Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Dan Ar Wern Official Website
Articles récents

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VIII - L'Orbe Blanche .

26 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PIANISTE

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VIII - L'Orbe Blanche .

 

 

 

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

- Seconde Partie -

 

 

 

 

 

 

 

LE PIANISTE

( Cycle de L'Etoile XXVIII )

 

 

 

 

     

 

 

 

VIII - L'Orbe Blanche

    

 

 

 

 

 

 

 

" Devant toi il a mis le feu et l'eau

  Selon ton désir étends la main ... "

Siracide 15 ,16 .

 

  

 

 

 

 

       

 

 

 

 

        

 

   15 - 'ai posé ma main sur toi , mon cher ! ,  lui murmurait son ange gardien , fantôme de la revenante errant dans sa mémoire d'intellectuel rêveur lorsque ce soir , enfin , celle-ci lui apparut pendant qu'il s'efforçait de trouver du calme après une journée aussi chaotique . Prodige ! Il avait soudain ressenti sa fulgurante présence !    

Approche donc , mon ami ! Quelle sorte de voyage a été ta vie ? , demandait-elle à cette ombre inerte allongée sur sa couche , pensant , peut-être , au double visage de cette malheureux créature orpheline d'une autre ...  

          Avait-elle d'ailleurs , tapie dans l'inconscient de cette bête sauvage , vraiment quelque chose à voir avec lui ? Qu 'y a -t-il entre eux et nous ? , pensait-elle pendant que son âme torturée , cellule en forme de goutte d 'eau planant en silence au milieu des ténébreux nuages , la voyait flotter , petite boule de couleur se mêlant à la sienne , pâle éclat de turquoise bleu-vert scintillant sur sa rétine comme une aurore boréale illuminant le regard mourant de désespoir de ce prisonnier désenchanté de la Terre !

-Vois-tu , lui précisa-t-ellechaque être est animé de deux forces complémentaires , paradoxalement interactives par le Sang de la Rose fragile de son âme céleste , rosée de vie coulant sur la tige douloureuse des épines de mort de sa Rédemption 

Par conséquentcette fleur si précieuse et double , j 'en ai pris le bulbe , celui de l 'Orbe Blanche qui doit reparaître ici , illuminant le ciel d 'un éclat de mon sourire avant la dernière chute ...

L'autre , hélas , pour votre plus grand

malheur vous a laissé sa griffe , son empreinte ténébreuse ! Mais un atlante , qu'il soit plante ou poisson , tente toujours de revenir à la source afin , s'il le peut , de guérir  son double , mutant dégénéré par une alliance entre leurs deux êtres différents mais redevenus uns .

       Dérision , cependant ! , songea-t-elle ensuite , abasourdie de lentement se découvrir dans les reflets d'une existence aussi désastreuse , qu'elle n'aurait , croyait-elle , pas eu le courage elle-même de choisir ! Elle se souvenait encore de cette nuit de Noël selon l'échelle des jours terrestres , quand elle s'était sentie entraînée malgré elle de l'autre côté d'un petit village par une force inconnue , vers les rives neigeuses de l'Orbe ... ( 26 )

      Alors , la jeune femme avait eu à peine l'impression de voir un reflet de sa propre image dans celui d'une " pierre vivante , écarlate , montant du globe terrestre " ! Un rayon puissant tombait déjà sur sa tête , la tractant de son halo blanchâtre à l'intérieur d'une gigantesque nef spatiale aux parois obscures , mais brillant à l'extérieur de tous ses feux , glissant silencieuse au milieu de l'encre céleste , et qui , maintenant , faisait défiler à la même vitesse chacun des instants de ses multiples vies , l'emmenant à une allure vertigineuse jusqu'à une lointaine étoile , véritable Oeil de Dieu irradiant de sa Conscience immuable la totalité des vibrations de l'univers , matrice cosmique transmutant , par son eau spirituelle composée de myriades de gouttes de lumière , les formes les plus diverses d'énergie et de matière en milliers de vagues de poussière intergalactique d'âmes régénérées ! ( 27 )

 

16 - Donc , ce jour était arrivé , chante le

poète , un jour d'astre clair où "comme un oiseau sur la plus haute branche " , la princesse ressuscitée , puisque le temps n'existe pas , venait renaître ici transformée , à travers ses corridors , courte escale dans le ventre d'une nouvelle mère avant de repartir à l'aventure dans le dédale des apparences , ne laissant derrière elle qu'un souvenir inoubliable , ses yeux éblouissants , miroir de l'Indicible , et son radieux sourire , traces merveilleuses d'une fugitive étoile filante ! ( 28 )

 

17 - Il n'avait pas déjà pu , se dit-elle , comprendre la nature précieuse des gemmes cachées dans la mallette .

Il ne savait rien encore de moi , sa nouvelle Clara , née seulement la veille !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

                                ___

 

 

 

DAN AR WERNLA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde PartieLE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII- VIII - L'Orbe Blanche - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE  " , copyright 2024 .

 

                 

                                ___

Notes :

 

 

26 - "Le Trésor de Sainte-Gemme " , II , 5 -'Orbe Noir .

 

27 - " De Locis Mundorum " , III - Auberive 1 - Notes 8 et 9 .

        " La Demeure Enchantée " ( Cycle de l'Etoile II  ) , II , 8 - La Chute d 'Ishtar - Note 41 .

        " Le Livre de Virginia " ( Cycle de l'Etoile VI  ) , I , 6 - Avez-Vous les Clefs ? et I , 12 - Le Roi Perdu , XXIII - La Porte du Ciel .

 

28 - " Un Jour , un Jour ... " de Louis Aragon ( 1897 - 1982 ) , extrait du poème "Fable du Navigateur et du Poète " ( La Grotte ) dans "Le Fou d 'Elsa " ( 1963 ) - Tous droits réservés .

 

 

 

 

Lire la suite
Publicité

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VII - Le Château de L'Orbe Noir .

25 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PIANISTE

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VII - Le Château de L'Orbe Noir .

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

- Seconde Partie -

 

 

 

 

 

 

 

LE PIANISTE

( Cycle de L'Etoile XXVIII )

 

 

 

 

     

 

 

 

VII - Le Château de L'Orbe Noir

    

 

 

 

 

 

 

 

" Elle fait briller sur Dieu Sa lampe Radieuse comme un flambeau nuptial aux Portes de la Sagesse ! "

Saint Méthode , évêque d'Olympe

( + vers 312  ) : "Le Banquet des Dix Vierges " .

 

  

 

 

 

 

       

 

 

 

 

        

 

   12 - Alors , tout à coup , d'une voix grave , comme surgie d'outre-tombe , l'hôte lui dit :

Eh bien monsieur le chevalier du Temps Perdu , vous avez peur parce qu'avec votre complice , vous vouliez nous voler nos larmes de cristal ou plutôt , comme vous dites , chez

vous , les perles de grand prix ?

- Que lui avez vous fait ? , rétorqua le pianiste , associant inconsciemment la disparition de la jeune fille à celle des joyaux cachés dans le phare , dont on l'avait informé dans le plus grand secret  : l'Orbe Noir ! ( 21 )

- Tranquillisez-vous , mon chernous l'avons juste soignée , votre Clara'une médecine bien plus en avance que la vôtre puisque , selon vous , n'est-ce pas" Tout n 'arrive que par la permission de Dieu  " ? , avait-il ajouté d'un air ironique pour lui donner , peut-être , plus de coeur à vivre ensuite sa première nuit d'effroi , seul dans cette chambre nue où il devait se rendre , ornée seulement d'un bahut de chêne , d'un lit de fer et d'une paillasse , avec , sur les parois , d'antiques tentures médiévales contant la célèbre Quête du Graal !

- Vous la verrez demain ! ( 22 )

Conduits notre hôte à la Tour d 'Artus ! Il fait nuit , 'est l 'heure des " fontaines jaillissantes " ! ( 23  )

Peut-être qu'un doux chant nocturne , guidant votre âme , lui fera retrouver la flamme et l 'idéal de sa jeunesse ?

           D 'un coup d'oeil , avant de partir sous escorte , il reconnut la même croix qu'il avait vue sur l'Île Vierge , mais en or cette fois-ci , ornée d'une rose , sur la table du vieux salon baroque au style fané , dont les parois pouvaient s'enorgueillir encore de boiseries vert d'eau , ainsi que de camaïeux bleuâtres tout défraîchis , représentant de vagues pastorales chinoises . 

           Puis , il fut amené en silence par le mystérieux garde masqué . Celui-ci , une fois franchie la lourde porte bardée de fers et de clous , l'entraîna dans un long corridor dont les murailles , poissant d'humidité , vantaient les qualités d'un candidat du parti écolo , membre aussi du célèbre groupe pop " Les Artichauts Sauvages " nommé Félix Grün , par des affichettes en couleur s'éclairant de dizaines de torches tenues comme autant de  glaives par d'imposants chevaliers teutoniques stylisés dont chaque heaume était surmonté d'une tête de mort ! Montant les marches d'un pas lent , tous deux parvinrent à une petite cellule de moine qu'avait du jadis bien connaître d'autres rescapés du champ de bataille de l'existence dans la solitude extrême de ce véritable monastère . 

Pour seule ouverture , il n'y avait qu' une étroite lucarne donnant sur la cour intérieure , permettant au nouvel occupant d'entrevoir l'enceinte crénelée de la courtine opposée surplombant , sans doute , l'étendue morne d'une lagune endormie .

Elle lui fit découvrir aussi , ce soir , sortant de l'une des pièces du rez-de-chaussée , un fin rayon de lumière illuminant le visage d'une très jeune femme à la longue chevelure posant une main délicate sur l'embrasure de la croisée ... Certes , Clara lui parut resplendissante , mais au fond de son beau regard limpide , il crut reconnaître également , dans un reflet de sa propre souffrance et de son désespoir , 

l'angoisse qui était la sienne ! 

" Avant que je m'en aille sans retour 

  Au pays des ténèbres et de l'ombre

épaisse ... " ( 24 )

 

 

13 - Vers minuit , la vieille demeure , que la vigne vierge dévorait par endroits de ses couleurs de lune rousse , paraissait dormir d'un sommeil paisible .
        Surmontant sa frayeur , il se hasarda au-dehors , le long de la courtine , jusqu'à la tourelle flanquant la façade principale de son imposante majesté , la dominant même d'une toiture à six pans d'ardoise . Au terme d'une périlleuse escalade par les gouttières longeant la toiture , deux ou trois degrés de meulière , usés par les ans , l'amenèrent peu après jusqu'au seuil , dont il souleva sans peine le loquet de fer , mangé par la rouille .
Le seul obstacle , en fait , songea-t-il , c'était celui de sa propre inquiétude , sinon de son anxiété .
        Saisi par le trac , il sortit quand même de la maison qui lui semblait maintenant déserte , remarquant , au rez-de-chaussée , dans la grand pièce vide , le manteau d'une antique cheminée Renaissance , parée de nombreuses croix cléchées , pommetées d'or et parsemées de fleurs .

La salle à manger ... , se dit-il .

 

14 - Prépare-toi pour la rencontre , car une lampe sans lumière ne vaut rien ! , lui avait-elle confié , se souvint-il , peu avant son départ vers l'Île Vierge . Moi , 'ai fini ma mission , je dois m'en aller !

        Soudain , les fines arabesques d'une céleste mélodie parurent lui venir de l'extérieur du pavillon , desservi par une allée de platanes séculaires montant la garde à l'entrée du logis !
        Tandis qu'il sortait avec appréhension , l'angélique voix de Clara , chaude et prenante , s'imposa peu à peu à lui , pénétrant mentalement son âme , la comblant d'allégresse . D'une oreille et d'un coeur attentifs , il ne put que se réjouir de l'entendre ainsi souffler comme une brise en son esprit venu du feuillage des

arbres , les vers de la fameuse chanson de Mahler :
O Röschen rot !
  Der Mensch liegt in grösster Not
 ! " ( 25 )

             Guidé par ces mots

puis , poussant délicatement l'huis entr'ouvert , sur lequel figuraient quelques entrelacs fleuris , Gurvan aperçut plus loin sa fiancée assise sur un banc  , qui l'attendait ...

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

                                ___

 

 

 

DAN AR WERNLA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde PartieLE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII- VII - Le Château de L'Orbe Noir - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE  " , copyright 2024 .

 

                 

                                ___

Notes :

 

 

21 - LE TRESOR DE SAINTE-GEMME ( Cycle de L'Etoile XII ) , II - Roll - 11 - L'Orbe Noir - Copyright 2021 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

 

22 - " Mémoires d 'Outre -Tombe " ( 1809 - 1841 ) , III , 4 - Mon Donjon , de François-René de Chateaubriand 1768 - 1848 ) , écrivain breton né à Saint-Malo .

 

23 - "Ainsi Parlait Zarathoustra " ( Also Sprach Zarathustra , 1883 / 1885 ) , II , 9 - Le Chant Nocturne  , de Friedrich Nietzsche ( 1844 - 1900 ) , philosophe prussien .

 

24 - JOB 10 , 21 / 22 .

 

25" Ô Petite rose rouge ! - Urlicht ( Lumière des Origines , 1893 ) , chant du recueil " Des Knaben Wunderhorn " ( Le Cor Enchanté de L'Enfant , 11 ) , par Gustav Mahler .

 

 

 

 

 

 

Lire la suite

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VI - Le Repaire du Loup .

24 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PIANISTE

Château de Kriebstein ( Saxe )

Château de Kriebstein ( Saxe )

 

 

 

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

- Seconde Partie -

 

 

 

 

 

 

 

LE PIANISTE

( Cycle de L'Etoile XXVIII )

 

 

 

 

     

 

 

 

VI - Le Repaire du Loup

    

 

 

 

 

 

 

 

" Avant que je m'en aille sans retour 

  Au pays des ténèbres et de l'ombre épaisse , 

  Où l'aurore même ressemble

  A la nuit sombre ... "

JOB 10 , 21 / 22 .

  

 

 

 

 

       

 

 

 

 

        

 

   11 - Comment pouvait-elle savoir tout ça ? , se demanda-t-il ensuite , essayant en vain de réagir . 

- Voyons , restez calme , vous n 'avez guère le choix .

           Puis , tandis qu'elle se trouvait assise à l'arrière , une arme à la main , leur Daimler 38 noire filait à grande vitesse par la route de Leipzig , conduite en silence par un mystérieux garde masqué jusqu'au carrefour de Chemnitz , non loin de Dresde où serpente la vallée de l'Elster , qui , ironisa-t-elle , fut " si chère " à l'un de ses peintres favoris , Caspar David Friedrich , se remémorant même ce jour de Noël

où , adolescente , elle avait , quelques années plus tôt , flané à la recherche d'un signe au hasard des rues d'Halbertstadt , pensant peut-être à cette légende du diable ayant lancé sa pierre en vain contre la cathédrale dans l'espoir de la détruire . ( 13 ) 

- Elster blanche , Elster noire ... Ne nous ressemble-t-elle pas , en vérité ? ( 14 )

Récemment , poursuivit-elle d'une voix plus enjouée encore , 'ai passé toute une après-midi à grimper sur un versant du Brocken , ne m 'attendant pas non plus , à y découvrir au terme d 'une course aussi harassante , un crucifix vermeil surgissant au sommet comme un spectre de l 'incendie du Soleil triomphant ! ( 15 ) 

Quel défi , en vérité !

          Comme réponse , il aurait voulu lui dire qu'avant de quitter l'Allemagne afin de poursuivre sa tournée , Il avait jeté dans la Spree une rose rouge en souvenir de sa fiancée .

          Mais , au bout d'une petite route fédérale de campagne , leur apparut

soudain , cerné d'une grande forêt le protégeant , tel un écrin ,  du rempart de ses troncs serrés , l'ombre nocturne du château de Kriebstein  , vaste ensemble circulaire de style gothique bâti sur une haute falaise rocheuse au-dessus de la vallée de la 

Zschhopau , silhouette sinistre formée d'une vieille maison-tour d'aspect moyenâgeux flanquée , elle-même , d'une muraille et d'une porterie . ( 16 )

         La voiture une fois garée , il remarqua sur le linteau de la grille en fer cadenassée une sorte de stèle figurant une sculpture de tête de chien-loup correspondant sans doute à l'inscription sur l'un des montants de la porte :

" Wolfsschanze " . ( 17 )

        Alors , pressant sur la sonnette de l'hygiaphone qui se trouvait dessous , la visiteuse attendit une réponse avec autant d'indifférence que de placidité ! Un garde en tenue paramilitaire inspecta leurs laissez-passer de membres de l'Ordre du Crabe , à l'effigie de l'effrayante créature marine , puis un autre vint les chercher , chaussé de bottes , la tête couverte d'une cagoule et revêtu d'une combinaison de drap bleu foncé avec le même insigne cousu sur la poitrine , les accompagnant en silence dans la grande allée crissante , sous la voûte sépulcrale d'ormes tortueux et de chênes séculaires tandis qu'ils passaient près d'une " Fata Morgana " posée sur la vasque d'une fontaine de jardin  ... ( 18 )

    - J'ai craint que tu ne perdes ton chemin dans la nuit , ma fille , déclara d'un bel accent celui qui les avait reçus , la veille , dans les sous-sols de l'opéra , allumant maintenant son chandelier électrique posé sur le piano d'un salon Louis XVI dont les boiseries vert d'eau étaient recouvertes d'une tapisserie au petit point , toute défraîchie , censée représenter sans doute la fameuse fable " Le Rat et l'Huître " avec  sa fameuse devise brodée au-dessus : " Tel est pris qui croyait prendre ! ", et décorées aussi d'autres précieux tableaux d'époque , de portraits et bois de cerfs . ( 19 )

     Légèrement contusionné , le pianiste fut ensuite conduit dans une espèce de salle souterraine assez grande , toute suintante

d'humidité , qu'une galerie latérale éclairait d'une source lumineuse invisible . 

Sur une immense porte surmontée d'une grille en fer , étaient gravés deux mots dans un triangle , figure mystérieuse à l'intérieur d'un cercle , autour de laquelle s'enroulait un serpent rouge : " ARKA ANATH " . ( 20 )

       Un blindage métallique semblait rendre la pièce hermétiquement close . Il n'y avait que l'ouverture au-dessus , d'où jaillissaient des rayons si incandescents que nul regard n'aurait pu durablement s'y fixer , mais d'où l'on pouvait découvrir une scène presque incroyable !

       Dans une salle illuminée d'une fantastique machinerie multicolore , des êtres

bizarres , vêtus de combinaisons

vertes , s'affairaient autour des corps de sa fiancée et d'un homme encore jeune ressemblant à son frère Gwenn . Celui-ci , portant , sur la

tête , un bandeau de cristal enchâssé dans un disque d'argent , se trouvait allongé près d'elle sur une plaque de verre , et l'un des

infirmiers , qui avait un casque de scaphandre , faisait tournoyer devant leurs yeux son petit cylindre en quartz .

- Vois-tu , ma chère Anna , déclara le chef , il faut bien qu'un jour où l 'autre , au moment venu , 'enfant prodigue revienne au bercail !

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

                                ___

 

 

 

DAN AR WERNLA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde PartieLE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII- VI - Le Repaire du Loup - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE  " , copyright 2024 .

 

                 

                                ___

Notes :

 

 

13 - Halbertstadt , ville du Harz : anecdote rapportée par Otto Rahn ( 1904 - 1939 ) dans son livre : " La Cour de Lucifer " ( Luzifers

Hofgesind , 1937 ) .

14 - Vallée de l'Elster , proche de Dresde , où Caspar David Friedrich ( 1774 - 1840 ) , célèbre peintre romantique , avait coutume de se promener pour y chercher l'inspiration .

15Spectre de Brocken : Phénomène optique particulier sur le Brocken ( Blocksberg ) , point culminant du Harz ( 1441 m ) où se réunissent les sorcières pendant la " Nuit de Walpurgis " .

16 - Château de Kriebstein , en Saxe ( Allemagne ) , sur un éperon de montagne dominant la rivière Zschopau .

17 - Le Repaire du Loup .

18" Fata Morgana " ( vers 1573 ) , statue de Jean Bologne ( 1529 - 1608 ) , sculpteur flamand - Fonte della Fata Morgana ( Province de Florence , Italie - XVIè siècle ) .

19 - " Le Rat et l'Huître " , avec la fameuse devise : " Tel est pris qui croyait prendre ! "

20 - L'Arche D'ANA : " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , II , 5 - La Grotte et 7 - Arka Anath - copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

     

 

 

Lire la suite

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - V - Fugue .

23 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PIANISTE

L'Ange de la Mort ( 1881 , detail ) par Evelyn de Morgan .

L'Ange de la Mort ( 1881 , detail ) par Evelyn de Morgan .

 

   

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

- Seconde Partie -

 

 

 

 

 

 

 

LE PIANISTE

( Cycle de L'Etoile XXVIII )

 

 

 

 

     

 

 

 

V - Fugue 

    

 

 

 

 

 

 

 

Que peut-on savoir même des gens avec qui on vit chaque jour ? questionna-t-elle .

  Ne sommes-  nous  pas tous des prisonniers ? "

Virginia Woolf - " Mrs Dalloway " ( 1925 )

 

 

 

       

 

 

 

 

        

 

   11 Et si , là-bas , vers l'ouest , sur la ligne océane , son âme fiévreuse avait tenté de dessiner l'amour en un large cercle , se mit-il à délirer tout en sueur , pensant encore ,

sans doute , aux paysages tourmentés de sa presqu'île bretonne , jusqu'où maintenant pourraient le conduire cette folie ? 

Car , après ce " concertino " improvisé ponctué par une petite valse , il avait fini par se tenir une grande partie de la soirée près d'elle avec ce pressentiment que , son inquiétude ayant momentanément disparu dans la bonne humeur indicible de la musique de Bach , la belle n'en fisse tout autant bien avant les lumières de l'aube qui , soudain , surgirent du bout de l'horizon !

        Que s 'était-il donc passé ? , se demanda-t-il , sa tête alourdie par une terrible migraine .

- Pardon , maîtremais si vous vouliez simplement retrouver plus vite le " Fugato "  premier de l 'oeuvre  ! , tenta-t-elle de lui expliquer un peu plus tard , fâchée que son attitude lui paraisse équivoque et leur fuite irréfléchie , chuchotant à son oreille , après un dernier canon , des explications quelque peu embarrassées .

         Que puis-je vous dire de plus ? , ajouta cette sirène mystérieuse lorsque , au début du nouveau jour , ils se retrouvèrent en route vers la campagne . 

Vous n 'entendez pas , cette immense voix mécanique hurlant sa plainte étrange alentour dans une langue inconnue'ignorais peut-être où était notre vraie patrie avant de me mettre au piano l 'autre soir , lui avait-elle confié , mais désormais , je crois que cela change ... Rappelez-vous donc cette romance !

" Il est un pays   Bien au-delà des étoiles ,     Mon âme   Où la Rose ne pourra se faner ... "

( 12 ) 

- Je vous trouve bien énigmatique , ma

chèreQu 'est-ce que vous allez vous

imaginer ? , lui répondit-il d'un oeil inquiet .

- Mon pauvre ami , savez-vous ce qui est réellement arrivé le mois dernier , quand vous êtes allé vous balader sur l 'Île Vierge à la recherche de votre frère et de votre fiancée ?

       Il eut l'air complètement surpris .

Je n'osais pas encore vous le dire ! Mais s'ils n'ont pas totalement disparu , c'est que , moi-même , 'ai pu négocier sain et sauf leur retour dans ce foutu château où j 'habite !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

                                ___

 

 

DAN AR WERNLA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII- V - Fugue - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE  " , copyright 2024 .

 

 

                                ___

Notes :

 

 

12 - " My Soul , There is a Country " , poème de Henry Vaughan ( 1622 - 1695 ) , poète métaphysique gallois , dans son recueil intitulé " Silex Scintillans " ( Silex Flamboyant , 1650 )

Lire la suite
Publicité

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - IV - Piège .

22 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PIANISTE

Trabant 601 / Staatsoper Unter den Linden - Berlin
Trabant 601 / Staatsoper Unter den Linden - Berlin

Trabant 601 / Staatsoper Unter den Linden - Berlin

 

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

- Seconde Partie -

 

 

 

 

 

 

 

LE PIANISTE

( Cycle de L'Etoile XXVIII )

 

 

 

 

     

 

 

 

IV - Piège 

    

 

 

 

 

 

 

 

" Notre existence se passe à la périphérie de notre

êtrenous ignorons les sentiers de notre âme qui nous conduisent en la crypte souterraine où Dieu réside ... "

Père Henri Caffarel ( 1903 - 1996 ) - Cahiers sur L'Oraison N°223 ( janvier / février 1989 ) .

 

 

 

       

 

 

 

 

        

 

   8 Que voulait dire cette convocation ? Le moment crucial était donc venu ? , se demanda-t-il quand ils pénétrèrent dans un vieille rue , vestige de l'ancienne RDA  , puis , la porte cochère d'un immeuble une fois franchie , parvinrent à une arrière-cour servant de parc ou de cimetière pour de vieilles TRABANTS

601 , voitures de collection d'âge assez respectable , où gisait aussi , dans une sorte de remise attenante ou d'appentis rempli d'outils devenus parfois trop désuets pour servir encore , un bric-à-brac de bicyclettes plus ou moins rouillées . ( 10 )

         C'est en appuyant sur un mécanisme soigneusement dissimulé dans l'un des véhicules , qu'un dispositif se mit en branle , déclenchant l'ouverture d'une antique plaque de ferraille , mangée par la rouille , toute recouverte de sable . Un trou béant fut alors découvert , laissant deviner quelques marches de vieille pierre usée par l'âge et les intempéries ! Passant par l'étroit corridor , la fille s'engagea sous

terre , munie d'une lampe électrique , descendant peu à peu avec son compagnon d'innombrables marches le long d'un couloir plein de poussière , mal éclairé .  Puis , foulant avec précaution les dalles glissantes du sous-sol de l'Opéra , les marcheurs débouchèrent sur une salle dont la lumière dépendait seulement de quelques chandeliers fixés à la roche grâce à des tenons de fer .
         
Au centre , posée sur une grande table entourée d'officiants tous habillés de la même manière que leur chef , se trouvait une plaque dans un cadre en métal doré , indiquant en lettres gothiques les mots : Centre for Research on Anonymous Behaviours ( Centre de Recherche sur les Comportements Anonymes ) .

         Des bureaucrates au veston gris , sortes de " zombies " dont le visage invisible était dissimulé par des lunettes noires , chacun d'eux portant un masque de la même couleur à cause du COVID , prétendaient-ils , s'inclinèrent respectueusement devant leur patron ! Celui-ci , spectre à l'oeil glacial marchant comme une ombre , prit alors la parole d'une voix monocorde , un brin de muguet du pauvre , ou Sceau de Salomon , fixé au coeur .

Bonjour , ma chère , quelle joie de te retrouver ! , fanfaronna-t-il  devant la demoiselle . Et vous , monsieur le Cavalier de la Dernière Heure , bienvenue à notre

petite fête ! , lui lança-t-il avec ironie à la cantonade , faisant peut-être allusion à une oeuvre inconnue de lui . 

   9 - La veille , un homme était , paraît-il , après le concert , passé à l'hôtel afin de lui remettre une invitation lui rappelant ce qui avait été prévu de longue date , et maintenant , la nuit retombait déjà comme un voile d'encre , au bout de ce jour d'angoisse et de fatigue ,

sur le " Staatstoper " de Charlottenbourg défiant la ville de sa façade majestueuse , vieille bâtisse austère , telle un navire fantôme échoué sur le rivage des siècles ! ( 11 )

         Sans doute qu'un doux chant nocturne , captivant son âme au pays de la jeunesse , lui ferait retrouver quelque part sa flamme

perdue , se mit-il à réfléchir , obéissant docilement en silence au mystérieux guide qui , tout en plaisantant , lui parlait ? Celui-ci , une fois franchie la lourde porte de " L'Institut Musical " , entraîna son hôte dans un vaste salon d'apparat .

         Puis , montant à pas lents les marches grandioses , tous deux parvinrent à une petite loge dominant la scène . 

- Voyez-vous , mon cher , nous vous avons fourni un bon alibi , c'est d 'ailleurs le but que poursuit notre association , venir en aide à tous ceux qui ont quelque chose à cacher !

 

         " Tout n 'arrive que par la permission de Dieu , pensa-t-il en guise de réponse d'un air préoccupé , mais sans bien comprendre les vraies raisons de ce qui , aujourd'hui , lui  tombait sur la tête .

         Ce soir , l'antienne mélancolique de Bach , rayon de lumière illuminant le visage de la jeune femme à la longue chevelure posant une main délicate sur son violon , lui rappela sa fiancée qui lui revint soudain comme en songe ! A moins qu'il ne se soit agi plutôt de son fantôme , estima-t-il après coup , croyant reconnaître , au fond de ce beau

regard limpide , un reflet de sa propre souffrance et de son désespoir , et toute la détresse qui était la sienne face à ce qui , lui expliqua-on , plus tard , n'était qu'une habile manipulation d'une société secrète ennemie !

 

  10 - Autant pour maintenir sa réputation grandissante que pour préserver sa naissante notoriété internationale , il fit mine de ne pas être au courant de ce qui se tramait . Bien sûr , avait-il été victime d'un complot international , sinon d'un cruel malentendu , et son amie s'était sans doute laissée berner par des espions venus de l'Est qui , à leur habitude , avaient abusé de sa bonté native .

         Tout allait maintenant rentrer dans

l'ordre ! On ne toucherait plus à sa famille s'il obéissait , lui déclara-t-on d'un air apaisant .

Demain , vous reprendrez la route de Paris qui doit sûrement vous attendre avec impatience ! "
         Il suffisait qu'il remette la fameuse mallette , dont on ne croyait pas qu'il ait pu vraiment perdre la trace .

         Alors , tout ceci , se dit-il à lui-même , n'était-ce qu'un piège ?

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

                                 ___

 

 

 

DAN AR WERNLA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde PartieLE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII- IV - Piège - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE  " , copyright 2024 .

 

                 

                      ___

Notes :

 

10 -Trabant 601 , automobile fabriquée en RDA entre 1964 et 1990 .

11Staatsoper Unter den Linden ou Opéra National de Berlin ( 7 , bld Unter den Linden dans le quartier " Mitte " de Berlin ) , partie du Forum Fridericianum , fut construit entre 1741 et 1743 pour Fréderic le Grand selon les plans de Georg Wenzeslaus Von Knobelsdorff dans le style fridéricien rococo et reconstruitpar Richard Paulick de 1951 à 1955 après avoir été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale .  

 

Lire la suite

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - III - Alibi .

21 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PIANISTE

Monument à Richard Wagner à Berlin-Tiergarten  , sculpture monumentale par le sculpteur Gustav Eberlein ( 1901 à 1903 ) .

Monument à Richard Wagner à Berlin-Tiergarten , sculpture monumentale par le sculpteur Gustav Eberlein ( 1901 à 1903 ) .

 

 

 

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

- Seconde Partie -

 

 

 

 

 

 

 

LE PIANISTE

( Cycle de L'Etoile XXVIII )

 

 

 

 

     

 

 

 

III - Alibi

    

 

 

 

 

 

 

 

" 'ai dormi ,'ai dormi ,

  Je me suis réveillé d 'un rêve profond ... "

Nietzsche - " Ainsi parlait Zarathoustra "  *

 

 

 

       

 

 

 

 

        

 

 

 

 

      6 - Il s'était senti si seul dans cette chambre à se demander ce qu'il pouvait bien faire là , pensant encore aux dernières images d'une autre qui était décorée de fleurs fanées sur des tentures défraîchies , comme un vieux souvenir dont on cherche vainement la trace ou la raison lorsqu'enfui vers l'errance , navigant d'hôtel en hôtel après un rêve perdu , l'on croit encore au pouvoir de la jeunesse et de ses illusions ... Ce matin , lorsqu'il s'était tourné vers la fenêtre , à la fois ravi de cette nouvelle rencontre de la veille , pleine de promesses , mais encore mortifié , dans son âme , par de profondes blessures , la jeune fille inconnue de l'avion l'avait réveillé de sa petite voix , puis la vie était revenue peu à peu , 

avec , parmi les bruits et les rires du

couloir , ceux du zoo alentour , timidement ponctués de son chant d'oiseau ... Après un petit déjeuner copieux qu'il venait de prendre au " Schweizerhof  " , l'hôtel en face du jardin zoologique où il avait ses habitudes , notre promeneur se mit en marche dans les allées ombragées du " Tiergarten "  ... ( 8 )

           La journée s'annonçait belle ,

ensoleillée . Il aimait tant cette ville ! Et comme les répétitions ne devaient reprendre que le lendemain , le pianiste s'était promis de tirer profit des charmes de la saison printanière , fort prisés , par ailleurs , des nombreux badauds qui , plus ou moins vêtus , déambulaient paresseusement dans le parc .  
Quelques couples s'échangeaient de rapides baisers , tandis que de ravissantes filles-fleurs vous narguaient au passage de leur charme germanique , un " walk-man " collé aux

oreilles . Que pouvaient-elles s'imaginer , celles-là , se demanda-t-il , songeur , avisant une blonde walkyrie s'essayant avec peine à suivre sa compagne , gracieuse sylphide ?
Avaient-elles remarqué cette lueur complice dans son coup d'oeil furtif ?

           Il longea peu après la rue du 17 Juin , que prolonge " Unter den Linden " , passé la frontière de jadis , la majestueuse Porte de Brandebourg , pensant que cette escapade en Allemagne venait à point calmer ses sentiments de culpabilité vis-à-vis de sa femme et de son frère , lorsqu'il la vit , soudain , devant la statue de Richard Wagner où ils s'étaient donnés rendez-vous .

- Ne pensez-vous pas , lui dit la demoiselle , que cet immuable lieu de pèlerinage puisse parfois paraître hanté par la crainte d 'un sombre avenir comme s' il était devenu sacrilège , pour les fantômes d 'un passé englouti dans des eaux tumultueuses , d 'en franchir à nouveau la frontière invisible  ?

- Mais n 'est-ce pas ce qu'il voulut peindre , après tout , la fin d 'une civilisation  ? , lui répondit-il d'une voix plutôt grave , désabusée , comme surgie de l'au-delà d'un visage en ruine , reflet gris et boueux d'un fleuve à l'ivresse mythique dont les larmes mouillaient son beau regard livide et dévasté .
 

7 - Aujourd'hui , il lui était encore impossible de connaître le fin mot de toute l'affaire .  L'ennui était qu'il n'avait jamais été capable de se rappeler l'heure exacte , précisément , de ce samedi de noce où il s'était rendu en voiture jusqu'à l'île afin de reconnaître les corps . L'avait-il fait ?         

     Le procès était en cours d'instruction ,  mais il n'avait pu fournir plus de renseignements que " vers la fin de l 'après-midi , peut-être " , concernant l'arrivée hypothétique d'un commando que tout l'auditoire imaginerait sans doute comme un fantasme .

     D'ailleurs , la vie ne ressemble-t-elle pas elle-même à un miroir aux alouettes ? Toujours cette distanciation qui nous fait entrevoir seulement , comme dans un songe ou un théâtre d'ombres , la réalité . Des images défilent , mettant en lumière ces nombreux faux-semblants que cache toute vérité , mais aussi le chemin clair-obscur séparant le crime sadique de la pureté , l'amour idéal du sordide . Toujours l'âme humaine aux tragiques méprises , la rumeur impitoyable et destructrice , la calomnie , avait magistralement conclu le juge peu avant d'établir un non-lieu .

     En longeant les murs de l'Opéra , bordés de tilleuls séculaires , qui offraient leurs frondaisons fleuries et parfumées comme un baume tentant d'apaiser la folie des hommes , c'était toute la passion du " Mage de sa jeunesse " , ou du " vieil Enchanteur  " , qui lui revint en mémoire d'un seul coup ! ( 9 )
Ce fut comme un orage tumultueux brisant brutalement tous les ponts jetés sur les eaux noires de la Spree !

 

       

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

                                ___

 

 

DAN AR WERNLA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde PartieLE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII- III - Alibi - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE  " , copyright 2024 .

 

                      ___

Notes :

 

8 - Le " Grosser Tiergarten " ( Grand jardin des animaux ) , parc du centre de Berlin situé à l'ouest de la Porte de Brandebourg . Berlin Schweizerhof ( en face du zoo ) ,  Budapester Strasse 25, 10787 Berlin .

9 - Richard Wagner ( 1813 - 1883 ) : Le " Mage de ma jeunesse " , selon Georges Duhamel , dans " La Musique Consolatrice " ( 1944 ) .
" Le vieil Enchanteur " , selon Thomas Mann , dans " Richard Wagner et L'Anneau du Nibelung " , Conférence prononcée le 16 Novembre 1937 dans la Salle des Fêtes de Zürich ( " Noblesse de l'Esprit " , essais , par Thomas Mann , Albin Michel , 1960 ) .

 

 

Lire la suite

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - II - Fausse Note .

19 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PIANISTE

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - II - Fausse Note .

 

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

- Seconde Partie -

 

 

 

 

 

 

 

LE PIANISTE

( Cycle de L'Etoile XXVIII )

 

 

 

 

     

 

 

 

II - Fausse Note

    

 

 

 

 

 

 

 

" Je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe . Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu , et mille fleuve pareils , dont les teintes indiquaient les différences chimiques , sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " I ,4 .

 

 

       

 

 

 

 

        

 

 

 

 

      3 - Le soir de cette journée particulière où une fois de plus , à la Philharmonie de Berlin , le maître avait majestueusement pris place au clavier , l'application de ses mains d'esthète au service d'un art consommé , toute une technique subtile alliée à une sensibilité d'écorché vif , avaient dessiné les méandres ténébreuses d'un coeur meurtri cherchant à captiver l'auditoire en magnifiant la réponse qu'il s'efforçait de lui donner !
           D'abord , celle des ténèbres de la conscience , la sienne ou celle de Brahms , lorsque les notes magiques , transfigurées par tant de travail , se mettaient à briller plus encore , mouillées d'amertume au regard d'un impossible amour , l'artiste s'efforçant alors , malgré son chagrin profond , d'imaginer la maison dont lui avait parlé sa passagère disparue .

           Puis , la ville toute entière , théâtre d'étranges réminiscences , parut s'offrir à son âme dévastée . Une pluie fine et persistante l'avaient envahie d'une grande tristesse , tandis que rues et perspectives , gagnées par sa mélancolie , donnaient au visiteur l'impression de percevoir alentour un champ de ruines laissé derrière elle par l'horrible guerre , évoquant si bien le chaos de sa propre vie . 

           Une fois de plus , il n'avait pu supporter de rester seul après l'enchantement de la fête .
L'extase indicible que l'oeuvre avait d'abord fait naître en lui , avait mué peu à peu son élan mystique en fièvre incendiaire .
Cédant à l'habitude , il avait préféré la marche , rentrant à pied de l'auditorium , " afin de réfléchir " , dit-il , énivré par la douceur printanière , et peut-être également par cette idée si particulière de l'excitation , qu'il nommait " frémissement de l'existence  " .
Lorsqu'il se retrouvait " vidé  " par son travail , elle lui servait souvent de prétexte à l'irruption de forces bien ténébreuses .
          " Comment y résister , d'ailleurs ? " , demandait-il , chaque fois qu'il voulait rassurer sa bonne conscience des vertiges de la nuit .
" Nous ne sommes pas vrais tant que nous nous gardons  " , chante le poète . ( 6 )
En tout cas , c'était devenu sa devise favorite .

          Il s'était alors mis à boire de plus en

plus , éprouvant un insurmontable dégoût , lié sans doute à l'errance , à la solitude , qu'on étreint parfois comme une maîtresse de pacotille dans une chambre anonyme , et qu'on retrouve au hasard d'une rue sombre , dans un bar de fortune , pour assouvir une soif encore plus grande , celle de l'oubli ... Au coin d'une ruelle obscure du quartier chaud ,  le promeneur s'était réjoui de revoir ce bâtiment grotesque , constellé d'ampoules multicolores , qui faisait flamber d'immenses lettres de feu criardes , comme une invite à assouvir simplement la soif nocturne irrépressible d'un passant solitaire :
" Der Blaue Engel  " , cabaret berlinois rempli de bière et de jolies filles ! ( 7 )
          Vêtu d'un smoking impeccable , un petit être replet , dissimulant son regard vicieux derrière de grosses lunettes noires , s'efforçait de ne pas reconnaître ceux qui , souhaitant garder l'incognito , appréciaient la beauté sauvage des danseuses nues .
         Mais ce soir-là , il sentit que la propre musique de son coeur voulait l'entraîner bien plus loin que ce lieu où se défoulait l'ivresse collective .
Il avait davantage besoin de l'intimité du

bitume , il le savait , de la dureté du caniveau , des odeurs fétides , rassurantes qui , selon lui , seraient , en fin de compte , son seul et dernier refuge .
         Après quelques verres , titubant sous les lueurs pâles du clair de lune trempé d'une récente averse , il entreprit , tel un animal , de renifler la puanteur âcre des trottoirs .
Quelque " Lili Marlène " au maquillage racoleur s'avança vers le Maître , ornant une porte cochère de sa présence :
" Tu viens , chéri ? Komm zu mir ... 

Ich bin Lola ! "

   4 - Lorsqu'il reprit enfin sa route vers l'hôtel du " Tiergarten " , il lui parut que toute la noirceur du ciel , encombré de nuages menaçants , lui posait sans répit les mêmes questions lancinantes . Depuis des lustres , celles-ci minaient son équilibre et sa santé .
Pourquoi , se tortura-t-il avec angoisse , étant convaincu , cependant , de l'horreur de la réponse , ai-je tout fait pour briser le mariage de mon frère , en épousant sa femme que je n'aimais pas ? Comment ne pas mourir moi-même de leur mort que je n'avais pas voulue ? 
         La pièce était jouée , désormais , l'oratorio funeste d'une existence naufragée .
L'acteur principal , accablé par le poids d'un tel Destin , ne pourrait plus , très longtemps , paraître sur scène .
Les gouttes meurtrières , transperçant de coups de poignards son crâne dénudé , forcèrent le vaincu à s'écrouler sur le banc des coupables . 
C'était sûr , il avouerait tout , bientôt , malgré l'eau ruisselante qui dégoulinait de son visage aux traits immobiles de mort-vivant .
         Pleurant à chaudes larmes , le pauvre homme se sentait perdu . Impitoyable , le vent seul , de ses bourrasques assassines mouillées de tempête , aurait su le comprendre , et , cruellement , lui hurlait sa réponse ...

  5 - Happé par ce cauchemar étrange que le battement saccadé d'un invisible métronome hantait d'une musique lointaine dont l'origine provenait sûrement de la fosse d'un immense orchestre , il s'était jeté tout habillé sur son lit , se sentant complètement anéanti par ce qu'il venait de vivre sans qu'il en soit vraiment sûr , tellement cela lui avait paru effrayant l'espace d'une seconde ! 

        Perdu dans une sorte de vertige , il s'était interrogé sur ce qu'elle aurait espéré connaître de plus enthousiasmant que cette épouvantable vision de rocs de couleur sombre et de blocs d'encre d'un sort si cruel , sinistre vision perçue fugitivement par la fenêtre de son hôtel , où évoluaient deux anges noirs , pantins ridicules masqués d'écarlate paraissant le narguer dans sa monstrueuse solitude , son cadet Gwenn peut-être , et " leur " fiancée disparue , Clara , pauvres oiseaux de malheur dont les pattes sanguinolentes dégoulinaient sur un désert de badauds résignés , faisant planer leur ombre tragique sur les ineffaçables traces de la catastrophe inexpiable de sa vie ?!

       Pourtant , qu'étaient-ils près du "célèbre " pianiste Gurvan Morgan

       Il se demanda , sanglotant , s'il était vraiment possible de survivre au terme d'un tel parcours , comme si , après avoir tenté de sauter jadis dans le vide et de franchir ainsi d'un seul coup le seuil de cet au-delà du mal inespéré depuis le haut du cercle , on parvenait enfin , pour conclure , à se débarrasser du vieil uniforme de ses illusions perdues ... Celui de leur père , par exemple , ayant toute sa vie rêvé de l'indépendance bretonne ?  

       N'offrons-nous donc rien , se questionna-t-il ensuite , à la douleur des survivants qu'un peu d'indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ?

       Mais elle , qu'aurait-elle donc ressenti , sa " petite amie " de l'époque , alors qu'il ne lui avait jamais rien dit de la tristesse profonde et maladive de sa mère , victime des frasques paternelles ? 

       Quelques heures de sommeil plus tard ,  les yeux à demi ouverts , l'homme  remuait encore tout cela sur son balcon , fasciné au petit matin par l'immensité du ciel dominant l'obscur panorama qui l'entourait , se rappelant celui de son enfance en Bretagne , et ce long chemin balayé par le vent qui l'avait amené nulle-

part , lorsqu'il était parti un jour pour en finir à travers champs vers la falaise abrupte ! 

       Il se revit au moment où tout lui avait semblé si sombre , au bout de l'énorme gouffre de ténèbres trouant le sol mystérieux , comme l'évoquait aussi le martèlement de la pluie sur les tuiles , résonance en lui d'un glas sépulcral au plafond de la pièce où les fantômes insatisfaits de ses parents s'époumonaient en vain pour l'entraîner de leur côté !

      D'ailleurs, n'était-ce pas le vertige de leur chute interminable , ensuite , qui l'avait conduit dans ce silence horrible à travers l'infini ?

      Réfléchissant à ce qu'il faisait là , couché dans cette chambre , trempé de sueur , il écouta craintivement la sonnerie du téléphone qui l'avait réveillé ! 

      Regardant par la fenêtre , il remarqua encore quelques traces de l'orage nocturne ayant agité sous son crâne un ouragan bien plus dévastateur que dans les rues désertes de la ville . Dans son délire , il avait presque tout oublié , sinon quelques bribes de la soirée d'hier , mais en voyant l'horizon mystérieux couronné de nuages toujours très menaçants , le voyageur chercha plus loin que le flot de verdure assoupi sillonnant au sein de la cité berlinoise comme serpentaient vaisseaux et veines parmi les lobes de son cerveau en feu : il frissonna de plus belle en revivant les affreuses turbulences qui l'avaient amené ici en catastrophe ! 

- La création , psalmodia-t-il dans sa tête , recherche impuissante passant trop souvent par une douleur atroce ... ou plutôt , 'oeuvre accomplie , certitude stérile , devenue vaine ?

     Il décrocha l'appareil ...

 

 

   

( A Suivre )

 

 

 

 

                                 ___

 

 

 

DAN AR WERNLA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde PartieLE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII- II - Fausse Note - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE  " , copyright 2024 .

 

                 

                      ___

Notes :

 

6 - Stefan Zweig , " Sonnet " .
 

7 - " L'Ange Bleu " , affiche du film de Joseph Von Sternberg ( 1930 ) , avec Marlene Dietrich .








                                            
                                    

                            
                            

                            


                            



    
      

Lire la suite

L'Histoire de Roll et Virginia ( Cycle de L'Etoile XXV ) - Teaser / Bio - Miracle .

18 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #ROLL et VIRGINIA

 Galerie Le Yack - Klimt Les Amants ( 2023 ) - Tous droits réservés .

Galerie Le Yack - Klimt Les Amants ( 2023 ) - Tous droits réservés .

 

L’Histoire de

 

ROLL ET VIRGINIA

 

( Cycle de L'Etoile XXV ) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

pour Bernardin De Saint-Pierre

 

 

 

 

     

 

 

  

 

 

 

 

Miracle

  J'ai rêvé de toi , j'ai rêvé encore que tu cherchais ton chemin dans ma nuit , tout comme moi dans la tienne , et que nous finissions par nous croiser dans ces ténèbres d'un monde où nous errions l'un vers l'autre au plus beau soir d'une rencontre , celle de quelqu'un que l'on croyait depuis longtemps connaître , mais qu'il nous était arrivé de retrouver quand nous ne nous cherchions plus , de tomber par miracle sur cette personne que nous avions peur , un jour , peut-être , de redécouvrir ? 

 Parce que l'amour n'est pas impossible , n'est-ce pas ? Mais sur la Terre ?

 Chère amie , cette infinie douceur cachée en toi comme une rose délicieuse et légère de mon jardin de souffrance , la retrouverai-je un jour ? Et ce beau sourire de lumière arraché à l'étoile de ma Mort , quand me le rendras-tu ? Au ciel , nous répond Saint Thomas , " lorsque vous ne ferez des deux quun seul et que vous ferez le dedans comme le dehors , et le haut comme le bas . Et si vous faites le mâle et la femelle en une créature afin que le mâle ne soit plus mâle et la femelle ne soit plus femelle , alors vous entrerez dans le Royaume de Dieu ". 

2 - Après " Adagio Assaï " , vaguement inspirée du " Moderato Cantabile " de Marguerite Yourcenar , voici , à la lecture de Bernardin de Saint-Pierre , l'amour , hélas impossible en cette vie , de Roll et Virginia .

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la musique , la culture celte , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - L'Histoire de Roll et Virginia Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Miracle Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'Histoire de Roll et Virginia " - Copyright 2024 .

       

( Cycle de L'Etoile XXV ) 

Lire la suite
Publicité

LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - I - Offrande Musicale .

17 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PIANISTE

Caspar David Friedrich - Le Voyageur au-dessus de la Mer de Nuages ( 1817 )

Caspar David Friedrich - Le Voyageur au-dessus de la Mer de Nuages ( 1817 )

 

 

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

- Seconde Partie -

 

 

 

 

 

 

 

LE PIANISTE

( Cycle de L'Etoile XXVIII )

 

 

 

 

     

 

 

 

I - Offrande Musicale

    

 

 

 

 

 

 

 

" La musique est le pays des âmes , comme les masques sont le pays des corps ... "

Jean-Paul  *

 

       

 

 

 

 

        

 

 

 

 

      1 - 'ai reconnu votre présence , monsieur ... Vous êtes le grand musicien , n'est-ce pas ? , lui demanda-t-elle , rougissante , lorsqu'il répondit à son petit signe .

           Elle lui parut si belle , avec son minois d'ange et ses fines lèvres d'où émanaient les plus purs accents d'une mélodie d'outre-monde . Et , malgré la pesanteur d'un premier silence , la jeune fille ,  comme s'ils se connaissaient depuis longtemps , tentait de lui cacher son trouble .
- Vous vous intéressez au Romantisme ? , commença-t-il avec précaution , retirant ses écouteurs .
Disons plutôt qu'un drame de Byron'a , une fois , conduit vers Friedrich , répliqua-t-elle , souriante , parlant avec une certaine précipitation et de la timidité . ( 1 )
           Son attitude craintive , sa démarche gracieuse , lui évoquèrent d'abord celles d'une biche apeurée .
Chez moi , poursuivit-elle , gênée , certains paysages de cloître en ruine ou de cimetière abandonné font , paraît-il , penser aux siens .
D'ailleurs , ce voyageur dans la montagne , balbutia-t-elle encore , je trouve qu'il vous ressemble un peu ,'est-ce pas ? ( 2 )

          C'était aussi un reproche de sa

femme , petite bourgeoise élitiste vivant dans sa tour d'ivoire parisienne , qui l'accusait souvent de fuir le monde en ignorant la vie de famille et ses semblables .
           Le visage de l'adolescente s'était brusquement empourpré . Elle n'en menait pas

large , ayant réalisé trop tard son audace et ne sachant plus maintenant comment se faire pardonner .
C'est une surprise de la Providence ! , lui lança-t-elle avec fougue . Vous savez , j'étais dans les choeurs de " Manfred " lorsque vous avez dirigé l'opéra de Schumann . Quel musicien ! C'est mon préféré , avec Liszt ... Et vous , bien sûr .  ( 3 )
           Sans doute avait-elle tenté d'atténuer sa maladresse . I
l aimait bien l'exotisme de sa voix germanique , pourtant , se rendant compte avec dépit qu'absorbé par son travail ou par quelque intuition créatrice , il avait dû laisser de côté tant de belles âmes comme la sienne sans jamais même s'apercevoir de leur existence . Et cette attaque portée par son ancienne amie n'était après tout qu'une manifestation de rage habituelle contre l'indifférence de son compagnon vis-à-vis d'elle .

- Je suis confus , se mit-il à bredouiller , comme s'il venait de comprendre avec un peu de retard cet impérieux désir naissant en lui de faire des confidences , puisqu' il ne savait pas vraiment qui elle était , en fait , peut-être cette étudiante soigneusement choisie par l'Institut Musical pour une rencontre " inattendue " et privilégiée avec le " maestro " ?
Mais non , se défendit-il d'un soupir ,
 je ne suis pas celui que vous croyez , cette idole hors d'atteinte , " ce Phénix dans les nuages, comme ils disent ...
Je suis quelqu'un de très banal ... Pardonnez-moi
          De prime abord , cette déclaration surprenante ne parut pas la faire ciller .
Mais elle tourna légèrement la tête , et d'un geste gracile ensuite , ôta ses lunettes rondes qui , derrière le noir d'un verre fumé , cachaient deux grands yeux clairs comme l'azur .
Aujourd 'hui , c 'est plutôt le concerto de Brahms ! , lui lança-t-elle d'une mine interrogative , jetant un oeil curieux sur son ordinateur , tandis que l'éblouissement de son

sourire , exaltant toute la beauté de son corps d'adolescente , la montrait savourant un vrai moment de bonheur ! ( 4 )
          Le pianiste , cependant , restait sur la défensive . Il était évident que cette fille avait quand même réussi à le libérer de certains remords inhibiteurs . Même s'il n'avait plus l'âge des amours collégiennes , n'était-elle pas parvenue en quelques mots , par son charme , sa délicatesse , à réchauffer son vieux coeur usé d'artiste , à comprendre sa solitude ?                          Oui , sans mentir , il se trouvait bien près d'elle . Mais quel paradoxe de la Destinée ! , réfléchit-il .

    2Un coup de Soleil ! Telle serait la marque laissée , pensa-t-il , par cette rencontre éphémère d'une heure d'avion . 
- Je devrai bientôt vous quitter , malheureusement , ma chère , se mit-il à bredouiller sans prendre conscience des conséquences de cette formule machinale qui lui permettait souvent d'échapper plus vite aux obligations mondaines ... 

- Vous savez , je vous connais depuis longtemps ,'ai tous vos disques dans ma chambre ... Et parfois , je vous joue sur mon piano ...  , lui confia-t-elle enfin , glissant , en cachette , une de ses partitions dans son sac.

         L'idée de ce simple constat le laissa complètement rêveur !
         Donc , il lui faudrait laisser s'enfuir trop vite celle qui  , l'espace d'un instant , avait , peu avant l'atterrissage , déchiré un coin du ciel , transfigurant sa pauvre vie .
Il se leva de son fauteuil , avec la crainte qu'elle ne juge déplacé cet élan .
Mais au contraire , elle saisit avec chaleur sa main pour le remercier .

- Je suis sûre , monsieur , que vous viendrez demain soir nous rendre visite à l 'école ! , ajouta-t-elle , lui précisant qu'elle y avait été aussi étudiante , y pratiquant jadis le chant choral en plus de son instrument préféré . Toutefois , l'année scolaire se terminant , son retour chez elle aurait lieu après le " cadeau " de cette rencontre exclusive et de cet ultime concert donné afin de récompenser de son premier prix la meilleure élève de l'établissement berlinois .
- " L'Offrande Musicale " figurera au programme ! , ajouta-t-elle avec entrain . ( 5 )
Une musique divine , s'efforça-t-il de conclure sur un ton de forfanterie destiné à lui cacher sa peine tout en lui faisant comprendre avec un semblant d'humour qu'il avait déjà été vaguement mis au courant de tous ces détails , mais que le véritable présent , pour lui , désormais , c'était elle , et que ce qui lui faisait mal , c'est qu' il aurait juste voulu lui parler encore un peu de temps !

- Merci de m'avoir accordé cet instant de votre agenda si précieux , claironna-t-elle , triomphante , pour finir !
         On aurait dit une jeune colombe , qui , après avoir frôlé de ses ailes graciles , juste un instant , ce lugubre royaume où il avait si longtemps tenté de survivre parmi les ombres ,

prenait maintenant son envol ! 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

                      ___

 

 

 

 

DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde PartieLE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII- I - Offrande Musicale - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE  " , copyright 2024 .

 

                 

                           ___

Notes :

 

1 - " Manfred " , drame en vers de Lord Byron , publié en 1817 , qui inspira Schumann .

 

2 - " Le Voyageur au-dessus de la Mer des Nuages " ( Der Wanderer über dem Nebelmeer  , 1817 - 1818 ) , par Caspar David Friedrich .

 

3 - " Manfred " ( 1852 ) , opéra de Robert Schumann ( 1810 - 1856 ) , d'après un poème de Byron .

 

4 - Concerto pour piano et orchestre n°2 , en si bémol majeur , op.83 , de Brahms , composé entre 1878 et 1881 .

 

5 - " L'Offrande Musicale " ( Musikalisches Opfer , 1747 ) de Johann-Sebastian Bach ( 1685 - 1750 ) , sur un thème de Friedrich II. der Grosse ( 1712 - 1786 ) .

 

 




 

 

 

* " Flegeljahre " ( 1804 / 1805 ) , roman de Jean-Paul ( Johann Paul Friedrich Richter , 1763 - 1825 ) .

 

Lire la suite

LA NEBULEUSE DU CRABE - LE PHOTOGRAPHE ( Cycle de L'Etoile XXVII ) - Epilogue - VI - Mystère de la Chute .

11 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PHOTOGRAPHE

Buste de Ouessantine ( Musée de Kemper )

Buste de Ouessantine ( Musée de Kemper )

 

 

 

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE PHOTOGRAPHE

( Cycle de L'Etoile XXVII )

 

 

 

 

 

 

 

 

- EPILOGUE -

 

     

 

 

 

 

 

 

VI - Mystère de La Chute

 

 

 

 

" On connaît la chute de cet homme ,

  Mais sait-on combien il a lutté ?

William Styron - "Un Lit de Ténèbres " , VI .

         

       

       

 

 

     16 Le soleil joue à cache-cache derrière les nuages , révélant une forme d'arme sous un blouson de cuir . Une lueur éclaire des lunettes noires  dansant au-dessus des vagues ... C'est si facile en apparence de tuer un homme , de lui tirer une balle parce qu'il n'y a plus d'autre solution ... Pour toute réponse , on entend les gémissements d'une sirène mêlés aux sinistres cris des goélands à dos noirs ...

           Comment jauger quelqu'un dont on ne sait trop ce qu'il vient de faire ? , se demanda l'inspecteur avec une certaine froideur face au large .

Quant à sa femme , malgré ce qu'en pensaient beaucoup , n'avait-elle vu aucun signe avant-coureur avant de disparaître bien vite sur l'autre rive ? Alors , quel sens donner à tout ça ?

Voyez-vous , le monde est à feu et à sang ... Lorsqu'on n'a plus le choix , que répondre à une situation problématique ?

- Vous avez certainement dû vivre ce genre de situations ,  monsieur ? , fit l'inspecteur en forme de premier contact , face à celui qui , depuis l'année dernière , avait tâché de vite oublier la mort brutale de sa fiancée grâce à de lointaines tournées musicales .

Je vais vous faire un aveu surprenant , lui répondit l'autre , je devrais faire comme Liszt et devenir prêtre afin 'habiter " la maison du Seigneur pour la durée de mes jours "... ( 8 )

Du moins ,'est ce qu 'on fredonne à l 'église , n'est-ce pas ?

Belle image , en véritélorsqu 'on pense à l 'Amour unissant deux êtres , Dieu à l 'Homme dans un seul regard contenant tout le Ciel et la Terre 

              Pourtant , songea son voisin , l'aimée peut-elle avoir n'importe quel visage , même celui du déchu ? Puis , comme celui de la

tombe , son oeil sombre vit tout un vol

d'aigles , de sauvagines tomber sur lui et sur la mer en quête de proies et de nourriture ! 

" Oh , je ne suis pas le bossu que tu vois , je dors sous la montagne ... " , se rappela-t-il , comme ce poète qu'il aimait encore entendre parfois chanter . ( 9 )

                Rapidement , ses traits se durcirent . Puis , fouillant sa mémoire , il blêmit de plus en

plus ... Les noms se brouillaient dans sa tête vide , l'étourdissant . Ce qu'évoquait la charmante disparue , il avait  d'abord décidé d'y croire , par opportunisme , y mêlant de vagues images de ses propres errances , déguisant en aveugle une réalité bien plus obscure . Il s'était laissé aller tout doucement , près d'elle , vers ce rêve impossible de vouloir embellir sa triste vie . D'ailleurs , n'avait-il jamais joué de ces tableaux sans

âme , de ces pastels mornes qui n'ont que l'apparence d'une oeuvre , parce ce qu'ils n'expriment jamais rien que des illusions d'artiste où l'on ne voit qu'un charmant paysage , insensible aux bruits sourds de l'onde , à ses gouffres , ses hurlements secrets , comme aux sirènes changeantes qui parsèment d'écueils la voie obscure du destin ?!

              - De quoi parle-t-on  ? , voulut d'abord l'interroger l'officier de police , conscient de la vacuité de cette enquête de routine . Mais , suffoqué par la honte , le

désespoir , l'autre s'était mis à fondre en larmes , le suppliant de se taire d'un regard silencieux .

" Je ne suis pas ce type , je ne l 'ai jamais été ! , s'écria-t-il enfin d'un ton rageur , lui coupant sèchement la parole .

              Douloureusement , le souvenir des faits véritables remonta , comme une épave de sa désespérance , à la surface des flots impassibles . Ne doit-on pas lever l'ancre pour ouvrir la route aux navires abandonnés ?
Soudain , le nom de son rival finit par réapparaître à l'horizon des péninsules de son infortune . Il imagina la silhouette fantasmagorique de son frère , quelque reflet minable dans le miroir des apparences trompeuses . Qui était-il , en vérité , celui-là , sinon le double équivoque se jouant des embûches de la

séduction ? Pourquoi donc ce faux air de

famille , dessiné sur lui comme une sinistre caricature , alors qu'il avait l'impression qu'il n'était plus le même que celui qu'il n'avait pas revu depuis si longtemps ? C'était comme une vision de votre échec incarnée dans un personnage qui vous touche comme l'avers d'une médaille à double face ! D'un côté , le héros , mais de l'autre ?  

                Clara les avait présentés lors d'une

fête .

              Mais elle avait eu beau dire qu'ils se ressemblaient , tous les deux , son regard mouillé , devenu soudain cruel , n'avait de cesse que de clamer, sans mot dire , son

nom , se rappelant encore les " promesses " de son ancien ami et leurs tendres effusions lorsqu'il avait dû , sans elle , fuir la capitale .

Et je l'aime encore ! , lui avait-elle même un jour de colère avoué sans y croire vraiment , d'une voix contenue , le teint pâle , effondré d'entendre tous ses mensonges , mais pensant que , par cet aveu inattendu , enfin sorti de sa bouche au bout de tant d'années de silence ,

elle réussirait , peut-être , à éveiller son attention sur elle , à témoigner de son calvaire : il ne put en dire davantage ! Elle s'était tue . La stupeur l'avait rendue muette . Elle paraissait effrayée parce qu'avait fini par naître une espèce de dégoût vis-à-vis de lui . 

-  Je ne sais plus précisément , avait-elle

conclu , gênée , visiblement mal à l'aise , tentant de retrouver ses esprits ... Tout cela est bien mort , poursuivait-elle au bout d'une minute , semblant à bout d'arguments , nerveuse , tirant sur sa cigarette .

- ... De toute manière , lui avait-elle ensuite lancé sur un ton glacial pour achever de l'éconduire , je ne t 'aimerai plusJe ne suis pas comme toi , 'est évident ! Jamais je ne

le serai Tu peux comprendre ça ? Jamais ! "

              Longtemps encore , tandis que ses dernières paroles résonnaient dans son cerveau en feu , un grand poids d'angoisse lui noua l'estomac . Se levant lourdement de son siège , il avait eu cette sensation terrible de mourir . Un teint livide fardait son visage . 

              Alors , sa vie entière lui avait paru un immense trompe-l'oeil , un tel gâchis .

" J'ai été si longtemps à t'attendre , lui balbutiait-il en l'air quelquefois , dévoré par le désespoir , anéanti , ayant tant voulu rejoindre son grand amour et s'enfuir avec elle plus loin , bien plus loin que la douceur sauvage de leurs îles bretonnes !

 

 

 

 

 

FIN

 

 

                                 ___

 

 

 

 

DAN AR WERNLA NEBULEUSE DU CRABE LE PHOTOGRAPHE ( Cycle de L'Etoile XXVII ) - Epilogue - VI - Mystère de la Chute - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PHOTOGRAPHE  " , copyright 2024 .

 

 

 

                                 ___

Notes :

8 - Psaume 23 ( 22 ) , 6 .

   - Franz Liszt ( 1811 - 1886 ) , compositeur et pianiste hongrois qui , après avoir rejoint le tiers-ordre franciscain , reçoit la tonsure et les quatre ordres mineurs de l'église catholique , lui donnant en France le titre d'abbé .

9Avalanche " de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) - Traduction de Graeme Allwright in "Songs of Love and Hate " album , copyright Sony Music Entertainment 1971 .

Lire la suite