UNAN BENNAK EVEL-SE - SOMEONE LIKE THAT - QUELQU'UN COMME CA - 1 - Brest Blues .
Unan Bennak Evel-Se
( 1 )
Brest Blues

" Hunts her down by the waterfront docks
Where the sailors all come in ... "
( Peut-être elle passera , qui sait ,
Entre deux marins ivres morts ... )
Bob Dylan - " Simple Twist of Fate " *
Bez'e vezen ,
O vont kuit eus Orly ,
Gant ur c'harr-nij , da Vrest ,
Ha pellgomz a raen a-raok dezhi ,
Kounaat a ran c'hoazh
Ur fest vras ,
'Vel ur moustr , ken pell'zo ,
'Pad un abardaez-noz
Pevarzek bennak
Ar viz Gouhere ...
Ha sellet hor boa
Ouzh bigi a-leizh ,
Listri hobregonet
War ar vorlenn ,
Dindan tanioù-arvest
Ken lies o livioù
'Vel ur boked spi ...
'Pad m'en em vriata a raemp ,
Hon-daou ,
Ar voraerion
O vont prest hebiou ,
Gant o lifreoù fresk ,
A selle a-gorn o skrignal
Ouzh arvest
Ul levenez ken bresk ...

A , n'hor boa ket re galz
A garantez , va mestrez ,
E gwirionez ,
Daoust deomp da c'hedal
Gant mall ,
Bewech ,
Me 'zo sur ,
Ma c'hoarvezo buan
Hor plijadur ...
And sometimes I get the blues ,
Thinkin' of you
Lovin me more ,
'Vel m'em boa gellet un deiz ,
Bevan pelloc'h en ho frondoù ,
Va bleunvig gaezh
A Vreizh ...
DAN AR WERN - Unan Bennak Evel-Se - 1 - Brest-Blues - 1980 ha 29 a viz Mae 2007 / Ebrel 2021 - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Unan Bennak Evel-Se " , Copyright 2007 .
* " Simple Twist of Fate " ( Un Simple Coup du Sort , traduction de Francis Cabrel dans son album " Vise le Ciel " - Sony Music Entertainment / Columbia , 2012 - All rights reserved ) .
LES ETOILES DU MATIN - 4 bis - Ster Nevez - New Stars - Nouvelles Etoiles ( Doare 2007 ) .
Steredennoù Ar Mintin - Les Etoiles du Matin - The Morning Stars ( 4bis )
Ster Nevez
Evit Yann-Gwenvael , va mab
" An avel ' c'hwezh e-lec'h ma kar ,
Hag e klevez he zrouz ,
Met n'ouzout ket
Nag a-belec'h e teu ,
Na pelec'h ez a ... "
Sant Yann , 3 , 8 .
Poent eo breman , mab ,
Da gousket
Da nijal en-dro
D'az ped a hud ,
Ra vo diskleriet
Ar gevrin-se d'an dud
Hag a voe c'hoant dezho
Da vont da get ...
Kas din-me ganit
War da enez ,
Sklaeroc'h 'get
Ur slerijenn en noz !
Ra vo kavet
Ar Ster Nevez
' Vit re an Douar kozh !
Petra 'fellje dit
Ober neuze ,
Tra ma'z out bet
Aman d'ar strad ?
Da be lec'h all
Ez ajes-te , va c'harantez ,
Luc'hedenn skedus , dibad ?
Hedro an avel 
Az luskello un tamm
'Kreiz an nozvezh ,
Da gavellig vihan ,
Hag e c'hwezho ivez
War skleurennoù kentan
Da c'houloù-deiz ,
Ur poentig splann !
Ar poentig splann
A verzan
Er prad-stered ,
E pellded
An ec'honder ...
Dan Ar Wern - Les Etoiles du Matin - 4 bis - Ster Nevez - 21 a viz Mezheven 1983 ( Hanv )- Adwelet 2007 - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Les Etoiles du Matin " , Copyright 2007 .

PRIERES D'UN EXILE - PEDENNOU UN HARLUAD - 11 - Rue du Bac .
" Ô Marie conçue sans péché , priez pour nous qui avons recours à Vous . "
Apparition du 27 Novembre 1830 à Sainte Catherine Labouré .
Rue du Bac
Rue du Bac ,
Je T'ai trouvée ,
Au bout d'un long chemin ...
Rue du Bac ,
Je suis venu ,
Tu m'as tendu Tes mains ...
Parmi la foule ,
J'ai laissé mon coeur
Te chercher ...
Je voulais tant que tu me comprennes ,
Voici ma vie ,
Pour Toi , toutes mes peines ...
Car Tu sais , mieux que personne ,
Où est la Vérité , l'Amour
De ceux qui Te donnent
Leur bouquet de souffrance ,
O , Fleur Immaculée ...
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DAN AR WERN - Prières d'un Exilé / Pedennoù Un Harluad - 11 - Rue du Bac - 3 , 4 Avril 1985 ( Semaine Sainte ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Prières d'un Exilé / Pedennoù Un Harluad " , Copyright 2006 .
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Tableaux
William Bouguereau
Peintre français ( La Rochelle , 1825 - 1905 )
" L'Innocence " ( 1893 )
En-haut : "Madonne Assise " ( 1888 )
" Quia fecit Mihi Magna Qui Potens Est : et Sanctum Nomen Ejus ! "
SAISONS - 9 - L'Ombre - Ar Skeud - The Shadow .
L'Ombre
à Jean Sulivan , prêtre , écrivain breton ( 1913 - 1980 )
" Je cherche les grands corps obscurs des rebelles "
in " Joie Errante " , Paris , Gallimard , 1974 .
" Faire apparaître les choses cachées dans l'Ombre ,
et en enlever l'Ombre ,
Voici ce qui est permis par Dieu au Philosophe Intelligent ,
Par l'intermédiaire de la Nature ...
Toutes ces choses se produisent ,
Et les yeux des hommes ordinaires ne les voient pas ,
Mais les yeux de l'Esprit et de l'Imagination les perçoivent
Par la Vision Vraie , par la Vision la plus vraie . "
Michal Sedziwoj ( Michael Sendivogius ) , alchimiste , philosophe , médecin polonais ( 1566 - 1636 ) , in " 12 Traités sur la Pierre Philosophale " ( Novum Lumen Chymicum ) , 1604 .
Elle se glisse au long d'amours perdues ,
Qu'une Belle Dame , jadis ,
Aurait vécues ...
Ne dites-pas qu'on peut la suivre
Au coin d'une rue ...
Qui va la frôler
Pleure ses jeux d'enfance ,
Un sourire de jeunesse ,
Ou d'insouciance ,
Mais se perd l'ombre glacée
Des trottoirs de janvier ...
Qui sait lui parler
Cherche les mots
" Bonheur " et " Sagesse " ,
Et se meurt l'ombre fragile ,
Aux premiers matins d'avril ...
Si l'on veut comprendre ,
Il faut se taire ,
En vérité ...
Ne dites-pas qu'on peut l'attendre ,
Au hasard de l'été ...
Elle se glisse au long des vies ,
Déçue ,
Fantôme du passé ,
Dans un miroir brisé ...
Combien d'amants l'ont reconnue ?


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DAN AR WERN - Saisons - IX - L'Ombre - 1972 ( réécrit : 18 , 19 mai 2007 ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . "Saisons " , Copyright 2006 .
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" L'homme est l'ombre d'un songe ,
Et son oeuvre est son ombre "
Marie de Gournay ( 1565 - 1645 ) , femme de lettres française , in " L'Ombre de la Damoiselle de Gournay " , Paris , 1626 .
" Je vous l'ai déjà dit , reprit l'Ombre , j'ai vu défiler devant moi tout ce qui existe : le passé et une partie de l'avenir ... "
Hans-Christian Andersen , conteur danois ( 1805 - 1875 ) .
" Miroir Brisé " , de Jean Sulivan , Gallimard , 1969 / " Etude " ( 1898 ) , par William Bouguereau .

DAW
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 4 - Lugnasad ( Fête des Moissons - Harvest Festival - Peurzorn ) - I - Fest-Deiz .
Premier Cercle : A la Pointe du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/ L'Attente /
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchékhov - " La Steppe , Histoire d'un Voyage " .
- Les Sortilèges de Brocéliande -
4 - Lugnasad ( Fête des Moissons )
" Place ta faucille et moissonne ,
Car l'heure est venue de moissonner ,
Parce que la moisson de la terre
Est bien mûre . "
Apocalypse de Saint Jean - 14 , 15 .
I - Fest-Deiz ( Fête de Jour )
On retrouva Roll de l'autre côté du Tertre , non loin du Val Sainte-Marie , qui est bordé d'une sapinière assez touffue .
Il errait dans la pénombre des bois , l'air " groggy " , au point de s'évanouir sur un tapis d'aiguilles jaunes , parsemé de branches mortes , parmi des buissons d'épines et de ronces .
La patrouille militaire , qui revenait du champ de Tir , découvrit vers six heures du soir le jeune homme sur sa route .
Sa famille fut prévenue , ne sachant plus très bien s'il fallait se réjouir ou , au contraire , gronder l'enfant .
Mona , quant à elle , s'effondra dans les bras du garçon , tous deux pleurant à chaudes larmes .
Plus inexplicable fut jugée l'absence de Yann .
On interrogea longuement le fugitif pour savoir ce qui ressortait vraiment de cette étrange disparition .
Mais il ne voulait rien dire , ayant sans doute peur de manquer à sa parole , s'obstinant à répéter qu'ils avaient dû se perdre , lui et son cousin , dans un genre de tunnel obscur , et qu'ensuite , leurs chemins s'étaient probablement séparés .
- C'est tout ? , s'énerva Monsieur le Maire , assisté du gendarme Ignace-Emile Fourachoux , tirant , impassible , sur sa grosse moustache couleur châtain clair aux pointes effilées .
- Je vous assure que je ne sais rien de plus , gémit le gamin d'un air triste et penaud , se contentant d'expliquer leur survie par l'emport de provisions pour plusieurs journées éventuelles d'éloignement .
Mais il était difficile aussi pour lui de situer avec précision les lieux du drame . Les grilles du domaine s'étant révélées tellement inaccessibles , nos jeunes explorateurs s'étaient mis dans la tête d'aller un peu plus loin pour contourner l'obstacle . Et , de fil en aiguille , à la nuit tombante , après quelques kilomètres de promenade à l'aventure , ils constatèrent qu'ils s'étaient perdus .
- Peut-être du côté des Forges , peut-être ailleurs ?
C'est alors qu'ils avaient remarqué , sous les frondaisons , la présence d'un passage mystérieux ...
Maintenant , l'angoisse était à son comble , et les édiles de la petite cité bretonne s'agitaient dans tous les sens !
Ils se torturaient l'esprit pour savoir s'ils devaient ou non remettre à l'année prochaine la grande fête prévue bientôt .
Car la comtesse de Brocéliande , châtelaine du lieu fraîchement débarquée des Etats-Unis , devait y paraître .
L'annonce de son proche mariage avec un milliardaire " Yankee " avait défrayé la chronique et fait jaser toute la contrée .
Cependant , tant qu'on n'aurait pas retrouvé l'autre foutu garnement , battues et recherches devaient reprendre !
Le pays tout entier serait fouillé , s'il le fallait !
Même la troupe du colonel de Nançay serait mise à contribution . L'officier , sur ce point , n'avait fait aucune réserves .
Mais la plus grande surprise de l'aube nouvelle , sans aucun doute , fut l'arrivée triomphale , inespérée , de Tadig Tanguern !
Il descendit cette fois-ci d'une roulotte avec Yann à son bras , provoquant la curiosité de tous , déclarant au milieu des forains qu'ils venaient de trouver celui-ci du côté de Plélan .
- Je crois que Roll s'était enfui pour aller rejoindre sa mère ! , s'exclamait en implorant le ciel notre vieux renard , tandis que le gosse pleurait .
Personne , à vrai dire , ne comprit rien à cette affaire .
En tout cas l'espoir pouvait renaître , puisque le marin des antipodes réapparaissait , comme de coutume , à l'improviste afin de célébrer , certifiait-il , dans la bonne humeur les douze ans de son petit-fils .
Et la joie des retrouvailles fut immense , néammoins , gommant le reste , poussant tout un chacun vers l'achèvement de la mise en place et des préparatifs de la grande célébration .
Des réponses viendraient plus tard , peut-être ?
Maintenant sonnait l'heure de se réjouir tous ensemble !
Plein de force pouvait briller l'espérance , comme un soleil d'été qui réchauffe le coeur , éclairant le regard de ceux qui vont sentir en lui le feu naissant des premiers rayons de leur amour !
" Les jeunes garçons n'y manquaient point , sachez-le ,
Ni les jolies filles non plus ... " ( 18 )
A cette époque , la moisson s'effectuait avec l'aide précieuse de la faucille et de la faux , du moins pour les parties les plus dures , sur le talus des champs comme autour des pommiers à cidre .
Il fallait dégager l'espace nécessaire au passage de la " machine " , une barre de coupe hissée sur deux roues , dont la conduite était assurée par deux hommes . L'un , pour guider les bêtes , faisait claquer au vent son fouet de cuir aux lanières sifflantes , tandis que l'autre javelait , c'est-à-dire , avec un rateau de fortune , rabattait les tiges .
Les autres moissonneurs disposaient les javelles sur des " harts " ( liens ) , puis ces gerbes formaient des " terziaux " : l'une au milieu , bien d'aplomb , six autres tout autour .
Le séchage était l'affaire d'une bonne semaine .
Aujourd'hui , les menaces du ciel offraient tout de même leur récompense .
De ravissantes jeunes filles portaient sur leur tête des vases remplis de lait crémeux ou de fleurs splendides comme elles .
Certaines menaient déjà une ronde endiablée !
Face aux sonorités impérieuses d'une fringante bombarde , la cour de "Penn-al-Lenn " , ferme de Laou Kamm où l'on avait choisi de dresser le banquet municipal , résonnait aussi des grincements du " biniou-kozh " .
Monsieur Corentin , le maire , trinquait avec le colonel .
Son discours de tout à l'heure avait calmé les esprits : " Plutôt que traîner n'importe où , avait-il dit , nos enfants doivent s'occuper d'abord de leurs devoirs d'école et de leurs parents ! "
Tadig Tanguern , à la place d'honneur , parlait avec truculence de son dernier périple dans les îles du Sud .
Quant à Peronnik , il semblait venir d'un autre monde .
Affublé d'un habit de carnaval aux couleurs chatoyantes s'harmonisant avec les nippes multicolores des gens du voyage , le bonhomme " Arlequin " prenait son air important , poussant , parmi d'autres bateleurs , sa chansonnette :
" Depuis c' matin que nous battons ,
Voici la gerbe que nous cherchons ,
Voici la gerbe , la jolie gerbe ... " ( 19 )
Vous brûlant d'un incendie que l'alcool attisait encore , ses yeux sauvages luisaient des quelques éclairs commençant à déchirer le ciel .
On aurait dit qu'ils scintillaient comme deux feux follets diaboliques , papillons insatiables venant frôler sans pudeur les jambes si fines des danseuses dans la pénombre . Malgré une sensation de malaise ressentie devant le spectacle de cette ridicule mascarade , sa présence donnait à la fête une allure fantastique .
A l'entendre , sa voix caverneuse pouvait venir des profondeurs de l'Hadès ou de la " Vallée des Eaux de l'Angoisse " . Qui aurait su le dire ? ( 18 )
On s'efforçait de rester à l'écart .
La femme Rojou , tirant sur sa pipe en cachette , le prenait pour Satan lui-même ou son " homme " de main Taranis , " diablotin de la Foudre " , ajoutait-elle !
Chose plus curieuse , on le vit s'éloigner soudain puis disparaître , grand escogriffe dégingandé , vers le fond de la prairie .
Le brouhaha sans pareil régnant depuis l'aube aurait , de toute façon , caché les paroles sibyllines prononcées là-bas par notre ami à l'oreille d'un maître fondeur :
- Tu peux dire au patron que ça se passe bien . Le vieux joue le jeu ...
Cependant , fêtées par de nombreux chiens qui aboyaient sans cesse en remuant la queue , des collines de gerbes jaunes s'entassaient .
La file des danseurs s'allongeait comme un serpent de mer autour de la grande table centrale , ondoyant au milieu des traînées de chaises vides se remplissant parfois de vieux ivrognes jouant aux cartes , crachant par terre et jurant que de leur temps , " c'était autre chose ! "
Ensuite , une autre ribambelle heurtait la première et s'y mélangeant , donnait naissance à une nouvelle chaîne joyeuse ...
" Alors , je vis danser une jeune fille
Aussi éveillée qu'une tourterelle ,
Ses yeux brillaient comme des gouttes de rosée sur une fleur d'épine blanche ,
 l'aurore ... " ( 18 ) .
Tendre aveu , qui aurait pu être celui de l'instituteur à Grida Lenn , bien que l'adolescente préférât , dans le rire et l'amusement de son âge , dissimuler son émotion devant les regards brûlants de convoitise que ce dernier , bouleversé par la beauté naissante d'une jeune femme , lui lançait furtivement !
Mais lorsque nécessité se fait sentir , le travail reprend ses droits , n'est-ce pas ?
De solides gaillards , les " saisonniers " , malgré une chaleur lourde , étouffante , s'employaient à monter les sacs de blé par l'échelle dans le " sollier " pour les mettre à l'abri .
C'est qu'il fallait faire vite , en vérité , à cause du mauvais temps !
Spectacle des apparences !
Pendant que Yann se morfondait dans sa petite chambre , Roll , à son habitude , rêvait à celle qui l'avait jadis abandonnée , le laissant seul face aux vents contraires .
D'autres groupes préféraient , loin de l'agitation fébrile , s'adonner aux joies plus paisibles de la boule bretonne ou du palet .
Le gros Kermadec , dont le " chupenn " de drap noir dégoulinait de sueur , vous toisait du haut de son mètre soixante en défiant celui qui pourrait le battre . Il s'esclaffait d'un rire gras , tirant sur son mégot de gros gris !
Dressé sur ses ergots pour mieux viser la cible , il gloussait comme un petit coq aux yeux ronds !
Des bambins couraient en tous sens , recréant , dans cet univers tumultueux , les conditions d'un western idéal .
Bruits de chevaux , de rires et de danses qui se mêlaient à ceux , lancinants , des accordéons , des vièles ou des violons , puis se noyaient dans le ronflement monotone de l'antique batteuse .
Des femmes venaient avec leurs fourches chercher la paille continuant d'être rejetée à l'arrière de la mécanique , des jeunes gens la répandaient sur la meule , autour du " pot de berne " , le poteau central .
Bientôt , peu après midi , il serait temps pour toute cette bande d'affamés de dévorer les galettes de blé noir et les saucisses , le " yod-kerc'h " et les crèpes , le tout arrosé d'un bon cidre et d'une petite " goutte " , avec de l'eau de réglisse pour les enfants .
Ce serait le " peurzorn " , ou repas de fin de battage ...
Et tout recommencerait jusqu'au soir . On danserait , les rires fuseraient à l'écoute d'histoires plus ou moins drôles , des bras musclés persisteraient même à travailler , les plus courageux , de ceux qui sont âpres au gain .
Viendrait enfin l'heure des veillées et des luttes .
Bernez Kamm , fils de Laou , marcherait en tête , portant la croix que domine un chapeau neuf orné de velours , de brillants et de chenille , et d'où flottent au vent des rubans et des ceintures de laine multicolores .
Ce serait le premier prix pour le vainqueur du combat final , champion des lutteurs , celui qui ne serait pas renversé sur le dos .
Le marquis de Brocéliande , en personne , féliciterait l'heureux élu !
Certains s'occuperaient de la kermesse du village avec monsieur le Recteur , d'autres , coeurs plus tendres , resteraient suspendus aux lèvres d'un conteur vous débitant ses billevesées inimaginables jusqu'à l'aube , à vous émouvoir , vous faire trembler de peur , ou même , croyant vous passionner par l'histoire de sa vie , vous endormir debout !
Jusqu'à l'aube , on sonnerait la bombarde et le biniou , on danserait la gavotte , et l' "an-dro " , et le " plinn " !
Cependant , depuis quatre heures , la pluie s'était mise à tomber à grosses gouttes .
Le roulement du tonnerre , d'abord timide et lointain , se rapprocha peu à peu , tapant ses coups secs de tambour . Il faisait sombre , et le déluge avait noyé les derniers flonflons de l'agape . On n'avait pas vu la comtesse .
Alors , dans la ferme et ses dépendances , tout le monde essaya de se mettre à l'abri . Des couples s'esquissèrent même dans la paille tandis que l'orage redoublait de force ...
On dut attendre que ça s'arrête en prenant un verre , en écoutant les derniers potins du bourg : que se passait-il vraiment derrière les murs du château ? Le Maître de forges paraissait bien soucieux ... Sophie était-elle rentrée des Amériques ? Pourquoi n'était-elle pas venue avec son mari , le richissime Boris Dagan ?
Peronnik , pantin ridicule en apparence , agitant son ossature démesurée dans tous les sens , parut donner ensuite le signal de la retraite .
Il avait peur , ce fanfaron !
Quoiqu'il en soit , le travail était fait .
Ce serait encore pour chacun l'essentiel , après tout . La persévérance et l'effort triompheraient aujourd'hui de l'inquiétude et de l'angoisse !
Yun et Mona étaient restés seuls dans leur triste maison pour s'occuper de Yann .
Rentré tôt , le jeune Roll ôta ses vêtements trempés , s'efforçant de penser au gâteau d'anniversaire aux bougies vacillantes qui , ce soir , pour lui et les siens , ponctueraient la grande fête de leurs flammes chaudes .
Pourtant , le coeur n'y était pas .
L'aventure avait tourné court , lui révélant un terrible secret !
Comme un phare , une lueur de soleil , espoir éphémère dans la tourmente , avait quand même daigné poindre avant de disparaître à l'horizon rougeâtre du couchant .
Les Kervern pressentaient un événement extraordinaire !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 4 - Lugnasad ( I - Fest-Deiz ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008
( Version numérique ) .
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Notes :
18 - Hadès , Dieu des Enfers dans la Mythologie grecque .
- " Barzaz Breiz " ( 1839 ) par Théodore Hersart de la Villemarqué ( 1815 - 1895 ) : " La Fiancée de Satan " ( Ar Plac'h Dimezet gant Satan , I , 21 ) - " La Chanson de l'Aire Neuve " ( Son al Leur Nevez , II , 3 ) .
19 - Chanson populaire Bretonne .
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 3 - Mouton Noir , Mouton Blanc - Black Sheep , White Sheep - Danvad Du , Danvad Gwenn .
Premier Cercle : A La Pointe du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/ L' Attente /
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchekhov - " La Steppe , Histoire d'un Voyage "
- Les Sortilèges de Brocéliande -
3 - Mouton Noir , Mouton Blanc
" Nous ceindrons à midi l'armure aux mailles d'or
Que le soleil martelle au ras des flots celtiques ... "
Robert Ambelain - " Au Pied des Menhirs " , Niclaus , 1945 .
Yannig , lui , n 'avait pas peur .
Avec son cousin Roll , n'avaient-ils pas décidé de franchir les clôtures du manoir d'Auberive , étrange propriété tapie de l'autre côté du lac de Diane , sous les ombrages de la forêt ?
Sans doute était venue pour lui l'heure de partir pour de nouvelles aventures , pensait-il . Ce soir-là , il se voyait devenir un valeureux chevalier , Lancelot du Lac ou Perceval , débarquant à l'improviste chez le Sire de Brocéliande , retenu par son hospitalité en la grande salle du château , à laquelle on accède par un perron de douze marches . ( 14 )
La parole de Mona vibrait en son coeur .
La veille au soir , de sa voix chaude et mélodieuse , elle avait parlé de cette pièce , " occupée par vingt-quatre jeunes filles qui brodaient du satin dans l'embrasure de la fenêtre ...
" Et la moins gracieuse , disait-elle , était plus gracieuse que Gwenniver , l'épouse d'Arthur , quand elle paraît , ornée de toutes ses grâces , à la messe , le jour de Noël ... " ( 15 )
C'est que des choses bizarres s'étaient produites dans la région depuis peu !
On racontait même que la femme Rojou , sabotière cherchant du petit bois pour son feu , avait vu se déplacer des ombres " comme celle d'un homme couvert d'un linceul , avec un masque effrayant sur le visage " !
" Tout noir ! " , devait-elle ensuite préciser , l'air penaud , s'efforçant d'effacer quelque trace de charbon de son long nez de maritorne .
A l'aube du vingt-neuf juillet 1899 , par une belle matinée d'été , se munissant chacun d'un havresac où se trouvaient des bougies de cire et des allumettes , chargés d'une lampe à pétrole ainsi que d'une longue corde , les deux garçons s'enfoncèrent dans le sous-bois mystérieux .
C'étaient les vacances , période bénie pour la jeunesse, et comme ils avaient toujours joué autour du parc , les enfants n'en ignoraient plus ses recoins cachés .
Mais , ce qu'il y avait au-delà des grilles , bien que le vieux marquis se montrât de temps à autre , leur semblait encore une énigme . On racontait tant de choses , plus ou moins troublantes , qu'il leur fallait faire vite ! Et puis , le mariage de Sophie , la jeune châtelaine , avait été annoncé un peu partout dans Brocéliande .
Il était temps , maintenant , d'en savoir plus !
Et tandis qu'en réponse aux roucoulements amoureux d'une tendre colombe , un rouge-gorge faisait entendre ses plus belles trilles , dans la fraîcheur de l'aube , ils s'étaient mis en marche avec , en tête , les dernières phrases de Mona :
" Peredur se dirigea vers la vallée , arrosée par une rivière . Les contours en étaient boisés ... Sur l'une des rives , il y avait un troupeau de moutons blancs et , sur l'autre , un troupeau de moutons noirs ... " ( 15 )
Il se souvinrent alors des feux du dernier couchant .
Ce départ vers l'inconnu marquait pour eux l'ouverture d'un nouveau chapitre , la conteuse , contrairement à l'habitude , ayant rangé la veille au soir son grimoire dans le vieux meuble de la famille .
Une étape différente allait s'ouvrir , ils en étaient conscients lorsqu'ils repensaient au livre de Mona offert par le patriarche , capitaine bourlingueur aux traits burinés qui avait navigué d'est en ouest , du sud au nord sur toutes les mers du globe , et passé sa vie dans les contrées les plus lointaines , les plus exotiques ...
Quand il faisait escale au village , hélas assez rarement , c'était une joie immense pour Yann , qui croyait aussitôt s'embarquer vers des endroits de légende aux noms bizarres , mais si évocateurs pour lui : les îles Fidji , Sandwich et Gambier , l'archipel des Marquises , Tahiti et Samoa , l'île de Pâques , la Nouvelle-Bretagne ...
A quoi ça pouvait ressembler , tout ça ? , se demandait l'enfant , qui rêvait d'un autre monde semblable au sien , mais différent .
Toutes ces terres parfumées de mille saveurs agréables , de senteurs épicées des Tropiques , défilaient à grande vitesse et force noeuds dans son imagination fertile où ces pays de cocagne n'existaient que par elle et par la puissance évocatrice du grand voyageur et de sa fille .
Eux seuls , d'ailleurs , pouvaient faire naître en lui cette sensation particulière de plaisir mêlée de nostalgie pour les immenses plages de sable d'or des mers chaudes , bercées de la danse infinie des vagues . Par-delà les récifs de corail , elles venaient y mourir pour la seconde fois , s'imaginait-il , dans le feuillage ombreux des cocotiers , des flamboyants et des bougainvillées ...
S'était-il battu sur l'Île Enchantée de Cùchulainn ? , songeait souvent le gosse , qui partageait par la pensée la vie tumultueuse du marin .
Mais Tadig Tanguern , comme on l'appelait , ne viendrait peut-être plus jamais raconter ses histoires merveilleuses .
Nul ne savait ce qu'il était devenu , car on n'avait plus de nouvelles depuis plusieurs mois . Plaise à Dieu qu'il n'ait rendu l'âme quelque part dans le monde ! , gémissait l'enfant .
... Non , ce n'était pas possible ! Manannan Mac Lir , le roi de la Terre de Promesse , debout sur son chariot d'or , ne voudrait pas encore de lui !
Ce serait bien trop triste ! ( 16 )
C'est que , tout au fond de son coeur , Yannig chérissait cet homme unique , portant de longs cheveux qu'on aurait dit blanchis de l'écume du grand large .
Il y demeurerait toujours vivant par son extraordinaire personnalité , sa bonté naturelle et sa profonde sagesse , par tous ces désirs de voyage qu'il avait fait naître aussi chez l'enfant .
D'ailleurs , la mort n'existe pas vraiment , lui confiait Mona , ce n'est qu'un déplacement de la vie , qui continue sous une autre forme .
N'était-ce pas sa leçon d'hier ?
" Sur le bord de la rivière , se dressait un grand arbre , lui avait raconté l'Enchanteresse . Une des moitiés de l'arbre brûlait , l'autre portait un feuillage vert ...
" Chaque fois que bêlait un mouton noir , c'était un mouton blanc qui traversait l'eau , devenant noir ... Mais chaque fois que bêlait un mouton blanc ... " ( 15 )
Les mots de cette ancienne légende , pourtant , n'avaient pu le rassurer .
Rien n'avait calmé son angoisse . Après tout , n'était-ce pas sa vraie raison d'aller fouiller dans chaque recoin du château pour lui venir en aide , et ne trouverait-il pas le vieillard maltraité , sans doute , au fond d'un trou , s'y tordant de douleur ?
L' attente commença ...
Chaque premier août , date à laquelle on célébrait la fête de "Lugnasad " , ou des Moissons , pendant l'anniversaire de Yann - cette fois , le douzième - Tadig rentrait chez lui .
Comment oublier la date de sa naissance ?
Comment ignorer qu'on va apprendre à devenir un homme peu à peu , une fois dissipées les brumes de l'enfance , lorsque celles-ci retourneront se perdre dans l'immensité du ciel ?
Cependant , les deux aventuriers n'avaient pas reparu .
Le village tout entier se mourait d'inquiétude . Le garde champêtre , le maire , et même Péronnik , tout le monde était sur le pied de guerre !
Il aurait souhaité , celui-là , prendre le manoir d'assaut , " ce qui avait déjà été fait pendant la Révolution ! " , claironnait-il d'un air méchant .
Mais , là-bas , les premières recherches n'avaient rien donné .
Mona , elle aussi , craignait qu'il ne soit arrivé quelque chose de grave . La chouette n'avait-elle pas frappé trois coups d'aile sur la fenêtre , et le chien Taran , pourquoi s'était-il mis à hurler longuement sur le pas de la porte , la veille au soir ?
Yun était sorti toute la journée du lendemain , fouillant chaque hallier , cherchant des indices dans chaque buisson .
Rentrant bredouille et désespéré , il avait vu l'étoile filante sillonnant de sa trace lumineuse le clair-obscur des plaines célestes , comme une âme s'envole soudain vers le Paradis .
" Quelqu'un d'ici a rejoint l'autre rive " , semblait lui répondre l'écho de sa peine .
Et pourtant , la fête de " l'Aire Neuve " est un jour de liesse qui célèbre traditionnellement l'Agriculture . C'est aussi , pour les galants , l'occasion de se promener au bras de leur tendre amie , d'aller cueillir avec elle au verger les " Pommes d'Amour " enveloppées d'un papier d'argent qui renferme le nom de l'être aimé . ( 17 )
Quand le soleil brille , ce qui arrive assez souvent en Bretagne , comme chacun sait , celui-ci doit en graver le fruit de ses lettres de feu !
Mais , ce soir-là , tout semblait triste .
L'océan des nuages s'était mis à grossir depuis l'aube , pommelant de ses flots noirâtres et tumultueux l'impassibilité précaire de l'azur .
On avait vu voler l'orfraie grise et , pour beaucoup , c'était mauvais signe ...
( A Suivre ... )
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DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 3 - Mouton Noir , Mouton Blanc - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008
( Version numérique ) .
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Notes :
14 - Lancelot du Lac / Perceval : chevaliers de la Table Ronde dans la légende arthurienne .
15 - " Mabinogion " , II , 95 , Contes gallois du Moyen-âge ( Peredur Ab Evrawc ) . Cité par Jean Markale dans son livre : " L'Epopée Celtique d'Irlande " ( 1971 ) .
16 - Manannan Mac Lir , fils de l'océan , roi du " Sidh " ( L'Autre Monde ) . L'Île de Man lui doit son nom .
17 - La Fête de " l'Aire Neuve " célébrait l'agriculture en Bretagne : " La Chanson de l'Aire Neuve " ( Son al Leur-Nevez ) , Barzaz-Breiz , II , 5 - III ( 1845 ) .
Les " Pommes d'Amour " : Introduction Barzaz-Breiz , IV .
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 2 - Le Castel du Tertre - Mound Castle Ruins - Kastellig an Duchenn .


Premier Cercle : A la Pointe du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/ L'Attente /
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchékov - " La Steppe , histoire d'un voyage "
- Les Sortilèges de Brocéliande -
2 - Le Castel du Tertre
" ... Une colombe , traversant l'espace ,
Vient tous les ans lui rendre sa splendeur ... "
Richard Wagner - " Lohengrin " , Acte 3 .
Quant à lui , ne serait-il pas délaissé comme le fils de Riwanon , ou devrait-il se changer en poisson , tel Dylan à la recherche d'Arianrod ? ( 8 )
Il y pensait chaque fois qu'il trouvait une friture de sardines dans son assiette , ou qu'il avalait un filet de merlan .
La nuit , c'était un vrai cauchemar , surtout depuis qu'il avait reçu la lettre incompréhensible d'un cousin , commis de bord sur un paquebot de luxe , dans laquelle ce dernier lui expliquait , bizarrement , qu'il servait " du caviar à des têtes de merluche et des faces d'anchois " !
Ces légendes ravissaient le jeune Yannig .
En parcourant la grande forêt qui ceignait de toutes parts le village , il sentait l'ombre de Viviane effleurer les ramures d'un aulne mélancolique ou se confondre avec celle du chêne au gui de lumière flamboyante !
Alors , quel bonheur c'était , caressé par le vent léger , de courir à l'appel de la source perdue dont la claire chanson , vivante au coeur des arbres , fait danser la sitelle et ramager le pinson ...
De contempler l'image inversée du château dans les eaux grises du lac , à la tombée du jour , alors que la biche blanche aux bois de cerf vient craintivement s'y désaltérer , suivie de son faon ...
Voir enfin la métamorphose des cygnes majestueux en jeunes princesses qui pourraient vous conduire , à tire d'aile , au palais resplendissant de pierres précieuses , retenu par quatre chaînes d'or , très haut , bien au-dessus du reflet mouvant des nuages dans l'onde verdâtre ... ( 9 )
Mais , pour l'enfant , n'était-ce qu'un rêve ?
Et n'y avait-il pas un ogre pour vivre encore derrière ces hauts pans de murailles à l'abandon , ruines toutes décharnées , recouvertes de lierre et de brume , balayées parfois par la bruine , dont les fenêtres depuis longtemps fermées et muettes cachaient peut-être , selon la fable , des trésors incomparables , diadèmes sertis de jaspe ou de calcédoine , rivières de perles , dans des écrins d'émeraude ?
Et là-bas dans la dernière chambre , la plus secrète , parée de tentures de pourpre et de tapis magiques venus d'Orient , le garçon ne trouverait-il pas enfermé dans un coffre miroitant de lueurs divines , le plus gros joyau jamais vu , celui qui réaliserait tous ses désirs , lui permettant même , un jour , d'épouser la fille du Roi ?
Le castel du tertre !
Une construction sévère , pitoyable , à l'aspect fantastique , tel un navire fantôme échoué sur le miroir des fées ...
Un promeneur curieux l'aurait pris pour un bijou sans éclat , terni depuis des lustres , qu'une nuit de pleine lune ravivait parfois .
L'été , un soleil incendiaire éclairait la masse noire des bâtiments , flanqués de quatre bastions d'angle crénélés de grosseur différente , en éteignoir , accolés à une tourelle ou une échauguette et recouverts d'une couronne de toits tout défoncés d'ardoise grise .
De naissance moyenâgeuse , l'austère bâtisse de schiste rouge , à moitié dévastée , avait été remaniée peu à peu au cours des siècles .
Sa façade à rangs de fenêtres maillées de plomb présentait une seule courtine , mal étayée de contreforts ajourés , qui parvenait à relier plus ou moins deux tours entre elles , malgré les ravages du temps sur la pierre , avec ce qui restait de sa galerie couverte à mâchicoulis dont les denticules se déchaussaient lentement .
Sombre , imposante , l'enceinte fortifiée , proche du délabrement , dominait un massif de hêtres et de chênes séculaires plantés sur un minuscule plateau .
Celui-ci , d'un côté , bordait le lac de Diane , et de l'autre , au nord-ouest , pour qui aurait tenté de sortir , par bravade , en traversant la plateforme toute vermoulue du pont-levis , se mettait à descendre en pente assez raide vers une petite combe cernée de grands sapins et de mélèzes .
Le paysage avait une allure grandiose !
Malgré tout , le marcheur était envahi d'un sentiment de paix profonde lorsqu 'il s'aventurait à travers ces bois mystérieux .
La riante nature et la pureté de l'air l'énivraient tant qu'il ne percevait plus qu'à peine le bruit du marteau des Forges montant de la vallée .
Le toît nervuré des hautes futaies , dôme de feuillage décoré de fines ramures , venait assourdir en son cercle protecteur , celui d'une cathédrale parfumée d'herbes et de fleurs sauvages , le joyeux gazouillis d'un merle ou le chant cristallin d'un ruisseau finissant par se perdre en ce monde gracile où s'élançait un écureuil à la recherche de glands ou de noisettes .
Vers midi , l'astre du jour perçait quelques nuages lourds et menaçants de ses flèches éblouissantes . La bretèche du donjon central était inondée , puis frappée en plein coeur la chapelle attenante à l'une des ailes du château . Parfois , l'on entendait sa cloche branler dans le campanile de façon sinistre . Alors , toute illusion de quiétude se dissipait !
Mais le spectacle changeait encore à la brune .
Selon cette vieille sorcière de Marivonig , il ne fallait pas venir troubler l'âme des druides qui sommeillait au houppier des arbres chenus .
Pauvre femme que cette charbonnière vivant au coeur de la forêt dans " sa " loge pour y couper tous les jours son bois !
" Vous serez bien téméraires si vous bravez les " kornikaned " , jeunes gens , vous lançait-elle en ricanant d'une bouche édentée lorsque vous passiez la voir !
Surtout quand ils soufflent la nuit dans leurs petites cornes !
" Quant aux " kourils " , rajoutait-elle dans son délire pour vous dissuader , ce sont les habitants de la lande et des rochers ! Leur ronde peut vous rendre fous ! "
" L'Ange de la Mort lui-même , avec sa faux , descendra de sa charrette grinçante tirée par trois chevaux sans tête pour vous prendre ! " ( 10 )
Il valait mieux rester à la maison , songeait le gosse en entendant les douze coups du battant de bronze dans le clocheton lui annoncer le départ d'une âme qui s'envole au ciel comme une tourterelle blanche .
Nul " karzprenn " , en vérité , n'aurait pu le stopper ! ( 11 )
C'est pourquoi les villageois tremblaient , aux mois noirs , quand le chant plaintif du vent faisait sonner l'angelus , martelant un glas sépulcral où résonnait , dans le lointain , le rire lugubre des trépassés !
" La cloche est pourtant fêlée ! " , répondaient avec bravoure ceux qui osaient , au crépuscule , se hasarder dans ces lieux , pour ensuite médire de la crédulité de leurs voisins .
Mais ces esprits forts croyant tout savoir , comme l'instituteur monsieur Mauron , méconnaissaient , sans doute par chance , le pouvoir des génies , l'espièglerie des nains noirs , le charme des dryades ou des sorcières , la séduction des lavandières de nuit , l'effroi provoqué par les " Spontaioù ", sans oublier les ricanements sardoniques des " Bugale-Noz " qui , tels des striges , vous glaçaient le sang ! ( 12 )
Vivaient encore , en ce manoir , ancienne demeure des Lohéac si désolée en apparence , d'autres démons nocturnes , les fameux " moines rouges " , spectres des Templiers , qui surgissaient d'un seul coup , vêtus d'un linceul , portant une grande croix de couleur écarlate sur leurs poitrines ! ( 13 )
Du moins , selon les dires de Peronnik le Bossu , surnommé " Peau d'Ours " , braconnier du village couchant parfois dans la Tour d'Artus , au bord de l'étang .
Celle-ci , jadis coiffée d'une toiture en poivrière , s'efforçait de garder fière allure malgré ses pans de murs délabrés !
Sur sa gauche , le porche d'entrée , avec , au-dessus , son châtelet flanqué de deux tourelles réunies par un chemin de ronde , supportait des vantaux de bois gauchis et fendus persistant tant bien que mal à s'ouvrir , à vos risques et périls , sur une cour intérieure d'aspect funèbre aux trois quarts dépavée ...
La herse , quant à elle , avait dû disparaître il y a longtemps .
N'en subsistait que l'air glacial venu du haut de son logis sur le crâne du visiteur imprudent ...
( A Suivre ... )
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DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 2 - Le Castel Du Tertre - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008
( Version numérique ) .
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Notes :
8 - Saint Hervé ( + 568 ) , fils de Riwanon .
- Arianrhod ( " Roue d'Argent " ) , déesse de la mythologie galloise qui apparaît dans le 4è conte des " Mabinogion " : " Math , Fils de Mathonwy " .
9 - " La Fille du Magicien " , légende ouessantine collectée par Luzel ( Fanch An Uhel , 1821 - 1895 ) , citée par Jean Markale ( 1928 - 2008 ) dans son livre , " La Femme Celte " ( 1972 ) .
10 - Les " Kornikaned " et les " Kourils " sont des lutins : c/f " Les Korils de Flaudren " , in " Le Foyer Breton " ( 1845 ) par Emile Souvestre ( 1806 - 1854 ) , écrivain breton .
11 - " Karzhprenn " = fourche des paysans .
12 - " Spontailhoù ", " Bugale-Noz " : créatures fantomatiques de la nuit .
13 - " Les Trois Moines Rouges " ( An Tri Manac'h Ruz ) , chanson populaire du " Barzaz-Breiz " évoquant les Templiers .
SAISONS - 8 - Heure d'Avril - April Hour - Eurvezh Miz Ebrel .

Heure d'Avril
For N... , in memory of all Virginian wars victims .
" May Your Mercy , O Lord , rest upon us ... "
Saint Maria Faustina Kowalska
( 1905 - 1938 ) , Sister Of Mercy .
" Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule ... "
Guillaume Apollinaire - "Alcools " - Zone , I .
Je marche dans les rues sans pluie ,
Ma vie continue ...
Beaucoup de gens , de bruit ,
Le soleil , aujourd'hui , brille , par chance ,
Et le ciel de France
Est bleu , à Paris ...
Des souvenirs me reviennent ,
Quand je longe la Seine ,
Les Invalides , Cluny ,
Un an déjà passé ...
Et de Saint-Michel à Neuilly ,
Je pense à toi ,
L'avenue de Madrid , elle ,
Est toujours là ...
Puis , mon esprit s'enfuit
Dans l'ouate des nuages ,
Vers la Virginie ,
Je voyage ...
Et chaque jour , chaque nuit ,
Je traverse l'océan ,
Mais le vent , qui souffle ,
Est moins fort que mon tourment ...
Car le temps qui s'envole ,
Nous laisse des paroles ,
Des rêves qui s'égarent ,
Des regrets ,
Du cafard ...
Ce n'est , pourtant ,
Qu'une heure d'Avril ,
Dans la foule ,
Où je vais ,
Comme un navire fragile ,
Battu par la houle ...
Et de Villeneuve à Charlottesville ,
Je pense à toi ...
Tu sais , 
" La Petite Hostellerie " nous attendra ,
Le jardin des Tuileries refleurira ,
Je crois ...
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DAN AR WERN - Saisons - VIII - Heure d'Avril - Ebrel 1979 - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . "Saisons " , Copyright 2006 .
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" Brightness falls from the air ;
Queens have died young and fair ;
Dust hath closed Helen's eye .
I am sick , I must die .
Lord , have mercy on us ! "
Thomas Nashe ( 1567 - 1601 ) - " Adieu ! Farewell Earth's Bliss ! " in " Summer's Last Will and Testament " ( 1600 ) .

33 personnes massacrées sur un campus de Virginie ( 16 /04 /2007 )
Liens / Liammoù / Links over http://www.e-monsite.com/danarwern/ ( " News " )
LE PASSEUR DES MONDES ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente - 1 - La Conteuse et L'Ebéniste - Konterez hag Ebenour - The Storyteller and the Cabinetmaker .
Premier Cercle : A La Pointe Du Jour ...
Le Passeur des Mondes ( VI )
Première Partie
/L'Attente/
" Que serait-elle , cette vie ? "
Anton Tchékhov - " La Steppe , Histoire d'un Voyage " .
- Les Sortilèges de Brocéliande -
1 - La Conteuse et l'Ebéniste
" Les conteuses , par les sentiers , dans les nuits noires ,
Descendent vers les bourgs , leurs fuseaux dans les doigts ... "
Anatole Le Braz - " Les Légendes de la Mort " .

Ur gaerenn a vaouez ' oa mamm Yannig , Mona hec'h anv ... La mère de Yannig était une belle femme qui s'appelait Mona .
Elle aimait la flamme dansante et vive du feu en hiver , mordant la bûche vigoureuse , puis les braises rougeoyantes qui , dans un dernier sursaut , crépitent au coeur de l'âtre , avant de mourir en cendres .
Après le repas du soir , Mona se laissait séduire par l'étrange fascination de ce spectacle donnant à son regard clair des reflets magiques . Comme inspirée , elle vous racontait alors des histoires merveilleuses , de celles qui enchantaient le petit Yann .

On y découvrait un monde enflammé et violent , peuplé de héros celtes , celui de Cùchulainn , défenseur de l'Ulster , fils du Dieu Lug et de la princesse Dechtire , ou bien encore l'histoire fabuleuse de Nominoë , roi Breton , vainqueur des Francs . ( 1 )
La vérité , sans doute , y rejoignait la fiction légendaire quand la conteuse , emportée par son récit , vous parlait d'îles étranges , de royaumes sous la mer , avec leurs fées envoûtantes , sirènes échevelées séduisant les marins . Passant d'un registre à l'autre , elle traçait chaque fois de nouvelles perspectives, s'appliquant , tel un peintre à la riche palette qui essaie d'apporter de chatoyantes couleurs pour animer son tableau : y résonnait ici le rire perçant de Gradlon comme celui d'un facétieux " Korrigan " à la cour de Konomor , comte de Poher ; là , celles de Salomon , de la duchesse Anne y étaient souvent peuplées de nains cruels et d'espiègles sorcières ; la ronde des " Esprits de la Nuit " vous y guettait parfois dans le feuillage du mystérieux " Bois Noir " , et le charroi grinçant de l'Ankou sur le rivage des Trépassés ... ( 2 )
Sans parler de l'abîme infernal des profondeurs océanes dans lesquelles d'affreux dragons surgissaient soudain , sortis tout droit du cerveau bouillonnant de sa mère , ou - qui aurait vraiment su le dire ? - du Chaudron magique de la déesse Koridwen , peut-être cette vieille marmite en fonte chantant , les soirs d'hiver , au coin de la cheminée !
Cependant , l'idéal de tous ces héros , pensait l'enfant , qui , dans son sommeil , mêlait à sa fantaisie les trésors de la Tradition , n'était-ce pas une contrée de rêve où personne n'a plus besoin de parler pour se comprendre , où seules se réalisent les choses qu'on a , de tout coeur , désirées ?
Pour dissiper ses terreurs nocturnes , comme s'effacent quelques mirages de brume à la surface d'un lac endormi , Mona entraînait son fils dans ce paradis diapré des différentes couleurs de l'arc-en-ciel où s'unissaient les chants les plus doux , les fleurs les plus belles , trésors scintillant d'une féerie sans fin !
Sur le chemin de l'école , suçotant , distrait , les bonbons qu'il avait trouvés dans la boutique de madame Le Cornec , la mercière , Yann languissait d'entendre encore sa voix fièvreuse , devenue par la suite apaisante , et qui faisait s'émouvoir et tressaillir son âme juvénile aux sortilèges de Brocéliande !
Yun arrivait souvent tard le soir .
Assez secret , c'était un homme aux gestes lents , méticuleux .
Dissimulant une grande douceur derrière un regard sombre , il semblait percevoir , quoique jeune encore , la subtilité des choses , passant pour un sage dont le jugement , même s'il pouvait faillir , était très apprécié des villageois .
Malgré des airs absents qu'on attribuait à l'emprise de son métier , l'artisan savait montrer sa bienveillance .
Toutefois , sa seule passion connue , en dehors des siens , c'était son travail d'ébéniste .
Toute la journée , il fabriquait des meubles qui , au prix d'une réalisation très achevée dûe à une technique solide , lui permettaient , par leur style ou leur décoration , de donner libre cours à ses talents de créateur et d'artiste .
Sa renommée était établie un peu partout dans le pays .
De grands noms faisaient appel à sa compétence , une clientèle choisie appréciait sans réserve l'étendue de ses facultés .
Pourtant , si l'on vantait l'habileté précieuse de cet oiseau rare , peu savaient qu'il vouait à d'autres tâches " plus nobles " , leur confiait-il , ses brefs instants perdus : quand il se métamorphosait en facteur de harpes , " le meilleur luthier alentour " , avouaient d'un sourire convenu ces quelques initiés ; car selon eux , le secret de sa vie , fruit de tant de labeur acharné , d'application minutieuse , et d'une recherche jamais satisfaite qui tend à la perfection , ce devait être une pièce , commencée il y avait fort longtemps , son " Grand-Oeuvre " , une harpe vue par personne et qu'il aurait souhaitée plus belle que celles de Brian Boru ou de Merlin l'Enchanteur !

Dans la pureté de son coeur , il croyait qu'avec l'aide du Dieu Primordial , empreint de bonté ( ce " Dagda " dont lui parlait sa femme ) , il arriverait à fabriquer l'instrument de musique idéal , si beau et si finement sculpté , au bois précieux d'une essence tellement rare que celui qui en jouerait pourrait certainement , par les vibrations incantatoires de sa caisse ou la sonorité cristalline et la souplesse des cordes , parvenir à entrevoir certains mystères d'Outre-Monde , et , grâce à ses harmonies délicates , se mettre au diapason du Ciel ! ( 3 )
Les plus grincheux , sans doute , en seraient émus , ceux qui n'ont d'intérêt que pour l'argent , pensait-il sans cesse avant de se remettre à l'ouvrage .
En effet , dès qu'il avait un moment , laissant de côté sa tâche habituelle , il se reprenait à contempler l'objet de sa hantise .
Alors , la qualité du bois le décevait , l'ornementation lui en paraissait grossière , de mauvais goût , les ciselures mal travaillées .
S'ensuivaient de longues phases de doute où il tentait de calmer un peu son angoisse pour parfaire les rainures d'un tiroir , l'arrondi d'un pied de commode .
Une autre harpe , destinée à un ami , lui montrait de façon criante les défauts de la sienne .
" Que faire ? " , soupirait-il avec rage .
L'oubli , seul , aurait pu le guérir , qui vient à bout des tourments les plus vifs .
Mais il ne tardait jamais à retrouver , dans un coin de l'atelier , l'objet de cette passion dévorante le consumant peu à peu .
Il se mettait même à lui parler , baissant les yeux : serait-il jugé assez digne pour en exprimer la transcendance recherchée , cette musicalité des sphères devant faire vibrer son moi le plus profond , lui donnant dimensions et mesures inconnues ?
Dans le village, on se demandait alors ce que cachait vraiment le menuisier .
Ce pays de légendes , n'était-il pas celui des sorciers , des magiciens ?
D'un autre côté , n'avait-on pas perdu les secrets de fabrication du métal qui , jadis , avait fait la fortune des Forges ?
Chacun se posait mille questions !
Pourtant , l'ébéniste montrait tant de gentillesse et vous éclairait de conseils si clairvoyants qu'on savait oublier ensuite ce qu'on avait dit de " ses côtés étranges d'inventeur illuminé " .
Il n'hésitait pas à vous rabaisser le prix d'un buffet . Parfois , la mère de l'élève devant se lever très tôt pour gagner l'usine , il conduisait lui-même la jeune Hervine Riou à l'école , aidant au passage Marie-Job Helari , quasi aveugle , et qui ne comprenait que le breton ...
Bien sûr , il n'y avait que Mona pour percer l'énigme de cette âme inquiète , car elle seule pouvait franchir les frontières du royaume tant recherché par Yun , celui de la transparence et de l'accomplissement !
Le soir , quand il arrivait tôt , le spectacle de sa femme au coin du feu , racontant à Yannig des histoires d'un monde idéal , calmait un peu sa souffrance . La chaleur du foyer mettait un baume à son coeur meurtri .
Il restait là , s'asseyant à la grande table de chêne qu'il avait assemblée lui-même , feignant de parcourir son journal en dînant .
Mais , levant la tête , il lançait un coup d'oeil furtif et passionné sur cette créature magnifique à la longue chevelure brune , aux yeux verts , couleur d'émeraude , avec des reflets de feu !
Dans ces moments de grâce , il croyait avoir deviné le secret de sa harpe ...
Comme elle savait bien raconter , Mona !
Tantôt elle parlait d'une église invisible , au sommet d'une montagne du lointain sud , avec son trésor caché ...
Elle ressuscitait les mille et une légendes des fabuleuses contrées de l'ouest , englouties par les eaux .
Tantôt , c'était un voyage en caravane vers les cités féeriques de l'Orient dont les mosquées rutilaient d'innombrables pierres précieuses , tandis que leurs marchands vénitiens , venus du désert , vous initiaient au mystère des oasis .
Puis , la conteuse vous emmenait boire à la Fontaine de Jouvence , au pied de l'Arbre de Vie où jaillissait la source d'immortalité ... ( 4 )
Elle retraçait ensuite l'histoire du roi Poseïdon et de son Sceptre à trois branches , vous poussant sur le navire de Bran , ou sur celui de Maelduin , jusqu'au Royaume-sous-les-Ondes , cette Île des Fées qui nargue depuis l'aube les lois du temps ... ( 5 )
Peut-être iraient-ils vers ce Pays des Hommes de Cristal , au Pôle Nord , se demandait Yannig , dans cette patrie étrange où l'on croit revenir , alors qu'on est seulement parti loin de chez soi ? ( 6 )
... Ne lui arrivait-il pas , d'ailleurs , de comparer sa mère à cette Mona Kerbili , jeune ouessantine s'étant laissée séduire par un " morgan " , fils des Dieux de la mer ? ( 7 )
Viendrait un jour , se disait-il avec crainte , où elle retrouverait sans doute , elle aussi , son palais de corail nacré de perles , sous les flots ténébreux ...
( A Suivre )

DAN AR WERN - Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - VI - L'Attente / Première Partie - 1 - La Conteuse et L'Ebéniste - Tous droits réservés / All rights reserved / Pep gwir miret strizh - " Le Passeur des Mondes " , Copyright 2005 , SGDL . Copyright arbredor.com 2007 et 2008 ( Version numérique ) .
Tableau : Bouguereau , " L'Attente " ( 1902 )
Droits réservés .
Notes :
1 - Cuchulainn ( " Chien de Culann " ) , héros de la mythologie irlandaise , fils de Lug et de Eithne , mère de tous les dieux .
- Lug , dieu suprême du panthéon celtique .
- Dechtire ( Deichtire ) , mère terrestre de Cuchulainn .
- Nominoë ( Nevenoe ) , roi de Bretagne ( 845 - 851 ) , père de la Patrie ( Tad ar Vro ) , vainqueur des Francs à Ballon ( 845 ) .
2 - Gradlon le Grand , roi légendaire de Cornouaille bretonne habitant la ville d'Ys avec sa fille Ahès ( Dahut ) .
- " Korrigan " = Créature légendaire comparable au lutin .
- Konomor , souverain du Poher et de la Domnonée ( Nord-Bretagne ) au 6è siècle .
- Salomon ( Salaün ) , roi de Bretagne ( 857 - 874 ) , successeur d'Erispoë .
- " Ankoù " , passeur des âmes qui emporte les morts sur son char .
3 - Dagda , dieu le plus important des " Tuatha Dé Danann " après Lug ( Mythologie irlandaise ) .
4 - La Fontaine de Jouvence guérissait après la bataille les guerriers de la princesse Dana .
- L'Arbre de Vie : c/f " Le Passeur des Mondes " , I , 3 . Mabinogion , Légendes galloises , Peredur Ab Evrawc .
5 - Poséidon , dieu grec de la mer , souverain de l'Atlantide .
- Bran le béni , héros des Bretons dans la mythologie galloise ( Mabinogi de Branwen ) .
- Maelduin , navigateur irlandais dont les voyages sont contés dans un texte du 11è siècle ( Imram Mael Duin ) .
- Royaume-Sous-les-Ondes ( Histoire de Diarmaid ) : c/f " Popular Tales of the West Highlands " ( 1860 / 1862 ) , par John-Francis Campbell ( 1821 - 1885 ) , auteur écossais .
6 - Hyperborée ( Voyage de Pythéas ) - c/f : " Quand l'Atlantide Resurgira " ( 1978 ) par Roger Facon .
7 - Légende ouessantine .

MEIN DIWAR VA HENT - V - Véronique - Veronika - Veronica .
Veronique

" Une femme sortit de la foule
et vint essuyer avec pitié
la sueur et le sang
qui ruisselaient sur Son visage . "
William Barclay - " Jésus de Nazareth ", inspiré du film de Franco Zeffirelli ,
Copyright RAI / ITC Entertainment Limited , 1977 .
Editions Filipacchi , Paris ,
1978 .
Je te verrai venir
Au milieu de la foule ,
Mon coeur sanglant déjà ,
Transpercé de silence ,
Tout de blanc vêtue ,
Couleur de l'innocence ,
Et du bleu de la mer
Ecumante de houle ...
Oui , je t'ai vue venir ,
Comme une Aurore perdue ,
Naissant des cieux mouillés ,
De flamme ou de velours ,
Vers ceux qui ont prié ,
De leurs deux mains tendues ,
Celui qui était là
Depuis l'Aube des Jours ...
Tu cherchais ton enfant ,
Je suis l'Eternité
Qui tombe et se relève ,
Au soleil , sur les vagues ,
S'élance en mille reflets
Lumineux et purs ,
Qui danse un jour d'Avril ,
Et puis l'autre divague ,
Jusqu'à ce mois de Mai ,
Visage aux yeux d'azur ,
Véronique , et Mon corps ,
Par des loups dévoré ...
DAN AR WERN - Mein Diwar Va Hent - 5 - Véronique - Octobre 1991 - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Mein Diwar Va Hent " , Copyright 2006 .
"Véronique " , tableau de Hans Memling ( 1430 - 1494 ) , aux environs de 1483 .
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