cette façon de plisser les yeux , la ligne du front , peut-être , sans parler de cette fatigue lourde qu’elle reconnaissait parfois dans son propre reflet .
Détournant le regard , gênée par cette intuition sans fondement , la jeune fille tressaillit , sans savoir pourquoi , lorsqu’un gendarme appela le prévenu par son nom — Jil Kern . Elle ne connaissait pas ce type . Et pourtant , comme une vibration ancienne , il produisit sur elle un effet si singulier qu'elle s'efforça , malgré tout , de reprendre contenance . Quelques minutes plus tard , presque malgré elle , profitant d'une porte mal fermée qui laissait filtrer des voix par l'interstice , Anna entendit des fragments d'une conversation décousue : ... lettre retrouvée ... chute suspecte ... relation ancienne ... Puis , pour finir , cette formule officielle , prononcée sans emphase , mais irrévocable : " Il est entendu que vous pourriez être impliqué dans cette affaire . " 

Cependant , l’homme qu’elle avait observé n’avait rien d’un coupable , paraissant au contraire écrasé , non par la peur , mais par une forme de reconnaissance douloureuse , comme si l’accusation portée contre lui venait confirmer quelque chose qu’il payait déjà .

Comprenant alors que cette catastrophe ne concernait pas seulement le récent naufrage d'une barque de pêcheurs , mais une intrigue aux racines plus anciennes , qui la touchait elle-même au plus intime , elle sentit son cœur se serrer . Sa pauvre mère avait esquivé , depuis toujours , les questions sur son père . Aucune photo , aucun nom , seulement des silences de façade . Or voilà qu’un homme surgissait , lié à une lettre d’adieu , à un passé que l’on croyait clos .

C'est alors que la bretonne , sans en mesurer encore toutes les conséquences , prit la décision de ne pas intervenir . 

Ayant un peu étudié le droit pénal à la fac , elle connaissait la valeur du temps , des preuves , des incohérences . L’enquête serait menée par elle avec méthode , en secret , sans fièvre apparente . Elle ne dirait rien . Non pour disculper cet homme - du moins pas encore - mais pour comprendre les circonstances de sa naissance , et savoir enfin quel visage donner à cette absence qui l’avait construite .

Quand elle quitta la gendarmerie , le ciel était bas , presque métallique . Elle se retourna une dernière fois vers le bâtiment . Derrière ces murs , pensa-t-elle , un écrivain peu connu était interrogé pour un crime imaginaire . Sans l’avoir voulu , elle venait d’entrer dans une histoire qui pourrait bouleverser la définition même de la vérité .

 
 
( A Suivre )
 
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Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - II - Bouteille à la Mer .

13 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - II - Bouteille à la Mer .
 
 
Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

Le Romancier

 

 

 

 

 

II - Bouteille à la Mer

 

 

 

 " Pourquoi reviens-tu par la mer ? "   

Orphée à Cégeste

  " Le Testament d'Orphée " , film de Jean Cocteau ( 1959 )

 

 

 

 

 

 

 

 

3 - Il était venu à Camaret comme on se retire , sans projet précis , juste avec ce vague espoir qu’un paysage rude et primordial saurait le libérer de ce que la vie avait trop longtemps noué en lui . Depuis des mois , les mots , naguère dociles , ne laissaient plus derrière eux que l'étendue stérile d'une marée basse où il errait , incrédule , à la recherche d’un signe , d'une phrase .

Et ce soir où il marchait le long de la falaise de Coecilian , pensant à l'ermitage de Saint-Pol-Roux pendant que la mer , en contrebas , dans une respiration lente et solennelle , se brisait contre les rochers de Pen-Hat , et que le vent d’ouest , fouettant les ajoncs , lui faisait l'aumône de quelques bribes de noms , de vers disjoints , de réminiscences d’une poésie qu’il croyait à jamais perdue , le soleil , lui , descendait vers l’horizon , triomphal , incendiant les eaux d’un cuivre sombre , lorsqu'il aperçut cette petite lueur insolite , brève , presque irréelle , insolente , au pied de la paroi , comme un appel muet venu du grand large . ( 6 )

Intrigué , il quitta le sentier , descendant prudemment vers la rive .
- Cest donc cela , murmura-t-il , écrire sans savoir la forme . A moins que ... Une bouteille enterrée sur la grève 
C'était un flacon qu'iI avait repéré , à demi enfoui , dans lequel se cachait une lettre dactylographiée , soigneusement roulée , jaunie par le sel , et signée , s'étonna-t-il , du même prénom qu’il n’avait plus osé prononcer depuis vingt ans , celui d'une jeune fille de la région qu'il avait aimée auparavant sans retour , et dont le refus brutal avait provoqué sa triste fuite vers les antipodes , vers cette nouvelle vie qu’il avait crue possible sans elle , à Bamako , puis à Paris .
La dégageant , surpris par son poids , par la résistance du sable humide , comme si la terre elle-même avait voulu retenir ce terrible secret de sa fausse mort , le promeneur déchiffra par la suite avec peine son douloureux message qui , dès les premiers termes , lui coupa le souffle : " Maintenant que notre enfant a grandi , je ne puis continuer à vivre auprès de celui qui a brisé ma vie en se comportant comme un être sans scrupule et sans coeur . Que celui qui trouvera ces paroles d'adieu prie pour mon âme ! "

Jil , aussitôt , sentit l’envahir une émotion sourde . Il repensait à la nuit dernière , à la femme voilée , au vieux manuscrit . Peut-être n’avait-elle pas voulu lui confier son histoire avant de lui en montrer l'origine ? Alors , l’océan ne serait plus pour lui un décor , désormais , mais une matrice , une mémoire antérieure aux faits qu'il tenterait de deviner à travers ses vagues . Certaines se briseraient trop tôt . Mais d’autres parviendraient à se fracasser sur la roche avec une précision presque douloureuse .

Aucune , en tout cas , ne devrait savoir , incapable de saisir la violence du choc , ce qu’elle deviendrait avant de mourir sur la pierre , se dit-il pendant qu'il  relisait plusieurs fois les lignes notant la symphonie funèbre de leur afflux ! Mais quel était donc cet enfant dont il n’avait jamais soupçonné l’existence ? Et cette prière finale , adressée à l’inconnu qu'il avait été , militaire sous un autre nom , qui lui revenait comme un reproche et une supplique mêlés , que signifiait-elle ?

Effaçant déjà ses pas sur l'arène , l'eau s'était mise à monter lentement , tandis que le ciel s’assombrissait . Cette flasque de verre , comprit-il , n’était pas qu'un message de détresse lancé au hasard , mais un legs , peut-être un jugement . Quelque chose , enfoui depuis des décennies , venait d’être exhumé avec elle . Et pour la première fois depuis longtemps , le poète sentit les mots lui revenir , non comme un refuge , mais comme une obligation .

4Les vagues , ni furieuses , ni calmes , n’avaient rien d’exceptionnel , pensa-t-il encore , chacune avançant , se retirant , recommençant . Pourtant , dans ce mouvement répété , il perçut ce qui lui avait toujours échappé . Ce n’était ni une image , ni une idée , encore moins le début d'une phrase quelconque . Peut-être une question de rythme , la mer n’inventant rien , se contentant de se reprendre par chaque mouvement de houle ou de s'effacer avec lenteur dans un interminable reflux . Rien n’était jamais définitif , aucune phase paraissant corriger la précédente sans jamais l’abolir , n’était vaine . Ensemble , chacune d'elles composait une forme mouvante , impossible à fixer , mais rigoureusement fidèle à elle-même .

En arrivant dans sa chambre , il s'était jeté tout habillé sur son lit , se sentant complètement anéanti par ce qu'il venait de vivre , tellement cela lui avait paru effrayant l'espace d'un instant , perdu dans une sorte de vertige face à l'épouvantable vision de ces blocs de rocaille sombre , paysage devenu tellement sinistre qu'il s'imagina fugitivement voir , dans son délire , depuis la fenêtre de son hôtel , un ange noir qui évoluait au-dessus des nuages , faisant planer son ombre tragique sur les ineffaçables traces de la catastrophe inexpiable de sa vie ! Et pendant ce sommeil cauchemardesque , d'autres silhouettes lui apparurent à nouveau , qui n’étaient plus floues , car il les reconnut sans pouvoir les nommer : un vieil homme au regard cruel , une femme portant une blessure invisible , une jeune fille semblant déjà se lamenter sur son triste sort . Tous le regardaient , non comme un étranger , mais comme quelqu’un qui avait trop longtemps tardé .

- Tu es revenu trop tôt , disait l’un , trop tard ! , murmurait une autre .

Il voulut leur répondre , expliquer qu’il était écrivain , qu’il cherchait une histoire , qu’il avait perdu ce qu’on lui avait montré . Mais ici , la parole semblait inutile , chaque pensée , avant même d’être formulée , étant déjà comprise .

Alors , la femme au visage voilé réapparut , qui se tenait au centre d’un cercle de pierres noires , comme des stèles anciennes . Cette fois-là , elle ne lui tendait pas le manuscrit , le tenant contre elle , comme on protège un enfant endormi .

- Tu as cru que ton livre était à écrire  ? , lui dit-elle .
Sa voix n’était ni douce , ni sévère . Elle était juste .
- Mais il était déjà écrit , mon garçonCe qui manquait , cétait toi !

5Quelques heures plus tard , les yeux à demi ouverts , le vacancier réfléchissait à ce qu'il faisait là , couché dans ce lit , trempé de sueur , écoutant craintivement la sonnerie qui l'avait réveillé , puis remuant encore tout cela sur son balcon , fasciné au petit matin par l'immensité du panorama obscur qui l'entourait , se rappelant celui de sa jeunesse , et ce long chemin balayé par le vent qui l'avait amené nulle-part , lorsqu'il avait fui , un matin , pour en finir , à travers champs , vers la falaise abrupte !   

 

( A Suivre )
 
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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - II - Bouteille à la Mer - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 
                                           
                                           
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Notes :
 
6Coecilian = ruines du manoir de Saint-Pol-Roux (  Camaret-sur-Merà l'extrême pointe ouest de la presqu'île de Crozon , Cornouaille bretonne ) .

   - Saint-Pol-Roux ( 1861 - 1940 ) , poète symboliste français , qui , en 1903 , fit l'acquisition d'une maison de pêcheur surplombant l'océan , juste au-dessus de la plage de Pen-Hat , sur la route de la pointe de Pen-Hir . Il la transforma ensuite en manoir à huit tourelles dont la maison formait le centre , et la baptisa d'abord " Manoir du Boultous " . Mais , à la mort de son fils Cœcilian , tombé en 1914 près de Verdun , l'écrivain la renomma " Manoir de Cœcilian  " .

Voir note 19 , Postface " UNE ETOILE QUI TOMBE " - XVIII - Le Sphynx de Pen-Hat - A Paraître - Tous droits réservés .

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Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - I - Message .

10 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Coucher de soleil sur la plage de Pen-Hat

Coucher de soleil sur la plage de Pen-Hat

 
 
Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

Le Romancier

 

 

 

 

 

I - Message

 

 

 

Comme en un clair miroir d'eau , une étoile , tout au fond de mon coeur , brille et se dévoile ... " *

Maria Valtorta

 

 

 

 

 

 

 

 

1 - Le romancier , tout d'un coup , s'éveilla , ayant cru un moment , pendant son sommeil , enfin saisir la puissance de ce qu'il voulait écrire , tout un scénario défilant à grande vitesse devant ses yeux endormis , l'originalité d'un message qu'il voulait transmettre depuis l'autre monde , rempli de symboles et d'enseignements , de personnages tous plus réels que ceux de la vraie vie , mais à son réveil , il s'aperçut qu'il avait tout oublié de ce bref aperçu de la création qui lui échappait en même temps que persistait douloureusement en lui l'angoissant cauchemar de la feuille blanche . 

Ce moment suspendu où , entre rêve et réveil , avait effleuré soudain l’inspiration totale , presque divine , s'était ainsi brutalement effacé ! Comme si l’univers littéraire entier ne s'était dévoilé à lui l’espace d’une vision fugitive que pour lui faire voir , avec un ironique mépris , le spectacle désolant de son impuissance ! Et cette contradiction cruelle entre l'intensité d'une révélation nocturne et l’oubli total , au petit matin , de son contenu , le laissa complètement sonné devant les pages vierges de son carnet de travail apparaissant au loin dans le miroir de sa chambre , comme un rappel illusoire et douloureux de ce qui s'était dissipé , quelque chose d’immense en lui , caché dans les profondeurs de son inconscient , belle métaphore de ces fausses prétentions littéraires , pensa-t-il , et de cette peur de ne pas réussir à attraper ce qu'on veut dire dans le filet des mots , ressemblant un peu , pour l'auteur , à une chasse manquée à la baleine d'Herman Melville ou à l'iceberg immergé aux trois quarts qu'on n'a pas vu venir , faisant couler l'orgueilleux Titanic ! ( 4 )

Jil Kern avait passé les dernières semaines dans cet état d’errance , cherchant en vain l’étincelle qui lui permettrait de commencer son prochain roman . 
Des idées d'histoire , il en avait parfois . Mais chacune s’éteignait sitôt qu’il posait le doigt sur le clavier de son ordinateur , l'écran , devant lui devenant un gouffre , une menace , un mur invisible . Une nuit , épuisé par ses nombreuses tentatives infructueuses , l'esprit en quête de cette vérité qui , avec tant de force , cherchait à lui échapper , le pauvre écrivain finit par s’endormir . C’est alors que , dans la profondeur de son sommeil , un monde , pourtant bien réel , croyait-il , s’ouvrit à lui . Tout y était si net , si intense qu’il n’avait plus le moindre  doute : c’était bien là le récit qu’il cherchait à écrire .
Il y vit un curieux paysage , tout d'abord , comme une terre où le ciel semblait pulser une matière vivante , générant des protagonistes dont les visages lui semblaient à la fois très étranges puis familiers , des êtres qui lui paraissaient contenir des fragments de lui-même , lui parlant , chacun avec sa propre voix , de sa propre histoire , et les mots qu’ils prononçaient résonnant avec une signification si troublante , comme s’ils révélaient des vérités éternelles ! 
Mais au centre de ce rêve se trouvait une figure mystérieuse , une femme au visage voilé , qui tendait vers lui un ancien grimoire .
- Écris cela ! , lui Nema l'africaine dans un murmure qui , semblant venir des confins de son esprit , lui firent aussitôt saisir la beauté du livre ,  et sentir sous ses doigts la texture des pages comme le relief des mots inscrits . Les symboles y dansaient , changeant de forme , mais il en comprit intuitivement le message , un secret qu’il savait être la clé de son œuvre , la réponse enfin à cette maladive stérilité créatrice qui , depuis toujours , le hantait .
Puis , brutalement , tout se mit à vibrer , la scène s’effaçant peu à peu en une cascade de couleurs et de sons qui s’effilochèrent en charpie alors qu'il luttait désespérément pour en retenir les tableaux , les légendes , les figures merveilleuses .

Quand il s’éveilla , la chambre était plongée dans la pénombre , l’aube commençait à percer au loin . Jil se redressa , le crâne encore engourdi . Ses mains , qu'il tendit vers son carnet pour y consigner ce qu’il venait de vivre , se mirent à trembler d’excitation ! Mais , en fin de compte , jamais rien n'arrivait à venir . Les images s’étaient une fois de plus évaporées . Pourtant , la trace de ce monde , il la sentait sous ses paupières , telle une empreinte persistante , mais il ne pouvait pas en définir la substance . Les termes lui manquaient , comme un goût qu’on a sur la langue mais qu’on ne peut pas nommer . Plus il cherchait à s’en rappeler , plus il perdait , comme du sable glissant entre ses doigts , la moindre trace de ce désir inassouvi . Comme d'habitude , la crainte s’installa , cette lourdeur dans l'estomac qui s’accroissait à mesure qu’il réalisait qu’il ne retrouverait jamais ce qu’il avait entrevu . Il fixa encore l'ordinateur devant lui , demeuré vide malgré toutes ses heures de travail , et qui le défiait à nouveau de son air muet , comme pour lui rappeler son incapacité totale à capturer la splendeur du projet . Jour après jour , il revint à son bureau , hanté par ce souvenir flou d’une histoire qu’il savait unique , mais qui lui échappait à chaque instant . Il commençait à douter de lui-même , à se demander s’il avait vraiment vu quelque chose ou s’il n’avait été que le jouet d’une hallucination morbide .

Cependant , au fond de lui , le pauvre homme restait convaincu qu’un jour , il finirait par retrouver ce chemin perdu au Mali , cette brèche ouverte pendant la nuit vers l'univers mystérieux qu’il n’avait fait qu’effleurer pendant son enfance , dans le phare . C'est ainsi qu'il passa des mois  , coincé entre espoir et frustration , cherchant à faire naître enfin ce qui n’était plus en lui qu’une ombre .

 
2 - Il eut néanmoins , par la suite , la révélation que son roman prenait forme lorsqu'en se promenant sur la falaise , au bord de cette vertigineuse muraille de roche , quelque chose enfin céda , et qu'il vit se dessiner le mouvant tourbillon des vagues de mer , alors qu'il ne savait pas encore quelle forme l'océan , cette matrice liquide , voulait vraiment lui donner .
L'écrivain marchait depuis longtemps , sans but précis , laissant le vent désordonner ses pensées comme il froissait les herbes rases . La masse vert-de-gris , dans une lenteur solennelle , se déployait en contrebas , lumineuse , paraissant narguer le misérable spectateur de son empire invincible . Mais lui , comme on subit une présence trop vaste pour être vraiment comprise , ébloui par les fastes du soleil couchant , ne la regardait pas , fixant le sol , quand soudain , sur l'anse de Pen-Hat , un violent éclat de lumière embrasa son oeil . Il s’arrêta net !
 
 
 
 
( A Suivre )
 
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Notes :
 
4Moby-Dick ( Moby-Dick or The Whale , 1851 ) , roman de l'écrivain américain Herman Melville ( 1819 - 1891 ) 
   - Naufrage du Titanic , paquebot devant relier Southampton à New-York , dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 .
 
 
 

 

 

* " L'Evangile Tel Qu'il M'A Eté Révélé " ( Il Poema Dell ' Uomo-Dio ) , 10 volumes ( 1943 - 1951 ) - La Préparation , chapitre 16 , de Maria Valtorta ( 1897 - 1961 ) , mystique italienne .

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GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Epilogue - XI - L'Ange de Lumière .

5 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Epilogue - XI - L'Ange de Lumière .

GENESE

( Cycle de L'Etoile XXXV )

 

 

 

 

EPILOGUE 

 

 

 

 

XI - L'Ange de Lumière

 

 

 

" Moi , je connais tout , j'ai écrit les Cieux dans mes livres ,

  leurs extrémités , leurs plénitudes ... "

Livre Secret d'Enoch

 

 

 

 

 

 

 


 

33 - Cependant , quelque chose avait changé qu'il ne pouvait comprendre ... On l'avait enfermé dans une sombre cellule au-dessus de l'étendue marine et de l'effroyable fracas de la guerre qui s'était déclarée avec ceux de la terre , bercé par les trompeuses caresses d'une brise enfantine s'amusant sur l'écume des vagues tel un dompteur aveugle ignorant les sourdes menaces des profondeurs !

- Nous voulons le code ! Où est-il caché ? , lui avaient demandé avec force ses hôtes , croyant sans doute que l'équilibre serait une nouvelle fois rompu  , et que , pour satisfaire leur pauvre désir de survie , les cinq fruits cachés quelque part - mais qui savait où ? - du nouvel " Arbre de Vie " leur seraient servis dans la rosée matinale de l'Attente ou dans la clarté du soir de l'Accomplissement , grains de sable nés du ventre d'Auberive ou de ses sphères jumelles ? Mais que s'était-il passé au juste ?

Lorsqu'il reconnut le visage de Diana , il crut avoir enfin retrouvé celle que l'on cherche toute sa vie ! *

- Nous devons nous enfuir ! , lui dit-elle , des Atlantes viennent nous tuer !

Mais lui s'étant toujours tenu , songea-t-il , à l'écart de ce conflit dans un demi-sommeil , pourquoi donc devrait-il y être maintenant confronté ? 

Quant à ce général Arkor , chef du petit commando les entraînant dans une sorte de dédale à toute vitesse , ne lui ressemblait-il pas comme un frère ? Qui était-il , au juste ? On ne lui laissa même pas le temps d'y réfléchir ... Partout , des cadavres jonchaient le sol rougi ... 

Des gens de chez lui , et même sa mère mourante , semblait-il , tendaient au loin leurs bras , le suppliant !

- Nous reviendrons ... Je t'en prie , c'est impossible ! , fit-elle en s'efforçant de retenir sa colère et ses cris de vengeance .

Passé quelques embuscades facilement déjouées sur les conseils de sa compagne en tenue militaire qui paraissait bien connaître tous les secrets du labyrinthe , les cinq fugitifs poursuivis par une meute aux abois finirent par déboucher sur une plate-forme où se trouvait un vaisseau à l'abandon .

- J'ai travaillé comme esclave chez eux , lui avait-elle ensuite expliqué , cherchant avec peine une justification .

Peu à peu se brouillèrent d'étranges paysages dans les reflets d'une glace aux sanglantes lueurs ... Dans son esprit voyageur , aussi ...

- Tu dois continuer à nous faire confiance , vois-tu ? Il faut qu'on scinde la Pierre pour pouvoir les détruire , ces monstres ! Pense à ce qu'ils t'ont fait ... Tu dois nous donner le code , je t'en supplie ...

Le code ? , se mit-il à réfléchir tandis qu'ils débarquèrent de retour au village .

Comment pouvait-elle savoir cela ?

Elle avait encore essayé de le rendormir au moyen d'un rayon laser dirigé contre sa tempe , habilement dissimulé dans le cristal rouge de sa bague .

- Mon amour , lui murmurait-elle au creux de l'oreille en caressant sa nuque fragile ... ( 42 )

34 - Aux derniers temps de la guerre atlante , Rhéa , dame de compagnie d'Antinéa , l'héritière de l'empire , succomba au charme d'Enoch , celui-ci en profitant pour satisfaire son désir d'en savoir plus à-propos de ce code . Patriarche de la tribu des Nephilim , il était devenu si vieux qu'il ne pouvait plus imaginer son âge ... Quant à son amie , elle frétillait sous sa forme primitive de sirène à la silhouette écailleuse !

- Nous devons retrouver la " Pierre de Baal " pour sauver notre Grand-Pontife Horiosis , comprends-tu ?

Et puis , nous avons besoin d'elle pour survivre dans votre monde ! , essayait-elle de conclure avant que la traîtresse ne se résigne à mourir au loin dans les entrailles du phare , à l'abri des plaintes abyssales ...

Mais , avant de retourner avec les siens , vaincus , vers leur patrie d'origine , la princesse , lui pardonnant malgré tout , lui avait révélé que son père , l'empereur Poséidon avait souhaité jadis , par clairvoyance ou par compassion , s'unir aux créatures mortelles du futur , prétendant mystérieusement que viendrait le temps de fusionner leur âme par le moyen d'une pierre .

C'est ainsi que l'une de ces filles de " néphilim  " , reprit la naïade , grâce à un petit bijou en cristal de quartz portée à son cou , deviendrait comme une soeur spirituelle , et que l' ambassadeur , Enoch , baignant d 'une lumière bleue la Terre verte , répandrait la pensée originelle atlante , depuis cet amas d'étoiles lointaines , leur ancien refuge ignorant des caprices du Temps ...

L'Atlantide fut ainsi détruite , et son immense Phare s'éteignit tandis que les " Portes de l'Enfer " furent bientôt submergées . Les " Trois Colonnes du Temple " , cristaux géants de quartz et d'orichalque assurant la stabilité de l'atmosphère ambiante , furent brutalement désintégrées ! Mais c'est un fragment de l'une de ces pierres formant le Saint Graal contenant le sang du Christ qui , beaucoup plus tard , fut retrouvé en Palestine ... ( 43 )

35Enoch , par la suite héritier d'Eon de l'Etoile , devint chef de l'ARCHE ( avec Tadig Tanguern ) et nouvel " Empereur " ayant pris les traits de Léo Dagan , tycoon dont l'assassinat n'avait juste été qu'un leurre destiné à mieux tromper l'adversaire de l'OINT présidé par son complice et demi-frère Boris / Horiosis pour éloigner les extra-terrestres d'Orion voulant se réapproprier la Gemme Fabuleuse !

36 - " Ainsi vais-je au milieu des hommes pour leur montrer la route , moi , Enoch , Chevalier de Saint-Jean , Chef de l'Eglise Invisible , en compagnie d'Elie , mon double lumineux , fils de l'Ombre et de l'Eoncomme  sont tissés le fil noir et le fil blanc " , déclara-t-il solennellement . Bientôt reviendra l'Elu entouré de ses deux témoins déposant dans l'Arche les trois antiques " Pierres de Vie " . Car Il ne faut jamais désespérer des croix sombres d'un empire éphémère  ... Toujours le laurier reverdira ! ( 44 )

 

FIN
 
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Notes :
 

42 Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) 2 , XV - Le Voyage d'Enoch - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

43 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) , V - L'Île Fabuleuse - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

44La Demeure Enchantée - Epilogue - L'Être de Lumière -

   

 

* Diana : Auberive ( Cycle de L'Etoile III ) , 9 , XVI - La Troisième Arche : " Tu te rappelles , Diana ? C'était la fille des voisins , son premier amour . Morte , elle aussi , sans doute ... ) - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

La Dernière Chute / Résurrection ( Cycle de L'Etoile IX ) , 2 - Diana - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits résrvés .

 

 

                       

           

           

 


    

       

 

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