AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez - Version Française / E Galleg ( 2 ) .
AUBERIVE ( 5 )
Villeneuve
( suite )

(...)
Nous sommes redescendus .
J'avais retrouvé les collègues , la vie de bureau .
Heureusement qu'elle m'avait confié son adresse , pensais-je avec angoisse .
Par chance , elle demeurait dans la région parisienne .
" Je suis au pair , à Neuilly , pour deux mois encore ...
Je tremblais d'entendre ces paroles , qui semblaient définitives . Je lui écrivais de longues déclarations d'amour , avec ce désir en moi , chaque soir , de l'appeler au téléphone .
Aimablement , de son calme imperturbable et de sa logique toute américaine , elle se moquait de mes avances .
Nous convînmes d'un rendez-vous .
Je me rappelle ... Je la pris devant son école de danse , place des Invalides . Le mois d'avril était en fleurs , je la trouvais plus ravissante que jamais . Nous traversâmes les Tuileries sans dire une parole .
Tu m'avais prévenu : " Essaie juste d'entendre ce refrain , - La vie , je t'aime !
En moi pourtant , cet autre couplet psalmodiait sa réponse , au milieu des feuilles déjà flétries par une caresse mortelle d'un vent d'automne :
" Avril , elle viendra ... Septembre , je me souviendrai ."
Tu respirais la douceur de l'air à pleins poumons .
" Je suis si heureuse d'être ici ... Quelle journée magnifique !
Le soleil resplendissant illuminait tes yeux d'émeraude , à moins que ce ne fût ton sourire qui monta vers lui .
Je n'oublierais jamais ce restaurant , vers Saint-Michel , où tu m'avais entraîné : " La Petite Hostellerie ".

C'est devenu un lieu de pèlerinage .
" Tu m'aimes bien ?... J'ai coupé mes cheveux , murmura-t-elle d'un air ingénu qui me donnait encore plus envie de l'embrasser comme un fou !
Je lui tendis son cadeau : de nouvelles chaussures de ballerine , dont elle m'avait fait l'éloge enthousiaste à la devanture d'un grand magasin .
Sa main toucha mon bras , furtivement .
" Merci , Yann ... Je ne les mérite pas , tu n'aurais pas dû ...
Elle hésita un peu , confuse , rougissante : "... Elles sont trop belles ...
J'allais lui répondre , saisi d'émotion .
" Non , ne parle pas , je t'en prie ... Qui peut dire le faux et le réel ?
Après un silence : " Tu sais , je vais partir bientôt ... Je vais en Grèce avec ma copine Julie ... Tu la connais déjà , non ?
C'était celle qui vivait en Angleterre . Elles skiaient toujours ensemble .
Je n'eus la force que de répondre très lentement , comme anéanti déjà par l'idée de cet avenir sans elle que j'avais pressenti sans avoir le courage d'y faire face .
Et mon humour lui parut glacial , sans doute : " Je crois que je vais me jeter dans la Seine , fanfaronnai-je pour tenter de lui masquer la violence de ce deuil avec pudeur .
Elle fit semblant de ne pas vouloir comprendre , ou plutôt s'efforça de rire :
" Ouah ! Ces français , toujours romantiques !
Je n'avais pas encore touché le fond .
La ramenant à l'entrée majestueuse de ce palais qu'elle habitait encore , je me sentis effondré d'y laisser ma jeune princesse , comme devant la porte infranchissable de l'absence .
Elle voulut m'encourager , disant qu'elle reviendrait pour quelques jours .
Ces derniers mots ne firent qu'aggraver ma douleur . Je la tenais tout contre moi , des larmes plein les yeux .
" Je dois rentrer ... So long , Yann !
Longtemps j'ai pleuré , longtemps j'ai souffert .
Nul n'a senti , plus fort que moi , l'inéluctable contingence de l' homme . J'aurais voulu te suivre au bout du monde , même à travers les mers , sur le dos de mon vieil et fidèle coursier .
Si j'avais pu ...
Je t'aimais , Virginia .
Comme l'eau dormante du lac enflammée soudain d'une inaccessible étoile .
Je t'aimais . Tu étais mon rayon de soleil .
Mais dis-moi , où faut-il aller lorsqu'on arrive à la fin de son rêve ?
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Dan Ar Wern - Auberive ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez ( 2 ) - Mars 1986 - Traduit du Breton par l'auteur - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved - Publié dans Al Liamm n° 336 ( Février 2003 ) . "Auberive " , Copyright 2006 .
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" Elle est si belle que la regarder touche à la souffrance ; c'est comme une âme visible ...
Isabelle Rivière - " Images d'Alain-Fournier " - La Belle Histoire .
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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez - Version Française / E Galleg ( 1 ) .
AUBERIVE ( 5 )
Villeneuve
Pour Vefa de Bellaing
" And where do you go when you get to the end of your dream ?
Où allez-vous quand vous touchez à la fin de votre rêve ? "
Dan Fogelberg
Il faut monter pour atteindre Villeneuve .
On a quitté la grande ville, anonyme et tentaculaire, à l'aspect grisâtre , pluvieux , laissé au loin la Gare de Lyon , ses fumées , ses enchevêtrements de rails et de destinées innombrables.
Gens pressés , qui courent dans tous les sens , et se bousculent , comme des fourmis . Crissements de roues sur le fer , déchirant l' immense plainte humaine au langage incompréhensible , et là-bas , se diluant dans la foule , comme absorbée par elle , une main tendue sans espoir vers cette silhouette fugitive , l'ombre d'un sourire cherchant le visage rayonnant d'une jeune fille , vite disparue , qui , l'espace d'une seconde , vous a montré le chemin d'une vie renaissante...
Vous essayez de vous endormir , allongé sur votre couchette , malgré le bruit , la chaleur , la gêne provoquée par la promiscuité de six personnes , dont l'une ronfle , entassées dans cet étroit compartiment .
Les rires étouffés , le chuchotement ininterrompu de deux d'entre elles , tout là-haut , vous font croire que Laura ou Muriel vous invitent , sans toutefois les connaître , à intervenir et donner votre avis sur leurs problèmes intimes , dont vous n'ignorez plus rien .
Puis , finalement , vous êtes vaincu par le sommeil , le roulis lancinant du wagon parvient à vous bercer ...
Les dernières images de la journée s'accélèrent , tandis que le train fonce à toute allure dans ce tunnel opaque des rêves inachevés : décor de bureau , poussiéreux , jaunâtre de lumière artificielle , avec ses visages glâbres , ses mains molles d'autosatisfaction .
Dossiers qu'on expédie entre deux bavardages dont l'intérêt se limite à celui de vouloir faire avancer la pendule paresseuse , clients récalcitrants , promesses d'hypocrite à une fille qu'on oubliera , parce qu'elle trompe seulement votre ennui ...
Toute une morne existence défile , sans nécessité , uniquement par le génie d'une mécanique absurde , incontrôlable , celle d'un jeune fonctionnaire assez seul , qui veut échapper à la monotonie quotidienne , et se retrouve englué dans la routine ...
Ce moment tant attendu de partir enfin , mais qu'aujourd'hui on avance un peu , sur le coup de six heures , car l'ivresse de la liberté , depuis la veille , vous oppresse le coeur , vous noue l'estomac , vous donne envie de vomir. Cigarette sur cigarette , les minutes passent ...
Puis l'on s'enfuit comme un voleur !
D'autres visions surgissent , plus lointaines , plus imprécises , maintenant , dans la torpeur grandissante , berceau de la nuit : je me revois galopant sur un cheval fougueux , lorsque j'avais quinze ans , le long de cette grève immense et déserte , à Plestin , face à la mer déchaînée de mon enfance et de ma jeunesse .
Mon premier amour inaccessible , à la longue chevelure de miel , et que je regardais à peine ...
Elle rougissait de crainte , et nous n'osions rien dire ...
La lande était parfumée de boutons d'or et de genêts en fleur tapissant le sol des hautes falaises ; touffes printanières que le vent matinal effeuille , posées sur l'océan de toile écrue , et dont les couleurs , si tendres , viennent se perdre dans les nuages d'un ciel rosissant d'espérance .
" Que reste-t-il de tout cela ? , me dis-je , à mesure que l'aube toute blanchie de neige immaculée découvre les grands sapins noirs montant la garde au pied des cimes grandioses .
Seulement de "petits riens ", que le spectacle des apparences fait naître , comme un désir inassouvi flottant dans l'air et qui , parfois , voudrait tourmenter le coeur d'un jeune homme en quête d'une autre réalité, d'un autre "lui-même " ?
" Une illusion passagère " , qui dessinerait les contours imprécis d'un Ange de l'Eternel à l'ineffable destinée ?
L'impression pénible d'avoir entendu , déjà , ces paroles évanescentes que l'on retrouve au détour d'un après-midi tranquille , et qui s'envoleraient des lèvres d'une Enchanteresse vers des contrées mystérieuses ?...
Rien , peut-être, sinon que poussière au pays des songes ... De vieilles photographies ?
De temps en temps je les regarde , lorsque j'ai la nostalgie d'anciens jours .
Ton visage m'entraîne encore vers ces moments de grâce et de souffrance , à la recherche d'une époque disparue .
Ce n'était pourtant qu'une semaine de vacances , parmi tant d'autres , dans une station de ski des Alpes .
Mais il régnait , dans ce grand chalet de montagne , une ambiance de jeunesse en fête , et moi , j'attendais quelque chose de miraculeux , sans doute , voire même "d'impossible " , ajouteras-tu plus tard , toi , la fille de Saint-Louis * , sur un ton pragmatique .
" Vous , les Français , vous êtes rêveurs , comme Chateaubriand ... J'ai étudié le Romantisme ! , annonçais-tu fièrement dans un rire aguicheur où affleurait le son de ta voix délicieusement exotique , et derrière ce constat médical un peu froid , méprisant , se cachait , j'en suis sûr , l'envie inavouée d'en savoir plus et de jouer de ton charme , de faire souffrir ...
" O Virginia , y a-t-il une place dans ton coeur pour un amour blessé ? "
En relisant ce poème d'autrefois , j'essaie d'imaginer ta vie présente , si étrangère désormais , de vaincre l'indifférence , mais aussi cette calme lucidité que seul le temps destructeur peut apporter malgré nous .
Longtemps j'ai pleuré , longtemps j'ai souffert .
Nul n'a crié plus fort que cette douleur en moi , bâtie sur du vide , écrasante et silencieuse .
Comment saisir l'insaisissable ? Comment se perdre dans les caprice du vent qui vous entraîne , et qui change , et soudain s'enfuit dans les nues ?
" Qui a vu le vent ?... Devais-je suivre l'hirondelle au-dessus de l'immense plaine marine , ou simplement me cacher à l'intérieur d'une lettre ?
Jamais je ne reçus de réponses ...
Tu n'écrivis qu'une fois , pour me remercier à-propos d'une valise oubliée par mégarde , et que j'avais réexpédiée à mes frais . Ce fut tout .
Chez toi , il n'y avait pas de place pour le passé , pas d'avenir pour ces folles descentes sur les pistes de Villeneuve , et nos crises de fou-rire , nos batailles dans la neige avec Patrick et Bernard .
Que sont-elles devenues , nos discussions passionnées sur l'oeuvre de Novalis , ou celle de Carson Mc Cullers ?
" Je suis The Sojourner , celle qui passe , lançais-tu par bravade , et toi tu es Heinrich !"
" Pauvre Henri, il pleure encore, il a perdu sa Sophie , ajoutais-tu sur le ton d'une ironie gentille et condescendante .
Je te parlais de ma Bretagne , de sa langue oubliée , méprisée , de sa culture .
" C'est drôle , vous , les Français ... Je n'ai connu ici qu'un révolutionnaire basque , et maintenant , toi !
Et cette soirée au piano-bar ?
Tu avais chanté ta chanson fétiche , celle de Dan Fogelberg , la nôtre :
" There's a place in the world for a gambler " , il y a une place dans le monde pour un flambeur ...
Et nous dansâmes , nous avions un peu trop bu , irish-coffee , sangria ...
" Vois-tu , Yann , il faut penser au moment présent , si tu veux être heureux .
Je te serrais la taille , reposant ma tête sur tes longs cheveux d'or
Un visage d'ange effleurait le mien ...
C'est alors que , sans crier gare , tu m'embrassas violemment !
( A Suivre )

DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez ( 1 ) - Traduit du Breton par l'auteur - Mars 1986 - Publié dans N° 336 AL LIAMM , février 2003 - Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh / All rights reserved .
"Auberive " , Copyright 2006 .
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" Etude " , par William Bouguereau ( 1898 )
* Saint-Louis ( Missouri ) .
AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 4 - A-propos de Villeneuve / About Villeneuve .
AUBERIVE ( 4 )
About " Villeneuve " ( Au Sujet de " Villeneuve " )
I , sometimes , have a look back to this time, march 1978 . I decided to go on a skiing holiday for a week . So , I got into a night-train from Paris and arrived in the morning to the Alps , near Serre-Chevalier.
As they say there are none so distant that fate cannot bring them together , I had sure to meet there , in a small village named Villeneuve-La-Salle , an american young woman student from St-Louis , MO !
I dedicate this short story to my friend and teacher in breton , VEFA DE BELLAING ( 1909-1998).
She gave her whole life to our cause . She was very brilliant and used to know a lot of things about literature , celtic countries and classical breton musicians such as Paol Ar Flemm , Paol Ladmirault , Guy Ropartz , Jef Ar Penven , and many others , all well-known .
She died on the 16th of April 1998 , as " trees and flowers of spring came into blossom ".
Pray for her .
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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 4 - About " Villeneuve " / Au Sujet De " Villeneuve " - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Auberive " , Copyright 2006 .
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Painting : " Les Lavandières de Nuit " , Night Washerwomen ( 1861 ) , by Yan Dargent , Breton Painter ( 1824 - 1899 ) .
LE CHEMIN PERDU - 10 - By Ourselves / Ni-Hon-Unan -Translation
Le Chemin Perdu ( 10 )
BY OURSELVES (NI HON-UNAN )
I was born among them ,
In Brittany , 
Close to Brocéliande ,
A child ran at play about ...
Cheerfulness within him ,
And kisses all over ,
Of the Enchantress ...
This time , now , is dead and gone ,
But in a corner of our memory ,
Lives a brilliant flame
Igniting our bitter hearts
With the hope
Of a better life ...
Just by ourselves ,
We could , if you please ,
Free our land !...
We'll find the Truth 's hard way ,
And it will be dazzling !
You were oppressed ,
In the Big City ,
With just foreign words
To name the things ,
All around ...
Get back over here to drink the ocean ,
To live like our country
And its scents ...
Just by ourselves
We have to leave the Big City ,
And to build a new world
Of Freedom , Love and Beauty ...
By ourselves ,
We'll fight still stronger ,
To cast off the cruel chains
That break our souls ...
And we'll open up the right way
To Freedom ,
For sure , it will be priceless !
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DAN AR WERN - Le Chemin Perdu - 10 - Ni-Hon-Unan ( By Ourselves ) May 1982-Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved - Copyright 1992 , "Le Chemin Perdu " - AL LIAMM . Translated from the original text in breton language by the author . " Ni Hon-Unan " , published in AL LIAMM n° 227 , Nov. Dec. 1984 .
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LE CHEMIN PERDU - 10 - Ni Hon-Unan / Nous-Mêmes / By Ourselves .

Le Chemin Perdu ( 10 )
This is a poem I wrote the first time on the 6th of mae , 1982 , named : NI HON-UNAN / Nous-Mêmes / By ourselves / Sinn Féin . I changed some verses since that date : I replaced words in english . Everybody should understand why ... Let 's see . One point to explain is that FLB was a kind of IRA in Brittany . But I think violence leads to nowhere ... This poem was edited in AL LIAMM , n° 227 ( Nov-Dec 1984 ) .
Embannet ' oa bet ar varzhoneg-man , anvet "Ni Hon-Unan ", war niverenn 227 AL LIAMM . Gerioù e saozneg ' zo bet kemmet abaoe :
"Freedom , Love and Beauty " 'zo bet skrivet e-lec'h : " Freedom , Love and Harmony ... Komprenet e vo perak gant pep hini . Traouigoù 'zo ivez hag a zo bet lakaet dishenvel .
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NI HON-UNAN
" Poent eo stagan Bretoned
Gant stourm meur ar Vro ! "
Glenmor - "Kan-Bale an A.R.B "
Me ' zo ganet en o zouez
E Breizh ,
E-kichen Brekilien ,
Ur bugel a rede ...
Dranted eeun en e greiz ha marse ,
Pokoù hud a roe dezhan
An Achantourez ...
An amzer-se , breman , 'zo marv ,
Met ennomp e vev flamm uhel
An Envor,
Ac'h entan hor c'halonoù c'hwerv
Gant esper ur vuhez
A vefe gwelloc'h ...
Ni Hon-Unan e c'hallomp,
Ma fell deoc'h ,
Dishualan hor Bro !...
Ni a gavo hent diaes ar wirionez ,
Hag hennezh 'vo splann ivez !
Mouget out chomet
E-barzh ar Gêr Vras ,
Gant gerioù an Estren
Evit lared an traoù ...
Deus en-dro d'evan ar mor-glas ,
Da vevan 'vel hon douar , e yezh ,
E frondoù ...
Just by ourselves
We have to leave the Big City
And to build a new world
Of Freedom Love and Beauty ...
Ni Hon-Unan a stourmo
C'hoazh krenvoc'h ,
Da lemel diganeomp
Hor chadenn griz a dorr ...
Ni a dreso hent dibar
Ar Frankiz ,
Hag houman , hep mar ,
' Vo dibriz !
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DAN AR WERN - Le Chemin Perdu - 10 - Ni-Hon-Unan - Mae 1982- Published in AL LIAMM 227 ( Nov-Dec 1984 ) - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . Copyright 1992 , "Le Chemin Perdu " .
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" Bras a-walc'h eo ar Vretoned da ren o danvez o-unan ... "
Youenn Drezen - "Itron Varia Garmez "
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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 3 - La Rencontre , Pistes et Réflexions" ( 2 ) .
AUBERIVE ( 3 )
La Rencontre , Pistes et Réflexions
( II )
(... /...)
Dans l'errance , l'âme s'interroge éternellement sur les raisons de sa chute et de son incarnation .
Tout est inversé d'un monde à l'autre , de l'inconscient vers le conscient :
" Depuis longtemps , des millénaires , je trouve cette vie longue / Setu pell'zo , milvedoù , e kavan ar vuhez-se enoeüs hag hir ... "
Le bureau ressemble à une tombe , la mort ne devant être qu'un passage , une porte qui ouvre , comme celle du Grand Palais , sur d'ineffables splendeurs .
Mais il faudra que le Voile s'écarte , celui d'Isis ou de Dana , la grande Prêtresse , ( ici , Laura) et que le drap du Temple de Salomon se déchire , découvrant le Sanctuaire , comme c'est arrivé le jour de la Passion du Christ .
Allant , comme Orphée à la recherche d'Eurydice , qu'y trouverons-nous , caché derrière le miroir ?
" La beauté , qui peut seule sauver nos idées les plus insignifiantes , les plus viles / Ar gened , a zo saveteerez nemeti hor menozioù disteran . "
Se pose aussi l'angoissante question du Bien et du Mal .
Sans la souffrance , l'amour seul vivrait-il ?
Mon chef-comptable ignore tout de la numérologie , du moins selon les apparences . Mais il cherche sa route à tatons .
C'est le chemin des Alchimistes . Le " bleu " de la lettre initie l'absolu dans le monde sensible . Dans la matière , l'ordre des couleurs se trouve partiellement inversé . Rouge , Noir , Blanc , c'est-à-dire éruption , lave et cendres des volcans : l'Etna , le Stromboli .
La finalité de l'Alchimie est de découvrir la Pierre Philosophale .
" Tu es Pierre , et sur cette pierre , je bâtirai Mon Eglise . "
La transmutation de la matière connaissait trois phases : L'oeuvre au Noir , qui correspond à la Putréfaction , l'oeuvre au Blanc , figurant la Résurrection , l'oeuvre au Rouge enfin , dernière étape , celle de la Rubification .
Mais le véritable but caché , c'était la transformation de l'adepte lui-même .
Son travail sur la Pierre , ainsi que ses recherches méticuleuses , lui permettaient de changer peu à peu , mais en profondeur, l'état de sa propre conscience , comme il avait métamorphosé d'ailleurs ceux de la matière avec peine .
C'est ce que préconisait Teilhard De Chardin lorsqu'il évoquait l'alchimie des âmes . Son "Oméga " ne représente-t-il pas le point suprême , ce lieu privilégié qui est, sans doute aussi l'aboutissement de l'oeuvre alchimique , là où toute la Création se dévoile ?
Ne sera-t-il pas donné au "possesseur " de la Pierre Philosophale d'embrasser le cosmos , même sans avoir besoin de contempler le firmament ?
Telle est la devise des alchimistes : V.I.T.R.I.O.L ( Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem = Visite les parties intérieures de la terre, en rectifiant tu trouveras la Pierre cachée ) .
Tout d'abord , notre héros ne désire pas suivre le " bon chemin ". C'est qu'il ne lui semble pas assez long . L'existence n'est-elle pas une épuration nécessaire de l'âme ?
Il se sent ensuite frustré parce qu'il a pris conscience , le moment venu , de ses erreurs . Le Diable lui montre qu'il a fait fausse route en refusant d'assumer sa propre vie .
Mais un coin du voile s'est déchiré . Le visage de sa femme , à douze heures trente , lui offre , telle une antique Pythie , le spectacle de l'éternité dans le renouvellement des choses .
Le masque pose toujours la même question lancinante : Qu'as-tu fait de ta vie ?
Naissance de la " magie " de Noël , fête tragique rappelant aux hommes qu'il n'est plus temps d'espérer mais de mourir .
Ce moment de l'Avent qui favorise une rencontre angoissante avec son double ignoré , l'Autre , par laquelle nous éprouvons cette douleur affreuse de la vision d'une vie perdue ou qui semble gâchée irrémédiablement .
Notre bonne conscience ne se nomme-t-elle pas aussi mauvaise foi ?
La bipartition de l'humain, créature homme et femme, est relié au récit de l'Arbre de la Connaissance , dans la Genèse .
Mais si la femme est tentatrice , ( " La Tentation / An Temptadur " ) , elle est aussi l'instrument de notre rédemption .
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DAN AR WERN - Auberive ( 3e cercle ) - 3 - La Rencontre , Pistes et Réflexions - II - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Auberive " , Copyright 2006 .
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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 3 - La Rencontre , Pistes et Réflexions ( I ).
AUBERIVE ( 3 )
La Rencontre , Pistes et Réflexions
( I )
1 - Le côté littéraire
Le 1er juin 1905 , jeudi de l'Ascension , sur les marches du Grand-Palais , se trouve une belle demoiselle accompagnée d'une souriante dame en noir.
Cette grande jeune fille blonde portant un manteau " marron clair " ainsi qu'un " gracieux chapeau de roses ", n'est autre que la Femme capitale , celle qui bouleversa toute la vie d'Alain-Fournier , " cette âme frêle d'ancien satin " qu'il évoque dans son roman "Le Grand Meaulnes " sous le nom d'Yvonne de Galais .
2 - Le côté profane, superficiel, exotérique
Il s'agit là du problème de l'individu moderne au coeur des grandes villes , coincé dans sa vie quotidienne , muré dans un sentiment de solitude . ( " Le silence grandit comme un cancer ", dit la chanson - The Sounds of Silence / Simon and Garfunkel ) .
Comment faire pour briser les apparences , qui sont toujours fausses ?
La notion d'incommunicabilité : " Il faut toujours faire semblant / Ret eo bepred ober neuz . "
La télévision, la peinture : au-delà des images, plus loin que ce qu'on croît connaître, que découvre-t-on ?
" J'ignorais même son nom / N'anavezen ket e anv zoken " ( au sujet de Bouguereau ) .
Illusions, monde qu'on se construit comme des idées toutes faites, fausses certitudes. ( " Et pourtant , il me semble que je vous connais / Ha koulskoude , a gav din , ho anavezout a ran " ) .
Où se trouve le réel ?
" Sourires empreints de fausse prévenance / minc'hoarzhoù damantus . "
" S'efforcent-ils tous d'afficher de si sombres , si tristes apparences ? / Hag e ra van an holl da ziskouez diavaezioù ken sirius pe ken tenval ? "
La signification religieuse de Noël se réduit à celle d'un décor de fête foraine .
A notre époque , peu importe ce que vraiment vous êtes . Ne s'agit-il pas , d'abord , d'avoir un "look " ?
" Ne voyons-nous pas en effet comme les hommes se laissent prendre volontiers par toutes les apparences , par toutes les paroles vides des bateleurs de la politique , de la science , de l'art ? " ( Edmond Delcamp - " Le Tarot Initiatique " ) .
3- Le côté profond, symbolique, ésotérique
" Connais-toi toi même , et tu connaitras l'univers et les dieux " .
C'est ce que l'adage affirme .
Qu'y a-t-il , outre l'illusoire chimère , au-delà des mots ?
Mais il est difficile d'aller de l'autre côté du miroir, de découvrir la face cachée de l'iceberg , de franchir les limites de la conscience .
La vérité nous échappe .
Et pourtant , l'Homme ne peut se satisfaire de faux-semblants .
Depuis toujours , quelque chose en lui le fait souffrir. Il est devenu aveugle , comme un esprit de lumière plongé dans les ténèbres de l'incarnation .
" J'attends quelque chose d'imprécis, dont je ne peux saisir l'enjeu essentiel , à l'autre bout de la salle / Gortoz a ran ne vern petra resis hag a vefe lec'hiet e penn all ar sal-man . "
Le nombre symbolique et sacré , celui qui est censé régir notre univers, semble tombé maintenant dans la routine d'une affreuse comptabilité ( "Aligner des chiffres / Steudan sifroù " ) .
Pourtant , ne nous interroge-t-il pas depuis l'aube des siècles ?
N'est-ce pas parce que , pour celui qui sait voir , et selon la parole d'Hermès Trimégiste , " tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ? "
"Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "
Jung , le fameux psychanalyste , a voulu dépasser la notion d'inconscient pour l'élargir à celle d'inconscient collectif .
Les symboles , qui s'appliquent de manière générale quelles que soient la tradition des origines , seraient un chemin privilégié de communication .
" Mes voies sont supérieures à vos voies , et mes pensées plus élevées que vos pensées ", disait le Seigneur à Isaïe .
On peut ainsi s'interroger sur le sens du nombre Douze : douze mois dans l'année , douze signes du Zodiaque , douze travaux d'Hercule , douze chevaliers de la Table Ronde , etc ...
Deux fois douze heures pour le jour succédant à la nuit .
Pie XI , grand pape à la Foi intrépide , a écrit :
" L'Univers n'est si resplendissant de divine poésie que parce qu'une divine mathématique , une divine combinaison de nombres règle ses mouvements . "
" Douze heures trente , aujourd'hui ... / Hiziv da greisteiz hanter ... " Certains prétendent que cette durée symbolisait l'achèvement d'un cycle et le début d'un autre ...
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 3 - " La Rencontre , Pistes et Réflexions " (1985-1993 ) - I - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Auberive " , Copyright 2006 .
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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 2 - La Rencontre - Ar Gejadenn - The Encounter - Version Française / E Galleg ( 2 ) .
AUBERIVE ( 2 )
La Rencontre
( suite )
D'abord , je ne compris pas pourquoi elle avait contacté le cercle "Nous-Deux ".
Ne lui était-il pas facile, apparemment , de trouver des hommes chics , séduisants par leur mine et leur intelligence ?
Nous n'avions pas eu l'audace d'échanger nos photographies.
D'ailleurs , depuis toujours , je l'avais imaginée très belle , un peu trop même , si jolie pour un homme sans valeur , un bureaucrate aussi insignifiant que moi .
"La Pin-up et le gratte-papier ", romance moderne , chapitre premier !
J'avais répondu à sa lettre , dans la crainte , cependant , qu'elle ne se moque de moi .
Elle me parut si douce , au contraire , dans sa réponse , à me dévoiler sa solitude cachée , se montrant si proche de mes rêves les plus purs , me devinant si bien ! C'était inattendu !
Nous sentîmes tout de suite que nous étions faits pour vivre ensemble , main dans la main .
Malheureusement , j'étais devenu si timide que j'avais plus ou moins décidé de donner une autre couleur aux contours de ma vie et de mes habitudes .
Je m'étais métamorphosé en voyageur de commerce , accourant aux quatre coins de la planète , allant par monts et par vaux , franchissant terres et mers pour pouvoir discuter d'affaires très importantes , comme celles relatives à la banque , à l'informatique , etc...
Dès lors , notre problème grossissait , à l'évidence : il fallait trouver du temps libre afin d'organiser cette fameuse rencontre .
Enfin , le mercredi arriva , rempli , j'ose le dire , d'incertitudes .
La frayeur me gagnait de plus en plus , à mesure que s'égrénaient les heures .
L'horloge tinta soudain !
Je me rappelle : Midi !
Je sentis mon coeur battre violemment dans ma poitrine , et qui s'élançait comme un cheval rouge , au triple , au quadruple galop !
Dans ma tête , qui ressemblait à un volcan , d'innombrables pensées se précipitèrent comme eux , pleines de force et de vitesse .
Il fallait partir !
Je revis encore ce film raté de ma vie , telle cette pluie d'outre-tombe , fine et monotone , sous laquelle je marchais .
Le chemin n'est pas long , lorsqu'on emprunte le métro et ses galeries souterraines ; mais, ce qui l'allongea un peu , certainement , ce fut mon besoin de traîner , de m'abandonner à quelque sentiment de flânerie intérieure , ballotté par la foule , et de laisser monter en moi un flot de mille hallucinations oppressives , macérant au plus profond de mes entrailles , mêlées d'une colère sourde , et qui, bientôt , se transformeraient en désir de vengeance impitoyable !
Le long des rues de Noël , joliment décorées , multicolores , sinueuses rivières noyées dans l'ambiance de la fête , défilaient par milliers ces vieux enfants d'adultes cherchant leurs nouveaux jouets , rêvassant dans la fraîcheur.
On se mettait à courir d'un côté ou de l'autre , personnages de pacotille qui s'égarent , fuyant un reflet passager , trace illusoire , tels des ombres solitaires qui s'amusent de leurs propres jeux , qui, sans pitié , foncent à la recherche de leur destinée comme on cherche un sens indicible à une pièce de théâtre mystérieuse : ils mourront sans mot dire dans les bruits du silence ...
" THE SOUND OF SILENCE " ( 3 )
Oui, s'enfuir, et n'emporter que nos baisers : " Si , fuggire , e portarci solo i nostri baci "...
La chanson du feuillage , qui bruit dans les arbres du Cours : le vent du nord-ouest les agite , et ma voix s'y perd , qui t'appelle à travers les paysages de ton enfance romaine ; ou mes mains , caressant doucement tes cheveux noirs ...
Longtemps je t'ai attendue , Laura , longtemps ...
Mais , au-dessus des eaux sombres , je me revois traverser le Pont des Arts .
Bientôt ce sera toi , devant ce portail, vêtue d'une robe blanche , d'un manteau noir, couleurs de la Bretagne , avec une écharpe toute rouge de l'espérance farouche d'un printemps renaissant sur ta gorge !
Bientôt...
Mon coeur tressaille , frémit comme la terre lorsqu'elle s'enflamme , explose : l'Etna , le Stromboli ...
J'ai des frissons , je tremble de fièvre.
Laura ... Le Grand Palais ...

Je suis rentré au bureau .
J'ai beaucoup marché sous la pluie . J'avais soif , grand soif ...
Pendant des heures , j'ai fixé les trottoirs , la tête courbée , errant ici ou là , sans rien comprendre , sans savoir où j'allais .
Je m'étais mis à éclater de rire , puis à sangloter comme un sauvage ou comme un fou .
Qui diable avait pu faire ce coup-là ?
Que s'était-il passé avec ma femme ? Qui lui avait dit ?
Pourquoi portait-elle des vêtements noirs et blancs , comme ceux de Laura , ainsi qu'une écharpe écarlate ?
Elle semblait guetter quelqu'un , debout sur les marches , feignant de regarder les affiches , nerveuse et distraite , une cigarette aux lèvres , sous ce parapluie de Venise qu'il y avait bien longtemps je lui avais offert ...
Qui diable ?
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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 2 - La Rencontre , suite ( Ar Gejadenn , traduction française ) - 2 - ( Kerzu / Décembre 1984 ) - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . Publié dans la revue AL LIAMM n° 234 , janvier/Février 1986 . ( Version française : 1990-1993 ) Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh - AL LIAMM - 1986 ."Auberive " , Copyright 2006 . ( Seconde Partie )
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Notes :
( 1 ) Dictons Trégorrois .
( 2 ) William Adolphe Bouguereau ( 1825 - 1905 , La Rochelle ) , peintre français : " Tentation " ( 1880 ) .
( 3 ) " The Sound Of Silence " , une chanson devenue célèbre qui lança le fameux duo américain , Simon & Garfunkel . Copyright 1965 , Paul Simon - Pattern Music LTD , Sony Music / All rights reserved .
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AUBERIVE ( 3e Cercle ) - 2 - La Rencontre - Ar Gejadenn - The Encounter - Version Française / E Galleg ( 1 ) .
AUBERIVE ( 2 )
La Rencontre
à C... ( ma première épouse , d'origine italo-autrichienne )
" Qui êtes-vous ? que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "
ALAIN-FOURNIER , à-propos de " Mélisande " in "Le Grand Meaulnes " .
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Pas facile d'aligner des chiffres , ce matin . Depuis longtemps , des millénaires , je trouve cette vie longue , ennuyeuse ...
Toujours les mêmes gens , dans un bureau paisible comme une tombe . Je suis chef-comptable , quelle gloire !
Quand j'y pense ... Aujourd'hui , je n'arrive pas à fixer mes pensées , je ne peux , plutôt , les retenir.
Elles ont envie , j'en acquiers presque l'intime conviction , d'aller à l'aventure , d'errer , vagabondes , sur les toits gris humides , s'infiltrant par les vitres opaques , pour venir se rafraîchir sous les lueurs bleuâtres d'un timide soleil d'hiver qui joue à cache-cache avec l'ombre des nuages noirs en lambeaux .
Je ne suis pas très bien vu , par ici , parce que je suis le " Chef ", c'est-à-dire un type entre le directeur principal et les employés .
Qui pourrait se satisfaire d'un pouvoir imposé de l'extérieur , même à l'abri , derrière des sourires empreints de fausse prévenance , comme chacun sait le faire alentour , moi pareil aux autres ?
J'attends , dans la pénombre du jour déclinant, j'attends quelque chose d'imprécis , dont je ne puis saisir l'enjeu essentiel , à l'autre bout de la salle , si étroite , juste au-dessus du beau visage muet de ma voisine .
C'est elle qui , à moitié hypnotisée , se prosterne , gracieuse , emplie de fausse vénération , devant l'immense tas de paperasserie sans âme .
S'efforcent-ils , tous , d'afficher de si sombres , si tristes apparences ?
Parfois , je me le demande ...
Et moi ... Avec ma femme , qui n'a rien de plus à me dire que la télé , mes enfants qui , trop souvent , s'absentent , qu'on voit revenir , de temps à autre , en fin de journée , bien trop tard , vous avouerai-je , traînant après eux dans leur chambre des teen-agers débraillés , l'air étrange , à peine entrevus , qu'on ne reverra plus , d'ailleurs , par la suite ...
Quant à ceux-ci , pauvres malheureux !
Ne vivent-ils pas , cachés derrière l'emprise d'habitudes quotidiennes, la négation d'une véritable existence ?
Ils ont laissé leur conscience , à jamais sans doute , pour l'abandonner dans je ne sais quel monde invisible , mystérieux .
Ce ne sont plus que d'artificieuses machines, vides et obéissantes , travaillant comme il faut , bien sûr, et juste en face de moi .
Cauchemar monstrueux !
Comment les quitter ? Comment fuir d'ici , me rendre libre ?
Mais ce qui est inéluctable , c'est que , bientôt , l'horloge accrochée au mur jaunâtre , de son tic-tac insupportable, fera sonner midi.
J'ai une faim de loup !
Je continue d'écrire, cependant : toujours faire semblant , c'est ce qui importe ...
Grand faim que les choses changent , " faim noire ", comme on dit chez moi .
" Il est comme les chevaux de Belle-Ile-En-Terre , celui-là ! Il ne demande qu'à manger et voyager ! ", plaisantait grand-mère .
J'étais jeune , en ce temps-là , l'époque de mon mariage , un étourneau flambant-neuf , rempli d'illusions ;
naïf comme l'innocent du village , " lorsqu'il n'avait rien à souper ", figure proverbiale de mon pays . ( 1 )
Maintenant ... Je ne fais qu'attendre .
Mercredi viendra , comme chaque semaine , et dans le paquet d'innombrables lettres officielles , j'aurai hâte d'en trouver une particulière , toute bleue , toujours dactylographiée , avec un signe spécial dessus ...
Mais ce jour-là , précisément , il n'y en aura pas : je vais rencontrer Laura , aujourd'hui , douze heures trente , pour la première fois , devant le Grand Palais .
Tous les deux , nous avons rendez-vous ; j'assisterai , en sa compagnie , à l'exposition William Bouguereau .
Je sais qu'une toile lui plaît plus que toute autre , m'a-t-elle confié ,
" La Tentation " . ( 2 )
Je n'avais jamais entendu parler de ce peintre auparavant , je dois l'avouer, j'ignorais jusqu'à son nom .
Je vis loin de l'art , trop loin de la beauté , qui , seule , peut nous sauver de nos idées les plus insignifiantes , les plus viles .
Ce sera différent , avec Laura , j'en suis sûr.
C'est une femme pleine de vie . A tout prendre , elle sera plus proche de moi .
Elle travaille pour un journal connu , et , nécessairement , pour écrire ses savoureux articles , doit-elle voyager un peu partout dans le monde .
Sur la culture , en général , elle est imbattable , beaucoup plus que moi . A lire sa prose , elle fréquente plein de gens importants dans la capitale , des hommes politiques , des acteurs , que sais-je ?...
Ce désir d'aller de l'avant - n'est-ce pas ? - stimulerait peu à peu n'importe quel coeur ramolli , devenu dur et froid comme l'acier , puis le réchaufferait .
Ce qui , bien que de nature paresseuse , confessons-le , arriva au mien !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 2 - La Rencontre ( Ar Gejadenn , traduction française ) - 1 - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . Publié dans revue AL LIAMM 234 / Jan-Fev. 1986 . Pep gwir miret strizh/ Tous droits réservés. "Auberive " , Copyright 2006 . ( 1ère Partie )
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