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LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN - III - Le Soleil des Armanes ( Cycle de L'Etoile XXXI ) - Chapitre 3 - Kérylos .

21 Août 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN

Villa Kérylos

Villa Kérylos

 

 

LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN

( III )

 

 

 

 

 

Le Soleil des Armanes

 

 

 

 

 

III - Kérylos

 

 

" Comme si je n'étais pas sorti de Kérylos , comme si cette croisière avait été un de mes rêves , quand je me disais que j'étais enfermé dans une fusée qui allait crever l'oeil de la déesse Lune ... " 

Adrien Goetz - " Villa Kérylos " , II , 16 - L'Ancre en Mosaïque , 2017 . 

 

 

 

      6 - Vous vous demandez sans doute pourquoi vous êtes ici  ? , lui avait-on murmuré à l'oreille en le vouvoyant d'un ton plutôt grave .Toute organisation a besoin 'un code secret pour assurer la sécurité de ses transmissions ... Ce qui fait la beauté du vôtre , voyez-vous'est qu'il semble ne pas exister ... Sachez pourtant que si le silence le plus absolu a toujours régné à ce sujet , 'est que vous nous intéressiez depuis cette époque où nous vous avions choisi à cause de votre " naevus " ! 9  )

           Mais , réfléchit-il au souvenir de ses dernières aventures , la seule chose qu'il aurait jamais pu leur transmettre , s'il en avait jamais eu l'envie ou la force , c'était ce que venait de vivre en dormant son âme à nouveau transpercée , cauchemar dans lequel on lui avait parlé , une fois de plus , de la lutte éternelle des bons Anges contre ces mauvais Démons dont la perversité avait déjà joué certainement son rôle dans l'affreuse tragédie de la nuit ! 

          Cependant , qui réveillerait maintenant l'Esprit vivant de l'Être Primordial , puisqu'ils recommenceraient sans se lasser ! , songea-t-il avec désespoir . Il ne leur avait pas suffi d'une fois pour comprendre , à l 'image de ces traîtres pactisant avec le Diable qui avaient été pris , comme lui ,  au piège du redoutable ennemi ! 

         " Lombre suit continuellement celui

qui comme Adam l’hermaphrodite , marche vers le soleil  , représenté tel un mâle transportant sa femme avec lui Ève ,  cachée dans son corps . "

10  )

        N'était-ce pas ce beau visage de la jeune fille qu'il avait revu en songedepuis sa couchette , celui de Heidi sombrant dans les flots ? ( 11 ) 

Le bonheur n'est pas donné aux écueils , la lumière se brise contre les écueils , avait-il fini par lui avouer avec tristesse ... ( 12 ) 

        Un joursans doute , lui murmurerait-il doucement encore , je m 'imaginerai fuir avec toi pour chercher refuge dans une grotte le retour au silence ( Heimkehr ins Schweigen ) , même s'il est parfois de glace ... ( 13 )

        Ses yeux se sont ouverts dans ma nuit , pensa-t-il encore ... Parfois , j 'ai cru reconnaître en eux , gisant au fond de la mer , les écrins de nos pauvres vies recouvertes de sable ... Alors , j'ai retraversé les fonds mouvants de ces antiques vallées de la mort ... Puis j'ai perçu , dans le désert solitaire de cette existence , un chant mélancolique , celui d'une sirène au milieu des caravanes de l'éter-

nité ... Qu 'avons-nous fait de notre jeunesse ? 

     Comme j 'ai soif  ! , se plaignit , finissant par s'éveiller au bout de cette onirique et sanglante traversée , l'homme des douleurs dressé sur son lit .

 

En passant près de toi je t'ai vue , tu étais à l âge des amours . ai étendu sur toi le pan de mon habit et couvert ta nudité ... Je t ai fait un serment et suis entré en alliance avec toi , Oracle du Seigneur , alors tu fus à moi . "

( 14 )

 

  7 - En ce mois d'avril 1912 , un jeune journaliste parisien du nom de Roll Dagorn avait été envoyé par son patron sur la Côte d'Azur afin de réaliser un reportage sur une demeure unique en son genre , la Villa Kérylos , à Beaulieu-sur-Mer . Ce palais , inspiré des maisons nobles de la vieille Grèce , avait été construit par l'archéologue Théodore Reinach , grand érudit passionné d'antiquité . ( 15 )

Dans la vingtaine , avec une coupe de cheveux très élégante et l'air toujours un peu trop absent , le jeune homme était pressé de rencontrer l'élite de la société européenne et de découvrir les secrets qui se murmuraient dans les somptueux salons de la résidence . Il avait en particulier hâte de revoir son amie Heidi , cette belle autrichienne avec qui il avait eu tant de plaisir à partager quelques soirées dansantes à Vienne et

Paris , comme à refaire le monde avec elle autour de quelques coupes de champagne !
Enthousiaste à l'idée de découvrir cette noble bâtisse mêlant histoire et modernisme , il était arrivé le matin même à la gare de Nice , par une aube lumineuse . Dès qu'il en eut franchi les portes , le visiteur fut immédiatement plongé dans une autre époque . Celle des colonnes de marbre , des mosaïques éclatantes et des fresques inspirées de l'art grec le transportant aussitôt dans cet univers mythologique dont il s'était toujours plu à explorer les mille facettes , que ce soit dans l'univers celte de sa Bretagne natale ou bien chez d'autres peuples .
Tandis qu'il se promenait dans la cour intérieure , émerveillé par la précision avec laquelle le passé avait été recréé , un domestique efféminé s'approcha soudain de lui , portant un télégramme . Surpris , le jeune étudiant s’empressa de l’ouvrir . Il venait du journal . Mais les mots qu'il y découvrit lui parurent glaçants : " Naufrage du Titanic cette nuit . Des milliers de morts ." Le choc fut tel qu'il en resta figé sur place . Le monde moderne , avec ses prouesses techniques , venait de lui révéler toute sa fragilité .
Cette nouvelle tragique éveilla en lui une si étrange fascination pour le destin de l'homme face à l'inconnu que , à la nuit tombante , alors que , sur
l'éperon rocheux qui la porte , il s'endormait après un frugal repas , n'ayant , curieusement , rencontré quiconque , dans une des chambres d'amis du somptueux vaisseau de

pierre , bercé par le murmure des vagues et le parfum des oliviers sur l'onde marine , le dormeur fit un rêve d'une intensité si troublante qu' il n'était plus , désormais , ce jeune fanfaron de l'année 1912 , mais Pythéas de Massalia , le célèbre marin grec du IVe siècle avant J.-C. s'aventurant au-delà des Colonnes d'Hercule , parti courageusement sur l'Artémis à la recherche de l'ambre et de l'étain précieux vers des terres inexplorées ! Comme il avait entendu parler

de Thulé , cette île mystérieuse , la plus éloignée du monde connu , où , disait-on , le soleil ne se couche jamais en été , celui-ci s'était lancé dans une expédition des plus périlleuses , n'hésitant pas à braver les tempêtes et les mers

glacées ! ( 16 )
Toute cette aventure lui semblait d'ailleurs mentalement si vivante que Roll pouvait en goûter non seulement le sel sur ses lèvres , mais entendre aussi le cri des mouettes qui le

narguaient , ressentant peut-être aussi son excitation mêlée de peur de naviguer vers l'inconnu .

Mais une ombre planait sur ce voyage , une prémonition de catastrophe comparable à celle qui venait justement de survenir hier . Tout comme le Titanic , le navire de Pythéas semblait destiné à affronter des forces qui le dépassaient . Cependant , au lieu de sombrer , le navigateur avait atteint finalement Thulé , terre mystique où le ciel se confondait avec la mer , où le temps paraissait suspendu !
Lorsque l'invité se réveilla au petit matin , le rêve parut encore plus vivace en lui . Il se leva , le cœur battant , le regard tourné vers l'horizon . Kérylos , vision plus horizontale de son voyage intemporel vers l'inconnu , avec son aura antique , lui apparut comme une porte entre deux mondes , celui de l'histoire révolue et celui des destins qui se jouent encore aujourd'hui .
Secoué par cette expérience , il résolut de concevoir son reportage avec une sensibilité nouvelle , imprégné autant du lien entre passé et présent qu'entre celui pouvant unir les héros mythiques de l'antiquité aux drames contemporains . Vivant en cette demeure , il se promit également de s'imprégner de son histoire secrète , non seulement celle des pierres et des hommes , mais aussi celle de ces rêves tapis dans l'ombre , écume de vagues déferlant sur la rive , qui peupleront à jamais le cours tumultueux de notre imaginaire !

 

 



 

 

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DAN AR WERN LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN - III - Le Soleil des Armanes - Chapitre 3 - Kérylos - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Soleil des Armanes " , copyright 2024 .

 

 

( Cycle de L'Etoile XXXI )

                     

 

                      ___

                                               

Notes :

 

9 - Le Trésor de Sainte-Gemme ( Cycle de l'Etoile XII  ) , I , 5 - L'Ange de 'Abîme et II , 5 - L'Orbe Noir - Notes 17 .

10 - "Psychologie et Alchimie " ( 1944 ) de Carl-Gustav Jung ( 1875 - 1961 ) , médecin psychiatre suisse .

11 - L'Etoile Bleue ( Cycle de L'Etoile XVII ) , II - Heidi - Copyright 2022 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - Editions " Muse " .

12 - " Pages de Journal : Souvenirs du Répétiteur de L'Impératrice Elisabeth

( " Tagebuchblätter : Erinnerungen des Hauslehrers der Kaiserin Elisabeth " , 1898 )  par Constantine ( Kostas ) Christomanos ( 1867 -

1911 ) , poète , écrivain grec . François-Joseph 1er ( 1830 - 1916 ) , empereur d'Autriche et roi de Hongrie avait pour épouse Elisabeth de Wittelsbach ( 1837 - 1898 ) , dite " Sissi " , qui fut assassinée à Genève .

13La Rose et le Dragon , II ( Unan Bennak Evel-Se / Quelqu'un Comme Ca ) , 26 - " Heimkehr zum Schweigen " - Retour au Silence - Copyright 2021 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - Editions " Muse " .

14Ézéchiel , 16 , 8 .

15 - Théodore Reinach ( 1860 - 1928 ) , d'une famille de banquiers juifs originaires de Francfort-Sur-Le-Main , est un homme politique français passionné d'archéologie , de musique et d'histoire qui fit construire entre 1902 et 1908 par l'architecte Emmanuel Pontremoli ( 1865 - 1956 ) , professeur d'architecture de l'École des Beaux-Arts de Paris dont il fut nommé directeur en 1932 , la villa " Kérylos " , reconstitution spectaculaire d'un palais de la Grèce antique lui coûtant neuf millions de francs-or .

    - Kérylos , en grec , veut dire " Alcyon " : " Les alcyons volent sur les vagues , ce sont les oiseaux de la tristesse , ceux qui pleurent dans les

poèmes . " ( " Villa Kérylos " , I , 6 - Adrien

Goetz , 2017 ) .

16 - "Artémis " était le nom du bateau de Pythéas

( vers 380 - 310 avant J.C ) , explorateur grec né à Massalia ( Marseille ) .

 

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LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN - III - Le Soleil des Armanes ( Cycle de L'Etoile XXXI ) - Chapitre 2 - Le Sous-Marin .

19 Août 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN

LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN - III - Le Soleil des Armanes ( Cycle de L'Etoile XXXI ) - Chapitre 2 - Le Sous-Marin .

 

LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN

( III )

 

 

 

 

 

 

Le Soleil des Armanes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - Le Sous-Marin

 

 

 

 

 

 

" Je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe . Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu , et mille fleuve pareils , dont les teintes indiquaient les différences chimiques , sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " I ,4 .

 

 

     

 

 

 

     5 - Il s'était senti si fatigué qu'il était tombé tout habillé sur sa couchette !

          L'espace d'un instant , perdu dans son rêve , complètement harassé par le bourdonnement factice d'une étrange mécanique dont l'origine lui semblait comparable au ronron des roues d'un train , le voyageur se demanda ce qu'il y avait de réel au-dessous des blocs de couleur sombre de cette mer inconnue parsemée de montagnes de glace blanche où peut-être évoluait encore un cruel ange noir de la mort , narguant , majestueux , l'effroyable panique de toutes ses pauvres victimes , pantins ridicules dont , sans vergogne , il tirait les

ficelles , voguant comme un aigle aux serres sanguinolentes dégoulinant sur un désert de ces moutons résignés , tremblant de peur , faisant planer son ombre tragique sur les cadavres flottants et gelés de ses crimes inexpiables ! 

         Qui étaient-elles , ces ombres sans vie , à côté de lui ? N'offrons-nous donc rien , se questionna-t-il , à la douleur des autres qu'un peu d'indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ?  

         Et songeant à l'immensité de l'espace des yeux grands ouverts des disparus , l'homme se rappela ce long chemin balayé par le vent qui ne mène nulle-part , quand il se faufile à travers champs vers la falaise abrupte . Il se demanda en sanglotant s'il était vraiment possible de survivre au terme d'un tel parcours , comme si , en se jetant du bastingage , en sautant dans le vide , on franchissait aussi le seuil de cet au-delà inespéré du mal depuis le haut du cercle , parvenant , pour finir , à se débarrasser du vieil uniforme de ses illusions perdues ...

        C'est alors qu'il crut voir , parmi les dépouilles de toutes ces célébrités devenues vaines , le monstre ricanant au bout d'un énorme gouffre de ténèbres trouant  le ciel ! Sa peau s'était mise à redevenir brillante , écailleuse , au fil d'étendues cosmiques bizarrement parcourues d'étranges lueurs verdâtres tandis que , plongeant dans le vide interstellaire , une roue immense détachée d'un gigantesque arc-en-ciel planait au-dessus du château de la " Mort Rouge " où , s'y étant retranchée d'un rictus méprisant , la créature avait su guider les passagers vers le royaume souterrain .

( 7 )

        Tout lui semblait si sombre soudainement ! Mystérieux comme le martèlement de l'eau sur la carlingue , résonance en lui d'un glas sépulcral au-dessus de la cabine où il dormait , chaque fois que venaient lui rendre visite , à minuit sonnant , selon lui , les carillons insatisfaits du vent s'époumonant en vain par la persienne aveugle d'une mémoire outragée !

       Alors , n'était-ce pas une chute interminable , ensuite , horrible cauchemar , dans l'espace infini du silence ?

       Que lui était-il arrivé pour voir de plus en plus grossir ce petit point de lumière blanche et bleue au centre d'une tentaculaire toile d'encre piquetée de points lumineux , liant son âme éternelle à de multiples autres telle qu'une pierre précieuse née du gouffre insondable de l'explosion de millions d'étoiles , vertigineuse plongée au centre de soi-même , rémanent effluve d'une conscience énergie depuis ses premiers balbutiements de roche et matière brute jusqu'aux subtiles ondes fluidiques d'un temple spirituel rutilant de ténébreuse incandescence ? 

       En se sentant devenir aussi vieux d'esprit que son guide et , paradoxalement , comme lui rajeunir physiquement davantage pour prendre enfin son apparence , il se mit à gémir , gagné par la fièvre et le désespoir sous le regard tranquille de la Lune impassible , au-dehors , qui paraissait le narguer d'un sourire au milieu du ciel redevenu clair ...

Puis , se demandant ce qu'il faisait là couché , trempé de sueur , il écouta craintivement le bruit diffus de ceux qui l'avaient réveillé .

      Se levant en sursaut , il remarqua sur la coursive détrempée , quelques traces de l'orage nocturne ayant agité sous son crâne un ouragan bien plus dévastateur , mais il ne se rappelait plus de rien sinon de sa journée d'hier et du navire mystérieux couronné de nuages menaçants qu'il cherchait encore dans les lointains d'un songe assoupi " sillonnant sur le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... " ( 8 )

     C'est alors que , pour la seconde fois , Roll

fut , en sursaut , brusquement ramené à la réalité par des voix résonnant à côté de lui !

 

 

 

 

 

 

 

 

( A Suivre    

 

 

 

 

 

 

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( Cycle de L'Etoile XXXI )

                     

 

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Notes      

 

7" Le Masque de la Mort Rouge " ( The Masque of the Red Death , 1842 ) , nouvelle d'Edgar Allan Poe ( 1809 - 1849 ) parue dans " Les Nouvelles Histoires Extraordinaires " (1857 ) , traduction française de Charles Baudelaire .

 

8 -  " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

   

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LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN - III - Le Soleil des Armanes ( Cycle de L'Etoile XXXI ) - Chapitre 1 - Fortune de Mer .

17 Août 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN

LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN - III - Le Soleil des Armanes ( Cycle de L'Etoile XXXI ) - Chapitre 1 - Fortune de Mer .
LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN - III - Le Soleil des Armanes ( Cycle de L'Etoile XXXI ) - Chapitre 1 - Fortune de Mer .

 

LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN

( III )

 

 

 

 

Le Soleil des Armanes

 

 

 

 

 

 

I - Fortune de Mer

 

 

 

 

     1 - " La goutte se forme sur le rebord du toit de l'âme ... " , songea le capitaine philosophe et frissonnant d'effroi . ( )

          Sous le voile ténébreux de hautes murailles sombres , l'épouvantable abîme des flots noirs bombardés d'étincelles multicolores laissait place à une mer devenue huileuse et sans histoire où la couleur des lames de fer blanc se mettait à luire contre la roche grise et blanche . Puis l'orage

s'était calmé . Ils s'étaient retrouvés proches d'une banquise , au pied d'un immense iceberg effleuré par le friselis monotone soufflant du large , tant l'apparence maritime peut s'avérer fugace et capricieuse à la fois . Mais il ne subsistait presque plus rien de l'horrible tragédie que quelques morceaux d'épave , et plus aucune âme qui vive sinon des signes de leur présence fugitive , cadavres gelés , bouées de sauvetage ridicules , qui n'avaient servi à rien . 

          La fumée lointaine du vaisseau avait maintenant disparu à l'horizon bleui des rêves d'éternité , laissant à bord d'une barge chétive , d'où ils venaient de débarquer , les derniers survivants .               

          Face au désert de glace , la neige , effaçant tout chemin , plaquait sans faillir son linceul de mort sur les immenses contours gelés du continent bleu , sur leur espoir aussi , tant , maintenant , ils cheminaient dans le silence de vastes étendues ...  La route leur semblait si longue , alors qu'ils tremblaient de peur et de

froid , pensant finir leur voyage à travers ces solitudes du monde comme on s'évanouit sans laisser de trace , reflet dans les dunes , vague sur la mer , comme venaient de disparaître ceux du

" Titanic " sous le regard scintillant d'étoiles bien trop lointaines pour les consoler ! ( 2 )

          Le chef aux yeux brûlant de fièvre pensait à ces astres mystérieux de la nuit , qu'il avait l'impression de redécouvrir chaque fois qu'ils allumaient , pour les guider , leur grand feu ! 

- Il faut bien qu'ils aient goûté le fond du calice avant de monter au sanctuaire , n'est-ce pas ? , disait-il à ses hommes d'un triste sourire , le soir de leur arrivée à la grotte marine . 

          Mais la neige , toujours , continuait , inlassable , de tomber sur la trame crépusculaire du ciel nocturne .

- Ici , voyez-vous , c'est l 'entrée de l 'ancienne patrie où leurs Esprits gémissent peut-être encore au fond du gouffre , affirmait un vieux matelot ... Savaient-ils déjà que l'amour mène à la Rédemption de notre dieu germain , Wotan , qui ne s'immobilise jamais dans son essence mais , au contraire , fait un écart , même fatal , permettant à l 'autre , plus faible , 'exister pour

le rejoindre ? ( 3 )

 

     2 - Ils parcoururent un corridor , marchant sous une voûte sous-marine . Caché derrière un mur de rocaille , ils crurent soudain la voir , qui n'avait peut-être qu'une apparence humaine , venir au bout d'un tunnel , arachnée monstrueuse vêtue d'une robe de pourpre et d'écarlate constellée d'or et de pierres précieuses , puis les forçant sous hypnose à se prosterner devant le mystérieux sarcophage rempli d'ossements de cristal où , parmi

eux , se trouvait un crâne étrange aux fins cheveux de soie translucide ayant appartenu à une monstrueuse divinité atlante au visage lunaire , taciturne !

( )

          Et comme un reflet sans vie à la surface d'un lac morne , la prunelle des hommes d'équipage s'enflamma aussi , pourtant , des éclairs mortifères que lançait les cavités oculaires du colosse couleur de serpent , plus vifs que les profondeurs de son âme vide et froide au teint grisâtre née d'un gouffre sans fond sur une planète minérale , marmoréenne , aux confins d'un souterrain que la toile d'une étrange araignée nacrait de ses perles de rosée translucide ! 

- Je ne suis que fantôme de roche , écho pétrifié d 'une guerre éternelle ! , crachait la langue fourchue de sa mère , la femme-insecte . Et

'ailleurs , pourquoi passer en ce monde où sont closes vos tombes , fermés vos puits de

mine Pauvres mutants , que  savez-vous de moi ? , hurla-t-elle encore avec rage d'une parole glaciale et méprisante avant de plonger en eux la lame d'acier de son dard minutieusement caché jusque là dans les replis de sa parure de princesse et de leur enfoncer en même temps l'oeil sombre de son regard qui s'enflammait lui aussi des lueurs vives du catafalque , allumant l'incendie dans toute la grotte ! 

- Ouivous , qu'êtes-vous donc venu faire ici ? , leur lançait , méprisante , la belle et sauvage serpentine , narguant ces malheureux tandis que chutaient leur corps dans l'abîme !

( )

     3L’histoire avait commencé en avril 1912 pour ce jeune journaliste parisien du nom de Roll Dagorn , avide de sensations fortes , qui ayant entendu parler du voyage inaugural du plus grand paquebot terrestre , vit dans ce voyage une opportunité unique , tout en documentant une épopée moderne , d'interviewer quelques grands de ce monde . C'est ainsi qu'avec l'appui de son patron , monsieur De Robert , le directeur du " Petit Parisien " successeur de Willy D'Aubrac , Il put bénéficier d'une place en première classe à bord du navire le plus célèbre de son temps . Mais ce qu’il

ignorait encore , c’est que ce nouveau transatlantique n’était pas seulement un chef-d'œuvre d’ingénierie , c'était aussi le théâtre d’un complot planétaire ! ( 6 )

Dès les premiers jours de la traversée , le jeune homme fut intrigué par un passager énigmatique , un homme d’une cinquantaine d’années , toujours vêtu d’un manteau et d’un chapeau noir cachant partiellement son visage . C'était à Paris qu'on lui avait parlé , déjà , de celui qu'on surnommait simplement ici le " marquis " , ce dernier semblant éviter , d'ailleurs , les conversations futiles et les mondanités .

Flairant un mystère , et pour accomplir la mission confidentielle dont l'avait chargé , avant

de partir , le directeur du quotidien , il avait un soir décidé , de l’approcher , finissant par engager avec lui la conversation .

Ce marquis , dont il avait appris , par ailleurs , que le nom véritable , en réalité , répondait à celui d'un huguenot , Guido de La Croix , lui révéla qu’il était à bord pour une mission bien plus importante que de traverser l’Atlantique . Il se présentait comme le chef d'une organisation secrète appelée " La Lumière de Wotan ", qui luttait contre un réseau communiste adverse dont les ramifications s’étendaient dans le monde entier , cherchant aussi à s’emparer d’un artefact d’une importance capitale caché quelque part à bord du navire . Excité autant qu'intrigué par la perspective de cette aventure captivante , le breton lui proposa son aide , ignorant qu'il allait ainsi tomber dans un piège .

Faisant mine de voir dans le journaliste un allié potentiel , Guido accepta .

Ensemble , ils explorèrent les entrailles du Titanic , passant , avec la complicité de certains membres de l’équipage et même de certains passagers impliqués dans cette affaire , par des salles interdites et des couloirs très sombres !

4 - Le soir fatidique du 14 avril , tandis que la plupart des voyageurs profitaient de la soirée prestigieuse du commandant Smith , on mit enfin la main sur le fameux " trésor " : un coffret orné de symboles de l'ancienne Germanie , dissimulé dans une cachette secrète du navire . Mais l'équipe l'ayant découvert ne fut pas la seule . Une confrontation générale éclata dans les profondeurs du vaisseau avec les agents du réseau clandestin !

C’est à ce moment précis que la coque , heurtant l’iceberg , et sous le coup d'une explosion , se déchira !

Tandis que le chaos s’installait à bord , Guido révéla qu’il avait anticipé une telle catastrophe en ayant pris soin de préparer une issue de secours . Bénéficiant de l’aide d’un complice , un ingénieur nautique membre de la société secrète avait , sur son ordre , fait préparer , dissimulé à quelques milles du lieu de la catastrophe , un sous-marin !

Sous couvert de l’agitation générale , un petit commando se faufila jusqu’à l’un des ponts inférieurs où une trappe secrète le conduisit à une petite embarcation l'amenant au bathyscaphe . Tandis que le Titanic sombrait dans les eaux glaciales de l’Atlantique , celui-ci s’enfonçait dans les profondeurs de la mer , emportant avec lui le précieux objet .

Le jeune journaliste , ayant miraculeusement échappé à la mort , se rendit compte qu’il détenait une histoire incroyable , mais qu’il ne pourrait jamais la raconter , sans doute , au grand public sans risquer de se faire ridiculiser ou pire , de devenir une cible pour l'autre réseau clandestin . Mais le chef ne lui offrit qu'un un choix : rejoindre " La Lumière " et continuer ainsi à lutter dans l’ombre , sans avoir la possibilité de retourner à sa vie ordinaire , en oubliant tout ce qu’il

avait vu .

Roll dut choisir l’aventure , comprenant que cet évènement tragique n’était qu'un début , que d’autres énigmes l’attendaient , bien plus fascinantes encore . L’histoire de cette nuit fatale deviendrait pour lui un secret bien gardé , dissimulé dans les profondeurs de l’océan , tout comme l'épave elle-même , tout au fond de son coeur , avait emporté le visage d'une jeune fille très

belle , juste entrevue !

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

           

                                   

 

 

 

 

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DAN AR WERN LES EXPLOITS DE ROLL DAGORN - III - Le Soleil des Armanes - Chapitre 1 - Fortune de Mer - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Soleil des Armanes " , copyright 2024 .

 

 

( Cycle de L'Etoile XXXI )

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Notes      

 

1 - Virginia Woolf , " Les Vagues " ( The Waves , 1931 ) .

 

- Titanic : Paquebot transatlantique britannique ayant fait naufrage dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 à la suite d'une collision avec un iceberg dans l'Atlantique Nord lors de son voyage inaugural de Southampton à New-York .

 

3 - La Dernière Chute ( Cycle de L'Etoile IX ) , II , 2 - Le Chant du Cygne - Copyright 2019 Dan Ar Wern / International Market Book Service LTD. - OmniScriptum Publishing Group - All rights reserved - Voir note 3 .

     Wotan : Dieu principal du panthéon de la mythologie germanique .

 

4 - Apocalypse , 17 , 4 .

     - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) , III , 15 , note 72 - Mille Ans de Bonheur ! (  Wakan Tanka , le Grand-Esprit des AmérindiensTunkan = le Dieu-Pierre , 'Esprit de la Pierre chez les Sioux ) - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

5 - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) , IV , 3 - Les Larmes de Lucifer - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

6 - L'Etoile Bleue ( Cycle de L'Etoile XVII ) , I - Orient-Express - Copyright 2022 Dan Ar Wern / International Market Book Service LTD. - OmniScriptum Publishing Group - All rights reserved

   

 

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Le Piège - Préface / Dédicace - Balade Printanière - V - L'Homme à la Valise .

15 Août 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

L'Homme à la Valise - Sculpture de Bruno Catalano

L'Homme à la Valise - Sculpture de Bruno Catalano

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

PREFACE / DEDICACE - 

 

 

 

 

 

Pour Gwenvael Andon

 

 

 

 

 

 

 

Balade Printanière

 

 

 

 

 

 

 

V - L'Homme à la Valise

         

         

 

 

 

 

Pour un séjour aussi bref , voilà une bien grande

  valise ... "

Julien Green ( 1900 -1998 ) - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 )

 

 

 

    

 

 

 

9 - Qui donc avait naguère évoqué ici la douceur de vivre ? ( 20 )

     C'était plutôt le souvenir de violents orages que j'avais gardé , d'une mer écumante sous les imprécations du Mistral sauvage venu de l'ouest , avec ses senteurs capiteuses de tamaris et de cyprès , balayant avec force la poussière des rues comme les illusions clinquantes des nouveaux riches de la Côte . L'odeur âcre de la pluie , ensuite , qui tombe en déluge , ravinant la terre , et creusant ses rigoles toutes rouges jaillissant sur le bitume fondu .

Et puis la lumière crue , éblouissante , chauffant à nouveau le paysage , qui vous écrase de toute la puissance d'un soleil impérial ! 

Je me sentais " quelqu'un comme çà  " , étouffant comme Le Clézio dans ma petite chambre anonyme d'une ville étrangère , y trouvant refuge aussi , malgré tout , dans la lecture toujours recommencée du livre de ma souffrance intérieure , mes fenêtres parfois grand ouvertes sur le large et sur une végétation quasi-luxuriante aux manifestations brutales , presqu'imprévisibles ! ( 21 )

     Mais aussi , que d'après-midi solitaires , pendant les interminables vacances d'été , caché derrière la bienveillante pénombre tamisée des persiennes closes , tandis qu'une chaleur de plomb semblait défier toute vie à la surface et qu'allongé sur un tapis de poussière , je me mettais à lire les aventures de Wilfred Ingram , qui ressemblaient un peu aux miennes parce qu'il croyait qu'elles lui parlaient du profond silence bourdonnant à ses oreilles contre le mur de sa propre solitude !

" Mais on ne commande pas plus à ses émotions qu'on ne commande à l'amour ! , disait l'auteur .

    Sans doute étais-je bouleversé , comme le héros , par la présence diffuse en moi de ces sentiments bizarres profondément dissimulés qui pourraient bien ressurgir à l'improviste un jour , comme une tempête plus imprévisible que toutes les forces de la nature qui m'entourait !

" Jamais les hommes n'agissent d'une façon tout à fait étrange que lorsqu'ils sont seuls ... " Mais le sont-ils vraiment ? Peut-on comprendre ce qui les enferme et déchiffrer des signes qu'ils ne sauront jamais vraiment reconnaître ? ( 22 )

 

10 - Ma valise à moi , je la porterais bien plus tard , mais elle contenait déjà , en germe , ces ingrédients particuliers , comme consignés dans l'oeuvre de Green , du " Grand Livre " de sa propre destinée , bien différente , certes , de celle de son vendeur de chemises , mais , curieusement , que faudrait-il comprendre de ce qu'on nomme improprement " réincarnation " , sinon cet ensemble en gestation , dessein d'une recette individuelle conçue par le Créateur à partir de mille détails , comme Sa signature , à travers le ciel , en forme d'une météore figurant le parcours particulier d'une âme soudain jetée dans l'existence ?

Je n'étais pas ce fauve avide de chair fraîche , et mes amours de lion sauvage demeuraient plutôt platoniques tant j'avais du mal à les exprimer dans ce monde où je ne me sentais pas à ma place et que je fuyais dans un dialogue familier avec ceux d'en haut , dans la littérature ou la musique .

Avais-je conscience , en lisant ce livre , pourtant , que tout se trouvait là , sous mes yeux , dans la fumée du train passant en bas de la résidence et qui , un jour futur , proche du crépuscule, allait transporter celle qui viendrait vers moi sans jamais me rencontrer ? Dans le bruit diffus des avions de l'aéroport qui allaient me conduire aussi vers New-York et vers les pays des coeurs solitaires du sud , si chers à Carson Mc Cullers et William Styron ? ( 23 )

Quant à Phoebé Knight , ne ressemblait-elle pas un peu à la jeune fille de Saint-Louis croisée dans une station de sport d'hiver des Alpes quelques années plus tard ? ( 24 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Préface / Dédicace - Balade PrintanièreV - L'Homme à la Valise - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

 

Notes :

 

20 - " La Douceur De La Vie " , 1939 - Douster Ar Vuhez - A Gentle Way Of Life  , Tome XVIII des " Hommes de Bonne Volonté " , suite romanesque publiée enre 1932 et 1946 par Jules Romains ( 1895 - 1972 ) écrivain , philosophe et dramaturge français . 

21 - " Quelqu'un Comme Ca  " ( Unan Bennak Evel-Se ) , Recueil de poésies " La Rose et le Dragon " , II , Copyright 2021 Dan Ar Wern / Omniscriptum S.R.L Publishing Group - Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh / All rights reserved  .

22 - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 ) , roman de Julien Green ( 1900 - 1998 ) , de l'Académie Française .

23 - " The Heart Is a Lonely Hunter " ( 1940 ) roman de Carson Mc Cullers ( 1917 - 1967 ) publié en français sous le titre " Le Coeur est un Chasseur Solitaire " .

     - William Styron ( 1925 - 2006 ) , auteur de " Un Lit de Ténèbres " ( Lie Down in Darkness , 1951 ) et du " Choix de Sophie " ( Sophie's Choice , 1979 ) .

24 - Personnage de " Chaque Homme dans sa Nuit " - Voir note 1

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KROAZ-AN-AOD ( La Croix-De-Grève ) - V - Table des Matières .

13 Août 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MYSTERE DU KROAZ-AN-AOD

Kroaz-An-Aod

Kroaz-An-Aod

KROAZ-AN-AOD 

( La Croix-De-Grève )

                                                 

 

                - 5 -

 

 Table des Matières

I -  Préface / Dédicace      

        La Pierre des Abysses

II PREMIERE PARTIE 

        Le Mystère du " Kroaz-An-Aod  " :

- Balade au Bord de L'Eau 2 - Hôtel de la Mer - 3 - Voyage - 4 - Failte Romhat ! - - Le Retour du

" Bodach "  6 - Le Naufragé de L'Île Vierge .

 

III SECONDE PARTIE 

        La Double Vie de Marc Daurell  :

1 L'Or D'Arcadie - 2 - L'Esprit du Crime - 3 - Un Curieux Client4 Crépuscule du Golem 5Sean  Epilogue )

 

IV Adagio Assai ( Cycle de L'Etoile XXIII )

         Résumé

Table des Matières 

 

 

 

DAN AR WERN KROAZ-AN-AOD ( La Croix-De-Grève ) - Table des Matières - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés . " KROAZ-AN-AOD " , copyright 2024 .

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Le Piège - Préface / Dédicace - Balade Printanière - IV - Une Clarté sous la Lune .

27 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Préface / Dédicace - Balade Printanière - IV - Une Clarté sous la Lune .
Le Piège - Préface / Dédicace - Balade Printanière - IV - Une Clarté sous la Lune .

 

Le Piège

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

PREFACE / DEDICACE - 

 

 

 

 

 

Pour Gwenvael Andon

 

 

 

 

 

 

 

Balade Printanière

 

 

 

 

 

 

 

IV - Une Clarté sous la Lune

         

         

 

 

 

 

" Ce qui ne peut danser au bord des lèvres , s'en va hurler au fond de 'âme ... "

Christian Bobin ( 1951 -2022 )

 

" L'homme réclame sourdement les ailleurs pour répondre mieux à la question incessante : Qui suis-je  ? " 

Henri Queffélec ( 1910 - 1992 ) - " Promenades en Bretagne " ( 1969 ) . 

 

    

 

 

 

    5 - Il était une fois , dans les ruelles ensoleillées de Nice , un jeune Breton qui , ayant quitté sa terre natale depuis des lustres , ne pouvait que se sentir étranger dans cette ville qu'il jugeait superficielle de la Côte d'Azur . Les vagues de la Méditerranée , bien que magnifiques , n'étaient pas assez sombres pour lui faire oublier les embruns de l'Atlantique et les landes sauvages de sa Bretagne intérieure . Il ne croyait pas alors , comme dirait un chanteur plus tard , que la vie soit une simple succession de paragraphes conclue par un point , la voyant plutôt , lui , l'adolescent révolté , comme le " Titanic " percuté par un iceberg , ou , parfois , telle une vaguelette aux reflets grisâtres venant s'échouer sur le bord tranquille des rivages de sa mémoire , dans le Golfe du Morbihan . ( 7 ) 

Parce que c'était par cette couleur , à cinq ans , lors d'un court voyage à bord d'une petite barque bretonne dont je ne pouvais déjà plus déchiffrer les signes annonciateurs , n'en soupçonnant ni la distance , ni les promesses , n'en mesurant , non plus , les futurs périls , que mon âme de jeune matelot fut profondément marqué , même si c'était à Guer ( Gwern-Porc'hoed ) , hôpital de Bellevue , par une fin d'après-midi d'octobre , que j'étais venu au monde , un mardi , vers 16h30 , dans un bâtiment de schiste marqué d'une croix rouge , en lisière du camp militaire de Coëtquidan ( Kamp Koetkidan ) ( 8 )

Les lieux comme le moment d'une naissance restent marqués d'une trace indélébile et particulière : " Il Automne " , chantait Barbara , évoquant sans doute plus le temps de la mi-novembre .

Il automne à pas craquants

Sous un ciel pourpre et doré ,

Sur les jardins dénudés ,

Se reflètent en transparence

Les brumes d 'automne rouillées ... " ( 9 )

         Figurez-vous , alors , les fabuleux paysages de la légendaire Brocéliande et les premiers brouillards charroyant , pour la revêtir , leurs lambeaux de grisaille cotonneuse à l'horizon , blancs linceuls s'accrochant comme un costume aux cimes des sapins fleuris de quelques boutons d'or ou genêts , la saison paraissant magnifique dans son cortège de feuilles mordorées que le soleil matinal enveloppait d'une faible lumière , tourbillons de cendres , poussières virevoltant au vent , vestiges d'une folle jeunesse enfuie aux yeux nostalgiques d'un gosse rêveur n'arrivant  jamais à les rattraper ... 

Mais soudain ... Lorsque je quittais l'étroit chemin départemental pour progressivement m'enfoncer dans le silence des grands arbres noirs , je découvris sur une verte prairie au-milieu des nuages , dans les vagues reflets d'une pièce d'eau lumineuse , immobile , cette longue bâtisse moirée de brume aux fenêtres toujours closes qu'une princesse toute blanche honorait parfois , la nuit , de sa présence , comme le lui avait raconté sa mère , il s'en souvenait maintenant , pour le dissuader de s'aventurer tout seul dans cette immense forêt !
        
Quel visage d'ombre s'approchait alors de lui , sous la tonnelle au souffle léger de verdure ? 
" Où est la Bien-Aimée ,
  Où est la Demoiselle
? ( 10 )

6 - Un jour, alors que , sur l'avenue de la Victoire , je flânais à la recherche de quelque chose pouvant apaiser ma nostalgie , je tombais par hasard sur un petit magasin de disques , vestige des temps anciens .

Poussé par un inexplicable pressentiment , j'entrai , puis , parcourant les rayons , fus attiré par une pochette ornée de motifs celtiques décorant l'album d'un chanteur du nom de Gwenvael Andon , peu connu , m'expliqua d'un air ironique le jeune vendeur à l'accent parisien , mais qui commençait , paraissait-il , à faire parler de lui là-bas ! Perplexe , j'achetais le disque sans dire un mot , rentrant chez moi avec une certaine impatience . ( 11 )

Mais dès que la première note avait résonné dans mon petit appartement niçois , quelque chose d'étrange s'était produit , les mélodies anciennes , les paroles empreintes de légendes et de récits celtes réveillèrent sans doute en moi émotions et souvenirs d'un temps que j'avais du laisser dans l'inconnu , comme cet idiome que je m'étais amusé , jadis , à inventer lorsque j'essayais de fuir ,
le soir , l'angoisse particulière d'être confronté à tous ces garçons bizarres de l'école qui ne me comprenaient pas .

La voix du barde , au contraire , me chantait les épopées d'un âge passé à reconstruire dans le futur , l'amour de la terre bretonne et l'esprit d'indépendance qui avait toujours animé mon coeur comme celui des chevaliers de l'antique Duché d'Armorique , et chaque chanson prenait l'allure d'un voyage à travers la Bretagne , invitation pressante à redécouvrir sa langue et son héritage ancestral !

7 Ne dit-on pas , d'ailleurs , que l'âme est un paysage , qu'il serait vain de croire qu'elle pourrait être interchangeable , même si l'apparat d'une culture étrangère venait à la déguiser , que nous sommes sans doute façonnés par nos souvenirs , notre milieu , notre langue , mais que chaque vie est un engagement . 
Plus tard, grand voyageur , je n'avais jamais pu cesser de la poser à tous les horizons de la Terre , cette question que m'avait suggéré Henri Queffélec dans son livre , " Promenades en Bretagne " . ( 12 )

A cette époque , je croyais tellement , sans doute , trouver encore sincèrement la solution de l'énigme . Ainsi va l'adolescence qui , tel Alexandre , s'élance , enthousiaste et naïve , à la conquête du monde ! ( 13 )

A-t-elle vraiment le souci de sa quête intérieure ?

Connais-toi toi-même , ordonne la sentence , et tu connaîtras l'univers et les Dieux ". ( 14 )

D'un tempérament plutôt mélancolique , renfermé , la timidité de ma nature , alors que je n'étais qu'un simple élève de 4ème au Lycée du Parc Impérial de Nice , m'empêchait parfois de parler en public . Je devais avoir 13 ou 14 ans , gardant en moi le souvenir cuisant d'un questionnement douloureux sur un travail scolaire que je devais rendre à mon professeur de français , bonne pâte au demeurant , mais qui s'était mis à arpenter la classe avec l'idée , peut-être , de trouver une nouvelle victime . Et , par malheur , il avait pointé son doigt sur moi , attendant longuement que je prenne la parole pour lui lire mon texte , ayant fini , lassé , par poser son postérieur sur le bout de mon pupitre , et , de son visage accablé , considérant maintenant sur le mien cette expression rougissante et pitoyable comme on regarde la souffrance d'une bête curieuse ! 

Quoi de plus angoissant que d'être paralysé par la crainte en vérité ? Quoi de plus dur aussi que de se sentir écrasé par l'impression d'une étrange solitude ?

Ce jour-là , témoin d'une blessure silencieuse , mais profonde , était resté gravé dans ma mémoire !

J'avais du baisser la tête , avec la sensation pénible de tous ces yeux scrutant sans pitié un point crucial d'interrogation posé devant eux : ma différence les troublait !

Peu à peu , il m'avait fallu , comme Gilliatt , combattre la pieuvre , celle de mes démons intérieurs , celle qui , monstrueuse , m'empêchait de voir , au-delà de mes propres abîmes , l'âme-fleur d'une Bretagne sylphide : 

Je veux rêver , perdre mon chemin ... ( 15 )

Maintenant , j'avais à remonter du gouffre , afin d'entrevoir , moi aussi , " une clarté sous la lune " . 

Que m'importait le monde extérieur , en vérité , à moins qu'il ne m'entraîne vers le large ?

Être abandonné c'est être délivré  " , notait encore le Maître . ( 16 )

 Lorsque je marchais dans la montagne , je me sentais un peu chez moi , tel un " Voyageur Au-Dessus des Nuages " , près du sanctuaire de la Madone de Fenestre ou dans la Vallée des Merveilles ... ( 17 )

Longeant au Cap-Ferrat la Pointe Saint-Hospice , il m'arrivait de questionner l'éternel balancement des vagues venant échouer sur la grève leur vaisseau-fantôme de l'autre " grande Tombe " scintillant là-bas sous le soleil et la pluie , lointain rivage m'évoquant ses jeux d'ombre au pays mystérieux des légendes , celui de la Fontaine Enchantée ...

( 18 )

Non , ce n'était pas possible ! 
La République  " une et indivisible " dans laquelle chacun vivait si prosaïquement ne pouvait incarner ma Terre promise ! 
Je la retrouvais plutôt dans la lecture passionnée de " Quatre-Vingt Treize " , l'un des derniers chefs-d'oeuvre de Victor Hugo , ce grand visionnaire du génie celtique .

Elle prenait les traits d'un farouche résistant dans lequel je me reconnaissais , le marquis de Lantenac N'étais-je pas un chouan , moi aussi , un sauvage , quand je rêvais devant les illustrations fort belles du dessinateur Diogène Maillart dans l'édition 1876 d'Eugène Hugues ?

De même , certains noms , de sonorité armoricaine , Tellmarch , Halmalo , trouvés dans le livre , m'inspiraient , résonnaient en moi .

A quinze ans , je me sentais l'âme du jeune François-René dans son donjon de Combourg , me

rappelant encore ce bel été 1967 passé sous le regard bienveillant de la Pendine avant qu'au pied de cette montagne , enneigée parfois dès le 15 août , la station de Puy-Saint-Vincent ne devînt trop à la mode . C'était là , pourtant , que j' avas dévoré d'un seul coup les " Mémoires d'Outre-Tombe "  ! ( 19 )

L'histoire d'Hervine Magon me plaisait particulièrement , " qui riait de plaisir et pleurait de peur  " . ( I , 5 )

Elle me parlait de ma propre enfance . En la lisant , je retrouvais le souvenir d'une petite fiancée bretonne , " Maloute ", jolie princesse blonde au bras de son preux chevalier qui arborait lui-même une magnifique barboteuse , non loin de l'antique forêt de Brocéliande ! Il subsiste encore , d'ailleurs , de vieilles photos nous représentant auprès de nos montures , deux vélos d'enfants .

Grâce à elles , ressuscitaient aussi par miracle toutes les images de mon passé : les folles aventures dans la lande lorsque je suivais les équipées de ma soeur Marie-Annick , véritable chef de bande et garçon manqué m'entraînant toujours de gré ou de force à l'y suivre , sans parler de ma nostalgie des noëls d'autrefois ...

L'Îlot Haut , Bellevue , il arrivait que ces noms résonnent dans ma tête : le Camp de Coëtquidan , son hôpital militaire peint d'une grande croix teintée de sang ( celui des Templiers ? ) que j'avais toujours sous les yeux .

C'était un petit soldat de plomb sur une étagère , majestueux cavalier St-Cyrien coiffé de son shako , avec un casoar de plumes rouges-blanches , qui suffisait à faire briller dans ma nuit les couleurs magiques du lieu béni de mon enfance ! 

8 - Inspiré par cette musique envoûtante , j' étais donc , cette année-là , revenu en Bretagne pour les vacances , désireux de renouer avec mes racines , rêvant de trouver un pays aussi libre et mystérieux que celui évoqué dans le disque , et d'y ressentir , surtout , cette connexion profonde avec lui , en visitant les lieux chantés par Gwenvael .
Cependant , à mon arrivée , la réalité se révéla très décevante . La terre de ma prime jeunesse avait beaucoup changé , de même que les petites villes , devenues trop touristiques , les plages autrefois désertes paraissaient bondées , l'esprit d'indépendance semblant s'y être aussi dissipé dans le confort moderne . Je visitais bien quelques sites historiques de cette forêt d'enchantement dont le nom dont on l'affublait me paraissait maintenant ridicule , faisant même une escale dans un bar où vraiment l'on n'avait aucune idée de l'existence d'un chanteur du cru , ignorant jusqu'à son son patronyme , et qui diffusait seulement les tubes franchouillards classiques des années soixante ! Quant aux falaises sauvages de l'Armor , j' eus peine à y retrouver cette magie puissante que l'artiste avait , malgré tout , tenté d'insuffler par sa musique .

Malgré cette déception , quelque chose avait changé en moi . J'avais compris l'importance de mon identité , que ma patrie véritable n'était pas seulement un lieu géographique , mais une partie de moi-même , un sentiment fortement ancré dans mon cœur et que l'artiste avait su ranimer . Même si la réalité ne correspondait pas au rêve , l'esprit celte vivait en moi , vibrant à chaque note de musique , à chaque légende racontée .

De retour à Nice , je continuais ma quête , mais avec une nouvelle perspective , celle de me battre pour défendre la conception que j'avais gardé , par instinct , de l'histoire , qui n'était pas celle d'une république jacobine où l'on ne voulait voir qu'une seule tête . J'appris à lutter pour la différence , un pied en Bretagne et l'autre dans les étoiles , cherchant une nouvelle manière de concilier en moi ces deux univers , devenant comme un ambassadeur de la culture bretonne sous le soleil de
la Méditerranée , m'inscrivant aux cours par correspondance pour apprendre la langue de nos ancêtres ! C'est ainsi , pensais-je souvent , que les racines peuvent transcender les distances et les déceptions !

             


 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Préface / Dédicace - Balade PrintanièreIV - Une Clarté sous la Lune - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

 

Notes :

7 - Citation de Charlélie Couture , chanteur , peintre , photographe et romancier né à Nancy le 26 février 1956 .

   - Naufrage du " Titanic " dans l'Atlantique nord ( nuit du 14 au 15 avril 1912 ) .

   - Le golfe du Morbihan ( Mor Bihan Gwened ) est une mer intérieure d'une longueur est-ouest de 20kms parsemée de nombreuses îles et îlots . " Mor bihan " signifie " petite mer " en langue bretonne .

8 - Le camp militaire de Coëtquidan  ( Kamp Koetkidan ) , proche de la ville de Guer ( Gwern-Porc 'hoed ) , s'étend sur six communes bretonnes dans le nord-est du département du Morbihan .

- " Il Automne " , chanson de Barbara sur son album " live " à l'Olympia - Copyright 1978 Barbara / Philips - Tous droits réservés .  

10 - " Images d 'Alain-Fournier " ( 1938 ) , par Isabelle Rivière ( 1889 -1971 ) , soeur de l'écrivain .

11 - Ancien nom de l'avenue Jean Médecinprincipale avenue commerçante de Nice partant de la place Masséna , qui abrite d'immenses centres commerciaux et des boutiques de célèbres créateurs .

12 Promenades en Bretagne " ( 1969 ) , par Henri Queffélec .

13 - Alexandre le Grand (  fils de Philippe II , élève d'Aristote et roi de Macédoine à partir de , il devient l'un des plus grands conquérants de l'histoire en prenant possession de l'immense Empire perse et en s'avançant jusqu'aux rives de l'Indus .

14 - Phrase gravée sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes .

 

15 - " Bretagne  " , par Dan Ar Wern , in " Le Chemin Perdu " , 1992 - Tous droits

réservés - copyright 2017 Dan Ar Wern / OmniScriptum GMBH & Co - Editions " Muse " - Alle rechte vorbehalten .

 

16 - " Les Travailleurs de la Mer " ( 1866 ) , Victor Hugo .                     

 

17 - " Le Voyageur au-dessus de la Mer de Nuages " ( Der Wanderer über dem Nebelmeer , 1818 ) , tableau de Caspar David Friedrich ( 1774 - 1840 ) , peintre romantique allemand .

 

18 - Mont Tombe ( ou Mont-Saint-Michel ) , îlot de Tombelaine .

 

19 - " Mémoires d'Outre-Tombe " ( 1809 - 1841 ) ,  Chateaubriand .

              

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Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - III - Traversée .

25 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - III - Traversée .

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

Feuilles d'Automne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Traversée

         

         

 

 

" Comme de longs échos qui de loin se confondent

  Dans une ténébreuse et profonde unité ,

  Vaste comme la nuit et comme la clarté ,

  Les parfums , les couleurs et les sons se répondent  ... "

Charles Baudelaire - " Les Fleurs du Mal "

( 1861 )

Spleen et Idéal , IV - Correspondances .

 

 

 

    

 

 

 

    3 - Longue réflexion sur le sens d'une possible redéfinition de l'existence quand on s'est enfin débarrassé de sa première partie ayant échoué . 

A l'inverse de Rimbaud , par exemple , qui , avant de mourir , se serait demandé pourquoi il avait été la réincarnation passagère d'un poète quêteur du pays des Âmes l'obsédant particulièrement , d'où la difficulté , pour lui , de savoir ce qui , en fin de compte , avait été , dans sa vie , le plus important : mélanger les couleurs , chercher d'autres cieux ? Comme s'il lui était arrivé d'évoquer , à l'intérieur de trois cercles , peut-être , en référence aux Triades Celtiques , ses souvenirs d'enfance , prétexte à une introspection , le dernier traitant d'un long voyage dans l'espace où le héros endormi verrait , dans un songe , défiler ses souvenirs de la Terre , fragments plus ou moins significatifs d'une traversée . Ressentirait-il en lui cette envie d'en changer la donne afin de naître à nouveau ?

L'aventure , ce jour-là , serait essentiellement psychologique , intérieure , car l'âme qui demeure en nous , vivante , nous ouvre , grâce à l'Amour , toutes les portes du royaume de Dieu . Partir très loin , vers le plus profond de soi-même . Aimer , chercher dans son coeur l'illumination de l'Eternel !

 

    4 - " Ô Nuit ! Qu 'as-tu sous ton manteau qui monte en moi , invisible et puissant , et me pénètre l'âme ? " ( 4 )

       Je n'eus pas le temps de m'en rendre compte . En un éclair , pendant qu'un épouvantable orage déchirait le ciel , à une vitesse vertigineuse , la mort s'enfonçait dans la peau fragile de mon corps ! 

Questionnant d'un air éperdu , l'eau grise de ma conscience , j'observais le faisceau d'une lueur balayant d'ombre et de lumière ma blessure mortelle , tandis qu'au bout d'un long tunnel noir se perdait , au clair des lunes lointaines , l'évanescente trace de tous les bateaux du golfe , posés là comme des jouets ridicules sur la mer morbihannaise couleur d'acier , lisse comme du méthane , crépusculaire , et qu'au fond de mon coeur ensanglanté , me parlaient encore , fugitives , les dernières voix d'un univers disparu !  

       Qu'était-il arrivé ? N'était-ce pas là , face à la multiplicité des ondes , ce que l'on croit voir lorsqu'on regarde derrière soi sa vie passée ? L'unité de la pensée , alors que le sombre éclat de l'espace nocturne vous imprègne peu à peu et qu'il semble que ce qu'on oublie trop vite est irrémédiablement absorbé par l'imprévisible orchestration musicale d'une sourde mais envoûtante symphonie océane ? 

      Alors , toute ma vie se mit à défiler comme les scènes d'un mauvais film , aussi aléatoire et ridicule qu'une petite goutte d'eau perdue au sommet d'une immense " nouvelle vague " s'éclaire soudain , dans son effroyable déferlement , sur l'écran noir d'une salle vide !

      Et puis , dans cette obscurité , des zones d'ombre iodée , illustrant mes plus intimes frustrations , commencèrent à miroiter légèrement à la surface en gerbes d'écume frissonnantes tandis que , plus tard , des vents frénétiques , témoins d'une rage inhibée , abyssale , surgie des profondeurs de mon inconscient , se déchaînèrent sur elles depuis l'horizon , faisant trembler , tout autour , les éléments d'un décor figé de carton pâte , et soudain , juste au-dessus de lui , " La tempête fit rage , striant les nues d'éclairs sauvages , puis secouant avec force les flancs du navire de ses trombes d'eaux ruisselantes , colossales , que les vents du large balançaient ensuite avec mépris contre les hublots de fer ! " ( 5 )  

Le rêveur que j'étais , pourtant , qui , au début , pensait être  confortablement installé sur un fauteuil de cinéma , comprit que c'était le ciel tout entier qui voudrait , bientôt , derrière la caméra , m'envoyer au-delà de son immense toile de projection dans l'espace , à la recherche du mystère de la Création . De plus en plus vite , il me sembla traverser des rives oubliées , des visages même que j'avais ignorés ou supposé appartenir à un passé lointain , tandis que d'autres plus actuels d'amours " impossibles " que j'estimais à jamais perdus dans ma douleur au plus profond de mon être où , jugé souvent trop naïf , je les dissimulais avec gêne sur ma ridicule " carte du tendre " , tentant chaque fois de survivre à leur cruelle indifférence par le souvenir d'une odeur parfumée ou d'un " flash " les révélant brutalement , m'accueillaient maintenant d'un sourire chaleureux , plein de regrets , d'infinie compréhension !

     Désormais , plus l'embarcation s'engageait loin du miroir des eaux de la Terre , sa conque de nacre lentement absorbée par les mélodies les plus subtiles des mondes célestes , plus s'opérait aussi la métamorphose du navigateur vers l'expression la plus ineffable de ses qualités essentielles , de son " moi " véritable , davantage visible depuis l'intérieur , comme si émergeait tout à coup de façon manifeste aux yeux de tous la partie immergée d'un iceberg longtemps dissimulé avec le plus grand soin .

    C'est ainsi que je pus pressentir ou percevoir avant même d'arriver à destination , captivé , plus je progressais vers lui , par sa force indescriptible , cet Oeil énorme tout grand ouvert dans les ténèbres , qui me regardait dans l'ombre fixement ! ( 6 )

- C'est donc là que , maintenantje vais vivre , me dis-je avant de m'éveiller de ce voyage onirique ?

     

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Prologue - Feuilles d'AutomneIII - Traversée - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

 

4 - " Hymnes à la Nuit " ( Hymnen an die Nacht , 1800 ) , I , de Novalis ( 1772 -

1801 ) , philosophe et poète romantique allemand .

5 Le Livre de Virginia ( Cycle de l 'Etoile VI ) , III , 12 - Voyage dans le Passé - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

6 - Victor Hugo - " La Légende des Siècles " , première série ( 1859 ) , II - La Conscience .

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Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - II - Dernier Voyage .

23 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Alfred Guillou - Jeune Paysanne ( 1892 )

Alfred Guillou - Jeune Paysanne ( 1892 )

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

Feuilles d'Automne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - Dernier Voyage 

         

         

" Viens-tu d'un continent perdu

  Où tout chemin possède un coeur ,

  Viens-tu d'un monde légendaire ,

  As-tu découvert l'éternel

  Au paradis cybernétique ? " 

 

 

Maurice Cocagnac - " Rencontre d'un Drôle de Type " , chanson de Graeme Allwright dans son album " Des Inédits pour le Plaisir ... " - Texte de Maurice Cocagnac ( 1924 - 2006 ) - Copyright Graeme Allwright / Musikela France 2008 - Tous droits réservés .

 

 

Tel un navire qui parcourt l'onde agitée ... "

Sagesse de Salomon , V , 10 .  

 

 

    

 

 

 

    2 - Besoin de tout quitter , peut-être , son passé , sa famille , ses enfants disparus dans mille et une nuits de rêve qui vous font revoir ce bref passage d'une existence réduite à un point de poussière , là-bas , vers l'infini . Qu'en reste-t-il ? Ne sommes-nous pas nés pour mourir un jour ?

" ... Comme au tout début , vois-tu ? " , me dit mon Ange avant de repartir . Comme en 1788 ... Mais ici , rajouta-t-il d'un air triomphant , ta Bretagne a gardé son indépendance !

Un grand soleil couleur de feu avait soudain surgi tel un phare au beau milieu des étoiles du crépuscule , tandis que , pointé vers moi , défunt poursuivant son approche à grande vitesse vers l'immense noeud stellaire permettant aux âmes d'accéder à de multiples autres parcours multidimensionnels , passage obligatoire , se dressait une gigantesque Porte où ni le temps , ni l'espace n'existaient plus , la constellation de l'Oeil , comme on la nommait , ressemblant plus à un regard sans fond , miroir insondable d'un énorme globe oculaire où toutes les vies , petites gouttes lumineuses , venaient naître et revivre ensuite dans un incessant ballet d'âmes provenant de toutes les directions de l'univers !

Pareillement , sur le mur du vieil hôpital de Brocéliande où j' avais vu le jour , une croix rouge était tracée , me rappelais-je en voyant cette photo antédiluvienne qui , dans ma tête , faisait résonner la comptine dont j'ai  parlé , que ma maman m'avait chantonnée jadis d'une voix plus douce que le monotone friselis des vagues berçant la mer apaisée du cosmos , de tout son amour et de sa tendresse de jeune paysanne bretonne , et qui évoquait , sans doute aussi , pour elle , cette époque si difficile de sa propre enfance !    

Maintenant , c'était un dernier voyage pour tous les rescapés qui , comme moi , passée la soixantaine , devaient quitter la scène en tirant à leur tour une ultime révérence à cette Terre minuscule où , pour quelques irréductibles héritiers d'un longue lignée destructrice affrontant la guerre et la famine , vivre n'était plus qu'un luxe permettant seulement de survivre ! Mais combien de conflits récurrents jamais résolus , de révolutions , leur faudrait-il encore ? , me demandai-je .

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - I - Naissance .

19 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Sidney Harold Meteyard ( 1868 – 1947 ) - Hope Comforting Love in Bondage / Espérance Réconfortant l'Amour dans la Servitude  ( 1901 )

Sidney Harold Meteyard ( 1868 – 1947 ) - Hope Comforting Love in Bondage / Espérance Réconfortant l'Amour dans la Servitude ( 1901 )

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l 'auréole d 'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

Feuilles d'Automne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - Naissance

         

         

 

 

    

 

 

 

    1 - Ne sommes-nous pas nés pour mourir ? Ma vie , telle une autre , avait commencé au berceau d'un hôpital , dans une certaine innocence , au regard bienveillant d'une infirmière , puis , passé l'insouciance des jeux d'enfant , l'apprentissage enthousiaste de la jeunesse , j'avais poursuivi mon voyage sur ce chemin que mes parents m'avaient auparavant montré , comme eux l'avaient appris des leurs , dans un paysage dont il ne resterait , un jour , presque plus rien que quelques traces de cendres vite dispersées aux quatre vents de l'histoire , photos-souvenirs d'une vieille chanson disparue que ma chère maman me chantonnait parfois d'une voix douce pour m'endormir , me parlant de ce " petit Jésus qui allait à l'école en portant Sa croix sur ses deux épaules ... " ( 1 )  

          Mille et une nuits vous font ainsi revivre ce bref passage d'une existence réduite à un point de poussière , là-bas , vers l'infini . Qu'en reste-t-il ? Sinon le monotone friselis de vagues berçant le feuillage des grands arbres , comme un besoin de tout quitter , peut-être un jour , son passé , sa famille et ses enfants qui ont grandi ... Combien de guerres , de famines , de conflits récurrents jamais résolus , de révolutions , de plus ou moins tragiques destinées ? 

- Mon cher ami , me dit en rêve un Chérubin n'entends-tu pas ce vent du soir chassant au-dessus du lac les nuagesNe vois-tu pas l 'errance de leur vie éphémère s 'achever douloureusement sur le toit du Temple des Abîmes , tandis qu 'un dernier rayon de l'étoile flamboyante se joue , triomphal , de la masse sombre du ténébreux sanctuaire par un éclat sur l 'eau de leurs guenilles ridicules , de leurs visages moqueurs , tout biscornus

" Les nuages , les merveilleux nuages ... " ? ( 2 )

          Bien plus tard , dans ce jardin de roses frémissant de la fraîcheur de l'enfance , je le reconnus qui hantait le parc d'un monastère !

          C'était là qu'en sortant de l'école , sous l'oeil attentif de ma grand-mère , j'avais couru après cette nouvelle " madeleine " de Proust au goût si différent de la forêt légendaire de mon tout jeune âge , autre pays de merveilles dominant , tout en-bas , la cité industrieuse d'hommes-fourmis , devenant ainsi l'enfant du Soleil qui doit s'en aller toujours plus loin , ne sachant pas très bien ce qu'il y avait en lui qui , toujours , le poussait en avant ! 

- Mais pourquoi vouloir partir ? , me murmura-t-il encore de sa voix céleste afin de me consoler , peut-être . Pour quitter ce qui te couvre de mon ombre ? Tu sais , chaque jour a une aube , un crépuscule ... Peut-être t 'aurait-il fallu apprendre à trouver d 'abord mon désert de solitude , cet écho d 'une rivière des larmes de ma nuit , ce chapelet de gouttelettes fines tombant du flanc de la colline sur cette vallée du bout du monde

- Mais ça me brûle comme feu de l'enfer ! " , me mis-je à gémir en grimpant plus haut , sur la dernière branche d'un tremble , jusqu' au bout de mes forces ! Le bonheur est-il là ? Dans la sespérance

Ici , au moins dans la naïveté de mes rêves , pensais-je , souriant au Messager , ma Bretagne a ​​​​gardé son libre arbitre !

-Toi et moi , me suggéra l'Ange , avec deux formes et deux visages mais une seule âmenous resterons unis , par l'extase des mots , dans le silence ... ( 3 ) 

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Prologue - Feuilles d'AutomneI - Naissance - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

 

1 - Chanson populaire .

 

2Petits Poèmes en prose ou le Spleen de Paris " ( 1869 ) - I - L'Etranger , par Charles Baudelaire ( 1821 - 1867 ) , poète français .

 

3 - D'après " Toi et Moi " , oeuvre du poète mystique persan Djalâl ad-Rûmi ( 1207 - 1273 ) .

 

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POLLEN - Mor / Mer ( 71 / 80 ) .

17 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #POLLEN

POLLEN - Mor / Mer ( 71 / 80 ) .

POLLEN

( MorMer )

 

 

 

 

Dans l'ombre , autour de nous , tombaient des flots foncés .
Vers les lointains d'opale et d'
or , sur l'Atlantique ,
L'outre-mer épandait sa lumière mystique ;
Les algues parfumaient les espaces glacés ... 

 

Villiers de l'Isle-Adam - " Contes Cruels " -
Conte d'Amour , IV , " Au Bord de la Mer "

 

 

 

 

 

71En songeant à l'immensité de l'espace des yeux bleus grands ouverts de sa bien-aimée disparue , l'homme se rappela ce long chemin de son enfance en Bretagne , balayé par le vent du large , qui ne menait nulle-part lorsqu'il partait à travers champs vers la falaise . Il se demanda en sanglotant s'il était possible d'y survivre , comme si , en franchissant le seuil de cet au-delà inespéré du mal , on arrivait  à se débarrasser enfin du vieil uniforme de ses illusions perdues ... L'espace d'un instant , perdu dans ses rêves , le vieillard se demanda ce qu'il espérait vivre à nouveau de réel au-dessous des flots de granit sombre , des montagnes d'encre du ciel où peut-être un ridicule albatros évoluait encore , façon Baudelaire , narguant sa solitude majestueuse à lui , le loup de mer , l'aigle aux serres cruelles voguant sur un désert de moutons d'écume faisant planer leur ombre tragique sur d'ineffaçables traces de ses crimes inexpiables ! Qui était-il à côté de lui , sinon ? ... Nemo ... Nous n'offrons donc rien , se dit-

il , à la douleur des autres qu'un peu de notre indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ?  ( 7 )       

 Dan Ar Wern - Le Trésor de Sainte-Gemme - III , 19 - Nemo .

 

72 - " Je pense que la mer nous déshumanise , qu'elle ne souffre en nous rien de l'animalité terrestre . Dans la tempête , il me semble que je sois moi-même devenue une vague écumante ! Le bonheur n'est pas donné aux écueils . Fatalement , la lumière se brise contre les écueils ... "

Constantin Christomanos ( 1867 - 1911 ) - Impératrice d'Autriche , Pages de Journal ( 1898 ) . 

 

73 -   Peu à peu s'étaient dissipées les guenilles cotonneuses de la brume ayant  longtemps plongé les eaux du port dans la torpeur ... Et chaque chose mise en éveil se manifestait maintenant de manière plus précise , comme si  elle avait tenu à narguer l'univers de sa fragile existence !
Chaque être aussi ...
           Sur le gaillard d'avant d'une frégate , venait majestueusement de se poser un albatros .
Un moussaillon sortit sa tête éberluée d'une lucarne , arborant un gilet de laine à rayures sous les boucles capricieuses d'une chevelure hirsute s'échappant d'un bonnet rouge à pompon blanc . 
           Partout , l'agitation du port de commerce avait repris . Des matelots pressés se faufilaient parmi filins et cordages , portant sur leurs épaules des caisses de bois cloutées de cuivre .
Des tas de sable et de charbon , des montagnes de barriques se dressaient au long du quai , masquant à demi les nombreux navires à l'amarre , coiffés de leurs cheminées plus hautes que des maisons .
           Des nuées d'oiseaux multicolores prirent leur envol au milieu des grues et des docks , mouettes et goélands poussant des cris sauvages par-dessus les toits bigarrés d'entrepôts jusque sur les haubans et voilures
D'autres bruits s'ajoutèrent , tintements d'une

cloche , grincements de chaînes ... Dans l'air , on sentit des odeurs d'huile , de goudron , de vase de mer ou de fumée ... Dans le ciel redevenu clair , on put contempler le féérique spectacle de sphères

bleutées , rouge sombre , tableau dont la  saisissante vision rappela brusquement au promeneur qu'il n'était plus chez lui , mais confronté à une terrible aventure , la plus incroyable de mémoire d'homme !
           Enfin , l'embrasement du crépuscule offrit au jour un dernier répit , tandis que l'astre flamboyant , d'une taille gigantesque , plongeait dans l'écume éblouissante ! 

 

Dan Ar Wern - Auberive - XIII - La Porte Océane , 11 / 12 .

 

74 - " La mer trempe l'homme ; le soldat n'est que de fer , le marin est d'acier . Regardez-les sur le port , ces matelots , martyrs tranquilles , triomphateurs silencieux , mâles figures ayant dans le regard cette religion qui sort du gouffre ! "

Victor Hugo - Les Travailleurs de la Mer

( 1866 ) , II , 3 , III - La Mer et le Vent .

 

75 " Je savais que mes amies ( les jeunes filles en fleur ) étaient sur la digue , mais je ne les voyais pas tandis qu'arrivaient jusqu'à mon belvédère l'appel des marchands de journaux , des baigneurs et des enfants qui jouaient , ponctuant à la façon des cris des oiseaux de mer le bruit du flot qui doucement se brisait , je devinaient leur présence , j'entendais leur rire enveloppé comme celui des Néréides dans le doux déferlement qui montait jusqu'à mes oreilles ... " ( 8 )

 

     

Marcel Proust - A L'Ombre des Jeunes Filles en Fleurs

( 1919 ) , II - Noms de Pays : le Pays.

 

 

76La chaloupe dérivait maintenant vers le large d'un paysage indescriptible où il avait cru sentir un moment la chaleur d'une lumière blanche envahir son âme d'une paix , d'un silence inexprimables ...

Mais c'était avant les lueurs étranges de cette parole aux multiples couleurs grises , métalliques , plantant de toutes parts les lames acérées de ses milliers de vaguelettes contre la frêle embarcation ...

" Pourquoi me persécutes-tu ? ,  lui murmurait le sombre océan tandis que le phare , grossissant à vue d'oeil au pied de noires falaises , tachait de sang sa surface menaçante !

                       

Dan Ar Wern - Le Livre de Virginia - I , 1 - Traversée .

 

77 - " ... L'horizon , en quelques minutes , avait pourri et le ciel sur l'île se plombait comme une fumée pleine de débris volants . Des chevaux couraient et hennissaient . Des moutons levaient la

tête Un énorme rouleau crevait sur la pointe de Porz Mean . Peut-être qu'une tempête se

levait Pelletée de vague par pelletée de vagues , la mer exhaussait ses talus tumultueux . Les yeux savaient déjà qu'il n'y avait pas d'étoiles dans le

ciel ; et l'âme connaissait dans son ampleur l'emprisonnement de l'île par les eaux . Jaillis du fond de toutes les nuits marines , les vents se dressèrent et hurlèrent . L'îlien écoutait les heurts , les poussées , les coups de hache , les gémissementsles appels , les insultes , les jurons se multiplier sur le champ de bataille et , au-dessus des voix , crier une voix plus profonde qui s'adressait à lui et lui enjoignait de sortir . Sur la vitre fusa un claquement d'ailes : la mouette aveugle venait le chercher . "

 

Henri Queffélec - Un Homme d'Ouessant

( 1952 ) , I , 6 et II , 6 et 7 .

 

78Le " Tierra Del Fuego " avait sans doute suivi une route trop périlleuse  : ils n'eurent pas le temps de comprendre ce qui se passait . Le silence grisâtre de l'horreur s'installa d'abord pesamment dans une chaleur lourde , suffocante ... On observa d'étranges lueurs déchirer le ciel couleur cendre tandis que quelque chose d'obscur se dressait peu à peu comme une muraille d'ombre à l'horizon menaçant !    Bientôt , la tempête australe fit rage , striant les nues d'éclairs sauvages puis secouant avec force les flancs du navire de ses trombes d'eaux ruisselantes , colossales , que les vents du large balançaient ensuite avec mépris contre les hublots de fer ! Montée au bord d'un gouffre sans sa voilure abattue , la goélette avait senti sous sa coque le vertige issu des profondeurs bouillonnantes l'aspirer dans un maelstrom infernal ! Hans crut alors tomber à toute vitesse dans une espèce de puits sans fond , spirale tourbillonnante à l'image d'un immense phare inversé dont il se mit à descendre les dalles de pierre usées par le temps ! 

                             

Dan Ar Wern - Le Livre de Virginia - III , 12 - Voyage dans le Passé .

 

79 - " Nous restions en dedans de ce cap d'écueils qu'on nomme les Saisies de Larmor et qui ferment la rade du côté du sud-ouest . Le  bateau ne sentait pas encore le courant . Sur nos têtes , le ciel était splendide , mais le vent d'aval fraichissait de plus en plus et produisait une véritable tourmente en contrariant le reflux . Malgré le grand clair de lune , la mer semblait sombre au loin , à cause des ombres profondes , portées par les

lames . "

Paul Féval - Le Poisson D'Or ( 1863 ) , V .

 

80 - En ce soir crépusculaire ,  Il marchait , solitaire , sur le flanc d'une colline , repensant encore à l'homme qui avait donné toute sa vie pour sauver l'âme d'un peuple qui , lui , n'en avait rien à faire , préférant la vendre , coup de lance planté dans son coeur , au premier venu lui promettant monts et merveilles . Combien de temps faudrait-il attendre , alors , pensa-t-il , observant un cygne noir frappant de son regard les eaux sombres de la mer , comme une ombre attirée soudain par l'éclat du couchant ? 

 

Dan Ar Wern - Crépuscule D'Auberive - II , 1 - Solitude .

                               

 

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DAN AR WERN - POLLEN  ( 71 / 80 ) - Mor / Mer - Tous droits réservés - " POLLEN " ,

copyright 2023 .     

 

 

                       

 

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Notes :

 

- "Les Fleurs du Mal " , I , 2 - "'Albatros "

( 1859 ) de Charles Baudelaire ( 1821 - 1867 ) .

        Nemo ( Langue latine ) = Personne , célèbre capitaine du roman de Jules Verne : " Vingt Mille Lieues sous les Mers " ( 1869 - 1870 ) .

 

8 - Conclusion du troisième volume de " A L'Ombre des Jeunes Filles en Fleurs " ( Seconde partieNoms de Pays : Le Pays ) , deuxième tome

( 1919 ) de " A la Recherche du Temps Perdu " de Marcel Proust ( 1871-1922 ) .

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