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UN COEUR SOLITAIRE - V - Banqueroute .

17 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

La Ghirlandata ( 1871-1874 ) par Dante Gabriel Rossetti .

La Ghirlandata ( 1871-1874 ) par Dante Gabriel Rossetti .

 

 

 

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

V - Banqueroute

 

 

 

 

 

 

 

" Une âme qui en fait une autre , un corps qui nourrit un autre corps en lui de sa substance ... "

 

Le Soulier de Satin " ( 1929 ) , pièce de Paul Claudel

( 1868 - 1955 ) , Troisième Journée , Scène I .

 

 

 

 

     11 - La librairie que les parisiens et les touristes prenaient plaisir à visiter sous les arcanes majestueuses du Palais-Royal , et qui avait jadis abrité l'univers merveilleux de Lilian , véritable sanctuaire où celui-ci avait non seulement consacré toute sa vie à la reliure d'art , mais aussi à la restauration de livres anciens et précieux , cette petite boutique sans prétention , mais que l'on croyait éternelle , avait , depuis peu , définitivement fermé ses portes ! Financé par un groupe d'outre-Rhin qui , ayant ses entrées dans les commissions de Bruxelles , pouvait ainsi lui obtenir des dégrèvements illégaux , le propriétaire , qui avait exagérément puisé dans les fonds de sa société , avait été poursuivi ensuite pour abus de biens sociaux et manipulations financières , tout ceci n'étant , après tout , que la partie immergée d'un iceberg dissimulant des activités bien plus secrètes concernant la toile est-allemande qu'une puissance étrangère avait tissée à travers toute l'Europe ! Notre ami , qui par la suite s'était demandé si son voyage à Merzig avait été vraiment le fruit du hasard le plus pur , eut tout le temps d'y réfléchir dans sa cellule de la prison de la Santé , puisque c'est là qu'il fut incarcéré comme complice malgré l'action des avocats de la défense et ses plus vives et sincères protestations ! Le bel ouvrage que lui avait offert Liesel sur les légendes sarroises du 19è siècle en caractères gothiques , prétendirent les juges , contenait d'ailleurs des documents microfilmés de la plus haute importance !

 

12 - Pourtant , l'histoire du pauvre homme ne s'arrêta pas là . Déterminé à ne pas laisser l'héritage de son art disparaître , il décida , malgré tout , de poursuivre son travail chez lui . Transformant en atelier son modeste appartement de banlieue , Lilian poursuivit longtemps son travail d'écrivain , continuant à militer pour sa réhabilitation , mais aussi à relier des livres pour ses clients les plus fidèles . Cette passion pour son métier ne pouvait être éteinte par les épreuves , et même sans fonds de commerce , il trouva ainsi , malgré sa profonde amertume , une manière de maintenir son amour des livres , le seul qui lui restait , vivant . Mais si les clients venaient toujours d'aussi loin pour lui confier leurs précieux volumes , parce qu'ils appréciaient , disaient-ils , bien plus que son savoir-faire exceptionnel , sa grande expertise et son dévouement , lui restait maintenant sur la défensive , repensant , le soir , au mauvais accueil des habitants du village où , sur le monument aux morts , figuraient nombre de citoyens qui avaient été tués par les troupes de Louis XIV et de Napoléon !

  Tandis que , sous ses doigts habiles , renaissait d'incomparables chefs d'oeuvre grâce à la magie de la reliure transformant des pages usées en trésors de nouveau éclatants , l'artiste repensait sans cesse à la banqueroute de sa propre vie , se posant toujours les mêmes questions sur la nature de l'amour lorsqu'il avait découvert , fouillant dans un tiroir , la photo du père de sa fiancée en costume des jeunesses hitlériennes !

 

13 - Mais pire encore , ce fut lorsque Il s'était laissé aller tout doucement , près d'elle , vers ce rêve impossible de vouloir embellir sa triste

vie . Comment saisir le mystère de sa beauté , se demandait-il en lui-même , un peu plus

tard , tandis qu'elle lui parlait ? N'était-il pas , en effet , retombé soudain sous le charme de cette fille ,  une belle blonde qu'il trouvait si attirante , jadis ? Ne se retrouvait-il pas complètement ensorcelé par ses mêmes éclats de rire , fasciné par le son de sa voix 

si particulière , légèrement " exotique ", plaisante , comme lorsqu'elle s'était assise un soir d'hiver tout près de l'âtre , à côté de lui , jeune femme agile aux longues jambes effilées , voulant le questionner , d'abord , sur un ouvrage qu'il avait souhaité lui offrir , dont la couverture était décorée d'un ravissant ex-libris : le portrait d'une élégante qui , bizarrement , lui ressemblait un peu  , façon Burne-Jones ou Rossetti , avec sa chevelure de

miel , représentée dans le grand salon de l'hôtel Danieli . ( 11 )
           C'était elle , sans doute , pensa-t-il alors , vêtue d'un costume d'avant la " Belle

Epoque  " ! Elle croyait  , d'ailleurs ,  même s'il n'avait pourtant presque jamais rien peint , songea-t-il peu après , sinon de " petites choses  " ,

des " trucs  " sans  valeur qu'il jugeait sans complaisance , qu'il était devenu

professionnel !

          - Dansez-vous toujours , lui avait-elle ensuite demandé sans paraître attendre de réponse , d'un ton qui se voulait rempli d'indifférence à son égard ? Comme pendant cette nuit magique à la Fac ? , feignit-elle de s'enquérir auprès de lui avec une légère effronterie . N'était-ce pas votre anniversaireIl y a si longtemps !

          Ce souvenir , tel un incendie dans un ciel d'azur , fit davantage étinceler le bleu-vert de ses yeux :  les siens , lorsqu'il s'y fixèrent , ne résistèrent pas à leur force éclatante , magnétique !

          - Tu sais , se reprit-elle avec grâce , ayant enfin reconnu la force d'un véritable amour , nous étions jeunes dans ce temps-là .

          Sans réfléchir , elle avait mis sa joue contre le front de son ami . Elle lui tenait fortement le bras . Puis , d'une voix remplie de fièvre , d'émotion :

          - Je n'ai rien oublié de nos chaudes étreintes ... de cette soirée magnifique à la belle étoile , de notre longue promenade à travers le campus assoupi sous la neigeJ'avais même failli tomber , rappelle-toi !

          Un court moment , l'auditeur , les traits durcis , le visage devenu blême , avait fouillé sa mémoire , celle d'un homme n'ayant jamais fabriqué de ces tableaux sans âme ou pastels mornes qui n'ont que l'apparence d'une oeuvre , puisqu'ils n'expriment en rien la recherche d'un artiste qui n'a pas pris cette voie . Puis , suffoqué par la honte , le désespoir , il s'était mis à fondre en larmes , la suppliant de se taire d'un regard silencieux . Douloureusement , la mémoire des faits véritables remontait , comme une épave de sa désespérance , à la surface des flots impassibles . Ne doit-on pas lever l'ancre pour ouvrir la route aux navires

abandonnés ?

          C'est ainsi qu'il s'en alla , le lendemain ,  peut-être parce qu'il n'avait jamais rien compris du balancement des vagues dans les gerbes d'écume , et qu'elle aussi n'avait jamais tenu compte , sous la mer , au plus profond d'elle même , de leurs rendez-vous silencieux !

 

 

 

FIN

 

 

 

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DAN AR WERN - Un Coeur Solitaire - V - Banqueroute  - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Un Coeur Solitaire " , copyright 2024 .

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Notes :

 

11 - Sir Edward Burne-Jones ( 1833 - 1898 ) et Dante Gabriel Rossetti ( 1828 - 1882 ) , Peintres préraphaélites anglais .

     - Le " Danieli " , célèbre hôtel de Venise . 

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UN COEUR SOLITAIRE - IV - Etoile Bleue .

16 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

Liesel ( Franka Potente )

Liesel ( Franka Potente )

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - Etoile Bleue 

 

 

 

 

 

 

 

You opened the door
  And I stepped in
  Not knowing where I'm going
  But I know I'm gonna win
  A new merry go round
  Carnival begin
 ! "

Christine Mc Vie ( 1943 - 2022 ) *

 

 

 

 

       9 - " Ce que nous entendons des grands artistes , parfois , nous laisse rêveurs , pensait-il . Quand ils jouent , c'est aussi beau , peut-être plus , que la musique des sphères , mais lorsque leur amour s'envole avec le nôtre et que nous assistons , comme eux , remplis d'impuissance , au triomphe de la Mort ?

            Constatant que sa montre avait peut-être perdu l'une de ses aiguilles , le libraire voulut alors nouer à nouveau le fil disparu de sa rencontre avec celle qu'il nommait la fille du Rhin .                        Qu'avait-elle bien pu devenir après toutes ces années , cette belle germanique aux allures de Franka Potente ? Gardait-elle un lien , même fragile , avec sa propre histoire , ce chemin de solitude emprunté le jour de son départ ? ( 7 )

           Puis il y eut ce moment de désespoir un peu fou quand le libraire , ayant gardé en mémoire la plaque minéralogique de son copain venu la chercher un soir à " La Cigale " , caressa l'idée de partir à l'aventure pour essayer de la retrouver .

           Le temps , réfléchit-il en observant le cadran de sa pendule , n'a souvent plus de couleur , il ne fait que passer comme une ombre fugitive , entre nuit et jour . Il y a des gens qu'on aime , d'autres qu'on voudrait voir s'éloigner . Qui peut dire , en vérité , où vont nos pas , ce qu'étaient vraiment nos amours , nos vies ? 

           Poursuivant sa lecture , il nourrissait de sombres pensées , sa propre vie lui semblant " solitaire , assez insignifiante , fragile colonne dressée parmi les ruines des années perdues , ne supportant plus rien ... " ( 8 ) 

   

   10 Ce fut une tournée de promotion radiophonique demandée par l'éditeur pour l'un de ses ouvrages qui lui fournit le prétexte de se rendre en Sarre , pittoresque région frontalière franco-allemande où , fatigué par le voyage , il décida de s'arrêter dans un petit hôtel familial proche de Merzig : " Blauer Stern " . Après s'être installé , il descendit au restaurant pour y dîner .
À sa grande surprise , il avait tout de suite reconnu la voix qui lui parlait à l'oreille pour lui proposer le menu . ( 9 )

" C'est vous , n'est-ce pas ? , lui dit-il enfin . Surprise , la femme , l'air de celle qui a vu brusquement surgir un revenant accouru depuis l'au-delà , fronça le sourcil  .

" C'était il y a si longtemps , rappelez-vous ! , poursuivit-il à voix basse ... Vingt ans , peut-être ? Elle n'avait pas prononcé une parole , et , bizarrement , les dernières lignes de la nouvelle qu'il avait commencée à parcourir dans un bar parisien de la galerie Vivienne se mêlèrent encore aux images floues de ce passé révolu . 

           Il y eut ensuite un bref instant de reconnaissance et , pour lui , d'émerveillement

lorsque , lui parlant de Launay-Violette et de la fac de Nantes , le bleu de son regard finit au bout d'un long moment d'hésitation de sa part , par croiser le sien . Puis , elle parut presque ravie de le retrouver ainsi après toutes ces années . ( 10

Des décennies s'étaient écoulées , Lilian ayant publié depuis créé sa boutique et vendu quelques mauvais romans pour vivre . Mais , parce que sa vie sentimentale et professionnelle n'avait été qu'une suite d'échecs et de déceptions , jamais il n'avait oublié ces soirées muettes passées auprès de Liesel , dans l'innocence de leur jeunesse et le silence de ses sourires , de ses gestes , pendant qu'il admirait en secret son corps de déesse wagnérienne sous les lustres du fameux restaurant nantais ! 

          Plus tard , ce fut elle qu'il aperçut encore , à moitié assoupie , une belle écharpe de cachemire tombant sur ses épaules . Quand il eut l'audace de revenir à l'endroit où elle se trouvait assise au bar , se glissant près d'elle pour la retrouver , leurs yeux se croisèrent encore . Le visage blême , elle avait levé la tête , osant même une esquisse de

sourire . Durant la soirée , tous deux parlèrent de leurs histoires , tentant de rattraper un peu le temps perdu . Lilian apprit que Liesel avait fini par s'installer ici , où elle avait ouvert cet hôtel avec son mari , un jeune homme qu'elle avait rencontré jadis du côté de Bayreuth et dont il était jaloux , décédé quelques années auparavant . C'était avec elle , dans son village natal , qu'il avait réussi , lui précisa-t-elle , à réaliser son rêve d'ouvrir un lieu d'accueil au coeur de cette Europe sans guerre pour laquelle , en tant que maire , il s'était toute sa vie battu !
         Allongé sur son lit comme au dehors , dans les lointains d'un rêve crépusculaire étendu sur la campagne bleue-verte , une pâle lueur fit renaître , au petit matin , d'une manière incomparable , un timide , indicible espoir naissant de l'aube nouvelle comme d'une réponse depuis si longtemps guettée par le mystérieux

étranger !                        
         

 

         

          

( A Suivre )

 

 

 

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DAN AR WERN - Un Coeur Solitaire - IV - Etoile Bleue  - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Un Coeur Solitaire " , copyright 2024 .

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Notes :

 

- Franka Potente , actrice allemande née à Münster ( Rhénanie du Nord / Westphalie ) .

 

8 - " The Sojourner " ( Celui Qui Passe ) , nouvelle de Carson Mc Cullers ( 1917 - 1967 ) dans " The Ballad of The Sad Café " ( La Ballade du Café Triste , 1951 ) - All rights Reserved .

 

9 - Blauer Stern = Etoile Bleue . 

 

10 - Résidence universitaire Launay-Violette , à Nantes .

 

       





 

* " Carnival Begin " , chanson de Christine Mc Vie sur l'album " Lindsey Buckingham / Christine Mc Vie " ( 2017 , Atlantic Records )  , tous deux membres du groupe " Fleetwood Mac " - All rights reserved .

  " Tu as ouvert la porte

    Et je suis entré ,

   Ne sachant pas où je vais ,

   Mais je sais que je vais gagner

   Un nouveau tour de manège ,

   Le carnaval commence ! "

 

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UN COEUR SOLITAIRE - III - Doute .

14 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

UN COEUR SOLITAIRE - III - Doute .

 

 

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Doute

 

 

 

 

 

 

 

" Miranda : M 'aimez-vous ?   

Prince Ferdinand : Oui , plus que tout au monde , je vous aime , je vous estime , je vous honore . "

William Shakespeare - " La Tempête " , Acte III , Scène I .

 

 

 

 

       6 - Qui donc pouvait être cette nouvelle Madone ? , s'interrogeait-il au milieu de la nuit , se sentant défaillir , éclatant en sanglots . Qui était celle ayant su si bien lire en ses yeux la blessure démesurée du soleil couchant , cette petite tache rouge comme une aube nouvelle à sa tempe sanguinolente , signe en lui d'une douleur sans fin , souvenir d'une lutte féroce avec ces ombres cruelles qui l'avaient mortellement assailli , et dont il avait cru se défendre par un coup de révolver providentiel ?  

          Peut-être comprendrait-elle qu'il allait bientôt mourir avec ce bandeau posé sur les yeux de son esprit malade , mais tombant enfin dans les bras providentiels de cette pimpante infirmière ? 

          " Qu'aurais-je pu faire d'autre que

m'enfuir ? , se demandait-il parfois , tourmenté par cette rencontre , pendant que son âme prisonnière se voyait obligée de se rappeler , dans un terrible sentiment d'angoisse mêlé de culpabilité , sa petite étoile * abandonnée jadis au loin , restée en fin de compte si peu de temps blottie contre lui parmi les trésors de leur enfance bretonne où il s'était parfois réfugié , comme inexorablement échoué dans le pays de ses rêves , tels ces quelques arbres bordant de leurs sinistres silhouettes décharnées les allées sombres du Palais-Royal , ombres d'un autre vaisseau-fantôme , celui de l'ancienne monarchie ...

          Comment vivre sans elles ? , se torturait-il maintenant , fixant , pour s'endormir , l'horloge ancienne au visage impitoyable comme si elle ne parvenait qu'à lui rappeler le sien , pendule murale dont les aiguilles , " deux caravanes traversant un désert " , sonnaient le glas de sa solitude ... ( 5 ) 

          D'ailleurs , l'avaient-elles jamais aimé ? Le pire tourment , c'est le doute , finit-il par conclure à la fin d'un sommeil agité , se levant pour ,

ensuite , contempler l'oeil indifférent de la Lune tel un songe à la surface de l'onde

frémissante ... Le retour de la clarté se produit-il quand on revient du royaume invisible ? Quand il n'est pas partagé , l'amour peut-il jamais

mourir ? Tant de questions l'agitait dans tous les sens , l'empêchant de dormir au pied de l'âtre silencieux .

          Que de lettres pleines de fièvre avait-il aussi écrite à une adresse figurant sur le site officiel de Clara Stern , la pianiste , son âme remplie d'elle , pleine d'espoir aussi longtemps que sa foi naïve avait pu résister à l'étendue de son

chagrin ! Banale rencontre , certainement , dont il n'avait jamais eu de réponse . Tout ca semblait si loin , désormais ...  Ne s'était-il pas lui-même convaincu que cette histoire était impossible ? D'ailleurs , que pouvait bien signifier , au sens commun , la valeur d'une vraie passion ? Les souvenirs continuaient , de temps à autre , d'attrister son coeur . C'était tout . Fouiller dans le passé ne sert très souvent qu'à faire s'agiter des

fantômes . Découragé , sans force , il était devenu peu à peu insensible , presqu'indifférent . N'avait-il pas fait tout son possible , après tout , pour se débarrasser de son ancienne vie ? Même si le temps d'une balade , quelquefois , devant le spectacle d'amoureux se promenant , main dans la main , sur les quais de Seine , il croyait revivre les temps insouciants de son adolescence des bords de Loire  ... 

          Mais elle avait fui , profitant  , croyait-il , d'un simple prétexte pour mettre un terme définitif à leur éphémère duo . Alors guettait-il , sans

raison , le retour de son hirondelle comme on attend la venue du printemps ! Parfois Dieu calme la tempête , souvent , l'homme la laisse éclater ! 

          - Qui apaisera la mienne ? , implorait-il au matin de ses trente-neuf ans . J'ai beau rêver tel un prince de Shakespeare , mais ne l'aimer que sur scène , sans pouvoir l'approcher ! ( )

           Ces après-midis d'automne , l'orage hurlait sa plainte au coeur des grands arbres , et des nues d'épouvante , roulant à la surface des

toits , l'eau ruisselait de pluie sur les tuiles , pénétrante , comme elle  tombait  , infiniment , sur le bois vermoulu des charpentes : - Des blessures si profondes , gémissait-il , qu'elles ne doivent se murmurer qu'à l'oreille d'un ange , tel un brûlant secret !

     

      7 - Dans ses moments de fatigue ou lorsqu'il travaillait à la conception d'un nouveau livre , il lui arrivait d'oublier cette peine en pensant , sous les vieilles arcades du Palais-Royal , à l'avenir de sa boutique . Assez secret , tout de même , c'était un homme aux gestes lents , méticuleux , dissimulant son activité de bouquiniste derrière un regard sombre et des lunettes noires , qui lui donnaient un drôle d'air de conspirateur , quoique jeune

encore  , la quarantaine , malgré , quelquefois , des airs absents qu'on attribuait à l'emprise de son métier . Mais , dans le quartier , chacun pensait que la seule passion connue de cet homme dont nul ne connaissait la véritable origine , c'était ce travail qui , toute la journée , lui faisait

concevoir , au prix d'une d'une très solide

technique , de belles histoires lui permettant , par leur style ou leur décoration , de donner libre cours à ses talents cachés d'artiste-relieur et de bibliophile . Bref , sa renommée était établie , certes , mais bien trop discrète , et son style paraissant démodé , il était ignoré de la critique parisienne , celle-ci ne s'intéressant guère aux doux rêveurs comme lui ! 

 

       8Il se rappellerait encore longtemps cette nuit de pleine lune et les sensations bizarres qu'il avait éprouvées , resté seul avec le souvenir de cette fille qui l'avait toujours ignoré ! C'est ainsi que cette fièvre particulière l'avait atteint , ces idées de suicide !

            Quelle fantasmagorie ! , se souvint-il , au moment ou lui et Sterenn , la compagne de sa prime jeunesse , avaient pu , il s'en réjouissait maintenant , grâce à une clef qu'elle dissimulait sur elle , entrevoir une cachette où , disait-elle , se trouvait peut-être la fameuse

" Croix de la Grève " en aigue-marine et cristal de roche qui délivre les coeurs prisonniers !

           Mais le soleil avait décliné sur le parc , laissant ses derniers feux brûler le fronton des façades qu'un trio insoucieux de mannequins et photographes bravait encore de leurs sourires enjôleurs , snobant les rares passants pressés témoins de leurs poses d'Arlequins moqueurs ... 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

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Notes :

 

5 - " Les Vagues " ( The Waves , Virginia Woolf , 1931 ) .

6 - " La Tempête " ( The Tempest , 1610 - 1611 ) , l'une des dernières pièces de William Shakespeare .

     

* Etoile = Sterenn en langue bretonne . 

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UN COEUR SOLITAIRE - II - Liesel et Clara .

12 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

UN COEUR SOLITAIRE - II - Liesel et Clara .
UN COEUR SOLITAIRE - II - Liesel et Clara .

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Il se peut que vous soyez mort  et que j'erre encore parmi les vivants ... "

Anna de Noailles - "Exactitudes  "

- Méditation sur la Mort , III , Rupture .

( 1930

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - Liesel et Clara

 

 

 

 

" Pour ceux qui portent Son Feu dans le coeur et Sa Lumière dans les yeux ! "

Pape François

 

 

       4 - Qu'est-ce que l'Amour ? , se demandait Lilian , dissimulant avec peine le douloureux secret de son âme , quand il se mettait à suivre une ombre rêveuse et téméraire portant un masque dans ces ténèbres du crépuscule où il errait vers l'autre incognito , finissant par la rejoindre dans son rêve un peu plus tard quand il ne la cherchait plus , là où celle qu'il avait souhaité depuis longtemps connaître , mais dont il prenait peur , chaque jour , de découvrir l'identité , devenait son double !

            Dans les lointains brumeux d'un miroir

d'eau , il pouvait alors contempler la magnifique jeune fille vêtue d'une robe toute blanche : - Eh bien , mon cher ? , lui disait la belle provoquant le rire de ses compagnes qui telles des tourterelles prenaient leur envol ... Vous ne trouvez pas qu'il est trop tard pour des retrouvailles ? Mais déjà , une autre voix l'appelait à l'entrée majestueuse du Temple : - Entrez donc , il faut soigner vos blessures , vous avez bien trop souffert ! 
            Chaque être a son jumeau , se disait-il pour se consoler , comme l'éclat d'un faux sourire dissimulant la part d'ombre . Et malgré son chagrin , le promeneur s'efforçait d'imaginer qu'ils avaient été " deux  " , pourtant , sur la Terre , un moment réunis par la Providence , mais , comme la foudre d'un éclair jamais ne remplace la vraie lumière du Paradis ,  qu'ils ne pourraient peut-être plus désormais devenir " un seul être " afin de communier à cette indicible patrie de leur idéal ...

 

       5 - Revenu à Nantes , l'écrivain dîna , comme chaque mercredi soir , au restaurant " La Cigale " , un établissement célèbre pour son décor somptueux et son ambiance " Art nouveau " . Puis , vers vingt-deux heures trente , il se rendit au piano-bar voisin , " Le Melocotton " où il avait ses habitudes , lieu intimiste et feutré , jazzy , où régnait une atmosphère unique , propice à la rêverie et à la réflexion . ( 3 )
Là , il se montra plutôt captivé par le jeu de Clara , l'américaine , lorsque les doigts effilées de celle-ci dansaient sur les touches du piano avec une grâce presque surnaturelle , créant des mélodies qui transportaient l'auditoire dans des mondes oniriques . Lilian était fasciné non seulement par la virtuosité de l'artiste , mais aussi par son expression spirituelle , par la manière dont elle semblait communier avec la musique . À chaque performance , et plus il avait bu , plus il sentait qu'elle révélait un fragment de son âme , et cela le touchait profondément .
Cependant , tout en écoutant la musique , il ne pouvait s'empêcher de penser aussi à l'autre personne dont il venait de faire la rencontre , une serveuse aux cambrures félines dont le charme magnétique et le sourire radieux l'avait troublé bien plus que de raison !
C'est ainsi qu'il s'était soudain retrouvé tiraillé entre deux attractions , l'une davantage spirituelle et l'autre plutôt physique , et tandis que l'une faisait naître en lui des sentiments intensément poétiques , lui inspirant déjà des pages entières de prose délicate et émotive , l'autre éveillait en lui des désirs plus terrestres , plus immédiats , lui rappelant l'éphémère beauté de la jeunesse et de l'incarnation !

Le samedi d'après , comme il avait hardiment décidé de retourner plus tôt que prévu à la brasserie afin de croiser le beau regard de celle que ses collègues nommaient Liesel Müller , il fut déçu d'apprendre que , celle-ci ne travaillant pas ce jour-

là , l'impulsion soudaine qui l'avait poussé à l'inviter à prendre un café après son service , n'avait servi à rien .

Toutefois , le mercredi suivant , l'étudiante allemande , d'un petit accent mélodieusement exotique et d'un sourire charmeur , lui déclara que son copain venant la chercher en voiture depuis la banlieue , elle n'avait pas le temps .

Ce soir-là , le poète resta au bar plus longtemps que d'habitude après le concert , proposant un verre à la musicienne qui , souriante , s'approcha de lui et , l'alcool aidant , tous deux commencèrent à discuter .

Qu'êtes-vous venus faire parmi nous ? , finit-il par lui déclarer ,  que sommes-nous venus faire 

ici-bas , dans ce monde misérable , parmi tous ces gens qui ne comprendront jamais rien au mystère de la Beauté dont parlent Baudelaire ou Nerval ?

            Parlant de n'importe quoi et de rien , des mystères de la vie , de la musique ou de la Bretagne , il se mit peu à peu à délirer sur le sens improbable d'une existence aussi difficile à comprendre que le voile clair-obscur d'un destin 

qui , brutalement déchiré , comme un navire par le récif , se mettrait à ressurgir là , en lambeaux , parmi les vagues . 

- Sans doute était-il temps que je m'accroche au dernier débris du navire qui coule ? Et qui peut savoir si tous ses souvenirs vivant encore avec force dans l'intimité de nos coeurs , dont nous prenons conscience , ne peuvent servir de prétexte à cacher notre effroi devant un avenir dont nous avons plus peur encore , nous demandant si ce qu'il y a en

lui , mais aussi tout autour , aura jamais une quelconque signification

Découvrant avec surprise la simplicité de cette femme qu'il trouvait si originale par la profondeur mystique de son timbre , sans doute pleine de rêves d'harmonie et , comme lui , d'élévation mais aussi de tâtonnements esthétiques , dont , à l'égal de son art lui paraissant incomparable , il ressentait l'envoûtante complicité , il fut autant surpris ,

néanmoins , de sa brutale réaction que , par la suite enfin , de sa propre maladresse !

- J 'aurais préféré mambo à lambeaux , monsieur le philosophe ! Et merci de me comparer à un débris ! , rajouta-t-elle de sa voix grave new-yorkaise en lui jetant rageusement son verre de whisky à la figure . ( 4 )

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

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Notes :

 

- " La Cigale " et  " Le Melocotton " , deux établissements nantais proches de la place Graslin .

4 - Mambo = style de danse populaire inventé dans les années 1930 par le musicien et compositeur cubain Arsenio Rodriguez ( 1911 - 1970 ) .

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UN COEUR SOLITAIRE - I - Le Cygne Noir .

11 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #UN COEUR SOLITAIRE

UN COEUR SOLITAIRE - I - Le Cygne Noir .

 

 

 

 

UN COEUR SOLITAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Il se peut que vous soyez mort  et que j'erre encore parmi les vivants ... "

Anna de Noailles - "Exactitudes  "

- Méditation sur la Mort , III , Rupture .

( 1930

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - Le Cygne Noir 

 

 

 

 

" Ce rêve de partage , de complétude , d'une réponse trouvée dans la solitude de la plage n'était donc qu'un reflet dans un miroir ? Le miroir s'était brisé ... " 

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , II , 6 - Le Temps Passe . *

 

 

 

        1 - La pluie avait tambouriné toute la nuit dans sa tête et sur le toit . Le lendemain , la maison , pâle fantôme dans la grisaille , lui sembla aussi vide qu'un navire abandonné . A l'occasion d'une éclaircie , ne voulant voir personne , il partit sur la plage , se contentant d'un cheval pour seul compagnon de tristesse , et , le long de la

côte , du bruit de ses sabots dans les gerbes d'écume . Coeur à marée basse , il s'était revu pourtant , le long de la grève immensément déserte , galoper comme en rêve sur " Perceval ", ce beau pur-sang du temps de sa jeunesse ...

                Mais maintenant ?

" Tout est mouvement , tout est danse ... " , lui avait-elle encore expliqué la veille , le regardant avec peine , au milieu des brouillards de l'alcool , pendant cette soirée d'hier où elle avait réussi à l'entraîner pour fêter la parution de son nouvel opuscule , doutant si ce qu'il venait de vivre et d'entendre , ce qu'il avait écouté d'un air

si étrange , pouvait être vrai , ayant peut-être cherché la vérité de son cher visage au miroir impénétrable des mensonges de sa propre vie ... 

                Mais maintenant ?

Si irrépressible , un besoin soudain de vomir s'empara de lui qui se demandait soudain ce qu'il faisait là , dans ce pays de fête aux gens trop insensibles pour comprendre qu'après quatre siècles , le loup rouge ou l'hirondelle ne pouvaient simplement plus revenir chez eux , même discrètement , telle une ombre jetée sur la lande ... 

" Un Alarc'h , un alarc'h tramor ! , chantaient-ils naïvement .  ( 1

           Mais lui , qui n'était pas comme eux , qu'est-ce qui le séparait de l'oiseau palpitant , cygne ou aigle noir s'élevant désespéré de trouver la chaude intimité d'une âme d'outre-monde ? 

                Parvenu loin de la terre ferme du continent , le vent du large étant contraire , son frêle esquif , battu par les vagues noires couronnées de mousse , n'était plus qu'une petite goutte frémissante au coeur du golfe 

                Là-bas , le sémaphore mystérieux , planté comme un arbre au milieu des vagues , le dévisageait d'un oeil jaune ironique , paraissant douter qu'il se sente plus fort que lui pour découvrir son secret . Sa solitude , sans doute , était grande , songeait-il , autant que la sienne , mais l'Amour est parfois bien plus qu'un rêve , il ressemble à la Mort !   

               Le visiteur arrivant déjà près de la porte des éditions du Phare , n'eut guère , hélas , le temps d'explorer davantage l'escalier tournant grimpant jusqu'à sa mince plateforme !

 

         2 - Parlant un peu tout à l'heure avec Job Le Du , capitaine du bateau , il s'était mis , plus encore , à douter de son identité , " petite goutte frémissante au coeur de l'océan " , face à ce lumineux témoin marchant comme un patriarche au milieu des flots paisibles du jour . 

Homme en quête d'image idéale , n'as-tu pas peur de mes jaillissements d 'écume qui , avec de plus en plus de sel , rougiront sans mesure tes prunelles aveugles de pauvre apprenti-matelot ? , semblait lui murmurer sans cesse la chanson folle du vent de mer s'engouffrant pleine de furie depuis les grandes montagnes abyssales du large dans l'immense cage d'escalier du bâtiment ! Suis plutôt ton âme , elle connaît le chemin ! Pourquoi chercher ailleurs ton double , ô , Roi du mondequ'en ce délire étrange de ma vertigineuse immensitéEntends-tu bien , de mes profondeurs , le chant sacré

              Sterenn , curieuse , observait dans l'éclat d'un morceau de verre , cet homme bizarre qui revenait toujours vers elle comme son fils ou son amant . Ressentir de la tristesse , désormais , devant ce bel ermite qu'elle aimait en secret , lui semblait inutile .Toute vie , après tout , n'était pour elle , que flux et reflux , sève océane s'écoulant depuis l'immuable éternité jusqu'aux vagues mourantes reflétant , là-bas , sur le rivage , le continuum de l'inépuisable énergie d'un peuple , mystère du sang , mystère du sel où , créature éphémère parmi tant d'autres , fragile ondoiement de la pensée collective , inexorable conscience d'un inutile frémissement liquide , elle n'était , parmi eux , sans doute , que l'une d'entre elles ?

             Ne suis-je pas moi-même née de la

mer ? , demandait-elle à son image devenue floue qui , renvoyée par la grande vitre de la bibliothèque , se mettait à disparaître et se dissoudre dans l'instabilité du décor ? Et tous ces livres d'aventure soulevant en nous ces tempêtes surgies des profondeurs les plus abyssales de la conscience impétueuse dGrand Chef d 'Orchestre ne sont-ils pas capables d'aggraver , se disait-elle 

aussi , son imprévisible fantaisie symphonique inassouvie en explorant les gouffres de l'insondable partition venue se perdre dans ce labyrinthe inextricable de nos maladies d'enfance ? 

            Car ne l'avait-elle pas connu à l'école primaire ?

            " Auberive  " ? , l'interrogea-t-elle sur son dernier ouvrage , fixant le faisceau écarlate brûlant ses paupières Plutôt  " Psyché  " , beauté déchue d'un astre du crépuscule , soeur jumelle en train de mourir , la vraie Sterenn , qui avait juste cherché à vouloir vivre à la place , dans le rêve d'une autre ayant le pouvoir de le séduire , illusion de l'amour , un peu comme un coquillage se laisse caresser par le feu scintillant d'une étoile sous-marine avant d'être englouti ...

            Curieuse espèce , constatait-elle

attristée , saisissant celle qui se trouvait dans la vitrine , perpétuellement en recherche d'un contre-jour idéal ou d'une autre définition possible de sa changeante identité . Quant à sa rivale , cette Morgana Kerlann ,  elle n'avait certes pas la couleur grisâtre d'un nuage au milieu des cieux .

Mais qui était-elle vraiment , pâle reflet de l'esprit tourmenté de " son " grand créateur , songeait-elle avec pitié ? 

            Dès lors , l'artiste , à moitié ivre, lui avait répondu , la veille , balbutiant , comme

intimidé , que , de tout son possible , il s'efforcerait , dans cette Apocalypse des âmes ne commençant vraiment que lorsque la journée s'achève , d'écarter ce voile insidieux qui , nuit et jour , s'entremêlait à ses sentiments , ses pensées ,  ses rêves de beauté , voulant empêcher sa vraie nature de répondre à tous ses sens mais , des ténébreux confins de leur monde , au contraire , les encerclait d'octaves d'une profondeur et d'une hauteur tellement mystiques , lui permettant ainsi , avec maestria , lorsqu'il se mettait au travail , d'émerger majestueusement vers l'infini ! ( 2 )

            C'est alors qu'elle avait cru furieusement désirer , prononçant de tels mots , les lèvres sa bouche ! 

         

       3 - Le visiteur finit pourtant par trouver , sur son bureau , un vieil album , ainsi qu'une photo jaunie à l'intérieur , découvrant enfin la vérité sur une époque apparemment disparue de sa mémoire , et qui malgré ses dires , devait être aussi celle de son hôtesse . Car le cliché montrait effectivement une scène de jeu dans une vieille école . On y voyait bien les deux jeunes enfants s'embrasser , l'un vêtu d'un costume breton , l'autre étant une petite fille dont le sourire lumineux rayonnait sur l'assemblée comme après l'un de ces mémorables instants d'extase ! 

            Mais il n'y aurait certainement pas davantage de traces concernant l'origine de ce triomphe éclatant , réfléchit-il avec tristesse . Jamais

            Peut-être était-ce mieux ainsi ?

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

                                                 ___

 

DAN AR WERN - Un Coeur Solitaire - I - Le Cygne Noir - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Un Coeur Solitaire " , copyright 2024 .

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Notes :

 

1 - " Barzaz Breiz " , I , 31 - Le Cygne ou le Retour de Jean le Conquérant :

" Un cygne , un cygne d'outre-mer ... " La Bretagne acclame le retour de son libérateur , le duc Jean IV

( 1339 - 1399 ) .

 

2 - " La Littérature et le Verbe " , conférence de Charles du Bos ( 1882 - 1939 ) , écrivain français , critique littéraire , dans " Qu'Est-ce que la Littérature ? " ( Posth. 1945 ) . 

 

 

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .

 

 

UN COEUR SOLITAIRE - I - Le Cygne Noir .

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Le Porteur de Lumière - VI - Table des Matières

5 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PORTEUR DE LUMIERE

Le Porteur de Lumière - VI - Table des Matières

 

 

LE PORTEUR DE LUMIERE

( Nouvelle Fantastique )

 

 

 

 

 

 

 

VII - Table des Matières

 

 

 

     

 

 

       1 ) Préface / Dédicace :

          Miracle de L'Amour !

     

     

     

       2 ) I - Séduction - II - L'Accident - III - Deux Notes - IV - Lucile - V - L'Oeil De Dieu - VI - Cimetière Marin - VII - Transfiguration - VIII - EPILOGUE : Métamorphose !

     

 

     

      3 ) Postface

            Une Curieuse Naissance !

 

 

      

      4 ) LES TROIS DERNIERS LIVRES 

                Résumé

  I - Jugement D'Anna ( Cycle de L'Etoile 20 ) - II - Nouveau Monde ( Cycle de L'Etoile 21 ) - III - A La Pointe Du Jour ( Cycle de L'Etoile 22 ) .

     

      5 ) Chronologie des Œuvres

( 5 , XXXIII à XXXVI )

          Romans , Poèmes , Nouvelles        

 

     

      6 ) Table des Matières

 

     

     

DAN AR WERN - Le Porteur de Lumière - VI - Table des Matières - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Le Porteur de Lumière " , copyright 2024 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Porteur de Lumière - Préface / Dédicace - Miracle de l'Amour !

3 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PORTEUR DE LUMIERE

Lucile ( Nathalie Portman )

Lucile ( Nathalie Portman )

 

 

LE PORTEUR DE LUMIERE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - PREFACE / DEDICACE

           

 

 

pour Gérard de Nerval  

pour Charles Nodier

 

 

     

 

 

       Miracle de l'Amour !

 

 

 

 

 

 

" L'Ange de la Mort dit encore : - Votre ami connaissait son destin ; il ne s'opposa pas à lui . Il m'attendait quand , un soir d'été , je descendis le trouver ... " 

Jakez Riou - " Promethée Enchaîné " ( " Prometheus Ereet " , 1928 )

 

 

 

 

 

 

Longtemps , j'ai marché solitaire dans l'épais brouillard d'horizons sans bornes , minée par l'impression bizarre de laisser un beau soir d'automne , sans savoir pourquoi , le foyer familial . Au début , nous étions deux , je me rappelle , mais l'autre homme , qui m'avait sans doute aidé à fuir une vie sans espoir , m'avait ensuite lâchement abandonnée au bord d'une rivière sinueuse , encaissée entre deux grands pylônes  , lieu du terrible accident !

      Le temps s'était mis à changer depuis la frontière bretonne .

Ce n'était plus l'indicible été  , mais une chape avait peu à peu recouvert lourdement mon âme de son linceul immaculé tandis qu'un rideau persistant de brume était tombé lui aussi sans relâche devant

moi ... Mais lorsqu'au hasard de cette providentielle étape , je pus enfin lever mon voile et poser sur elle mon regard sombre , elle me révéla la profondeur gris ciel de ses yeux cristallins de louve , ignorant , peut-être , que sa compagne d'infortune se montre autant fasciné par le magnétisme de son charme animal que par l'étendue de sa beauté !

- Je suis la fille des voisins , souviens-toi , Lucile , et j'ai traversé tout ce putain de désert blanc pour te récupérer

    Moi , regardant par-dessus son épaule au-delà de la nue enneigée où s'écrasaient des flocons d'ou- ate , je crus reconnaître , bercée par la chaleur de l'air , les traces d'un autre passé où , fugitive déjà , je m'étais courageusement efforcée d'affronter la tourmente , lancée dans l'immense aventure de la vie terrestre ! 

     A moitié délabrée , perdue aux confins de nulle-part comme une vigie au milieu de l'océan des nuits blanches , je tentais alors de cacher mes chambres aveugles , mes murs fissurés , pleins de lézardes , comme on profite parfois , tant bien que mal , d'une averse de " poudreuse " pour couvrir de fard le visage noble mais flétri d'une respectable douairière !

     - Nous ne pouvons revenir sur nos pas , tu le sais bien ! , m'avait-elle tendrement murmuré à l'oreille tout à l'heure , tandis que , sur la terre endurcie , le crissement de nos bottes faisait resurgir en moi , tel un écho , mon premier amour d'autrefois , " double " parfait , créature idéale enfin , par magie , réapparus !

     Mystères de la vie , une , si diverse , eaux saumâtres d'un fleuve aux multiples reflets finissant par se perdre dans l'onde océane infinie rejoignant le ciel !

    C'est là qu'elle était venue me chercher " pour me sauver , me raconta-t-elle , de la sauvagerie bestiale des humains " !

Puis je m'étais retrouvée dans une sorte d'hôpital aux vitres couleur de nuages que de hautes silhouettes vêtues de blanc parcouraient sans cesse . 

Combien de temps cela dura-t-il , au coeur de cette gigantesque cité surmontée de dômes lumineux    ?

Un jour , je me sentis néanmoins coupable ou victime . Difficile à  comprendre ! Un peu comme si j'avais été celle qui n'avait jamais connu la " vraie " Lumière !

J'avais été guérie , certes , soignée par d'étranges créatures , mais je ressentais profondément en moi , de manière lancinante , cette souffrance et ce désespoir inexplicables d'une conscience en ruine , prisonnière d'un jardin de pacotille ...

Peut-être aussi désirais-je simplement refaire la route en sens inverse ?

L'homme n'est jamais satisfait de son sort quand il doit choisir sa voie entre mal et bien , se retrouvant souvent coincé à la frontière qu'il juge souvent factice , infranchissable , du crépuscule et de l'aube , de l'être et du néant ...

" L'âme n'est-elle qu'une ombre emprisonnée dans la maison du péché ? " , pensais-je un matin , la touchant de mes anciennes rides naissant sur son front dans un miroir . 

Qui peut dire ou finit la chair mortelle , où commence l'Esprit de Dieu ? Ne nous attend-Il pas quel-

que part , loin du mensonge ?

Qu'y-avait-il au-delà de cette arche de bonheur artificiel impeccablement fleurie de plantes inodores ?

La surface du globe , à quoi ressemblait-elle maintenant , loin du sourire sans conviction d'incarnés repus de crainte ou de fausses certitudes ?

N'était-il pas temps pour elle de repartir afin d'accomplir à ma place notre mission ?

 

 

 

                      ___

 

 

DAN AR WERNLE PORTEUR DE LUMIERE - Préface / Dédicace -  Miracle de l'Amour ! - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PORTEUR DE LUMIERE " , copyright 2024 .

 

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Le Porteur de Lumière - Postface - Une Curieuse Naissance .

2 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PORTEUR DE LUMIERE

Water Baby ( 1900 ) par Herbert James Draper

Water Baby ( 1900 ) par Herbert James Draper

 

 

 

LE PORTEUR DE LUMIERE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

POSTFACE

           

 

 

 

 

 

     

 

 

           Une Curieuse Naissance

 

 

 

 

 

" Il se peut que vous soyez mort  et que j'erre encore parmi les vivants ... "  

Anna de Noailles - " Exactitudes "

- Méditation sur la Mort , III , Rupture .

( 1930 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 - Iseut , femme se croyant stérile , menait une vie marquée par un profond désir de devenir mère . Ayant renoncé à prendre le voile pour épouser Tristan , un homme aimant et compréhensif , elle avait longtemps espéré que , malgré leurs vains efforts , leur amour suffirait à combler ce vide immense où de nombreuses consultations médicales , qui leur faisaient ensuite miroiter le mirage d'une éventuelle adoption , rendaient leur vie , bien que riche affectueusement , teintée d'une mélancolie de plus en plus persistante ! 

Un jour, elle se rendit à une réunion familiale en compagnie de Marc , un ami bienveillant , père d'un de ses élèves , qui , pendant la fête de

l'école , lui avait proposé de l'accompagner . Sans hésiter , reconnaissante pour l'aide inopinée , elle avait accepté l'offre . Cependant , le destin en décida autrement . Sur le chemin du retour , leur voiture fut impliquée dans un fatal carambolage où la conductrice perdit tragiquement la vie.

 " Le 28 juin de cette année , Iseut Kergroaz a eu un accident de voiture dans lequel un camion de 5 tonnes , qui avait perdu tout contrôle , est entré en collision avec son véhicule . Après 10 jours dans le coma et sous assistance respiratoire l'étudiante est décédée le 8 juillet 2003 à l 'âge de 22 ans . "

           Voilà ce que rapportait brièvement la rubrique nécrologique de " L'Echo D 'Ancenis " dans son tirage hebdomadaire . Elle n'eut guère le temps de se rendre compte , d'ailleurs , qu'en un éclair , 

son âme , déchirée par un dernier râle , s'était évaporée à une vitesse vertigineuse de la peau fragile de son corps !

" Ô Nuit ! Qu 'as-tu sous ton manteau qui monte en moi , invisible et puissant , et me pénètre

'âme ? " 

 

 

     2 - L'enquête avait établi pourtant que cette balade n'avait été qu'un service rendu à la famille de la défunte qui devait ainsi rendre visite à une 

tante . Quant au photographe , qui avait lui-même frôlé la mort , personne n'aurait pu soupçonner , malgré ses allures de séducteur , qu'il pouvait avoir menti lorsqu'il affirmait qu'Iseut les avait présentés pendant la fête scolaire , affirmant qu'ils se ressemblaient comme deux frères ... De plus , il prétendait s'être rendu lui-même à un rendez-vous . La nouvelle de ce fait divers tragique secoua toute la communauté .

          Malheureusement , des rumeurs malveillantes commencèrent à circuler . Certains , mal informés et enclins à la médisance , insinuèrent que leur collègue entretenait une relation adultère avec le parent d'élève . Ces accusations infondées et cruelles blessèrent profondément Tristan , qui, malgré sa douleur , savait que son amour pour sa femme et la fidélité de celle-ci étaient inébran lables . Marc , cependant , restait sur la défensive , n'adressant plus la parole à personne malgré ses tentatives réitérées d'explications .

          Les obsèques d'Iseut furent célébrées dans un cimetière en surplomb , posé comme un bateau sur l'océan , non loin d'une falaise bretonne vertigineuse du village où sa famille d'origine avait longtemps vécu !

          Mais au-delà de la vie terrestre , son âme était arrivée au Ciel où elle fut accueillie par une vision étrange mais apaisante , y rencontrant son double céleste , Lucile , qui lui avait expliqué qu'elle était l'autre partie d'elle-même , son reflet divin , lui faisant ensuite visiter les merveilles de l'Eden où elle trouva une paix que la vie sur terre ne lui avait jamais offerte !

     

     3 - Un jour de froidure , sortant quelques mois plus tard du choeur de la cathédrale Saint-Pierre où elle avait , naguère , pris l'habitude de prier à genoux devant une statue de la Vierge ornée d'un bouquet de roses rouges près de l'autel , Marc s'était ensuite dirigé vers la crypte , et précisément là , contemplant le sombre décor des voûtes devant le visage de Marie-Madeleine , il s'était mis à longtemps réfléchir à celui de l'amour face à sa propre destinée ! Au début , c'est à peine s'il avait remarqué la présence invisible d'une étrangère qui , sans doute ,  n'avait que silencieusement perçu l'étendue de son désespoir ! Puis , au milieu de la nef , il avait senti quelque chose de bizarre l'en-

tourer , l'écrasant presque sur son banc d'église ...

          Un autre soir , Iseut , ou du moins Lucile , son double céleste , s'était précipitée sur Tristan

qui , depuis une distance inimaginable , se trouva soudain connecté à elle dans un miroir manifestant la toute puissance universelle de sa conscience ! Pendant ce temps , désespéré et inconsolable , il continuait de vivre avec le poids de la perte de sa chère épouse et les rumeurs qui entachaient sa mémoire . Une nuit , il fit un songe étrange et puissant . Dans ce rêve , celle-ci lui apparut , toujours liée à Lucile , sereine et

lumineuse . Elle lui parlait avec une douceur

infinie , lui assurant de son amour éternel et lui annonçant une nouvelle bouleversante : sa jumelle allait revenir sur terre pour accomplir un miracle !

Mon Dieu , pourvu que ... , fit-il ce jour sans achever , touchant seulement son ventre comme s'il était soudain devenu le terrain d'une nouvelle conquête de l'ouest , d'une autre ruée vers l'or ! 

        A-priori , le docteur ne constata rien de spécial , mais au bout de quelques semaines , Tristan tombant brusquement malade , fut transporté par hélicoptère en un lieu secret . Jamais on n'avait vu un tel phénomène ! Mais , au bout des neuf mois  - temps normal de génération ! - le " parturient " , qui s'était transformé en un être étrange doué d'une intelligence hors pair et de facultés exceptionnelles , n'accoucha d'aucun monstre !

       Le temps passa , et Tristan , transformé par cette expérience transcendante , accueillit son enfant avec une joie immense et un cœur guéri . Il savait que cet enfant était un cadeau d'Iseut , une preuve de leur amour éternel qui transcendait les frontières de la vie et de la mort . En élevant cet enfant , le professeur honora chaque jour la mémoire de sa femme , trouvant enfin la paix et la plénitude qu'il avait tant recherchées .

  Peu de temps après , Lucile , sous une forme humaine , revint sur terre et se présenta à Tristan , lui expliquant qu'elle avait été envoyée pour accomplir une mission divine afin de lui permettre de vivre l'expérience de la paternité qu'il n'avait jamais pu connaître auparavant .

Dans cette union mystique et miraculeuse , elle lui avait permis de concevoir un enfant , portant en elle l'essence et l'amour de sa vraie mère .
Ainsi, l'histoire d'Iseut , de Tristan et de Lucile devint une légende , une histoire de miracles et d'amour éternel , transmise de génération en génération , rappelant à tous que l'amour véritable peut surmonter toutes les épreuves et transcender même , pour l'humanité , grâce à la naissance d'un élu , les frontières de la vie et de la mort !





DAN AR WERN - LE PORTEUR DE LUMIERE - Postface - Une Curieuse Naissance - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PORTEUR DE LUMIERE " , copyright 2024 .


 

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LETTRES D'UNE IMMORTELLE - Seconde Partie - Camille - Epilogue - V - La Déchirure .

28 Mai 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LETTRES D'UNE IMMORTELLE

LETTRES D'UNE IMMORTELLE - Seconde Partie - Camille - Epilogue -  V - La Déchirure .

 

Lettres d'une Immortelle

 

                                             

 

 

 

 

 

 

EPILOGUE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SECONDE PARTIE : Camille

 

 

 

 

 

V - La Déchirure

      

 

 

 

"Qu'est-ce qui peut subir la mort , sinon ce qui nous trouble et nous sépare ? "


Thomas Mann - " Tristan " ( 1903 )


 

        1 - C'était bien elle qu'il avait reconnue sur le journal , petite silhouette au milieu des lignes grises de la rubrique nécrologique . Il eut soudain l'impression de revenir en arrière , au temps du souvenir et des illusions perdues de l'été

dernier . Depuis l'échange qui avait suivi cette rencontre éphémère , il n'avait en effet rien reçu que ce bref appel de Peter lui donnant rendez-vous ici , dans le village où elle était née ! Semblant l'attendre sagement au-dehors d'un air ironique et d'un sourire presque moqueur , toujours le même sous sa casquette écossaise , il n'eut d'ailleurs pas de peine , en ce jour lugubre , à l'identifier devant la grille rouillée de l'église . L'article avait parlé d'un accident dans la Montagne Noire par un jour d'orage alors qu'elle sortait d'une retraite religieuse à Miraval , dans le Cabardès . Une embardée sur la route glissante avait suffi à la faire tomber de son vélo dans un ravin , mais les dernières conclusions médicales et judiciaires montraient que si les freins de l'appareil étaient sans doute mal réglés , la foudre l'avait aussi atteinte . ( 18

              Qu'il lui avait paru difficile , pourtant , ce sentiment de solitude , sans la présence de cette séduisante occitane , jeune étudiante dont il avait fait la connaissance par hasard . 
Mais ses manières de beauté farouche lui avaient tout de suite plu . Quel coup de foudre ! , se rappelait-il , un sourire triste aux lèvres .

              Cette mort soudaine l'avait complètement bouleversé ! Mais la pauvre fille , elle , n'avait guère eu le temps d'accomplir cette vague promesse faite à l'Eternel d'entrer à Son service .
              Au milieu des flots ténébreux de sa vie sentimentale , Paul considéra ce mirage de bonheur comme un signe funeste supplémentaire !

         

         2 - Il était dix heures du soir passées lorsque une rumeur grandissante remplit peu à peu toute la crypte , celle d'une petite troupe se pressant en désordre , et dont le bruit rendait imperceptible , au dehors , le frémissement du vent d'autan dans les arbres . Portant une croix noire ancrée sur la poitrine , hommes et femmes chantaient des louanges , brandissant torches et flambeaux !

 

        3 - Qu'est-ce que le Dieu bon ? , leur lança , en guise de bienvenue , la diaconesse Esclarmonde fixant son regard vers l'autel avec une sorte de fascination .
Celui-ci était éclairée d'une lumière rougeoyante , évoquant , peut-être , le massacre , jadis , des pèlerins de la sainte Montagne . ( 19 )
- Nul n'a jamais pu qu'entrevoir Sa splendeur , et celle de la moisson des âmes régénérées qui lèvera un jour de cette Terre comme d'un immense champ de blé dont chaque épi sera une étoile ... 

 

              Les mots du " Notre Père " cathare tombèrent de sa bouche comme de celle d'un oracle , blanchissant davantage son teint de cire des couleurs pâles du limbe céleste , y enveloppant aussi par ses mots la dépouille de sa pauvre fille en un linceul de gloire !  
C'est l'Eglise véritable  ! , lui lançait la pythonisse avec force :

" ... Océan de Lumière , paix sans défaut , Toi qui engendras les âmes pures , non les

mauvaises ... " ( 20 )

              La Sainte Oraison , mêlant sa lancinante mélodie à celle des chênes alentour , venait mourir sur la paisible campagne , et dans l'assistance , on entendait les supplications de la prêtresse égrenant

son chapelet de miséricorde :
En ce jour béni , donne-nous notre pain supersubstantiel
 , Tes enseignements véritables , qui seront le pain de nos âmes , Ta vraie chair et le prix de Ton sang ... " ( 20 )

 - La plupart des gens , continua-t-elle , ne veulent pas voir la réalité en face .

Ils ont simplement peur d'imaginer leur propre mort . Mais c'est sans doute à cause de la déchirure d'un providentiel coup de tonnerre qui , soudain , les frapperait au coeur à l'improviste , grillant d'un violent éclair électrique ce faible magma de leurs pauvres neurones , comme un éclat de lumière illuminant tout à coup d'une sanglante épreuve la nuit de leur conscience endormie !

Mais nul ne souhaite vraiment franchir le pas , traverser le fleuve ...


        4 - Elle vivait tout cela dans ses rêves , me dit-elle ensuite en me croisant , peu après la cérémonie .

Heureuse nuit , où personne ne peut voir ... Moi , je ne regarde rien , je n'ai pas de guide pas la moindre clarté , sauf celle qui brille dans mon coeur ... 

Mon ami , ajouta-t-elle enfin , si cela peut

t'aider pleure aussi Tu obtiendras une grande victoire , comprends-tu ? 

Mais réfrène-toi , si c'est simplement par faiblesse d'âme , car la vie n'est bien souvent qu'une guerre contre tout ce qui nous pousse , par faiblesse ou lâcheté à faire le mal ! 

Reste l'amour du Très-Haut , notre espoir de printemps , notre patrie commune Car ici , tout n'est qu'ombre et jeu de lumières , mon fils , à part le gémissement d'une âme séparée de son Seigneur ... 

 

      5 - Alors , moi , j'avais décidé de m'accoupler avec cette ombre ... Elle m'écouterait , mainte

nant , beauté cachée , comme si elle avait enfin reconnu qui j'étais . Ses yeux , deux papillons d'espérance , presque avec amitié , s'étaient doucement posés sur les miens ! C'était comme si nous avions  compris qui nous étions , l'un l'autre , mon âme visible exprimée sur son visage , et je sentis qu'elle voulait se faire parfois plus rare et commune pour moi , comme l'eau pour la bouche altérée qui n'est jamais la même quand on y fait attention . Sans doute pouvait-elle m'emplir et , sans que je n'aie aucun moyen de la retrouver , tout-à-coup me laisser , comme , derrière les nuages , la lune joue à cache-cache avec le soleil . Rare comme une fleur fragile qu'on respire au printemps , c'était elle encore , pendant que je travaillais , le murmure de cette pieuse fontaine auprès de la rose adorée !

 

 

 

FIN                       

                       

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DAN AR WERN - Lettres d'une Immortelle - Seconde Partie - Camille - EPILOGUE - V - La Déchirure - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés . " Lettres d'une Immortelle " , copyright 2020 .

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Notes :

 

18 - Miraval , village du Cabardès où naquit Raimon de Miraval ( vers 1135 - 1216 ) , troubadour qui officia notamment à la cour de Raymond VI , comte de Toulouse , pendant la croisade contre les Albigeois . 

 

19 - Pog de Montségur ( 1207 m ) où , le 12 mars 1244 , après un siège de dix mois , furent brûlés vifs plus de 200 " Bons hommes " et " Bonnes femmes " cathares .

 

20 - Prières cathares : "Les Brûlés " ( 1960 ) , par Zoé Oldenbourg ( 1916 - 2002 ) .

 

 

 

 

 

 

 


      

 

 

 

 

 

 

 

Plaque , au pied des vestiges du château , à la mémoire de Raimon de Miraval .

Plaque , au pied des vestiges du château , à la mémoire de Raimon de Miraval .

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LETTRES D'UNE IMMORTELLE - Seconde Partie - Camille - IV - L'Ermitage .

26 Mai 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LETTRES D'UNE IMMORTELLE

LETTRES D'UNE IMMORTELLE - Seconde Partie - Camille - IV - L'Ermitage .

 

 

 

Lettres d'une Immortelle

 

                                             

 

 

 

 

 

 

 

SECONDE PARTIE : Camille

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - L'Ermitage 

      

 

 

 

" Le matin et le soir, j'entends les oiseaux

  Qui chantent , qui fredonnent

  Perchés à la cime des arbres

  Mais aucun d'entre eux

  Ne touche autant mon coeur

  Que la voix de la tourterelle

  Pleurant son amie ... "
 




" La Tourterelle "

( Chanson traditionnelle bretonne )

 


 

" La première , il la nomme " Tourterelle " ...

JOB 42 , 14 .

 

 

 

 

 

        6 - Qui donc pouvait être cette nouvelle Madone ? , s'interrogea-t-il , ce soir-là , dans sa cellule , se sentant défaillir , éclatant en sanglots ... Qui était celle , coiffée d'un chapeau de paille , ayant su si bien lire en ses yeux les ombres démesurées du soleil couchant , miroir de cette mince tache rouge comme une aube nouvelle à sa tempe sanguinolente , signe en elle d'une douleur

sans fin , souvenir d'une lutte féroce avec les loups de la montagne ? Mortellement touchée , peut-être allait-elle mourir , avec ce bandeau posé sur les yeux de son esprit malade , lorsqu'il tomberait dans les bras providentiels de cette pimpante infirmière à l'étole en " blonde " sur sa guimpe de tulle , et

qui , avec tant de grâce , faisait gracieusement tourner devant lui sa robe de bure toute blanche ?

( 13 )

- Pitié rend sage le fou au coeur pur ! , lui dirait encore la demoiselle aux mains fines , dont le tendre visage de consolation n'était qu'un pâle reflet vivant de sa propre angoisse et de son désespoir !

Sache attendre Celui que j'ai choisi ! ( 14 )

 

         7 - Après un petit déjeuner frugal , Paul embarqua le lendemain dans la voiture de l'économe qui , justement , ce jour-là comme chaque

semaine , devait se rendre à l'ermitage des Carceri pour y livrer quelques produits du monastère , images pieuses , livres religieux , cierges , miels divers , vin de messe et hosties consacrées .  

 " Je m'étais réveillé , notera-t-il bien plus tard dans son journal , presque affamé de prendre enfin cette route menant au vieux chêne sous lequel François prêchait à son habitude à ses frères les oiseaux perchés dans ses branches millénaires : pose ton âme dans la splendeur de la

gloire , disait-il à l'un d'eux , figure de sa Dame très aimée en Christ , joie des anges , couronne des coeurs !

             Mais comment surmonter ses doutes puisque la belle tourterelle avait fui depuis la

veille , lui apprit-on par la suite ?

 

       8 - Vers la fin de l'après-midi , je tombais sur Clarisse , la portière , qui m'accueillit comme un enfant venu jouer avec le saint d'Assise dans le petit bosquet de lierre où l'on voit sa statue .

- C'est dommage ! , me lança-t-elle avec dépit . Vous n'avez pas de chance , elle était encore là ce matin . Sans doute une affaire de famille ?

            Nous marchâmes ensuite côte à côte au-delà de l'église Sainte Marie , silhouette majestueuse et sombre au milieu d'une forêt de hêtres , la religieuse , coiffée d'une capuche , profitant de l'heure crépusculaire pour humblement cacher à la lumière du couchant les traits de son visage qu'elle jugeait , sans doute , trop insignifiants pour son visiteur .

Moi , je pensais à cette phrase que je n'avais pas oubliée :

Rien de tel qu'une affection humaine pour porter de l'ombre sur le soleil de Dieu . " ( 15 )

- Elle me parlait toujours , me confia-t-elle en s'asseyant sous un platane , de notre maison qui ne serait pas de ce monde , mais bâtie bien plus haute sur les nuages d'une montagne inaccessible !

- Un lieu béni , en quelque sorte , et qui rend béni tout ce qui y touche ...

- Qu'ici , reprit l'autre , c'était le royaume du mensonge , et que les belles musiques de nos mots ne serviraient jamais à rien , même chantées d'une voix d'ange , rajoutant qu' il y avait " un autre juge dans le Ciel qui nous rendrait plus de justice " !

( 15 )

- L'amour , n'est-ce pas , pourtant , ce qui doit nous sauver un jour du désespoir ou de la médiocrité ? , tentais-je d'argumenter , lui répétant machinalement sans y croire les phrases que j'avais apprises d'elle dans sa voiture , mais ajoutant , lucide , en voyant s'agiter sur le banc d'en face un couple d'hirondelles toute blanches : ne vend-on pas une paire de moineaux pour un sou ? " ( 16 )

 

         Allant ensuite me recueillir dans le temple pour l'Adoration , je me demandais qui pouvait bien être cette amie pour me montrer , de l'estuaire à la source , le chemin de ma destinée , ange gardienne me guidant aux heures sombres

lorsque ,  traversant le pont d'une belle nuit d'été constellée d'astres immortels , je voyais tomber soudain dans les eaux noires de la nuit , la trace fulgurante d'un météore ?

- Bien qu'étant nés dans la modicité ou le dénuement sur Terre et malgré que nous ayons pu y associer la force du travail à de précieux dons , n'arrêtait-elle pas de me répéter , nous pouvons tous un jour , homme ou femme dans le miroir des mondes , faire face ici-bas , pour le meilleur ou pour le pire - puisque le sien , disait-elle , avait péri dans un accident tragique - à notre double spirituel ... 

        Alors , dans le sommeil de cet invisible songe , nos deux vies , peut-être , s'envoleraient parmi les nuées d'oiseaux le rejoindre , fantômes d'arbres noirs que la chanson du vent sépulcral agiterait au coeur de la forêt millénaire !

Et tout s'effacerait ...

        Si la mort n'est qu'un voile , pensais-je ,

 

" Toi et moi ,

  Avec deux formes et deux visages ,

  Mais une seule âme ,

  Nous resterons unis dans l'extase ,

  Par les mots , par le silence ... " ( 17 )

 

   

 

 

 

 

 

 

A Suivre )                       

 

 

                       

 

 

 

 

 

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Notes :

 

13 - Etole en " blonde " = dentelle de soie .

 

14 - " Parsifal " de Richard Wagner ( 1882 ) ,

Acte I , scène 2 : " Durch Mitleid wissend , der reine Tor " ( Pitié rend sage le Fou au coeur pur ) .

 

15 - " Port-Royal " ( 1954 ) , drame religieux d'Henry de Montherlant ( 1895 - 1972 ) , de l'Académie Française .

 

16 - Matthieu , 10 , 29 - Lévitique ,15 , 14 -

Luc , 2 , 24 .

 

17 - " Toi et Moi " , oeuvre du poète mystique persan Djalâl ad-Rûmi ( 1207 - 1273 ) .

 


* An Durzhunell

Diouzh an noz ha d'ar mintin , e klevan laboused

O kanan , o fredonin da veg ar gwez pignet

Met n'eus nikun anezho hag a bik ma c'halon
Evel mouezh an durzhunell o ouelan d'he mignon 

 

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