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Le Chevalier De Sainte-Croix - Prologue - La Compagnie Secrète - III - Dans les Caves de Penhoët .

20 Juin 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE CHEVALIER DE SAINTE-CROIX

Nantes , rue Bossuet .

Nantes , rue Bossuet .

 

Le Chevalier De Sainte-Croix

 

 

Prologue
 
( La Compagnie Secrète )

 

 

 

 

III - Dans les Caves de Penhoët

 

" On dit que la Porte , c'est une Pierre ... et qu'elle vient de très loin , d'un pays étranger ... " 

Maurice Leblanc - " L'Île aux Trente Cercueils " ( 1919 )

 

7 - Lorsque le pseudo-hussard quitta les Carmes , les étoiles de la nuit , scintillant au milieu des nuages , brillaient de tous leurs feux derrière les toits mouillés de la ville , éclairant la marche de quelques patrouilles parcourant ses rues pavées , tandis que , plus loin , la Loire , invisible ruban , faisait entendre , parmi les coques immobiles des bâtiments marchands , le lent battement de ses eaux noires contre les quais . Nantes retenait son souffle . 

Par endroits , quelques lanternes vacillaient dans le vent venu de l'océan , dessinant des silhouettes fantomatiques sur les murailles du couvent . Sous ses anciennes fortifications , tout un réseau de galeries oubliées persistait à s'enfoncer dans les entrailles de la terre . Ces caves , vestiges de siècles révolus , qui avaient servi tour à tour d'entrepôts , d'abris pendant les guerres , puis de refuges aux contrebandiers , n'avaient pas disparu . Amaury , ayant vérifié que personne ne le suivait , franchit , au lieu de sortir de l'enceinte , une petite porte dissimulée à l'arrière d'une chapelle désaffectée , dont peu de gens pouvaient encore soupçonner l'existence . Un escalier de pierre s'y enfonçait dans les profondeurs . . Deux hommes vigoureux , coiffés d'une cagoule , étaient sortis pour le guider vers leur chef . Comme chaque fois qu'ils avaient l'habitude , assez rare , d'y venir , l'un d'eux se servit de son trousseau de clefs pour ouvrir la grille de fonte avant que l'autre n'allume ensuite la torche qui attendait sur le mur du souterrain , qui était très ancien . Les religieux l'avaient fait creuser jadis , à l'époque , pour permettre , en cas de guerre ou d'épidémie , de gagner discrètement la maison Penhoët . Peu , d'ailleurs , connaissaient son existence et pendant qu'Il revoyait sans cesse le regard luisant du mystérieux orateur à travers son masque , pensant à sa voix grave , à sa manière d'observer sans juger qui lui disaient quelque chose , les chevaliers en manteau noir l'accompagnèrent en silence dessous les voûtes humides qui ne résonnaient que de l'écho de leurs pas . Puis , au bout du tunnel , une fois la lourde porte de chêne ouverte , inclinant la tête , l'un des gardes finit par lui dire : 

- Le " Grand-Maître " va vous recevoir

Un silence presque religieux envahit alors la salle . Enfin , celui que l'on attendait , juste avant de détacher avec lenteur le manteau noir à la croix blanche qui couvrait ses épaules , retira ce qui dissimulait son visage . Amaury demeura pétrifié .

- Armand !

8 - Le nouveau venu , dont la haute silhouette demeurait immobile devant une table de pierre où brûlaient trois cierges , lui adressa un sourire fatigué .

- Pardonne-moi , mon frère de t'avoir menti . Je ne pouvais agir autrement Pendant des mois , tu m'as cru parti en voyageCe n'était pas entièrement fauxNos navires sillonnent toujours les mers . Je suis toujours l'héritier de notre cher père , le négociantl'armateur et , lorsque les circonstances , même , l'exigent , cet horrible trafiquant d'armes pour le plus offrant , ce qui explique notre survie . Mais tout ceci n'était qu'un voile .

Amaury restait sans voix .

- Toi , le " Grand-Maître " de la Compagnie ?

- Environ , depuis trois ans , mais je n'avais pas le droit de te le révéler , pas avant aujourd'hui .

Il fit quelques pas .

Son frère , alors , prit conscience d'un petit détail qui lui avait toujours échappé .

Il boitait légèrement , d'une manière presque imperceptible . Quelqu'un d'inattentif ne l'aurait jamais remarqué .

Armand surprit son regard .

- Ce n'est qu'une vieille blessure , ne t'en préoccupe pasSi je t'ai fait venir , précisa-t-il , changeant aussitôt de sujet , c'est parce que notre mission dépasse désormais la Bretagne

En s'adressant à lui , il ouvrit avec délicatesse un petit coffret de noyer dont l'intérieur ne renfermait qu'un écrin de velours vide .

- Autrefois , cette boîte contenait une escarboucle , un rubis d'une pureté exceptionnelle !

C'est le docteur Dassy en personne qui me l'a transmis , lui qui  l'avait offerte , naguère , à Madame Élisabeth .

Amaury leva les yeux .

- Le médecin de Fontainebleau( 7 )

- Oui , tu te rappelles de ce jour où nous l'avions rencontré ?

En contemplant ce " trésor " quelques instants , le regard triste du militaire semblai perdu bien au-delà des murs de Penhoët , en ces temps bénis de vacances qu'ils avaient passé au soleil d'été , là-bas , tous les deux , lors d'une visite en ce palais royal d'avant les jours de malheur ! 

- Dassy aimait Madame Élisabeth , il m'en avait parlé , précisa Armand mais d'un amour qu'il savait impossible , la princesse ne pouvant déroger à son rang . 

C'est pourquoi , mieux qu'un inutile aveu , il lui remit cette pierre qu'on aurait pu monter sur un collier , en " esclavage ", ​​et qu'elle reçut de lui avec une infinie douceur , lui demandant de continuer à la servir , non pour son propre bonheur , mais par sacrifice , et pour le bien du peuple . Quant à lui ne cherchant jamais à la détourner de sa vocation véritable , il avait compris qu'elle n'appartenait qu Dieu et son Roi ... ( 8 )

Amaury gardait le silence . Il sentait que son frère parlait avec une émotion qui n'était pas seulement celle d'un témoin .

Peu avant son arrestation , poursuivit Armand , Madame Élisabeth aurait confié l'escarboucle aux religieuses du couvent de Compiègne Depuis ... Plus personne ne l'a revue .

- Pourquoi les révolutionnaires s'y intéressent-ils ?

Parce qu'ils savent qu'elle existe. Et parce que certains membres du Comité croient que cette gemme possède des propriétés qui dépassent notre entendement . Ces récits sont-ils trop superstitieux pour être vraisJe sais seulement que certains fanatiques de la Convention seraient prêts à tuer pour elle !

Ensuite , il referma lentement l'étui .

- Notre devoir est double , dit-il , sauver Madame Élisabeth ... et retrouver l'escarboucle avant eux !

Cependant , quelque chose échappa encore au chevalier , qui observait son frère . Une mélancolie ancienne , comme une blessure plus profonde que celle qui le faisait boiter , parcourait son visage lorsqu'il prononçait le nom de la sœur du Roi .

- Tu l'as connue aussi ? , lui demanda-t-il enfin .

L'autre demeurait impassible , ne se résignant , en fin de compte , à répondre qu'en hochant la tête . 

- Oui , à Montreuil , il y a plusieurs années ... Grâce à Dassy .

Il n'ajouta rien d'autre , Amaury comprenant que cette porte-là ne s'ouvrirait pas ce soir . Les flammes des cierges vacillèrent . Dans le silence de la cave , résonna un bruit sourd , presque imperceptible , comme si la roche conservait ici , dans sa mémoire obscure , ce coeur  oublié , dont l'heure n'était pas encore venue de battre ...

 

 

FIN DU PROLOGUE

( A Suivre )

 

                                               ___

 

DAN AR WERN - Le Chevalier De Sainte-Croix - Prologue - La Compagnie SecrèteIII - Dans les Caves de Penhoët Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Chevalier De Sainte-Croix " , copyright 2026 .

                                                    ___

Notes :

7 - Augustin Dassy , dit le docteur Dassy , né en  à Monléon-Magnoac et mort le  à Fontainebleau , médecin français , proche de la Cour et notamment d’Élisabeth de France .

8 - Collier en " esclavage " : Type de collier ne comportant pas de fermoir puisqu'ajusté par des rubans qui étaient noués au cou de la jeune femme ( milieu XVIIIème siècle ) . 

 

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Le Chevalier De Sainte-Croix - Prologue - La Compagnie Secrète - II - Le Rendez-Vous des Carmes .

18 Juin 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE CHEVALIER DE SAINTE-CROIX

Saint Marc ( Ancien couvent des Carmes de Nantes )

Saint Marc ( Ancien couvent des Carmes de Nantes )

Le Chevalier De Sainte-Croix

 

 

Prologue
 
( La Compagnie Secrète )

 

 

 

 

II - Le Rendez-Vous des Carmes

 

" Et le premier vivant est comme un lion ... "

Apocalypse , 4 , 7 .

 

5 - Minuit venait de sonner lorsque Amaury atteignit enfin la petite venelle . Depuis peu , la pluie avait cessé . Sur les pavés humides , la lumière vacillante des lanternes se reflétait en longues traînées d'or pâle . À chaque pas , la douleur de sa blessure se rappelait à lui , mais il poursuivait sa route avec cette obstination silencieuse des hommes qui savent enfin qu'ils touchent au refuge . Au bout de l'impasse , une modeste demeure , à l'abri d'un petit bois clos de murs tout couverts de lierre , se cachait . Qui , au Bouffay , aurait pu deviner que les derniers membres de l'ancienne maison de Penhoët vivaient là , désormais ? Car , depuis plusieurs années , l'hôtel particulier de la famille , non loin de là , demeurait officiellement fermé . Ses volets clos et ses façades silencieuses paraissaient témoigner d'une ruine progressive . En réalité , cette discrétion devenait une nécessité dans une ville où les fidélités anciennes pouvaient encore coûter fort cher . ( 4 )

Avant même qu'il eût frappé , la porte s'ouvrit . Sur le seuil , apparut une femme âgée .

- Sire Amaury !

Augustine porta aussitôt une main à sa bouche pour étouffer un cri . Ce qu'elle avait dit n'était plus de mode , et la vision de la blessure achevait de lui faire peur . Ayant servi son père avant lui , elle l'avait connu enfant . Des cheveux gris , cachés sous une coiffe sombre , couronnaient un visage ridé exprimant cette affection profonde que les années , parfois , transforment en tendresse maternelle .

Son regard s'arrêta soudain sur les traces de sang .

- Sainte Vierge ...

Avec l'aide précieuse de Jeanne , elle le fit entrer et l'installa près du feu . Pendant près d'une heure , la vieille gouvernante nettoya la blessure , qui était superficielle , avec une application minutieuse . Elle ne posa presque aucune question . Prudente , les temps lui avaient appris qu'il existait des choses qu'il valait mieux ignorer .

Lorsque le pansement fut terminé , Amaury demanda :

- Ma chère mère est toujours chez sa cousine ? Et mon frère , il n'est pas revenu ?

Augustine secoua la tête .

- Aucune nouvelle depuis son dernier courrier . L'Amérique est loin , monsieur.

Un voile passa dans les yeux du jeune homme . Armand lui manquait davantage qu'il ne voulait l'admettre . La vieille femme voulut ajouter quelques bûches dans l'âtre , lorsque son mari , Corentin , qui servait aussi d'homme à tout faire , accomplit cette tache en venant saluer son maître avant de dresser la table pour le souper .

- Vous avez besoin de repos , fit-il ensuite , après une brève agape aux chandelles .

Puis , juste avant de retourner se coucher , le couple de serviteurs lança un dernier regard discret sur la dame . Bientôt , la maison s'enfonça dans le silence . Le feu , seul ,  crépitait encore .

L'officier demeura immobile quelques instants . Jeanne se tenait près de la fenêtre . La lueur des flammes dessinait sur son visage des ombres mouvantes qui le rendaient plus mystérieux encore . Elle semblait absorbée par ses pensées .

- Vous auriez pu vous faire tuer ce soir , dit-elle finalement .

La simplicité de ces mots le surprit davantage que leur contenu . Il leva les yeux vers elle .

- Vous aussi , mon Dieu !

Il avait parlé presque à voix basse .

Elle lui sourit faiblement .

- Mais , grâce à vous , nous sommes encore de ce monde

Un léger silence suivit . Depuis combien d'années se connaissaient-ils ? , pensa le militaire . Il n'aurait su le dire . Leurs chemins n'avaient cessé de se croiser au gré des événements , des absences , des retrouvailles .

Pourtant , quelque chose était demeuré entre eux , de façon discrète , obstinée , comme une flamme protégée du vent . Jeanne s'approcha . Dans sa main brillait une petite croix d'or sertie de vermeil .

- On m'a chargée de vous remettre ceci .

Amaury la reconnut aussitôt . C'était le symbole de la Compagnie . Ainsi , était confirmé le rendez-vous .

- Demain soir ?

Elle acquiesça . Pendant quelques secondes , ni l'un ni l'autre ne se parla . Puis , elle lui tendit la croix . Tout en la prenant , geste presque imperceptible , il retint un instant sa main dans la sienne . Elle ne la retira pas immédiatement . La maison semblait les envelopper tout entiers de son silence . Alors , comme poussée par un élan qu'elle regrettait peut-être déjà , elle se pencha légèrement vers lui . Ses lèvres couleur de rose effleurèrent les siennes . 

Ce ne fut qu'un bref instant , comme un souffle . Une promesse plutôt qu'un baiser . Mais , lorsque , très vite , elle se redressa , ses joues , qui n'étaient que légèrement colorées , commencèrent à rougir !

- Adieu , mon cher ...

Avant qu'il n'ait trouvé les mots pour lui répondre , elle avait quitté la pièce . Mais longtemps après qu'elle fût partie , il resta devant les flammes mourantes , la petite croix chaudement serrée dans ses mains ...

6 - Le jour d'après , peu avant minuit , l'officier de cavalerie , tout habillé de noir , traversa , tel une ombre , les ruelles obscures de la vieille cité ligérienne . Une brume légère montait du fleuve . Au loin , les masses sombres des anciens bâtiments religieux se découpaient contre le ciel chargé de nuages . Le couvent des Carmes n'était plus depuis longtemps qu'une ruine abandonnée . Les révolutionnaires , bien sûr , avaient dispersé les religieux , les cloîtres tombant lentement en décrépitude , et les pierres elles-mêmes semblant garder le souvenir des prières disparues . Guidé par les indications reçues , le jeune homme découvrit une entrée dissimulée derrière un pan de mur écroulé . Il prononça le mot de passe : " Demain , Saint Marc vous montrera le chemin . "

Là , un garde invisible , à l'abri d'une guérite , inspecta son laissez-passer de membre de la Compagnie , à l'effigie d'un lys et d'une hermine , puis un autre , quelques minutes plus tard , remonta le chercher de l'intérieur , chaussé de bottines , la tête couverte d'une cagoule et revêtu d'une combinaison de drap bleu foncé avec , en écusson sur la poitrine , les mêmes fleurs ,  pour l'accompagner , par un escalier très étroit s'enfonçant sous la terre , où , plus ils descendaient , plus il sentait l'air devenir à chaque marche plus froid . Se contentant de suivre son mystérieux guide , il parvint , sous la lueur de quelques torchères et flambeaux fixés aux murailles poissant d'humidité , à une vaste crypte voûtée où des dizaines de cierges brûlaient dans des niches , répandant une lumière tremblante qui faisait danser leurs flammes sur les pierres séculaires . Cependant , cette salle , qui s'ouvrait devant lui , paraissait plus vaste qu'il ne l'avait imaginée . Ses puissantes voûtes gothiques reposaient sur des colonnes trapues dont les chapiteaux disparaissaient dans l'obscurité .

Au centre , mutilée par des années de tourmente , il y avait une statue de Saint Marc taillée dans un granit venu des côtes bretonnes , représentant l'évangéliste tenant un livre ouvert contre sa poitrine , certes , le nez brisé , le visage frappé à coups de marteau , et pourtant , le saint , malgré les siècles , demeurait debout , pendant que le lion , qui se trouvait à ses pieds , conservait une étrange expression de puissance contenue , ses muscles semblant prêts à se tendre , son regard fier demeurant fixé vers l'entrée comme s'il montait encore la garde ! Amaury ne put s'empêcher d'y voir l'image de sa patrie elle-même : blessée , humiliée , mais non encore vaincue ! ( 5

Une vingtaine de personnes portant une robe de bure et le visage dissimulé sous un masque étaient déjà présentes . Deux d'entre elles vérifièrent , à l'entrée , sa croix de rubis . Personne ne parlait . Le secret constituait la première règle de l'Ordre de Sainte-Croix . Quelques instants plus tard , se profila une silhouette au fond du souterrain .Tous ensemble s'inclinèrent . C'était le " Grand-Maître " sous sa robe de bure , qui , avec sa voix grave résonnant sous les voussures de la coupole , ressemblait davantage à un moine qu'à un chef de conspiration .

- Mes frères , nos ennemis croient avoir triomphé . Ils se trompent . Tant que subsisteront des hommes de foi pour servir le roi , l'espérance demeurera vivante !

Le silence demeura absolu . Les flammes vacillèrent .

- Vous savez , sans doute , qu'une nouvelle mission doit être accomplie à Paris .

Comme d'habitude , nul détail ne fut donné , ni aucun nom prononcé .

- Ceux qui doivent avoir leurs instructions les recevront séparément selon nos usages propres .

L'assemblée fut parcourue d'un murmure d'approbation .

Le " Grand-Maître " poursuivit :

- Souvenez-vous que si les murs , par malheur , ont des oreillesnos ennemis ne sont également jamais très loin .

Tout le monde songeait à Carrier , ce sinistre représentant du pouvoir jacobin qui , depuis l'hôtel de Villestreux , non loin de là , étendait encore sa toile d'araignée sur toute la région . ( 6 )

Chacun se mit alors , pour conclure , à proclamer son " credo " .

- Pour Dieu , pour le Roi !

Le cri rebondit sous les arches , tandis que les membres du groupe se dispersaient peu à peu dans l'obscurité , et que s'éteignaient , l'une après l'autre , les lumières .

Dans le cœur d'Amaury , demeurait le souvenir du baiser de Jeanne , et désormais , devant lui , au cœur même du pouvoir ennemi  , s'ouvrait la route de la capitale française !

 

 

 

( A Suivre )

 

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Notes :

4 - Le Bouffay , partie ancienne de la ville de Nantes , dans le quartier centre-ville et plus précisément dans le micro-quartier Decré-Cathédrale , qui correspond à la ville antique et médiévale . C'est là qu'a été construit le premier château de Nantes ( Xe siècle ) , aujourd'hui disparu .

5 - Ancien couvent des Carmes de Nantes , couvent de l'ordre du Carmel fondé en 1318 à Nantes , ville alors située dans le duché de Bretagne . Il a été progressivement détruit à partir de la Révolution française .

   - Statue de saint Marc , aujourd'hui au Musée Dobrée , fut réalisée par des artistes bretons vers 1420 , sans doute grâce à un don du duc Jean V effectué après sa captivité à Châteauceau . 

6 - Hôtel de La Villestreux hôtel particulier de style néo-classique bâti au milieu du XVIIIe siècle , situé sur la place de la Petite-Hollande , à l'extrémité ouest de l'île Feydeau , dans le centre-ville de Nantes .

 

 

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Le Chevalier De Sainte-Croix - Prologue - La Compagnie Secrète - I - La Nuit de Nantes .

16 Juin 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE CHEVALIER DE SAINTE-CROIX

Le Chevalier De Sainte-Croix - Prologue - La Compagnie Secrète - I - La Nuit de Nantes .
 
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Au Seuil de L'Invisible - Troisième Partie - La Maison des Victoires - VIII - Musique des Âmes .

14 Juin 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #AU SEUIL DE L'INVISIBLE

St Cecilia ( 1896 ) par John Melhuish Strudwick ( British painter ) 1849 - 1937 .

St Cecilia ( 1896 ) par John Melhuish Strudwick ( British painter ) 1849 - 1937 .

AU SEUIL DE L'INVISIBLE

 

Troisième Partie

La Maison des Victoires


" La vie de chaque homme est un chemin vers soi-même , l 'essai d'un chemin , 'esquisse d'un sentier ... "   

Hermann Hesse - " Demian "  ( 1919 )     

 

 

- La Porte s'ouvre , se dit-il ... Enfant , qui donc es-tu ?

 Je suis le jour qui va naître ... "

Romain Rolland - " Jean-Christophe "

La Nouvelle Journée , 1912  )

Chapitre VIII - Musique des Âmes

 

 

 " La musique est le pays des âmes , comme les masques sont le pays des corps ... "

Jean-Paul Johann Paul Friedrich Richter , 1763 - 1825 )  - " Flegeljahre " ( 1804 / 1805 ) .

 

     

 

 

24 - La petite église était presque vide . À travers les vitraux , les dernières lueurs du jour déposaient une poussière de cendre et d'or sur les dalles anciennes . Le silence n'était troublé que  par le murmure lointain du vent dans les arbres de la place , le craquement discret du bois des bancs de la nef , et par le frôlement de l'aube d'une bonne soeur passant comme une ombre à côté de lui , dont le visage , d'une manière frappante , ressemblait à celui de la vénérable personne devant laquelle il priait . 

Quelques fidèles sortaient déjà dans la lumière déclinante du soir . D'autres restaient encore à leur place quelques instants , plongés dans leurs pensées . Combien d'entre eux portaient un fardeau secret ? Combien , comme lui , traversaient une solitude dont personne ne soupçonnait l'existence ? Il les regarda , plein de curiosité . Pourtant , songea-t-il , tous étaient là , réunis sous la même voûte , écoutant les mêmes sermons du prêtre , ou récitant , sans parvenir souvent à échanger davantage qu'un regard furtif , les mêmes prières . La parole du Christ , lors de la communion , lui revint en mémoire :

" Aimez-vous les uns les autres ... " ( 36 )

Toute sa vie , cette phrase lui avait paru si lumineuse , mais incompréhensible à la fois . 

Comment aimer ? Que signifiait réellement ce mot quand il pensait à cette jeune religieuse proche et lointaine qu'il croisait depuis tant de jours , mais que , par prévenance ou timidité , il n'osait  aborder de peur de la troubler ? Pierre contempla longtemps la photo de la sainte . Elle avait cet âge indéfinissable où l'enfance s'efface sans que la jeunesse soit encore entamée par les jours . 

Puis il songea à celle qui lui était apparue , plus vraie qu'en rêve , si différente physiquement , mais avec la même fraîcheur pétillante , le même oeil un peu effronté , la même douceur coquine . 

Une pensée étrange lui vint ensuite . Peut-être se connaissaient-elles ? Peut-être étaient-elles devenues des amies dans cette vie invisible dont les hommes ne savent rien ? La carmélite et la jeune servante du Seigneur ? Celui-ci avait-il daigné , en agréant sa pratique , lui faire un signe ?

25 - Depuis quelque temps , Pierre sentait davantage le poids des années . Non dans ses cheveux , dont il s'obstinait à raviver la couleur , ni même dans son apparence générale , mais dans cette conscience nouvelle que le temps accordé sur terre n'est pas infini . 

Pourtant , devant ces  jeunes figures qui le rassuraient , parfois , de cette inquiétude secrète qui l'avait accompagné toute sa vie , de ces question sans réponse qui l'avaient conduit d'un rivage à l'autre , d'un amour à l'autre , d'un espoir à l'autre , et qu'il associait , parfois , dans sa pensée , à la crainte qu'il ressentait de ne laisser aucune trace de son éphémère passage ici-bas , le vieil homme n'éprouvait aucune tristesse . Car si l'éternité existait , songeait-il , celle-ci ne devait pas être un prolongement d'une quelconque décrépitude . 

Elle devait plutôt ressembler à un inaltérable printemps . Les années avaient pourtant défilé à toute allure , il s'en désespérait lui-même , depuis l'époque où il avait quitté la police pour entrer dans une compagnie aérienne , ayant alors cru ouvrir un nouveau chapitre de son existence alors qu'il n'avait surtout traversé qu'un long désert d'hôtel en hôtel , de ville en ville , d'aérogare en aéroport . 

Des milliers de visages , furtivement , avaient croisé le sien sans jamais s'attarder . Les rencontres naissaient puis disparaissaient avec la rapidité des avions qui effaçaient aussitôt dans le ciel , après leur passage , toutes ces promesses fugitives que le temps dissolvait presque instantanément , ces amitiés sans lendemain , ces fausses confidences qu'on échangeait par courtoisie au hasard d'un vol de routine . Il lui semblait parfois avoir vécu au milieu des hommes tel un voyageur qui traverse une lande noyée dans le brouillard .

26 - Songeant à toutes ces existences qui  , depuis l'école , n'avaient fait que traverser la sienne avant de disparaître dans le courant du grand large , lui revint alors le souvenir de cette page de Proust qu'il avait tant admirée autrefois , lorsque la sonate de Vinteuil s'élève soudain au-dessus des instrumentistes qui l'exécutent . Qui a choisi les costumes , qui a écrit le scénario , qui dirige cet immense orchestre dont nous ne percevons que quelques notes ? , se demanda-t-il soudain , tandis que l'organiste commençait à s'entraîner sur un " Te Deum " . Et si l'amour n'était précisément que cette musique invisible reliant entre eux les êtres , cette harmonie secrète continuant d'exister tandis même que les rencontres s'achèvent , que les distances s'accumulent , que les années passent ?

 

 

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Notes :

36 - Jean 15:12
" Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres , comme je vous ai aimés ... "

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LA VIE EST BELLE ! - V - Table des Matières .

13 Juin 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

LA VIE EST BELLE ! - V - Table des Matières .

LA VIE EST BELLE !

 

                 - V -

    Table des Matières

I -  Préface / Dédicace      

       La Blessure et la Grâce

II - Première Partie : Eclipse

 - Troublant Départ2 - Curieuse Disparition - 3 - Janig Le Guern - 4 - Fanny - Doutes 6 - Les Ombres de Tellhouët 

III - Seconde Partie : Résurgence

7 - Les Mystères du Palais-Royal - 8 - Clara - 9 - Jeux de Guerre - 10 - Le Retour de Merlin .

IV EPILOGUE

11 - Deux Eclairs dans la Nuit .

 

- TABLE DES MATIERES 

 

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LA VIE EST BELLE ! - Préface / Dédicace - La Blessure et la Grâce .

12 Juin 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

LA VIE EST BELLE ! - Préface / Dédicace - La Blessure et la Grâce .

 

 

LA VIE EST BELLE !

 

 

 

 

Préface / Dédicace -

 

 

 

 

La Blessure et la Grâce

 

 

" En quel lieu es-tu ,

  Où court ta beauté ? "

Glenmor" Viviana  " *

 

 

à Vivianema mère 

 

 

 

 

1 - Certaines histoires naissent d’un événement . D’autres d’un personnage . Celle-ci est née d’une question . Que se passerait-il si une circonstance insignifiante , en apparence , de notre présent rouvrait une porte à un passé que l’on croyait définitivement enseveli ? Que deviendrait notre existence si les légendes de l’enfance , les secrets de famille et les blessures de l’Histoire se révélaient liés par un même fil invisible ?

" La Vie est Belle " est d’abord le récit d’une quête . Celle de Julian Le Guern , professeur de philosophie à Brest , homme rationnel et solitaire qui voit son univers basculer lorsqu’il rencontre une jeune femme énigmatique nommée Clara Michel . Une aventure qui semble appartenir au domaine de l’amour . Une disparition qui ressemble à un abandon . Puis une découverte qui ouvre les portes d’un mystère du temps de la Seconde Guerre mondiale .

Mais il existe des rendez-vous qui ressemblent à une promesse . Ils surviennent souvent sans prévenir , au détour d'une plage de vacances , d'un chemin de sable , au bout d'un regard si pesant qu'il semble avoir été depuis longtemps désiré . Alors , pendant un bref instant , le monde paraît retrouver le goût du paradis perdu  .
Et quelque chose en nous reconnaît ce qu'il cherchait obscurément depuis toujours . 
C'est ainsi que commence le parcours . Par une découverte lumineuse , presque miraculeuse ! Mais toute lumière projette son ombre . Ce qui apparaît d'abord comme un espoir de bonheur se transforme en énigme . L'amour se heurte à l'absence . Et derrière la beauté d'un souvenir que l'on croyait merveilleux , surgit peu à peu un obscur passé peuplé de secrets mortels et de trahisons ! La route du Graal , ainsi , n'est pas un chemin de puissance , mais de transformation . Le chevalier qui part courageusement à sa recherche ne franchit pas seulement des forêts et des royaumes . Car avant la grâce , vient la douleur de l'épreuve , avant la résurrection , vient le Calvaire , où , confronté aux pires faiblesses de sa nature , aux pièges comme aux illusions , l'explorateur doit traverser les propres ténèbres qui l'entourent . Dans cette lecture , Clara n'est plus seulement la femme mystérieuse , ni même seulement l'amour perdu . Elle incarne , pour Julian qui a perdu sa mère , une figure de médiation , passage entre deux mondes , ce phare de beauté désirée capable seul de guérir le mal qui le ronge . Sa disparition va l'obliger à descendre dans les profondeurs les plus intimes de son être , comme le héros des récits anciens devait traverser la forêt obscure de son âme avant de pouvoir , un jour , atteindre l'île au trésor ! 
 
 
 
 
DAN AR WERN - LA VIE EST BELLE ! - Préface / Dédicace - La Blessure et la Grâce Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .
LA VIE EST BELLE ! " , copyright 2025 .
 
 
 
* " Viviana " ( 1972 ) , chanson de Glenmor ( 1931 - 1996 ) , barde breton , sur son album " Vivre " - copyright 1972 Glenmor / Barclay - Tous droits réservés .

 

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LA VIE EST BELLE ! - Teaser / Bio - Le Cristal Mystérieux .

11 Juin 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

LA VIE EST BELLE ! - Teaser / Bio - Le Cristal Mystérieux .

 

 

LA VIE EST BELLE !

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

Le Cristal Mystérieux

 

 

 

 

 

Julian Le Guern , prof de philo , mène une vie plutôt solitaire à Brest . Lors d’un séjour en Grèce , il rencontre Clara Michel , jeune femme énigmatique affirmant habiter à quelques rues de chez lui . Entre eux naît une relation trouble , une part d’elle-même échappant à son nouvel ami . Mais un jour , elle disparaît brusquement , prétextant une visite chez une parisienne nommée Fanny . Peu après son départ , Julian découvre une ancienne carte postale datant de la Seconde Guerre mondiale . On y voit son oncle Herri dans la forêt de Brocéliande , avec , au verso cette intrigante inscription :
" La Vie est Belle ! ", signée Clara Michel . Or , Janig , la tante de Julian , qui vit encore là-bas , lui révèle l’existence d’un ancien réseau local de résistance portant ce nom de code : La Vie est Belle , dirigé , à l'époque , par une femme du même nom , Clara Michel , exécutée par l"occupant . Le mystère s’épaissit quand une certaine Alice Fanny , lieutenante de police , lui apprend que cette Clara connaissait l'existence d’un cristal aux propriétés extraordinaires convoité par les Nazis , lié à la mythologie arthurienne , et qui aurait été identifié comme la chambre de verre dans laquelle Viviane avait enfermé Merlin !

 

Julian Le Guern , prof de philo , mène une vie plutôt solitaire à Brest . Lors d’un séjour en Grèce , il rencontre Clara Michel , jeune femme énigmatique affirmant habiter à quelques rues de chez lui . Entre eux naît une relation trouble , une part d’elle-même échappant à son nouvel ami . Mais un jour , elle disparaît brusquement , prétextant une visite chez une parisienne nommée Fanny . Peu après son départ , Julian découvre une ancienne carte postale datant de la Seconde Guerre mondiale . On y voit son oncle Herri dans la forêt de Brocéliande , avec , au verso cette intrigante inscription : " La Vie est Belle ! ", signée Clara Michel . Or , Janig , la tante de Julian , qui vit encore là-bas , lui révèle l’existence d’un ancien réseau local de résistance portant le même nom dirigé par une certaine  Clara Michel , exécutée par l'occupant . Le mystère grandit quand une dénommée Alice Fanny , soi-disant policière , lui apprend que cette Clara connaissait l'existence d’un cristal aux propriétés extraordinaires convoité par les Nazis , lié à la mythologie arthurienne , et qui aurait été identifié comme la chambre de verre dans laquelle Viviane avait enfermé Merlin !

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - LA VIE EST BELLE ! Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Le Cristal MystérieuxPep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LA VIE EST BELLE ! " , copyright 2025 .

 

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AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Deuxième Partie - Le Passage de l'Arche - VII - La Fille du Roi .

9 Juin 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #AU SEUIL DE L'INVISIBLE

Gateway Arch - St Louis ( Mo ) - USA .

Gateway Arch - St Louis ( Mo ) - USA .

AU SEUIL DE L'INVISIBLE

 

Deuxième Partie

Le Passage de l'Arche

" Je ne te laisserai pas partir

  Si tu ne me bénis pas ..."

Genèse , 32 , 27 .

 

Chapitre VII - La Fille du Roi

 

 

 Bright eyes ,   How can you close and fail ?   How can the light that burned so brightly ,   Suddenly burn so pale ? " *   

Art Garfunkel - " Fate For Breakfast " *

 

23Dans la pénombre de l'église , l’homme tâtonne , cherchant à percer son mystère dans l’obscurité . C’est alors qu’une étincelle jaillit , qui illumine le ventre de sa mère , mais aussi les recoins de sa conscience . Chaque année qui s'écoule , chaque bougie qui brûle , deviennent les témoin silencieux et patients du temps qu'il a passé devant le bouquet de roses de cette jeune âme sainte , trop tôt disparue , que l'on invoque humble messagère de lumière d'une quête éternelle de compréhension . Certaines vies , comme la sienne , ressemblent à l'eau d'une rivière , larmes de douleur , qui se jette dans un fleuve , puis dans l'océan de l'éternité , comme le chantait Dan Fogelberg , son interprète favori . L'on y entre à peine , s’y laissant porter sur un miroir , mais l’on en ressort transformé ! ( 32 )

Il y a des gens que l’on oublie à peine aperçus , mais d’autres , comme des lucioles dans la nuit , s’accrochent à l’âme . On ne sait pourquoi . Leur souvenir , à la faveur d’un parfum , d’un reflet sur une vitre , d’un éclat de voix , même , revient sans prévenir . Ce ne sont pas forcément ceux que l’on a raisonnablement aimés , ni même ceux que l’on a connus , mais quelque chose en eux qui a parlé directement à ce que l’on porte en soi de plus secret .

Longtemps , le vieil homme n'avait vu que sa propre souffrance dans cette histoire .

- Pourquoi ? , murmurait-il devant l'autel , avec un mélange de tendresse et d'incompréhension .

Peut-être que de là-haut , descend peu à peu jusqu'à nous rumeur immense , une vague du ciel au bon moment ? L'amour se lit sur un visage , même s'il reste sans réponse , provoquant une douleur , comme un sentiment de faim toujours inassouvie . C'est la Fille du Roi qui te révèle son oeuvre , lui dit encore une voix secrète , à l'intérieur de lui-même . Quelle passion n'est pas chimèriqueSauras-tu en suivre les pas ?

Jamais , elle n’avait quitté sa mémoire , ou plutôt le souvenir qu’il avait d’elle , mélange étrange de fragilité et de défi , ce qui restait d'une jeunesse inquiète qu’il n'avait su comprendre . Quand il n'est pas partagé , l'amour peut-il disparaître ?  Il s'était longtemps cru victime de cette romance , voyeur impuissant , cœur inutile d'un amour écarté . Il avait souffert , finissant par croire que ses sentiments , peu à peu , s’étaient effacés , comme un mirage de Lune à la surface de l'onde , après la violence de la tempête . D'ailleurs , l'avait-elle jamais aimée ? 

Oui , elle avait allumé en lui une soif .

Ce qu’il avait désiré , peut-être , c’était ce passage vers l’ailleurs , d'une liberté qu'il croyait au-delà de Saint-Louis , la ville de l’Arche où elle avait vu le jour , seuil de l'invisible et résonance presque mythique entre innocence perdue et mystère du destin , souvenir aussi , même s’il n’en était qu’un fragment parmi d'autres , comme la fuite vers l'ouest des pionniers , la lumière d'une promesse de l'au-delà , repentir et grâce d'un rêve de cow-boy ... ( 33 )

Il n’avait vu , longtemps , que lui dans cette histoire , son attente , sa peine , ce feu qu'il avait porté comme une petite lueur dans la nuit du silence , et bien trop tard , quand tout sembla fini , et qu'il soupçonna qu’elle était morte , pas seulement disparue , mais vraiment ... partie . Une absence pleine , définitive . Parce que , l'ayant repérée , un jour , sur les réseaux sociaux , son allure , alors , lui étant revenue , non plus radieuse , mais inquiète il eut , quelque part la sensation d’une présence indicible , son regard l’accompagnant encore , suspendu entre le rivage et le ciel . Non pas comme un souvenir précis . Mais comme une lueur au fond d'un regard , soudain surgie de l'écran . Emily avait choisi Santa Rosa , petite ville californienne proche de Los Angeles , pour sa lumière douce et ses couvents de pierre blanche . Elle s’était retirée du monde comme on ferme les yeux sur un songe , avant de mourir ... ( 34 )

Lui aussi , dans son rêve , il avait roulé toute la journée , sous un ciel trop vaste pour ses pensées . Les cactus , les stations abandonnées , les panneaux routiers blanchis par le soleil . L’air chaud entrait par la fenêtre entrouverte . Et dans la vieille radio du pick-up , la voix d’Art Garfunkel avait brusquement surgi , comme sortie d’un souvenir lui-même : " The windshield is covered with rain , I'm crying , turning the radio on , we're dancing , ninety-nine miles from L.A , I want you , I need you , please be there ..." ( 35 )

        

                                               ___

 

DAN AR WERN - AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Deuxième Partie - Le Passage de l'ArcheVII - La Fille du Roi - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " AU SEUIL DE L'INVISIBLE " , copyright 2026 .

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Notes :

32 - " The River " ( 1972 ) , chanson de Dan Fogelberg ( 1951 - 2007 ) sur son album " Home Free " copyright 1972 Dan Fogelberg / Columbia Records CBS-Inc - All rights reserved .

33 - Auberive ( Cycle de L'Etoile III ) , 5 - Villeneuve et  6 -Virginia - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

34Santa Rosa , ville de la Baie Nord de San Francisco , partiellement détruite par le grand incendie d'octobre 2017 - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) - Liminaire - 1 - L'Annonce de l'Ange / Visite à Santa-Rosa - Copyright Dan Ar Wern / Edilivre - avril 2020 . 

35 - " 99 Miles from LA " ( 1975 ) est une chanson composée par Albert Hammond et Hal David , interprétée par Art Garfunkel sur son album " Breakaway " copyright 1975 Art Garfunkel / Columbia Records CBS Inc - All rights reserved : " Le pare-brise est couvert de pluie , je pleure , en allumant la radio , nous dansons , à quatre-vingt dix neuf milles de L.A , je te veux , j'ai besoin de toi , s'il te plaît , sois là ! " 

 

* " Bright Eyes " ( 1978 ) , chanson de Mike Batt pour le film d'animation " Watership Down " , interprétée par Art Garfunkel sur ses albums " Fate for Breakfast " ( 1979 ) et " Scissors Cut " ( 1981 ) / Columbia Records CBS Records Inc. - All rights reserved .

"  Yeux brillants ,   Comment pouvez-vous vous fermer et vous perdre ?   Comment votre lumière qui brûlait si fort    Peut-elle soudainement s'éteindre , si pâle ? "  

( A Suivre )

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AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Deuxième Partie - Le Passage de L'Arche - VI - Monticello .

5 Juin 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #AU SEUIL DE L'INVISIBLE

Université de Charlottesville

Université de Charlottesville

 

AU SEUIL DE L'INVISIBLE

 

Deuxième Partie

Le Passage de l'Arche

 

" Je ne te laisserai pas partir

  Si tu ne me bénis pas ..."

Genèse , 32 , 27 .

Chapitre VI - Monticello

 

 

 " And I`m still seeing reflections    Of me in your eyes    And why did you leave    Last summer ? " 

Dan Fogelberg - " Sketches " *

 

18 - S'envoler , partir sur la mer au-dessus des nuages , depuis qu'Emily , le jour du 4 juillet , fête nationale américaine , était rentrée aux États-Unis , Pierre avait l'impression de n'être plus , ici , comme une image anticipée de son aventure , qu'un point perdu au loin , petit grain de sable au milieu de nulle-part , frêle esquif abandonné à la surface des eaux perdues d'une terre étrangère , " spectre monstrueux d'un univers détruit , celui dont parle par avance le poète quand il décrit le triste refuge de l'homme déchu , " jeté comme une épave à l'océan du vide " ? ( 25 )

L'automne venu , il céda à l'appel . Un matin d'octobre , il s'élança vers le " Nouveau Monde " ! Il n'avait jamais eu l'occasion, d'ailleurs , jusqu'à maintenant ,  de découvrir "en vrai " la " Grosse Pomme " et ses orgueilleux gratte-ciel . Sinon , comment expliquer en lui ce sentiment particulier de toucher à son tour , pour la première fois , la Terre Promise ? 

Quelqu'un d' "Experiment " était venu l'accueillir à l'aéroport Kennedy , un jeune aux allures " bon chic , bon genre " - pantalon de velours côtelé , chemise écossaise à carreaux - comme lui membre de cette association d'échanges culturels chargée de placer les étudiants dans des familles américaines .

" Bienvenue ! Welcome ! " , claironna-t-il avec un air fatigué sous sa belle barbe blonde . L'inconnu , après avoir traversé avec sa vieille Chevrolet , le gigantesque cimetière touchant de ses milliers de tombeaux , barques immobiles brûlant des ultimes feux du couchant , les hautes falaises des murailles d'immeubles déjà tout cramoisis sous la lune blanche de Brooklyn ... le laissa au " Wellington " , près de Central Park . ( 26

Epuisé par le décalage horaire , il n'eut alors plus la force de ressortir , se contentant d'observer d'abord les ombres furtives du crépuscule courir par la fenêtre à demi ouverte , puis , s'écroulant sur le lit comme une masse , où il s'agitait parfois d'heure en heure telle une marionnette ensorcelée par les bruits sauvages des créatures de la nuit !

19 - Dès le lendemain , car il n'avait , malheureusement pas assez de temps pour une plus ample visite , il embarqua dans un autobus " Greyhound " en direction de Philadelphie . Là , il fut accueilli par une famille de " quakers " . ( 27 )

Le visiteur , au premier regard sans doute , imaginait avoir trouvé une sorte d'Amérique idéale , maison paisible, jardin couvert des premières feuilles roussies de l'arrière-saison , famille attentive et cultivée . Mais il comprit rapidement que les apparences racontaient rarement toute l'histoire . Le couple traversait une grave crise . Sans éclats de voix ni scènes spectaculaires , leurs silences révélant une séparation déjà presque consommée , chacun semblait habiter sa propre solitude sous le même toit . La fille aînée se déplaçait difficilement avec une jambe immobilisée dans un lourd plâtre gravé de nombreuses signatures de tous ses copains , conservant , malgré tout , comme si l'épreuve lui avait appris une forme de patience , une humeur étonnamment lumineuse . Quant à son frère , adolescent réservé , il vivait derrière l'objectif de son appareil photographique , enregistrant presque tout ce qu'il voyait , les arbres , les routes , les nuages , les visages croisés par hasard . Tout , sauf Pierre . Etait-ce encore l'Amérique faisant croire qu'il existait une lumière intérieure dans chaque être humain ? Lorsque celui-ci lui demanda un jour pourquoi il refusait obstinément de le prendre en photo , le jeune homme se contenta d'un haussement d'épaules .

- Je ne photographie que ce que j'ai envie de garder .

La phrase resta longtemps dans l'esprit de PierreÉtait-ce une simple boutade , ou l'expression involontaire d'une vérité plus profonde ? Lui-même n'était-il pas venu jusqu'en Amérique pour tenter de retenir quelque chose qui lui échappait ? Quelques jours plus tard , ses hôtes l'emmenèrent sur les montagnes des Adirondacks , là où le changement de couleur embrasait le feuillage des lumières multicolores de l'été indien , tapisserie incandescente aux teintes vives et bigarrées d'une saison flamboyante avant que ne se pose tristement sur elle ce linceul tout blanc de l'hiver ... Des forêts entières semblaient brûler sous les érables rouges et les bouleaux dorés que l'eau grise des lacs reflétait parmi les nues immobiles . Pierre marcha durant des heures dans les sentiers tapissés de verdure . Pourtant , derrière chaque émerveillement se cachait toujours la même présence . N'avait-elle pas vécu ici ou ailleurs , pensait-il , parmi " ce torrent de feuilles arrachées par une bouffée de vent " ...

( 28 )

Mais avant de bientôt la rejoindre à Charlottesville , d'y retrouver celle qu'il avait connue naguère , au printemps dernier , dans une station de ski alpestre , il avait pu entendre encore au téléphone sa voix troublante , il y avait juste deux jours , dans l'un de ses fou-rires provocants , tandis qu'elle s'efforçait de sauver peut-être , devant lui et d'autres , les apparences d'un savoir-vivre compromis , à son goût , par des déclarations d'amour aussi vaines qu'inutiles . Pourquoi donc avait-il fait ce long voyage puisqu'il savait trop bien qu'il ne servirait à rien sinon , remuant le couteau dans une plaie douloureuse , qu'à raviver une immense douleur ? 

- Que sais-tu vraiment de la mort des autres ? , lançait-il à part lui , d'un regard fiévreux , fixant , comme un défi , leur image d'ombre enfin réunie dans les reflets troublés de l'eau grisâtre , y contemplantles arbres de l'infinie douleur , les nuages de l'infinie joie " ... ( 29 )

Emily ... Il se surprenait à imaginer son visage devant chaque paysage , à se demander ce qu'elle aurait pu dire , à quelle pensée elle aurait souri .

20 - À la fin de ce premier séjour , il prit la direction de la Virginie . C'est ainsi qu'il parvint à Monticello , la demeure de Thomas Jefferson dominant les collines , dans une lumière douce de fin d'après-midi . Lorsque il arriva , ce fut elle qui vint l'accueillir en personne , à la gare routière . La retrouver lui procura une joie étrange , mêlée d'appréhension . N'avait-il pas , pendant des mois , vécu davantage avec son souvenir qu'avec sa présence réelle ? Le logement d'étudiante où elle le conduisit , qu'elle partageait avec deux autres filles , paraissait bien modeste , tout encombré de livres , de vêtements et de cahiers jetés en vrac un peu partout . Rien à voir avec ces demeures de brique rouge qu'il avait imaginées , chez lui , en lisant ses rares lettres depuis la célèbre université américaine . Au moment où ils arrivèrent , d'ailleurs , l'une des colocataires traversait rapidement la cuisine , laissant un instant le nouvel arrivé sans voix . La jeune femme devait avoir vingt ans à peine , grande , blonde , le visage d'une régularité presque irréelle , possédant cette plastique et ce charme éclatants que l'on retrouve parfois dans les films publicitaires chargés de stimuler l'engouement sportif d'une nation tout entière . Pourtant, lorsqu'elle souleva le couvercle d'une poêle posée sur la cuisinière , son expression fut tout sauf triomphante !

- Regarde ça ... , lui dit Jo-Ann , les accueillant d'un sourire .

Elle montrait le contenu noirci du récipient .

- C'est mon dîner .

Puis elle ajouta , grimaçante : 

- Je suis tellement fauchée que je vais quand même le manger !

Emily éclata de rire devant sa copine réellement découragée . Pierre observait avec amusement le spectacle de cette beauté presque parfaite , condamnée à gratter le fond d'une poêle brûlée pour survivre jusqu'à la fin du semestre , et qui lui paraissait maintenant beaucoup plus humaine . Néanmoins , tandis qu'elle parlait , rejetant une mèche de cheveux derrière son épaule , une pensée fulgurante lui traversa soudain l'esprit , dangereuse , presque absurde . Était-il vraiment venu pour Emily , ou bien pour l'Amérique de rêve qu'elle représentait ? Pendant une seconde , il se demanda si cette inconnue , surgie de nulle part dans cette cuisine étudiante , n'exerçait pas sur lui une fascination plus immédiate encore . 

La question le troubla aussitôt . Car il savait tout ce qu'il avait osé entreprendre afin de revoir , au bout d'une longue attente , " sa " danseuse , découvrant , avec une légère inquiétude , qu'un homme peut parcourir ,  à la poursuite d'une image , des milliers de kilomètres , n'étant absolument pas certain de ce qu'il cherche au bout du compte ! C'est ainsi que l'une continuant de babiller pendant que l'autre raclait sa poêle avec obstination , le breton , silencieux , sentit pour la première fois que ses vacances risquaient d'être bien plus compliquées que ce qu'il avait imaginé .

21 - Tout de même , durant ce court séjour , la fille de Saint-Louis l'accompagna une fois visiter la maison du président Jefferson . En cette arrière-saison touristique , la salle à manger demeurait presque vide , la lumière d'automne y pénétrant par de hautes fenêtres , puis venant mourir sur les boiseries anciennes .

Le guide poursuivait , imperturbable , ses explications , marchant quelques pas devant les deux visiteurs paresseux qui l'écoutaient distraitement .

L'attention de Pierre , cependant , fut attirée soudain par un grand miroir accroché au mur , objet d'apparence ordinaire , mais , lorsqu'il s'en approcha , un étrange frisson le parcourut ! Pendant une fraction de seconde , le reflet lui parut différent . La pièce semblait plus sombre , les couleurs plus chaudes , comme si deux siècles s'étaient brusquement envolés ! C'est alors qu'il crut distinguer une silhouette sur la glace . Mais elle n'était pas seule . À son côté se tenait une jeune femme qu'il ne reconnut pas immédiatement , robe claire de style 18è , cheveux relevés , visage dont les traits demeuraient flous , comme un lointain souvenir oublié . 

Puis tout disparut . Le miroir ne renvoya plus que l'image de sa compagne qui , venant de se retourner vers lui , parut se fondre , avec une certaine ressemblance , dans celle de l'autre femme .

- Pierre ? Tu viens ?

L'espace d'un instant , son cœur avait battu plus vite . Il s'était demandé , immobile devant le verre ancien , si ce qu'il avait aperçu n'était pas moins le souvenir de Rebecca en compagnie de Jefferson , que le reflet d'une histoire qui cherchait encore à les poursuivre à travers d'autres vies futures . Comment expliquer ce qu'il venait de voir ? Était-ce simplement l'effet de son imagination ? Depuis son arrivée en Virginie , il vivait entouré de souvenirs , de légendes . Peut-être son esprit avait-il simplement mêlé les récits du guide évoquant les fantômes d'hier à ses propres rêveries ?  ( 30 )

Pourtant , tandis qu'il rejoignait la jeune femme , une pensée persistait . La sensation fugitive d'avoir aperçu non pas une ombre , seulement , mais une mémoire . Comme si certaines émotions demeuraient attachées aux lieux , comme si les passions humaines laissaient leur empreinte invisible derrière elles . Cette dernière nuit-là , incapable de dormir , il reprit un ouvrage de Carson McCullers glissé dans sa valise avant son départ : " Reflections in a Golden Eye " Le miroir de Monticello lui apparut alors comme un immense œil tourné vers le passé ! ( 31 )

22 - Les trois jours filèrent avec une rapidité déconcertante . Il avait imaginé de longues promenades sous les arbres rougis par le soleil de Charlottesville , des confidences tardives , des conversations qui leur permettraient , peut-être , de retrouver la complicité née des mois précédents .

Rien ne se déroula ainsi . Emily semblait constamment occupée , prétextant quelque rendez-vous , des cours , des examens à préparer , disparaissant dès le matin pour ne revenir souvent que fort tard dans la soirée . Lorsqu'ils se retrouvaient par miracle , les échanges demeuraient légers , presque banals , comme ceux d'une conversation mondaine . On parlait de l'université , de la Bretagne , de l'Amérique et de son chanteur favori , un certain Dan Fogelberg , des amis communs . Jamais de ce qui , à ses yeux , comptait vraiment . Jamais de ce qui l'avait poussé à parcourir des milliers de kilomètres . Parfois , lui semblait-il , une porte invisible demeurait obstinément fermée entre eux . Le quatrième matin qu'il craignait tant , celui du départ , malheureusement , finit par arriver . Son autobus partait avant midi . Emily était sortie de bonne heure . Elle avait laissé un mot expliquant qu'elle devait passer à la bibliothèque avant un examen . Pierre acheva de préparer sa valise dans l 'appartement silencieux . Les deux colocataires , parties dans leur famille ou chez leur " boy-friend " , étaient elles aussi absentes . Pendant quelques instants , complètement prostré , il resta seul dans la petite chambre . Une lumière pâle entrait par la fenêtre de la chambre d'Emily C'est alors qu'il aperçut un papier posé sur sa table de chevet , près de la lampe , un simple feuillet plié . Il reconnut immédiatement son écriture . Son cœur se serra . Il le déplia lentement . Quelques mots seulement figuraient de sa main sur une page blanche :

"  Dear Inspector , and now my love ... "

Rien d'autre . Aucune signature . Aucune suite . Il relut plusieurs fois la phrase comme si un sens caché devait soudain lui apparaître . Mais les mots demeuraient sans explication , suspendus dans leur mystère .

" Cher inspecteur ..."

C'était ainsi qu'elle l'appelait en plaisantant parfois , lorsqu'il cherchait à comprendre les gens dans tous les livres qu'il avait pu lire ...

Mais ces derniers mots ... Que signifiaient-ils ?

Pierre les recopia soigneusement puis referma sa valise . Quelques minutes plus tard , le bus quittait Charlottesville . À travers la vitre défilaient des groupes d'étudiants . Mais il ne la vit pas parmi eux quand Monticello finit par disparaître derrière les arbres des forêts pavoisant les couleurs d'un triomphal automne . Envahi d'une profonde tristesse , il regardait le paysage sans le voir . Il avait traversé l'océan pour la retrouver , la quittant ce jour avec davantage de questions qu'à son arrivée . Dans la poche intérieure de sa veste , reposait le petit billet . Quelques mots à peine . Mais ils pesaient désormais plus lourd que tout le reste de son voyage .

Et tandis que le " Greyhound " filait droit vers New York , il ferma les yeux , sanglotant dans la paume de sa main , se demandant si vraiment certaines amours finissent quand vient le moment de s'en éloigner ...

                                               

 

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DAN AR WERN - AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Deuxième Partie - Le Passage de l'ArcheVI - Monticello - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " AU SEUIL DE L'INVISIBLE " , copyright 2026 .

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Notes :

25 - " Poèmes Barbares " - " Clair de Lune " , I ( 1862 ) , par Leconte de Lisle ( 1818 - 1894 ) .

26 - " The Experiment in International Living " , association proposant des séjours chez l'habitant .

     - Wellington Hotel , 871 Seventh Ave. 55Th Street , New York , États-Unis -  " La Chambre de Wellington  " ( I , 12 ) in " Le Grand Meaulnes " ( 1913 ) , par Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) - Balade au Pays des Ombres ( Cycle de L'Etoile IV ) , III - Histoire d'une Mystérieuse Inconnue , 3 - La Chambre du Wellington - Copyright 2018 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

27Greyhound Lines  , entreprise de transport américaine de passagers par autocar à travers l'Amérique du Nord , fondée à Hibbing , Minnesota , en 1914 .

     - Beaucoup de Quakers , protestants qui appartiennent à la Société religieuse des Amis ,  vivent en Pennsylvanie , à l'origine  " commonwealth " américain fondé par le quaker William Penn en 1682 , et gouverné selon les principes quakers . 

28 - Monts Adirondacks , au nord-est de l'état de New-York , proches de la frontière canadienne .

     - " Un Lit de Ténèbres " ( Lie Down in Darkness , IV , 1951 ) , par William Styron

( 1925 - 2006 )

29François Cheng , écrivain , poète français d'origine chinoise , membre de l'Académie Française : "A L'Orient de Tout " ( Poèmes , 1955 ) -"Cinq Méditations sur la Mort ( Autrement dit sur la Vie ) " , 2013 .

30 - Proche de l'université de Charlottesville , en Virginie , Monticello , dont les travaux débutèrent en 1768 , fut la résidence principale de Thomas Jefferson ( 1743 - 1826, troisième président des États-Unis . Son premier grand amour fut pour une belle jeune femme nommée Rebecca Burwell ( 1746 - 1807 ) .

31 - Reflections in a Golden Eye ( Reflets dans un Oeil d'Or / Adskedoù 'dreuz ul Lagad Aour ) - Houghton Mifflin , 1941 , oeuvre de Carson McCullers  ( 1917 -

1967 ) dédiée à Annemarie Schwarzenbach ( 1908 - 1942 ) .

" Sketches " , chanson de Dan Fogelberg dans son album  " Nether Lands " ( 1977 ) - Epic Records , Full Moon / CBS Inc.-All Rights Reserved .
" Et je vois encore des reflets
  De moi dans tes yeux ,
  Pourquoi es-tu partie ,
  L'été dernier ? "  
 
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AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Deuxième Partie - Le Passage de l'Arche - V - Le Pays des Merveilles .

30 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #AU SEUIL DE L'INVISIBLE

Jack Kerouac

Jack Kerouac

 

AU SEUIL DE L'INVISIBLE

 

Deuxième Partie

Le Passage de l'Arche

" Je ne te laisserai pas partir

  Si tu ne me bénis pas ..."

Genèse , 32 , 27 .

Chapitre V - Le Pays des Merveilles

 

 

" Peut-être qu'une rafale de vent m'emportera ailleurs ,

là où la vie reprendra formeElle fait semblant d'être vivante , sa douce chair de femme glacée ... Que veut-elle de moi si elle est morte ? " 

Francisco Coloane - " Tierra Del Fuego " ( Sur le Cheval de l'Aurore1956 )

 

14 - La culpabilité dont on l'avait nourri , en Bretagne , pour son choix professionnel , n’était pas la seule chose qui le rongeait , c’était aussi le sentiment d’être prisonnier d’une vie , terne et banale , qui , en rien , ne ressemblait au passé glorieux d’un pays qui le hantait sans cesse , mais qui l'avait déçu . Au cœur de son tourment , il découvrit que c’était aussi sa chance de pouvoir tout quitter , sans prévenir personne , et d'abandonner ce métier qu'il n'aimait plus de même que cette existence nouvelle devenue pour lui trop prosaïque , de disparaître dans la nuit , laissant derrière lui ce qu’il n'avait accompli que par devoir , et qui représentait à ses yeux , désormais , tout ce qu’il détestait de cette routine liée à l’absence de défis , de cette grisaille parisienne monotone dans laquelle il vivotait .

" L'âme n'est-elle qu'une ombre emprisonnée dans la maison du péché ? " , s'interrogea-t-il un matin , jaugeant , dans le miroir du salon , la banalité de son visage . 

On ne peut pas refaire la route en sens inverse . L'homme n'est jamais satisfait de son sort quand il doit choisir sa voie entre mal et bien , se retrouvant souvent coincé à la frontière qu'il juge souvent factice , infranchissable , du crépuscule et de l'aube , de l'être et du néant ...

Qui peut dire ou finit la chair mortelle , où commence l'Esprit de Dieu ? Ne nous attend-Il pas quelque part , loin du mensonge ? ( 19 )

Il aurait pu fréquenter les bars de la ville afin de se forcer à oublier dans l'alcool , comme ses collègues , ce que rien , malgré tout , ne pourrait effacer ...

Dans un monde qui écrase et dont on voudrait s'échapper pour en découvrir , comme l'alpiniste , la face cachée , beaucoup plus belle et plus clémente , alors qu'on se trouve au pied d'une grande montagne qu'il faudra gravir avec peine , et qu"on se trouve abandonné , jeté dans le mouvement d'une errance perpétuelle où l'on ne se sent plus que de passage face à une sombre réalité devenue étrangère ...

15 - Pierre ignorait encore que certaines rencontres , même brèves , déplacent silencieusement l'axe d'une existence . À cette époque , il achevait sa troisième année dans la police . L'enthousiasme des débuts s'était depuis longtemps dissipé .

Il avait cru trouver dans cette profession l'action , le contact humain , l'imprévu , le mystère , peut-être , et même une certaine forme de justice concrète . La réalité s'était révélée bien différente . Les journées s'écoulaient dans un bureau exigu dont la fenêtre donnait sur une cour grise , où les dossiers s'empilaient comme un immense tas de paperasserie sans âme , où les procédures se succédaient avec les convocations de témoins qu'on avait honte de recevoir dans une telle inconfortable promiscuité , où les formulaires semblaient engendrer d'autres formulaires . Faute de personnel administratif , il passait des heures à rédiger , classer ,  vérifier , corriger . Chaque affaire ,  avant même d'avoir commencé à vivre ,  lui paraissait engloutie sous des montagnes de papier !

Plus pénible encore que cette routine était , pour lui , la découverte progressive de certaines médiocrités humaines , les rivalités de service , les jalousies dérisoires , les querelles de couloir , les ambitions minuscules pesant davantage que le travail lui-même . Il avait toujours espéré rencontrer des hommes guidés par une sorte d'idéal , mais c'étaient des fonctionnaires plutôt préoccupés de leur avancement ou de leurs horaires qu'il avait souvent trouvés .

De plus , à cette lassitude professionnelle , s'ajoutaient les critiques répétées de son ancienne professeure de breton qui , à chacune de leurs rencontres ,  lui faisait comprendre que son entrée dans la police avait été une erreur et que , selon son point de vue , il était fait pour autre chose .

Ces remarques réveillèrent les doutes qu'il portait déjà en lui . Peu à peu , une impression d'étouffement s'était installée . Il lui semblait vivre à côté de lui-même , comme si sa véritable vie se déroulait ailleurs que dans ce bureau parfois paisible comme une tombe , parfois retourné comme un navire par la tempête , à cause d'une procédure de flagrant délit ! Puis , lorsque arriva enfin ce moment fort attendu de partir en congé , il choisit presque au hasard , laissant errer son imagination vagabonde au-delà des vitres assombries par la saleté pluvieuse et les lueurs bleuâtres d'un  timide soleil d'hiver jouant à cache-cache avec l'ombre des nuages noirs en lambeaux , vers cette destination qu'il connaissait fort bien , les Alpes , ces montagnes qui semblaient appartenir à un autre monde , celui de sa jeunesse ! Après les murs gris du cabinet judiciaire , les sommets lui donneraient sans doute le sentiment d'une liberté retrouvée , et les forêts de mélèzes , les torrents d'eau vive , les vallées silencieuses , les glaciers étincelants sous le soleil lui rendraient une respiration qu'il croyait avoir perdue . 

Il partit seul , mais , dès son arrivée , quelque chose se transforma en lui , quand il marchait , chaque matin , dans la neige , et chaque soir , au retour du ski , revenant émerveillé d'avoir enfin trouvé ce qu'il avait toujours cherché sans parvenir à le nommer : l'espace ! Puis , au moment le plus inattendu , survint la rencontre .

16 - C'était au refuge où il prenait régulièrement son déjeuner .

Chaque jour , assise à la table voisine , il y avait une jeune femme qui , elle aussi , semblait voyager seule . Ses cheveux blonds captant la lumière du soleil , son regard clair exprimait une curiosité joyeuse contrastant avec la réserve habituelle des touristes européens .

Ce fut elle qui , lui tendant gracieusement un menu , lui adressa la parole la première .

- Vous êtes français ?

Son accent chantait légèrement .

Le jeune inspecteur lui répondit , la conversation s'engageant avec une facilité déconcertante , malgré les difficultés de la touriste étrangère à maîtriser la langue française . Elle s'appelait Emily , disait-elle , et venait des États-Unis d'Amérique . Au fil des heures , puis des jours , les deux visiteurs , qui faisaient partie , chacun , d'un groupe d'activité différent , parvenaient quand même à se retrouver presque naturellement lorsqu'une randonnée collective en appelait une autre , une promenade commune se prolongeant jusqu'au coucher du soleil , un café devenant un dîner .

Celle-ci lui parlait avec enthousiasme de son pays natal , évoquant les immensités du " Far-West " américain , les routes interminables traversant les déserts , les grandes villes de " Frisco " , de Saint-Louis où elle vivait , de la " Grosse Pomme " où chacun pouvait , malgré tout , s'il voulait , lui expliquait-elle , recommencer sa vie . Et quand elle racontait ses études , les emplois successifs qu'elle avait exercés sans que personne n'y voie un échec , ses voyages , Pierre  découvrait ainsi une manière de concevoir et d'aborder l'existence qui le fascinait ... Pour lui  , élevé dans une culture où les trajectoires paraissaient souvent tracées d'avance , un tel monde possédait un parfum de liberté presque irréel .Toujours au futur , en mouvement vers quelque chose d'autre , elle lui parlait également de ses projets . Bientôt , cette confiance le déconcerta autant qu'elle l'attirait . Lui-même lui décrivit la Bretagne de ses rêves , les forêts , les légendes , les lectures qui avaient nourri son imaginaire . Emily l'écoutait avec une attention sincère . Elle semblait comprendre des faits que beaucoup de ses compatriotes n'avaient jamais remarqués .  ( 20 )

Lors d'une excursion près d'un lac d'altitude , ils s'arrêtèrent longtemps sur un promontoire rocheux .

Tout autour d'eux , les sommets se perdaient dans les nuages .

- Tu devrais venir en Amérique un jour ! , lui dit-elle soudain .

La phrase fut prononcée simplement , comme une évidence . Il se mit à lui sourire , à lui serrer tendrement la main , mais ces quelques mots continuèrent longtemps de résonner en lui . Tu devrais venir en Amérique . Pour la première fois , ce qui n'était jusque-là qu'un rêve vague prenait une forme concrète . Depuis l'enfance , les récits d'aventure , les romans , les films , les grands espaces visionnés dans les documentaires , nourrissaient son imagination . Pourtant , jusque là , il n'avait jamais véritablement envisagé de franchir l'océan . Maintenant , l'idée devenait possible , presque réelle ... Ensuite , la deuxième semaine se mit à défiler encore plus vite qu'une ultime descente à ski . Au dernier soir , s'éloignant un peu de la fête marquant la fin du séjour , ils marchèrent dans un sentier dominant la vallée . Aucun des deux ne parlait beaucoup , car ils savaient que chacun repartirait bientôt vers sa propre vie . Le lendemain , lorsque vint le moment de partir , ils échangèrent leurs adresses . Puis , Emily disparut dans la foule de la gare . Pierre , éprouvant alors une étrange sensation de tristesse mêlée à l'excitation d'un commencement , la regarda s'éloigner Quelque chose , pourtant , venait de s'ouvrir devant lui . Un horizon !

17 - De retour au bureau , il comprit qu'entre les classeurs métalliques , les formulaires et les néons blafards , plus rien n'était tout à fait comme avant . Les murs lui paraissaient plus étroits , les procédures plus absurdes , les conversations plus insignifiantes . Désormais , derrière chaque dossier , derrière chaque journée monotone , se dessinait l'image des montagnes , du ciel immense et du sourire d'Emily Sans le savoir encore , cette semaine dans les Alpes venait de semer la graine d'une décision qui allait transformer sa vie . L'Amérique n'était plus un rêve . 

Elle devenait un appel !

Maintenant qu'était achevé le séjour à Villeneuve , les jours avaient passé avec une stupéfiante angoisse , mêlée de lenteur , comme si le temps , là-haut , s'était écoulé sous d'autres lois . Pierre avait , chaque nuit , rêvé la présence d'Emily sur les pistes , retrouvant une passion qu'il croyait depuis longtemps perdue , guettant un signe d'elle , coup de téléphone ou lettre , chaque matin , puis , le soir , espérant prolonger un peu , autour d'une sangria ou d'un chocolat chaud , les conversations qu'ils avaient commencées dans les bars de leur station favorite ou sur ses remontées mécaniques . L'américaine semblait appartenir encore à ce monde  blanc de lumière et de neige , riant facilement , skiant avec une aisance qui fascinait son compagnon . Lorsqu'elle descendait une pente , elle semblait danser davantage que glisser , lui expliquant les gestes , corrigeant ses mouvements , l'encourageant lorsqu'il hésitait .

( 21 )

- Relax , Pierre ! Take it easy !

Et elle repartait dans un éclat de rire ! Peu à peu , sous sa direction patiente , il devenait un skieur acceptable . Pas brillant , certes , mais suffisamment sûr de lui pour profiter enfin , sans tomber à chaque virage , des descentes . Près d'un lac d'altitude encore glacé, au début d'un après-midi , ils s'étaient éloignés du groupe . Le silence était presque complet . Seul le vent descendait des sommets , caressant le pelage de quelques marmottes . Tous deux s'étaient assis sur un rocher pour contempler les montagnes . C'est là qu'elle lui avait parlé davantage d'elle-même . 

Elle était arrivée , quelques mois auparavant , de la côte est des États-Unis , travaillant comme jeune fille au pair à Neuilly , rue de Madrid , auprès d'une famille aisée . Le reste du temps , la jeune fille suivait des cours de français à Paris , fréquentant aussi une école de danse . ( 22 )

Lorsqu'elle évoquait cette dernière activité , son visage s'illuminait.

- J'adore danser ! Depuis toujours !

Pierre n'en doutait pas un instant . Toute sa personne semblait animée par le mouvement . Sans vraiment réfléchir , il avait osé prendre , un moment , sa main , la pressant plus longtemps que ne l'exigeait la simple amitié . Emily n'avait pas retiré la sienne . Elle s'était contentée de le regarder avec douceur . Cette seconde avait suffi à faire monter en lui une émotion qu'il n'était plus capable de contrôler complètement . Quelque chose de plus fort que l'amitié , quelque chose qu'il n'osait pas encore nommer .

Pendant ce temps , à Paris , la vie ordinaire continuait pourtant de le rattraper . Les remarques de sa professeure de breton résonnaient toujours dans sa mémoire . Elle n'avait jamais compris son entrée dans la police . À chacun de leurs échanges , par lettre , elle trouvait le moyen de lui faire sentir sa déception . Selon elle , son élève gâchait ses qualités . N'aurait-il pas dû , plutôt , lui écrivait-elle avec une certaine constance , faire autre chose , écrire ou enseigner ? Chaque critique réveillait les doutes qu'il portait déjà en lui . Au fond , n'avait-elle pas raison ? Plus les semaines passaient , plus son métier lui paraissait un rôle bizarre avec un costume emprunté . Puis vint le printemps de cet après-midi d'avril , presque estival , où il la retrouva dans le jardin des Tuileries . Les marronniers commençaient à verdir . Les bassins reflétaient un ciel sans nuages . Les enfants poussaient leurs voiliers miniatures sur l'eau calme . L'étudiante arriva en courant presque .Toujours la même énergie , le même sourire !

Ils marchèrent longtemps sous les arbres , le long des allées sablonneuses , puis s'assirent sur un banc pour contempler l'eau d'une fontaine , avant de rejoindre le " Quartier Latin " . Pierre l'invita à dîner rue de la Harpe , dans un petit restaurant qu'il affectionnait : " La Petite Hostellerie ". ( 23 )

L'établissement n'avait rien de luxueux , certes . Mais il possédait cette atmosphère chaleureuse des vieux restaurants parisiens de la " Belle Epoque " , où les conversations semblent durer depuis des siècles . Le repas s'écoula dans une atmosphère presqu'heureuse , le jeune homme écoutant parler sa voisine de ses projets de retour aux États-Unis . Mais , chaque fois qu'elle évoquait cette échéance , une inquiétude le traversait . Le temps leur était compté . Depuis des semaines , sans se l'avouer complètement , n'avait-il pas commencé à construire un rêve fragile , une maison sans fondations ? Ne s'était-il pas surpris à imaginer d'autres promenades , d'autres rendez-vous , l'été approchant , peut-être même un voyage ensemble ? Rien de précis , rien de raisonnable , bien sûr . Seulement cette illusion que quelque chose allait pouvoir enfin commencer . Pour la première fois depuis longtemps , Pierre entrevoyait un avenir qui n'était pas fait seulement de bureaux gris , de procédures , de métro et de solitude !

À la fin du dîner , discrètement , il sortit un paquet qu'il avait apporté .

- C'est pour toi !

Elle ouvrit l'emballage avec curiosité . À l'intérieur se trouvait une paire de ballerines d'un modèle élégant et simple qu'il avait choisi après de longues hésitations . Pendant quelques secondes , la jeune fille était restée silencieuse . Puis son visage s'éclaira .

- Oh , Pierre ... they're beautiful !

Puis , levant vers lui ses grands yeux clairs d'azur , elle lui adressa ce sourire qu'il n'oublierait plus jamais , capable , à lui seul , d'effacer des mois de grisaille !

- Merci !

Il aurait voulu , à cet instant précis , faire s' arrêter le cours du temps . Mais , pendant qu'elle hésitait une seconde avant de reprendre la parole , déjà , revenait l'impitoyable réalité .

- Je dois te dire quelque chose .

Pierre sentit son cœur se serrer .

- Le mois prochain , je rentre aux États-Unis .

La phrase tomba , lapidaire , comme un couperet de guillotine . Il s'y attendait pourtant , même si elle lui faisait l'effet d'une chute .

Elle poursuivit :

- Mais avant ... Dès demain , je pars en Grèce avec ma copine Julie .

Elle souriait encore . Elle parlait de plages , d'îles , de soleil , de voyage au pays des merveilles ! 

Pierre faisait semblant de l'écouter , n'entendant plus que des fragments de phrases , comme si son coeur venait soudain d'être déchiqueté par un vol de mouettes moqueuses . Quelque chose venait brutalement de mourir en lui , qui n'avait jamais vraiment existé . Mais derrière ces paroles se formait une autre pensée insidieuse , comme si elle avait entrouvert , puis refermé devant lui , une porte vers ce " Nouveau Monde " dont il rêvait depuis l'enfance .

En quittant le restaurant , ce soir-là , tandis qu'ils remontaient lentement les quais de Seine , Pierre vit , devant lui , cette vaste place illuminée que les siècles avaient chargée de tant de souvenirs tragiques . Lui ayant offert une petite rose rouge , elle s'était légèrement blessée au doigt , lui faisant comprendre maintenant ce qu'avaient vécû les héros des romans de son adolescence , qu'il aimait tant , ces êtres que l'Histoire avait séparés au moment même où ils croyaient toucher le bonheur , ces jeunes gens condamnés de la Révolution montant vers l'échafaud sanglant de leurs rêves inachevés !

L'idée lui parut absurde . Et pourtant , c'était quelque chose d'approchant qu'il éprouvait . Non la mort physique , mais l'exécution d'une sentence . Comme un voyageur trop tard venu à ce rendez-vous que le destin n'avait jamais eu l'intention de lui accorder .

( A Suivre )

                                                    ___

 

DAN AR WERN - AU SEUIL DE L'INVISIBLE - Deuxième Partie - Le Passage de l'ArcheV - Le Pays des Merveilles - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " ETATS D'ÂME " , copyright 2026 .

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Notes :

19 - " Le Portrait de Dorian Gray " , 4 ( The Picture of Dorian Gray , 1890 / 1891 ) par Oscar Wilde ( 1854 - 1900 ) , écrivain irlandais  . 

20 - " Frisco " ( San Francisco ) , la " Grosse Pomme " ( The Big Apple , New-York ) .

21 - Villeneuve , hameau de La Salle-les-Alpes , commune qui fait partie du domaine skiable de Serre-Chevalier .

22 - Rue de Madrid à Neuilly-sur-Seine .

23 - " La Petite Hostellerie " , 35 , rue de la Harpe -75005 - Paris .

24 - Au temps de la Révolution , la guillotine sera installée sur la place du même nom qui avait été place Louis XV avant de devenir , plus tard , la place de la Concorde . C'est aussi là que Louis XVI et Marie-Antoinette furent exécutés .

 
 
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