Le Professeur - Première Partie - Terre Nouvelle - 5 - Douar Nevez ( 8 , 9 ) .
Le Professeur
Première Partie :
Terre Nouvelle
5 - Douar Nevez *
" Qui veut savoir ce qui est beau ,
Et qui peut l'enseigner ? "
Caspar David Friedrich
8 - Premièrement , elle me parut très belle , coiffée à la garçonne , avec son minois d'angelot tombé sur Terre et ses fines lèvres d'où émanaient les plus purs accents d'outre-monde .
Ma " jazzwoman " en uniforme , accompagnatrice et garde-malade occasionnelle , autre de ses petits boulots d'appoint , débarquait pour le week-end sur la côte bretonne avec une invitée-surprise plus jeune qu'elle , une adolescente portant des lunettes rondes noircies , coiffée d'une capuche et tenant une canne , qu'elle fit entrer au beau milieu de ma salle-à-manger de Rhuys , où , maintenant , brûlait une bûche que j'avais placée depuis le matin dans l'âtre surmonté d'une belle glace un peu piquetée .
- Salut , claironna-t-elle , je te présente mon bébé , Mona !
( Et , plus doucement ) : disons qu 'elle est en séjour au centre " Douar
Nevez " . *
Je me souvins alors de l'image ovale dont elle m'avait parlé , qui lui ressemblait tant sur le mur de ma chambre du port , dessin de Perugini dont , la veille au soir , fixant le cadre , j'avais eu du mal à distinguer l'existence réelle de la sienne tant vivait en moi ce sentiment d'y apercevoir un fantôme de son propre visage , pâle reflet d'un rêve m'effleurant
d'abord , puis , sans cesse , me caressant avant de plonger dans la clarté fascinante d'une source aux yeux d'eau bien plus profonde , inépuisable vestige me rappelant , par sa ressemblance , la ridicule caricature dont , naguère , nous avions dû incarner l'être pur et lointain ! ( 14 )
Alors , la voyant surgir de l'abîme plus belle que n'en créa jamais la force d'une imagination , manifestation considérable qui put soudain , comme un éclair de foudre , déchirer le voile obscurcissant mon âme , je réalisais que c'était elle de nouveau , mais en même temps quelqu'un d'autre , aveuglant rayon de lumière jaillissant de son front , beau regard de l'Ange en elle transfiguré !
Ce fait me troubla vivement , mais ce qui m'avait le plus bouleversé , pendant le bref instant de cette apparition , c'était que sa fille , qui lui ressemblait tellement que j'avais cru , sans en être bien sur au début , reconnaître en elle son double , s'était mise ensuite à me transpercer le coeur de son oeil vif , glaive impitoyable et tranchant comme le verre de la glace !
9 - J'ai reconnu votre présence , monsieur , grâce au murmure de votre voix ... N'êtes-vous pas le pianiste ? , me demanda-t-elle , rougissante lorsque je lui tendis la main . Paralysé par la
peur , je n'osais , pour ma part , lui
répondre : comment pouvait-elle savoir ? Quelques-uns de mes rares disques n'étaient parus qu'en RDA .
- Mademoiselle , je suis très confus , me mis-je à bredouiller enfin , comme si je venais de comprendre , avec un peu de retard , cet impérieux désir naissant en elle d'obtenir des confidences .
Mais non , me défendis-je d'un soupir par crainte et par politesse , je ne suis pas celui que vous croyez , ni cette idole hors d'atteinte , " ce Phénix dans les nuages " , comme ils disent parfois dans une certaine presse ...
Je suis quelqu'un de très banal , un professeur de province ... Pardonnez-moi .
Le visage de la jeunette s'était brusquement empourpré . Elle n'en menait pas large . Elle avait réalisé trop tard son audace , et ne savait plus maintenant comment se faire pardonner .
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Notes :
14 - Charles-Edward Perugini ( 1839 -
1918 ) , " Study in Chalk " .
* Douar Nevez = Terre Nouvelle , centre d'addictologie lorientais .
Le Professeur - Première Partie - Terre Nouvelle - 4 - Vertige ( 7 ) .
Le Professeur
Première Partie :
Terre Nouvelle
4 - Vertige
" Je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe . Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu , et mille fleuve pareils , dont les teintes indiquaient les différences chimiques , sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... "
Gérard de Nerval - " Aurélia " I ,4 . *
7 - Je m'étais senti si fatigué ,
soudain , que j'étais tombé tout habillé sur mon lit ! L'espace d'un instant , perdu dans mon délire , je m'interrogeais sur ce que j'espérais vivre à nouveau de réel au-dessus des blocs de couleur sombre des montagnes d'encre d'un ciel cruel où évoluait un ange noir narguant ,
monstrueux , la solitude effroyable de mon double terrestre , marionnette ridicule , sinistre pantin dont il pensait tirer sans vergogne les
ficelles , voguant comme un aigle aux serres sanguinolentes dégoulinant sur un désert de moutons résignés , faisant planer son ombre tragique sur d'ineffaçables traces de mes crimes inexpiables !
Qu'étais-je à côté de lui ? N'offrons-nous donc rien , me questionnais-je , à la douleur des autres qu'un peu d'indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ? Et songeant à l'immensité de l'espace des yeux grands ouverts de la jeune fille , je me rappelais , depuis mon enfance en Allemagne de l'Est , ce long chemin balayé par le vent qui ne menait
nulle-part , quand je partais à travers champs la rejoindre vers ce sinistre château de la " Mort Rouge " surplombant une falaise abrupte où la créature , qui s'y était retranchée d'un rictus méprisant , s'efforçait de percer un passage vers mon royaume souterrain ! ( 13 )
Je me demandais , sanglotant , s'il était vraiment possible de survivre au terme du parcours , comme si , en sautant dans le vide , en franchissant ainsi le seuil de cet au-delà inespéré du mal depuis le haut du cercle , on parvenait , pour finir , à se débarrasser du vieil uniforme de ses illusions perdues ...
C'est alors que je crus me voir au bout d'un énorme gouffre de ténèbres trouant le sol ! Tout me semblait si sombre soudainement , mystérieux comme le martèlement de la pluie sur les tuiles , résonance en moi d'un glas sépulcral au-dessous de la pièce où elle dormait , lorsqu' à minuit sonnant vint me rendre visite son fantôme insatisfait s'époumonant en vain par la persienne aveugle d'une mémoire outragée !
Alors , n'était-ce pas une chute interminable , ensuite , que le vertige de ce silence horrible à travers l'espace infini ?
Puis , réfléchissant à ce que je faisais là couché dans cette chambre , trempé de sueur , j'écoutais craintivement le dernier des douze coups de l'horloge qui m'avait réveillé !
Regardant par la fenêtre , je remarquais quelques traces de l'orage nocturne ayant agité sous mon crâne un ouragan bien plus dévastateur que sur la rue détrempée , mais je ne me rappelais plus de rien sinon de la soirée d'hier et de l'horizon mystérieux couronné de nuages menaçants que je cherchais encore dans les lointains d'un bras de mer assoupi sillonnant sur le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentaient parmi les lobes de mon cerveau en feu !
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Notes :
13 - " Le Masque de la Mort Rouge "
( The Masque of the Red Death , 1842 ) , nouvelle d'Edgar Allan Poe ( 1809 - 1849 ) parue dans " Les Nouvelles Histoires Extraordinaires " (1857 ) , traduction française de Charles
Baudelaire .
* " Aurélia ou le Rêve et la Vie "
( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .
Le Professeur - Première Partie - Terre Nouvelle - 3 - L'Amour Ne Finira Jamais ... ( 6 )
Le Professeur
Première Partie :
Terre Nouvelle
3 - L'Amour Ne Finira
Jamais ...
" La vie n'est qu'une nuit à passer dans une mauvaise auberge ... "
Thérèse d'Avila - " Chemin de la Perfection " *
6 - Mademoiselle ... , hésitais-je un soir où ayant réussi à ce que nous dinions ensemble au coin du feu , j'essayais ensuite d'engager , timide et rougissant ,
le dialogue , lui demandant pourquoi elle avait élu ce lieu isolé de Bretagne .
- Vous voudriez déjà connaître , en somme , " La Clé du Contretemps " ? , me répondit-elle après une longue
hésitation , moment rempli de gêne et d'ironie , car c'était , bien entendu , le nom du petit restaurant de l'hôtel que nous habitions tous deux .
Mais comme une pause , n'est-ce pas , vaut quatre soupirs , j'espérais encore que ce bienveillant silence montre aussi son âme en suspens guettant un faible signe de mon hospitalité ?
- Peut-être faisons-nous partie d 'une terre idéale , en harmonie parfaite avec notre nature profonde , vers laquelle chacun de nous cheminerait plus ou moins consciemment toute sa vie ? , se contenta-t-elle de me répondre avec un sourire triste . La recherche , si vous voulez , d'un accord de quinte à notre portée ...
- Un peu comme le saumon qui remonte la rivière pour y pondre ses oeufs ? , lui dis-je à mon tour , m'efforçant , pour mieux la comprendre , de me noyer corps et âme dans l'eau bleue de ses yeux clairs de sirène ou de femme-poisson mouillés de larmes .
- Truite saumonée , en ce qui me concerne ! , s'était-elle efforcée de plaisanter , lorgnant vers la carte , songeant peut-être au morceau de Schubert qu'elle venait d'interpréter sous forme de
" blues " . C'est un peu de ça qu'il s'agit , n'est-ce pas , de la raison pour laquelle je me suis pointée ici ? Car mon père m'a laissé tomber à ma naissance , parait-il , alors , ça vous suffit ? ( 10 )
Comment savoir s'il était breton , ce pauvre type !? , appuya-t-elle en me dévisageant , la mine dégouttée .
Nous avions trop bu , c'était évident , nous ne pouvions reprendre le cours normal de notre bavardage .
Ma porte , elle ne l'avait d'ailleurs jamais franchie qu'une seule fois , me désolais-je en moi-même , dans le secret de mon coeur , après quelques verres de Gros Plant du pays Nantais , tandis que je revivais en songe tous ces vains efforts que j'avais risqués pour essayer de la suivre en sa chambre mystérieuse du second étage .
- Mais vous , monsieur le professeur , parlez-moi un peu plus de cet autre cours , vous savez , qui utilise les mots plutôt que les notes , celui qui , selon vous , ressemble à un récital sans musique . ( Elle devait faire
allusion , sans doute , à mon intérêt pour la théologie ) .
- Nous apprenons la
Miséricorde ! , parvins-je à courageusement lui annoncer , celle dont parlait Jean-Paul II suite à son attentat , qui arrive , écrivait-il , après une" souffrance qui brûle et consume le mal par la flamme de l'amour et qui tire aussi du pêché une floraison multiforme de
bien " . ( 11 )
- Miséricorde , mon Dieu ! . Le jour où j'entendrais parler de mon géniteur , qu'il fasse gaffe , celui-là ! , le défia-t-elle d'un air bravache avant de monter à l'étage .
Mais pour finir , elle s'était tranquillement rassise au piano dans le hall de l'auberge . Et certains clients se mirent même à reprendre avec elle un air de jazz :
" Love is a circle ,
Take my hand , my friend ,
Love is a circle ,
Love will never end ... " ( 12 )
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DAN AR WERN - Le Professeur - Première Partie - Terre Nouvelle - 3 - L'Amour Ne Finira Jamais ... ( 6 ) - Tous droits réservés - " Le Professeur " , copyright 2023 .
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Notes :
10 - Quintette en la majeur , D. 667 , " La Truite " ( Forellenquintett , 1819 ) , seul quintette composé par Franz Schubert ( 1797 - 1828 ) , compositeur autrichien .
11 - " Mémoire et Identité " ( 2005 ) , pages 201 / 202 , Jean-Paul II ( 1920 - 2005 ) .
12 - " Love is a Circle " , paroles de Manny Feldman , musique de Graeme Allwright ( 1926 - 2020 ) dans l'album de ce dernier : " Tant de Joies , Graeme Allwright and the Glen Ferris Quartet " , copyright 2000 Graeme Allwright / EPM Musique - ADES - Tous droits réservés - All rights reserved .
" L'amour est un cercle ,
Prends ma main , mon ami ,
L'amour est un cercle ,
L'amour ne finira jamais ... "
* " Chemin de la Perfection " ( Camino de Perfeccion , 1566 ) , Chapitre 70 - Parle de l'amour de Dieu , livre de Thérèse d'Avila ( 1515 - 1582 ) , religieuse carmélite espagnole .
CHEMINS D'ÂMES - MEMENTO - Teaser / Bio .
CHEMINS D'AMES / MEMENTO
Teaser / Bio
Chanson de la Lune et du Soleil
- Je dois m'en aller au loin , dit un jour l'enfant du Soleil à sa fiancée . Je ne sais ce qu'il y a en moi , quelque chose me pousse en avant ...
- Mais pourquoi vouloir partir , le suppliait-elle , et quitter celle qui , vraiment , te ressemble et te couvre de son ombre ?
- Chaque jour a une aube , un crépuscule ... Et ça me brûle comme un feu de l'enfer ! , lui répondit l'étranger , voyageant au bout de ses forces . Je n'en peux plus !
- Peut-être faudrait-il apprendre à trouver d'abord le désert de ta solitude ? , lui murmurait , pour le consoler , la voix de l'Ange , écho d'une rivière des larmes de la nuit , chapelet de gouttelettes fines tombant du flanc de la Montagne Sainte sur la Vallée Heureuse au bout du monde .
- Alors , le bonheur est là ?
- Mon cher ami , n'entends-tu pas ce vent du crépuscule chassant au-dessus du lac les nuages ? Ne vois-tu pas l'errance de leur vie éphémère s'achever douloureusement sur le toit du Temple des Abîmes , tandis qu'un dernier rayon du Soleil triomphal se joue de la masse sombre du ténébreux sanctuaire de ton amante par un éclat sur l'eau de leurs guenilles ridicules , de leurs visages moqueurs , tout biscornus : " Les nuages , les merveilleux nuages ... " ?
DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la musique , la culture celte , l'ésotérisme et la spiritualité ...
DAN AR WERN - CHEMINS D'ÂMES / MEMENTO - Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Chanson de la Lune et du Soleil .
Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " CHEMINS D'ÂMES / MEMENTO " , copyright 2023 .
Le Professeur - Première Partie - Terre Nouvelle - 2 - Esther ( 4 , 5 ) .
Le Professeur
Première Partie :
Terre Nouvelle
2 - Esther
" Il y a des jours bénis , des jours tels que ,
Si nous heurtons un cristal ,
Il rend un son qui s'accorde juste à notre chant intérieur ... "
Georges Duhamel - " Cécile Parmi Nous " *
4 - En dehors d'un héritage , cette maison qui se trouvait , comme je l'ai
dit , sur la presqu'île de Rhuys , non loin de Gâvres , je louais un petit pied à terre proche du lycée , sur le port de Lorient .
C'est là que j'avais résolu , outre mon activité professorale , de satisfaire à un " hobby " qui , selon moi , me permettrait plus tard , dans un essai que j'ambitionnais d'écrire , de mettre en avant cette " autre voie " dont parlait Proust , afin de pouvoir ainsi découvrir autrement des artistes dont j'admirerais peut-être un jour l'inégalable talent !
( 7 )
Mais au début , je dois dire que je n'avais pas eu tellement de
succès ! Nos jeunes , plutôt méfiants et fermés , préféraient sans doute se divertir dans les " bagadoù " populaires du pays ! ( 8 )
J'avais dû ainsi discrètement recourir aux services de la concierge de l'établissement , Madame Esther Le Gornigell , charmante femme de pêcheur aux allures de mouette rieuse qui s'occuperait , me confia-t-elle d'un léger gloussement empourprant ses belles joues rouges , petit signe , m'illusionnais-je , d'un certain trouble en ma présence , de modifier l'annonce figurant déjà sur le tableau de sa loge en un simple " cours de piano " ne mentionnant pas mon nom .
5 - Je suis venue parce que j 'ai été intriguée par votre premier message , m'expliqua ensuite ma première
visiteuse , un samedi d'octobre assez venteux : " Sessions de thérapie
musicale " .
Qu 'entendiez-vous par là ?
Et puis une autre est arrivée , nous sortant d'un destin que l'on croyait déjà écrit , que l'on pensait vouloir , si belle avec son manteau demi-saison , couleur de feuille d'automne , et ses yeux si purs , transparents comme du verre , disant qu'elle cherchait l'auberge de la Belle Etoile , ayant lu son offre d'emploi dans le journal de la ville .
Je la dévisageais , bouche bée , sur le seuil de la porte . Comment apprendre à l'écouter , me dis-je , lorsqu'elle commença par séduire mon âme illico ? Alors , ne sachant quoi lui répondre , je réalisais que je n'avais pas eu le temps de lui préciser que j'étais le seul habitant de l'immeuble , juste au-dessus de ce minable troquet me servant parfois de cantine , et qu'elle avait dû confondre ma porte avec la sienne , parce qu'aujourd'hui , c'était lundi , c'était fermé .
Alors , d'un coup d'oeil , elle me montra la pochette d'un de mes vieux disques posé sur le piano , puis , imperturbable , se mit à chantonner le début de la fameuse " Urlicht " , composition de l'un de mes musiciens préférés , Gustav Mahler , qu'elle interpréta de ses doigts effilés de déesse majestueuse :
" O Röschen rot !
Der Mensch liegt in grösster Not ! " ( 9 )
On aurait dit le chant divin d'une Sylphide !
- Mais moi , mon truc , c'est plutôt le jazz ! , finit-elle par m'avouer d'un sourire aguicheur ...
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DAN AR WERN - Le Professeur - Première Partie - Terre Nouvelle - 2 - Esther ( 4 , 5 ) - Tous droits réservés - " Le Professeur " , copyright 2023 .
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Notes :
7 - " Je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qu'aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage , la formation des mots , l'analyse des idées - la communication des âmes ... "
Marcel Proust - " La Prisonnière " ( A La Recherche du Temps Perdu , V - Posth. 1923 )
8 - Bagad , ensemble traditionnel de type orchestre inspiré du " pipe band écossais " composé de bombardes , cornemuses , percussions , jouant des airs du répertoire traditionnel celtique .
9 - " Ô petite rose rouge !
L'homme est dans la plus grande misère ! "
Gustav Mahler - Urlicht ( Lumière Originelle , 1892 ) , 4è Mouvement de la 2è Symphonie , extrait du " Cor Enchanté de l'Enfant " ( Des Knaben
Wunderhorn , lieder ) .
* " Cécile Parmi Nous " ( 1938 ) , septième tome de " La Chronique des Pasquier " ( 1933 - 1945 ) , saga de Georges Duhamel ( 1884 - 1966 ) , de l'Académie Française .
Le Professeur - Première Partie - Terre Nouvelle - 1 - Couleur d'Âmes ( 1 , 2 , 3 ) .
Le Professeur
Première Partie :
Terre Nouvelle
1 - Couleur d'Âmes
" Il y a une fissure dans tout ,
C'est ainsi que la lumière pénètre ... "
Leonard Cohen - " Anthem " *
1 - 2021 - " Je me rappelle encore ce mardi 11 mai 2021 " , notais-je dans mon journal , quand , par un " motu proprio " rappelant le rôle de Saint Jean D'Avila , le pape avait présenté le ministère de catéchiste comme une urgence pour l'évangélisation du monde ... « Antiquum ministerium », avait-il dit de lui , ce qui semblait paradoxal , son objectif étant d’avoir une vision claire de l’avenir ... J'avais lu ça dans le quotidien français
" La Croix " dont je m'efforçais , bien que circonspect , d'être un lecteur fidèle au gré de mes finances délicates .
( 1 )
2 - 1975 - J'étais , à l'époque , prof dans un lycée privé , pas très loin de cette partie de la Bretagne sud où j'habitais alors , proche de la presqu'île de Rhuys .
Que s'était-il passé ? , me demandais-je , tandis que , cheminant jusqu'à ma petite maison posée tout là-bas , le long de la grève , comme une fortune de mer mal éclairée de lune , je remuais au loin ces fantômes du crépuscule , ombres d'un passé trop lourd que , chaque soir , je tentais d'oublier pour m'endormir ! Qu'en était-il des siennes ?
- J'ai besoin de marcher , pas vous ? On ferait mieux d'aller faire un tour pour prendre l'air ! , m'avait-elle enfin lancé , ce soir-là , d 'un oeil vif , inquiet .
Je dois l'avouer , j'avais honte , cependant , mais je me levais vite pour la suivre .
Pour , disait-elle , s'aérer la
tête , elle s'était mise avec force , aspirant celui du grand large , à psalmodier un air à la mode :
" Je pourrais te montrer ,
Pour y aller , c'est très facile ,
Ferme les yeux ,
Laisse s'entremêler tes cils ,
Déjà , nous y voilà ,
Bienvenue sur la Baie ... " ( 2 )
Au-dessus , tournoyant en
bandes , mouettes et goélands , dans un tintamarre de cris sauvages ,
paraissaient , eux , se moquant de nous , faire vraiment la fête !
" La musique souvent me prend comme une mer ! , écrivait l'auteur des " Fleurs du Mal "
Vers ma pâle étoile ,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther ,
Je mets à la voile ... " ( 3 )
Alors , clapotant dans des vagues d 'écume , je repensais à ce deuxième concerto de Brahms dont elle venait , pour notre dernier soir ensemble , de jouer le 4è mouvement , qui , selon l'une de ses interprètes , ressemblait aux couleurs de nos âmes , " déchirures des ciels d'église que transperce l'incendie rouge d'un rai de lumière venu des profondeurs de l'espace et dont on ne savait jamais d'où elle jaillissait , de l'enfer ou du soleil ! " ( 4 )
3 - Cette histoire avait pourtant commencé bien avant la chute du " mur " de Berlin , lorsque Cécile débarqua chez moi pour , croyais-je , prendre son premier cours particulier de piano .
En effet , c'était une de mes passions que l'étude des grands maîtres désireux sans doute , par l'orchestration de leur vie , sinon de transmettre à leur manière une oeuvre aux élèves les plus assidus , du moins , d'en chercher avec eux cette écoute différente , et disait
Proust , complémentaire , chez ceux qui sauraient nous en " montrer quelle richesse , quelle variété , cache à notre insu cette grande nuit impénétrée et décourageante de notre âme que nous prenons pour du vide et pour du néant " !
( 5 )
L'artiste ne doit-il , comme le voyageur , n'est-ce pas , prendre le temps de laisser baigner ses yeux dans l'obscurité la plus complète avant d'en voir surgir enfin l'éclat d'une éblouissante révélation ?
" Qui cherche pour changer me trouve au fond de l'âme , observe encore
le poète .
L'on me nomme univers et l'on me dit sans coeur ,
Et si je parais noir ainsi qu'un étrangleur
C'est pour mieux éveiller votre désir de flamme ... " ( 6 )
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Le Professeur - Première Partie - Terre Nouvelle - 1 - Couleur d'Âmes ( 1, 2 , 3 ) - Tous droits réservés - " Le Professeur " , copyright 2023 .
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Notes :
1 - Saint Jean D'Avila ( 1499 - 1569 ) , prêtre catholique espagnol , docteur de l'église fêté le 10 mai .
" Antiquum Ministerium " , lettre apostolique sous forme de " Motu proprio " du pape François , publiée le 10 mai 2021 , dans lequel il définit le ministère laïc du catéchiste .
2 - " La Baie " , chanson de Joseph Mount adaptée par Clara Luciani sur son album " Sainte-Victoire " - Copyright 2019 Clara Luciani / Universal Music Publishing - All rights reserved .
3 - " La Musique " , poème de Charles Baudelaire dans " Les Fleurs du Mal " , Spleen et Idéal , LXIX ( 1861 ) .
4 - " Leçons Particulières " ( 2005 ) , 9 , d'Hélène Grimaud .
5 - " Du Côté de Chez Swann " ( 1913 ) de Marcel Proust .
6 - " Le Porteur de Lumière " ( 1835 ) , le plus ancien poème de Baudelaire .
* " Anthem " de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) dans son album " The Future ", copyright 1992 Leonard Cohen / Sony Music Entertainment Inc. " Columbia " - All rights reserved :
" There's a crack in everything ,
That's how the light gets in ... "
MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 12 ) - Teachers .
MEMENTO
( Souvenirs d 'un Voyageur sur la Terre )
" Qu'importe le sillon que tu sèmes
Sur les collines de la vie ... "
Glenmor - " Memento " *
IV - Nice
( 12 -Teachers )
Pour Leonard Cohen
" Are you the teachers of my heart ? "
Leonard Cohen - " Teachers " *
12 - Mais il ne s'agissait pas simplement d'une balade agréable au long d'un sentier bordant le littoral . Julien Gracq , lui , nous proposait , dans l'une de ses oeuvres , d'emprunter le " Grand Chemin " de sa mémoire pour y déchiffrer les méandres tortueux d'une destinée fugitive et secrète , celle d'un pauvre voyageur sur la Terre . ( 74 )
Périlleuse entreprise que celle de vouloir aller plus loin que l'apparence !
On ne sait pas pourquoi , en effet , la dramatique symphonie de " La Comédie Humaine " présente , bien souvent , l'inachèvement comme symbole , ou symptôme , d'une faiblesse architecturale incompréhensible .
( 75 )
" Tout meurt , l'âme s'enfuit et , reprenant son lieu ,
Extatique , se pâme au giron de son Dieu . " ( 76 )
Alors , que penser d'un tel parcours ?
Mon âme éperdue y dessinait un rêve , celui d'un jeune homme en quête d'explications .Tel visage du passé s'y promenait comme une ombre , et sa trace évanescente venait y mourir aussi , sur les rives incertaines d'une adolescence d'autrefois .
J'entendais sa voix particulière , dont le timbre mélancolique résonnait au travers de l'espace , au milieu du choeur plaintif des mélopées de l'immense tribu des Hommes .
J'écoutais cette petite chanson dont les tristes paroles réveillaient , parfois , la nostalgie de mon coeur .
LUX AETERNA ! ( 77 )
Viendrait , sans doute , le temps de refaire la route en sens inverse , me dis-je , puis de la retrouver ...
Royaume perdu de mes souvenirs trop lourds , je m'imprégnais , sans le savoir , de ta présence . Et comme ce jeune apprenti-médecin de " La Chronique des Pasquier " , mon idole d'alors , je cherchais à te déchiffrer dans la sacro-sainte parabole des " Maîtres " .
Mais qui étaient-ils , ceux-là ? Sans doute ni Rohner , ni Richet... ( 78 )
Je ne ferais jamais partie de leur élite scientifique , celle des laboratoires de recherche .
Mon pays , c'était mon âme
sauvage , ouverte à tous les vents de la jeunesse et de l'aventure , courageuse comme une caravelle solitaire à la découverte d'un nouveau monde , et terriblement incapable de comprendre cette petite route , au-dessus de la mer , que gravissait avec tant de peine ma bicyclette , vers le sommet de la montagne.
Mes lectures m'entraînaient dans une nostalgie de l'ailleurs .
C'était l'époque du " Flower-Power " ( 79 ) .
Nous avions choisi le retour du Romantisme . Tandis que ceux des Beatles , à chacun de leurs disques , devenaient plus longs , mes cheveux pousseraient donc un peu plus avec les leurs , témoignage de " notre Révolte " , manifestée par cette floraison printanière des " Sixties " ...
Je me souviens de Raoul Mille , brillant journaliste , et chroniqueur , aujourd'hui , de " Ma Riviera " , que j'avais croisé sur sa mobylette , avenue de la Victoire , avec une belle toison sur le crâne , et de grandes mèches bouclées tout autour . ( 80 )
A la Fac de Lettres , j'essayais difficilement de mettre en pratique , auprès des filles , car j'étais timide , les théories de mon professeur , l'éminent Jean Richer , qui m'initiait aux grands mystères philosophico-religieux de Novalis et de sa Fleur Bleue , comme à la poésie hermétique de Gérard de Nerval . ( 81 )
" Suis-je Amour ou Phébus ?.. , me demandais-je , Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la
syrène ...
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de
la fée ... " ( 82 )
Je m'identifiais à d'autres garçons de mon âge , dont j'aurais souhaité gagner le coeur , imiter les gestes , m'inventant, pour exorciser cette crainte inavouée de l'autre sexe , ô combien terrifiant , des amitiés très pures qui n'existaient , sans doute , que dans mes rêves ...
Mais , en fin de compte , je finissais par me dire qu'ils seraient tous , garçons ou filles , bien plus accessibles dans les livres que j'aimais tant , mon refuge , et là , plus éloignés , fort heureusement , de cette force violente et terrible qui se dissimulait en moi , derrière l'usage d'une vie quotidienne routinière , avec cette angoisse impitoyable étreignant tout mon être .
Trop souvent , je me sentais comme un chien fou retenu par une laisse , coincé dans une réalité trop étrangère à " mon Amour " , et si lointaine d'un idéal jugé inaccessible .
Alors , c'était le beau visage mélancolique d'une jeune fille à peine entrevue , surgissant sur la Promenade ou dans les Collines , qui me faisait souffrir , parce que je ne la reverrais peut-être plus , que je ne saurais jamais quoi lui dire ...
Et , tel un nouvel Ulysse , je m'élançais comme Joyce , autre sujet d'étude , à la poursuite de ma nymphe Calypso , dans le dédale des rues de la Vieille Ville . ( 83 )
Les chants celtiques de Yeats me venaient aux oreilles , lorsque j'engageais avec flamme une discussion littéraire avec mon copain d'origine irlandaise , où lorsque je disputais les balles d'un tennis endiablé avec les frères écossais McLeod , à La Colle-Sur-Loup :
" La beauté d'une femme est comme un frêle oiseau
Blanc , comme un oiseau des mers
Seul quand le jour se lève après une nuit de tempête ... " ( 84 )
" Voilà pourquoi j'aime mon
paysage , écrivait Le Clézio .
" Il ne change jamais . C'est de la terre , une ville sale et bruyante , du soleil , la mer , la brume et la chaleur ...
" Je suis chaque carré de cet espace , et ma chambre , alvéole minuscule encastré dans le domaine où je suis né , m'abrite tout le temps .
Il n'y a pas d'étranger . Il n'y a pas de monde . Il n'y a pas de patrie ... " ( 85 )
Si , toutefois , lui répondrais-je . La " Cité Magique " dont parlait Max Jacob en évoquant sa ville natale , faisait écho aux accents lyriques de mon professeur d'histoire-géo du Parc Impérial , André Compan , célèbre spécialiste du " Païs Nissart " . ( 86 )
Ainsi , " ma " lointaine Bretagne vivait en moi par sa langue , peut-être un peu différente de celle de Francis Gag , mais tellement belle !
( 87 )
" Que te dirais-je ? , confiait le poète de Quimper . Que je suis un exilé breton ? Que mon coeur y est toujours , dans ce pays , que je m'ennuie de lui , et que je n'ai de ma vie jamais fusionné avec rien d'autre ? " ( 88 )
Rien d'autre ?
Sur les plages de 68 , alors que , tout autour , c'était la révolte , je regardais l'infini .
" A l'ombre des jeunes filles en fleurs "
( 89 ) , je me passionnais pour la vie de Jacques Thibault , militant pacifiste de " L'été 14 " , qui devait me ressembler un peu . ( 90 )
Donnant plus de distance , le clapotis des vaguelettes berçait ma conscience assoupie de fugitif : Saint-Laurent-Du-Var , c'était encore la campagne , et les " tubes " de Simon & Garfunkel , au milieu des champs de roseaux , des marécages , confortaient ce sentiment d'exil intérieur et de solitude ...
" I am a Rock , I am an Island ... " ( 91 )
Qui étais-je , à cette époque ?
Je ne croyais pas à l'engagement social , ou bien , peut-être , n'avais-je pas encore renoncé " au vertige de l'individu " qui possède son langage à lui et chemine avec sa propre folie dans une Quête du Graal toute personelle .
" Celui qui a su s'accepter comme tragique , celui qui a su être le héros de sa vie , a des chances de comprendre le monde .
Il s'est fait homme , et la société peut naître en lui " , note Le Clézio ( 85 ) .
Plus tard , je découvrirais avec un tremblement de fièvre , l'illustration symphonique de cette thèse consolatrice , dans le merveilleux poème de Richard Strauss , " Une Vie de Héros " ( 92 ) .
Mais , en attendant , j'avais " vu le soleil se coucher sur le paysage ... Et la nuit s'était mise à tomber ... comme ça , petit à petit , avec ses grands et terribles glissements d'ombre terne " .
" Et le reste avait cessé d'être visible " ...
( 85 )
Puis , en suivant vers le large une silhouette fugitive de navire s'effaçant dans l'infini , je repensais à Hugo : " Être abandonné , c'est être délivré ... " ( 93 )
FIN
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DAN AR WERN - MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 12 - Teachers ) - Tous droits réservés - " MEMENTO " , copyright 2023 .
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Notes :
74 - " Carnets du Grand Chemin " , par Julien Gracq , José Corti , 1992 .
75 - " La Comédie Humaine " , cycle romanesque d'Honoré de Balzac , composé de 1830 à 1850 .
76 - " Les Tragiques " ( 1616 ) , Livre VII , par Agrippa D'Aubigné .
77 - " Luc Aeterna " , par György Ligeti , musique du film " 2001 , L'Odyssée de l'Espace " ( 2001 , A Space Odyssey ) , par Stanley Kubrick ( 1968 )
Original Soundtrack , Copyright 1968 , Polydor International . All rights reserved .
78 - " Chronique Des Pasquier " , cycle romanesque de Georges Duhamel ( 1933 -
1944 ) , comprenant dix volumes . Tome VI , " Les Maîtres " , Mercure de France , 1937 .
79 - Slogan hippie des années 60/70 .
80 - Raoul Mille ( 1941 - 2012 ) , auteur de " Ma Riviera " , 4 volumes , éditions Giletta-Nice-Matin ( 2002 - 2005 ) , " Les Amants du Paradis " ( Prix Interallié 1987 ) , etc ...
Avenue de la Victoire = ancien nom de l'avenue Jean Médecin .
81 - Jean Richer ( 1915 - 1992 ) , professeur émérite à l'Université de Nice , écrivain , auteur de " Aspects ésotériques de l'oeuvre littéraire " , Dervy , 1980 , de " Gérard de Nerval , expérience vécue et création ésotérique " , Trédaniel , 1987 .
82 - " El Desdichado " ( 1853 ) , in " Les Chimères " ( 1853 ) , par Gérard de Nerval .
83 - " Ulysse " ( Ulysses ) - 1922 - par James Joyce ( 1882 , Dublin - 1941 , Zurich ) , romancier , poète irlandais expatrié .
84 - Patrick et Philippe Mac Leod ( 1954 - 2019 ) , poète mystique français
d'origine écossaise .
" L'Unique Rivale d'Emer " ( The Only Jealousy of Emer ) , seconde des quatre " Pièces pour Danseurs " ( Plays for
Dancers ) , jouée à Londres en 1916 , par William Butler Yeats , poète irlandais ( 1865 , Dublin - 1939 , Roquebrune-Cap-Martin ) .
85 - " L'Extase Matérielle " , Gallimard , 1967 , par Jean-Marie-Gustave Le Clézio , né à Nice en 1940 .
86 - Max Jacob ( Morven le Gaélique , 1876 - 1944 ) , poète , romancier , peintre né à Quimper ,
André Compan ( 1922 - 2010 ) , écrivain niçois , félibre , auteur de " Histoire de Nice et de son Comté " ( 2001 ) et de " Glossaire raisonné de la langue niçoise " ( 2002 ) , Serre éditeur , etc ...
87 - Francis Gag ( 1900 - 1988 ) , écrivain de langue niçoise , homme de théatre , metteur en scène , auteur de " Lou sartre Matafiéu " ( 1922 ) , " La Pignata d'Or " ( 1936 ) ,
etc ...
88 - " Lettre à Jean Cocteau du 8 mars 1926 " , in " Max Jacob / Jean Cocteau , correspondances 1917 - 1944 " , cité par Béatrice Mousli dans son livre intitulé " Max Jacob " , collection " Grandes Biographies " , Flammarion , 2005 .
89 - " A L'Ombre des Jeunes Filles En Fleur " ( 1919 ) , Gallimard , Prix Goncourt , second tome d' " A La Recherche du Temps Perdu " , roman de Marcel Proust dont l'écriture s'élabora de 1908 à 1922 .
90 - "Les Thibault " ( 1922 - 1940 ) , cycle romanesque de Roger Martin Du Gard , Tome VII , " L'Eté 1914 ".
91 - " I Am A Rock " , chanson de Paul
Simon , 1965 , Pattern Music LTD , Sony Music Entertainment Inc. / COLUMBIA . All rights reserved .
92 - " Une Vie de Héros " ( Ein Heldenleben ) - 1898 - , par Richard Strauss ( 1864 - 1949 ) .
93 - " Les Travailleurs de la Mer " , Victor Hugo ( Déjà cité : " Gilliatt et la Pieuvre " ) .
" Toi , tu m'as vu , tu m'as aimé dans le pays des ombres ... "
Saint Augustin
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* " Teachers " , a song by Leonard Cohen , Copyright 1966 , Project Seven Music , in " Songs of Leonard Cohen " , Columbia , 1968 , Sony Music Entertainment Inc .
" Douleur d'Amour " ( Détail , 1899 ) , par William Bouguereau .
MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 11 ) - Jeux de Vagues .
MEMENTO
( Souvenirs d 'un Voyageur sur la Terre )
" Qu'importe le sillon que tu sèmes
Sur les collines de la vie ... "
Glenmor - " Memento " *
IV - Nice
( 11 - Jeux de Vagues )
Pour Claude Debussy
11 - Nous ne savons rien , sans doute , sinon que l'écume du large , ourlant le sable , y ronge impitoyablement les nombreux châteaux de nos illusions , de nos pauvres
songes , découvrant peu à peu , enseveli sous nos pieds , comme un chemin d'âme bordé de croix vers d'insondables profondeurs . Mais cet autre monde , où , parfois , nous partons la nuit nous aventurer , n'est , sans doute , qu'un univers double où , telles des sirènes , se faufileraient d'étranges créatures venues nous visiter . Le jour aussi , longeant ses sentiers d'abîmes , la mer nous appelle de ses jeux de vagues , de ses reflets d'ambre ou des flots majestueux nous ramènent , par la force du ressac et le mouvement de sa houle , aux pays lumineux d'une jeunesse trop tôt disparue .
J'allais le long de la pointe Saint-Hospice , marin solitaire , pensant au périple au long cours devant , à l'avenir , me conduire sur une côte lointaine , à l'autre bout mystérieux de ma mélancolie .
" Croyez-vous au Paradis ? , me demandait Xavier Grall . J'ai rêvé ma vie avant de l'accomplir ... " ( 72 )
Avec cette espèce d'aurore naissant en mon coeur , mes yeux parvenaient à s'ouvrir davantage , forçant mon esprit à mieux concevoir l'immensité des lointains ! Puis , j'avais fini par m'asseoir sur un muret faisant face au moutonnement contrasté de l'eau agitée de mistral , m'amusant à voir voler mes soeurs les mouettes moqueuses dont l'étrange cri de rage hurlait secrètement en moi , dans le scintillant clair-obscur des ondes , ces mots d'une langue maternelle enfin retrouvée , la mienne , me permettant de retraverser ce gouffre énorme pour pouvoir , au-delà , rejoindre mon vrai corps !
Quelle n'avait été ma surprise , en effet , depuis que j'avais entrepris , grâce aux cours par correspondance de madame De Bellaing , d'apprendre les premiers rudiments du " brezhoneg " dans le livre de Roparz
Hemon : " Alanig an Tri Roue " ! ( 73 )
A ma patrie , lignes et couleurs donnaient maintenant ses vraies formes , bien différentes , malgré tout , de cette péninsule que je m'efforçais , chaque fois , de circonscrire sur l'Hexagone * , et si ma famille y ressemblait encore à un sombre archipel , je comprenais , moi , l'îlot déserté , qu'une petite lueur du phare mystérieux se cachant derrière les arbres venait subitement éclairer mon ciel impétueux !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 11 - Jeux de Vagues ) - Tous droits réservés - " MEMENTO " , copyright 2023 .
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Notes :
72 - " L'Inconnu me Dévore " , 1984 , de Xavier Grall ( 1930 - 1981 ) , poète , écrivain , penseur breton .
73 - " Alanig an Tri Roue " , AL LIAMM , 1950 ( Couverture de Xavier De Langlais ) , conte en langue bretonne de Roparz Hemon ( 1900 - 1978 ) , linguiste , romancier , penseur breton .
Geneviève dite Vefa De Bellaing ( 1909 - 1998 ) , militante , écrivaine bretonne .
* Hexagone = la France limitée au territoire métropolitain .
MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 8 , 9 , 10 ) - La Fille de Rosporden .
MEMENTO
( Souvenirs d 'un Voyageur sur la Terre )
" Qu'importe le sillon que tu sèmes
Sur les collines de la vie ... "
Glenmor - " Memento " *
IV - Nice
( 8 , 9 , 10 - La Fille de Rosporden )
Pour J.M.G Le Clézio
" Ich hatte viel Bekümmernis "
Johann Sebastian Bach ( 1685 - 1750 ) ,
Cantate BWV 21 .
8 - Premiers balbutiements de l'amour , premières interrogations ... Dehors , souffle le vent de la révolte ( Mai 68 ) , mais
dedans , l'on se sent en prison .
Difficile de sortir de sa coquille . On ne veut plus grandir . ( 47 )
" Mon âme a son secret , ma vie a son mystère ,
Un amour éternel en un moment conçu ... "
Résonnaient en mon coeur ces stances mystérieuses du Sonnet d'Arvers ( 48 ) .
N'y cherchaient-elles pas l'écho tourmenté de ma peine , pour y enfouir la Beauté de leur questionnement ?
" Qu'y a-t-il au fond de moi pour que j'aie si mal ? , interroge Lucile avec désespoir . Qui suis-je pour éprouver avec une telle intensité le désir profond de n'être plus rien ?... "
( 49 )
La fascination du néant , " cette immense tristesse profonde , comme un puits noir " qu'évoque Le Clézio ( 50 ) .
J'avais fait mien l'émerveillement de Belphégor , dans le film envoûtant de Claude Barma , lorsque Laurence , "mieux qu'un vers d 'Apollinaire " , exprime sa nostalgie des " Echelles du Levant " , ces villages qui lui ressemblent , portes vers l'Orient que la poussière et la chaleur écrasante du Soleil enfouissent dans le sable du désert .
" Qui est Belphégor ? , lui demande André . Toi , tu as une âme ...
" Justement l'âme , finit-elle par lui répondre avec dédain , j'ai horreur de ça ; ça vit
caché , loin de la lumière , collé au corps ; ça a des goûts étranges ... ( 51 )
Jean-Paul , poète romantique d'outre-Rhin , souffre de la même angoisse , avant de connaître l'illumination révélatrice venue du Ciel . N'avoue-t-il pas à Goethe : " Après la mort , au moins , on apprend ce qu'est
le Moi " ? ( 52 )
Dans le roman d'Oscar Wilde , Dorian Gray croit voir enlaidir , peu à peu , son âme , dans un tableau de jeunesse qui reproduit magiquement tous les péchés commis par son modèle . ( 53 )
Et que lit donc ce peintre flamand , dont l'itinéraire est une quête hasardeuse vers la création , sur le visage inquiet d'Esther , où l'on décèle " une tristesse ancienne et profonde " ?
Serait-ce l'image d'un enfant , celui d'une bien-aimée ou d'une parente disparue ?
Ou bien celle de la Vierge éternelle , à la
" pureté merveilleuse " , qui hante son être insatisfait d'une question fondamentale .
Mais pourra-t-il vraiment se justifier de sa
vie , de son art ?
" Des signes de Dieu traversaient-ils encore aujourd'hui le monde , ou ne s'agissait-il que de simples prodiges de la vie ? " ( 54 )
Telles étaient les questions lancinantes qui , plus ou moins consciemment , troublaient mon jeune esprit .
Paradoxalement , j'avais beau essayer de raisonner cette angoisse , l'idée de mourir un jour , de vieillir , ou même de rester seul après le départ d'un proche , ma mère , par exemple , m'était insupportable et pouvait se transformer en cauchemar . En même temps , je souhaitais mieux connaître toutes les pensées de celles et ceux croisés dans la ville ou au lycée , dont le charme énigmatique m'attiraient par une sorte de magnétisme inexplicable ! Qui étaient-ils vraiment ? Dans quelle contrée mystérieuse devais-je les rejoindre ? Où donc s'envolait-il , mon joli rêve au coin d'une rue ?
" Il est des êtres beaux comme un matin du monde ... " ( 55 )
Allaient-ils s'évanouir , eux aussi , telle Eurydice au pays des sortilèges ?
Pourtant , " les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va " , dit Heurtebise à Orphée . ( 56 )
L'un des plus beaux films d'Hitchcock , " Vertigo " ( Sueurs Froides ) , montre un homme victime de sa faiblesse et d'un handicap , un peu comme le héros grec ou moi-même , tombant amoureux d'une créature de rêve , dont l'existence est en sursis . Madeleine semble victime , en effet , d'une obsession maladive qui hante sa conscience coupable d'un véritable chemin de ténèbres . Sans doute aussi parce qu'elle lui ressemble , s 'imagine-t-elle véritablement possédée par le souvenir de Carlotta Valdez , une aïeule devenue
folle , et qui s'est suicidée peu après qu'on lui ait pris son enfant .
" Johnny , un fantôme , est-ce que c'est amusant ? , demande avec une apparence de légèreté Miss Marjorie Wood , l'amie éconduite , qui souffre en silence d'un amour non partagé .
C'était aussi l'implorante prière d'Esther , incarnant son peuple juif de même que ma mère celui d'Armorique : " Il faut que je le retrouve , cet enfant , mon enfant . Je ne peux pas vivre sans lui , c'est mon unique petit bonheur , et on me le vole . Pourquoi voulez-vous me le prendre ? , supplie-t-elle , désespérée . ( 54 )
Evidemment , pensais-je , tout ceci n'est qu'une affreuse mystification , juste un scénario de film à succès pour le fameux
" Maître " du Crime , et , pour moi , l'héritage d'un triste problème .
" Il me reste à faire une dernière chose , et je serai délivré du passé ...
Alors , le dénouement , soulignant le caractère inéluctable de toute Destinée
humaine , symbole du Jugement de Dieu qui nous échappe et nous questionne à la fois , montre , à l'image de cette religieuse surgissant " par hasard " dans le clocher du Monastère , la mort de Lucie / Judy , tombant , comme auparavant la " vraie "
Madeleine , dans le vide ! ( 57 )
Et cette image démultipliée reflète aussi les hallucinations vertigineuses d' " Une Vie de Héros " flamboyant tel un objet maléfique . ( 58 )
" Faux-Semblants " ( Dead Ringers ) , l'oeuvre de David Cronenberg ( 59 ) , illustre avec la même maestria cette pente empruntée par une passion douloureusement instinctive , lorsque celle-ci , comme un révélateur , s'insinue peu à peu , brisant l'équilibre fragile d'un couple fraternel qui croit pourtant tenir dans ses mains le fil d'Ariane et le Nombre d'Or . ( 60 )
9 - Longtemps , tel un personnage de Paul Auster , " les yeux tournés vers les lames des persiennes closes " , j'ai voulu sortir de ma chambre ( 61 ) .
Le soir , à la nuit tombante , lorsque je voyais se dessiner les ombres de la nuit dans le frémissement crépusculaire des arbres , j'écoutais , frissonnant de délice ou de fièvre , les accents impérieux de la " Symphonie Héroique " . ( 62 )
Sur la pochette du disque , figurait une statue à contre-jour de Napoléon , mains derrière le dos , fixant le sombre horizon d'un regard d'aigle , son fameux bicorne posé sur le chef . Comme lui , peut-être , j'avais dû rêver pendant des heures , méditant sur le tragique de l'existence et sur le parcours banal qui , au contraire de celui du corse , me serait réservé .
Pourtant , j'avais croisé bien d'autres lumières , qui étaient celles des Anges ...
Leur délicate joliesse m'attirait , mais aussi leur caractère énigmatique , étranger .
L'image du ver de Terre amoureux d'une étoile convenait à cette recherche d'un autre idéal , plus inaccessible et secret .
" Malheur à la Ville dont le Prince est un enfant " , dit l'Ecclésiaste . ( 63 )
Comment dépeindre , cependant , la beauté mystérieuse et pure d'une affection
véritable ?
" Autant de perdu pour le souvenir . Autant de perdu pour la souffrance " . Telles sont les paroles amères de l' abbé De Pradts lorsqu'on veut lui enlever sa raison d'être , la présence d'un jeune élève .
" La Terre a été remuée , bouleversée ; elle en sera féconde " , lance-t-il à son
Supérieur , croyant échapper à la règle , ne s'imaginant pas ainsi paraphraser à sa façon le discours de l'empereur !
( 64 )
Mais moi , qui donc aurais-je pu conquérir ou aimer ?
10 - Mon coeur était rempli d'angoisse ... Il m'arrivait de passer des heures devant la
mer , à contempler la danse des vagues scintillantes , comme autant d'âmes devant s'échouer sur la rive d'un nouveau monde inconnu .
Elle vint vers moi , éclat de soleil , lumière au bout de l'océan lointain de mon pays de cocagne , pour dissiper les ombres de ma nuit .
Je vivais reclus dans les ténèbres d'une maison sans joie .
J'étais seul au milieu d'un rêve en lambeaux d'amour inassouvi .
Mais ne retrouve-t-on pas " dans chaque instant d'une vie naissante , la splendeur de l'inaccessible et le bruissement de ce qui sera pour toujours incompréhensible ? " ( 54 )
Ma soeur l'avait ramenée de son école d'Assistantes Sociales de Montrouge , ville de la banlieue parisienne où elle avait fini par émigrer pour suivre son mari .
Je me rappelle encore la couleur de son " kabig " rouge de marin breton , la blondeur de ses cheveux coupés courts , cette luminosité chaleureuse qui entra d'un coup , comme un grand vent du large , dans notre modeste logis .
Sa rondeur joviale , sa bonhomie , la simplicité de sa mise me plurent tout de suite . Elle incarnait une beauté différente , femme nordique , étrangère à la sophistication particulière de ce coin d'exil où je survivais difficilement .
D'ailleurs , c'est à l'occasion d'une visite au Danemark , bien plus tard , que je découvris sur une toile un personnage lui ressemblant quelque peu , la " Tine " de Ancher , jeune femme pensive au bord de la Mer du Nord , dans la région de Skagen . ( 65 )
Mais il conviendrait d' en abstraire l'ambiance mélancolique et lourde , pour y mettre , à la place , pétillant dans ses yeux , du dynamisme , de la vivacité , une présence , une écoute irremplaçables .
Quant au tableau de Louis-Alexandre Dubourg , peintre de Honfleur , intitulé " Jeune Fille Assise " , il n'exprime pas l'exubérance de celle de Rosporden , même si l'aspect général extérieur , sans doute , évoque une similitude . ( 66 )
Un beau cadeau de Noël , selon moi , que d'accueillir une si enthousiaste
visiteuse , montrant tant de gentillesse à notre égard !
Ce soir-là , mon beau-frère n'ayant malheureusement pu se libérer pour les fêtes , ma famille reçut deux pauvres étudiantes qui débarquaient , bras-dessus , bras-dessous , de l'autoroute des vacances !
" Belle romance
d'aujourd'hui ... " , chanterait bientôt le " Big Bazar " de Michel Fugain . ( 67 )
Mais je n'osais penser que nos " parisiennes " , poussant leurs conquêtes bien au-delà des mirages du Sud , eussent pu souhaiter courir l'aventure en solitaire , prendre , à leur tour , la route vers le large , tel Isabelle Eberhardt , Annemarie Schwarzenbach , qui cherchèrent jadis dans le voyage une réponse au mal-vivre , à l'insatisfaction de leur jeunesse . ( 68 )
Quant à la mienne , trouverait-elle un jour le seul chemin qui put la guérir à jamais de
l'exil ?
Celui qui mène , au bout d'un interminable périple , semé d'embûches , d' hypocrisie , de trahisons , vers la Terre bénie des Ancêtres , Royaume De l'Eternel où l'âme en paix se repose .
Elle ne resta qu'un soir parmi nous , trompant mon attente , à vanter les charmes de Nice et me dire la chance que j'avais de vivre ici , sur la Côte .
La lueur d'une étoile , souvent , ne nous parvient que lorsqu'elle a , de notre coeur , si tôt disparu .
Pour la première fois , grâce à elle , cependant , j'entendis parler d'un jeune artiste qui " révolutionnait " la Bretagne en dépoussiérant la musique de son passé ... ( 69 )
Je la revis quelques temps plus tard , quand elle eut décidé de s'installer dans l'arrière-pays .
Sa maison , notre " maison bleue " ( 70 ) , devenait une sorte de refuge ou de phalanstère pour les travailleurs de l'âme et les chiens perdus sans niche et sans collier qui erraient alentour .
C'était l'époque des " Hippies " . Nous écoutions le " White Album " des Beatles , ainsi que l'envoûtant chef-d'oeuvre
" Ummagumma " , d'un nouveau groupe " underground " , Pink Floyd . ( 71 )
Je la rencontrais de temps à autre , dans la montagne , essayant de lui confier mon espoir , ma solitude .
Mais , sans doute étais-je trop jeune , et , d'ailleurs , n'avait-elle pas une autre route à suivre ?
Nous nous retrouverions tous un jour , n'est-ce pas ?
Dites-moi que oui , que c'est la vérité !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 8 - La Fille De Rosporden ) - Tous droits réservés - " MEMENTO " , copyright 2023 .
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Notes :
47 - " Plus Grandir " , chanson de Mylène Farmer , musique de Laurent Boutonnat - Polydor , 1985 - Tous droits réservés .
48 - " Sonnet " de Félix Arvers
( 1806 - 1850 ) , in " Mes Heures Perdues "
( 1833 ) .
49 - " Lucile ou la Nostalgie du Génie " , par Marité Diniz , Presses de la Renaissance , 1984 .
50 - " L' Extase Matérielle " de Jean-Marie-Gustave Le Clézio , né à Nice le 13 avril 1940 - Gallimard , 1967 .
51 - " Belphégor ou le Fantôme Du Louvre " , feuilleton TV de Claude Barma ( 1965 ) , d'après le roman d' Arthur Bernède ( 1927 ) , avec Juliette Gréco , François Chaumette , René Dary , Sylvie , Yves Rénier , Christine Delaroche .
52 - " Journal Intime " de Jean-Paul ( pseudonyme de Johann Paul Friedrich Richter ) , écrivain romantique allemand ( 1763 , Wunsiedel - 1825 , Bayreuth ) .
53 - " The Picture Of Dorian Gray " ( Le Portrait de Dorian Gray ) , paru en 1890 , d' Oscar Wilde ( Oscar Fingal O' Flahertie , dit ) , écrivain irlandais ( 1854 , Dublin - 1900 , Paris ) .
54 - " Les Prodiges de la Vie " ( 1903 ) , nouvelle de Stefan Zweig ( 1881 , Vienne -
1942 , Pétropolis / Brésil ) , in " Die Liebe der Erika Ewald " ( L' Amour d 'Erika
Ewald ) , Egon Fleischel , Berlin , 1904 .
55 - " Il est des Êtres Beaux " , chanson de Gilles Servat , in " Je ne Hurlerai pas avec les Loups " , Kalondour , 1983 . Tous droits reservés .
56 - " Orphée " ( 1950 ) , film de Jean Cocteau ( 1889 , Maisons-Laffitte - 1963 , Milly-La-Forêt ) , d'après la légende grecque , avec Maria Casarès , Jean Marais , François Périer .
57 - " Vertigo " ( Sueurs Froides ) - 1958 - film d'Alfred Hitchcock ( 1899 , Londres - 1980 , Los Angeles ) , d'après le roman de Boileau / Narcejac , " D 'Entre Les Morts "
( 1954 ) , avec James Stewart , Kim Novak , Barbara Bel
Geddes . All rights reserved . Mystification qui ressemble à celle de " La Rencontre "
( Auberive , 2 - copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre ) - Tous droits réservés .
58 - " Ein Heldenleben " ( Une Vie de Héros ) , poème symphonique ( 1899 ) de Richard Strauss , compositeur allemand ( Munich , 1864 - Garmisch-Partenkirchen , 1949 ) .
59 - " Dead Ringers " ( Faux-Semblants ) , film de David Cronenberg ( 1988 ) , avec Jeremy Irons , Geneviève Bujold .
60 - Symboles de la Mythologie grecque .
61 - " La Chambre Dérobée " ( 1988 ) , de Paul Auster , né à Newark ( New-Jersey ) , en 1947 . Troisième volume de la Trilogie New-Yorkaise .
62 - " Symphonie n° 3 " , dite " Héroique "
( 1802 , publication 1806 ) , de Ludwig Van Beethoven ( Bonn , 1770 - Vienne , 1827 ) .
63 - Verset de L' Ecclésiaste ( Qohélet ) , 10 , 16 .
64 - " La Ville Dont Le Prince Est Un Enfant " ( 1951 ) , pièce de Henry de Montherlant
( Paris , 1895 - 1972 ) .
65 - Michael Peter Ancher ( 1849 - 1927 ) , peintre danois de l'Ecole de Skagen .
66 - Louis-Alexandre Dubourg , peintre de Honfleur ( 1825 - 1891 ) .
67 - " Une Belle Histoire " , chanson de Michel Fugain , in " Fugain et le Big Bazar " , Columbia , 1972 . Tous droits réservés .
68 - Isabelle Eberhardt ( Genève , 1877 - Aïn-Sefra , Algérie , 1904 ) , écrivaine
suisse , aventurière du Désert .
- Annemarie Schwarzenbach ( Zürich , 1908 - Sils , Engadine , 1942 ) , écrivaine suisse , aventurière , journaliste .
69 - Alan Stivell , " Pape " de la nouvelle musique bretonne .
70 - " San Francisco " , chanson de Maxime Le Forestier , in " Mon Frère " , Polydor , 1972 . Tous droits reservés .
71 - Célèbres groupes de musique " pop " anglaise .
" White Album " , copyright 1968 EMI Records LTD - The Beatles - All rights reserved .
" Ummagumma " , copyright 1969 EMI Records LTD - Pink Floyd - All rights reserved .
" Ach Jesu , meine Ruh ,
Mein Licht , wo bleibest Du ? "
Bach - Cantata BWV 21 .
MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 7 ) - Un Immeuble au Nom D'Etoile .

Eglise Russe de Nice , Saint-Nicolas et Sainte-Alexandra ( 1859 ) - Note 34 .
MEMENTO
( Souvenirs d 'un Voyageur sur la Terre )
" Qu'importe le sillon que tu sèmes
Sur les collines de la vie ... "
Glenmor - " Memento " *

IV - Nice
( 7 , Un Immeuble Au Nom d'Etoile )
Pour J.M.G Le Clézio
" On a vu un homme marcher ,
Il tenait , dans sa main ,
Une clé ... "
Nolwenn Korbell - " Ur Wech e Vo "
( Il y Aura une Fois ) *
7 - J'habitais un immeuble au nom d'étoile ... Signe prémonitoire ? Nous avions dû laisser les parcs et jardins somptueux de l'antique " Cemenellum " ( 27 ) pour émigrer vers l'ouest , du côté de l'Avenue de la Lanterne , artère célèbre chantée par Louis Nucéra ( 28 ) , qui se plaisait lui-aussi à découvrir sur un vélo les collines de Nice , peut-être à la recherche , tel ces " envoyés de la Beauté sur la Terre ", des couleurs subtiles de son inspiration d'écrivain .
Plus tard , je m'en suis voulu , comme " Le Grand Meaulnes " ( 29 ) , d'avoir préféré parfois mes courses solitaires plutôt que le clair-obscur des salles de cours de la fac . Pourtant , c'était la jeune et séduisante Madame Labarrère ( 30 ) qui , de sa voix douce , un peu " hautaine " ( 31 ) , et dans la lumière tamisée d'après-midi tardives , parlait à demi-mot d'une mystèrieuse enchanteresse , créature évanescente qu'elle
incarnait , sans le savoir , et qui me faisait rêver .
Néanmoins , lors de ces promenades , je n'avais guère conscience , en réalité , d'un quelconque attachement . La trame indéchiffrable du Destin m'avait conduit là , c'était tout .Je n'implorais pas , comme Nietzsche :
" Il me faut la lumière , l'air de Nice , il me faut la Baie des Anges ! " .
Tout ça , je l'avais sans m'en rendre compte , m'en imprégnant sur place d'une manière instinctive , renouant ainsi avec l'enfance de mon père qui , tout petit , dans une ville sans voitures , s'était échappé discrètement de la maison familiale de Saint-Roch , et , par l'avenue des Diables-Bleus ( 28 ) , grimpait maintenant les pentes du Mont-Boron pour ensuite les dévaler sur une carriole avec ses copains " nissart " .
Sur ma bicyclette , je prenais avec peine la petite route montante menant à un passé révolu , ce " chemin qui s'enfonce "
( 31 ) , dans l'arrière-pays , par les villages pittoresques de Saint-Roman-de-Bellet , d'Aspremont , vers la " citadelle " de Levens , avec son esplanade grandiose , où souffle , les jours d'hiver , ce vent froid venu des montagnes toutes proches .
Mon grand-père Marcel y avait été gendarme dans les années trente . Je ne l'ai su que par la suite . Mais je me demande encore quelle force inconsciente m'avait poussé souvent dans ce lieu inaccessible , sur les traces d'un parent bien trop tôt disparu .
Il nous avait laissé juste avant ma naissance , et pour moi , son souvenir ne vivait plus qu'au hasard de vieilles photos de l'immédiat après-guerre . Parfois , pour les regarder , je me réfugiais dans une sorte d'alcôve , attenante à la chambre
parentale . Elles étaient cachées dans un carton , sous les draps amidonnés d'une penderie sans âge . En tâtonnant , je devinais auprès d'elles , dans son étui de cuir marron , la présence mystérieuse d'une arme sans
munitions , la sienne : c'était un vieux revolver , dont il m'arrivait de faire jouer le mécanisme .
Je humais toutes ces odeurs troublantes , les associant aux images d'une vie que je n'avais pas vécue , songeant avec nostalgie aux fastes et malheurs du passé , aux aventures de Raskolnikov ( 32 ) , que j'étais entrain de lire , mais aussi , je ne sais plus trop bien pourquoi , à la roulette russe .
Sa veuve , ma grand-mère Alice , de son accent chantant du Centre , m'avait évoqué sa rencontre avec ce beau militaire des bords de Loire , me plongeant dans un autre univers , celui de leur insouciante jeunesse , morvandelle et nivernaise .
" Tout ce que j'écrirai ne dira jamais ce que je sens " . ( 33 )
C'est l'aveu d'impuissance de Marie Bashkirtseff , qu'elle exprime dans son journal
intime , publié peu après sa précoce disparition . Ce pourrait être aujourd'hui le mien .
" J'aime Nice , Nice , c'est ma patrie ! " , y note-t-elle encore en 1874 , tandis qu'elle séjournait en ce lieu un siècle auparavant . Je revois sa petite fontaine , gravée de caractères étranges , dans la rue qui porte son
nom . Cette jeune fille à peine connue me fascinait par la brièveté de son existence autant que par cette image imprécise d'étrangère ou de " Madone " lointaine que je me faisais d'elle . Et , plein d'ignorance , mon esprit naïf n'hésitait pas à rapprocher " l' éphémère Moussia " du Tsarévitch , dont je visitais parfois l'énigmatique sépulture , complètement nue et dépouillée , derrière l'église Saint-Nicolas . ( 34 )
Mais que savais-je réellement d'elle , que savais-je de lui ? Pas grand chose , sinon que sa vie devait ressembler à la mienne , aussi désespérante , et que la présence russe avait été , ici , magnifiquement affirmée par la construction d'édifices
grandioses . D'ailleurs , n'avais-je pas moi-même ce privilège incroyable d' étudier dans l'ancien palais des tsars ? Je déplorais seulement qu'on ait dû , pour des raisons de sécurité , modifier considérablement la façade originale d'un ouvrage aussi
exceptionnel . Tous ses balcons à cariatides sculptées , ses ornements , toutes ses moulures de style rococo avaient été détruits . De l'imposant " Hôtel Impérial " d' Adam
Dettloff , que restait-il , maintenant, sinon quelque vestige d'un vaisseau fantôme , ou bien l'épave sinistre d'une espérance abandonnée ... ( 35 )
Alors , qu'est-ce qu'un amour , qu'est-ce qu'un peuple , lorsqu'il est abandonné ?
En cette période troublée de l'adolescence , j'aurais eu besoin des lumières de Renan pour faire face à ces interrogations douloureuses que l' Homme affronte sans pouvoir jamais les résoudre .
" Une Nation est une âme , un principe spirituel " , affirme-t-il à l'occasion d'une brillante conférence à la Sorbonne . ( 36 )
Si maintenant j'arrive à davantage apprécier les subtilités mélodiques développées par le génie d'un compositeur , ou la richesse infinie des nuances travaillées par le peintre sur sa palette , je ne me posais même pas la question de savoir alors si , tel Nietzsche ou Marie Bashkirtseff , et , sans doute , bien d'autres anonymes , je pouvais aimer Nice . D'ailleurs , pourquoi me trouvais-je là , en cet endroit si lointain , si différent des lieux de ma naissance ?
Pourquoi pas , plutôt , s'en aller à l'aventure vers le Cap Nord , puisqu'un jour , comme on bâtit des châteaux en Espagne , un copain savoyard s'était mis à nous faire miroiter , sans jamais l'assouvir , cette fabuleuse quête boréale ?
J'en voulais à la Terre entière de vivre en
exil , si loin de ma vraie patrie !
Mais " les origines frappent le subconscient comme on le dit d 'une médaille " . ( 28 )
La Bretagne vibrait en mon coeur , certes , je la portais fièrement de tout mon être . Pourquoi ?
Pourquoi devais-je me convaincre d'une accidentelle destinée ? Quant à l'errante recherche d'un enracinement trompeur , n'était-ce pas aussi dans l'air du temps ?
Chaque livre , glané " au hasard " , me ramenait aux souvenirs d'une prime enfance dont je me sentais cruellement dépossédée . Des images revenaient sans cesse à ma mémoire , obsédantes . Ce vieux chalutier piqué de rouille , traversant avec lenteur les eaux grisâtres du Golfe du Morbihan , naviguerait toujours dans l'oeil émerveillé d'un garçonnet de trois ans qui cherchait sur l'onde un reflet complice , une réponse , peut-être la lueur chaude et maternelle émergeant d'un Royaume englouti ...
L'océan ! Mor-Breizh !
Son odeur indéfinissable , sa chair saline et ses mystères perpétuels , lancinantes mélopées du chant breton , qui s'égrènent en vagues innombrables déferlant sur des chapelets d'îles et de récifs ...
La splendeur du Cosmos était ,
dit-on , pour lui , un ravissement !
Je me délectais de ses " Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse " ( 36 ) , tâchant d'inventer mon prochain voyage au " Pays des Nuages Tristes " , bien au-delà de la Voie Lactée , celui des Déesses barbares qui , de leurs yeux verts comme l'émeraude , percent le brouillard d'une mythique légende des
siècles .
" Je suis né ... au bord d'une mer sombre , hérissée de rochers , toujours battue par les orages . " ( 36 )
La mienne se trouvait plus au Nord , pâle comme la face de la Lune , et même si je ne parvenais à saisir sa parfaite Beauté , j'imaginais la chevelure argentée d'une ondine effleurant de sa main légère quelque harpe céleste dont le chant cristallin vient mourir sur les îles d'Avalon , pour , sans cesse , renaître . ( 37 )
" Mes Divines , la Foi est aventure , proclame Xavier Grall , vent claquant , souffle , envolée de colombes , voile gonflée .
" Partez , partez au nom de Dieu . " ( 38 )
Depuis , j'ai eu l'occasion , pendant les vacances , de retrouver parfois le pays de Gwenc'hlan et celui d'Arthur , très déçu , pourtant , qu'on n'y entende plus guère les envoûtements de Morwenn et la langue des ancêtres , ce beau chant d'amour entre Diarmaid et Grainné . ( 39 )
" Me droc'ho ma zeod em bek ,
Ken diziski ar Brezonek ! "
" Je couperai ma langue dans ma bouche , plutôt que d'oublier le Breton ! " , lance Brizeux . ( 40 )
Ma patrie invisible , où se cachait-elle ?
" E pe lec'h " ? Où ça ?
" E pe lec'h ma red ho koantiz ? " Où court votre beauté ? , chante Glenmor . ( 41 )
Petite hermine , vive et rusée , sors de ton gîte , sous les chênes , montre-nous le chemin de la renaissance ! ( 42 )
Conduis-nous vers les hautes terres !
" Que peuvent savoir de la Bretagne ceux qui ne connaissent que le monde ? "
( 43 ) , pensais-je aussi , regardant vers le large .
Je me suis tenu sur le seuil . Et j'ai prié l' Archange de me montrer l'ombre et la lumière .
Je t'ai vue , au loin , dans l'infini des brumes océanes .
Qui pourra mieux parler à mon coeur du poids de nos lourds secrets ?
Tombelaine ! ( 44 )
Soudain , je retrouve , tel Novalis , " d'anciennes mélodies " que le vent capricieux murmure au spectacle futile des apparences . ( 45 )
" Pourquoi mon île , si fragile ,
es-tu perdue ?... ( 46 )
( A Suivre )
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DAN AR WERN - MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 7 - Un Immeuble au Nom D 'Etoile ) - Tous droits réservés . " MEMENTO " , copyright 2023 .
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Notes :
27 - " Cemenellum " , nom de l'ancienne ville romaine de Cimiez .
28 - Louis Nucéra ( 1928 - 2000 ) , écrivain niçois .
- " Chemin de la Lanterne " , roman , LGF , 1982 et Grasset/Fasquelle 1997 .
" Les origines frappent le subconscient comme on le dit d'une médaille " .
- " Avenue des Diables-Bleus " , Grasset , 1979 .
29 - " Le Grand Meaulnes " , d'Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) , roman , Emile-Paul , 1913 . Fayard , 1986 .
Version bretonne : " Meaulnes Veur " , bet lakaet e brezhoneg ( traduit par ) Yann-Ber Thomin , Ar Skol Vrezoneg / Emgleo Breiz , 2000 .
30 - Christiane Labarrère , professeur de littérature à la Faculté des Lettres de Nice en 1971 , écrivain .
31 - " Miracles " , par Alain-Fournier , poèmes et proses , 1924 . Préface de Jacques Rivière . Arthème-Fayard , 1986 .
32 - Personnage principal de " Crime et Châtiment " par Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski ( 1821 - 1881 ) . Publié en 1866 .
33 - " Journal " de Marie Bashkirtseff ( 1858 - 1884 ) , peintre , écrivain russe ( Ecrit de 1873 à 1884 ) . Publié par le " Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff " .
34 - Eglise Russe de Nice , Saint-Nicolas et Sainte-Alexandra . Construite en 1859 sous l'impulsion de l'impératrice douairière Alexandra Feodorovna , veuve du tsar Nicolas 1er . La plus ancienne église russe en Europe occidentale .
- Tombe du Tsarévitch Nicolas , fils d'Alexandre II , mort d'une méningite à l'âge de vingt ans lors d'un séjour à Nice en 1865 à la villa Bermond , sur le site actuel de
l'église .
35 - Adam Dettloff ( 1852 - 1914 ) , architecte polonais de l' Hôtel Impérial , inauguré le 18 janvier 1902 , transformé en Lycée du Parc Impérial en 1924 .
36 - Ernest Renan ( 1823 - 1892 ) , écrivain breton , philosophe , historien , philologue .
" Qu'est-ce qu'une nation ? " , conférence à la Sorbonne , 1882 .
" Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse " , autobiographie , 1883 , Calmann-Lévy .
37 - " The Poems of Ossian " , par James MacPherson ( 1736 - 1796 ) , poète écossais . London Edition , 1796 .
Version française : " Ossian , Saga des Hautes-Terres " , éditions Libres / Hallier , 1980 .
38 - " L' Inconnu me Dévore " , par Xavier Grall ( 1930 - 1981 ) , journaliste , poète , écrivain breton .
Editions Calligramme , 1984 .
39 - Légendes celtiques .
40 - Auguste Julien Pélage Brizeux ( 1803 - 1858 ) , poète romantique breton .
41 - Glenmor - Milig Ar Skanv -
( 1931 - 1996 ) , chanteur breton . " Viviana " copyright 1973 Glenmor / Le Chant Du Monde - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés .
42 - L'hermine , symbole de la Bretagne .
43 - " Lieux et Histoires Secrètes de Bretagne " , par Patrice Boussel . La Porte
Verte , 1980 .
44 - Petite île au large du Mont Saint-Michel .
45 - Novalis - Friedrich Von Hardenberg -
( 1772 - 1801 ) , poète romantique allemand , philosophe .
- " Heinrich Von Ofterdingen " , roman inachevé , 1802 . Version Française : Editions bilingues Aubier / Montaigne , 1942 .
46 - Dan Ar Wern - " Tombelaine " ( 1972 ) , poème , in " Le Chemin Perdu " , Copyright 2017 Dan Ar Wern / OmniScriptum GMBH and Co - All rights reserved .

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